© Radjabu Mayuto, 2021
Facteurs d'influence sur l'intention entrepreneuriale des
immigrants : vers un modèle intégrateur
Thèse
Radjabu Mayuto
Doctorat en sciences de l'administration
Philosophiæ doctor (Ph. D.)
ii
Résumé
Au sein de l’économie mondialisée, la migration tenue pour un nouvel outil de développement est l’un des nouveaux paradigmes où les acteurs de l’entrepreneuriat prennent une place importante. Parmi ces derniers, les immigrants assument un rôle non négligeable dans les pays d’accueil. Les changements intervenus dans le contexte de la mondialisation favorisent le besoin d’une compréhension plus poussée de la complexité du processus entrepreneurial et du comportement des immigrants. L’objectif global de cette thèse est de montrer que la spécificité des déterminants de l’émergence entrepreneuriale des immigrants est fonction de leurs caractéristiques individuelles et des caractéristiques des environnements d’accueil.
Afin d’atteindre cet objectif global, un sous-objectif est retenu par article parmi les trois que contient cette thèse. Dans le premier article, il s’est agi de développer une synthèse et un cadre conceptuel intégrateur des ensembles d’activités entrepreneuriales de l’immigrant (compris comme sous-champs d’études) et les catégories de leurs déterminants. Dans le deuxième article, nous avons procédé à générer en contexte interculturel une théorie pour un modèle explicatif d’intention entrepreneuriale qui cadre avec cette réalité internationale des immigrants. Dans le troisième article, nous avons évalué l’effet des déterminants clés retenus sur l’intention entrepreneuriale des immigrants.
Les résultats et les contributions sont, entre autres, l’identification de quatre sous-champs d’études et de quatre niveaux de facteurs explicatifs du processus entrepreneurial (caractéristiques individuelles, caractéristiques liées au groupe d’appartenance ethnique, caractéristiques d’entreprises et celles liées à l’environnement), la compréhension selon laquelle l’entrée en entrepreneuriat implique que l’immigrant possède une capacité cognitive suffisante pour évaluer les contraintes et les opportunités à l’aune du risque perçu, l’utilisation d’un modèle d’équations structurelles a permis de déceler la distance de culture entrepreneuriale comme élément réducteur de la faisabilité perçue alors que l’accompagnement entrepreneurial devrait agir en amplificateur de cette dernière afin de maximiser l’intention entrepreneuriale (pour l’ultime passage à l’acte).
iii
Abstract
In the globalized economy, migration as a new development tool is one of the new paradigms in which entrepreneurship actors play an important role. Among them, immigrants play a significant role in host countries. Changes in the context of globalization are fostering the need for a deeper understanding of the complexity of immigrants’ entrepreneurial process and behavior. The overall objective of this thesis is to show that specificity of the determinants of immigrants’ entrepreneurial emergence depends on their individual characteristics and those of host environments.
To achieve this overall objective, a sub-objective is chosen per article among the three that make up this thesis. In the first article, it was a question of developing a synthesis and an integrative conceptual framework of the sub-fields of study of the immigrant entrepreneurial activity sets. In the second article, we proceeded to generate a theory for an entrepreneurial intention model that fits with the international reality of immigrants. In the third article, we assessed the effect of key determinants on the entrepreneurial intention of immigrants. Results and contributions include the identification of four subfields of study and four factor levels that explain the entrepreneurial process (individual, ethnic group, business and environmental characteristics), understanding entry into entrepreneurship implies that the immigrant has a cognitive ability subject to assessing perceived constraints and opportunities in terms of perceived risk, the use of structural equations model allowed us to highlight the distance of entrepreneurial culture as a perceived feasibility reducer, while entrepreneurship institutional support should act as its amplifier in order to maximize entrepreneurial intention (for the ultimate act).
iv
Table des matières
Résumé ... ii
Abstract ... iii
Table des matières ... iv
Liste des tableaux ... vi
Liste des figures ... vii
Liste des abréviations ... viii
Liste des sigles ... ix
Dédicaces... x
Remerciements ... xii
Avant-propos ... xiii
Introduction générale ... 1
Bibliographie de l’introduction générale ... 14
Chapitre 1 : Recherche sur les déterminants du processus entrepreneurial des immigrants : ce que nous savons et ce que nous devons savoir ... 18
Résumé du chapitre 1 ... 18
1.1. Introduction ... 19
1.2. Méthodologie ... 20
1.3. Résultats et analyse des phénomènes (ou variables de résultat) ... 22
1.4. Tendances observées dans les facteurs déterminants ... 9
1.5. Discussion ... 17
1.6. Bibliographie ... 24
Annexe au chapitre 1 ... 31
Chapitre 2 : Migration mondialisée et formation des intentions entrepreneuriales des immigrants au Nord et au Sud ... 32
Résumé du chapitre 2 ... 32
2.1. Introduction ... 33
2.2. Mise en contexte ... 34
2.3. Rôle attendu des entrepreneurs internationaux migrants dans le monde et fondements théoriques ... 37
2.4. Immigrants et intention entrepreneuriale dans le monde : considérations empiriques ... 40
2.5. Vers un cadre théorique de l’intention entrepreneuriale des immigrants ... 43
2.6. Discussion et conclusion ... 51
2.7. Bibliographie ... 57
Chapitre 3 : Formation de l’intention entrepreneuriale dans un contexte d’immigration ... 63
Résumé du chapitre 3 ... 63
3.1. Introduction ... 63
3.2. Fondements théoriques et hypothèses ... 66
3.3. Méthodologie ... 76 3.4. Résultats ... 79 3.5. Discussion ... 85 3.6. Conclusion ... 92 3.7. Bibliographie ... 93 Conclusion générale ... 102
v
Bibliographie de la conclusion générale ... 107
Bibliographie générale... 108
Annexes ... 133
Annexe 1: Version française du questionnaire final A ... 134
Annexe 2: Version française du questionnaire final B ... 139
Annexe 3: Version anglaise du questionnaire initial A ... 144
Annexe 4: Version française du questionnaire initial A ... 149
Annexe 5: Version anglaise du questionnaire initial B ... 157
Annexe 6: Version française du questionnaire initial B ... 162
Annexe 7: Version anglaise du questionnaire de suivi longitudinal... 167
Annexe 8: Version française du questionnaire de suivi longitudinal ... 168
Annexe 9: Version anglaise-Formulaire de consentement avec signatures/suivi longitudinal . 169 Annexe 10: Version française-Formulaire de consentement avec signatures/suivi longitudinal172 Annexe 11: Version anglaise - Formulaire pour consentement implicite et confidentiel ... 175
Annexe 12: Version française - Formulaire pour consentement implicite et confidentiel ... 177
Annexe 13: Amendement Version anglaise-Formulaire pour consentement implicite et confidentiel ... 179
Annexe 14: Amendement Version française-Formulaire pour consentement implicite et confidentiel ... 181
Annexe 15: Amendement Version anglaise-Lettre 1 d'accompagnement pour le questionnaire 183 Annexe 16: Amendement Version française-Lettre 1 d'accompagnement pour le questionnaire184 Annexe 17: Amendement Version anglaise-Lettre 2 d'accompagnement pour le questionnaire 185 Annexe 18: Amendement Version française-Lettre 2 d'accompagnement pour le questionnaire187 Annexe 19: Des sorties (Outputs) pour quelques résultats statistiques ... 188
vi
Liste des tableaux
Tableau 1: Les variables de la recherche sur l’entrepreneuriat des immigrants (n=500) ... 2
Tableau 2 : Tableau synthèse des phénomènes (variables dépendantes) ... 8
Tableau 3 : Tableau synthèse des déterminants (variables indépendantes) ... 16
Tableau 4 : Avenues pour des recherches futures sur l’entrepreneuriat des immigrants ... 23
Tableau 5 : Validité des mesures ... 81
Tableau 6 : Matrice de corrélations et statistiques descriptives ... 82
vii
Liste des figures
Figure 1: Évolution du dynamisme québécois de 2009 à 2019 ... 7
Figure 2: Aperçu de la structure des données - codification des variables de résultat ou phénomènes ... 1
Figure 3: Carte des ensembles de variables de la recherche sur l’entrepreneuriat des immigrants ... 2
Figure 4 : Phénomènes étudiés dans les articles, évolution dans le temps ... 7
Figure 5: Aperçu de la structure des données - codification des variables de résultat ou déterminants ... 10
Figure 6 : Déterminants étudiés par niveau d’analyse dans les articles ... 15
Figure 7 : Cadre conceptuel intégrateur des activités entrepreneuriales des immigrants ... 19
Figure 8 : Récurrences des phénomènes et cooccurrences des déterminants au sein du processus entrepreneurial ... 31
Figure 9 : Les flux de la migration internationale ... 36
Figure 10: Modèle interculturel d’intention entrepreneuriale ... 45
Figure 11 : Lieux des intentions entrepreneuriales au sein d’un pattern migratoire ... 54
Figure 12 : Le chemin de la pensée entrepreneuriale des immigrants ... 55
Figure 13 : Modèle conceptuel de prédiction des intentions entrepreneuriales des immigrants 68 Figure 14 : Modèle final empirique pour la prédiction des intentions entrepreneuriales des immigrants ... 85
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Liste des abréviations
Abréviation Définition
ix
Liste des sigles
Sigle Définition
AELE Association européenne de libre-échange BDC Banque de développement du Canada
CÉRUL Comité d'éthique de recherche de l'Université Laval CFI Comparative Fit Index
CNRTL Centre national de ressources textuelles et lexicales
CRPM Conférence des Régions Périphériques Maritimes d’Europe EI Entrepreneuriat des Immigrants
FCCQ, Fédération des chambres de commerce du Québec GEM Global Entrepreneurship Monitor
IE Intention entrepreneuriale
LGBT Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres
N-N Nord-Nord
N-S Nord-Sud
OIM Organisation internationale pour les migrations
Q1 Quadrant 1
Q2 Quadrant 2
Q3 Quadrant 3
Q4 Quadrant 4
PSED Pannel Studies on entrepreneurial dynamics RMSEA Root Mean Square Error of Approximation RSE Responsabilité Sociale des Entreprises
S-N Sud-Nord
SPSS Statistical Package for the Social Sciences
S-S Sud-Sud
TLI Tucker-Lewis Index
TCB Théorie du comportement planifié TPB Theory of Planned Behavior USA United States of America
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Dédicaces
À la Cause non causée, Créateur de tout, de ma vie et de l’abondance dont jouissent temps et lieux de mon parcours
À mon père, À ma mère,
Qui, en fondant leur foyer où je suis né et ai grandi, ont réuni des mondes et rapproché des cultures.
À mes enseignants … de l’ardoise à l’ordinateur, en passant par le crayon et la craie
xi
Les arbres aux racines profondes sont ceux
qui montent haut. Frédéric Mistral
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Remerciements
Je pense tout d’abord aux membres de ma petite famille ainsi que ma grande famille, leur soutien a été fondamental pour débuter et parcourir ce chemin.
Je tiens à exprimer toute ma reconnaissance à mon directeur de thèse, Professeur Zhan Su, pour son oui, son sens aigu de la recherche et de la qualité, sa disponibilité. Ses apports dans l’encadrement, l’orientation, l’aide et les conseils m’ont été d’une aide précieuse dans la poursuite et la réalisation de la présente thèse.
J’adresse aussi mes remerciements au Professeur Égide G. Karuranga pour avoir initié la présente thèse et pour la générosité de son expérience.
J’adresse également mes sincères remerciements aux Professeur(e)s Maripier Tremblay, Marie-France Lebouc, et Abdoulkadre Ado, pour leur disponibilité malgré leurs multiples occupations surtout en ces temps difficiles de la pandémie Covid-19, leurs observations et contributions constituent un appui précieux à l’édification du présent document.
J’aimerais exprimer aussi ma gratitude à la Professeure Carole Lalonde pour son appui à l’enracinement dans et à l’avancement de ma recherche. Mes remerciements vont aussi à tous les enseignants de la FSA de l’Université Laval, en l’occurrence les Professeur(e)s Norrin Halilem, Yves Gendron, Nabil Amara, Diane Poulin et Benoit Montreuil, qui ont contribué à nous donner une formation de qualité.
J’adresse ici un merci particulier à une dame exceptionnelle Marielle Samson, elle ne peut imaginer à quel point son support a été important pour franchir le seuil de la porte de la FSA. Sans oublier mes héroïnes dans l’ombre, Judy-Anne Hélie, Rachel Lachance, Catherine Ancely, Marie-Pierre Boucher. Un remerciement particulier à tous ces amis, « compagnons du parcours doctoral » Parfait Sègbédji Aïhounhin, Alexis Abodohoui, Charles Fahindé, Sephora Claire Kérékou, Cheikh Fousseni Diaby, Aristide Kurangwa pour toutes ces années de collaboration mutuelle.
J’aimerais avoir une pensée particulière pour un Monsieur qui, dès l’aube de mes études universitaires a cru en mon potentiel. Il se réjouira de cet aboutissement, et à sa manière, il fut certainement un enseignant, un mentor, un ami et un alter ego : Alain Huart.
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Avant-propos
Cette thèse, qui s'inscrit dans le format de la thèse par articles, se situe à l'intersection de l'immigration et de l'entrepreneuriat. Elle émane d'un désir de comprendre l'émergence du comportement entrepreneurial des immigrants dans leur pays d'accueil.
Les facteurs d'influence sont abordés dans le cadre de cette thèse pour des raisons liées : • au faible développement théorique sur l'intention entrepreneuriale des immigrants: en effet, la recherche scientifique a surtout mis l'accent sur les entreprises existantes limitant ainsi la recherche aux causes et conséquences de l'action entrepreneuriale seulement (Ilhan-Nas et al., 2011). Pourtant, l’intention menant à la décision est à l’entrepreneuriat ce que la fondation est à la maison : souvent non apparente, mais si elle n’est pas pensée et réalisée avec soin, la fondation peut rendre la maison inhabitable à long terme;
• à l'immigration comme enjeu socio-économique: en effet l'immigration a été projetée pour représenter la croissance de toute la population et de sa main d'œuvre au Canada en 2031 (Statistique Canada, 2006). Dans cette perspective, il y aurait donc nécessité d’aider les immigrants à entreprendre;
• à la mutation que vit l’économie mondiale, surtout dans les pays développés: en effet, la fin du 20e siècle a été marquée par le passage d'une économie managériale à une économie entrepreneuriale (Messeghem et al., 2013) dans laquelle les immigrants doivent participer. Avec les problèmes d’intégration, cette thèse est l'occasion de faire le point sur les facteurs d'influence à retenir pour s’engager dans l’entrepreneuriat.
La décision de créer (ou reprendre) une entreprise peut être abordée de deux façons : soit par l’intention d’agir ainsi, qui entraîne l’individu à prendre la décision au début de l’action, soit par la décision qui est la décision finale entraînant l’engagement et la création (ou la reprise effective).
S'agissant de l'intention entrepreneuriale, à son tour elle peut être étudiée soit comme une variable dépendante, soit comme variable indépendante. Cette recherche utilise l'intention comme variable dépendante et traite des facteurs qui déterminent l'émergence du comportement entrepreneurial chez les immigrants.
xiv
La présente thèse est structurée autour de trois objectifs de recherche. L’atteinte du premier objectif de recherche a conduit au développement des deuxième et troisième objectifs de recherche. La satisfaction du deuxième objectif de recherche a mené à préciser le troisième objectif de recherche.
Cette thèse contribue à l'avancement des connaissances dans le domaine de l'entrepreneuriat des immigrants, en l'occurrence sur l’intention qui préside à la prise de décision de créer une nouvelle entreprise au Canada, dans la province de Québec.
Elle est constituée de trois (3) articles au total dont les manuscrits sont soumis pour être publiés dans les revues cotées, avec comité de lecture, reconnues par la Faculté des sciences de l'administration. Ces articles ont été entièrement rédigés sous la supervision du professeur Zhan Su.
L’article 1 développe une synthèse et un cadre conceptuel intégrateur des ensembles d'activités entrepreneuriales de l’immigrant et en catégorisant leurs déterminants. Le titre en français est : Recherche sur les déterminants du processus entrepreneurial des immigrants »: ce que nous savons et ce que nous devons savoir. Sa soumission est en cours en vue d’être publié dans la revue Revue canadienne des sciences de l’administration.
L’article 2 propose une théorie du rôle de l’immigrant entrepreneur résultant en un modèle d’intention entrepreneuriale qui cadre avec la réalité internationale des immigrants. Le titre est : Migration mondialisée et formation des intentions entrepreneuriales des immigrants au Nord et au Sud. Il a été soumis en vue d’être publié dans la revue Management international. L'article 3 analyse l’effet des déterminants spécifiques retenus sur l’intention des immigrants étudiés d’entrer en affaires. Le titre est : Formation de l’intention entrepreneuriale dans un contexte d’immigration (Forming Entrepreneurial Intention in an Immigration Context). Il est a été soumis en vue d’être publié dans la revue « Entrepreneurship & Regional Development ».
Statut d’auteur : auteur principal
En tant qu’auteur principal, j’ai rédigé les trois articles en réalisant pour chacun d’eux la revue de la littérature, la formulation de la question de la recherche, le cadre conceptuel, la
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méthodologie, la collecte et l'analyse des données, ainsi que l'interprétation des résultats et la discussion. Mon directeur de recherche a contribué à mon avancement doctoral par, non seulement la formation qu’il m’a donnée, ses commentaires et conseils, mais aussi ses suggestions sur la qualité des différents articles.
1
Introduction générale
Dans le cadre de cette introduction générale, il s'agira tout d'abord de présenter le contexte de l'entrepreneuriat des immigrants (EI) et ensuite de décrire la problématique de recherche. Ceci permettra aussi de comprendre l'enjeu que représente l'immigration et avec elle les migrants, dont l’intégration à l’entrepreneuriat motive un besoin de compréhension supplémentaire.
La migration et l'entrepreneuriat sont tous des sujets importants pour beaucoup des pays en termes d'impact potentiel de développement (OECD, 2010 ; Marchand & Siegle, 2014). D'une part, la migration globale constitue l'un des principaux facteurs à la source d'un nouveau modèle économique, où l'importance de l'immigration pousse les pays industrialisés à s'appuyer de plus en plus sur les immigrants (de tout genre) en tant que l'une des ressources essentielles à leur compétitivité (Kegel, 2016 ; Li, 2010). D'autre part, l'entrepreneuriat a longtemps été reconnu comme un moteur important pour la croissance économique (Acs & Szerb, 2007). Ce qui a donné lieu à la fois aux études en cours du Global entrepreneurship Monitor (GEM) et Pannel Studies on entrepreneurial dynamics (PSED) (Reynolds, 1999) afin de mieux comprendre les impacts de l'entrepreneuriat. Le rythme rapide de la migration mondiale correspond à la rapidité avec laquelle les pays d'accueil témoignent de l'expansion dynamique de l'EI (Curci & Mackoy, 2010). Les immigrants entrepreneurs sont susceptibles d’apporter des contributions directes en lançant de nouvelles entreprises et en créant des emplois. Puisque la création d’emplois est essentielle à la croissance économique, un nombre croissant d’études internationales se penchent sur ce domaine dans le but de déterminer les facteurs qui influencent l’EI et la réussite de leurs entreprises (Ostrovsky & Picot, 2018).
L’entrepreneuriat des immigrants, définir le concept et ses frontières
Quand il s’agit de l'intégration des immigrants à l’entrepreneuriat, la littérature fait recours à plusieurs notions. Nous examinons les différents concepts clés qui échafaudent, délimitent et complexifient l’immigrant entrepreneurship comme champ d’études et tentent d'expliquer en même temps la multiplication des initiatives d'affaires chez les immigrants. Ce concept se différencie des autres types d’entrepreneuriat : ethnique, de la diaspora, transnational, des retournés, des minorités. En fait, ces termes sont quelques fois confondus, voire utilisés de manière
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interchangeable dans la littérature. Il est donc judicieux d’entreprendre cet effort de clarification et d'harmonisation, pour rendre à la lecture sa pleine efficacité.
Aux fins de définir l’EI, la littérature recourt à la définition de qui est un immigrant. Un immigrant est par définition « une personne qui vient dans un pays où il n’est pas né en vue de s’y établir » (Wood, Davidson & Fielden, 2012, p.105). L’entrepreneuriat de l’immigrant est décrit comme le processus par lequel un immigrant établit une entreprise dans un pays hôte (ou pays d’établissement) qui n’est pas son pays d’origine (Dalhammar, 2004). L'EI se définit aussi comme le processus par lequel les immigrants identifient, créent et exploitent des opportunités économiques pour démarrer de nouvelles entreprises dans leurs pays hôtes (Dheer, 2018).
L'entrepreneuriat ethnique tire son essence de l’ethnicité. Il concerne le processus de création et de gestion d'entreprises par les individus, dont « l'appartenance à un groupe [ethnique] est liée à un héritage culturel commun et est connue des membres de l'extérieur comme ayant de tels traits » (Zhou 2004, p. 1040). C’est la satisfaction des besoins, des goûts et des préférences des consommateurs ethniques dans le pays d'accueil qui est considérée comme une opportunité d’affaires. Ce type d’entrepreneuriat est souvent en lien avec l’existence d’enclave ethnique de laquelle il bénéficie d'un meilleur accueil de la communauté ethnique, d'un accès à des travailleurs coethniques ainsi qu’à des fournisseurs et acheteurs ethniques (Waldinger et al., 1990). À l’opposé, les structures d’opportunités pour l’IE, loin de se concentrer dans les marchés ethniques, s’offrent par les conditions de la demande de l’économie générale du pays hôte (Changanti & Greene 2002). Les entrepreneurs transnationaux sont définis comme « les personnes qui migrent d'un pays à l'autre, en maintenant en même temps des liens d’affaires avec leur pays d'origine et avec leurs pays et communautés d’adoption » (Drori, Israel & al., 2009). Il est clair que ce groupe représente des entrepreneurs qui opèrent simultanément dans deux contextes culturels distincts et tentent de tirer avantage du nouveau monde globalisé et interconnecté (ibid.). Par définition, l’entrepreneuriat transnational implique donc minimalement deux différentes arènes sociale et économique, incluant l’ancien pays d’origine de l’immigrant (Drori et al., 2006). Les entrepreneurs transnationaux utilisent les ressources qui relient plusieurs frontières nationales afin d’initier et développer des entreprises transnationales. Celles-ci sont à la fois bénéfiques aux deux sociétés d’origine et d’établissement des immigrants (Portes & Yiu, 2013). Alors que l’EI profite
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principalement à la société d'accueil (Hart & Acs, 2011), à son tour l'entrepreneuriat ethnique profite essentiellement à la communauté ethnique (Borjas 2000).
L'entrepreneuriat des retournés (ou rapatriés) est compris comme le processus par lequel les migrants qui, après avoir séjourné à l'étranger pendant un certain temps, retournent dans leur pays d'origine et y créent des entreprises (Wright et al., 2008). Les activités entrepreneuriales des retournés ciblent donc uniquement les marchés domestiques. Bien entendu, ici les structures d'opportunités émergent du capital social, humain, financier et expérientiel que les entrepreneurs rapatriés ont acquis pendant leur séjour dans le pays d'accueil ainsi que de l'environnement économique, réglementaire et entrepreneurial présent dans leur pays d'origine (Qin & Estrin, 2015).
L’entrepreneuriat de la diaspora a fait aussi l’objet des études. Examinant le rôle des entrepreneurs diasporiques contemporains, Lin (2006) les définit comme des immigrants qualifiés qui sont retournés dans leur pays d’origine dans la poursuite les activités entrepreneurialesle plus souvent dans les secteurs technologiques à forte intensité de connaissances. De toute évidence, le concept d’entrepreneurs diasporiques contemporains a émergé de la communauté immigrante au sein de la communauté de la diaspora et le centre d’intérêt de cet entrepreneuriat est tourné vers le pays d’origine (Lin, 2010) tout en maintenant leur résidence dans le pays d’accueil. Ce groupe d’entrepreneurs se caractérise d’une part, par les sentiments entrepreneurial et patriotique, et d’autre part, par les dotations en ressources des pays d'accueil et pays d'origine (Lin, 2010). L’entrepreneuriat des minorités, quant à lui, englobe les activités entrepreneuriales d'individus ethniques et d'immigrants, celles des minorités raciales (par exemple, les Noirs au Royaume-Uni, les Hispaniques aux États-Unis), des peuples autochtones (par exemple, les Indiens aux États-Unis, les Indiens canadiens au Canada), des femmes, des personnes LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) , des entrepreneurs infirmes (Woold et al., 2012) ou même des minorités religieuses (par exemple, les musulmans aux États-Unis : Sonfield, 2005). Dans ce cas, c’est la catégorisation sociale du propriétaire d'entreprise qui prime dans le classement d’une entreprise. La portée large semble prêter à confusion.
Tout bien considéré, la terminologie dans la littérature de l’EI est problématique. Et puisque les interventions entrepreneuriales des immigrants peuvent prendre différentes formes, il est
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nécessaire d'en établir une typologie et de trouver un terme suffisamment général pour les recouvrir toutes pour ce qu'elles ont notamment en commun. Les concepts d’entrepreneuriat ethnique par opposition à l’EI sont souvent utilisés l’un pour l’autre puisque tous les deux sont décrits comme des activités appartenant à des minorités ethniques (Pécoud, 2012; Nestorowicz, 2012). Prises à un niveau social ou économique, les notions de l’EI et de l’entrepreneuriat ethnique se compénètrent et même se confondent souvent dans la littérature. Elles le sont à raison tant les réflexes et les réactions des acteurs (principaux) concernés face aux opportunités sont assez similaires. Ainsi, dans cette thèse nous utiliserons de manière interchangeable les adjectifs ethnique et immigrant parce que les immigrants émanent ou appartiennent aux groupes ethniques (Nestorowicz, 2012). Somme toute, ces notions relèvent du concept de l'entrepreneuriat des minorités (minority entrepreneurship) (Greene, 2012).
L’entrepreneuriat des immigrants et ses courants théoriques
La littérature d’entrepreneuriat produite sur les facteurs motivant les immigrants abonde d’explications qui distinguent dynamique discriminatoire et culture d’origine, ou les cumulant. L’EI des immigrants ou l’entrepreneuriat ethnique prend racine dans ces trois courants de pensée (Garrido & Olmos, 2009; Ilhan-Nas et al., 2010; Rueda-Armengot & Peris-Ortiz, 2012; Aliaa-Isla & Rialp, 2013; Ganzaroli et al., 2013) dont deux ont défendu des points de vue divergents. L’approche culturelle souligne les types de ressources utilisés de source ethnique (aspect tangible : financement; et aspect intangible : ethnicité ou attributs culturels; information et conseil) pour la création d’entreprise et son développement. Cependant, l’approche contextuelle propose deux lignes de recherche pour expliquer l’EI : les aspects favorables du contexte socio-économique et les obstacles rencontrés par le collectif. L’approche mixte dite intégrale distingue trois types de facteurs explicatifs : les caractéristiques du groupe ethnique, les structures d’opportunité de la société d’accueil et les stratégies ethniques (Rueda-Armengot & Peris-Ortiz, 2012).
D'un point de vue théorique, les théories qui cherchent à expliquer la relation entre l'immigration et l’implication entrepreneuriale peuvent être classées en deux grands groupes: le premier groupe repose sur les caractéristiques spécifiques des immigrants pour expliquer les différences dans la propension à démarrer une entreprise par rapport aux non-immigrants; le second groupe se
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concentre sur l'environnement institutionnel et culturel du pays d'accueil (Peroni, Riillo, & Sarracino, 2016).
Selon les théories du premier groupe, les immigrants ont plus de chances de démarrer une nouvelle entreprise à cause de différents types d'inconvénients (linguistique, racial, éducatif) qui orientent leur volonté de devenir des entrepreneurs (Light, 1979; Borjas, 1986; Clark & Drinkwater 2000). La théorie de l'enclave ethnique par exemple met l’accent sur l'existence d'enclaves immigrées dans la société d'accueil. L'idée principale est que les immigrants ont augmenté les opportunités de démarrer de nouvelles entreprises dans les zones où les activités existantes sont gérées par des personnes appartenant au même groupe ethnique (Altinay, 2008; Waldinger et al., 1990).
Le second groupe de théories explique l'implication des migrants dans l’entrepreneurship mettant l'accent sur l'interaction entre les caractéristiques individuelles des migrants et les institutions ainsi que les caractéristiques des sociétés et des marchés des pays d’accueil. Waldinger et al. (1990) a proposé le soi-disant modèle interactif (nord-américain) selon lequel l’implication entrepreneuriale des immigrants est le résultat de l'interaction entre les ressources propres des immigrants et les structures d'opportunité des sociétés d’accueil. Plus récemment, Kloosterman et Rath (2001) ont affiné le modèle interactif pour tenir compte des cadres institutionnels propres à chaque pays où s’établissent les immigrants. Ces auteurs ont développé le modèle européen '' d’enchâssement mixte (‘‘mixed embeddedness’’)''. Le mixed embeddedness fait référence au niveau d’intégration double par les immigrants entrepreneurs et les entrepreneurs de la minorité ethnique d’une part dans les communautés ethniques et d’autre part dans la société d’accueil ainsi que son cadre institutionnel (Kloosterman & Rath, 2000; Kloosterman et al., 1999). Ce qui suggère que pendant que les immigrants appartiennent à des réseaux ethniques, ils sont également intégrés (retranchés) dans des conditions de marché spécifiques, des environnements socio-économiques et politico-institutionnels.
Les modèles interactif et d’enchâssement mixte ont reçu une attention considérable dans la littérature et ont contribué à identifier un ensemble de variables - telles que les aptitudes de gestion et d'autres habiletés individuelles, les antécédents familiaux, le statut professionnel, les contraintes financières et l'activité économique - pour l’étude des déterminants du travail indépendant (Aliaga-Isla & Rialp 2013).
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Notre recherche s’engage dans ce courant de mixed embeddedness dans lequel il est important de comprendre le contexte de chaque cas individuel (Marchand & Siegel, 2014). D'une importance particulière ici sont la structure d'opportunité et celle de l'environnement social de l'entrepreneur. La structure d'opportunité représente l'environnement économique et institutionnel en place. Ces circonstances sont façonnées par l'évolution historique et limitent les entreprises commerciales potentielles à des types de secteurs qui sont pris en charge par cet environnement. Par exemple, il pourrait y avoir des conditions de marché qui favorisent les entreprises ethniques par rapport à d’autres qui font ce genre d'affaires très difficiles à exécuter (Aldrich & Waldinger, 1990). Lorsque les opportunités se présentent, cela dépend beaucoup de leur statut économique et social si un potentiel (immigrant) entrepreneur peut en profiter. C’est ici que son environnement social – les réseaux, la culture et le background - est la clé (Marchand & Siegel, 2014).
Le contexte de l’étude et la problématique de recherche
Les mouvements migratoires importants et les problèmes subséquents d’intégration des nouveaux arrivants ont amené les chercheurs de nombreux pays à s’interroger sur les meilleurs moyens d’accroître l’esprit d’entreprendre chez cette population en forte croissance. C’est pourquoi, étant donné la haute considération dont jouit l’entrepreneuriat auprès de la société, investiguer quels facteurs d’influence déterminent l’intention entrepreneuriale est une question cruciale dans la recherche en entrepreneuriat (Fayolle & Liñán, 2014; do Paço et al., 2015) et spécialement pour les immigrants. Car ils doivent s’ajuster au nouvel environnement du pays d’accueil, dont le capital d’entrepreneuriat (Audretsch & Keilbach, 2004) rime avec la capacité entrepreneuriale (Light, 1999) sous fond d’une dialectique individu-environnement (Reeve, Deci & Ryan, 2003). Malheureusement, dans un contexte où le salariat s’essouffle et la migration s’accélère, l’entrepreneuriat qui est perçu comme un enjeu socio-économique pose en même temps d’importants défis managériaux tant pour les individus que pour les gouvernements. Pour le Québec, le défi d’une culture entrepreneuriale à développer et à transmettre (FCCQ, 2012) et comment faire en sorte que les personnes qui émettent le souhait de créer une entreprise passent effectivement à l’acte sont des questions qui demeurent pendantes.
Il y a peu d'engouement pour l’entrepreneuriat au Québec (Tremblay & Gasse, 2014). Par conséquent, la création d'entreprises est plus faible ici qu'ailleurs au Canada et la relève est
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insuffisante si l'on considère le nombre d'entrepreneurs baby-boomers (Ibid.). Les résultats de l'indice entrepreneurial québécois (IEQ) (Fondation de l'entrepreneur, 2011-2015) affichent une évolution quinquennale 2011-2015 positive de son dynamisme entrepreneurial due à une progression des taux d'intention entrepreneuriale et des démarches des Québécois. Environ une personne sur cinq manifeste de l'intérêt sur l'entrepreneuriat tandis qu'une sur dix passe à l'action. Au cours de quatre dernières années (2015-2019), la progression enregistrée est restée stable. Même la population immigrante qui a connu antérieurement un bond appréciable dans les intentions passant de 35 % à 40 % en 2018 s'établit désormais à 34,3 % en 2019 (voir Figure 1). Dans les faits, seulement 6,2 % de la population québécoise appartient à la catégorie des entrepreneurs : un chiffre de surcroît inférieur à l'année 2015 (7,9 %). Pour les immigrants, cette catégorie affiche 6,8 %. Depuis quelques années déjà, Immigrant Québec (2014) résume cette situation en un déficit de repreneurs d'entreprises et un faible taux de création d'entreprises Parmi les défis du Québec, on parle d'une culture à développer et à transmettre si la province veut atteindre ses objectifs de croissance économique (FCCQ, 2012). Par ailleurs, « un des autres défis auxquels fait face le Québec est de réussir à faire que les personnes qui émettent le souhait de créer une entreprise passent effectivement à l'acte » (Immigrant Québec, 2014, p.12). Parce que, bien que 20,4 % de la population manifeste un intérêt pour l'entrepreneuriat, un faible 9,7 % (2015 : 10,2 %) passe à l'action, selon l'Indice entrepreneurial québécois 2019 (voir Figure 1).
Chez les immigrants, l’écart est plus large, car, bien que 34,3 % de la population immigrante manifeste un intérêt pour l'entrepreneuriat, c’est moins que sa moitié (16,5 %) qui passe à l'action. Quelle raison justifie cette inertie ? Le rapport GEM-Québec mentionnait en 2014 qu’à part la culture entrepreneuriale et le sentiment des compétences de l'individu, trois dimensions sont également centrales pour expliquer le taux de création : les opportunités perçues, la peur de l'échec et l'intention d'entreprendre (St-Jean &Duhamel, 2015). Une telle lecture a pour effet de susciter plus d’attention aux individus qui sont les plus susceptibles de combler le déficit tant démographique entrepreneurial.
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Figure 1: Évolution du dynamisme québécois de 2009 à 2019
Source : compilation par nos soins de données IEQ 2009-2019
La figure ci-dessus (graphique b) montre explicitement l'écart entre la situation actuelle (faible entreprenariat immigrant) et la situation souhaitée (fort taux des intentions, des démarches et de propriété chez les immigrants). Cette figure pointe du doigt l'intérêt de considérer l'intention entrepreneuriale pour comprendre ce qui favorise le passage des immigrants vers l'entreprenariat. Il y a donc nécessité d'aider les immigrants à entreprendre dans le contexte actuel d'une économie mondiale qui est surtout marquée par le passage d'une économie managériale à une économie entrepreneuriale et dans laquelle les immigrants doivent participer. D'ailleurs à ce sujet, les gouvernements à travers le monde voient la promotion de l'entrepreneuriat comme une priorité
0.0 5.0 10.0 15.0 20.0 25.0 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 a. la population adulte
Intention Démarches Propriétaires Fermetures
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 b. les immigrants
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nationale local et partagent avec les scientifiques le sentiment que les immigrants sont particulièrement entrepreneuriaux (Lofstrom, 2017).
L’importance de la recherche
Quant à nous, la concrétisation du potentiel des immigrants implique la connaissance et la maîtrise des déterminants de l'entrepreneuriat ou mieux la connaissance et la maîtrise des facteurs déclencheurs du processus entrepreneurial.
Si la plus forte intention d'entreprendre au Québec ne se manifeste pas par un passage proportionnel à l'action, trois pistes d'explication peuvent être envisagées. Et ce, relativement à :
• l’individu, en raison des attitudes et perceptions susceptibles de changer au fil du temps et l'éventualité d'une migration entrepreneuriale ;
• l'environnement, le dynamisme entrepreneurial dans le contexte du pays d'accueil comme celui du pays d'origine qui influence la décision de créer une nouvelle entreprise ;
• la mesure de l'intention entrepreneuriale : les taux d'intention et les niveaux d'intention entrepreneuriale sont des indicateurs qui semblent ne pas mesurer la même chose. Si le premier est une déclaration du désir d'entreprendre (voir les études IEQ, GEM, BDC), dans le second les personnes formulent des intentions entrepreneuriales en évaluant l'opportunité en termes d'attractivité personnelle, y compris les normes sociales, la faisabilité et la propension à agir (Krueger, Reillly, & Carsrud, 2000).
Notre intérêt porte sur les immigrants et la manière dont ils sont influencés dans le comportement entrepreneurial par leurs caractéristiques individuelles et le contexte de leur société d’accueil. L’impératif d’adaptation et d’insertion socio-économique présuppose la connaissance et la compréhension des facteurs majeurs qui influencent de manière spécifique ces immigrants. Les gouvernements des pays d’accueil s’attendent à ce que ces immigrants s’intègrent certes, et surtout à les voir contribuer dans la société et l'économie du pays. Car comme le préconisent les Européens, l'intégration des immigrants doit s'effectuer de façon bilatérale, avec un partage à égalité des droits et des obligations (CRPM, 2006). Ce sont autant des raisons qui justifient la réalisation de cette recherche et nous conduisent à soulever la question : quels sont les facteurs d’influence sur l’émergence entrepreneuriale des immigrants ?
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En général, lorsqu’on se penche sur la thématique des déterminants de l’entrepreneuriat, force est de constater que la recherche fait allusion à des facteurs tels que les dotations en capital (humain, social, financier) détenues par l’immigrant (Ndofor et Priem, 2011), la présence d’enclave ethnique (Pisani et al., 2017.), la discrimination dans l’environnement du pays d’accueil (Herring, 2004), les réseaux sociaux (Toussaint-Comeau, 2008.), pour ne citer que ceux-là.
Dans le cadre de la présente recherche, au-delà d’un simple recensement (descriptif), il s’agit de cibler les facteurs qui influencent l’intention entrepreneuriale qui préside à la prise de décision des immigrants de créer une entreprise dans le nouvel environnement du pays d’accueil. C’est pourquoi notre recherche s’intitule « Facteurs d’influence sur l’intention entrepreneuriale des immigrants : vers un modèle intégrateur ». Relativement à la thématique des déterminants de l’EI, cette recherche produit un éclairage nouveau en y ajoutant le caractère typique de certains parmi eux, permettant de cerner la réalité spécifique des immigrants. Les facteurs comme la différence de culture entrepreneuriale entre les pays d’origine et d’accueil, l’accompagnement entrepreneurial et le risque perçu comme une menace ont été inclus dans notre étude. Ces facteurs sont cruciaux pour mieux comprendre dans le pays hôte la démarche entrepreneuriale des immigrants. La présente recherche permet également de proposer aux sciences sociales et humaines plus d’éléments d’appréciation sur le cas d’adaptation entrepreneuriale en milieu interculturel.
Une démarche par étape sera adoptée pour atteindre les objectifs de cette recherche; chaque article représente un article de la thèse. À la première étape, une revue générale des déterminants de l’EI a été conduite. Cette étape a permis de catégoriser les déterminants ainsi que les impacts ou effets que ces déterminants peuvent avoir sur l’activité entrepreneuriale, tout le long du processus entrepreneurial (satisfaction du sous-objectif correspondant: 1er niveau de résultat). À la suite de cette étape et dans un effort de considérer la connotation internationale à l’EI, nous avons épinglé des déterminants auxquels ont été ajoutés d’autres, empruntés à la littérature des domaines connexes (l’entrepreneuriat, l’entrepreneuriat international, les affaires internationales). Cela a permis de générer une théorie pour un modèle d’intention entrepreneuriale qui cadre avec l’immigration (satisfaction du sous-objectif correspondant: 2e niveau de résultat). Enfin, en utilisant le modèle des équations structurelles, nous avons étudié les effets des déterminants clés retenus sur l’intention entrepreneuriale sur un échantillon d’immigrants de la province de Québec (satisfaction du sous-objectif correspondant: 3e niveau de résultat).
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L’ensemble des résultats ci-dessus recensés offre une photographie des éléments qui concourent à améliorer la compréhension de l’EI, par la phase initiale même du processus entrepreneurial. Ce qui concourt à l’atteinte de l’objectif de la thèse, celui de contribuer à une meilleure compréhension des facteurs influant sur l’intention entrepreneuriale qui préside à la prise de décision des immigrants de créer une entreprise dans le nouvel environnement du pays d’accueil.
La présente thèse s’articule autour de trois chapitres, avec une introduction et une conclusion générales.
• Introduction générale : il s’agit de la mise en contexte de la recherche. L'introduction générale situe l'enjeu de l'EI et pousse en même temps à s'interroger sur la manière dont il s'établit comme champ d'études
• Chapitre I : Ce premier chapitre de la thèse est composé de trois (3) grandes sections : 1) la méthode suivant l’introduction; 2) la synthèse regroupant les résultats et analyses; et 3) la discussion et la conclusion. Les trois (3) questions de recherche sont : 1) Quelles sont les différentes catégories de variables dépendantes (impacts ou phénomènes) dans la recherche sur l'EI ? 2) Quelles sont les tendances des recherches sur des déterminants ou variables indépendantes en EI ? 3) Quel cadre d’intégration permettrait de saisir l'essence de la recherche en EI à ce jour ? L’objectif poursuivi est de développer une synthèse (catégorisant les déterminants ou variables indépendantes et les phénomènes qui représentent leurs impacts ou variables dépendantes) et un cadre intégrateur subséquent des phénomènes et leurs déterminants. Ce chapitre permet ultimement de positionner la pertinence de s'intéresser aux intentions entrepreneuriales des immigrants et de faire ressortir les déterminants qui ont fait l'objet des travaux antérieurs. Succinctement, cette étape du travail peut être présentée selon ce résumé :
La littérature sur l’entrepreneuriat des immigrants (EI) a richement décrit des facteurs qui influencent ce comportement. Cependant, une faible attention a été portée sur la variable dépendante ou de résultat, représentant les impacts de ces facteurs. Basé sur une revue systématique, le présent article examine des études empiriques et conceptuelles sur l’EI publiées entre 2004 et 2018. L'analyse de 500 articles montre qu’au total quatre niveaux de facteurs ou déterminants (individu, groupe d’appartenance ethnique, entreprise et environnement) articulent quatre phénomènes (intention, création, performance, sortie) du processus et assurent la
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dynamique entrepreneuriale. Des nuances régionales entre le Nord et le Sud sont observées concernant la récurrence des phénomènes et les cooccurrences des déterminants. Tout en permettant de mieux cerner la pertinence de la littérature existante, l'étude propose aux chercheurs et praticiens des pistes intéressantes pour des recherches futures sur l'EI.
• Chapitre II : Ce deuxième chapitre contient les sections suivantes : l’introduction, la mise en contexte, le rôle des entrepreneurs internationaux migrants dans le monde et les fondements théoriques de leur entrepreneuriat, les considérations empiriques des intentions entrepreneuriales relatives aux immigrants, le modèle d’intention, les discussion et conclusion. La question ici est de savoir, relativement aux intentions entrepreneuriales quels sont les concepts et leurs liens, qui cadrent avec la réalité spécifique des immigrants. L’objectif poursuivi est de bâtir une théorie pour un modèle explicatif du développement des intentions entrepreneuriales des immigrants dans leur pays d’accueil. Cela contribuera à mieux expliquer ces intentions des immigrants de façon à les favoriser par la suite pour qu’ils jouent leur rôle comme (substituts) émulateurs des activités entrepreneuriales dans le pays d’accueil. Basée sur une analyse de contenu, cette étape du travail peut être succinctement présentée comme suit : Cette étude examine les immigrants du Nord et du Sud sur un continuum en termes de pays de départ et pays d’établissement. Le cadre migratoire correspondant considère quatre groupes d’immigrants issus des migrations Sud-Nord, Nord-Sud, Sud-Sud et Nord-Nord (2 x 2 quadrants ou patterns de mobilité). Nous l’appliquons à l'entrepreneuriat des immigrants, argumentant ainsi la nécessité de prendre différemment en compte la formation de l’intention entrepreneuriale de ces immigrants. Bien que la littérature soit remplie d’exemples du rôle que peut jouer les immigrants entrepreneurs à l’international, un cadre théorique manque pour expliquer ce rôle à travers un modèle de développement des intentions entrepreneuriales. La théorie proposée postule que l’entrée en affaires dans le pays d’accueil implique que l’immigrant possède une capacité cognitive suffisante pour évaluer les opportunités et contraintes à l’aune du risque perçu. Les propositions pour de l’entrepreneuriat des immigrants sont formulées, mais restent, dans leurs explications contingentes, sujettes à l’interculturel. Cette contingence rend compte des limites d’un prétendu universalisme de l’entrepreneuriat des immigrants et appelle les futures études - spécialement celles qui s’intéresseront au potentiel entrepreneurial des migrants - à se focaliser
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sur la phase « précréation » en considérant, pour des patterns migratoires en présence, le relativisme de la culture entrepreneuriale dans la construction de leur IE.
• Chapitre III : Ce chapitre interroge par sa question de recherche l’effet des déterminants retenus sur l’intention de créer une nouvelle entreprise par les immigrants à l’étude. Tout en testant la validité des facteurs retenus du modèle théorique, l’objectif est d’évaluer les effets de chacun des déterminants spécifiques sur l’intention des immigrants d’entrer en affaires. Ce troisième chapitre se subdivise en six (6) sections : l’introduction, les fondements théoriques de l’étude, la méthodologie, les résultats, la discussion - comprenant les contributions, les limites et les pistes de recherches futures - et la conclusion. Succinctement, cette étape du travail peut être présentée selon ce résumé :
Les immigrants, imprégnés de la culture entrepreneuriale, seraient réputés pour jouer un rôle important dans le développement économique par la création de nouvelles entreprises dans le pays d’accueil. Toutefois, en contexte d’immigration, peu de recherche ont théorisé ou analysé les facteurs spécifiques qui influencent leur propension à agir ainsi. Nous nous basons sur une perspective d’intégration mixte et de la TCP pour contribuer à combler cette lacune. Outre la perception du risque, le réseau social et l’expérience, nous postulons que la distance perçue de culture entrepreneuriale (pays d’origine versus pays d’accueil) et l’accompagnement entrepreneurial sont parmi les facteurs cruciaux qui influencent les intentions entrepreneuriales des immigrants; certaines conditions s’appliquent. Les analyses empiriques basées sur les données de sondage ont supporté partiellement nos hypothèses. Les résultats offrent une guidance sur le rôle des facteurs psychologiques et cognitifs dans l’influence des intentions des immigrants au démarrage de nouveaux projets d’entreprises. Les pistes de recherche future sont proposées. • Conclusion générale : en s’appuyant sur les analyses ainsi que les discussions
correspondantes, cette dernière partie de la thèse tentera de répondre à la question initiale, définira les contributions théoriques et pratiques, proposera un rappel succinct de pistes de réflexion destinées aux décideurs politiques et praticiens, et enfin exposera les limites sans oublier les avenues pour les recherches futures.
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Chapitre 1 : Recherche sur les déterminants du processus
entrepreneurial des immigrants : ce que nous
savons et ce que nous devons savoir
Résumé du chapitre 1
La littérature sur l’entrepreneuriat des immigrants (EI) a richement décrit des facteurs qui influencent ce comportement. Cependant, une faible attention a été portée sur la variable dépendante ou de résultat, représentant les impacts de ces facteurs. Basé sur une revue systématique, le présent article examine des études empiriques et conceptuelles sur l’EI publiées entre 2004 et 2018. L'analyse de 500 articles montre qu’au total quatre niveaux de facteurs ou déterminants (individu, groupe d’appartenance ethnique, entreprise et environnement) articulent quatre phénomènes (intention, création, performance, sortie) du processus et assurent la dynamique entrepreneuriale. Des nuances régionales entre le Nord et le Sud sont observées concernant la récurrence des phénomènes et les cooccurrences des déterminants. Tout en permettant de mieux cerner la pertinence de la littérature existante, l'étude propose aux chercheurs et praticiens des pistes intéressantes pour des recherches futures sur l'EI.
Mots clés : entrepreneuriat immigrant, revue de la littérature, déterminants, processus entrepreneurial, modèle intégrateur
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1.1. Introduction
Au cours des dernières décennies, la recherche sur l’EI a produit un corpus considérable de connaissances (Aliaga-isla & Rialp, 2013 ; Garrido, & Olmos, 2009; Ganzaroli, Orsi & De Noni, 2013; Ilhan-Nas, Sahin, & Cilingir, 2011; Ma et al., 2013; Ma, Wang, & Lee, 2012). Cette prolifération est la conséquence de l’accroissement dans la migration mondiale. Considéré comme un important phénomène socio-économique actuellement, l’EI attire l’attention des décideurs politiques (question des coûts et avantages de l’immigration) et des chercheurs scientifiques (débats théoriques sur la détermination des facteurs d’influence sur l’EI). Généralement, le concept de l’EI est défini en considérant les migrants comme des gens ayant été hors de leur pays d’origine pour au moins 12 mois (Sasse & Thielemann, 2005) et en tant que nouveaux arrivants dans le pays hôte, créent une entreprise comme un moyen de survie économique (Chaganti & Greene, 2002). Si le processus entrepreneurial est lié à la notion d’opportunité, alors l'EI peut être défini comme le processus par lequel les immigrants identifient, créent et exploitent les opportunités économiques pour démarrer de nouvelles entreprises dans leurs pays de destination (Dheer, 2018). Bien que les progrès de la recherche en EI soient louables, ils sont présentés de manière très fragmentée. Ce qui rend difficile de faire le point sur notre compréhension actuelle du processus entrepreneurial et limite notre capacité à mieux contribuer à l’évolution de ce domaine.
En fait, cette littérature à croissance rapide a été synthétisée jusque maintenant selon trois patterns. • Primo, des revues ayant focalisé sur les tendances théoriques et méthodologiques : les
recensions des écrits réalisées successivement par Garrido & Olmos (2009) et par Aliaga-Isla et Rialp (2013) ont contribué à ce besoin.
• Secundo, l’attention sur la structure intellectuelle du domaine : le mérite revient à Ma et al. (2012 ; 2013) et à Ganzaroli et De Noni (2013) dont les revues bibliométriques ont permis de retracer/visualiser l’évolution de l’entrepreneuriat ethnique (la propriété d'une entreprise parmi les immigrants, les membres de groupes ethniques ou les deux : Valdez, 2008, p. 956).
• Tertio, l’attention sur les causes et les conséquences : les revues de ce pattern ont porté une attention particulière sur les déterminants et les résultats de l’entrepreneuriat ethnique international (Ilhan-Nas et al., 2011) ou de l’entrepreneuriat par les immigrants (Dheer,
20
2018). Pour ce qui est des résultats, ces deux revues systématiques se sont focalisées sur l’impact basé sur la performance uniquement.
À notre meilleure connaissance, jusqu’à ce jour aucune revue de la littérature n’a mis à ce sujet l’accent sur une vision plus globale. Ainsi, il est encore nécessaire de procéder à un examen axé cette fois-ci sur les déterminants et les résultats tout le long du processus entrepreneurial.
Plus intéressant, nous constatons que les variables dépendantes (ou de résultat) ont reçu peu d’intérêt dans les revues de littérature précédentes. Notre objectif est de combler cette lacune dans la recherche en passant systématiquement en revue la preuve empirique et conceptuelle sur les variables dépendantes ou phénomènes ainsi que leurs déterminants dans les études antérieures de l’EI. Pour ce faire, notre étude aborde trois questions de recherche : 1) Quelles sont les différentes catégories de variables dépendantes (phénomènes) dans la recherche sur l'EI ? 2) Quelles tendances dégagent les recherches sur des déterminants ou variables indépendantes en EI ? 3) Quel cadre d’intégration permettrait de saisir l'essence de la recherche en EI à ce jour ? Ce cadre intégrateur offrira une vision claire et structurante du domaine de recherche commun identifiant des sous-champs d’études sur lesquels on pourrait construire la théorie et développer des questions de recherche pertinentes (reflétant les évolutions sociétales de notre temps) et donc significatives pour ce domaine. De plus, il sera utile pour adresser des suggestions aux décideurs politiques attentifs aux ambitions entrepreneuriales des immigrants dans leur pays d’accueil.
Dans les prochaines sections, nous décrivons d’abord notre méthodologie, ensuite présentons les résultats obtenus et les analysons. Par la suite, nous discutons ces résultats à la lumière de la dynamique entrepreneuriale (changements qui s’opèrent tout le long du processus entrepreneurial), développons un cadre intégrateur qui capture les variables catégorisées et synthétise le domaine depuis les quinze dernières années avant de déterminer les implications de notre étude et d’offrir des pistes pour les recherches futures en guise de conclusion.
1.2. Méthodologie
Inspiré de Aliaga-Isla & Rialp (2013) pour des étapes suivies, notre processus de mener une revue systématique de la littérature se décline en six (6) suivantes : (1) les critères de la recherche documentaire établis pour inclure ou exclure un article sont les suivants : (a) la définition du