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Le marché de la musique, 2003-2013 : de la numérisation à l'application

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Submitted on 5 May 2014

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Le marché de la musique, 2003-2013 : de la numérisation

à l’application

Aurélien Hubert

To cite this version:

Aurélien Hubert. Le marché de la musique, 2003-2013 : de la numérisation à l’application. Science politique. 2013. �dumas-00987277�

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SOUS LA DIRECTION DE FREDERIQUE MATONTI

UNIVERSTE PARIS 1 PANTHEON SORBONNE

MASTER 2 SCIENCES POLITIQUES, SOCIOLOGIE ET INSTITUTIONS DU POLITIQUE, 2012-2013

LE MARCHE DE

LA MUSIQUE

2003

– 2013

De la numérisation

à l’application

AURELIEN HUBERT

(3)

1

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION... 3

METHODE D ENQUETE ...16

I. LA NUMERISATION DES PRATIQUES MUSICALES ...23

1. Des p ati ues d oute di e sifi es et i di idualis es ...23

2. Des pratiques de création renouvelées et démocratisées ...37

II. LE MARCHE DE LA MUSIQUE, UNE INDUSTRIE CULTURELLE CONTESTEE ...44

1. Copie sonore et CD : des objets de tutelle caduques ...47

2. Des codes culturels en échec ...50

3. La concurrence de nouveaux acteurs industriels ...59

III. DE LA NUME‘I“ATION A L APPLICATION : L INDU“T‘IE LOGICIELLE ...61

1. Logiciélisation des pratiques musicales...61

2. Les e jeu d u s st e i tuel ti ulai e ...65

3. L i dust ie logi ielle, u e ou elle fo e d i dust ie ultu elle ? ...67

CONCLUSION ...73

BIBLIOGRAPHIE ...74

SITOGRAPHIE ...77

(4)

2 « Si personne ne peut plus véritablement parler, personne ne peut plus entendre.»

T.W. Adorno, Du fétichisme en musique et de la régression de l'audition

(5)

3

INTRODUCTION

Na ouk l Es ui au est un long-métrage documentaire sorti en 1922. Robert Flaherty y présente la ie de l inuit Nanouk et de sa famille : tous i e t à l est de la aie d Hudso , en autarcie, chassant le phoque et construisant des igloos pour affronter les tempêtes de neige. Au cours du film, Nanouk se rend au port afin de vendre le butin de sa chasse. Là se trouve un gramophone ; Nanouk et sa famille sont stupéfaits : un son est émis par la machine, une musique jouée sans instruments. Rires, étonnements, Nanouk est émerveillé. Il o t le dis ue, ais le dis ue e p oduit pas de so . Na ouk est pas u g a opho e, e que tente de lui expliquer le marchand eu op e au uel appa tie t l appa eil.

Bie sû Na ouk e s appelle pas Na ouk ais Alla iallak. Bie sû , le pseudo documentaire ethnographique est en réalité intégralement mis en scène, et Allariallak avait p o a le e t d jà t o f o t à l ig e de la musique enregistrée. Mais pour le spectateur découvrant le métrage, la scène est potentiellement cathartique. A peine trente a s se so t oul s depuis l i e tio du dis ue de i e, et les a tio s mimées par Nanouk font écho à celles des spectateurs face à une révolution technique qui, un siècle plus tard, continue de modifier les pratiques musicales.

Edouard-Léon Scott de Martinville brevète en 1857 le phonautographe, lequel permet de graver les vibrations acoustiques sur une feuille de papier enduite de noir de fumée ; mais pas de les restituer. En 2008, la numérisation permettra de lire ce qui est le premier enregistrement sonore connu, Au clair de la lune, datant de 1860. Thomas Edison invente le phonographe en 1877, lequel permet de diffuser les sons enregistrés. Quelques années plus tard, en 1889, le gramophone est inventé par Emile Berliner ; un dispositif qui p se te l a a tage de e ou i à u dis ue de i e, pe etta t la ep odu tio e asse du contenu enregistré.

A ces dispositifs mécaniques succède la reproduction sonore électrique : le disque i osillo e ahit le uotidie des F a çais da s les a es , et a ue l esso

(6)

4 o e ial de la usi ue e egist e. Puis, e , l i t odu tio du le teu opti ue a e l i e tio du CD constitue u e ou elle tape da s l olutio des suppo ts at iels de diffusion. Parallèlement, la cassette audio et son procédé magnétique ouvre dès les années l e egist e e t so o e au pu li . CD et assette se pa tage t do les p ati ues musicales de le tu e et d e egist e e t de o te u so o e, et e jus u à la fi des a es , a e la o e ialisatio de le teu s e egist eu s u i ues, et l a e e t de supports informatiques dématérialisés.

Auta t d innovations techniques qui ont rendu possible la diffusio d u e p ati ue ultu elle e o e ou elle il a u peu plus d u si le, l oute de usi ue e egist e. Ludovic Tournès note toutefois que « l histoi e de la usi ue e egist e est elle des inventions, mais aussi celle de leur acclimatation par les sociétés contemporaines »1 ; l auteu el e uat e facteurs décisifs ayant favorisé cette « mutation profonde dans le rapport à la musique » : les transfo atio s de l o o ie o diale et l i t odu tio de modes de production de type capitaliste da s le se teu des ie s ultu els ; l u a isatio et l esso d u e lasse o e e, ui fa o ise t l e ge e de l a ateu is e usi al ; un nouveau rapport au temps, structurant rationnellement les modes de vie entre travail et loisirs ; le besoin réflexif des sociétés de la fin du XIX° siècle de construire un patrimoine ultu el ui siste ait au assauts de la ode it i dust ielle. L o je tif p e ie des e he hes te h i ues su l e egist e e t so o e da s les a es tait d ailleu s pas de fixer la musique, mais la parole.

Le a h de la usi ue se st u tu e au fil d u si le de utatio s so iologi ues et économiques. La diffusion des moyens techniques de restitution des enregistrements usi au a de pai a e l i dust ialisatio des biens culturels, devenus progressivement objets de consommation dans des sociétés où la démocratisation des loisirs est un enjeu politi ue. D ite et udite, la usi ue devient enregistrée et populaire ; une évolution qui s i s it da s u ou e e t plus vaste de transformation du capitalisme, devenu « structurellement culturel » selon Bernard Stiegler, les innovations techniques permettant aux industries de biens culturels « de e les p o essus d ide tifi atio au od les comportementaux sans cesse e ou el s u appelai[e ]t e[s] i o atio [s] »2. Devenue ie a ha d ep odu ti le et sta da dis , l œu e d a t se d sa alise, pe da t ette « aura », « la p se e d u o -présent », soit la singularité qui la définissait, selon Walter Benjamin.

U a h de la usi ue do t o peut aujou d hui d li ite t ois pôles disti ts : elui de la usi ue e egist e , illia ds de dolla s à l helle o diale e selo l IDATE, I stitut de l'audio isuel et des t l o u i atio s e Eu ope, thi k-tank créé en et sp ialis da s l o o ie u i ue, les dias, l'i te et et les t l o u i atio s , elui de l ditio usi ale illia ds de dolla s , et elui de la

1 Tournès, Ludovic, Du phonographe au mp3, XIX° –XXI° siècle, Une histoire de la musique enregistrée, p.6 2

(7)

5 musique vivante – soit les concerts – , illia ds de dolla s . L i stitut estimait que la croissance globale du marché de la musique serait de 4 % sur la période 2007-20113.

Le p e ie de es t ois seg e ts est elui de l i dust ie usi ale, ui d sig e « les activités qui contribuent à l'offre de produits musicaux obtenus par un processus industriel de reproduction »4. Un processus de reproduction qui regroupe cinq principaux secteurs d a ti it : la atio tout d a o d, puis la p odu tio , soit l e egist e e t, le i age, la réalisation ; puis l ditio , la dist i utio , et enfin la commercialisation du produit. Le o e des a teu s i dust iels du a h de la usi ue e egist e au a ess de di i ue , o duisa t à l e ge e de ajo s, les uelles p e e t e ha ge l i t g alit du p o essus de o eptio d u e œu e usi ale, à l e eptio de la o e ialisatio u elles peu e t e e e seules, pa l i te diai e de outi ues e lig e, ais u elles confient historiquement à des tiers.

O o pte aujou d hui t ois ajo s, “o Musi , U i e sal Musi , et Wa e Musi , lesquelles agrègent 71,7 % de part de marché sur le marché mondial des ventes de productions musicales.5 Le reste est assuré par des acteurs qualifiés « d i d pe da ts », et e p e a t e ha ge ue pa tie du p o essus de atio d u e œu e : « classiquement,

seules les fo tio s de p odu tio et d ditio so t o i es ; la haî e elia t l a tiste au grand public est alors constituée de trois maillons : la maison de disque, le distributeur, et les détaillants. »6 La crise du disque a renforcé le mouvement de concentration des unités de production, non seulement verticalement (rachat de labels indépendants par les majors) mais également horizontalement (rachat de majors entre elles, notamment EMI par Universal en novembre 2011).

Une crise violente ; toujou s selo l IDATE, « la musique enregistrée (physique et

numérique) devrait donc voir sa part de marché décliner, de 50 % en 2007 à 41 % en 2011. En valeur, elle devrait peser 28,5 milliards de dollars en 2011, soit une baisse de 15 % sur cinq ans. Le marché physique, quant à lui, est toujours promis à un sévère déclin (- 48 % en valeur, à 15,3 milliards de dollars). »7 Sur la décade, la chute est encore plus brutale : aux Etats-Unis,

premier marché mondial en valeur, la musique enregistrée a rapporté 12 milliards de dollars en 2004, et e appo tait plus ue , e . Même constat en France, où les revenus

3

http://www.zdnet.fr/actualites/marche-global-de-la-musique-un-reequilibrage-essentiellement-favorable-au-spectacle-vivant-39601897.htm, publié le 10/09/2008, vérifié le 4/09/2010

4

http://fr.wikipedia.org/wiki/Industrie_musicale, vérifié le 4/09/2013

5

André Nicolas, « Les marchés de la musique enregistrée », sur cite-musique.fr, Cité de la musique, 2011, p. 13. Vérifié le 4/09/2013

6 B ul , De is, L AD“L, Kazaa, l iPod et la usi ue, la olution numérique menace t elle la di e sit usi ale?,

p15

7

http://www.zdnet.fr/actualites/marche-global-de-la-musique-un-reequilibrage-essentiellement-favorable-au-spectacle-vivant-39601897.htm, publié le 10 septembre 2008, vérifié le 4/09/2013

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6 issus de la musique enregistrée sont passés de 2 milliards de dollars en 2004, à 900 millions en 20128.

A l i e se, le secteur de la musique vivante est en pleine expansion, avec une part de marché en hausse de 38 % en 2007 à 48 % en 2011 (soit le double de la musique enregistrée) et une progression en valeur de de 31 %9.

Toutefois il convient de nuancer cette crise de la musique enregistrée. Non seulement compte tenu de la croissance du marché de la musique pris dans sa globalité, ais gale e t eut ga d de la e te sta ilisatio des e e us de l i dust ie usi ale : une croissance de 0,3% a même été observée à l helle mondiale su l e e i e 10 ; la première depuis 1999.

Au sein de la musique enregistrée, la croissance du numérique est rapide, et surtout mondiale : si d ut les p i ipau a teu s i te atio au taie t p se ts ue da s 23 pays, ils le sont sur plus de 100 territoires en 2013. Autant de nouveaux marchés et de futu s o so ateu s de usi ue e egist e, ota e t da s les pa s e ge ts d Asie et d Af i ue, où l off e ph si ue est fai le. Au total e so t pas oi s de e t ep ises ui offrent accès à de la musique enregistrée numérique, soit plus de 30 millions de titres, et plus de 4 milliards de téléchargements en 2012.11

L aut e pôle de oissa e est le st ea i g, diffusio e di e t et e lig e de o te u usi al, sa s t l ha ge e t d u e opie u i ue su l appa eil de l utilisateu . La “u de est l u des pa s pio ie s de e ou eau ode d a s au o te us usi au , a e Spotify, logiciel lancé en 2007. Les ventes de musique enregistrée y ont progressé de 12% depuis début 2013, ave % du hiff e d affai e appo t s pa le st ea i g12.

Les revenus du streaming ne représentent que 42 % des revenus numériques en France, où le marché est dominé par Deezer, contre 50 % pour le téléchargement. Toutefois le streaming a progressé de 55% en 2012 au niveau mondial, soit 20 % du marché numérique mondial ; et si l e e ple “u dois p figu e de l olutio du a h , les uel ues illio s d a o s o diau à u se i e de st ea i g e so t ue les p e ie s. 8 http://en.wikipedia.org/wiki/Global_music_industry_market_share_data, vérifié le 4/09/2013, et http://www.ifpi.org/content/library/dmr2013.pdf, vérifié le 4/09/2013 9 http://www.zdnet.fr/actualites/marche-global-de-la-musique-un-reequilibrage-essentiellement-favorable-au-spectacle-vivant-39601897.htm, publié le 10 septembre 2008, vérifié le 4/09/2013

10

http://www.actu.snepmusique.com/?p=1043, publié le 26/02/2013, vérifié le 4/09/2013

11

http://www.ifpi.org/content/library/dmr2013.pdf, vérifié le 4/09/2013

12

Alain Beuve-Méry, Le streaming donne un peu d'air à l'industrie musicale, Le Monde, publié le 23/07/2013,

http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/07/23/le-streaming-donne-un-peu-d-air-a-l-industrie-musicale_3451427_651865.html, vérifié le 4/09/2013

(9)

7 Le marché du streaming attire donc de nouveaux acteurs : a ue l e t e su le a h d Apple, ui ou e so se i e de st ea i g, i‘adio, à l auto e ; de Google, qui a la e ilieu d a e Google Pla Musi All A ess ; mais également du réseau de micro-blogging Twitter, qui a ou e t so se i e T itte # usi à plusieu s pa s e d ut d a e, faisant suite à des accords de diffusion du catalogue de Spotify et Rdio. A la clé, diffusion illimitée de contenus musicaux avec publicités, ou sans publicités moyennant un abonnement, et les possibilités de partage sur réseaux sociaux, de recommander des titres, et de publier des commentaires.

Du disque au numérique, puis du numérique au streaming, le marché de la musique a subi des transformations profondes au cours des dix dernières années. Selon Alain Darré, la musique est un « fait social total, [qui] entretient des rapports complexes avec l'univers social, l'entendu rivalisant plus que jamais avec le vu ou le lu »13. En outre, Fabien Granjon et Clément Combes rappellent que « la musique est une des activités culturelles les plus prisées

des F a çais. Cit e pa % d e t e eu pa i leu s t ois p i ipau e t es d i t t, elle arrive au 4e rang des loisirs les plus appréciés, derrière le sport, la télévision et le cinéma. La

13

Darré, Alain, Pratiques musicales et enjeux de pouvoir, in Musique et politique : les répertoires de l'identité, sous la direction d'Alain Darré

(10)

8

consommation musicale est en effet une pratique massive qui touche 92 % des Français, 39 % en écoutent quotidiennement et 36 % au moins une fois par semaine »14.

Quelle est l i ide e de es t a sfo atio s du marché de la musique sur les pratiques musicales, depuis la atio de o te u jus u à l e p ie e d oute ?

La so iologie s est largement intéressée au phénomène musical, notamment à sa dimension symbolique. Jean Molino détaille ainsi : « Ce u o appelle usi ue est e e

te ps p odu tio d u « objet » sonore, objet sonore et enfin réception de ce même objet. Le phénomène musical, comme le phénomène linguistique ou le phénomène religieux, ne peut t e o e te e t d fi it ou d it sa s ue l o tie e o pte de so t iple ode d e iste e, o me objet arbitrairement isolé, comme objet produit et comme objet perçu. Ces trois dimensions fondent, pour une large part, la spécificité du symbolique »15. Ai si u à

sa construction : "la musique se caractérise par l'absence de signes arbitraires et par sa

construction en unités de signifiants sans signifié"16 selon Denis Constant Martin.

En revanche, le chercheur se heurte davantage à la question des pratiques musicales. L e p ie e d oute est e effet d auta t plus diffi ile à e e ue pa -delà la construction du message sonore, et par-delà l i estisse e t s oli ue ui e est fait pa l auditeu , la uestio de l otio ai si ue elle des d te i a ts so iau da s les p ati ues d oute fo t d at.

Ado o a du a le e t a u l a al se so iologique de la musique avec sa théorie esthétique. Son analyse critique des phénomènes culturels enquiert le sociologue à i te oge l i a e e de l œu e usi ale, soit e u est l œu e gati e e t, selo e

u elle est pas.

« Les concepts de négation, de négativité et de critique, qui sont des échos de la philosophie idéaliste de Hegel, comme de Kant da s la pe s e d Ado o, o upe t u e pla e e t ale da s l œu e de e de ie . Cela e tie t pas seule e t au fait ue, pou Ado o, peu de choses mérite t d t e app ou es da s les appo ts so iau e ista ts et u à peu p s tout de ait t e iti u . Plus p is e t, ela tie t aussi au fait u Ado o o ait, a e Ka t, dans ce qui est tacitement accepté comme factuel ou comme socialement valable, LE grand obstacle à une rationalité potentielle, et, ainsi, simultanément, à une transformation possible de la so i t da s le se s d u e solida it et d u e li e t a ues. De e fait, les o epts de négation et de négativité ne sont pas seulement centraux e ta t u id es da s la philosophie d Adorno, mais également en tant que forme de pratique ».17

14

Granjon, Fabien, et Combes, Clément, La numérimorphose des pratiques de consommation musicale, Le cas de jeunes amateurs, pp 294-334, Réseaux n°145-146, p294

15

Cité par Denis-Constant Martin, Une sociologie des musiques populaires est-elle possible ?, in Musique et

politique : les répertoires de l'identité, sous la direction d'Alain Darré, p.20 16

L'Amérique de Mingus : musique et politique, les "Fables of Faubus" de Charles Mingus, p.62

(11)

9 Ado o e isage l a t o e résultant d u e lutte au sei d u e so i t do e, lutte pensée comme la dialectique sociale ente l u i e sel et l i di iduel. U universel sociétal par essence faux, puis ue s i posa t à tous en vue de sa propre perpétuation et de elle des i galit s so iales u il sous-tend ; un individuel qui résiste à cette forme d opp essio ill giti e et qui, e e p i a t ette sista e, l inscrit dans une démarche universelle afin que cesse cette oppression. Dès lors « l esth ti ue a pou fo tio d a e e à la conscience »18, soit de d gage ette diale ti ue de l u i e sel et du pa ti ulie ui se joue da s l œu e d a t, afi de ett e e lu i e l immanence de l œu e.

« Well e o t e u Ado o d eloppe u e id e de l a t à la fois o e auto o e et o e fait so ial. E ta t ue fait so ial, l a t t oig e, da s sa fa tu e i te e, ses at iau et ses fo es, d u e po ue do e, des apports sociaux, du développement des rapports de production, etc. ; il incarne un moment historique et le restitue dans un langage esth ti ue si gulie . E ta t u auto o e, l a t se fait o t e les o t ai tes e te es, d o d e so ial, o o i ue, politi ue, o al, eligieu , et ., il s affi e da s ses p i ipes p op es o sista t à d eloppe u e fo e ad uate. Ado o d fe d l id e o ple e selo laquelle plus une œu e d a t est auto o e et plus elle est à e de d eloppe u langage approprié lui pe etta t d i a e so po ue ; à l i e se, plus elle est h t o o e, o e est le as des p oduits de l i dust ie ultu elle, et oi s elle est à même de « parler » à sa manière singulière de la période historique dans laquelle elle opère. »19

Le concept d i dust ie ultu elle o stitue l u des appo ts th o i ues d te i a ts d Ado o à la so iologie de l A t ; o se a t l olutio apitaliste de es « Mo des de l A t » que décrit Becker, Adorno perçoit dans la musique standardisée qui en résulte une forme dio e d a t usi al, où la a ha disatio de l œu e duit elle- i à l tat d o jet de consommation, pillant de leurs sens celles qui précèdent (« Plus la musique est réifiée, plus elle sonne de façon romantique aux oreilles aliénées ; l ho e qui siffle triomphalement da s le t o le th e du fi al de la p e i e s pho ie de B ah s a d jà plus à fai e u au d is du ge e s pho i ue »20 ), aliénant la création musicale à la reproduction de

codes artistiques socio historiquement datés et donc inauthentiques ( est ai si u Ado o condamne Stravinsky, et le jazz), et opérant de facto une dissociation entre « culture officielle », « pervertie » et dont « la réification atteint la structure interne » et une avant-garde, la seule qui répondrait selo Ado o au e ige es de l esth ti ue : permettre un

etou fle if de l auditeu su la so i t da s la uelle il it, et op e u e fo tio atha ti ue d e p essio de la souff a e i duite pa sa p op e ali atio au sei d u fau universel.

Lui-même compositeur, la pe s e d Ado o s i s it e ejet d u dou le od le do t l auteu est o te po ai , elui des totalita is es, et elui du apitalis e, les uels o t e o u selo lui de ifie le so ial sous l gide de « la raison comme mystification des masses ».21 Ado o appo tait à l i e se u soutie total à la Nou elle Musi ue, do t Schönberg est une des figures de proue, et qui se proposait de dépasser les cadres formels de o positio de usi ue ite tels u ils taie t pos s depuis Beethoven. Cette

18

Adorno, Théodore, Théorie Esthétique, p252

19 Olivier Voirol, Avant-P opos, Auto o ie et gati it de l a t, ‘ seau , , p 20

Adorno, Théodore, Le caractère fétiche dans la musique, 1973

21

(12)

10 opposition entre musique authentique et musique de consommation, réifiée, fétichisée, et surtout do t l oute se ait régressive, puisque selon Adorno les musiques standardisées ne so t ue la ep odu tio à l infini de matériaux antérieurs – et donc de réalités socio historiques périmées – a fo alis les iti ues po t es au t a ail d Ado o. U e telle di hoto ie pose p o l e pou le so iologue do t le t a ail d tude des ph o es musicaux se retrouve réduit à identifier ce qui est musique authe ti ue de elle ui e l est pas, puis de dui e l tude de l e p ie e d oute de elle ui e se ait pas authe ti ue à une simple régression socio-culturelle.

« Le comportement qui consiste à évaluer est devenu une fiction pour celui qui est assailli de tous côtés par les marchandises musicales standardisées. Il ne peut ni se dérober à leur supériorité, ni choisir parmi celles qui lui sont présentées : elles se ressemblent toutes si pa faite e t u o e peut fi ale e t plus e d e aiso d u e p f e e u e i o ua t une circonstance biographique personnelle ou en rappelant le contexte dans lequel on a entendu cette marchandise standardisée ».22

Dieter Diederichsen23 a ep is la iti ue d Ado o à p opos du Jazz, do t Ado o a ait juste e t dis ualifi la aleu esth ti ue, ette fois pou l giti e l appo t :

« La fuite du solo serait ensuite le langage musical entièrement différent qui commence à en parler, à la différence du thème, et est à comprendre comme une négation de la musique à partir de laquelle il se développe. »

Et de fait, ett e l id e d u e fle io i te e à elle-même de la musique standardisée :

Elle s est aussi app op i e des at iau et des signes « qui étaient au début des rebuts de ce ue la usi ue fut u e fois et s est atta h e à de ou elles sig ifi atio s, au p o esses de liberté de la prospérité économique (la jeunesse bien dotée), la libération individuelle (existentialisme) et la démocratisation (mouvement des droits civiques) : des bruits te h i ues a plifi s le t i ue e t da s u fo d so o e de da ses et d i ages, de so s f ti hes et d a ti les de ode. … Entre ces deux extrêmes – le vide absolu de la marchandise et le langage artistique en partie clandestin de la contre-culture –, la musique populaire a toujou s ussi à ai te i u e te sio ui l e p he de se dissoud e da s l u e ou l aut e de ces tendances ».

Dès lors, puisque selon Adorno les musiques authentiques « sont celles qui se livrent sans restriction au contenu historique de leur époque et sans avoir la prétention de dépasser l histoi e », les phénomènes musicaux subversifs issus de ette te sio i te e à l i dust ie culturelle – celle-ci en a besoin pour se renouvele auta t u elle he he à les a so e et à les standardiser –, constitueraient une de ces avant-ga des da s les uelles s e p i e t des o u aut s d i di idus he ha t à se dista e de leu e i o e e t so i tal. Cela ouvre de nouvelles pistes de reche he au so iologue, sa s pou auta t ejete l appo t d Ado o et su tout sa s le li ite à la Nouvelle Musique.

22

Adorno, Théodore, Le caractère fétiche de la musique, 1973

23

Diederichsen, Dieter, « Zeichenangemessenheit. Adorno gegen Jazz und Pop », in Schafhausen N., Müller, V.N, Hirsch, M. (eds.), Adorno: die Möglichkeit des Unmöglichen, Frankfurt a. M., cité par Wellmer, Albrecht, Auto o ie et N gati it de l A t, pp -70, Réseaux n°166, p60

(13)

11 Out e les tudes esth ti ues, la so iologie de la usi ue se st u tu e autou d u courant hérité de Bourdieu (La Distinction, 1979), étudiant les phénomènes musicaux et ota e t la eptio des œu es usi ales da s u e logi ue d ha itus24. Ici le chercheur

s appli ue à ett e e o latio p ati ues usi ales et appa te a es so iales. L oute est ici envisagée comme une mise en scène des positions sociales, « les systèmes de goût et les pratiques culturelles particip[ant] fondamentalement à la reproduction des rapports de dominatio pa l i positio d u arbitraire culturel, qui correspond à la culture des classes dominantes » 25. Une approche qui tend à mettre en avant l a hite tu e de goûts socialement discriminante o st uite pa l auditeu .

Les Cultural Studies se sont également intéressées au phénomène musical, mais cette fois l a e t est is su la app op iatio de l œu e pa les auditeu s. A l i e se de la iti ue de l immanence d Ado o, l œu e passe au se o d pla , au p ofit des p ati ues culturelles et politiques dont les sujets l i estisse t, ou la i estisse t.

Anne Marie Green propose un modèle plus poussé du ph o e usi al, u elle qualifie de « fait social total ». “o app o he e te d i t odui e la uestio de l otio du récepteur, que la sociologie se heurte à cerner, tant elle semble difficile à isoler dans le

ad e d u e tude.

«Le fait musical se dérobe continuellement à la pensée rationnelle et est sans cesse porteur de dimensions insoupçonnables et guère appréhendables avec les outils que les sciences humaines nous proposent actuellement »26.

Green s i t esse à l olutio des p ati ues d oute, o se a t u e i di iduation du phénomène musical :

«La musique de fonction qui avait organisé les temps et l'espace pour marquer des évènements sociaux et/ou spirituels a laissé presque toute la place au profit de la musique de délectation »27

Ainsi Green envisage un phénomène musical à la fois universel et inséré dans une culture donnée, un fait social total donc :

« La particularité du fait musical en fait une expérience singulière et individuelle - qui s'inscrit dans le passé et l'expérience de chacun - et en même temps une expérience sociale ; ce sont ces deux types qui donnent toute sa dimension à ce fait"28.

Le ega d du so iologue est i it à so ti de l œu e seule, ais gale e t d u e logique de champs culturels, afin de cerner les pratiques individuelles qui sous -tendent sa

24

« Cest-à-di e de l e se le des dispositio s, des s h es de pe eptio et d a tio i o po s au cours de la

so ialisatio p i ai e et ui efl te t les a a t isti ues so iales de so e i o e e t d o igi e », Bourdieu,

Le Sens Pratique, 1980

25 Bourdieu, P. et Passeron, J.-C., La ep odu tio . Les fo tio s du s st e d e seig e e t 26

Y a-t-il une place pour la musique en sociologie?, in La musique au regard des sciences humaines et des

sciences sociales : actes du colloque, Maison des sciences de l'homme, Paris, 10 et 11 février 1994 , sous la

direction de Françoise Escal et Michel Imberty, p.56

27

Y a-t-il une place pour la musique en sociologie?, p.32

28

(14)

12 réception et régissent son « être-au-social » : usages formels, émotion, plaisir d oute, et gale e t l aspe t o u autai e du ph o e usi al : « dans toutes les sociétés, la usi ue pe et à ses e es de o state u ils appa tie e t à la e communauté ».

Les t a au d A toi e He io 29 apportent un éclairage nouveau sur le phénomène

usi al, e etta t l a e t o plus su l œu e seule, ais su les diateu s de l œu e usi ale. C est là u e sp ifi it de la musique selon Hennion, que de ne pas être fixe dans son support. Là où une toile, une sculpture, et dans une moindre mesure un livre sont partie liée avec un support matériel fixe, la musique est par essence une utopie, insaisissable, tant da s les i estisse e ts s oli ues u elle pe et, ue du poi t de ue at iel. Hennion détaille des médiations individuelles, le compositeur, l i te p te, le pu li da s u concert, mais également collectives (industrie du disque, presse spécialisée), et matérielles : depuis les i st u e ts p oduisa t le essage so o e, jus u au suppo t te h i ue le restituant, en passant par les éclairages ou encore la mise en scène dans un concert.

L oute usi ale est do pe s e o e p o essus da s la pe spe ti e d He io ; les diateu s de l oute so t auta t de pistes d tude pou le so iologue, puis ue e se ait da s l i te a tio e t e es diateu s ue l e p ie e usi ale e iste ait, « une

activité hautement instrumentée, faite en groupe et faisant les groupes, constamment dis ut e, et ui s appuie fo te e t su des o jets, des espa es, des faço s de fai e »30.

Henri Bergson i te oge l outil, et la te h i ue ui s appo te, avec le concept « d ho o fa e », soulig a t ue la fa ult p e i e de l ho o sapie s est pas ta t la « sagesse » ue l i tellige e te h i ie e, soit la fa i atio d outils et de hoses :

« En ce qui concerne l'intelligence humaine, on n'a pas assez remarqué que l'invention mécanique a d'abord été sa démarche essentielle, qu'aujourd'hui encore notre vie sociale gravite autour de la fabrication et de l'utilisation d'instruments artificiels, que les inventions qui jalonnent la route du progrès en ont aussi tracé la direction. Nous avons de la peine à nous en apercevoir, parce que les modifications de l'humanité retardent d'ordinaire sur les transformations de son outillage. Nos habitudes individuelles et même sociales survivent assez longtemps aux circonstances pour lesquelles elles étaient faites, de sorte que les effets profonds d'une invention se font remarquer lorsque nous en avons déjà perdu de vue la nouveauté. »31

Selon Bergson, ces outils que les hommes inventent modifieraient à leur tour les hommes : l i e tio faço e ait l hu ai , i di idu o e so i t , de pa l adaptatio progressive – et souvent invisible pour les contemporains – aux usages, aux habitudes, aux pratiques qui apparaissent da s le sillage de la ou elle te h i ue sulta t de l outillage inventé.

Martin Heidegger conteste une vision neutre de la technique, perçue de prime abord o e sou ise à l usage ue l ho e et la so i t e fo t, et/ou d ide t d e fai e. Il

29

Hennion, Antoine, La passion musicale. Une sociologie de la médiation

30

Hennion, Antoine, Tell, Geneviève, Les protocoles du goût. Une sociologie positive des grands amateurs de musique, in Olivier Donnat, Regards Croisés sur les pratiques culturelles

(15)

13 envisage la te h i ue ode e o e do i a t la atu e et l ho e tout à la fois, e u il conceptualise avec « l a aiso e e t » (Gestell) :

« L esse e de la te h i ue je la ois da s e ue j appelle le Gestell … Le règne du Gestell (arraisonnement) signifie e i : l ho e su it le o t ôle, la de a de et l i jo tio d u e puissa e ui se a ifeste da s l esse e de la te h i ue et u il e do i e pas lui-même. »32

Or le phénomène musical ne peut exister sans médiation technique. Les travaux d He io renouvellent la sociologie de la musique en proposant une réhabilitation des supports de diffusion du message sonore, ouvrant ainsi la voie à un questionnement des conséquences de la technique dans les pratiques musicales. Sophie Maisonneuve développe :

« Savoir-faire technique et sensibilité esthétique sont deux compétences qui se construisent o joi te e t. Plus l a ateu , d ou a t les essou es et li ites a ousti ues du pho og aphe, app e d à gle l appa eil et à op e l ajuste e t opti al e t e u dis ue u ge e usi al et les o posa tes te h i ues de l i st u e t, plus il de ie t se si le à cet élément acoustique de la performance musicale. Plus, également, il apprend à connaître ses goûts, à anticiper ses émotions, et à mettre en relation des objets (disque ou type d e egist e e t, aiguilles , des gestes et u e dispositio su je ti e. … L atta he e t

at iel soutie t l atta he e t à la usi ue »33

Le ph o e usi al s i s it alo s da s u e pe spe ti e ituelle, ai si ue le soutient François Carrière :

« Le collectif auquel fait référence Antoine Hennion, nécessaire à toute formation des goûts (et donc des émotions), les dispositifs techniques, les objets, ne sont-ce pas là, pour une part, des éléments constitutifs de rites où se joue à chaque fois, la ise e fo e et l e p essio des émotions ? Celles-ci, toujours partagées, deviennent alors le lieu de socialisations nouvelles. Des individus se reconnaissent à tel moment car ils ont un goût commun pour tel ou tel musicien, pour telle ou telle salle. Abonnés à celle-ci, fidèle au concert du premier ils partagent un monde commun. Mais leur goût peut évoluer, se transformer. Aucunement figé ils he he t au o t ai e à l p ou e , à l e p i e te , à le odifie ; le goût odifie elui qui goûte disions- ous. E u ot le goût o e l otio de ie e t alo s des p o essus do t il o ie t d tudie les olutio s et les t a sfo atio s ai si ue les so ialisatio s ainsi rendues possibles »34.

C est da s e ad e th o i ue ue s i s it a recherche : quelle est l i ide e de la médiation numérique dans le phénomène musical ?

32

Heidegger, Martin, Martin Heidegger interrogé par " Der Spiegel ". Réponses et questions sur l'histoire et la politique, trad. Launay, Mercure de France, 1977, p50

33 Maisonneuve, Sophie, De la a hi e pa la te à l auditeu . Le dis ue et la aissa e d u e ou elle ultu e

musicale dans les années 1920-1930, Terrains, n° 37, p. 16-22.

34 F a çois Ca i e, Quelle pla e l a al se so iologi ue doit-elle a o de à l otio ?, pu li le juillet ,

http://www.implications-philosophiques.org/semaines -thematiques/passions-dans-lespace-public/quelle-

(16)

14 Plus p is e t, e uoi le u i ue ha ge t il les p ati ues d oute, ainsi que les pratiques de production ? Quelle est son influence sur les socialisations inhérentes au phénomène musical ? Comment penser le concept di dust ie ultu elle appliqué au marché de la usi ue, oule e s pa l i t odu tio d un support dématérialisé, donc à valeur marchande réduite, et par un potentiel changement dans les pratiques culturelles ?

J a ais i itiale e t hoisi la ha so a itati e o e sujet de oi e. Toujou s e lien avec la musique, qui est probablement ma seule passion depuis tout jeune ; du moins la seule ui se le s i s i e da s la du e. J ai e suite ha g de direction ; outre des choix liés à mon projet professionnel, mes recherches sur la chanson caritative, son format codifié, et ses odes de p odu tio , o t o duit à a o de le ph o e usi al sous u a gle probablement moins romantique que par le passé, celui des modes de fabrication des pratiques culturelles. En outre j ai t i te pell pa l agitatio du a h de la musique au p i te ps , et l e t e utale da s le st ea i g d a teu s pou ta t do i a ts su le marché du téléchargement numérique.

Apple a ait t e l u des pionniers du mp3 légal, tandis que le mp3 illégal prenait son essor sur les plates-formes de partage Peer to Peer. Dix ans plus tard, la décision de changer radicalement de modèle économique, pourtant a priori fonctionnel, a interrogé.

Je e sou ie s t s ie de l i uptio du p da s a ie ; j a hetais o e t de dis ues à l po ue, et au p i te ps , je d ou e su i te et u il est possi le de t l ha ge la usi ue di e te e t su l o di ateu , sa s passe pa u CD ue l o i po te ait. Je t l ha ge le fi he pe etta t d i stalle u logi iel do e u o appelle a plus tard une « application ») de Peer to Peer, me connecte sur le réseau, et double clique sur Bringin On The Heartbreak de Mariah Carey. Vingt minutes se passent, je suis dubitatif sur ma chaise, puis je double clique sur la petite icône qui est apparue sur mon bureau Windows. Et là, Mariah Carey commence à chanter.

L i o p he sio et l e itatio so t les deu sou e i s ue j ai lairement en tête ; je e o p e ais ie au fo tio e e t te h i ue d u e telle p ouesse, et o e da s u p e ie te ps je utilisais e pas de usi ue e o ade, je e suis dit u il tait formidable de ne plus avoir à acheter des disques qui ne me plaisent pas réellement, juste pour avoir une ou deux chansons. De là, je me suis mis à regrouper ces chansons sur des CD que je gravais et dont je faisais moi- e la po hette, e ui d ailleu s e plaisait beaucoup.

E uel ues ois da s l aspe t p ati ue, et en quelques secondes dans ma tête, tout mon fétichisme pour ces CD que je chérissais et que je conservais jalousement dans ma i lioth ue, o e d aut es l e pli aie t de li es, s tait u e u e thousias e débordant pour une personnalisation de la usi ue ue j outais. Je e suis e suite is à

(17)

15 écouter de la musique en nomade, puis à ne plus graver de CD musicaux, et à tout écouter directement depuis la sortie audio de mon ordinateur.

C est e i te ogea t es p op es p ati ues et e epe sa t à a propre expérience des dix a s d i pla tatio du p ue j ai o e à e e o sujet, celui de l e e t u i ue da s les p ati ues usi ales. Le principal biais de mon enquête et de o oi e se situe do da s l tude d u ph o e et de p atiques qui sont aussi les ie es, au sei d u e g atio do t je fais pa tie.

(18)

16

METHODE D’ENQUETE

J ai hoisi de i t esse au p ati ues d oute de la usi ue, et j ai opt pou une thode d e u te pa e t etie s ualitatifs isa t à e e les p ati ues d oute de l e u t sur les différents médiateurs de contenus musicaux : internet – donc téléchargement et streaming – CD, radio, concerts, réseaux sociaux, et son sentiment sur la dématérialisation du message so o e. La g ille d e t etie se d oupe comme suit, dans un o d e a ia le selo l i te a tio a e l e u t et le fil de ses pa oles :

- P ati ues d oute de usi ue e egist e, a tuelles et pass es, e s de tai e et en nomade

- P ati ues d oute de usi ue i a te - P ati ues d oute de adios usi ales - P ati ues d oute e seau

- Une ouverture sur les actualités du streaming - Qu est-ce que la musique évoque pour vous ?

J ai i o s it la populatio d tude au -30 a s, pa ta t d u dou le o stat : e sont ceux qui écoutent le plus de musique au sein de la population française avec 2,5 heures d oute pa jou , u olu e ho ai e ui d oit a e l âge. Ce so t les p i ipau consommateurs de musique numérique35, et comme le souligne Denis Brulé, « l i dust ie du disque a fondé son succès sur la catégorie des 15- a s, ui s a e la plus fo te consommatrice de CD »36.

Jai est ei t le cadre temporel de mon étude à la période 2003-2013 : 2003 marque la date d ou e tu e de l iTu es sto e le a il aux Etats-Unis) et le début de la crise du dis ue l e e i e est le p e ie d fi itai e pou les aiso s de dis ue e F a e , tandis que la décade ou e l esso du suppo t p ,et s a h e pa la o t e e puissa e du streaming depuis 2012 : selon un sondage commandé par le SNEP (Syndicat National de l'Edition Phonographique), 93% des jeunes consomment de la musique sur internet, dont 82% en streaming37; est e suppo t de diffusio ui o siste à diffuse e lig e le o te u musical, sans le télécharger, depuis un site internet agréé par les maisons de disque) qui est a tuelle e t p i il gi pa l i dust ie du dis ue afi d e diguer la baisse des revenus liés à la numérisation du marché du disque38.

J ai do d id de e o e t e su les p ati ues de di « 15-30 ans » sur la période 2003-2013, ce qui concerne donc des individus nécessairement nés entre 1983 et 1988.

35

Sondage Opinion Way pour la SACEM, http://www.jean-christian-michel.com/musique-sondage.html, vérifié le 26 mars 2013

36 B ul , De is, L AD“L, Kazaa, l iPod et la usi ue, la olutio u i ue e a e t elle la di e sité

musicale?, p20

37

http://www.snepmusique.com/fr/cpg1-494793-463815-Bilan-annuel-2012.html, publié le 28 janvier 2013, vérifié le 26 mars 2013

38

(19)

17 Concernant le panel socio-professionnel, les enquêtés sont tous diplômés au moins d u Ba + , et pou la plupa t de pa e ts fo te e t diplô s a + ou plus . Cela i flue certainement sur les résultats de mon enquête, qui ne se veut pas représentative de toutes les p ati ues d outes ais i fo ati e su des p ati ues d oute de la usi ue des 15-30 ans entre 2003 et 2013.

Fabien Granjon et Clément Combes, sur la base de données statistiques fournies par Fabienne Gire, nuancent toutefois l i pa t des a ia les ue so t le i eau d tude et les professions et catégories-socioprofessionnelles dans les pratiques musicales, notamment chez les jeunes :

« La familiarisation dès le plus jeune âge avec les technologies les plus avancées (présence

accrue des TIC et des é a s au sei des espa es p i s, p ofessio els, d tudes et de loisi s et l e iste e de so ia ilit s sp ifi ues e t e pai s so t des d a i ues si ulta es conduisant à faire des 12-25 ans la population manipulant le plus de contenus numériques et la plus utilisatrice de technologies informatiques à des fins culturelles. Ces quelques éléments de ad age o t e t ue l âge, ais aussi le se e, so t les a ia les sou e t les plus clivantes (davantage que le niveau de diplôme ou la PCS) pour nombre de pratiques liées à la consommation musicale. Les différences sexuées étant par ailleurs, en général, plus marquées chez les 12-25 ans. »39

Néanmoins l u des iais ide t de ette u ifo it so io-professionnelle est que seuls deu d e t e eu utilisaie t pas de s a tpho e au o e t de l e t etie ; tous les enquêtés en ayant possédé au moins un au cours de la décennie 2003- . “i l a s à i te et est pa du e F a e, a e illio s d a o e e ts40, elui de l a s à i te et

depuis son téléphone porta le l est oi s a e illio s de possesseu s de s a tpho e, soit oi s d u F a çais su deu 41; e i pos , la p opo tio d uipe e t e s a tpho e

chez les 15- a s est plus le e, a e plus de % de tau d uipe e t42.

39

Granjon, Fabien, et Combes, Clément, La numérimorphose des pratiques de consommation musicale, Le c as de jeunes amateurs, pp 294-334, Réseaux n°145-146, p.294

40

http://www.arcep.fr/fileadmin/reprise/observatoire/3-2012/obs-march-t32012.pdf, publié le 10 janvier 2013, vérifié le 4/09/3013

41

http://www.slideshare.net/Thierry-Pires/baromtre-mobile-marketing-association-france-mai-2013, publié en mai 2013, vérifié le 4/09/2013

42

http://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/rapport-credoc-diffusion-tic-2012.pdf, publié en juin 2012, vérifié le 4/09/2013

(20)

18 Un autre élément est la fa ilit de passatio de l e t etie , puis ue je pa lais le même langage que les enquêtés, mêlant termes techniques et anglicismes dans la conversation.

La passatio de l e t etie de t pe se i-di e tif s est d oul e e fa e à fa e, pa enregistrement so o e, d u e du e o e e de i utes i utes pou le plus ou t, u peu plus d u e heu e pou le plus lo g . Co e a t les e t etie s eu - es, il a t très simple de constituer mon échantillon, chaque individu acceptant volontiers, voire avec e thousias e, de se sou ett e à l e t etie . Il est diffi ile de d gage la pa t d aide apportée par soutien à mon mémoire, compte tenu du fait que tous les interrogés sont des p o hes, de l e thousias e li u i ue e t au sujet de mon mémoire lui-même . Mais la positio a efou u o upe la usi ue e t e sph e p i e et sph e pu li ue est de toute faço l u des a es a o d s pa l e t etie .

Le p i ipal ueil de es e t etie s est l o igi e e de leu o te u : ma propre e p ie e d auditeu , ui i pli ue u e o st u tio p o çue de o sujet d tude. J ai te t de li ite e iais e faisa t deu e t etie s p li i ai es, afi d ajoute des uestio s ui esso taie t e tuelle e t des p ati ues d oute de es deu « o a es » et auxquelles je a ais pas pe s . Je ai i et a s it i exploité le contenu de ces entretiens. Ma g ille d e t etie este iais e pa a p op e e p ie e de la d ade -2013.

De plus j ai o se u fo u usi al f a çais, Pure Charts, en utilisateur invité anonyme et non inscrit donc observation non participante, et sans altération de mon sujet

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19 d o se atio , pe da t huit ois. C est l u des fo u s usi au f a opho es les plus actifs, et le forum musical français généraliste le plus fréquenté, avec près de trois millions de messages postés depuis son ouverture là encore en 2003, 64000 membres, et un record de fréquentation de plus de 3384 connectés simultanés, avec plusieurs centaines en moyenne4344. Le forum est rattaché au site historique chartsinfrance, lancé le 22 juin 2002, et se décompose actuellement en cinq sous-sections, toutes intégralement publiques (il e iste pas de sous-sections uniquement accessible une fois inscrit ; l i s iptio e do e a s u à la possi ilit de poste u essage, d e ai e u , de e u sujet de dis ussio et de créer un profil utilisateur personnalisable) :

 Les Charts, qui regroupe des fils de discussions sur les ventes et les diffusions radios en France, dans le monde, ainsi que les tops des utilisateurs du forum.

 Only The Best, qui regroupe des discussions sur des artistes classés par genre, et les critiques de disques faites par les utilisateurs.

 Universtars, qui regroupe les sujets d a tualit des l it s de l i dust ie usi ale, les concerts, les vidéo-clips, et curieusement une section TV/cinéma.

 Le Site, qui regroupe les sujets liés au forum lui-même et aux sites des utilisateurs.

 Le Bar, et ses sujets de discussion communautaires pas nécessairement en lien avec la usi ue ou l a tualit usi ale.

43

http://www.chartsinfrance.net/communaute/, statistiques communiquées en bas de page, vérifié le 4/09/2013

44

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20 Rappel de quelques définitions de termes techniques, notamment anglophones, employés au fil du mémoire non seulement par moi-même, mais aussi par les enquêtés :

- Mp3 (Motion Picture Engineering Group Audio Layer 3) : algorithme de compression audio, inventé en 1994, capable de réduire drastiquement la quantité de données nécessaire pour restituer de l'audio, mais qui, pour l'auditeur, ressemble à une reproduction du son original non compressé : avec une bonne compression la différence de qualité devenant difficilement perceptible. 45

- Logiciel : « un logiciel est un ensemble composé d'un ou plusieurs programmes, ainsi que les fichiers nécessaire pour les rendre opérationnels - fichiers de configuration, images bitmaps, procédures automatiques. Le logiciel détermine les tâches qu'un appareil informatique peut effectuer et donne à l'ordinateur sa valeur ajoutée.46 »

- “ st e d e ploitatio , ou O“ Ope ati g “ ste : « ensemble de programmes qui dirige l'utilisation des capacités d'un ordinateur par des logiciels applicatifs. »47

- Application : « une application est un logiciel qui permet de réaliser une ou plusieurs tâches ou fonctions. « Application » est souvent confondu avec « logiciel », ce dernier terme ayant un champ sémantique plus étendu ; une application web est un logiciel applicatif manipulable grâce à un navigateur »48

- Numérisation : la numérisation est la conversion des informations d'un support (texte, image, audio, vidéo, etc.) en données numériques que des dispositifs informatiques ou d'électronique numérique pourront traiter. Les données numériques se définissent comme une suite de caractères et de nombres qui représentent des informations. On utilise parfois le terme franglais digitalisation (digit signifiant chiffre en anglais).49

- Serveur : désigne « un dispositif informatique matériel ou logiciel qui offre des services, à différents clients »50, parmi lesquels le stockage de données et le partage de fichiers.

- Plate-forme de téléchargement : initialement une plate-forme désigne une base de travail i fo ati ue pe etta t d i e et de d eloppe u e se le de logi iels51

; appliqué au web, le terme désigne plus largement un logiciel serveur web depuis lequel un support u i ue usi ue, fil , photo, do u e t Wo d,… est t l ha gea le. Da s le as de la musique numérique, cela inclut les plates-formes illégales (torrents, Peer 2 Peer) et légales (iTunes, Amazon, mais également les plates-formes de streaming).

45 http://fr.wikipedia.org/wiki/MPEG-1/2_Audio_Layer_3, vérifié le 4/09/2013 46 http://fr.wikipedia.org/wiki/Logiciel, vérifié le 4/09/2013 47 http://fr.wikipedia.org/wiki/Systeme_d%27exploitation, idem 48 http://fr.wikipedia.org/wiki/Application, idem 49 http://fr.wikipedia.org/wiki/Numerisation, idem 50 http://fr.wikipedia.org/wiki/Serveur_informatique, vérifié le 4/09/2013 51 http://fr.wikipedia.org/wiki/Plate-forme_%28informatique%29, vérifié le 4/09/2013

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21 - Peer to Peer : désigne « un modèle de réseau informatique proche du modèle client-serveur mais où chaque client est aussi un serveur »52, donc une plate-forme de partage de fichiers entre utilisateurs.

- Streaming : (« courant ») désigne la diffusion de musique numérique en ligne : le morceau est sto k su les se eu s d u fou isseu Deeze , “potif , Pa do a,… et l auditeu le diffuse sur son appareil via une connexion internet ou 3G, en passant par un site ou un logi iel d di do l appli atio Deeze , “potif ,… . La usi ue e st ea i g est lue pa le logi iel de l auditeu à esu e u elle est diffus e pa le se eu , ta dis ue le t l ha ge e t e uie t d e egist e le fi hie a a t de le diffuse .

- Cloud : désigne un « nuage » virtuel de ressources informatiques, géré par un fournisseur qui e e t etie l i f ast u tu e te h i ue et logisti ue, et a essi le ia u e o e io i te et ou 3G53. Cela inclut par exemple des espaces de stockage virtuel privatifs. Cet espace de stockage est « physiquement » situé sur les serveurs des fournisseurs en question : Dropbox, Google, Mi osoft, Apple,…

- Importer un CD : o siste à i s e u CD da s le le teu opti ue d u o di ateu , et à e u ise les o eau e p su l o di ateu .

- Playlist : d sig e u e liste de le tu e, soit u e hai e e t de tit es hoisis pa l auteu de la pla list et ui se diffuse t da s l o d e oulu.

- Leak : un leak (« fuite » d sig e u e so tie u i ue d u al u ou d u o eau se faisant avant la date prévue, ou i d pe da e t de la olo t de l a tiste. Le st e plane toujours sur les sources de la fuite : critiques musicaux, animateurs radios ayant obtenu une copie presse, techniciens du studio, proches des artistes ; certains leaks sont le f uit de l a tiste lui- e. Ce peut t e lo s u il est e o flit a e so la el, ai si M.I.A. menaçant de faire fuiter son prochain album, retenu captif par une maison de disque insatisfaite du résultat54 ; ce peut être aussi un leak orchestré dans une logique de stratégie promotionnelle : est ai si ue Ni e I h Nails a aie t la leu al u Yea )e o e 200755, essaimant des clés USB dans leurs concerts, lesquelles contenaient des mp3 de l al u à e i . L i dust ie se le a oi t ou u e solutio da s la e te e différé du numérique et du physique : sortir le numérique en premier, puis une semaine plus tard le suppo t CD, de so te ue l e oi des opies p o o puis i dust ielles se fasse u e fois la usi ue d jà e e te. U e st at gie à la uelle l i dust ie a lo gtemps été hostile – puisque ela o ou t à d lasse le suppo t CD, plus he à l a hat et plus e ta le, et ela f a tio e la p e i e se ai e de l al u e deu et duit les ha es d u o classement – mais qui semble pour le moment fonctionner : le nouvel album de la chanteuse pop a glaise Natalia Kills e s est t ou su i te et ue lo s u il s est t ou su les plates -fo es l gales, a outissa t à d a usa tes situatio s : l al u est epo t « leaké » sur le 52 http://fr.wikipedia.org/wiki/Peer-to-peer, vérifié le 4/09/2013 53 http://fr.wikipedia.org/wiki/Cloud_computing#cite_ref-4, vérifié le 4/09/2013 54 http://www.rollingstone.com/music/news/m-i-a-threatens-to-leak-new-album-20130809, publié le 9/08/2013, vérifié le 4/09/2013 55 http://www.theguardian.com/technology/2007/mar/29/pop.guardianweeklytechnologysection, publié le 29/03/2007, vérifié le 4/09/2013

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22 site hasitleaked.com, ui f e e les leaks usi au , pa … la plate-forme légale Amazon.

Le leak est e tout as i p g d u e au a de st e ui sus ite l agitatio su les fo u s musicaux, avec des sujets ouverts spécifiquement pour annoncer un leak, attirant donc l atte tio su l a tiste e uestio .

- Like : d sig e la a ue d app iatio positi e po t e su u e pu li atio , p se te su de nombreuses plates-formes de communication, et notamment les site internet, blogs, forums ; soit sous cette forme littérale (le « j ai e » des publications Facebook), soit via un s ole, ota e t elui d u petit pou e le e s le haut, ou e s le as da s le as contraire (Youtube).

- Buzz : initialement une technique marketing visant à créer du bruit (« bourdonnement ») autou d u ou eau p oduit, le te e s est pa du da s le la gage ou a t pou d sig e un sujet qui fait parler de lui à moment donné.

(25)

23

I.

LA NUMERISATION DES PRATIQUES MUSICALES

1. Des p ati ues d’ oute diversifiées et individualisées

Les e t etie s le t u foiso e e t de p ati ues d outes hétéroclites, générées par les possibilités que confère la numérisation du message sonore.

- émancipation matérielle

Des possi ilit s at ielles au se s le plus o et tout d a o d. La u isatio des contenus pe et d e p i e te la musique partout, tout le temps. Elle offre à l auditeu la possibilité de prolonger l e p ie e usi ale a e u i i u de o t ai tes matérielles, comparativement au CD notamment :

« Je me souviens avoir été agréablement surprise par le fait de pouvoir avoir un morceau de musique ou un album en quelques minutes sans me déplacer de chez moi, de pouvoir l'écouter aussitôt après depuis mon ordinateur, de pouvoir me graver mes propres CD si je souhaitais pa e e ple l'e po te e oitu e et su tout de passe du dis a à l iPod Tou h où l'on pouvait stocker des centaines de musiques plutôt que d'avoir plusieurs CD dans son sac et d'en changer ce qui n'était pas franchement très pratique.» Noémie

‘apidit , si pli it , fai le e o e e t. La e he he s est la ge e t pe h e su les a a tages at iels a a t fa o is l adoptio fulgu a te du u i ue pa i les jeu es auditeurs. Un autre aspe t est elui de l ou e tu e des possi les u off e le u i ue, corollaire de la dématérialisation du support musical et de son fractionnement en unités de

o eau plutôt u e u it d al u asse la t plusieu s pistes :

« Je t ou ais ça g ial … tait ai e t u e o e ou e tu e e fait, t a ais l i p essio ue t allais ja ais t a te de d ou i des hoses, à pa ti du o e t où o est pass su le u i ue. Et est ai. » Mitch

Le CD se présente en effet comme un tout, un tout objet, un tout de contenu sonore, un tout de prix. Cela implique des lieux de découverte spécifiques, ceux où le CD inconnu est en écoute. Ainsi Cristalline se souvient-elle :

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24 « Il a di a s j allais à la i lioth ue u i ipale, a e la a te d u e a ie, et o allait

e p u te des CD. Et e suite o les e egist ait su l o di ateu de es pa e ts, e fi de a maman, et ensuite on se les partageait. » Cristalline

Si les pratiques de découverte en sociabilité ont peu évolué, ce que j a o de ai plus loin, en revanche les pratiques de découverte individuelles ont été bouleversées par le u i ue. Plus esoi de se e d e da s u espa e d di afi d oute u dis ue, plus besoin de se référer à un classement par genre déterminé par les disquaires, le numérique tel u il se p se te su les plates-formes de téléchargement est sans étiquettes, sans a ge e t, sa s u tout i o p essi le ui e ale ti aie t la d ou e te. L auditeu se dirige par liens et par clics de mp3 en mp3.

La transition au numérique est perçue o e u e sou e d e thousias e « en soi » en vertu de la libération matérielle et des pe spe ti es de pa tage u elle favorise :

« Le u i ue est fa uleu . Pa e ue ai te a t j e oie u ail a e de la usi ue, j e oie un transfert avec de la musique, personne a besoin de se déplacer, et en cinq i utes je fais d ou i u ou el al u à u pote, il e fait d ou i u ou el al u , j ai le nouvel album sur mon ordinateur et je peux le réécouter même quand il est pl us là. » Cristalline

L e p ie e d oute est do fa ilit e o seule e t da s so a s, ais gale e t da s so pa tage a e aut ui. Et l aut e a a tage du u i ue, est le p i :

« J oute plus de usi ue ai te a t. Pa e ue d jà les CD je t ou e que ça coutait super he , et du oup j e a hetais pas o plus telle e t, et du oup j outais plus à la adio. Je trouve ça plus simple, je me sens plus libre en fait.» Séverine

Le u i ue, ie e te du ill gal ais gale e t l gal, pe et à l auditeur de i le ses a hats, de e d pe se u u eu o pa piste au lieu d e d pe se pou u al u ph si ue, e ui d ultiplie les possi ilit s d oute et o duit à u e e p ie e d oute pote tielle e t plus a i e.

- Emancipation spatiale

Le numéri ue a pas seulement modifié les pratiques du point de vue matériel, mais gale e t spatial. L e p ie e usi ale est de e ue o ade :

« Ça e fait plaisi d oute de la usi ue, pa e ue je peu l oute à peu p s i po te où, et ça devient relativement vital presque, dans le sens où ça me permet de supporter tous les évènements relous, et obligatoires type faire la queue à la CAF pendant deux heures, ben si j ai o p est pas g a e, est o . » Cristalline

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25 - U e plu alit de suppo t d’ oute

U e aut e a a t isti ue de es p ati ues d outes à l e du u i ue est la pluralité des supports technologiques de diffusion du message sonore. Le CD impliquait une chaine hifi avec platine CD, voire un lecteur de disque portable pour certains. Désormais, il s e faud ait de peu pou ue ha ue i di idu ait u e p ati ue d a s à la usi ue différenciée :

« J ai o o di eli à u e chaine hifi » Noémie

« “u o iPho e, et ua d je suis hez oi, est o o di ou o iPho e ui so t eli s à ma chaine hifi en wifi, et je passe par iTunes ou spotify » Laure

Le p ie e usi ale s est e i hie d u e o stellatio de p ati ues possibles et adaptables selon les besoins sédentaires ou nomades de chaque utilisateur : baladeur numérique (dont le fameux iPod, apparu en 2001), smartphone, ordinateur, tablette, chaine hifi, câble jack, wifi pour les médiateurs matériels ; mp3 (format de fichier sonore le plus répandu, que ce soit en téléchargement illégal ou légal), m4a (format de fichier sonore d Apple , pour les principaux support numériques ; diffusion de flux en ligne ou streaming, soit par opérateurs spécialisés type Deezer, Spotify ou Soundcloud, soit par diffuseurs de contenus multimédias type Youtube, et également les applications dédiées de chacun de ces fournisseurs de contenus.

“a s ou lie les p ati ues de o tou e e t, ui ise t à t a sg esse l usage i itiale e t p u d u édiateur donné :

« Je télécharge illégalement pour la plupart, ou alors à moitié légalement ; en fait soit je vais sur des sites de leak (fuite) de musique en ligne, surtout si je cherche un album en entier, soit je diffuse un titre par internet et je vais récupérer le fichier dans le cache de mon navigateur. C est i l gal i ill gal uoi. » Edouard

E effet le st ea i g, diffusio de o te us ulti dias e lig e, i pli ue a p io i pas de téléchargement de copie sur le support matériel de sa diffusion. Ainsi diffuser un titre su Youtu e e de ait pas e do e l a s ho s lig e à l auditeu . Mais le o te u diffus ta t sto k te po ai e e t su l o di ateu , il suffit de fai e du te po ai e du pe a e t en allant chercher le fichier dans son dossier de sto kage. U e p ati ue d auta t plus si ple d a s u elle est la ge e t d taill e su di e ses sou es e lig e logs, fo u s oi e rendue possible par des applications dédiées téléchargeables, en toute légalité, sur son navigateur internet.

Il peut aussi s agi d u e si ple opie pa e egist e e t de la sou e so o e, à la manière de ce que permettait la cassette audio avec la radio :

« Je n'utilise le streaming, genre Spotify on est d'accord, seulement pour écouter une chanson pour après l'enregistrer » Tim

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26 - nouvelles pratiques des médias musicaux traditionnels

Le u i ue a e out e odifi les p ati ues d oute su les suppo ts de diffusio a t ieu s. Ai si la adio, e teu lassi ue d a s à des o te us usi au , de le pas dans les pratiques à une demande accrue de personnalisation des contenus :

« E fait plus j ai t l ha g , plus j ai pu hoisi la usi ue ui e plaisait. Il a pas de radio diffusant exactement ça, et les radios sont même très clivées dans leurs choix musicaux. Je ai pas e ie de hoisi e t e les t u s o os i d s de No a et la da e a pi g de Fu ‘adio, su tout ue sou e t au u des deu e i ait et ue e ue j oute est pas playlisté par des radios. » Edouard

« C est t op o e ial, est t op pou tout le monde. » Claire

Le numérique offre en effet une pluralité de parcours à travers la toile et donc une pe so alisatio des o te us usi au , à l i e se des adios do t les o te us so t st u tu s autou d u e lig e di e t i e, u elle soit e isagée par genre, ou par public cible. Toutefois u e telle p ati ue d oute e uie t u i i u d i estisse e t de la pa t de l auditeu , aussi le dia adiopho i ue t ou e t il sa pla e da s des p ati ues d outes plus passi es :

« J oute la adio tous les ati s da s le se s où est sous la dou he et je ai pas e ie de réfléchir» Tim

Ou ua d d aut es dias de diffusio e so t pas dispo i les :

« Qua d j oute e se ait da s les oitu es des aut es e fait » Séverine

U e aut e p ati ue d oute de la adio à l e du u i ue est li e au pote tiel de découverte que présente ce média :

« Pa fois est des usi ues u o a pas fo e t l ha itude d oute , pa e e ple su No a est des hoses ue o e tou age et oi a o s pas l ha itude d outer et je t ou e u il a des t u s supe s pas, et oilà pou ça j ai t l ha g tous les No a tu es d ailleu s, les CD de No a» No ie

Il est d ailleu s i t essa t de ote le appo t passif/a tif ue p se te No ie da s ses p ati ues d oute : d abord passive dans sa recherche de nouveautés, elle devient ensuite active dans sa démarche de se procurer le contenu entendu à la radio.

E fi u e aut e p ati ue d oute ui est esso tie de es e t etie s est u e olo t d li e d u e oute o duite, indépendamment des possibilités de correspondance avec des goûts personnels, ou de découverte de goûts autre que les siens ; juste ne pas décider soi-même :

« J ai e ie l al atoi e aussi, o e ça juste e t, est aussi se laisse guide la adio. Il a beaucoup plus de surprises » Mitch

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27 - apparition de contraintes nouvelles : stockage, connectivité, publicité et catalogue musical Le stockage est une des contraintes nouvelles inhérente au numérique : nouvelle de par le contenu à stocker plus que par la logi ue de o t ai te de pla e, ue l o pou ait d jà trouver dans les pratiques pré- u i ues a e l e o e e t du suppo t CD. Cette fois il s agit de sto kage e olu e de do es. Les s a tpho es et aladeu s u i ues contiennent en effet une quantité limitée de données stockables :

« Co e j ai u u giga su o p , du oup ça p e d a e t de la pla e uoi et du coup il fallait que je le vide, pour ravoir des choses. » Séverine

Toutefois il est i t essa t de o state ue tous es e u t s ont parlé de cette contrainte au passé. Les capacités de stockage des appareils numériques sont en effet de plus e plus g a des et su tout e te si les, a e l i se tio de a tes oi e au sei des appareils de diffusion ; en outre, la diffusion en strea i g i pli ue au u sto kage, sauf à alle up e le fi hie te po ai e e t opi su l o di ateu .

Bien plus discriminante est la contrainte de connectivité. Elle est le corollaire du streaming, puisque pour diffuser du contenu en ligne, encore faut-il dispose d u e connexion :

« Je ne vois pas l'intérêt d'écouter trop en streaming. Parce que tu vois t'es trop dépendant du réseau après. Moi je préfère être sûre d'avoir mes musiques avec moi, genre par exemple mes parents habitent en Afrique je fais quoi avec du streaming, ben pas grand-chose, Internet tu l'as pas partout. » Christelle

Une autre contrainte liée à celle de la connexion est celle du volume de données disponibles.

« Je suis hez Bou gues Tele o et ue l a s à la G est tout pou i. Et en plus, même avec un accès qui fonctionne, à ce moment-là ma bande passante mensuelle est limitée. » Edouard

Les fo faits d op ateu s t l pho i ues li ite t le olu e de do es ha gea les entre un smartphone et le réseau, avec un échelonnement des tarifs des abonnements à la l . U e dou le o t ai te e ge alo s lo s de l a s au o te u usi al : avoir du réseau, et avoir du volume de données.

La publicité est une contrainte inhérente au streaming uniquement cette fois, et qui est revenue dans chaque entretien :

« Ce qui ne me plait pas, tu ne trouves pas tout, déjà, et la pub, être coupé par la pub » Tim

Les services de streaming proposent en effet une offre gratuite avec pub, et une offre payante sans. Toutefois cette contrainte me semble peu liée au numérique, dans la mesure où elle se et ou e da s le diateu adiopho i ue, et u elle est tout auta t d i e pa les e u t s. La situatio est diff e te pou l aut e iti ue fo ul e pa Ti , et ui est là encore une tendance lourde dans mes différents entretiens, à savoir le catalogue disponible

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