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Internalisation efficiente et ”sustainable agriculture” Dominique Vermersch, . Sfer
To cite this version:
Dominique Vermersch, . Sfer. Internalisation efficiente et ”sustainable agriculture”. Colloque SFER, Société Française d’Economie Rurale (SFER). FRA., May 1991, Paris, France. �hal-02311394�
colloque s.F.E.R. Farùs 29-39l0Sl9L D. VERMERSCH 1 s à I'X.N.R.A. Rennes î Je remercie F. tsonnleux BISTIOTHEAUE s "tuffi rgst Avril 1991 unité : environnement et et P. Rainelli pour:les RËN
-DV
Nt ,4q de la rédactLon.2
INTERNÀTISAITION EFFICIEITTE
ET TTSUSTAINABIJE AGRICULTItRET! UNE APPROCEE COUT-BENEFICE
I,N.R,A. . NËNNES
BillLr0THCCi,il
5 -JUi$ T$l}J
Résumé
Apprécié au travers drune néthodologie sinplifiée
coûts-bénéfices, Ie souci de conciliation entre agriculture et environnement renvoie aux arnbiguïtés classiques drune économie de bien-être au sens de Pareto. Cependant, si Ia mécanique
parétienne cède quelque peu la placer êo amont, à I'inpératif
éthique intergénérationnel, Itefficience consécutive de
lfinternalisat,ion peut se trouver renforcée dans ltobtention
d.rune agriculture durable. Nous illust,rons ce point au travers du soutien découplé des revenus agricoles.
1 fntroduction
Au delà même du risque dtépuisement des ressources
naturelles, il y a lieu de srint,erroger aujourd thui sur la
diversité d'intérêt,s suscités autour du thème de }a
préservation de ltenvironnement. A divers degrés et de manière
plus pressante aujourdthui, Iê débat social afférent sollicite
Ie recours explicatif de Ia science économique. Au d.eIà drune
réflexion toujours dtactualité sur Ia portée normative de 1téconomie du bien-être, se pose la question de la traduction
dans une politique environnementale des préceptes de la
théorie. Lrévaluat,ion monétaire des dommages, la recherche
dtindicateurs de valeur pour 1es composantes du patrirnoine
naturel constituent 1e point de passage délicat d'une approche
néo-classique de 1a gestion environnementale.
I I
Lranalyse coût-bénéfice
inhérentes à un tel exercice
se f ait I | écho des lirnites
ici la pertinence de cette approche pour ce qui concerne
Ifanalyse cott-bénéfice appliquée au secteur agricole. Ainsi,
aux côtés du producteur et du consonmateur, nous introduisons
un troisième aqent tutélaire de lrenvironnement, affecté par
les nuisances agricoles ou du moins soucieux de préserver le patrimoine naturel. Cette introduction contribue à mettre en évidence Iraspect conflictuel de Ia gestion collective des actifs naturels i par ailleurs, elle éclaire lrallocation partielle, au producteur et au consommateur de la perte
sociale générée par lteffet externe agricole.
Le schéma proposé indique égalernent le caractère
discutable de Ia solution néo-classique dt internalisation
proposée, cornpte tenu de Ia valorisation différenciée suivant
1es acteurs (producteur, consonmateur, défenseur du patrimoine
naÈurel), des avantages et cotts supportés par Ie réceptacle
écologique. En corollaire, le partage du surplus proposé
éclaire quelque peu sur la réelle difficulté dtinternalisation effective des cotÈs externes agricoles ; faut-il trouver 1à
aussi une illustrat,ion de Ia difficulté de légitimation de 1a
protection de la nature (Point, 1990) ? Les conflits dtintérêts observés peuvent fournir enfin une actualisation du
conflit intergénérationnel, à la mesure de Ia représentativité
du défenseur de la nature pour ce qui reIève de llintérêt des
générations futures. Ltefficacité de f internalisation doit se mesurer dès lors dans sa capacité à gérer de tels conflits et
à prornouvoir une rrsustainable agriculturett2, autrement, dit une
agriculture capable de souscrire à des impératifs tant
économiques qurécologiques. Ceci nous amène à nous i.nterroger
sur les modalités de lrintervention publique en rnatière de
régulation des pratiques agricoles. La rnyopie drune nécanique
parétienne non intergénéraËionnelle peut-elle être corrigée au
moyen drune contrainte de soutenabilité ? A titre
dtillustration, nous analysons le soutien découplé des revenus
agricoles conme moyen efficient pour aboutir à une
soutenabilit,é parétienne de 1r agriculture
2
""rr" lui attribuer le qualificaÈif de concepÈ, I'expression "gustainable agriculture" sera traduite dans cette étude indifféremment sous le terme
4
2. L,e sadre analytique
La formalisation retative à lrinternalisation des effets
externes conduit rapidement à raisonner en termes de cotts
privés et sociaux. Ltapproche cott-bénéfice demeure ici
centrale et, avec elle, 1â notion de surplus. considérons, à
cet effet,, le cas drune production agricole soumise à un schéma droffre concurrentielle ; ce dernier est représenté sur
le graphique 1 par la courbe de cott marginat privé, soit,3 : po = -& = cnp (Q)
6Q
Graphique 1. Schéma concurrentiel
Ps
La courbe de demande inverse, PD = P(Q) révèle combien Les
consonmateurs sont prêts à payer le produit agricole.
Ltéquilibre concurrentiel stétablit alors en c : à ce niveau
de ltanalyse, nous avons introduit deux agents dans
lf éconornie, le consonmateur et le producteur, résultant df une
agrégation des préférences et des offres individuelles.
Moyennant son caractère approxinatif, Ia mesure du surplus agrégé permet drestimer 1e bien-être social relatif à cette
3 Notorr", dès ici, gue l'exiEÈence d'économies d'échelle locales peut
invalider I'hypothèse de maximisation du profit (vermersch' 1990a)
P
c
Po
o
éconornie linitée pour lrinstant à deux agents et ceci' une
fois réso1u Ie problème de Ia révélation des préférences. Le
surplus agrêgê est égal à Ia sonme du surplus net des
consonmateurs et du profit, soit :
S I3""o,n, dq
-
Pc.ec + Pc.ec-
JQc
o cnp (q) dq l1l
Surplus net du
consonmateur Surplus net
du producteur la s = Jo ou encore c [Po (q) - cmp(q) ] dq
lraire hachurée sur Ie graphique 1.
12J
soit,
Ceci étant, 1ô technologie agricole mise en oeuvre génère
un effet externe négatif sur Itenvironnement. A titre
drexemple, il peut s'agir drune production céréalière
intensive du point de vue de ltutilisation des engrais et des
pesticides, les inpératifs de la mécanisation affectant par
ailleurs ltattrait esthétique des campagnes (destruction des
haies, uniformisation des paysages). De ce fait,, les
préjudices subis affectent une partie de la collect,ivité, ât
travers du réceptacle naturel. Le graphique 2 en propose une
illustration, certes discutable4, moyennant Itévaluation du cott, marginal social, résultante du cott marginal privé et de 1r internaLisation des corlts externes (voire des avantages
externes). A ce niveau dranalyse, i] apparalt opportun dt introduire un troisième agent économi-que, aux côtés du producteur et du consonmateur, gui représente, selon les cas,
la partj.e de la collectivité affectée par les nuisances
agricoles, ou bien les assocj.ations de protection de la nature.
4 A,r-d.tà du redoutable problème de l'évaluation économique des dommages
perceptibles, les connaisEances actuelles relatives à 1'écologie des systèmes ne nouE perrnettent pas encore de mesurer précisément les capacités
assimilatives du milieu naturel. Autrement dit et de manière générale,
I'extension des relations de dualité entre I'espace des biens et des prix à I'espace nature apparaît d'une grande complexité.
6
Graphique 2. Schéma concurrentiel avec effet externes
to) P F E c Pc PD a ao- o o
Cette introduction pallie, certes partiellement, à
lrabsence dtun marché pour lreffet externe considéré. ElIe
traduit également Ia non-représentativité du consommateur
agrégé pour ce qui ressort de Ia défense du patrimoine
naturel. En drautres termes, du moins dans son acte drachat de
produit agricole ou alimentaire, cê consonmateur est
insensible au cott associé et supporté par le réceptacle
écologiqr"6. Cela rejoint également I'approche Pigouvienne de
1réconomie du bien-être selon laquelle les choix des consommat,eurs tels qutils srexpriment, dans les valeurs du
marché ne reflètent pas nécessairement Itirnportance sociale
des biens et services (B1aug, 1981r p. 710). De manière plus
formelle, nous pouvons maintenant allouer partiellementr âu producteur et au consonmateur, Iê surplus social généré par
Iteffet externe agricole.
I s"ne*" repris partiell-ement de Begg, FiEher et Dornbusch (1989, p. 368).
o sur un autre plan de réflexion, I'agrégation de comportements économigues individuels apparaît plus recevable qu'une agrégation d'aspects
La difficulté dtinterprétation réside dans le fait que le
troisièrne agent considéré nrintervient pas dans les terrnes de
Iréchange schématisé par Ie graphique 2. Au niveau dtéquilibre
concurrentiel e, cet agent, fournit un surplus alloué
gratuitement et partiellement soit au producteur, soit au
consonmateur t iI srécrit encore en valeur absolue :
Qc
Sp o tcrnp
(q)
crns (q)I
dq I11 est a11oué gratuitement eÈ partiellement au product,eur pour
le montant :
I
sP Pc. Qc J Qc o cmp (q) dq IPc. Qo Qo e cns (q) dqlI
Qo srinterprétant conme le niveau de production pour leque1 Ie
coût, marginal social est égal au prix dtéquilibre
concurrentiel P".
De la même manière, SN est, alloué gratuitement et,
partiellement au consommateur pour Ie montant :
,t=J
QnQs Cns (q; dq + Qc
Qn Po(q) dq - Pc. (Qc-Qo) J
Qn sfinterprétant, ici conme
lequel fravantage marginal du
cott marginal social.
Ie niveau de production pour
consonmateur se confond avec 1e
ni au producteur, ni au
La part
consonmateur,
du surplus allouée
srécrit quant, à elle
sN
et
I
Qc
Qg tPp (q)
-
cms (q)I
dq Isera assimilée, en vaLeur négative, à la perte sociale
nette du troisième agent, soit, 1a surface de ltaire <EFC>.
Un tel partage du surplus sous-tend potentiellement, les
I nous en proposons une illustration dans le cas de Ia recherche
drune situat,ion socialement efficace.
3. Liuites drune interualisation parétienne elassigue
Si lranalyse classique des effets externes révèIe, êD
prenier lieu, une divergence entre cotts et avantages privés
et sociaux, drautres divergences peuvent apparaltre sur 1e
consensus social à adopter. A cet effet, remarquons tout
df abord que la solution classique drinternalisat,ion de lf effet externe, consistant à faire coïncider cott et avantage
marginaux sociauxT, s'identifie avec Itobjectif drune
allocation totale du surplus fourni, pâr Ia nature (le
troisiène agent), au consommateur et au producteur.
Graphique 3. Internalisation de Iteffet externe
Q. P F Po og 7 Or,
Au point d'intersection E sur le graphique 3t le cott,
marginal social est, égal à Iravantage marginal social. Le
niveau de production Qn apparaÎt, de ce fait, socialement
efficienÈ mais ceci de manière conditionnelle ; en effet, Ia
restauration de ltefficacité parét,ienne sera drautant, mieux
réalisée que le cott rnarginal social valorise de manière
représentative les dommages subis par la société t,oute
entière. En E également, il n'y a pas de 'rgaspillage
écologiquerr dans Ie sens où Ie cott support,é par la nature et
valorisé par Itécart entre Cms et Cmp, est alloué
intégralement, êt suivant le niveau du prix, soit au producteur, soit, au consommateur.
En drautres terrnes, 1ê passage de C à E conduit, à Ia
conversion d I une perte de surplus rtécologiguert , représentée
par le triangrle <EFC> en une perte de bien-être économique
pour les consommateur et producteur, correspondant au triangle
<CFrE>. Il convient de faire, à ce niveau dranalyse, deux
commentaires. Tout drabord, il ntapparait pas généralernent
dtégalité formelle entre les aires <EFC> et <CF|E>, à moins que le coût marginal social ne se déduise pâs, à une
translation près, du cott marginal privé. Ceci étantr la comparaison des deux triangles est intéressante; ainsir la
conversion précédente drune perte de surplus écologique en une
perte de bien-être écononique sera drautant relativement, moins
pénalisante que la fonction de dommage social est à forte
croissance, ce qui est, probablement, le cas pour certaines
productions agricoles. Le graphique 4 propose une illustration
de ce phénomène. Néanmoins, le niveau de production nrest pas
Ia seule variable explicative de Ia fonction de dommage ; iI
serait souhaitable dty inclure le mouvement drintensification
au travers de variables ramenées à lthectare (Mahé et
Rainelli, L987 I Vermersch, 1990b). Pour autant, i1 ne sragit
pas de confondre agriculture intensive et agriculture
polluante, cette dernière étant souvent associée à une
allocation sous-optirnale des facteurs de productionS ; nous
o
'Voir, à ce propos, Bonnieux et aI. (1990), de même gue Ie no 6 (1990) de la Lettre menEuelle du Bureau des Affaires Agricoles de I'Ambassade des
10
rejoignons ainsi, une nouvelle fois, 1â
dtappréciation, tant biophysigue qu'économique de
du dommager cê qui constitue une limite
inévitable de I'analyse cott-bénéfice.
Graphique 4. Perte
être économique :
dommage.
de surplus rrécologiquerl
cas dtune croissance
difficulté la dynamique structurelle et perte de bien-exponentielle du P C-(Q) C"p(Q) Qc o
. Le second commentaire concerne ltinterprétation économique du triangle <CF|E>. En effetr nê fournit-i1 pas un premier
indicateur du cott drune agriculture éventuellement
sout,enable, cott qui serait supporté conjointement par les
producteur et consommateur ? Comme le préeise Henry (1990), 1e
trait conmun des diverses définitions du rrdéveloppement
soutenablerf consiste à allier un souci dtefficaciÈé économique à une forrne d I exigence éthique int,ergénérationnelle. Replacée
dans un contexte dragriculture soutenable, 1a double
préoccupation précédent,e nrest présente que partiellement dans
la déIimitat,ion de lraire <CF'E> ; en effet,, 1es producteurs
demeurant sur la courbe dIoffre privée, donc en situation
F
E
PD
dtefficacité économiguer le triangle <cFtE> représent,e le
sacrifice consenti globalement par les producteur et
consonmateur, Iorsquron passe de C à E, crest-à-dire drune
situation d'équilibre concurrentiel privé (entre producteur et
consonmateur) à une situat,ion E, socialement efficiente, définis selon des critères lesquels nront pas forcément de
dimension intergénérat,ionnelle. Le souci de préserver le
patrimoine naturel pour Ies générations futures complexifie le
caractère conflictuel du consensus social à adopter, autrement
dit, de Ia localisation du point E. Reprenant le cadre
analytique précédent, avec trois agents, i] nous est possible
de préciser les difficultés drune telle internalisation.
Conpte t,enur ên particulier, drun irnpact relativement
linit,é des normes et règlements en natière de gestion
environnementale, celle-ci sollicite de plus en plus
Iargement,, du moins dans le discours, les mécanismes de
régulation drune économie de marché ; ceci est
particulièrernent le cas pour les réformes en cours de la
Politique Agricole Commune. Ceci étant, Ia déterrnination et Ie
contrôle drune correspondance entre un syst,ème de prix et une
allocat,ion socialement optimale, voire soutenable sont-e1les
aujourdthui possibles ? Henry (1990) soulève cette question
tout en notant, à ce propos, Ia nécessit,é dtinstitutions dtintérêt collect,if dont ltobjectif serait de réguler 1es
interactions entre agents. le caractère contestable et
conflictuel de Ia solution drinternalisation des nuisances
agricoles illustre les difficultés qui seront inévitablement rencontrées.
11 stagitr ên premier lieu, de préciser Ie caractère cont,estable de ltint,ernalisaÈion proposée. Le passage de C à E
(cf. graphique 3), dans Ie cadre de 1réconomie 1initée aux seuls agents producteur et, consonmateur, conduit à une
variation négative du surplus social. ce caractère peu
incitatif nrexplique-t-il pas partiellement ra lenteur
effective de lrinternalisation des nuisances agricoles ? Dès
t2
spécifique à la product,ion agricole envisagée,
Itinternalisation des cotts externes agricoles nrest ici rien
d I autre qu I un mode d I allocation, aux consonrmateur et
producteur, de la pert,e sociale <EF|C>, mesurée encore sur Ie graphique 5 par :
s I Po (q) - cnp (q) ] dq
Graphique 5. fnternalisation par le marché
PD
qoÊ
Nous avons ici la représentation drune sj.tuation où
ltintérêt économique irnrnédiat (du point de vue du producteur
colnme celui du consommateur) risque de prévaloir sur le domrnage environnemental à court ou moyen terme.
La contestabilité de la solut,ion néo-classique
drinternalisation provient, fondamentalernent, de Ia
valorisation différenciée suivant 1es acteurs lproaucteur,
consommateur, défenseur du patrimoine naturel) des avantages
et des cotts procurés et supportés par le récept,acle
écologique. lQc Jon E P F E P-P 0
Le caractère conflictuel de la solution drinternalisation srillustre quant à lui en appliquant Ia définition élargie du concept drext,ernalités proposée par Martinez-Altier (1990) :
rrExternalities is a word which describes the shifting of
social costs (or possibly benefits) to other social groups
(wether rrforeigners[ or not) , or to future generationsrr.
Drores et déjà, nous pouvons distinguer ici quatre types de
transferts de cotts sociaux réalisables suite à
lrinternalisat,ion des cotts externes. Le passage de C à E
transfère, des producteur et, consonmaÈeur au troisièrne agent,, Ie quadrilatère <EFTCF), autrement dit, et drune nanière quelque peu analogue, une quantité dtactifs naturels léguée
aux générations fuÈures. Notons que ce déplacement nrest
supporté que partiellement, par les producteur et consonmateur
(pour le rnontant <EF|C>). Le deuxième type de transfert est
associé à 1tévolution de la technologie agricole, suite à
ltinternalisation. En effet, si Ia réduction des nuisances
agricoles peut être obtenue par une extensification du syst,ème
productif, les mouvements consécutifs de substitut,ion, entre
le fact,eur terre et les intrants agricoles dtorigine
industrieller Dê seront pas sans impact sur 1tévolution du
prix des terres et de la rente foncière.
Le troisièrne type de transfert concerne la négociation
conflictuelle entre le producteur et, le consonmateur. La
solution drinternalisation désirant srappuyer sur un mécanisme
de marchér cê dernier nécessite une différenciation des prix,
proposé au consommateur et perçu par Ie producteur.
Sragj.ra-t-il dès lors de la nise en place drune taxe, de montant
tPg-POI ? Drun transfert forfaitaire au producteur nécessitant en sus des cotts de transaction, la dot à allouer étant nesurée
par lraire du rectangle <Pg EFr Pg> ?
De manière évidente, Ie mode dtallocation de celle-ci va se greffer sur la distorsion initiale du soutien des prix
agricoles qui a tentér €D son tenps et malencontreusement, de
T4
économique de second rang. Ce soutien est aujourdrhui doublement visé car considéré à juste titre conme Ie moteur
principal de I'intensification polluante (Mahé et Rainelli,
L987 ) : néanmoins, cela montre que Ia cohérence est
aujourdrhui possible entre une politique de préservation de
lrenvironnement et celle de régulation de marchés, à Ia
condition drune rémunération du travail agricole autre que
celle procurée par les prix à la production : nous y
reviendrons ult,érieurement, .
Le quatriène type de transfert est lié aux conséquences
drune baisse de Ia production, induite par I'internalisation, sur les marchés agricoles internationaux. Certesr le niveau
des échanges agrricoles internaÈionaux ne représente,
globalement, guê 10 à 15 eo de la production agricole
rnondiale I ceci ét,ant . et à titre d I exemple, Ies restrictj.ons
environnementales appliquées aux intrants agricoles dans les
pays structurellement, exportateurs peuvent avoir des effets
non négligeables sur Ie niveau du bien-être des autres pays
(Abler et Shortle, 1990). Le caractère conflictuel de
Itint,ernalisation peut, dès lors srinternationaliser,
stanplifiant notanrnent par les possibles distorsions de concurrence consécutives. En drautres terrnes, ltinadéquation patente de certaines polit,iques environnementales ne
masque-t,-elle pas inplicitement, le souci des responsables politiques de
naintenir conjointement la compétitivité et les parts de marchés des diverses agriculÈures nationales9 ? Dans un tel
cas de figure et dans le cadre de la Politique Agricole
Commune, la solidarité financière des Etats-membres est, appelée à se doubler drune tfsolidarité environnementale,r.
De telles remarques délinitent I'étroite marge de
nanoeuvre de lrintervention publique en la matière. On peut
rappeler à ce propos la rnyopie constatée de certaines
poliÈiques de développement agricole aboutissant parfois à un
gaspillage combiné des finances publiques et du patrimoine 9 Norr" pouvons citer les débats proposés par DieÈz et Hoogervorst (1990) pour ce gui concerne Ia politique du lisier aux Pays-Bas.
naturel. Evitant les comparaisons dtut,ilité interpersonnelles,
la recherche analytique dtoptima économiques au sens de Pareto
nrisole qurimparfaitement, les optirna sociaux êt, a fortiori, les optima sociaux soutenables i ce rappel situe peut-être la
source de la myopie précédente. De ce fait éga.lement, le
jugement porté quant à I'efficience de lfinternalisation des
nuisances agricoles, dans un monde fondamentalernent de second
rang, doit stappuyer sur la capacité de celle-ci à gérer les
conflits potentiels et, à promouvoir une agriculture réellement
soutenable. Crest ce qurenvisage la partie suivante.
4. Vers une soutenabilité parétienne de lragricuLture
fl convient de rappeler tout d'abord que Itobtention
dtoptima écononiques au sens de Pareto nécessite, du moins
dans la formalisation courante, une situat,ion dtefficacité
technique pour lfensemble de Iréconomie envisagée. Au sein du
secteur agricole, cette recherche dtefficacité technique, autrement dit dtun optirnum gtobal de production est à lroeuvre
et conduit inexorablement à une géographie agricole française
pour le moins sinplifiée : grandes cultures dans le
centre-Nord, éIevagres laitiers et hors-so1 dans le grand ouest, quelques terroirs vinicoles ; te reste ? Peut-être une grande
partie aux friches eÈ aux incendies de f orêts. T1â not,ion de
milieu naturel cédant Ia place aujourdthuj- à celle de
patrirnoine naturel, celui-ci se voit atteint, tant par une
intensification des systèmes agricoles guêr à lrautre extrême, par un abandon de toute activité rurale, deux conséquences de
Ia recherche dtefficacité microéconornique et globale. La
mécanique parétienne, garante dtefficacité, sê trouve
confrontée maintenant à un double dilenme : lrinitial entre
efficacité et équité, gurelle prétendait résoudre, à tort,
dans un monde de first best (Mougeot, L976) ; le second entre
efficacité et soutenabilité, généralisation du premier dans
une dimension int,ertemporelle et révélant une fois encore que
16
comparaisons dtutilité interpersonnelles êt, a fortiori,
intergénérationnel les .
Face au constat, précédent, deux échappatoires sont
envisagées aujourdthui. Lrune, de nature conceptuelle, évalue
Ia pertinence et ltapplicabilité de la soutenabilité
parétienne qui vise une allocation efficiente des ressources
dans une économie associant plusieurs générations dragents
économiques (RAMSES, 1990, p. 341). L'autre, de portée
pratique et relative à Itéconomie agricole propose le soutien
financier rfdécoupl6ltt aux agriculteurs cornme nouvel instrument éconornique conciliant le soutien des revenus agricoles, Ia
régulation des marchés et Ia préservation de lrenvironnement.
En drautres t,ermes, fe découplage inplique une indemnité
versée aux agriculteurs mais ne constituant en aucune manière
une incit,ation à augmenter Ia product,ion ; associé
corrélativement à une baisse des prix agricoles à Ia
production, Iteffet escompt,é sur la régulation des marchés est
clairement perçu, le découplage laissant a priori intact les mécanismes de prix. Ceci étant, tant du point de vue du
producteur que du consommaÈeur, i1 est recherché une
nécessaire Iégitinit,é êt, par voie de conséquence, une
éligibilité des aides ainsi octroyées ; faire fi de ce
problène pourraiÈ a1ler à Itencontre draméliorations
environnementales durables et empêcherait, à terme, 1e
déveroppement dtune agriculture soutenable. Nous proposons
donc de répondre au souci de légit.imité précédent par Ia
valorisation et, la rémunération des effets externes positifs
générés par une tel1e agricult,rr"lo
Précisons tout drabord que f intensification et la
spécialisation des systèmes de production agricoles provoquenÈ
un double impact sur lrenvironnement. En effet ils sont cités
à la fois conme étant à ltorigine des nuisances agricoles sur
10 voir à ce propos,
Mahé et Rainelli (198?, p. 26) : "Et si Ie,' modèle
productiviste" est mis en cause, c'est plus par son effet, de dévalorisation des agricultures périphérigues (par le jeu de la rente différentielle) que Par Ees effets directs". Associer le découplage à la rémunération des effets externes positifs permettrait, de neutraliser Ie jeu de la rente différentielle.
lrenvironnement mais également conme étant responsables de
Irannulation dréconomies externes propres à certaines
pratiques agricoles. II stagit, à titre dfexemple, de Ia
destruction des haies, niches écologiques, régulateurs
hydrodynamiques, pouvant prétendre par ailleurs à une
valorisation économique par la production de bois i de manière
générale, crest tout ltattrait, esthétique des campagnes qui a
pâti de lrindustrialisat,ion croissante de Iragriculture.
Cependant, Itagrj.culteur y a trouvé un intérêt économique,
signifié notamment par la mise en évidence dfune
correspondance entre, drune part, Ies mouvements
dtintensification et de spécialisat,ion ; dtautre part, avec
lrexistence dféconomies dtécheIIe de court terme et lrabsence
d | éconornies de diversif ication (Verrnersch, 1990b) . Dès lors, élargissant 1e cadre strict du principe pollueur-payeur,
I t internalisation des nuisances agricoles peut trouver son
efficacité dans la prise en compte de Ia dualité dtirnpact précédent,e ; aux côtés d rune pénalisation des émissions
polluantes, il nous faut définir Irenvironnement économique
permettant, de valoriser les externalités agricoles positives i
autrement dit, contribuer à mettre en oeuvre un système
complet de marchés étant à même de marchandiser les effets externes posiÈifs. Du rnoins pour certains systèmes de
production agricoles, voire pour de faibles niveaux de
production ou dr intensification, le fait dravoir }e cott
marginal social inférieur au cott marginal privé est tout à
fait, recevable. Le graphique 6 en procure une illustration où
1e point dtintersection S correspond à une situation où le
service environnemental marginal total procuré par ltactivité
L8
Graphigue 6. Marchandisation des effets externes positifs
Cn(Q!
s
PD
A lrinstar des dommages occasionnés par lragriculture,
1révaluation monét,aire des bénéfices environnementaux (aire
hachurée sur Ie graphique 6) ntest pas sirnple. En premier
lieu, certains servj.ces sont drores et déjà marchandisés : il
stagit, pâr exemple, d,activit,és récréatives en milieu rura1.
Ceci étant, la plupart des avantages environnementaux
potent,iels ne le sont pâsr auxquels cas, une évaluation des
offres et demandes doit être envisagrée, notamrnent au travers des méthodes drévaluation contingentes (Desaigues eÈ Point,
1990). Dans un tel cas de figure, le découplâgê, justifié
conme une rémunération des effets externes positifs, peut être considéré conme un palliatif à lrabsence de marchés pour de
tels effets. I1 apparait cependant souhaitable que celui-ci
puisse être géré par une institution publique et différencié
selon une dimension régionale ; en effet I L'appréciation
environnementale résulte non seulernent de rthistoire
économique mais égalernent de 1a spécificité culturelle de la
région. Dès lors, apprécié à court terme conme soutien aux
revenus des agriculteurs, Ie découplage peut se convertir, à
moyen terme, comme un investissement environnemental régional.
P
Nous sonmes passés insensiblement drune formalisation
dtéquilibres partiels sur un marché, facilement représentables
graphiquement, à une logique qui srapparente davantage
rnaintenant à une mécanique dtéquilibre général. Des trois points dtéquilibre repris à nouveau sur Ie graphique 7,
Irallocation S semble la plus recevable du point, de vue de 1a
soutenabifité parétienne de lragriculture.
Graphique 7
l t agriculture
Vers une soutenabilité parétienne de
CGIQ) P nu (Ql E s <_ PD Ps
En effet, selon évidemrnent le mode de valorisation adopté
pour les biens environnementaux, cet équilibre rnaintient ou
accroit, pour les générations futures, Ies ressources
environnementales totales. Lrobtention drune telle allocation
sout,enable revient à résorber le triangle <ESC> ; deux
mouvements, dans une dynamique de moyen terme, peuvent y
contribuer. Dtune part, res effets dépressifs de la demande
des biens agricoles (largement observés pour certaines
productions animales et escomptées au moyen drassainissements des rnarchés agricoles dans Ie cas drun développement agricore
durable des pays tiers hors CEE, jusqutà maintenant
20
structurellement importateurs) ; d'autre part, Itadoption de
pratiques agricoles plus soucieuses des équilibres écoiogiques
à maintenir et, soutenues par Ia rémunération de leurs
externalités positives.
5a Conclusion
Àppréciée au travers drune méthodologie simplifiée
cotts-avantages, Ie souci de conciliation entre agriculture et
environnement renvoie aux arnbigultés classiques drune économie de bien-être au sens de Pareto. Cette conciliation apparait,
cependant comme lrenjeu central drune agriculture durable.
Celle-ci peuÈ-elle être promue efficacernent par les mécanismes
de prix ? Si, au terme de cett,e étude, Ia question reste posée à 1réconomiste agricole, nous proposons cependant quelques
éclaircissement,s.
Stagissant tout d'abord de choix qui relèvent de ltéquité
entre générations, le prix devrait, céder la place, êD amont, à
Ia norme. Henry (1990) justifie cette hiérarchie en
reconnaissant Ia préérninence de la valeur éthique qutexprime
alors Ia norme. Dès lors, le tttroisième agentrr, certes aidé ou
affecté par la dynamique du marché11, peut-il être reconnu
conme une instance normative proposant lrallocation dtéquilibre soutenable S ? Dans un tel cas de figure, Ia mécanique parétienne doit céder quelque peu Ia place, êD
amont, à Itimpératif éthique; la recherche dtefficience y
serait, désormais conditionnée mais, parallèlement, pourrait y
trouver un nouveau souffle pour IIobt,ention dIune
soutenabilité parétienne de lrécononie agrico1el2. En drautres
termes, Ia cont,rainte de soutenabilité serait source
dtefficacité.
11 Pn effet, l'allocation S résulte aussi partiellement et imparfaitement d'une confrontation offre-demande srur Ie marché du bien environnemental fgurni par I'activit,é agricole.
12 cell rejoint également la conclusion de Henry ( 1989 ) : ,,!ilhen a
2L
La conciliation entre agriculture et environnement
srincarne dans celle de leurs politiques respectives. Dans ce
sens, I I intervention publique doit s taccorder avec la
recherche dtefficience précéd.ente. Concrètement, ltobtention
drune agriculture soutenable nécessitera la conjonction drune
part, drun soutien découplé des revenus agricoles dans la
mesure où il promeut à Ia fois une internalisation rrà la
sourcerf des nuisances et une valorisation des externalités
agricoles positives ; drautre part de la poursuite de
lfassainissement des marchés agricoles int,ernationaux. I1
resterait, à préciser enfin conment Irexigence de soutenabiliÈé sradresse aussi aux consommateurs.
22
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