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« Chez-soi », après s'être relogé? : le point de vue d'aînés en habitat communautaire

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Academic year: 2021

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« Chez-soi », après s’être relogé?

Le point de vue d’aînés en habitat communautaire

Mémoire

Roxanne Dubé

Maîtrise en Sciences de l’architecture

Maître ès sciences (M. Sc.)

Québec, Canada

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RÉSUMÉ

Ce projet de recherche porte sur la décision de se relocaliser des personnes âgées locataires. Au Québec, il est estimé que le nombre de personnes âgées de 85 ans et plus triplera d’ici 2056 (MFA, 2012). Il s’agit de la tranche d’âge utilisant le plus de soins à domicile ; 60 % sont locataires (MFA, 2012 ; Turcotte, 2014). Bien que la majorité des aînés désirent vieillir dans leur domicile, un déménagement est parfois souhaitable, voire incontournable. En effet, un état de santé se détériorant au fil des ans peut faire en sorte que les activités quotidiennes deviennent difficiles et ne puissent être menées de manière autonome sans apporter des modifications au logis. Si adapter un logis n’est pas une mince tâche, cela est encore plus compliqué dans un immeuble locatif. En effet, nombreux sont les locataires dont le bail ne permet pas de telles modifications. Déménager est souvent la seule option pour les aînés locataires en perte d’autonomie fonctionnelle. Quels facteurs influencent non seulement la décision de se reloger, mais aussi le choix d’une coopérative d’habitation ou d’un OBNL d’habitation, soit deux options d’habitat communautaire abordable, mais aussi plus marginal au Québec? Comment l’expérience du déménagement est-elle vécue et quels facteurs contribuent à reconstruire le sentiment d’être chez-soi? Autant de questions auxquelles ce mémoire tente de répondre par le biais d’une recension des écrits et d’une enquête qualitative. Les objectifs de la recherche sont ainsi de comprendre cette expérience à travers le temps, en lien avec le parcours résidentiel antérieur et la reconstruction de la relation affective au logis. Deux volets ont été menés parallèlement pour compléter cette recherche. D’une part, une recension systématique des écrits sur le thème du relogement des aînés en perte d’autonomie ; d’autre part, 14 entretiens semi-dirigés auprès de personnes âgées s’étant relocalisées dans un habitat coopératif ou en OBNL. La synthèse des connaissances suggère que quitter un domicile connu est une décision complexe, voire difficile, impliquant plusieurs facteurs, dont le parcours de vie, la famille, les routines quotidiennes et la relation affective au domicile actuel. L’analyse thématique des entretiens, à partir des multiples facteurs identifiés dans la recension scientifique, a permis de cerner les plus invoqués par les aînés rencontrés pour justifier leur choix résidentiel, soit : la création ou le maintien de liens sociaux, le sentiment accru d’indépendance et de contrôle, ainsi que la présence d’entraide et de services au sein de l’immeuble. D’autres dimensions matérielles et économiques sont invoquées, mais indirectement à travers ces dimensions psychologiques ou sociales. Diverses composantes physiques du domicile et du quartier (les vues vers l’extérieur à partir du logement, l’espace de visite, les lieux communs, la gestion et l’administration de l’immeuble) semblent aussi influencer la relation affective au logis et la capacité de reconstruire le sentiment d’être chez soi. Les résultats de cette recherche suggèrent de consolider l’offre de logements communautaires abordables pour les personnes âgées en perte d’autonomie, ceux-ci leur permettant d’avoir accès aux services requis par leur situation, tout en conservant leur indépendance et leurs cercles sociaux.

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TABLE DES MATIÈRES

RÉSUMÉ ... iii

TABLE DES MATIÈRES ... iv

LISTE DES TABLEAUX ... vii

LISTE DES FIGURES ... viii

REMERCIEMENTS ... x

AVANT-PROPOS ... xi

INTRODUCTION ... 1

L’avènement des incapacités physiques ... 2

La perte d’autonomie et mobilité résidentielle chez les aînés ... 3

Les alternatives résidentielles pour reloger les aînés en perte d’autonomie ... 6

CHAPITRE 1 ... 12

Les facteurs d’influence de la décision de se reloger des aînés ... 12

1.1 Les facteurs d’influence et la relation au chez-soi ... 13

1.1.1 Les dimensions biologiques influençant la relation au chez-soi ... 15

1.1.2 Les dimensions psychologiques et psychosociales de la relation au chez-soi ... 15

1.1.4 Les dimensions matérielles de la relation au chez-soi ... 18

1.1.5 Les dimensions spatiotemporelles de la relation au chez-soi. ... 19

1.1.6 Les dimensions économiques de la relation au chez-soi ... 21

1.2. Discussion ... 24

Conclusion : plaidoyer pour la transdisciplinarité ... 27

CHAPITRE 2 ... 28

Objet de la recherche, cadre théorique et méthodologie ... 28

2.1 Objet et but de la recherche ... 28

2.2 Cadre théorique ... 28

2.3 Objectifs et hypothèses de la recherche ... 35

2.4 Méthodologie ... 36

2.4.2 Entretiens exploratoires ... 38

2.4.3 La collecte de données ... 41

2.4.4 L’analyse des données ... 41

(4)

2.4.6 Présentation de l’échantillon ... 44 CHAPITRE 3 ... 55 L’expérience du déménagement ... 55 3.1 Le déménagement ... 55 3.1.1 Le domicile actuel ... 55 3.1.2 Le domicile précédent ... 59 3.2 Raisons du déménagement ... 61

3.3 Le contexte et les facteurs d’influence du choix ... 65

3.3.1 Les facteurs d’influence de la décision ... 66

3.4 Le déménagement ... 73

3.5 Discussion ... 75

CHAPITRE 4 : ... 78

L’expérience actuelle du logement et la relation au chez-soi ... 78

4.1 La reconstruction de la relation au chez-soi : la perception des aînés ... 78

4.2 La relation au chez-soi dans le logement actuel ... 81

4.2.1 Dimensions psychologiques et psychosociales ... 85

4.2.2 Dimensions spatiotemporelles ... 91

4.2.3 Dimensions sociales ... 105

4.2.4 Dimensions biologiques ... 109

4.2.5 Dimensions économiques ... 110

4.3 Les aspirations résidentielles ... 112

4.4 Discussion ... 113

CONCLUSION ... 117

RÉFÉRENCES ... 123

ANNEXE ... 129

ANNEXE 1: Carte postale de recrutement ... 129

ANNEXE 2 : Stratégie de recrutement initiale ... 130

ANNEXE 3 : Secteurs et établissements retenus pour le dépôt de cartes postales dans la stratégie initiale de recrutement ... 131

ANNEXE 4 : Questionnaire préliminaire ... 132

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ANNEXE 6 : Schéma d’entretien final ... 134

ANNEXE 7 : Sommaire des résultats des entretiens exploratoires ... 137

ANNEXE 8 : Formulaire de consentement ... 142

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LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 : Tableau récapitulatif des caractéristiques de l’échantillon ... 45

Tableau 2 : Aperçu des caractéristiques urbaines du quartier des personnes âgées ... 51

Tableau 3 : Caractéristiques des logements ... 56

Tableau 4 : Services à proximité des habitations ... 58

Tableau 5 : Type de domicile précédent, temps de résidence et distance du domicile actuel ... 59

Tableau 6 : Raisons principales du choix de se reloger ... 61

Tableau 7: Ensemble des problèmes de santé mentionnés par les personnes âgées ... 62

Tableau 8 : Incapacités physiques rapportées par les personnes âgées ... 63

Tableau 9 : Facteurs d’influence mentionnés dans la décision de se reloger ... 67

Tableau 10 : Distance avec les enfants ... 69

Tableau 11 : Expérience résidentielle dans le quartier actuel ... 70

Tableau 12 : Services accessibles pour les personnes âgées ... 72

Tableau 13 : Personnes impliquées dans la décision et le déménagement ... 74

Tableau 14 : Aperçu de la reconstruction de la relation au chez-soi ... 79

Tableau 15 : Profil des personnes âgées ... 81

Tableau 16 : Nombre de mentions aux différentes dimensions de la relation au chez-soi abordées par chacune des personnes âgées lors des entrevues ... 84

Tableau 17 : Nombre d’association entre des aspects matériels du logis par les 14 aînés et les différentes dimensions de la relation au chez-soi ... 85

Tableau 18 : Types de domiciles habités dans le parcours résidentiel des personnes âgées ... 93

Tableau 19 : Localisation des logements antérieurs des personnes âgées ... 94

Tableau 20 : Quatre types d’expérience de quartier parmi les 14 aînés ... 94

Tableau 21 : Relation avec les enfants des personnes âgées ... 106

Tableau 22 : Personnes âgées bénéficiant de l’aide de membre de leurs réseaux sociaux pour accomplir certaines tâches quotidiennes ou soutien financier ... 108

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LISTE DES FIGURES

Figure 1 : Proportion de la population âgée de 60 ans ou plus, par pays 2015 ... 1

Figure 2 : Projection des grands groupes d’âge, Québec, 1950-2050 ... 2

Figure 3 : Distribution des 55 facteurs d’influence de la décision résidentielle identifiés dans les 88 études recensées, selon six catégories de dimensions de la relation au chez-soi ... 14

Figure 4 : Liste des références intégrées à la recension des écrits, par ordre alphabétique ... 22

Figure 5 : Ecological model of aging (Lawton et Nahemow, 1973: 661 ) ... 30

Figure 6 : Ecological framework of place for aging (Moore, 2014 : 185 ) ... 30

Figure 7 : Theoretical model of antecedents and sequelae of living arrangements in late life (Hays, 2002: 139) ... 32

Figure 8 : L’expérience de la relocalisation : Reconstruction du chez-soi (Rowles, 2013 : 15) ... 34

Figure 9 : Intégration des modèles théoriques rendant compte de l’expérience de relocalisation résidentielle chez les personnes âgées en perte d’autonomie ... 34

Figure 10 : Démarche finale de recrutement ... 38

Figure 11 : Codification du verbatim à partir des sections du schéma d’entretien et des catégories de dimensions des significations associées au sentiment de chez-soi ... 42

Figure 12: Distribution des 55 facteurs d’influence de la relocalisation résidentielle inventoriés, selon le thème principal des différentes sections du schéma d’entretien ... 43

Figure 13 : Légende des figures synthèses par personne âgée ... 46

Figure 14 : Portrait synthèse des personnes âgées en OBNL ... 47

Figure 15 : Portrait synthèse des personnes âgées en OBNL (suite) ... 48

Figure 16 : Portrait synthèse des personnes âgées en Coop ... 49

Figure 17 : Localisation des lieux d’habitations communautaires des répondants de l’échantillon ... 51

Figure 18 : OBNL 1- Charlesbourg ... 53

Figure 19 : OBNL 2 - Limoilou. ... 53

Figure 20 OBNL 3 – Saint-Sauveur ... 53

Figure 21 : Coop 1 -Limoilou ... 54

Figure 22 : Coop 2- Limoilou ... 54

Figure 23 : Cuisine conventionnelle et cuisine adaptée en OBNL ... 57

Figure 24: Exemple de barres d’appui et d’adaptation ... 57

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Figure 26 : Distance au domicile précédent des personnes âgées rencontrées ... 60

Figure 27 : Spatialisation des réseaux sociaux de deux répondantes (Mmes O et E) ... 69

Figure 28: Dimensions et facteurs d’influence de la relation au chez-soi abordés par les 14 personnes âgées en habitat communautaire lors des entretiens ... 82

Figure 29 : Exemple de personnalisation associée au rôle de parent et grands-parents ... 91

Figure 30 : Exemple de chambre aménagée pour l’accueil de la famille ... 91

Figure 31 : Raison et nombre d’années depuis le déménagement du nid familial ... 92

Figure 32 : Schématisation de quatre profils de parcours résidentiel ... 95

Figure 33 : Type et fréquence d’activités pratiquées sur une base régulière par les aînés dans leur domicile ou leur quartier ... 100

Figure 34 : Fréquence des sorties et moyen de déplacement ... 101

Figure 35 : Territoires d’action des 14 aînés selon les modes de transport ... 102

Figure 36 - Profil « domocentré » - le cas de Madame F, OBNL D’habitation ... 103

Figure 37 - Profil « voisineur » - le cas de Monsieur D, OBNL d’habitation ... 104

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REMERCIEMENTS

La réalisation d’un mémoire demande beaucoup de travail et d’efforts. Cette démarche, une des plus constructives de ma vie, ne fait pas seulement partie d’un cheminement académique, mais aussi d’un apprentissage personnel sur mes capacités, mes intérêts et ma curiosité d’apprendre. Or, ce travail a été possible grâce à l’aide et au soutien de plusieurs personnes.

Tout d’abord, j’aimerais remercier ma directrice de recherche, Carole Després, professeure d’architecture et directrice du GIRBa pour son temps, le partage de sa passion et de ses connaissances. Merci de m’avoir fait découvrir le monde de la recherche et d’avoir mis sur mon chemin plusieurs expériences académiques précieuses à mon parcours.

Je remercie aussi, Madame Sandra Turgeon, directrice de la Fédération des coopératives de Chaudière-Appalaches ainsi que Sylvie Chassé, intervenante communautaire chez Action-Habitation pour leur aide lors du recrutement. Leurs conseils et leurs connaissances du milieu ont contribué de manière significative à ma recherche.

Je remercie aussi mes collègues du GIRBa, Andrée-Anne, Sandrine, Marianne et Cynthia. Ça a été un bonheur de partager avec eux mes moments de doute, mes bons coups et quelques pauses bien méritées. Un immense merci à Noémie, collègue et amie, avec qui j’ai réalisé la recension des écrits présentée dans ce mémoire et dont la passion et la détermination m’ont accompagnée, des travaux d’équipes aux conférences.

Je remercie ma famille, Hélène, Jacques, Véronique et Vincent pour leur soutien tout au long de mes études. Leur écoute et leurs encouragements ont été une source de motivation importante. Finalement, un merci tout spécial à Julien pour sa présence, son aide et son réconfort quotidien, ainsi que sa contribution à me pousser à toujours aller plus loin.

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AVANT-PROPOS

Ce mémoire a été réalisé au sein du Groupe Interdisciplinaire de Recherche sur les Banlieues (GIRBa) de septembre 2014 à décembre 2016. La recherche s’inscrit dans une réflexion en cours au sein du GIRBa autour de la question du logement des aînés en perte d’autonomie. Le relogement des aînés constitue le tronc commun de deux mémoires, la présente recherche, mais aussi celle de Noémie Roy1 sur un sujet connexe. Noémie et moi avons mené conjointement la recension systématique des écrits présentée au chapitre 1, sous la supervision de Carole Després, professeure à l’École d’architecture et de France Légaré, M.D. et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en décision partagée et en application des connaissances. À partir de cette recension, avec la collaboration de Carole Després, nous avons publié cette recension dans un ouvrage collectif chez Dunod en 2017 (Dubé, Roy, Légaré, & Després, 2017). Avec la collaboration de Carole Després et de France Légaré, nous cosignons aussi une version bonifiée et en anglais de cette recension qui a été soumise à une revue arbitrée en juillet 2017 (Roy, Dubé, Després, & Légaré, 2017, en préparation).

1 Le mémoire de Noémie Roy consiste à faire l’inventaire des outils d’aide à la décision résidentielle disponibles pour orienter les personnes âgées en perte d’autonomie confrontées à la décision de déménager.

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INTRODUCTION

Le vieillissement de la population est un phénomène qui prend de l’ampleur à l’échelle mondiale (Figure 1). La proportion d’aînés est en forte croissance et excèdera les 30 % dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique du Nord d’ici 2050 (OMS, 2015). Plus particulièrement chez les pays membres de l’Organisation de coopération et développement économique (OCDE), le nombre de personnes âgées de 80 ans et plus a doublé entre 1970 et 2010 (Azeredo & Payeur, 2015).

Le Canada ne fait pas exception. En date du 1er juillet 2015, les personnes âgées de 65 ans et plus représentaient 16 % de la population canadienne, surpassant en nombre pour la première fois celles de moins de 15 ans (Statistique Canada, 2015). Le taux de croissance de cette population s’est accéléré depuis 2011 avec les baby-boomers les plus âgés qui ont passé le cap des 65 ans (Statistique Canada, 2015). D’ici 2036, les personnes de 65 ans ou plus représenteront plus de 25 % de la population, et le tiers d’entre elles aura plus de 80 ans (Statistique Canada, 2012). Au Québec, les statistiques prévoient que le nombre de personnes âgées de 80 ans et plus triplera d’ici 2050 atteignant les 1,12 million de personnes (ISQ, 2015) (Figure 2).

Figure 1 : Proportion de la population âgée de 60 ans ou plus, par pays 20152

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Figure 2 : Projection des grands groupes d’âge, Québec, 1950-20503

L’avènement des incapacités physiques

Les aînés au Québec sont non seulement de plus en plus nombreux, mais ils vivent de plus en plus vieux et nécessitent davantage de soins. En 2010, l’espérance de vie était de 81,7 ans comparativement à 79,2 ans en 2002 (MFA, 2012). Or, vivre plus longtemps signifie aussi pour plusieurs vieillir avec des problèmes de santé et des incapacités physiques. La tranche d’âge des 85 ans et plus est, sans surprise, celle nécessitant le plus de soins de santé. En 2012, 43,1 % de ces aînés avaient utilisé au moins un service hospitalier et le deux tiers d’entre eux étaient touchés par au moins deux maladies chroniques, soit des problèmes de santé à long terme (six mois ou plus) diagnostiqués par un professionnel (ISQ, 2013). La proportion d’entre eux vivant en établissements de soins ou dans des hôpitaux est aussi importante (SCHL, 2012); en 2010, près de 45 % des

3 Source : Statistique Canada, Estimations démographiques (1950-2013) ; Institut de la statistique du Québec, Perspectives démographiques, édition 2014 (2014-2050).

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résidants de CHSLD avaient 85 ans ou plus (MSSS, 2012). Un faible état de santé et plusieurs incapacités augmentent ainsi leur besoin en services de santé ou encore, d’aide à domicile.

Au Québec, 84% des personnes âgées de 85 ans et plus ont au moins une incapacité physique, c’est-à-dire qu’elles déclarent avoir de la difficulté4 à réaliser certaines activités quotidiennes en raison d’un état ou de problèmes de santé de longue durée (Lecours, Murphy, Dubé, & Godbout, 2013). Ces difficultés ont des répercussions sur leurs activités de la vie quotidienne (AVQ) et de la vie domestique (AVD): les premières (AVQ) correspondant à l’ensemble des activités associées aux soins personnels tels que se laver et s’habiller, les secondes (AVD) à l’utilisation du téléphone, la préparation des repas et sa gestion personnelle (MSSS, 2012). C’est en effet 85,3 % des aînés de cette tranche d’âge qui ont besoin d’aide pour ces deux types d’activités (Lecours, Murphy, Dubé, & Godbout, 2013). Ces difficultés peuvent être associées à un environnement physique où l’ergonomie et l’adaptabilité sont déficientes. Ainsi, pour arriver à effectuer leurs activités quotidiennes ou domestiques, certains aînés bénéficient de l’aide de leur réseau social. L’aide bénévole d’une personne hors domicile pour l’accomplissement des activités de la vie quotidienne ou domestique croît avec l’âge (Lecours, Murphy, Dubé, & Godbout, 2013); c’est le fait de 53,3 % des 85 ans et plus. La famille demeure l’une des principales sources d’aide, cette dernière assumant près de trois quarts des heures d’aide fournie (Bigonnesse, Garon, Beaulieu, & Veil, 2011).5 Une aide absente ou déficiente combinée à la prévalence d’incapacités physiques peut amener certaines personnes âgées à remettre en question leur situation résidentielle. N’ayant ainsi plus les capacités de demeurer seules dans un environnement ne répondant plus à leur situation, certaines vont considérer un déménagement.

La perte d’autonomie et mobilité résidentielle chez les aînés

Les études sont plutôt unanimes à savoir que la majorité des aînés veut vieillir à domicile (Abramsson & Andersson, 2012; Jungers, 2010; Lofqvist et al., 2013; Oswald & Wahl, 2013; Pope, 2009). Cela s’explique notamment par le nombre d’années vécues dans un domicile auxquelles sont

4 Ces difficultés incluant l’audition, la vision, la parole, la mobilité et l’agilité de même que les limitations d’activités liés à leur état cognitif (ISQ, 2013).

5 Cela dit, avec le grand nombre de baby-boomers sans enfant ayant atteint l’âge de 65 ans en 2011, une diminution de proches aidants est à anticiper ; elle pourrait faire doubler la demande de soutien à domicile dans les dix à quinze prochaines années (Bigonnesse et al., 2011).

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attachées des significations affectives (Després & Lord, 2005). Dans leur étude quantitative, Moen et Erickson (2001) observent que les personnes qui désirent demeurer dans leur maison sont celles qui ont effectué le moins de déménagement dans les 30 dernières années; au contraire, une vie caractérisée par plusieurs déménagements est associée à des stratégies résidentielles en faveur du relogement. Ainsi, avec les années, la relation affective entretenue avec domicile par les personnes âgées rend l’option de déménager moins attrayante. Le domicile étant alors un lieu d’attachement, de sécurité, le centre de leurs activités ou encore, un lieu de socialisation (Després & Lord, 2005). Le déménagement peut alors être perçu comme quelque chose de pénible, modifiant les routines établies (Lofqvist et al., 2013). Recréer ces routines à la suite d’un relogement favorise le sentiment de familiarité et l’attachement au nouveau lieu (Rowles & Bernard, 2013).

Malgré le désir de vieillir chez soi, le relogement est parfois inévitable. Au Québec, en 2006, 19,5 % des aînés de 75 ans et plus avaient effectué un déménagement; la majorité de ceux-ci impliquant un transfert entre deux modes locatifs (SCHL, 2012). Aujourd’hui, ces personnes sont âgées de plus de 85 ans. Parmi ces derniers, 36,5 % habitent dorénavant en ménage collectif (CHSLD, ressource intermédiaire, ressource de type familial gérée par un établissement public, etc.) comparativement à 3 % des 65-74 ans (MFA, 2012). Ce sont les besoins croissants en matière d’accès aux soins et aux services associés à la perte progressive d’autonomie qui expliquent en partie l’augmentation des déménagements ou la mobilité résidentielle après 70 ans (ISQ, 2012). Généralement, l’option de se reloger n’est pas considérée par la personne âgée jusqu’au jour où ses activités quotidiennes ne peuvent plus être effectuées de manière normale : le déménagement devient alors l'option la plus viable (Lofqvist et al., 2013).

Un logement mal adapté pour accomplir les activités quotidiennes et domestiques affecte le sentiment de sécurité des aînés. Par exemple, les escaliers ou encore le bain peuvent devenir des éléments stressants pour ceux présentant des incapacités (Ministère de la Santé et des Services sociaux, 2012). Certains envisageront l’adaptation de leur logement avant le déménagement (Renault, 2007). Cette option n’est cependant pas accessible à tous. D’une part, elle engendre des coûts importants. D’autre part, lorsqu’un aîné est locataire, il ne peut en général modifier son logement comme il le désire. Non seulement les modifications possibles sont limitées, elles sont souvent interdites (SCHL, 2012). Le statut de locataire ne garantit pas non plus une occupation du

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logement à long terme. Ainsi, de manière générale, les aînés locataires sont plus susceptibles de déménager (SCHL, 2012). Par ailleurs, si les propriétaires de maison sont moins mobiles, leur déménagement engendre des coûts plus importants (Bonnet, Gobillon, & Laferrere, 2010; Renault, 2007). Les études sur la mobilité résidentielle des personnes âgées étudient d’ailleurs le plus souvent le déménagement d’une propriété privée vers un logement locatif privé ou une résidence privée pour personnes âgées (Walters, 2002). Étudier la relocalisation de locataires âgée permettrait de mieux comprendre l’influence de ressources financières limitées sur les choix résidentiels et le défi de trouver un logement locatif adapté.

Bien que la santé soit perçue comme l’une des raisons principales pour se reloger, plusieurs évènements dans la vie d’un aîné peuvent engendrer une réflexion sur sa situation résidentielle. Par exemple, la perte d’un conjoint peut amener à considérer un déménagement vers un logement plus petit ou encore, à proximité des services (Bonnet et al., 2010). En effet, une étude de la SCHL (2012) rapporte que 100 % des personnes âgées qui avaient perdu leur conjoint avaient changé de logement dans les trois années suivantes. Vivre seul est une réalité à laquelle plusieurs aînés font face. Au Québec, 52,5 % des personnes âgées de 85 ans vivaient seules en date de 2011 (ISQ, 2013); en résidences privées pour aînés, ce sont 9 sur 10 (Statistique Canada, 2011).

Par ailleurs, un déménagement peut aussi être une réponse à des problèmes financiers. Au Québec, plus les personnes âgées vieillissent, plus la part du revenu consacré au logement augmente. En 2011, près de 41 % des 85 ans et plus consacraient plus de 30 % de leur revenu au loyer, comparativement à 22 % chez les 65 à 74 ans (MFA, 2012). Chez les femmes soutien de ménage privé, on compte une majorité de locataires et ce, dès 55 ans (MFA, 2012), leur revenu total moyen étant aussi significativement moins élevé. Ainsi, il est essentiel de maintenir plusieurs options de logements abordables destinés aux personnes âgées en perte d’autonomie désirant se reloger.

Un portrait complet des facteurs influençant les choix résidentiels des personnes âgées en perte d’autonomie permettrait de mieux planifier la vague de vieillissement de la population au Québec, générée notamment par les cohortes de baby-boomers. Un inventaire des dimensions matérielles, sociales, économiques et psychologiques associées à la décision de se reloger ou non permettrait de mieux comprendre la complexité de ce processus, dans un esprit de partage des connaissances

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entre disciplines. Au-delà du processus décisionnel, comment le déménagement éventuel est-il vécu? Comment s’opère la reconstruction d’une relation au « chez-soi » dans le nouveau logement ? Ce regard sur l’expérience de se reloger ainsi que sur les dimensions psychoaffectives de l’adaptation suivant le relogement est tout aussi important pour cibler des éléments favorisant l’adaptation et le mieux-être de ces aînés.

Les alternatives résidentielles pour reloger les aînés en perte d’autonomie

Au Québec, les personnes âgées peuvent se diriger vers différents types d’habitation selon leur moyen financier, leur état de santé et la disponibilité de l’offre. Cela dit, les restrictions financières ont un impact considérable sur l’éventail de choix offert. Une attention particulière devrait être portée aux choix et aux options résidentiels des personnes âgées à faible revenu, principalement les ressources résidentielles subventionnées et les ressources publiques, mais aussi, dans certains cas, des résidences pour personnes âgées du secteur privé.

Les résidences privées pour personnes âgées

Le Québec a été identifié comme la province où le plus d’aînés se dirigent vers les résidences pour personnes âgées à la suite d’un déménagement (SCHL, 2009). Ces dernières relèvent du secteur privé, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas subventionnées par le système de santé. À l’échelle provinciale, en date de 2015, on comptait près de 75 000 places en résidence pour personnes âgées. En 2017, l’augmentation est remarquable; le Québec compte 1837 résidences privées pour personnes âgées soit 121 210 unités disponibles (JLR, 2017). Parmi les personnes âgées en résidence privée, 87% sont âgées de 75 ns et plus (JLR, 2017). Le loyer standard6 mensuel moyen est de 1601 $ (SCHL, 2015). Si le loyer inclut une heure et demie de soins par jour, ce montant augmente à près de 2 881$ mensuellement. Ces résidences sont définies comme des immeubles destinés aux 65 ans et plus qui offrent au moins deux des services suivants: service de repas, service d’assistance personnelle, soins infirmiers, service d’aide-domestique, service de sécurité, service de loisirs. On distingue les résidences privées pour aînés autonomes de celles pour aînés semi-autonomes qui doivent offrir, en plus des deux services de base, le service d’assistance personnelle ou le service infirmier (Gouvernement du Québec, 2015). Plusieurs personnes âgées en

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perte d’autonomie se tourneraient vers cette option due au manque de services publics offerts et aux difficultés d’admission en centres d’hébergement publics (Bigonnesse et al. 2011). Cependant, cette option est accessible aux mieux nantis et demeure une source de mécontentement comme en témoignent les médias (Bigonnesse et al., 2011).

Les logements sociaux et communautaires

Bien que la résidence privée pour personnes âgées soit l’alternative résidentielle la plus connue pour les aînés en perte d’autonomie, il ne s’agit pas de la seule possibilité offerte sur le marché locatif. Les logements sociaux et communautaires tels les habitations à loyer modique (HLM), les coopératives d’habitation ou encore, les OBNL7 d’habitation sont des options intéressantes pour les personnes aux revenus plus limités. Ces dernières représentent près de 10 % du marché locatif du Québec (Ducharme, 2014). La conception architecturale et les constructions de ces types de logements est financée en partie par des programmes spécifiques de subvention de la Société d’habitation du Québec (SHQ) et de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), en partie par les municipalités et des organismes parraineurs en ce qui concerne les Coops et les OBNL (Fédération des coopératives d'habitation de Québec, 2016). Le programme AccèsLogis, administré par la SHQ, est le plus sollicité8. En date du 31 mars 2013, la SHQ comptabilisait 24 602 logements financés en partie par ce programme.

Les immeubles HLM hébergent généralement des personnes à faibles revenus. En 2013, c’est 73 938 ménages du Québec qui pouvait compter sur ce type d’habitation. Le loyer est établi à 25% des revenus du ménage. Ils se distinguent des formules coopératives ou OBNL par le fait que l’état en est propriétaire. Un peu plus de la moitié des 61 000 logements est destinée à une clientèle âgée de plus de 55 ans ; 85% d’entre eux comptent une seule chambre (RQOH, 2007). Ainsi, les personnes âgées représentent 42% de l’ensemble des ménages en HLM, tous types confondus, soit 35 563 ménages en 2013 (SHQ, 2013). La majorité de ces ménages sont constitués de femmes seules (Leduc, 2010) et l’aide de l’état représente la majeure partie du revenu de 87% d’entre eux. Le temps moyen d’occupation d’un HLM pour une personne âgée varie de 9 à 25 ans (RQOH, 2007).

7 Organisme à but non lucratif.

8 Il consiste en une aide financière qui encourage la réalisation de logements sociaux et communautaires pour les personnes avec de faibles revenus ou encore nécessitant des besoins spéciaux

(http://www.habitation.gouv.qc.ca/espacepartenaires/groupes_de_ressources_techniques/tous_les_programmes/program mes/acceslogis_quebec/developpement_dun_projet/presentation_dacceslogis.html

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En date de 2014, le Québec compte 1300 coopératives d’habitation9 pour un total de 30 000 logements (Confédération québécoise des coopératives d'habitation, 2014). Les membres de ces coopératives doivent collectivement veiller à sa gestion et son entretien (CQCH, 2009). Entre 1987 et 2012, la proportion des résidants de 65 ans et plus habitant en coopérative d’habitation (tout type confondu) a littéralement doublé, atteignant les 28 %; ceux de 75 ans et plus constituent dorénavant 10 % d’entre eux (CQCH, 2013). Le vieillissement de la population a aussi été confirmé par l’augmentation entre 2001 et 2006 du nombre de coopérants dont le revenu provient d’une pension ou encore d’un régime de retraite (CQCH, 2013). Parmi les résidents à la retraite, près de 70 % sont des femmes. Près de la moitié (48 %) des résidents de 65 ans et plus habitent leur coopérative depuis plus de 20 ans. La crainte de ne plus être capable de contribuer à entretenir l’immeuble avec les autres coopérants provoque de l’anxiété chez les personnes âgées; elles ont peur de devoir déménager (CQCH, 2009).

Parmi l’ensemble des coopératives d’habitation, on compte quelques coopératives de solidarité en habitation pour aînés. Ces coopératives sont adaptées et construites spécialement pour servir les besoins d’une clientèle vieillissante. Sur les 37 coopératives de ce type dénombrées en 2013, seulement sept sont destinées à une clientèle âgée de 55 ans et plus (CQCH, 2013), pour un total de 359 logements. La clientèle de ce type de coopérative d’habitation est composée à 80 % de personnes âgées de 75 ans et plus, dont 30 % ont 85 ans et plus. Au total, 88% des membres résident seules; 65 % sont des femmes (Coté & Jacques, 2014). Ce type de coopérative peut compter sur la présence de membre travailleur et de membre de soutien permettant le partage des compétences entre les membres selon leur expertise et une réduire l’ampleur des tâches des aînés. Ce type de coopérative comprend généralement une cuisine collective ainsi que des espaces communs de socialisation. Son objectif est de maintenir la personne âgée dans son milieu le plus longtemps possible tout en offrant un environnement sécuritaire à des coûts abordables. En 2012, le loyer mensuel moyen d’un logement en coopérative de solidarité en habitation pour aînés variait entre 830$ et 930$ et 50 % des résidents bénéficiaient du supplément d’aide au logement offert par la SHQ10 (Coté & Jacques, 2014).

9 Incluant celles destinées aux personnes âgées

10 Le programme supplément au loyer aide des ménages à faible revenu. Il leur offre des logements à coût abordable dans des Coops et des OBNL d’habitation. Des critères sont établis afin de déterminer l’admissibilité, généralement le revenu du ménage. (SHQ, site internet)

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Les OBNL d’habitation sont des organismes communautaires privés à but non lucratif; plus souvent, leur gestion est assumée par des employés ou des bénévoles. Ces projets peuvent être financés par des programmes gouvernementaux. L’objectif11 est d’assurer une offre de logements abordables aux personnes à faible revenu. On en compte 885 au Québec, pour un total de 50 000 logements (Ducharme, 2014). Parmi ceux-ci, 46% sont destinés à une clientèle âgée et près de la moitié sont occupés par des personnes âgées de 75 ans et plus (RQOH, 2016), vivant le plus souvent seules. Les femmes âgées et la clientèle 75 ans et plus représentent respectivement 72 % et 36 % de la clientèle des OBNL au Québec (Ducharme & Dumais, 2008). Près du tiers des OBNL d’habitation offre des services à leurs résidents. Les services d’aide-domestique sont les plus nombreux (44 %), par exemple, l’entretien ménager ou encore l’aide à la préparation des repas. Ces services sont plus fréquemment présents en région rurale (53 %) comparativement aux grandes villes (23 %).

Dans le parc de logement que constituent les coopératives d’habitation et les OBNL d’habitation, des logements à prix modique subventionnés par l’état sont également offerts aux personnes âgées. Le loyer est alors établi à 25% des revenus comme dans un immeuble d’HLM. En 2013, ce sont 1788 ménages âgés qui bénéficiaient de cette formule (SHQ, 2013). Le programme de supplément au loyer12 est aussi disponible pour les coopératives d’habitation et OBNL. Agissant dans le même sens que les logements à loyer modique, il permet d’offrir des logements abordables en subventionnant une partie du loyer pour le limiter à 25% des revenus des ménages. La différence entre le loyer et ce pourcentage est versée directement au propriétaire par la SHQ. Ce sont 3319 unités qui ont été subventionnées dans l’ensemble du parc immobilier de coopérative d’habitation et d’OBNL, sans distinction de clientèle (SHQ, 2013). La gestion des suppléments au logement se fait alors par l’administration des habitations communautaires qui relève du domaine privé.

Les centres hospitaliers de soins de longue durée publics et conventionnés (CHSLD)

Le centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD) est une autre option résidentielle, la plupart du temps celle de dernier recours, pour les personnes âgées avec plusieurs incapacités ayant besoin de plus de trois heures de soins par jour. On en retrouve 211 au Québec (AQESSS, 2014). Ce sont

11https://rqoh.com/le-rqoh/#osbl

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124 de l’ensemble des CHSLD (ou 32 000 lits) qui sont publics, c’est-à-dire financés en totalité par le gouvernement, et 63 qui sont privés conventionnés (6 800 lits), c’est-à-dire gérés par des entreprises privées en partenariat avec le secteur public (AQESSS, 2014). Les CHSLD offrent des services d’assistance pharmaceutique, médicale ou en réadaptation. Les services offerts, les modalités d’admission et leur fonctionnement des CHSLD privés conventionnés ressemblent en tout point à ceux des CHSLD publics. En 2012, ce sont 37 424 personnes qui vivaient en CHSLD public ou privé conventionné ; 42% d’entre elles étaient âgées de 85 ans et plus (AQESSS, 2014). Les personnes admises en CHSLD seraient de plus en plus vieilles et présenteraient des pertes d’autonomie de plus en plus sévères. Pour obtenir une place en CHSLD, les personnes âgées doivent s’adresser au centre de santé et de services sociaux (CSSS) de leur région; le loyer est déterminé par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) (Gouvernement du Québec, 2015).

En bref

Plusieurs facteurs sont susceptibles d’influencer le choix de se reloger et le choix d’une option résidentielle en particulier. Si l’état de santé et les incapacités semblent jouer un rôle important, d’autres facteurs semblent jouer dans la décision de quitter ou non son domicile: l’influence de milieu bâti à l’échelle du domicile et du quartier, la relation affective au logis, la présence de réseaux sociaux ou encore, les parcours résidentiels. Une meilleure compréhension de la contribution de l’ensemble de ces facteurs dans la décision de se reloger des personnes âgées en perte d’autonomie est une étape importante pour mieux servir les besoins de cette clientèle, dans le contexte de la fragilisation d’un segment de cette population. Si nombreuses soient les études qui ciblent les propriétaires vieillissants quittant leur maison pour une copropriété ou une résidence locative privée pour personnes âgées, celles ciblant les personnes âgées dont les moyens financiers restreignent leurs options résidentielles sont beaucoup plus rares. Cette étude propose de poser un regard particulier sur l’expérience de relogement de locataires âgés dans des types d’habitats communautaires, soit les Coops et les OBNL d’habitation pour les aînés. Bien que plusieurs facteurs puissent être impliqués dans la décision de se reloger ou non, cette décision implique une certaine rupture avec la relation affective au domicile s’étant forgée sur plusieurs années et un processus de reconstruction de cette relation dans le nouveau logement. Cette étude propose d’examiner à la fois

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le processus décisionnel ayant mené à la décision de se reloger l’expérience du déménagement et le processus de reconstruction du chez-soi.

Les habitations communautaires constituent un cas intéressant pour étudier l’expérience de relogement et de reconstruction de la relation au chez-soi d’aînés en perte d’autonomie ayant des revenus limités. En effet, ce type d’habitation repose sur la solidarité et l’entraide, et les contacts sociaux y sont favorisés. En cela, contribue-t-il à recréer le sentiment d’être chez-soi à la suite du déménagement? Si oui, de quelle manière? Ces questions sont au cœur de ce mémoire.

Les prochains chapitres rapportent les résultats d’une enquête qualitative menée auprès de 14 personnes âgées de 70 à 93 ans vivant en habitation communautaire. Il traite des facteurs ayant influencé leur décision de déménager, leur expérience de relogement, ainsi que leur relation affective au nouveau logement. Cette recherche vise à mieux comprendre l’expérience de déménagement et d’établissement dans un nouveau logement de locataires fragilisés et possédant peu de moyens financiers.

Le mémoire est structuré en 4 chapitres. Le premier fait état des connaissances issues d’une recension systématique d’écrits sur les facteurs d’influence du relogement chez les aînés. Le second chapitre présente le cadre théorique et méthodologique de la recherche ainsi que le portrait des aînés de l’échantillon, de leur logement et voisinage. Le troisième chapitre rend compte de la variété des expériences de déménagement ainsi que des parcours résidentiels des aînés rencontrés. Le quatrième chapitre discute des significations affectives attachées au domicile et au quartier actuel et de la reconstruction du sentiment de chez-soi. Enfin, la conclusion revient sur les résultats les plus saillants de cette enquête et identifie des pistes de recherche et d’action autour de la question du relogement des aînés dans le grand âge.

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CHAPITRE 1

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Les facteurs d’influence de la décision de se reloger des aînés

Ce chapitre met en lumière les facteurs d’influence de la décision résidentielle de déménager ou non des personnes âgées en perte d’autonomie. Les facteurs ont été identifiés à partir d’une recension systématique des écrits réalisée entre février 2015 et mai 2016. Au total, 88 publications scientifiques abordant divers facteurs d’influence du choix résidentiel ont été recensées et leur contenu analysé en collaboration avec Noémie Roy (Dubé et al., 2017, à venir). La stratégie de recherche par mots-clefs incluait d’abord des termes de vocabulaires libres, comme « personnes âgées », « perte d’autonomie », « logement », « quartier » et « décision résidentielle ». À partir de ces termes, plusieurs descripteurs, définis à l’aide du Thésaurus et des index spécialisés, sont venus enrichir ces descripteurs. Trois bases de données ont été utilisées pour rejoindre les principales disciplines concernées : PubMed en biologie et médecine, AgeLine en gérontologie sociale, ERIC en science de l’éducation. Deux bases de données multidisciplinaires ont également été consultées : Taylor & Francis en sciences humaines et sociales incluant l’architecture, et Web of Sciences. Une première recherche a été réalisée sur ces bases de données à partir de février 2015 et révisée depuis. Des articles pertinents provenant d’expert14 ont également été inclus afin de compléter la recension et cumuler le plus de facteurs possible.

Les 88 études considérées pour l’analyse ont été réalisées en majorité aux États-Unis (n=49), mais aussi en Europe (n=18), au Canada (n=10), en Australie (n=9) et en Asie (n=2). Elles sont signées par 224 auteurs distincts, dont 55 % des sciences humaines et sociales, 30 % des sciences de la santé, et 6 % des disciplines de l’aménagement, de l’architecture et du design (9 % proviennent d’autres disciplines). Au total, 56 de ces études (63 %) s’appuient sur des devis quantitatifs et 28 sur des devis qualitatifs (32 %) ; seulement quatre études s’appuient sur des devis mixtes (5 %). Deux tiers des études analysent des données rapportées par les aînés lors d’entrevues semi-dirigées ou dans des questionnaires autoadministrés à réponses fermées. Ce sont 40 % des études qui font appel à des données objectives issues, pour la majorité, d’enquêtes nationales et, pour une minorité,

13 Ce chapitre a été rédigé conjointement avec Noémie Roy, en collaboration avec Carole Després. Il sera publié en 2017 dans Ennuyer B. & P. Dreyer (2017) Chez-soi et pratiques professionnelles. Acteurs de l’habitat et du domicile. Lyon, France : Éditions de la Chronique Sociale. La chercheur, Roxanne Dubé, est première auteure de ce chapitre. 14 Directeur de recherche, professeur titulaire et membres de groupes de recherche.

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d’outils de mesure standardisés évaluant la santé physique, le niveau de mobilité, les limitations physiques ou le cadre bâti ; une sur deux combine ces mesures avec des données rapportées par les aînés. La moitié des études cible des aînés de 65 et plus, dont six, plus spécifiquement, les 75 ans et plus. Deux sur dix y ajoutent les 50 à 64 ans, et une sur dix, des personnes de moins de 50 ans à des fins comparatives. La moitié des études portent sur des aînés ayant déménagé ou encore, contraste la situation avant et après le relogement (n=18) ; l’autre moitié cible des aînés qui n’ont pas encore pris leur décision. La moitié des études concernent des aînés s’étant relogés dans des résidences pour personnes âgées ou des centres de soins de longue durée, l’autre moitié, sur des aînés-propriétaires (n=21) ou locataires dans des immeubles non dédiés aux aînés (n=18). Malgré la diversité des devis de recherche, tous ont comme objectif principal d’éclairer le processus de décision résidentielle des aînés.

1.1 Les facteurs d’influence et la relation au chez-soi

Au total, 55 facteurs d’influence la décision de vieillir à domicile ou de déménager ont été inventoriés. Ces derniers ont été regroupés en catégories selon leur association à six dimensions spécifiques associées à la signification du chez-soi, telles qu’identifiées dans les travaux de Després et ses collègues (Després, 1991 ; Després et Lord, 2005 ; Lord, Ramadier et Després, 2011)15. Le métaconcept de chez-soi (home en anglais) aborde la relation des aînés à leur logement comme des transactions unissant les individus à un cadre matériel (mobilier, architecture, aménagement urbain), soutenant les activités quotidiennes et les relations humaines, et auxquelles sont attachées des significations individuelles et des représentations collectives (Clapham, 2011). Les dimensions de la relation au chez-soi sont d’ordre biologique, psychologique/psychosocial, social, matériel, spatiotemporel ou économique. La Figure 3 regroupe les différents facteurs d’influence associés à chacune de ces dimensions, accompagnés, entre parenthèses, du nombre d’études s’y rapportant. Les facteurs plus près du centre de la figure sont ceux les plus souvent étudiés ; ils constituent le noyau dur de la recherche. Ces catégories de facteurs sont discutées tour à tour dans les différentes sections qui suivent, certains facteurs étant illustrés de propos d’aînés tirés de l’enquête qualitative au centre de ce mémoire. La figure 4 à la fin de ce chapitre liste les références bibliographiques à

15 Cela dit, seulement six des études recensées font explicitement référence au concept de « chez-soi » et à un cadre théorique associé.

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Figure 3 : Distribution des 55 facteurs d’influence de la décision résidentielle identifiés dans les 88 études recensées, selon six catégories de dimensions de la relation au chez-soi

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ces études par ordre alphabétique de nom d’auteur. Les nombres entre parenthèses dans le texte qui suit permettent de les repérer dans cette liste.

1.1.1 Les dimensions biologiques influençant la relation au chez-soi

Certaines dimensions biologiques, abordées dans 85 % études recensées, contribuent à modifier la relation au chez-soi des aînés et influencent leur décision résidentielle. Celles le plus souvent étudiées réfèrent à des limitations fonctionnelles associées à des incapacités physiques16 et à l’état de santé général des aînés. Ceux ayant le plus de limitations seraient plus enclins à déménager (62, 65, 67, 84) et plus souvent dans des établissements de soins de longue durée (9, 87). L’état de santé général est aussi fréquemment associé à la décision de se reloger (4, 9, 27, 32, 34, 42, 47, 49,76). Sa détérioration chez l’aîné (63, 67, 84) ou son conjoint (7, 31, 47) est parmi les raisons plus souvent invoquées pour déménager ou envisager de déménager. Les limitations fonctionnelles restreindraient la capacité des aînés à prendre soin d’eux, affectant du coup leur autonomie (4, 60). L’occurrence d’une chute inciterait à se reloger dans les deux ans suivant l’incident (73), les risques de chutes étant principalement associés à un environnement physique inadéquat (78).

1.1.2 Les dimensions psychologiques et psychosociales de la relation au chez-soi

Les dimensions psychologiques et psychosociales de la relation au chez-soi regroupent les facteurs d’influence de la décision résidentielle associés aux sentiments que développent les individus envers leur logement et aux représentations qu’ils en ont. Elles sont abordées dans 63 % des études recensées, soit pratiquement toutes les enquêtes qualitatives et par le tiers des études quantitatives.

Le sentiment d’indépendance, associé à la capacité de réaliser soi-même ses activités quotidiennes (29, 47), est au cœur de la décision résidentielle des aînés. Pour demeurer indépendant et pour contrer leurs incapacités physiques, certains aînés modifient leurs routines (26, 45, 52), ont recours à leurs proches (29, 31, 36), ou encore à des services à domicile (23, 52, 72). Pour certains, l’adaptation du domicile devient une façon de conserver cette indépendance (17, 77). Le sentiment de sécurité influence aussi grandement la décision ou non de se reloger (4, 5, 7, 18, 77). En effet, un

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sentiment d’insécurité, principalement associé à la peur de se blesser, inciterait au déménagement (5, 45, 84). Au contraire, un milieu mieux adapté serait perçu comme sécuritaire (24, 84). Une étude suggère que le désir de rester le plus longtemps possible chez-soi est associé à la sécurité non seulement physique (subir ou causer des blessures ou des pertes), mais aussi psychologique (absence de peur ou d’anxiété) (7)17.

Le sentiment de contrôle qu’a l’aîné sur son environnement, ses activités et ses choix contribue aussi au maintien ou au développement d’une relation positive au chez-soi. L’interdiction ou la difficulté pour les aînés en immeuble locatif de modifier leur domicile inciterait à se diriger vers une résidence pour personnes âgées (29). À l’opposé, l’adaptation du logement, en permettant la poursuite des activités quotidiennes, renforcerait le sentiment de contrôle et favoriserait le maintien à domicile (77). Le sentiment de contrôle a aussi été associé à la possibilité de choisir ses activités quotidiennes (30, 33, 40, 44). Pouvoir se retirer dans son logement et être libre de ses actions est une dimension fondamentale de la relation au chez-soi (51). Certains aînés iraient même jusqu’à centraliser leurs avoirs et leurs activités quotidiennes dans une seule pièce du logis pour pouvoir conserver un certain contrôle sur leur quotidien (62). Ce sentiment de contrôle est également lié à l’implication des personnes âgées dans la décision de quitter son domicile ou d’y rester (3, 29, 33, 40, 51, 77), ainsi que dans le choix de ses menus, de ses activités et de son horaire une fois relogées (44). Être en contrôle de sa décision contribuerait à une perception plus positive du déménagement et faciliterait l’adaptation dans le nouveau domicile (2, 5, 11, 40, 41, 45, 84).

Le sentiment d’intimité que procure un logement est aussi étudié (6, 18, 20, 22, 29, 37, 44, 45, 58). Le logis fait office d’enveloppe protectrice permettant de contrôler la relation aux autres. Le manque d’intimité dans les résidences pour aînés serait l’un des principaux facteurs poussant les personnes âgées à éviter ce choix malgré une perte d’indépendance (18). Celles y déménageant tenteraient d’aménager leur logement de manière de maximiser leur intimité (18). Enfin, le confort physique et psychologique18 a été identifié comme un facteur influençant la décision résidentielle des aînés. Ces études traitent en majorité du confort psychologique des aînés en s’appuyant sur les perceptions

17 En anglais, les notions de safety et de security réfèrent respectivement à ces deux aspects de la sécurité en français. 18 Le confort physique se mesure sur la base d’indicateurs objectifs, notamment à travers l’évaluation de l’ergonomie des lieux, du mobilier et de l’équipement, mais aussi de la qualité des ambiances thermiques, acoustique et visuelle. Le confort psychologique réfère plutôt à l’évaluation subjective de l’occupant d’un logis de son confort par rapport à sa situation spécifique.

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qu’ils rapportent (3, 30, 44, 45, 62) ; une seule mesure le confort physique objectivement, associant cette mesure au sentiment de bien-être des aînés (62).

Le domicile en tant que lieu identitaire est une dimension importante de la relation au chez-soi ; il est aussi associé à plusieurs facteurs influençant la décision de se reloger. Pour plusieurs aînés, vieillir à domicile signifie maintenir l’intégrité de leur identité (40, 77). Le désir de maintenir ses rôles familiaux, tel celui de parent ou de grands-parents, jouerait aussi dans la décision de se reloger (2, 5, 26, 52, 55, 67, 77). Plusieurs aînés craindraient en effet de ne plus être en mesure de remplir certains de ces rôles suite à un déménagement (55). À ce sujet, disposer de suffisamment d’espace pour accueillir les enfants et les petits-enfants y contribuerait et serait une considération qui pèserait lourd dans la décision finale (26). Aussi, la décision serait liée au désir de conserver des rôles sociaux valorisants comme celui d’être propriétaire (4, 53, 58), rôle qu’un déménagement dans une résidence pour aînés met en péril (5). La possibilité de personnaliser son logement avec des objets ayant une valeur biographique contribuerait aussi au développement et au maintien de l’identité (3, 20, 29, 45, 49, 77).

1.1.3 Les dimensions sociales de la relation au chez-soi

Plusieurs des facteurs qui influencent la décision de déménager des aînés sont associés à des dimensions sociales de la relation au chez-soi ; ils sont abordés dans 70 % des études recensées. La présence des enfants est couramment considérée, soit dans deux tiers de ces études. La proximité du lieu de résidence de ces derniers jouerait un rôle important dans le maintien à domicile (3,6, 14, 37, 38, 46, 48, 52, 58, 63, 65, 67, 70), mais aussi le relogement (1, 4, 22, 68, 69, 73, 88). Certaines études rapportent que les aînés qui déménagent choisissent majoritairement un logement à proximité de leurs enfants (73, 74, 75) ; d’autres à l’opposé suggèrent que certains seraient au contraire attirés vers des lieux offrant tous les services nécessaires afin de réduire les risques de dépendance à leurs proches (6, 11, 36, 40, 52). La présence des amis, examinée dans 30 études, est un autre facteur d’influence de la décision résidentielle. Quelques-unes rapportent l’implication de ces derniers dans la décision de déménager (2, 23, 49), d’autres le rôle de leur lieu de résidence dans le choix d’une nouvelle localisation (61, 73, 74, 75). Certaines enquêtes parlent plutôt du désir de développer de nouvelles amitiés en déménageant (24, 36, 46), ou du rôle de ces dernières dans la reconstruction du chez-soi suite à un déménagement (20, 44).

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Le chez-soi comme lieu d’aide et de soutien est abordé dans une étude sur quatre (n=23). C’est au sein du domicile que la famille et les proches apportent l’aide informelle nécessaire au bien-être des aînés (43, 67). L’absence d’aide inciterait à déménager (43, 69,72, 88) et sa présence, à vieillir chez-soi (64, 87). La perte du conjoint, souvent la première source d’aide, peut mener au déménagement (14, 48, 49, 69). En effet, une forte proportion des aînés s’étant relogés dans certaines études sont veufs (8, 38, 63). Cela dit, une personne âgée n’ayant pas déménagé au moment de la perte de son conjoint aurait moins tendance à le faire dans le futur (1). Malgré tout, après l’âge de 75 ans, les aînés qui déménagent seraient la plupart du temps des femmes veuves qui prennent leur décision avec l’aide de leur entourage (65).

Le domicile comme centre des activités sociales a été considéré dans presque une étude sur cinq (n=19). La possibilité de faire des activités sociales interviendrait dans le choix résidentiel (4, 6, 20, 23, 44, 51, 61, 64). Pour certaines personnes âgées, maintenir des relations sociales serait plus important que le confort, l’accessibilité ou la fonctionnalité du domicile (77) et la peur de couper ces ponts dissuaderait certains de se reloger (18, 50, 73). À l’inverse, d’autres aînés choisiraient de déménager dans l’optique d’augmenter leurs relations sociales, d’être moins isolés (4, 23, 39). La relation aux voisins et la proximité géographique de frères ou de sœurs sont aussi des dimensions sociales qui ont été associées au choix résidentiel des aînés.

1.1.4 Les dimensions matérielles de la relation au chez-soi

De nombreuses dimensions matérielles du domicile influencent la relation au chez-soi ; elles sont abordées dans 80 % des études recensées. L’un des facteurs d’influence les plus souvent considérés est la localisation géographique du domicile. Une localisation adéquate favorise le maintien à domicile (7, 32, 35, 54, 66, 75), tandis qu’une localisation favorable pour le nouveau domicile incite à se reloger (2, 4, 18, 47, 84). Une localisation appropriée est surtout définie par rapport à la proximité des services (2, 3, 15, 58, 75, 79) qui contribuerait au sentiment de sécurité (4) et favoriserait l’indépendance (58), ainsi qu’à la proximité des enfants (1, 4, 22, 46, 68, 69, 73, 88).

La décision de se reloger passerait aussi par une réflexion sur le type de bâtiment d’habitation. Ce dernier influencerait le désir de vieillir sur place ou de déménager dans des lieux spécifiques (1, 3,

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8-9, 30, 80). Par exemple, avoir résidé dans une maison isolée augmenterait les chances de se reloger dans une propriété privée (30). La taille du logement exercerait aussi une influence (42, 60, 66). Certains aînés tendraient à se reloger dans plus petit (3,4, 22, 30, 32), la perception des responsabilités d’entretien y étant associée. À l’inverse, les locataires comme les propriétaires disposant de suffisamment d’espace seraient plus enclins à ne pas déménager (1). Le nombre d’étages du domicile n’a pas été identifié comme une influence significative dans ce choix. Les difficultés liées au fait de monter des escaliers amèneraient plutôt certains aînés à condamner l’étage supérieur de leur maison et à se cantonner au rez-de-chaussée (31). En se relogeant dans un immeuble collectif, les aînés favoriseraient l’accès à un ascenseur (1, 59, 79) ou encore privilégieraient un logement situé au rez-de-chaussée (31).

Le manque d’accessibilité du domicile, à l’intérieur comme à l’extérieur, serait l’une des causes principales du déménagement (65, 67, 70, 86). Un logement non adapté augmenterait les probabilités de se reloger (4, 29, 69), alors qu’un logement adapté serait favorable au maintien à domicile ou encore, un critère de choix pour le nouveau logement (5, 11, 51, 53, 55, 59, 77, 79, 84). Les problèmes d’accessibilité semblent inciter à se reloger dans une résidence spécialisée (30). Cela dit, si les barrières dans le logement restreignent la mobilité physique des personnes âgées (67), ce n’est pas leur nombre qui est décisif dans la décision de se reloger, mais l’importance de certaines d’entre elles (62). Par exemple, un escalier peut entraîner un risque de chutes plus grand chez les personnes âgées, avec un potentiel d’aggravation de leur condition de santé (24).

1.1.5 Les dimensions spatiotemporelles de la relation au chez-soi.

Plusieurs dimensions spatiotemporelles contribuent à définir la relation au chez-soi et influencent la décision des personnes âgées de se reloger ou non. Elles sont abordées dans 74 % des études recensées. L’importance du nombre d’années dans le domicile resserrerait les liens entre l’aîné et son cadre de vie (1, 30-31, 52, 72). En cela, avoir vécu plusieurs années dans un même logis inciterait au maintien à domicile (1, 22, 50, 72, 80) et réduirait la tendance à se reloger (1). Ces résultats sont confirmés par trois études qualitatives (13, 30, 78) rapportant qu’à travers les années s’installent des routines quotidiennes et se développe un sentiment de familiarité et d’attachement (7, 13, 30) qui rend l’idée d’un déménagement plus difficile. Une étude auprès de 80 personnes âgées de 80 à 89 ans identifie l’attachement au logis et au voisinage comme la principale raison invoquée

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par ces derniers pour ne pas quitter leur domicile (52). Cet attachement serait plus aussi fort chez les personnes habitant des maisons isolées comparativement à des maisons de ville, des maisons mobiles ou des duplex (80). L’attachement aux biens personnels pèserait aussi lourd dans la décision résidentielle (20, 84), s’en départir étant une préoccupation importante pour les aînés (36) et une étape stressante lors d’un déménagement (23, 55). À un niveau beaucoup moins conscient, un milieu de vie familier agit comme un dispositif mnémonique soutenant la mémoire et les souvenirs y étant associés (3, 26, 44-45, 51, 77). Le passé ou la biographie résidentielle des aînés influencerait le choix résidentiel. Un aîné ayant vécu plusieurs déménagements serait plus enclin à se reloger (4, 12, 29, 63). De plus, les types de logements et les lieux antérieurs de résidence auraient une influence sur le choix final (24, 34, 78). Au même titre, avoir vécu longtemps dans un type d’habitation inciterait à déménager dans ce même type. Par exemple, un aîné ayant habité un immeuble locatif toute sa vie aurait tendance à se reloger dans ce type de logement (49). La biographie résidentielle influencerait le choix du logement en matière de type de domicile, de décoration et de l’utilisation qu’on en fait (3).

La mobilité quotidienne des aînés influence la relation au chez-soi. Aussi, les tâches associées à l’entretien du domicile, principalement pour les propriétaires, seraient perçues comme lourdes avec l’âge. Une telle perception inciterait à se reloger (4, 5, 25, 31, 42, 67, 79). Dans deux des études recensées, il s’agit de la principale raison pour déménager (22, 79), dans une autre, elles touchent 22 % des raisons invoquées pour se reloger (32). Les activités quotidiennes dans le logement renforceraient elles aussi le sentiment de familiarité associé au chez-soi. L’incapacité de les maintenir, principalement les routines associées à la préparation des repas ou aux déplacements, inciterait à déménager dans une résidence avec services (29). Les activités routinières dans le quartier soutiennent le développement d’un sentiment de familiarité avec ce dernier. Le désir de les maintenir inciterait certains aînés à déménager à l’intérieur de leur quartier, dans des lieux connus (42, 57), voire à quelques rues de leur ancien logement afin de continuer à fréquenter les mêmes personnes et les mêmes lieux (53, 42).

Vieillir chez soi, c’est aussi la possibilité pour les aînés de maintenir leurs activités à l’extérieur du logis. Cela passe par leur mobilité géographique et se traduit par leur capacité à se déplacer sur le territoire, le plus souvent par l’accès à une automobile et l’aptitude à conduire (56, 71). Lorsqu’un

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aîné renonce à son permis de conduire, volontairement ou non, il est confronté à sa dépendance aux autres pour se déplacer et à l’incontournable transformation de ses routines. Une enquête canadienne identifie la faculté de conduire comme l’un des seuls éléments liés à la santé ayant un impact sur la décision résidentielle (86). Au Québec, une étude longitudinale auprès de propriétaires de pavillons de banlieue montre que les automobilistes âgés ont plutôt tendance à modifier leurs habitudes de déplacements à partir de leur domicile que de se reloger pour se rapprocher des services (53). Le manque de transports adaptés et d’aménagements sécuritaires pour les piétons est aussi susceptible de limiter les sorties hors du domicile et de réduire le sentiment d’indépendance des aînés (3, 13, 28).

1.1.6 Les dimensions économiques de la relation au chez-soi

Certaines dimensions économiques influencent la relation au chez-soi. On les aborde dans 74 % des études recensées. Les revenus actuels et anticipés des aînés suite à un déménagement constituent le facteur d’influence du choix résidentiel le plus souvent considéré dans cette catégorie ; le statut d’occupation du domicile est le deuxième. Ce dernier a été associé à des choix résidentiels précis (4, 9, 16, 19, 21, 27, 42, 49, 63, 81, 85). Être propriétaire favoriserait davantage le maintien à domicile (1, 32, 49, 72-73, 76) ; à l’inverse, être locataire inciterait au déménagement (1, 3, 21, 27, 32, 49, 72-73, 76). Les coûts liés au domicile peuvent également avoir une influence sur le choix résidentiel (22, 36, 66). Des coûts élevés associés à la propriété, tels que les taxes et les coûts d’usage, pousseraient les aînés à se reloger (66). Si le déménagement est associé à des coûts plus importants pour les propriétaires (22, 65), le retour sur l’investissement lors de la vente d’une propriété peut aussi inciter à se reloger, donnant aux aînés les moyens financiers de déménager et de choisir (19, 80, 81, 82). Une haute équité domiciliaire favoriserait le maintien à domicile de certains aînés (66), ou un relogement en conservant le statut de propriétaire (83). Selon une étude, un locataire payant un loyer stable depuis plusieurs années aurait moins tendance à vouloir déménager (1). Finalement, les coûts mensuels élevés associés aux résidences privées pour personnes âgées seraient un facteur dissuasif pour plusieurs (18). Cela dit, les aînés auraient davantage tendance à vouloir se diriger vers des résidences pour aînés plus modestes que luxueuses (10).

Figure

Figure 1 : Proportion de la population âgée de 60 ans ou plus, par pays 2015 2
Figure 7 : Theoretical model of antecedents and sequelae of living arrangements in late life  (Hays, 2002: 139)
Figure 9 : Intégration des modèles théoriques rendant compte de l’expérience de  relocalisation résidentielle chez les personnes âgées en perte d’autonomie
Figure 11 : Codification du verbatim à partir des sections du schéma d’entretien et des  catégories de dimensions des significations associées au sentiment de chez-soi
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