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Intensification de l’agriculture et environnement
Pierre Rainelli
To cite this version:
Pierre Rainelli. Intensification de l’agriculture et environnement. Colloque Production alimentaire et environnement, Association pour la Promotion Industrie Agriculture (APRIA). FRA., Dec 1990, Paris, France. 13 p. �hal-01518566�
n/JUUO
MINISTERE DE L'AGRICULTURE l N R A
Station d'Economie et Soc101ogie Rurales
65, Rue de Saint-Brieuc 35042 RENNES CEDEX
LN. RA • RENNES
1
3 DEC,
19~
ECONOMIE RUR,\LE BIBLIOTHEQUE
-P. RAIRKLLI, Directeur de Recherche
INRA Econom1e Rennes
Novembre 1990
REStnlE
Les effets de l'1ntens1ficat10n agr1cole sur l'environnement ne
peuvent être suppr1més par un changement radical des systèmes de
production. En l'état actuel, seuls des aménagements sont possibles. Les
changements sont facilités par le fa1t qu'il y a des inefficacités dans les comb1naisons product1ves. Ainsi les éleveurs hors-sol achètent plus que de
beso1n des engra1s minéraux alors qu'ils ont des excès de lisier. Les
céréa11culteurs pourraient en visant des rendements moins élevés, employer
moins d'intrants et gagner au m01ns autant. A travers ces deux exemples on
montre qu'il est possible de conc11ier une agriculture productive et m01ns polluante.
Marqués par la pénurie alimentaire consécutive à la seconde guerre mondiale, les pays européens ont développé leur capacité de production agricole en recourant à l'intensification. Leurs efforts ont été couronnés de succès, un peu trop peut-être aujourd'hui. Ainsi, au cours des deux dernières décennies le rythme de production de l' agricul ture de la CEE a crü deux fois plus vite que celui de la demande. Au moment oü se pose le prohlème des excédents, et où simultanément les préoccupations environnementales occupent le devant de la scène, nombre de personnes s'interrogent sur les relations entre intensification et environnement, et sur les possibilités de modifier cet état de choses.
1. L'IRTEMSIFICATION ET SES CONSEQUENCES
L'intensification du processus productif trouve son origine dans les modifications des rapports de prix des facteurs de production. Ces évolutions conduisent à la substitution du capital et des consommations intermédiaires au travail. Par rapport à la terre i l y a aussi une baisse du prix relatif des consommations intermédiaires et du capital, Bonnieux, 1986. Ceci se traduit par l'application d'un plus grand volume d'intrants d'origine industrielle au foncier.
Les effets de ces phénomènes sont assez connus. On les rappellera en les regroupant sous deux rubriques, la modification des systèmes de production, les conséquences sur l'environnement, avant de conclure sur la difficulté de revenir en arrière.
11. La modification des systèmes de production
Dans ce domaine, c'est l'intensification sous forme de substitution du capital et des consommations intermédiaires au travail qui joue le rôle majeur. C'est elle qui conduit les grandes exploitations aux marges du Bassin Parisien à se spécialiser dans les productions céréalières, et les peti tes exploitations de polyculture-élevage à se centrer sur l'élevage hors-sol, ou le lait, quand elles le peuvent.
Cette spécialisation que l'on connaissait déjà dans le passé avec les cultures légumières ou la vigne s'est développée. Mais cette dissociation entre culture é.l.e..vage s'est doublée d'une dissoclati on " géograPhiqJ.Le avec des
s~alisations régionales de plus en plus marquées. On trouve
ainsi tro1S gr an s pÔles-,' les prodûctions aniinàTes à l'ouest (toute la Bretagne plus la Mayenne et la Manche), les grandes cultures dans le Bassin Parisien élargi, et les cultures permanentes dans la bordure méditerranéenne plus la Gironde.
pôle les Côtes-d'Armor où en 1987-88 environ 46 % de la
production est assuré par le hors-sol porcs-volailles. Pour le
2"
m.
pôle, l ' Eure-et-Loir a 60 % de son produi t venantuniquement des céréales. Pour le 3'me pôle, l ' Héraul t a 80 %
de son produit assuré par les vins. Cette tendance à la
monoproduction locale, autrefois limitée au vin dans le
Languedoc, tend à s'accroître, ce qui est à l'origine d'une
dégradation de l'environnement.
12. Les l'environnement
conséquences de l'intensification sur
des gaz
l'érosion et la pollution des sols et dans
salinisation, tous éléments qui diminuent
la terre et entraînent une baisse de
À la modification des systémes de production se superpose
une intensification due à l'accroissement des intrants
industriels par unité de terre. Ceci se traduit par un
ensemble de perturbations du milieu et d'incidences négatives
que l'on peut regrouper sous un ensemble de rubriques, cf.
OCDE, 1989, p. 14
les effets sur la santé de l 'homme des résidus des
pesticides et des engrais ainsi que de divers produits plus ou
moins nocifs utilisés par l ' agricul ture, et que l'on retrouve
dans les chaînes alimentaires ;
la diminution et le morcellement des biotopes utiles
pour la protection de la nature à la suite des remembrements
et de certaines méthodes de production ;
l'eutrophisation des eaux captives continentales ou
littorales cause d'un déclin de la qualité des ressources
aquatiques, de pertes de valeur récréative et d'augmentation
des coûts de traitement de l'eau;
la pollution atmosphérique avec la contribution
émissions d'ammoniac gazeux aux pluies acides, ou de
carbonique et du méthane à l'effet de serre;
- la dégradation de l'habitat des espèces sauvages et la
banalisation des paysages y compris avec la transformation du
bâti agricole ;
- le tassement,
certains pays leur
la productivité de
7
Mais l'exploitant qui prévoit un niveau d'intrants en
fonction du rendement qu'il espére atteindre n'est pas à
l'abri d'aléas climatiques tel le gel, la sécheresse ou des
pluies trop abondantes. Auquel cas, ses résultats sont bien
inférieurs à ceux attendus. Les utilisations d'engrais par les
cul tures étant fonction des rendements, une part non
négligeable des intrants va donc se retrouver dans le milieu.
Par ailleurs, selon la date à laquelle les engrais sont
épandus, s ' i l y a des pluies immédiatement après, une fraction
importante de l'azote est entraînée.
La course aux rendements élevés s'explique par une
recherche de l'optimum technique, sinon de la performance pour
la performance en visant les potentialités culturales. Le
raisonnement repose sur la maximisation du produit modulée par
la comparaison entre le coût induit par une unité
supplémentaire de facteur variable et le surcroît de valeur
ainsi obtenu.
Un tel raisonnement à la marge est valable mais seulement
dans des limites assez étroites. En effet, pour une plage de
production donnée, il convient d'utiliser un ensemble précis
de techniques concernant le choix de la variété, la
fertilisation, le type de traitement, le travail du sol. .. Si
on vise une autre plage de production, il convient d'adopter
ce que les agronomes appellent un autre itinéraire technique.
B où l'objectif de rendement est de 65 q/ha.
MEYl-lARD, 1989,
du blé d'hiver
a-t-il étudié deux
en suivant plusieurs itinéraires années des à ici situe se qui potentiel le vise J.. où on Ainsi techniques parcelles : - l'itinéraire 80 q/ha - l'itinéraire au de et les d'un
Dans le premier cas, on utilise plus d'azote (240 kg/ha
lieu de 195). Et comme il y a plus de risques de verse et
maladies, il faut utiliser un régulateur de croissance
pratiquer deux traitements fongicides de plus. Au total
coûts variables supplémentaires de A sont supérieurs
tiers à ceux de B.
En termes de marge brute un calcul aux prix de 1983
aboutit à des résultats économiques équivalents; Mais un
calcul aux prix de 1986 fai t ressortir l'intérêt de
l'itinéraire B. Compte tenu de l'évolution du rapport des prix
du blé et des facteurs variables, le décalage aujourd' hui n'a
pu que s'accroître.
La poursui te de l'optimum technique se tradui t par une
combinaison productive inefficace dans laquelle un recours
trop important aux engrais et aux produits de traitement est
source de pollution. Le passage à une combinaison plus
efficace et plus favorable à l'environnement, peut là aussi se
faire sans que le revenu agricole ait à en souffrir. Les
conseils pour une fertilisation raisonnée sont une voie, mais
on constate qu'il faut aller au-delà, en jouant sur l'ensemble
L'action pour réduire les inefficacités peut aussi passer par une augmentation du coût des facteurs variables polluants. Nombre d'auteurs estiment qu'une taxation des engrais doit être très importante sachant qu'un accroissement du prix de 10 % réduit l'utilisation de 2 à 3 % seulement. On a donc proposé des augmentations du prix de l'azote minéral de 75 à 150 % au Danemark par exemple.
Or ce faible impact du prix sur les quantités employées repose sur des résultats à court terme. Si on raisonne à long terme, avec adaptation du travail familial et de la terre, de façon à avoir la meilleure combinaison productive possible, deux éléments se manifestent.
D'une part, l'effet prix est à peu près trois fois plus important. D'autre part, i l se produit une substitution entre la terre et les engrais. Les deux effets se combinant une hausse de prix de l'azote de 10 % conduit à une diminution de la dose par hectare de 16,6 %, VERMERSCH, 1989.
Ce phénomène d'inefficacité n'est pas propre au blé d'hiver. Dans le cas de la betterave sucrière, i l a été montré, Echo des Nitrates 1986 nO 22, que trop d'azote stimulait la croissance foliaire au détriment du sucre dans la racine. hinsi a-t-on pu dans le Haut-Rhin diminuer entre 1972-75 et 1980-84 les apports d'azote de 30 %, alors que le rendement en sucre augmentait de 16 %. Mais on a à faire ici à
un cas limite où la réduction des inefficacités n'a nul besoin de stimulant.
Des études économétriques conduites aux Etats-Unis, dans le Corn Belt, aboutissent au même type de conclusion, Nehring et Somwaru, 1990. La plus grande efficacité productive chez les producteurs de maïs et de soja se trouve plutôt chez ceux qui utilisent peu de phytosanitaires et d'engrais. Leurs revenus sont meilleurs que ceux des exploitants ayant les plus hauts niveaux d' intrants. Ces derniers n'ont pas toujours un comportement rationnel du point de vue économique, en ce sens qu'ils cherchent à maximiser leurs rendements plutôt que leur profit. Une meilleure utilisation des engrais et des produits de traitement pourrait donc dans leur cas conduire à une moindre pollution tout en leur procurant de meilleurs revenus. Les auteurs concluent aussi que des taxes sur les intrants en question permettraient des changements de comportement positifs.
CONCLUSION
Les systèmes intensifs s'accompagnant de combinaisons productives plus ou moins inefficaces, i l apparaît aisé dans un premier temps d'avoir une agriculture moins polluante. Il suffit de réduire ces inefficacités par la formation et le conseil, ou en jouant sur les rapports de prix. C'est là que le principe pollueur-payeur peut se révéler un instrument utile car outre son rôle d'optimisation sociale, i l peut
2. Production et proportion optimale des facteurs
11
(du blé) à
et X2 (du
Soit une exploitation produisant
l'aide des facteurs de production x,
travail). On peut écrire
y = f (XI, X2)
la denrée y
(de la terre)
Cette fonction de production permet d'établir le niveau
maximal de production de blé techniquement réalisable à l'aide
de ces deux intrants. si on suppose les rendements d'échelle
constants, on peut écrire
1
=
f(x,/y , X2/y)Ceci permet de construire l'isoquante unitaire U (figure 1)
qui exprime toutes les combinaisons possibles de terre et de
travail qui permettent de produire une uni té de blé de la
manière technique la plus efficace possible. C'est la
frontière des possibilités de production.
FJ.gure 1. LJ R "-...
o
s
"-(,
C2 ;> X1 /7 c., Traçons les les différentes achetées pour undroi tes d' isocoOt Co C, et C2
combinaisons de facteurs quJ.
montant total donné.
qui indiquent
peuvent être
On voit d'abord que le niveau de coOt Co est impossible
car on ne peut pas physiquement produire une unité de blé avec
une combinaison quelconque de terre et de travail disponibles
avec ce montant là. On ne peut produire au mieux qu'avec les
combinaisons d'in tran ts correspondant aux points R, B et S.
Pour les points R et S l'unité de blé est produite au coOt C2
supérieur à C,. On a donc intérêt à utiliser la combinaison
productive fixée en B où l'isoquante U est tangente à
l'isocoOt. C'est le pOJ.nt où il y a égalisation entre le taux
marginal de substitution technique et le rapport du prix des
facteurs (rayon OB)
Ainsi on produit proportion faible.
au point B on a la situation idéale où techniquement
dans les meilleures conditions possibles et avec la
Partant de la figure 1, on peut concevoir plusieurs
situations où l'efficacité est mise en défaut. La plus simple
concerne les exploitations du type D qui sont dans le
prolongement du rayon OB. Le rapport des facteurs de
production est dans la bonne proportion, mais on est en-deça
de l'isoquante unitaire. Pour le rapport des prix, ou
efficacité allocative, l'agriculteur est performant
toutefois, au plan technique il n'est pas bon. On a donc ici
une simple inefficacité technique.
Dans le cas de l ' agricul teur A (figure 2), il Y a cumul
d'inefficacité technique (on est en-deçà de U) et
d' inefficaci té dans l'utilisation de la proportion des
facteurs (inefficacité allocative).
Figure 2.
u
\
\ • Ç) 1~/R
IL- =._-..,..> X1/Y oLa première s'apprécie par le rapport OQ/OA. La seconde par OR/OQ.
L'inefficacité totale est OR =
OA
(QSi x OR)
OA OQ
Quant on ramène l'exploitation A en Q on élimine
l ' inefficaci té technique et le cOût de production diminue de
(1-0Q/OA). Lorsqu'on passe de la posi tion Q à la posi tion B,
on élimine l'inefficacité allocative et le coût de production
diminue de 1 - OR/OQ).
Notons qu'il peut y avoir une troisième sorte
d'inefficacité car on peut avoir l'efficacité technique et
allocative, mais avoir mal choisi le niveau de production.
Enfin, il convient de remarquer que l'hypothèse des
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