•
.
' The Dominican CrisisA Study In Decision-Making o' by
@
Franklin N. Thévenaz J".
\
" A thesis submitted ta the faculty of Graduate Studies and Research in partial fulfillment of the requirements for the'dëgre~ of Master of Arts.r
D~partment of_Economies and Po1itical Science McGil1 Universi~y Montreal, Québec' -, .- • _ 1,,,,, ~ _.J, __ .'! 14' - cu"zliceauaJ
JUU.""
'"
...
" \.. Février 1982(
(
(
1•
J
, , ~(.-
.. _- .. - _ ... _____ I!--_ ... __---
, AbstractApplying a model of crisis behavior developed by Michael Brecher, this thesis proposes a study of American tleeision-making during the Dominican crisis of 1965,
A review of the current scnolarship on crisis in genersl is presented in Chapter 1. The system~c and decision-making levels of analysis are contrasted, and the concept of crisis 'is defined, The methodology is
,
~presented and the Brecher mode1 is explained. Cha~ter 2 presents a setting
, t - :
of the lln<llyfl"ll1, hl which fOllr major elements having an impact on" the crisis are introduced: a-summary of American foreign policy in Latin America at the time of the crisis;
j" ,
an " attitudinal prisrfi" of -the f"ur major' de,cision-makers; ~n \ analysis of the sources of information available to U.S. decision-makers, and finally the importance on decision-making of a potential milital'Y option, Chapter 3 divides the qrisis into three periods, , :> mal'ked by rising, peak and declining stress phases, Each presents a
chronology of the'decisions made, a brief outline of the p~rception and psychologicel image of the decision-makers, and a reconstruction of the
j J " . . / d
decision flow, Chaptel' 4/discuS"ses the impact of s,~ress on "the proses,ses and mechanisms through which decision-makers cope with crisis and on their ,~ ) choices', 0 Chaptel' 5 tests 14 hypotheses on crisis behavior which have been
1 __ "
developed by Brecher and other researchers, .,
If, ... " i • J,
.
'\-t
t , 1(
.,
,;:;.11'_":-:!:-;-'--:-::::-=---.~'-
ct---:-
-:.-::::-y----, ~ --1r
1The fin ai chapter discusse's and assesses, first thf; behavior of American âecision-makers during the Dominican crisis, and finally
,
compares the results obtaine~ in the present analysis with those
,
generated in previous and similar studies.
\.
.--
JI ' 0.
,-, l . 1 1J
.---"
,!
1 "I-I
,
.
,
... , 1, / ft i' l ' " RésuméEn;/utilisaqt un modèle du comportement en élaboré par Midhael Brecher, cette thèse se
1
prise de déci~ion du gouvernement 'américain dur 1965. 1 1 " ' 1 -de crise _ se d'étudier la t la crise
~ynthèse
des études déjà publiées sur~'analYSe
des crises eft' gé él1alr
1
est présentée, dans le chapitre 1./ Les écoles de pensée 1
f (
.systé lque
, )
et de prise de décision sont comparées, et le conçept
1
de ct~ise est défini.
'"
La méthodologie est présentée et le modèle,
de Brecher expliqué. Le chapitre 2 présente quatre facteurs qui ont eu! une importance majeure sur la crise: ce sont, un sommaire de la p~li~îque,étrangère àmérica~ne vis-a-vis de l'Amérique Latine à l'époque de la crise; un portrait des tendance~ prismiques partagées par les quatre preneurs de décision .améric.aina les plus importants; une analyse'des so~rces d'information à'la disposition des preneurs de
1
décision, et finalement l'importance sur la prise de décision d'une option militaire potentielle. ~ Le chapitre 3 est divisé en trois
périod~s de 'crise' distinctes, chacune marquée par des phases différentes
du niveau de stress:. montée, apogée et dé~lin. Chaque période nous
.
présente une chronologie des déci~ipns pri~es, un bref aperçu de la perception et de l'image psychologique entretenues par les preneurs
de décision' les plus importants, et une reconstruction du débit de décision •
.1
/
'\ '"
(,;
..
"
Le chapitre 4 discute de l'impact du stress sur les processus et
m~canismes de dlcision en temps de crise, ainsi que sur les choix
retenus par les acteurs de la crise.o Le chapitre 5 se penche sur
la vérification d'une série de 14 hypothèses sur le comportement en période de crise, hypothèses ayant été dévelopées par Brecher ainsi que d'autres cherch~urs. Le de!nier chapitre porte un juge-ment sur le comportejuge-ment des preneurs~~e décision américains durant la crise dominicaine, et compare finalement les résultats obtenus dans la présente étude avec ceux générés lors d'études antérieures et similaires.
"
(i) Acknowledgement \ \
..
\\
l am particularly indebted to Professor Michael Brecher not only for his patient reading of this thesis, helpful \ , comments 'and clarifications, but especially for his unbounded
enthusiasm. l must also mention the Many refreshing aqd stimu-, lating discussions with fellow students in PoHtical Science
< , •
..
A Dieu, mon ~eilleur Ami.
\
(
-.--._-~--Dedication)
/
\
l ' m4o:;a,w"U44&MUtiiid l b " '.i
, 1(
",
(ii)
TABLE DES MATIERES
['.' ,
•
lntroduc tion_ Structure de l'essai Sou·rces consultées Chapitre 1\
Sommaire de la li~térature 'Méthodologie de t'analyse . . . • • • . . • . . . Chapitre 2Esquisse de la politique étràngère
amérilocaine en Amérique Latine . . . . .. 1 0 ' • • • , • l0 , • • •
_ 4 _ _ _ _ " . _ _ _ ' . . . " . . . . ; . . . 24!_.""Ali .. ç.~:!!"I,a.lJ''''I''''' , PAGE 1 5 7 23 29 / 1
•
Attitudinal prism . . . " . '" . .'. . . .•.. . .. . . .. . 35 Sources d'information . . . Option militaire ... " -. . . . La période de pré-crise 1 La période de crise Phase 1 Phase 2 Phase 3 • • • • • • , • • 10 10 • 10 . . . 10 10 • • • • . . . " . . . , . . . 10 • • 1 • 10 • .. 10 • • <1 10 • ~ • • 10 • 1 • • 10 • • 10 • • .. • • • • 10 .. • . . . . La péridde, de .post-crise . • . . . , . . • . . . • ----... 43 48 53 57 57 60 68 89 1 • ..!...._(
..(1
""j
\
(Hi) Chapitre 4Les effets du srfess sur la fac~ltê d s
preneurs de dêciSion de faire face il
r
situation... 93Concernant la cue\letted'information . . . : •••• 93 Sur les centres de consultations •••.•••••• " •••.••.•. 104 SUr les forums dêci~ionnels '.' '" , .: • • • • . . . '"" .. '. 1:09
, 1 " 111
Sur 1 ana yse des options.: . . . \
Chapi t re 5 Hypothèses
\
~
\
testees . . . '\ . . . ' . . . . \/
l:y~
f
1 - , /Concernant le traitement de l'information . . . d18 Concernant l ' aptitudè des preneurs d~-4éCision •••.•. /124 Concerna-nt l'activité de recherche, d ',valuation 1
et de choix. Le proce~sus de prise de décision .. ' •• '. 128
l,-! Chapitre 6 Et Conclusion
/
J u g e men t. • . . . • . . . III • • • , • • • • • • • • • • • • • +. • • . • • • • . .' • '.1. . . ..
1 31 1 Comparaisons . . . ' . . . . , . . . , . . . .. 137 BihliographieThéorie des Relat.ions Internationales . . . . • • • . • . . . • 139 Crise Dominicaine, . . . • . . . • . • . . · • • • . . . , . . . • • . 144
J
l. 1 1 •
-( '. / "(
"
1. ____ , __ • l)(iv)
DIAGRAMMES..
Modèle de Brecher sur le comportement en période de cn.se ... . Schéma du en période
.,
Chemiciement de'l'information de prg-crise .r
Schéma des communications durant la période de crise ... \- . . . .
,
.
\.
~ ~---- - ~ -.
-- --
-t&Xl L ttau.,.
..
PAGE 25,
49 92\
(i
1 • " ~."""--- ---',---INTRODUCTION.'
.
Daris cette' thèse, nous nous proposons d'étudier la crise Dominicaine de 1965 qu point de vue des décisions prises par les Etats-Unis. La question
•
fondamentale à que nous nous poserons sera la suivante:
,.
" What is the impact of changing stress, derived fr9m changes in perception of threat, time pressure, and the probability of war, on the processes and mechanisms through which decision-makers cope with crisis and on their choice,s?" (BreclTer 1979«' page 460)
<>
Dans le cadre de notre effort nous utiliseron~ le modèle d'analyse
fes,
\• (The International Crisis Behaviour Project) et nous nous concentrerpns sur la perception et le comportement d'un seul preneur de décision, soit le (, gouvèrnement des Etats-Unis. Trois hyp~thèses, qUl dirigent toute notre
analyse, seront acceptées:
---'
'\
\
" l ) every international crisis for a state cao be dissected
systematiêally through time' in te~ms of a foreign policy systell1;
2} there ~~universai categories ta classify relevant,data; 3)" comparable findings can be used to assess the utility of
a,model, as weIl as to generate and'test hypoth~ses about the crisis behavior of different types Qf states."
(Brecher 1979, pages .451-452) '2, .,) \
-Y p ~ -1-•
-.
r
, '.,.
Il
•
, \ ,0 rL ___ _
•
..
\ ..
,Cd
'a~tres
mots. natre arpra:he terapoppérie~ne ~
,:a'/6 ad"1etton, li existence d'un problèm.e, celui des ~rises et conqits èntre nat,ions,J
auquel nous 'proposons une soluti~n d'a~alyse par l'étude systématique
'i>
~
de ces c-onflits; ensuite, nous testerons les hypothèses que nous aurons
.
'
, t
déduites dé nos observations;.Hna1ement, nous tenterons, ~'€tab1ir la validité et l'apport d'une nouvelle grille d'analyse (Mag~e, page 56) .
,
Notre approche sera'donc empirique et behavioralist~,. urr~ approche qui nous paraît ?ffrir des
"
j~'
',-\
~
possibilities in understanding and in new insights and. ide?s-that the'classical inc lude" (Lieber, page 15). '
St'ruct,ure de l'analyse
the generation of approach may not
~~tre
analyse comptendra 6 chapitres, précédés d'une intro~uctioh, qui\
':,
tf
_
permettront au lecteur de se plonger
~
d , 'd ' f ' 1'\1 b • ,
progres~ivement dans notre étude afin
''',
Y 1 entl 1er. çs uts poursU1V1S,
'1")
Dans l'introduction, nous spécifierons·,.les buts recherchés dans notre analyse, la 'structure de notre effol't., ainsi quel l'es sources de documentation que
nous·utiliseron~.
Le 'premier chapitreconsister~
en-tn aperçu de la )• r", •
\
. "littérature portant sur l'analyse des crises, dans lequel sera pr~sent€ le modèle retenu pour 1 t lna1yse, soit le modèle ICB,
4 ,
'--' " "-) -2- S-'fil!---
' , .
-:::;--7---,,
/..
-•
=
" 1-
l
1 1 ". i 1 , , ""'f
1l
1
ri"~Il
"
• co
10 ~ .. ~" ___ ""'''''_"''''~ ... ~~~tbi4.'U,.,,'''
.
"-Le deuxième chapitre verra la pr{!sentation du "setti~g" de notre analyse, soit la mise en place d'un ce'rtain nombre ~'éléments et de .facte~rs 'ayant influencé le déroulement de la crise. Ces
..
~êments seront au nombre de quatre:1) sommaire de la politique américaine en Amériq~e-Latine au moment de la crise de 1965; l
(
3)
construction <l'un "attitudinal priS\ll" de la crise; ,
'"
des actèurs
amê1;iëain-~ -('~'_
analyse des sources d'information fournies aux preneur~ dedécis ion; ~'
".
,4) importance de la présence d'unè option militaire à disposition
-
des preneurs de déëision.r
--
\
Le
~~OiSièm,
chapitre consistera en la présentation du '1 decision f10w"de, la crise. Ce
~ çhapitre, - qui constituera la partie essentielle de
l'analyse - sera divisé en trois secti?ns, chacune représentant une période de' la ,crise; la période de pré-crise, la période de crise, et la période d-é' post-crise. Le détail du cheminement de la crise, tel que perçu par les
.
\pr~neurs de décision américains, sera ainsi disséqué., Nous pourrons ainsi identifier les dficlsions-clés de la crise, la perception de ceux qui prire~cisions, leur comportement ainsi que les buts recherchés le choix de telle ou telle alternative. Afin de rendre l'analyse plus
par 1
attrayante et rigoureuse, nous y incluerons les commentaires de deux journaux,
.
\
)
- journaux ayant des représentants à St-Domingue au mo~ent de la crise - ,
'; 1
soit le New York Times et Le Monde.
)
/
-3-'"
(
'j•
,
l ' 1, l ",,.
r 'Le quatrième chapitre' ~t4era " the effe.cts of stress on coping, ". et nous nous pencherons plus particpl1èrement sur les neuf questions de recherche qui seront présentées dans la section portant sur la méthodologie .
Le cinquième chapitre conpistera à tester une série de 14 hypothèses qui ont été générées lofs dl études prééédentes sur les crises', et nous
tenterons de percevoir comment elles se comportent dans le cadre de la crlse dominicaine. Ces hypothêses sont regroupées en 3 dimensions et, pour chaque dimension, nous pr,ésenterons ici 2 hypothèses afin que le lecteur puisse se rfamiliariser avec le genre et le type de questions posées:
A) Information Processlng:,
~
1) "The greater the crisis, the greatet the felt need for information l' (paige 1968, page 292).
2) Il The greater the crisis, tbe greater the propensity for decision makers to supplement information about the objective state of affairs with information drawn from their
own
past experien.ce" (Paig~ 1968, page 295 i Milburn 1972, page 274: H~lsti & George 1975, page7
B) Th~ performance of decision-making groups:
-1) "The longer the decision time, the greater the conflict within dedsional units" (Paige 1972, page 52: Lentner 1972, page 133),
2) "The longer the crisis, the greater the fel t need for-effective leadership within decisional unit~ "
(!aigè 1968;' page 289; 1972, page 52), -
"'--'-<--..-
--~--(
-.
~~~
c) The search-evaluation-choice (decision-making) process:
j
If
1) "During a crisis. the searc~
..
., ~ for alternatives occupies a substantial part of the decision-making time "(Robinson 1972, page 26). '
2) "The longer the decision dime (in a crisis), the greater the consultation with persons outside the core decisional unit" (Paige 1972, page 54).
Le dernier chapitre, la' conclusion, sera divisée en deux sections. Dans une premiêre section, nous porterons un jugement (assessment) sur le groupe décisionnel arnericain ay~nt opéré durant la crise, au vu des inform~tions
•
et des éléments que nous aurons pu établir dans l'analyse qui aura précédé. Dans une deuxième section, no~s comparerons finalement les résultats qbtenus
9
dans notre analyse de la crise dominicaine avec ceux obtenus dans des études' similaires.
Sources consultées
Toutes les sources d'information sur lesquelles nous avons pu nous
pe~her ont été utilisées. Notons princi p8»ement les mémoires des
partici-pants à la crise, les essais
histq~iques ~r
la Présidence de Johnson, les1
études sur la crise dominicaine elle-même, ainsi que les commentaires de~ journaux d'époque. \
\
-5-,- ,.
, ~~--~-~~---~--(
.,
1 " 1 ---~---...
_. ~ _~:~~UJ#AÇfI:.A41~4a4$zt~'A'~(.)
./Finalement, le ma'tériel publié sur
ï'
étude des crises en particulier et\
sur les relations internationales en général à été inclus dans la
bibli-'" " .
ographie. Un coup d'qeil sur cette dernièré renseignera d'ailleurs mieux ,le lecteur que tout autre commentaire.*
\
---,---*
Notons.c~pendant que certaines sources originales d'informationn'ont pu;~tre consultées car elles n'entrent pas, pour l'instant,
1
dans le dbmaine public: Nous pensons ici surtout aux minutes / des délibérations dù National Security Council, ou encore au sténogramme des discussions informelles qui ont pris place dans les diffé!ents centres décisionnels durant le déroulement de la crise. Nous pensons néanmoins qu~ les ~ources consultées et utilisées nous ont permis d'obtenir une information riche, variée et detaillee, et qu 1 elles nous ont 'fourni des d~nées suffisamment sûres (reliable) afin de tester ce~~aines hypothès~s sur lecdmportement décisionnel en période de crise.
-6-...
_.
----_._---_.
,
"
~---~---~-- - -
...
--" ---,--~,~-..,....,.~-~~..
'\
' Chapitre l,
Sommaire de la littérature sur l'étude des crises.
1
.-Les crises et conflits entre états sont aussi vieu~ que l'existènce
,.
d'entités territoriales souveraines. Déjà Platon au Sème siècle avant Jésus-Christ y faisait référence et en attribuait lw cause'~ 1'incapacité de la raison de l'homme de dominer sa passion. Simi1airement chez
~"é_.,
Saint-Augùstin, fa passion de l'homme semble toujours dominer sa raison.
Saint-~homas
d'Aquinq~ânt'
à luipostulai~
que l'ensemble~~~
conflits terrestres pourrait être évité gr~cc à un processus élevé d'éducation et de socialisation. Que les conflits en 'général, et ceux entre les'é~S
1
en particulier, aient fasciné maints penseurs n'es
l
donc pas surpre~t puisqu'à de multiples occasions, tout au long de l'histoire, ces derniers furent le lot quotidien d'énormes ensembles de population.Au XXème siècle cepèndant, cette étude des conflits s'est spécialisée
,
1
en plusievrs branches d'un m~me arbre, suivant en cela les divisions arbi-
...
',',
traires des domaines de la conraissance humaine: pour les psychologues, . un conflit est perçu comme une
mispe~cePtion
de l/enVironnement; pour les'•
• -.-P,
.
anthropologues, il s'agit plutôt d'une caractéristique culturelle fondamentale;
,.
pour les ~~ciologues, c'est dans la po~ition et le status social qu'il faut chercher l'origine des conflits; pour les économistes, ces derniers sont la
'.
résultante d'une analyse coûts/bénéfices, dans le but de maximiser certaines ressources ou/et opportunité~~
{
- 7-
.
,----~- ~- ~---
-( l ,
(
des géographes, des juristes, de's' moralistes,
\.
nous oublions. (Haas 1974, pp. 15 - 19) Les Icoles de pensée et pos-s.ibilités d'analyse sont donc aussi multiples,que diverses.
/
1
/ Au cours des dernières années, les politicologues, à ~a recherche
,/
d'une théorie générale des relations internationales, on~ concentr~ leurs"
.
.
efforts empiriques sur les éléments centraux de la branche, et plus parti~ culièrement sur les crises entre états, prolongements d:analyses effectuées sur les conflits en général:
if'
"Confliet is central to ail politics, especially international politics, and crises are confliet episodes par excellence. Lying as the y do at the nexus between p~ace and war, crises reveal most clearly and intensely the distinguishing character-istic of international politics and the logical starting point for theorizing about it." (Snyder
&
Diesing, page 3)Plus récemment ces efforts ont ét'é stimulés et enrichis par ,la pupliea-tion de l'essai théorique de Charles McClelland (1961) portant sur les diverses conceptions des crises entre états, ainsi que leur impact $ur -:la recherche dans le domaine des ;'crises. ,Critiquant l'approche traditionelle du .. Powe r Po l i tic, " (Mo r
~,;~
th>u 194 B) comme in,u f f i S r e t inadéqua te'pour l'étude des relations internationales, McClelland, - dans le cadre d'une
l .' 1
approche systémique -/proposait une grille cl ""analyse originale, (the"
inter-,
action" approach) ,éfin
.e
stimuler une recherche plus globale en relations internationales. -8-/l,
1 1 !1
1
"
(
)
(
)
L
Similairement en 1962, Jàme.s Robinson, - dans le cadre d'une analyse sur la prise de décision -"'énonçait une définition prometteuse
(~
ft. -r' '\
d'une ~.iJe internationale, ,comme situation décisionelle comprenant .3 compqsantes ~\b
Il, 1 'd entl lcatlon · f , t . -J: U.I:--t h e orlgln . . 0 f t e event - w et er h h h
e~ternal or internaI for the decision makers; oœ.
P, -: ' 2) the decision time availllble for response - whether
3)
short, intermediate,. or long; ,
the relative importance of the values at stake to the 'participants - whether hiBh or low I l
(Robinson 1968, page 511). ~.~.
Elaborant sur l'effort initial de Robinson, ainsi que sur, un
"
article subséquent (Robinson & Snyder 1966), Charles Hermann proposa -en 1969 d'étudier le phénom~ne des crises en tant que "situationsl
,
variable" dans c~ contexte, une crise est conçue comme une ,variable
'Y
dépendante ayant une influence sur le comportement ainsi que la prise de décision en période de crise.
\
(
",:'':11'
"'k~ _ _ ,,_._-~_""'''''''''~''''''Pt'''"''''44~''='''.'''~'''' ... " . . --.
Ces deux approches, - celle ,de ~cClelland et celle de Robinson,Hermann -constituent en fait ~a baseode toute la recherche subséquente portant sur
le- phénomène des crises'. De l'analyse de McClelland a émergé ainsi une première é~ole de pensée, "the Pif,tem approach" , qui concoit la politique internationale co~~ un systeme global cohérent, comprenant ses membres, ses frontières et une stratification particulière dans la distribution des forces en prêscnce. Dans ce premier groupe de chercheurs, nous trouvons \ principalement McClelland lui-même, Oran Young, ainsi que Glen Snyder et
Paul Dicsing.
La deuxiame école de pensée, émergeant de l'ap~roche de Robinson et de Hermann, "the decision-making approach" , se concentre elle sur l'analyse des pressions spêcifiques auxquelles font face,les acteurs d'une crise en tant qu'individus, ainsi que sur leur perception passée et immédiate de leur environnement interne et externe; cette école de pensée adopte donc une micro-approche, partie intégrante et individuelle d'un environnement plus large.' Dans ce deuxiame groupe, nous pouvons inclure plus
'" .
sp~cialement Robinson, Hermann, Graham Allison, le groupe de recheich~ de 1'UniversitéStanfo~d, (Robert North, Ole Holsti, Richard Brody et Dina Zinnes) ainsi
que le groupe de recherche conjoint des UFliversités McGill et J~rusalem.
:,
(Michael Brecher, Janice Stein et Raymond Tanter) Attardons-nous maintenant
\
à la thèse principale de ces différents auteurs. 1
\.
-, ,
("
1\
pour
4V
McClelland, l'analyse la plus prometteuse du phénomène des crises· doit s'effectuer dans un contexte systémique. Définissant un système comme," a structure that is perceived by its observers to have elements in interaction or relationships and sorne identifiable boundaries that separate it from its environment "
(McClelland 1966, page 20~
McClelland perçoit une cr1se internationale non comme un ~lément par-) ,
ticu1ier, mais bien plutôt cqrnme,
" •.. a particular ~ind of al teration of the pattern of the interf10wing actions between conflîct parties ... a trans-ition from peace to war •.. A crisis refe~s bath ta a real prelude to war and an averted approach t'O war "
(McClelland 1972, pages 83 et 97).
+
r
1
DaUM'", !!~~' KlnliJ~
Dans le cadre de cette approche'systémique et à l'aide de son projet WEIS, (World Event Interaction Survey), McClelland a alors construit sa
maquette l' Threat Recognition and Analysis Project" , maquet.ti qui se D
~ concentre, a) sur des séquences internationales passées d'événementsl , interactions, et b) sur del configurations systémiques comme bases d!explication des i~teractions actuelles internationales. (McClelland 1968, pp. 159 - 186) Utilisant trois types de sautees,
"1) international event-flow indicatorsj 2) a current threat identification file; 3) a national commitments file,"
(Tanter 1979, page 344)
1 ,
McClelland espère, en comparant les datas obtenus en poi'nts 1) et 2), identifier clairement les zones de haute sensitiv'ité dans le système international; et être à même ainsi de prévoit 'le développement de crises futures.
Bien que l'approche. de' McClellnnd ait fortement contribué all
~
développement diune approche' scientifique de l'étude des crises," il nous semble cependant que ses hypothèses de base soient sujettes à ca~tion .
.
En effet, McClelland 8!'>S\lme que certaines interaction!'> cntre états à l'intérieur du systame se poursuivrbnt - continuellement - étant donné la présence de certaines conditions spécifiques à la situation actuelie ainsi qu'à" sa structure, En se 'concentrant ains i sur le passé précédent un conflit, McClelland ignore d'une part les conflits actuels qui se produisent sans histoire conflictuelle passé~, et d'autre part, assume -dans les interactions entre états ~ un répétitif quasi-mécanique qu'il est difficile d'accepter. Flnalement, en se concentrant unlquement sur • • 'It la ,structure du système et ses tendances, McClelland ignore complètement les processus de prise de décision en période de crise.
-12-"'
'''' ~ -~>,-,.., -" .. _-""--- --~. - il' ;-"
( 1
"
- -
---
..._--
---"' ...
Oran Young se situe éga1emènt dans une perspective syst~mique , puisqu'il ~crit:
" In this discussion significant attention wi 11 be paid to the insights of system theory." 0
(Young 1967, page 10) .'
\ \
, \
Adoptant une app,roche "normaliste" qu'il emprunte, à Karl Popper,
\
(Popper, pp. 26 - 34) Young définit une crise politi9u~ internationale comme,
"
\
" a proeess of interaction occurring at higher levels
of perceived intensity than the ordinafY flow of events and characterized by a sharp break from the ordinary flow of polities; shortness of duration; a rise in the perceived prospects that violence will break-out; and significant implications for the stabi1ity of sorne system or subs~stem (or pattern of relationships) in international politics.,11 (Young ]968, page 15)
Comme McClelland, Young conCQit' donc une crise interqationale conune. ( .1 If ,""
.-1
1
Q. 1J
IJne acc~lération ou une intensification du processus normal. des relations 1
entre acteurs dans le système ~nternational. w'--- • • - - - ; -'~ Sa préoccupat10n pr1nc~pale
.
semble être double: d'une part Young attache énormément d'importance ~ux différents problèmes concernant la ~abili~é du 'sysçeme international dans son ensemble (Young 1967, page 12); et d'autre part, il concentre son
\
) analyse sur les possibilités d'intervention de tlers-parti~ en tant qu'ac-teurs extérieurs pouvant solutionner la crise. (Young 1967, pp. 20 - 21).
- ' - -..
_
..--- --
-_
.._----_.
[ j 4 & 1 'i_~
•
(
Cependant, à l'opposé de McClelland, il Je semble pas periser que les crises puissent être prédites à l'avance puisqu'il écrit:
'l
" I t iSt of ,course, virtually impossible~to ahead of time concerning the outbreak and crises." (Young 1%7, page 13)
make predictions course of specifie
L'llpproche de Young souffre cep~pdant de trois lacunes majeures. Premiè~ement, son ani1lyse semble être construite sur du sahle puisque, - ct il l'avoue la~-mame,
" ..• there has been little agreement on the essential nature of the international system itself." (Young 1968, page 7)
Puisqu'il ne fournit pas lui-même la substa~ce de sa définition d'un système international, il n'6claire ainsi pas le )ecteur sur le sujet dont il traite. 'Deuxièmement, Young ne nous présente aucun modèle de crise comprenant
pro-positions, hypothèses et résultats initiaux. Finalement, les aspects
propre~ à la pris~de décision elle-même sont totalement passés sous silence.
Snyder et Diesing eux également approchent le phénomène des crises du point de vue systémique, et notent que,
" ... our synthesis i5 empirically focu5ed on the politico-strategie dimension of international politics, with states as the acting -units. 11 (~nyder & Diesing, page 22)
-1'4-r
" /, __ _ . . . oœ .. _;W"g,It_;:~I,(W. i # • •
_p_ ....
l~_ ... -~_··--·_--"";f .... ..,.À-rI'..
",(
---.---.Cependant, bien qu'ils reconÔâi~sent ne pas pouvoir être à m~me de présenter ," ••. a general theory of international politics ... " t
(Snyder ~.~Diesingt page 4) le but principal de leur effort consiste
,
.
en une tentative,
" ... to build bridges between three of these islands: systems theory, bargaining theory., _and decision-making-tbeory." (Snyder
&
Di~sing, page 22)'\ OHin'issant une crise internationale couune;.
"
a sequence Qf intéractions between the governments'of ,Je 'ttwo or more sovereign states in severe confl~ct, short "of' actual wart but involving ~he perception of a dangerou9l~~ high probability of war," (Snyder & Diesingn page-6)
~
-'>-ils.potent qpe l'élémentocentral de leur définition,consiste
~
,
en 'la\
"
" .• : perception of a dangerou~ly high prob~bJlity of war by the
govern-,
ments ,invoi ved. " Dans le modèle de crise qu'ils nous pV~sentent,
v
l' Intergovernnièntal bargaining and intf'agovernmental ~cision
making together constitute the basic dynamic proces8es ••• these processes are- constrained and conditioned ~ .•. the structure of the international system'~nd the strùcture and -general poliHcal make-up of the domestic systems involved."
(Snyder & Diesing, page 28) 'i~ r
"
: t ....
" , 1 ;
!
t
1
" (c .)
L.
,
/\ 1 • j }Cependant, l'analyse de Snyder
&
Diesing ~omporte urt nombre étoRnament élev~ de faiblesses. Premièrement, leur, modèle n'en est pas un mais bien plutôt - et seulement f_ une taxonomie de différents éléments inhérents à-1 une crise.
résultantes
Deuxièmement, -aucune reLation entre variabyés n'est postulée, et cette absence
emp~che ,~ut
predictives et effort de synthé-tisation de l'analyse.
'1
Troisièmement, leur modèle ignore l'environnement
,.
opérationnel a1nS1 que la pçrceptÎ'on des acteurs~. Finalement, la définition
des é~éments de l'analyse, ainsi que 'leur d~rec~ion et importance, ne sont
jamais cla,irement postulés.
Cette brève revue de l'approche systémique nOLIs a permis d'en'ïdenti-
.,.,
"
fier les éiéments positifs ainsi que les faiblesses fondamentales. ~'une . part cette. approche ignore les processus de prise de d'écision, et par le ,fait même l' élément hu~in inhéren~ à toute crise.
: '
-"~
En ce sens elle ignore totalement une grand partie" du '1 pain quotidien" de la po'litique, -til que la
~ulture
politique dans soneensemble, l'étude des'institutions etorgani-1
(
sations politiques, le rôle de certains facte~rs >éminemment domestiques,~
, /.
\
ainsi que lês variables i<l6ologiqlles.~ D',mt're,l),a.rt, les difficultés
, "l \. ...
D
m~thodologiques de l'approche empêchent une plus grande opérationalisation
des concepts util is~s, (Licher, pp: 140 - 143) si bien que, souvent forêt devient indiscernablC' au milieu de la myriade d' arpFes."
T \
.."C... -" 1'1
\,L .
CJ
1 1 ,1\
~J
Malgré la contribution ind~iable dé cette grille d'analyse, et étant
d~~
la présence d'étüdes parallèles se9oncentr~t
sur la prise de décision elle-même en période de crise, il nous apparaît judicieux lde ne pas accorder à cette approche systémique - du moins dans son état
,
actuel ~ plus d'intérêt qu'elle Re mérite rééllement.
La dfiuxième école de pensée~ - école qui nous parait beaucoup plus prometteuse tant au point de vue de l'~~alyse que des résultats obtenus
~
- s' intitule " the dec is ion-nlaking approach" et se con.centre sur 't'analyse des pressions spécifiques auxquelles font
.
fa~e les acteurs, ainsi que leur"
perception' pas,sée et immédiate de leur environnement interne et externe.
...
1
C,omparée à l'analyse systémique, cette école de pensée adopte donc un~ micro-analyse, partie intégrante et individuelle d'un environnement plus
large.
...
En
prolongeme~t
des recherches esquissées par Robinson, Hermann adopta également "the decïrion-making approach" et postula que l'élément centra~et essentiel de son analyse consistait en,
n •••
t:e~rocess
:Y
which décisions are made on questions of,policy. Also ba~ic.t~ this org~nizing framewo~k are the '"persans ho, as lndlvlduals or ln sorne ~ollectlve form,
con-stitute ~he authoritative decision makers. The decision makers behave according to their interpretation of the situation , . not according to its objective character ... " (Hermann 1912a,
page 12) ,
\~
l'
(
~, ~ '1;..
f
.
t l:En ce sens une' crise est perçue en tant que 11 si tuational var-iable" dont 1
Hermann nous propose la définttion suivante~
\
,. Specificallv, a crisis \is a situation -rha t 1) threatens
high-priori~ goals of he decision-making,unit,
2) restricts the amount of time available tOI' respo~se,
and 3) ,surprises the members of tohe' decis ion-~aking , unit by its occurcnce ... Underlying the proposed defini-tion is the hypothesis that if aIl three traits are present then the decision process will be substantially different than ~[ onfY one or two of the characteristics appear" (Hermann '~972a, page 13).
Graham Allison, - dans une étude sur 'la crise des missilès à Cuba-,uggêrait en 1971 que la
th~o-rjO
do ;.f",-
d, décision on politique internationale comprenait en f1
it trois modèles disti!1cts: a) " the1 (
rational policy model" qui postule que la prise de dficision est une activité fondamentalement rat ione lIe; b) "the Grgnnizational process model" qûi postule que la prise,de décision est la résultante de
pro-"
cédures fixes établies par les organisatio~s gouvernementales; c)" th&, bureaucratie politics model" qui nous suggère que la prise de décision est le résultat de compromis établis au sein,des centres décisionnels gouvernementaux. Dans un ar~icle subséquent, Allison et Morton Halperin élaboraient plus en détail un "bureaucratie politics model" , tendant à expliquer le comportement d'un gouvernment:
) j -18-lir)
1'1
, 1 1'"
\
Ir "(
) Î \\
Il What a government does in any particular instance can
be understood largely as a result of bargaining among players positroned hierarchicâlly'in the government. The bargaining follows regularized circuits. Both the bargaining and the results are importantly affected by "-a number of constr"-aints, in p"-articul"-ar, org"-aniz"-ation"-al processes and shared values Il (Allison & Halperin,
page 43)."
En ce sens, les acteurs en politique étrangère effectuent des cnoix, non sur la base d'une situation obj~ivemènt déterminée,
~
" ... but rather a'c'cording to various conceptions of national security,~Qrganizational,-domestic and, personal interests I I ' (Allison & Halperin, page 4;3).
Les deux auteurs nous proposent don, analyse sur le rôle et l'influence
des bureau~ates au sein' des machine go~vernementaJ.es, en tant que Il
filtres"-:,
de l'information. Cependant, en mettant l'accent sur le bureaucratisme, ils tendent ainsi à ignorer la~perception des acteurs,1ainsj que l'importance
1/
des acteurs seniors de la prise de décision, lè Président par example. De
/
plus, le modèle se concentre ~niquement sur le processus décisionnel aux Etats-Unis et son applicabil~té universelle n'a pas encore été testée.
\ Un autre groupé de chercheurs, Il. the Stanford Group" ,- comprenant
North, Hoisti, Brody et Zinncs - postule principalement que toute inter-1
action entre chefs de deux états peut s'expliquer par leur perception res-pective de l'un et de l'autre.
\ \ '-; -19-t, !'
1 •
(
.
'~,(
t .-•
.~Le groupe de Stanford étudie donc un processus d'interaction et deux élé~ ments sont fondamentaux dans son analyse: a) le rôle central occupé pa~ les ~ phénomènes de perception comme explication des comportements; et b) l'im-portance attachfie aux études psYShologiques associfies au développement de la connaissance. En se basant sut la définition initialem~nt'pr'sentée
par Hermann, Holsti définit une crIse comme,
"
aSit~
of lInanticipated and restricted dccision time,"threat to,'ïf'important values CHolsti 1972b, page 9)
durant laquelle l'impact et la pression du temps sont les éléments
essen-.
t irIs de l'analyse, éléments' générant eux-mêmes le stress. (Holsti 1972b;
..
,.
pagé 288)
En. utilisant "a two-step mediated stimulus-response (S-r : s-R) modef,"
, '
ce groupe de recherche démontre ainsi son intérêt pour une "learning approch"
..
d~ns ~aquelle le point de concentration de l'analyse parie sur les acteurs de ]a crise au rijveau individuel:
...
" National leaders are individuals ma~ing policy choices for their nations in a complex of highly articlilated group, 'organizational, socïetal, and inter-social systems. The
task of the behavioral scientist stt'ldying international politics is .to ,gain understanding of how these systems fit together and how they affect the choice behavior of individuals in leadership roles" (Hols~i, North & Brady, 1968 page 127).
, 1 •
-.---1
/
...,...
En se sens, l'approche adoptée par le groupe de Stanford est une tentative rigoureuse d'analyse scientifique: des'hypothèses sont présentées et testées, et la méthodolog~e utilisée est clairement identifiée. Cependant, ce modèle semble manquer de profondeur puisque certains stimuli extérieurs sont ignorés,
" a
alors que le rôle' des facteurs idéologiques est passé sous silence.
~,
Le dernier groupe de recherche dans lJécolê du "decision ~aking" que nous aborderons, est le groupe conjoint de McGill ct Jérusalem. Dans la perception d'un état, Brecher définit une,crise comme,
"
r ""'
/
/
a situation with three ne~essary and sufficient conditions, deriving from a change in its external or internaI envirotiment. AlI three conditions are perce~,iion,s held by the hJghest~level
decision'makers: \
1) a threat to basic values, with a simultaneous or subsequent
2) high probab~Jity of invol~ement in military hostilities, and the awareness of
3) fini te time for response to the external value threat " (Brecher 1980, page 't).
Dans cette perspective l'analyse de Brecnet, qu'il appelte 'lui-mime " qt_ructured empiricism" - se concentre sur le comportement d'un seul
.
"',
~ ~":i
acteur, (an action process) dans lequel il incorppre les éléments (inputs) 1
émanant d'autres acteurs et/ou du système international, ayant une influence
(J 1
sur l'état-acteur étudié.
,. ' -
....
<.
(
J
/
!
L'approche de Brecher postule donc une micro-analyse des 'crises, qui tient compte du comportement des autres atteurs du sydteme international, de l'environnement interne et externe des preneurs de décision, et qui analyse principalement,
Il . " how decision makers perce ive environmental change and
how they choose, in the context of escalating or deescalating perceptions of threat, time pressure, and probability of war "
(Brecher 1979, pnge 447).
Le modèie luirmême de Breçher est spécifié plus en détail
,
)
_ f
1
J
dans notre section portant sur la m~thodologie de notre analyse. Qu'il nOlis suffise de dire pour l'instant que' le modèle établi par Brecher possède les avantages
s~ivants sur les autres perspectives que nous avons brièvement présentées.
)
'I~'
Premièrement, le modèle TGB inclut toutes les dimensions ~entées dans d'autres analyses; il incorpore l'élément syst~miquc de McCl~nd et
;fI'''~
,--celbi bureaucratique de Allison, en nous fournissant une grille d'analyse dans laquelle chaque élément peut être repla~é dans sa perspect~ve,
Deuxièmement, le rôle de l'environnement contextuel (interne et externe), est intégré dans un modèle globat de comportement étatique (stress-choice-coping) dans le9ue1 des hypothèses sont postulées et testées. Aussi, le modèle de Brecher permet d'étendre l'analyse à divers types de puissances
.'
.
parti~ipant à des crises, ~etites, moyennes et grandes puissances.
Quatrième-ment il permet d'utiliser la forme comparative de recherche, facilitant ainsi une comparaison verticale et horizontale entre diverses crises.
-;:tv"'·'
.~~".
'1
\
Finalement, 1CB permit de gén~rer de nouvelles hypothèses et découvertes qui contribuent au développement d'une théorie globale du comportement des états en relation5 internationales.
1
Ayant terminé cette brève présentation de quelques approches extraites de la littérature portant sur l'analyse des crises entre états, et ayant décidé d'adopter le modèlc~ICB pour notre étude, concentrons-nous maintenant sur la méthodologie du projet de Brecher.
Méthodologie de ~'Analyse.
Le modèle .utilisé dans notre analyse ~era emprunté à celui élaboré dans le cadre du projet ICB. (Brecher 1979, pp. 446-80) La définition de crise :i,hternationa1e qui guide cette étude a été présentée précédemment. Dans le mod~le
Ici,'
la variable prédictive (the independent variable) estla perception d1une crise, telle que dérivée de l'im~ge de l'environ~
nement perçul·par. les preneurs de décision. Ces variables prédictives sont au nombre de trois: a) peur (threat);, b) pression du temps (time pressure); c) forte probabilité de guerre (h~gh probabi1ity of war.) La variable d'intervention (the intervening variable) est l'activité des preneurs de décision face à la crise, activité définie en quatre dimensions: a) le recherche et l'absorption d'information; b) le processus de consulta-tion; c) les forums décisionnels; d) l'analyse des alternatives.
'"
\
- 23-1 i ~ 1 1 1 011
i
! l,
1 \
(
:f
'~C
(",,1
--La variable résultante (the dependent variable) est le ~hoix (decision) effectué par les preneurs de décision face à la crIse. si nous plaçons maintenant ces variables dans le temp~, l'év~nemcnt r6v~lateur de la crise
1
(the trigger) est sitllé au temps t ; la perception de la crise (the
. d ' 2 " .
ln ependent variable) au temps t ; 1 actiVIté de crise (the intervenlng
var~able)
nu temps t3; et le choix effectué (the dependent variable) au4 temps t •
*
~
Tout au 16ng dé la crise, l'importance du stress variera selon le développement de la situation tel que perçu par les preneurs de décision. c'est pourquoi le modèle est divisé en trois phases, - dans lesquelles
h - 1 2 3
caque processus t , t , t t4, est répété, comme nous le démontre le •
.
'le graphique suivant - 'délimitées par le type de stress applicable à
la période étudiée. Nous aurons premièrement une période de pré-crise (the pre-crisis period) caractérisée par un faible niveau de stress et
,
.
,"
par une augmentation de ln perception du danger, l'élément révélateur ,de la crise.
---_._~---~---*
Il e~t important de noter dans ce contexte que la notion de temps ,utilisée' dans cette analyse ne"'correspond pas à du temps d'horloge,mais bien plutôt, " ... on the available time in relation to- time pressure for decision" (Brecher 1979, page 454),
\ - 24-i l, i i
" .... 'Q,
-"'=
1 N VI 1 III;ttètnw7r W j j ' . .r
~ " ~•
,.-...
~~"-A
Three-Stage Model of International
Crls1sBehavlor
Perlod
... , d 5 . . 1::
.!:1:
o
Cr ls is Per lad Post-Crlsls Period
tg
1 1+
1~'O o~I
a51
stress ~ .0 "d a.> Q) ~~ ~Informat
i;ù
'1 :---.:; -:- :::-:: ïCap ing
&
1 Caplnp",
.
1
Cons ll_f,oru'11 "-J'" --.f_ ....L::==:::;:::==:...Jd
'Œ!l
t~~f~ i~
:
~._+-~
""""
1t: -rr;r-;;m-ati;n-j'
-~ç----.-' 1 r.-·_~--·-;"i,.
1 cons 1 oru .. ,---~--~--:
Œi.ti€n~~
lv;;J
tl,l. ~ I---.~-+End \: of' Crls 15(Brecher ,1980,
na~e24)
'il,
1
,
1
;~
11
;-~t
,
' -'. 1 " ~ ,~
l '':1
I:~ t .1 1 \1 • I~: à
;.
~1
i :~I~
~
___ . ___ . _ _ _ _ _ _ . ___ ._u .•• . - -". "' ... "' ... til'"""U~ W'9WWtltW • •r ...
ftdeUHllr'rIA
111
J
. . " " _ -'~~ _~ "~ .. ~W , . ~~ ... ..,-:_:~ ... " ~ ... - .-'~-' ~ -~~~'
, ... .> . .
..
Deuxièmement, nous trouvons une période de crise (the crisis period) caractérisée par un niveau, élevé de stress et par la présenr;~ accrue et persistente des trois conditions nécessaires et suffisantes de crise: a) thr,eat; b) time press~re;' c) high probabiJity of war. Troisième-ment une période de post-crise (the post-crisis perioq) caractérisée ,
par un niveau modéré et décroissant du stress, et pdr le déclin en intensité ~
de l'une ou plusieurs des trois conditions d~ crise. La période de
post-,
crise termine les trois phases de l'analyse et met [in également i la crise
dans son ensemble.
(
Notons finalement qu'un élément de correction (f~edback) est postulé
r
tout au long de la crjs~, - durant les trois.pêriodes --élément qui permet une redéfinition de la situation de crise, suscite une prise de décision tenant compte de l'élément correcteur - dépendant du niveau de stress ressenti par les preneurs ùe décision - et permettr., IIltimement le passage d'une période à l'autre de la crise.
A>-La question centrale étudiée dans le modèle IGB concerne donc:
fi
the impact of changing stress, derived from changes in perception of thrcat, time pressure and the probability of war, ~n the proccsses and mcchanisrns through which decision mak'Trs 'cope with crisj.,s, and on thcir choices" (Brecher .1979, 'page ,46q).
-26-\
(~
, 1'( J
l
, -~~. -..
...,. ...-Ce modèle explore ainsi neuf questions 'spécifiques, qui sont les suivantes:J what are the effects of escalating and deescala;ing crisis-induccd stress:
'-l~
1 'I,~, .. -.. --,
on informat iQn: 1) the ~erceived and consequent quest for information,
on consultation:
2) the re~tivity and size of the
information-processlng group, J) cognitive. performance.
4) the type and size of consultative units,
5) group partic.ipation in the consultative process.
on decisional forums: 6) the size and structure of decisiona1 forums.
authorit~tter~s
within decisiona!7) units.
--pn alternatives: 8) the scarth for and eva1uation of alternatives.
~
9) the perceived range of avai1able alternat ive-s.
Méthodqlogiqu~ment, l'étude et l'analyse d'une crise selon le projet 1CB s'effectuent il l' . .Jidc de techniques quantitatives ct qualÏtati:ves, telles que.des analyses du contenu (cont~nt ana1ysis) de messages transmis, l'étude de discours articulant la position des ac'teurs avant la prise de décision,~
ou encore de mémoires, d'étudc~ historiques et journaux d1époque portant
sur la crise étudiée.
Q.
-
()
f f1
LOI
,.
c'Une reconstruction du déroulement des'décisions (the decision flow) tout au long de la crise est postu1~ dans le modèle à cause de son caract~re
systèmique, ce qui permet ainsi d'incorporer les éléments de correction
1
(feedbick) ainsi ~ue de faird le lien entre les différentes p~riodes de ;
...
crise, - perception·, prise de décision et choix. Finalement, les ressour~es
sur le comportement en pério~e de crise sont testées afin d'éclairer la . recherche sur les grandes tendances d'une crise, et de générer ainsi de
nouvelles hypoth~ses.
\
La méthodologie ainsi définie , nous pouvons
~aintena\
nous, notre essai. .
-~
l
attaquer>
j
\, ,
\ !' -28-' '1 1•
!
(-I
lt
i \ dIAPI:rRE II..
SETTING \1) Esquisse de la polit,ique étrangère Américain"e vis-à-vis de
l'Amérique Latine au moment de la crise dominicaine •
.
~'-Il serait probablement nécessaireode remonter à Christophe Colomb afin
J
i
1d'f<ientific>r globalement: et complètement, les relotions entre les deux
Amériques: Gependant, puisque tel n'est pas lE! but de notre analyse,
-.,
nous nous contenterons d'en traçer un aperçu général.
A) La Doctrine Monroe de 1823: Enonçée par le Président Monroe, cette'
doctrine., - ou p~titique - se base sur l'hypothè~e que l'Europe et
les Amériques forment deux sphères distinctes d'activité politique et commerciale; en conséquence, ces deux sphè-res, sépar-ées, ne dOlvent
et ne "peuvent qu'avoir des relations de faible importance. (Ruiz,
page 36) Ceci implique donc la prééminence de- l'Europe èn Europe,
\ et la prééminence des Etats-Unis dans les Amériques.
B) En 1898, la doctrine Monroe.sera remplacée par" The Good Neighbor
Policy", politique qui sera,
~ -'. -29-).
.
1.
---- _ -- ----a-_ _ _ _ ,._~. ~1
• i '(~ . .1'
-..,.J
1
if
t "-(
--
.
...
" ••• over the long run, ~ failure rat if y United States supervision America economic development " ~ ,
r.
\'
-'"
that was iritended to and control of Latin
(Green. page 291). , \
\
\. 7
Par la suite, et ce jusqu~en 1945, l'Amérique Latine et les Cararbes constitueront une chasse ga.,rdée américaine, dans laquelle les Etat"s-Unis s permettront d'intervenir à pl>!ls~eurs accus lOl)S .,'
-
,C),
"anné~~'46
annonce l'ap;arition de la guerre froide, et son,
après le fameux discours de 'Winston Churchill,
..
Premi ~ .Ministre Britannique - à Ful~on, Missouri. Lescorol-de c ~re politiq~: dans l'hémis~hère latino-américain seront, de,la p rt 'des Etats~Unis, a) un/support inconditiQnnel aux gou-vernemen ..s militaires latino-~méricainsj et,
de tout,.
c~ng.e\llent,
de quelquenaLu~e qu~
se de laPOlit~ue
américaine en Amérique Latineb) un.~ejet instin~tif
soit. Deux
~tudiants\
écrivent d'ailleurs à',c.
ce sujet:
"
Americans have of te failed to exhibit a tolerance or understanding of the met ods of other people in pressing ' .. , social ch~~e and establ shing governments in their own '(non-Amer-iean) way ... 0 posing these radical movements inthe nâme df freedom ... b falsely dividing the world into the free ànd the untree ? • America has often judged t~è world eve~ts by the standa d~ of the crus,ade against com-munism, and then it has.he ~ unable to understand the be-havior and problems o~ thë und~rdeveloped nations "
(Bernstein &, Matsow, page 3 2). ' \
\
\
\\
\
\ -30-\_ - l \\
.\,..
'\~-_!
1 \ _ _ _ 'J \ \\
\
..
l
..
\ ~~)\
i \, L ,,
\ ; 1 \~\'
\ 1,
\ '-;-'.'
... , r . ;,
c.,.
\(.
"....
.... _'''''''', .. , . . - ... .-y.. •
M'la._
116d .nu "".\ '
,
Des 1950 cependant, les premières secousses de la périphérie vont d~ferler en cascade sur Washington:
1
8) 1954: Les Etats-Unis interviennent dans la crIse guatéma1tèque; b) 1955: Juan Perron est renversé en ArgentinE';
r~
c) 1956: Jul i'o Diaz est·renversé en Hêmduras,;'"
e
d) 1957: GustavoPini Ua est renversé cn Colombie; e) 1958: 1 Marcos Jimenez est renversé au Venezuela;- ,
2 Voyage tumulteux du Vice-président américaîn, Mr. 'R. Nixon - au cours duquel l'Amérique 'Latine montre la haine et la rancoeur du Sud à l'égard du voisin du Nord;
~
1959: Fulgencio Battista est renversé à Cuba.
,
.
,-Dans ces conditions, - et surtout apf~s la prise du pouvoir par de~
;-1/
cômmunistes â la Havane, :- Trujillo, :. le dic,tateur dominicain - qui' a été supporté fidèlement par les Etats-Unis pendant 30 ans, est perçu
'"
comme le proc;,j1ain maillon de la chaîne qui sautera, et
" •.. an embarrassment, an awkward' inheritance time, now lingering too long and imperilling
unwittin~ly preparing the way for-~astroism
from an earlier the future and
(Gleijeses, page
Le dilemne est ~onc én~rme pour le gouvernment américain: D'une part, Trujillo est devenu
remplaçer maintenant aux portes.
un allié gênant, mais, 'dtautr_e part, par qui le ---~, que, - selon i-Jashington, - les communlstes 50
-n-i
---
---.
-26).-
....__
.
...._-_
..)
t ï r 1 1 , ! 1 i 1 1 ! 1(~
'--'
,_.-•
\
jf..J~ , , . d
La reponse, préparée et pensée par les libéraux de 1 équlpe Kenne y sera " The Alliance for Progress" , politique qui devait constituer la mei1leure'façon d'affaiblir le support dont pourraient bénéficier les communistes. Cependant, malgré ses buts économiques et soci~ux, l'alliance ne devait pas permet~re à des éléme~ts communistes de se faufiler dans lés changements 'politiques prévus par Washington. Kennedy le rappelera d'ailleurs à plus d'une reprise, en ajoutant, - menac~.à p~ine voilée,'-que' -son -gouvernement n'hésitera pas à Ifaire face à ses ooligations dans
1
sa zone ~'inf1uence. Kennedy assas~iné, Johnson hérite alors de ce projet grandiose, sans posséder lui-même une connaissance approfondie de la
'"
politique étrangère en généTal, de la politique américaine en Amérique
+
Latine en particulier, et sans non plus avoir participé à la formulation ( ,
de cette politlquè durant l'administration Kennedy.
\
Au moment du déclenchement de la crise dominicaine en 1965, quatre ,éléments dans la perspective américaine sont à retenir: Premièrement,
après l'assassinat de Trl!jillo, l ',expérience 'd~mocratique tentée par' Bosch échoue en 1963~ quelques mois à peine aprè~ son inauguratio~ •• Deuxièmement,
l '
sous l'administration Johnson, la politique amériëaine vis-à-vis de l'Amérique Latine semble se diriger dans une nouvelle' direction:
'1 ••• the Johnson administration has taken a somewhat different attitude towards the Alliance for Progress than did its predecessors. lt has tended to downgrade the reform and political aspects -of the Alliance and to concentrate on its function as an aid to the economic development of Latin America " (Alexander, page 193).
-3.2-..
, "
(
(
" ,-
~-~ t,.
Troisièment, au niveau de sa formulation à Washington, la politique étrangère américaine vis-à-vis de l'Amérique Latine, est divisée entre plusieurs écoles de pensée; . a) un premier groupe, - le groupe dePuerto Rico - désire donner une chance à la démocratie en Amérique Latine, quel que soit le prix à payer; b) un deuxième g'roupe, - l' a,ncienne é<fUipe des libéraux de Kennedy - désire également donner une chance à la démocratie latino-àméricaine,' ma~s voudrai t contrôler te rythme des changements sou-haités, afin de ne par être pris de vitesse par des éléments non-favorables aux intér@ts américains; c) un troisième groupe, - le,~roupe des conserva-teurs - pense que, de n'importe quelle manière, la démocratie n'a aucune chance, que ce soit en République Dominicaine, ou en Amérique Latine.
;
(Gleijeses, page 36) Cette division de la politique étrangère américaine au niveau de sa formulat~on à la Maison Blanche aura une importance cruciale
d~rant la période de crise, car elle transformera la Mais.on Blanche en un
l
lieu d'affrontement entre ces diverses tendances, avec pour résultat que pour presqu'une semaine, la politique dominicaine des Etats-Unis oscillera constamment entre la conciliation et la ligne dure.
-Finalement, le dernier élément ~ considérer concerne la compétition au niveau global que se livrent les Etats-Unis et l'Union soviétique;
comme nous pourrons le vo~r dans notre section portant sur le "attitutidinal,
.
,prism" des acteurs américains de 1a crise, ces derniers sont violemment anti-communistes, et ont identifié Castro comme l'agent ge Moscou dans la zone d'influence américaine; ensuite, Llumomént de la crise dominicaine, les Etats-Unis sont engagés sur lin .2ème front, lei Vietnam.