LE PREMIER CYCLE
SCIENTIFIQUE RENOVE
BILAN· EVALUAnON· REFLEXIONS
DIVERSES
M.C. MERY UNIVERSITE PARIS - SUD
J.
ROUSSEL,J.L. MARTINAND CENTRE D'ORSAYMOTS CLEFS Premier cycle universitaire, Gestion du temps, Enseignement et recherche.
RESUME: Trois ans après sa mise en place, les résultats de la réforme du premier cycle scientifique d'Orsay apparaissent positifs : meilleure efficacité, diversification des débouchés. Cette réforme a introduit une structure temporelle avec des périodes semestrielles correspondant à des fonctions très différenciées ; on analyse ici les implications et les évolutions de cette structure originale. On examine enfin les liens qui existent réellement entre l'enseignement donné et la recherche.
SUMMARY : The reform of the scientific undergraduate courses at Orsay has now been operating for three years with a positive outcome : it has proven more effective and has ledta a wider range of outlets . The reform has introduced a new structure based on the academic year and divided into semesters which fulfill very different functions. Here we wou Id like to analyse the development and the various implications of this original structure and eventually examine the actual links between study courses and research programs.
1.
INTRODUCTION.
Dans le cadre de la loidu26 janvier 1984, l'Université de Paris-Sud a mis en place en septembre 1984 un premier cycle rénové.Cette réforme, qui concerne tous les étudiants entrant àl'Université en vue de l'obtention d'un DEUG (Diplôme d'Etudes Universitaires Générales), SSM (Sciences des Structures et de la Matière) ou SNV (Sciences de la Nature et de la Vie), ou d'un DEUST (Diplôme d'Etudes Universitaires Sciences et Techniques, nouveau diplôme créé en 1984) avait pour objectifs:
- Former plus d'étudiants. - Mieux les former. - Lutter contre l'échec.
- Offriràchacun une sortie valorisante. - Introduire la professionalisation.
Ceci a notamment impliqué une refonte complète de la structure du premier cycle permettant la mise en place de nouvelles filières. De plus, un effort particulier a été fait pour que les étudiants bénéficient de l'environnement scientifique du Centre d'Orsay.
La maquette decepremier cycle rénové a été présentée, à Chamonix, en février 1985 (cf I).La structure en est rappelée ci-dessous, chaque module étant semestriel:
MO (Pl - P2) (Ml - M2) NI MO + + P3 (DEUST en 2 ans) M3 (DEUG en 2 ans)
(vers un DEUG ou un DEUST en 3 ans)
MO MI-M2 M3 PI-P2-P3 NI
2. PREMIER BILAN.
moduled'orientation "filière" menant au DEUG module de spécialisation modules préprofessionnels menant au DEUST module de remiseàniveauseptembre àfévrier février àfévrier févrieràjuin févrieràjuin de l'année suivante févrieràfévrier
Après trois années de fonctionnement, les résultats obtenus montrent le succès global de la réforme.
a) Former plus d'étudiant.,.
Avant la réfom1e : 1402 entrants en 1983 ; 777 diplÔmés en 1985 (55%).
Après la mise en place de la réforme : 1218 entrants en 1984 ; 843 diplômés en 1986 (69%). 1119 entrants en 1985 ; 800 diplômés en 1987 (71%) b) Mieux les former.
En Licence de Biologie, par exemple, les étudiants issus du premier cycle rénové (50% des effectifs) ont des résultat~ supérieurs à la moyenne, voire excellent~dans certains modules (2 mentions TB sur 3 en Chimie Organique, 14 mentions Bien sur 19 en Génétique). Ces résultats sont obtenus alors que les meilleurs étudiants du DEUG ont quitté Orsay (Ecoles Agronomiques, MST, ... ) et que les étudiant~ provenant d'autres universités (30% des effectifs) sont sélectionnés sur dossier. c) Lutter contre l'échec.
Grâceàla diversification des filières, au dialogue permanent etàla remiseàniveau, le taux d'abandon a
diminué et surtout 2 étudiants sur 3 obtiennent un diplôme dans notre université (avant la réforme, il n'yen avait que 1sur2).
d) Offrir à chacun une sortie valorisante.
85% des étudiants orientés en Ml ou Pl à l'issue de MO obtiennent un DEUG ou un DEUST. Les autres bénéficient d'une remise à niveau et de conseils qui leur permettent de se réinsérer dans le cursus ou de se réorienter de manière positive. e) Introduire la professionalisation.
Les 4 DEUST créés ont fourni 77 diplômés en 1986 et 72 diplômés en 1987. Tous les étudiants qui le souhaitent trouvent un emploi dans les mois qui suivent leur sortie de l'Université (ou après le Service National).
Certaines options incluses dans les filières du DEUG ont également une coloration pré-professionnelle très marquée (Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail;
Optique-Lunetterie; Préparation au Métier d'Instituteur).
3.
UNE NOUVELLE FACON DE GERER LE TEMPS.
3.1. STRUCTURE INITIALE
Au niveau des premiers cycles universitaires, il existe traditionnellement deux grands types de structures temporelles :
- la structure par périodes. En général, la période est l'année universitaire, quelquefois le semestre, chaque semestre étant répété deux fois par an.
- la structure par unités de valeur. Une vingtaine d'unités de valeur doivent être acquises pour obtenir leDEUG.
Si chacun des deux types évoqués a ses avantages et ses inconvénients, leur ancienneté a permisà chacun de s'y adapter.
Orsay a inauguré un troisième type de structure : par fonctions. Les 2 années de premier cycle sont découpées en 3 périodes ayant des fonctions différentes :
MO - orientation1 MI-M2 - formation de base1M3 - spécialisation. Le problème majeur aujourd'hui est que les enseignants et l'enseignement ne se sont pas suffisamment adaptés à ce changement de structure. Les difficultés rencontrées se concrétisent au niveau des redoublements. Comme dans le passé, parmi les étudiants titulaires d'un diplôme universitaire de premier cycle, une forte proportion a été scolarisée pendant plus de deux ans. Comment peut se dérouler le cursus de ces étudiants ?
a) Redoublement du MO. Cursus: MO - NI • MO - Ml -M2 - M3.
L'idée première était de redoubler le module d'orientation après une remiseà niveau et de parier que la suite du cursus se déroulerait sans accroc. Cependant, n'est-il pas choquant d'envisageràpriori le redoublement d'un module d'orientation? La notion de remiseà niveau n'est-elle pas, de plus, dévalorisante pour les étudiants ?
b) Redoublement de l'ensemble Ml - M2. Cursus: MO Ml -M2 - Ml - M2 - M3
C'est l'étape de la formation, et c'est durant cette année (février-février) que doit s'acquérir la plus grande partie des connaissances indispensables à un étudiant de premier cycle; il n'est donc pas illogique, si 3 ans sont nécessaires à l'obtention du DEUG, de redoubler l'ensemble Ml - M2.
Ce redoublement est encore mal admis par les étudiants et aussi par certains enseignants: il apparaît en fin de M2 à un moment inhabituel et oblige l'étudiant à retourner en Ml même si les connaissances de ce module semblent acquises. Ceci provient du manque de cohérence de l'ensemble Ml - M2 et ce point important mérite d'être développé. En effet, indépendamment de toute structure, les processus d'enseignement et d'apprentissage comportent au moins 4 temps caractéristiques ("rythmes") :
- le rythme de la présentation des contenus (cours).
- le rythme de l'application (exercices faits par les étudiants en Travaux Dirigés). - le rythme de l'assimilation (certains ensembles de notions de Mathématiques et de Physique demandent 2 à 8 mois d'exercices et de rappels pour être "intégrés" et disponibles).
- le rythme de l'évaluation des acquis (contrôle continu et examens).
Ce qu'une structure temporelle fixe, c'est d'abord le rythme de l'évaluation . L'enseignant pense, lui, aux rythmes de la présentation et de l'application. En réalité, le rythme fondamental est celui de l'assimilation. D'où le problème majeur: comment les rendre compatibles?
C'est en Mathématiques que le problème est immédiatement apparu : le rythme de l'évaluation a été modifié par le changement de structure mais le rythme de la présentation est resté inchangé, (notions à assimilation plus lentes enseignées en M2 juste avant l'évaluation finale, alors que ces mêmes notions devraient être présentées en Ml avec rappels en M2).
c) Redoublement du module M3. Cursus : MO Ml M2 M3 -stage (hors cursus) - M3 (pas de 1'113 au premier semestre).
Le M3 est un module destiné à la spécialisation (il ya 10 M3 différents) . La présentation de notions nouvelles ne devrait pas nécessiter un long délai d'assimilation, l'évaluation se situant parfois 8 à 10 semaines après le début des cours compte tenu des stages intégrés dans le cursus. De plus, les étudiants ont déjà fait leurs preuves dans trois modules. On devrait donc enregistrer un très faible taux d'échec et cependant, dans certains M3 ce taux atteint 30%. Ceci provient d'un manque de réflexion d'ensemble sur toute la filière et nécessite la réorganisation des programmes, comme en Ml - M2 ; cette réflexion a maintenant eu lieu et les programmes de ces M3 ont été allégés.
3.2. EVOLUTIONS
a) Une première modification, qui ne remet pas en cause la structure initiale, a été mise en place :
La filière NI - N2.
Lorsque les résultats obtenus en NI sont satisfaisants, il paraît peu raisonnable d'obliger l'étudiant à redoubler le module MO. Un module N2 lui est alors proposé qui permet d'approfondir les parties du programme de MO non étudiées enNI et d'aborder déjà les programmes de Ml.
b) D'autres modifications visent à résoudre partiellement les difficultés liées à la désynchonisation des rythmes, mais réintroduisent des éléments de structure par période annuelle ou semestrielle en contradiction avec la structure initiale. La complexité et les tensions internes du système en sont évidemment accrues:
MI conditionnel
A l'issue d'un module MO et pour quelques étudiants, le conseil d'orientation peut hésiter entre une admission en Ml ou une remise à niveau. Une formule intermédiaire a été introduite: le passage en Ml "conditionnel" ; la décision est alors reportée en juin: continuation en M2 ou retour en MO et donc redoublement de la première année.Lecursus devient: MO - Ml - MO - Ml - M2 - M3.
L'ensemble 1'112 • 1\13
évalués sur l'ensemble M2-M3, c'est-à-dire dans le cadre d'une structure annuelle. Plutôt que de modifier le rythme de présentation dans leur
filière, les mathématiciens ont choisi d'offrir ce régime aux étudiants qui ont obtenus de bons résultats en MI.Lecursus devient: MO - MI - M2 - M3 - M2 - M3. Création d'un M'3
Un tel module fonctionne, dans certaines filières, au premier semestre et permet aux étudiants de redoubler le module M3 et d'obtenir leur DEUG en février. On introduit, là encore, un élément isolé de structure semestrielle pour pallier la non réorganisation des programmes et remédier aux quelques échecs inévitables.Lecursus est alors: MO - MI - M2 - M3 - M'3.
c) D'autres aménagements conformes à la structure sont encore souhaitables. Par exemple, si un redoublement s'avère nécessaire sur l'ensemble MI-M2, on pourrait différencier les enseignements d'une année à l'autre (année paire ou impaire comme en Mathématiques Spéciales). On pourrait, également, mieux exploiter la "fausse" coupure des vacances entre Ml et M2 pour aider les étudiants à assimiler les notions difficiles présentées en Ml, c'est-à-dire oublier la traditionnelle structure annuelle.
On peut enfin signaler que des ~, particulièrement valorisants, peuvent être offerts dans les éventuels temps morts induits par un système qui n'est pas semestrialisé.
4. LIAISON AVEC LA RECHERCHE
C'est sur ce point essentiel qu'un premier cycle universitaire peut s'affirmé et se différencier d'un autre cursus post-baccalauréat (Section technicien supérieur, IUT, Classes préparatoires, et peut-être bientôt ... Collège uni versitaire).
Actuellement, les étudiants ont devant eux des enseignants-chercheurs. S'il est parfois difficile à l'enseignant de parler de sa recherche, les retombées des découvertes les plus récentes sont cependant immédiates. Les chercheurs du campus interviennent dans les enseignements; l'expérience a montré qu'ils pouvaient apporter un esprit nouveau dans la manière de présenter les programmes . Certains enseignements sont même intégrés dans les locaux de recherche; les exemples les plus caractéristiques sont le D.E.U.S.T. LASER largement pris en charge par l'équipe du laboratoire de Photophysique Moléculaire et le D.E.U.S.T. INITIATION AUX BIOTECHNOLOGIES complètement installé dans les locaux de l'Institut de Microbiologie. Les chercheurs ont, d'ailleurs, toujours été représentés dans les différents Conseils du Centre d'Orsay.
Le potentiel scientifique de l'Université a permis, enfin, trois actions de large audience:
- L'organisation de conférences spécifiques aux modules d'orientation et de remise à niveau (Galilée ou la naissance de la Physique, Cristallographie des macromolécules, Traitement automatique de la parole, Les Sciences de la Terre...), de conférences de spécialités (Société Française de Physique ). et de conférences d'intérêt général (L'énigme et la clarté en physique quantique ).
- Des expositions scientifiques (les Champignons, l'Informatique, la Comète de Halley...).
- L'intégration de stages dans les cursus. C'est ainsi que depuis 12 ans les étudiant~ en SNV terminent leur DEUG par un travail original sur un thème concret, ceci sur une durée de six semaines (cf 2 et 3). Ce travail s'effectue, dans la grande majorité des cas, en laboratoire. L'influence de cette expérience sur l'orientation et la formation des étudiants s'est révélée considérable (cf2).
5. CONCLUSION.
Le bilan du premier cycle rénové d'Orsay s'avère positif tant sur le plan qualitatif que sur le plan quantitatif. Les résultats qui, ne concernent qu'une promotion demandent, certes, à être confirmés mais les opposants àcette rénovation n'ont aucun argument pédagogique à avancer, sauf celui de la gestion du temps qui bouscule les habitudes. Il faudra bien que l'on finisse par s'adapter à ce changement car il n'est plus raisonnable d'envisager un retour au passé.
La liaison Enseignement - Recherche risque d'être sérieusement mise en cause par la création de Collèges Universitaires. L'expérience acquise à Orsay démontre pourtant clairement le rôle essentiel de cette liaison dans la formation universitaire, même au niveau du premier cycle.
IHBLIOGRAPHŒ .
1. R. Frémont - Lamouranne, J. Roussel (1985) - Mieux former les étudiants. Septièmes Journées sur l'éducation scientifique(p. 197).
2. J. Roussel (1983) - Une expérience d'enseignement par thèmes. Cinquièmes Journées sur l'éducation scientifique (p. 181).
3. C. Edelist - Martinet (1983) - Une expérience d'enseignement pluridisciplinaire en université. Cinquièmes Journées sur l'éducation scientifique (p. 305).