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Théorie sociologique de la coopération entre concurrents

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Séminaire LS3P Jeudi 13 décembre 2007

Théorie sociologique de la coopération entre concurrents

Emmanuel Lazega Université Paris Dauphine

CMH et IRISES/CERSO

Dans le contexte de la division du travail sophistiquée des économies contemporaines, une majorité d’individus et d’organisations qui participent aux efforts des appareils de production sont mis en concurrence de plus en plus ouverte. Cette mise en concurrence a un effet paradoxal : d’une part, elle désolidarise les acteurs de l’économie, comme le souhaitent les économistes néo-classiques ; d’autre part, elle crée entre les individus des interdépendances d’une complexité inédite (fonctionnelles, cognitives, relationnelles, etc.). En effet, les acteurs au travail, individuels ou collectifs, ont besoin, pour accomplir leurs tâches, de ressources multiples et hétérogènes et de partenaires d’échanges – les sources de ces ressources – eux-mêmes de plus en plus nombreux et hétérogènes. A l’échelle individuelle et dans ce contexte incertain, ces acteurs, que Bourricaud (1961) appelait les « associés-rivaux condamnés à vivre ensemble », coopèrent fréquemment sur certains projets, tout en restant concurrents sur d’autres. A l’échelle inter-organisationnelle, cette coopération entre concurrents est de plus en plus considérée comme une sorte de « quatrième facteur » (après le travail, le capital et les ressources naturelles). Plus la mise en concurrence est ouverte, plus les acteurs s’en protègent au moyen de stratégies et d’équilibres oligopolistiques souvent très instables.

Il s’ensuit que la participation à l’action collective dans les ensembles organisés à l’échelle intra-organisationnelle ou inter-organisationnelle – par exemple dans le travail en équipe de projet, dans les « partenariats » entre donneurs d’ordres et sous-traitants, dans les programmes communs de R&D, dans les districts industriels ou les pôles de compétitivité– requiert des coordinations nouvelles et complexes pour les échanges de ressources nécessaires à l’accomplissement des tâches. Notre approche de cette coopération entre concurrents et de ces formes de coordination est une approche néo-structurale (Lazega et Mounier, 2002). Cette approche s’appuie sur une description et une modélisation du travail relationnel et symbolique accompli par les entrepreneurs. Elle reconstitue des formes variables de « discipline sociale » à partir de l’observation et de la modélisation des interdépendances entre acteurs dans des contextes organisationnels et marchands. Cette discipline sociale complexe caractérise à la fois l’individu et le collectif. A l’échelle de l’individu, elle renvoie aux stratégies de gestion des interdépendances (création de formes structurales comme les niches sociales ou différentes formes de statut). A l’échelle du collectif, les investissements relationnels et la création de ces formes structurales déclenchent ou facilitent le déploiement de processus sociaux fondamentaux de la vie sociale (solidarités, apprentissages collectifs, contrôle social, régulation).

En deçà de leur portée générale, cette théorie et ces formalisations nous permettent de renouveler l’étude des nouvelles formes de régulation, disjointes et conjointes, du monde des affaires, en particulier du contrôle social des marchés (voir par exemple Lazega, 2003).

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Références générales

Bourricaud, F. (1961), Esquisse d'une théorie de l'autorité, Paris, Plon.

Lazega, E. et Mounier, L. (2002), "Interdependent entrepreneurs and the social discipline of their cooperation: The research program of structural economic sociology for a society of organizations", in O.Favereau et E.Lazega (eds), Conventions and Structures in Economic Organization: Markets, Networks, and Hierarchies, Cheltenham, Edward Elgar Publishing, pages 147-199

Lazega, E. (2003), "Networks in legal organizations: On the protection of public interest in joint regulation of markets", Wiarda Chair Inaugural Address 2003, Wiarda Institute Publications, Faculty of Law, Utrecht University.

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