NTIC OU TIC À L’ÉCOLE :
CULTURE SCIENTIFIQUE OU SUPPORT D’ENSEIGNEMENT ?
Fatiha BENSLAFA-KAZI AOUAL
ENSET Oran, Algérie
MOTS-CLÉS : FORMATION - SYSTÈME ÉDUCATIF - NTIC/TIC
RÉSUMÉ : À travers les différents discours, une volonté politique est affichée aujourd’hui pour
une intégration des NTIC dans toutes les structures du pays ; mais le défi à relever par le système éducatif est d’abord de définir les objectifs principaux pour une intégration réussie des TIC. Le modèle didactique intégrant les environnements informatisés, met en équation de multiples données : les contenus des programmes, la formation initiale et continue des enseignants, les équipes technique et pédagogique, les infrastructures et matériels.
ABSTRACT : If we look over official talks, it appears that there’s a political will is for a
integration of NTIC of all the country institution, but a challenge to be raised by the educative system is first to define the main objectives for a successful integration of TIC. The didactic model including the computerized environment, put into equation multiple data which mainly are : contents of programmes, a first and in site of training of teachers, technics and pedagogic teams, infrastructures and materials.
1. INTRODUCTION
À l’heure actuelle le multimédia interactif et les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont proposées comme solutions aux problèmes d’enseignement et d’apprentissages dans le monde. À titre d’exemple une recherche menée par notre équipe sur quatre systèmes éducatifs qui ont intégré les TIC à l’école à savoir le Canada, le Danemark, la France et le Chili, pour ces quatre pays il s’agissait de viser aux objectifs principaux suivants :
1- La mise en réseaux des établissements scolaires (introduction puis intégration des TIC) est d’offrir aux élèves l’égalité des chances d’accès au savoir et à la connaissance.
2- Clarifier les questions qui se posent sur le développement des usages pédagogiques des TIC dans l’enseignement scolaire.
En Algérie une volonté politique est affichée à travers le discours du président de la République à l’occasion du nouveau millénaire le 31 décembre 1999 pour une intégration des NTIC dans toutes les structures du pays. C’est ainsi que la réflexion que nous avons menée à travers plusieurs expériences, lorsque la disponibilité potentielle du matériel existe, le programme pose avec urgence deux questions :
Pourquoi ? Que peut-on faire dans l’enseignement avec ces matériels (ordinateurs, réseaux) quelles
sont les situations dans lesquelles ils peuvent apporter quelque chose de spécifique ?
Comment ? Quelle maîtrise des savoirs et des savoirs procéduraux du matériel lui-même peut-on
envisager et quelle mise en œuvre dans un contexte particulier de la classe peut-on tenter ?
Quelques extraits de rapports d’organismes concernant les projets d’intégration des TIC en Europe nous ont servi de points d’ancrage de notre réflexion :
«…Les technologies de l’information recèlent un potentiel considérable pour l’amélioration de l’éducation. Cependant, il est évident que dans la plupart des pays, ce potentiel ne se matérialise pas dans les écoles… l’utilisation des micro-ordinateurs dans des matières du programme scolaire reste relativement faible dans la plupart des pays membres, comme l’ont montré un certain nombre d’études. » (OCDE, 1989)
« Le rythme de pénétration du multimédia éducatif dans les écoles est encore trop lent. Il y a à cela de nombreuses raisons… les enseignants ne disposent pas toujours des équipements suffisants en puissance et en quantité. Enfin, les enseignants ne sont pas, dans l’ensemble, suffisamment bien formés à l’utilisation du multimédia éducatif. » (CEE, 1995).
« La rapidité du changement dépasse l’imagination. Les systèmes d’éducation ne s’adaptent pas assez vite à la révolution technologique qui se déroule sous nos yeux. » (ERTI, 1995).
À travers tous ces constats qui ont fait débat ailleurs depuis deux décennies, quelle est notre situation actuelle face à ces questionnements ? C’est ainsi que l’analyse a commencé par un état des
lieux des deux entités en question d’une part l’école et d’autre part les TIC, leur évolution et leur introduction qui présage des changements de paradigme dans les apprentissages.
2. L’ÉCOLE EN ALGÉRIE
Un ensemble de classes, une salle des enseignants et où rarement la bibliothèque existe, une salle de reprographie dans les meilleurs des cas. Au sein de la classe se déroule l’essentiel de l’activité d’apprentissage. Une salle de classe : c’est la rencontre pendant une durée limitée de : une discipline, un enseignant, un groupe d’élèves, un environnement : tables, chaises, bureau, tableau. L’école n’a pas changé et le rôle de l’enseignant est coupé en deux : une présence à l’école pour donner des cours et à l’extérieur de l’école pour la préparation de ces cours et la correction des devoirs.
3. LES NOUVELLES TECHNOLOGIES
*Première période - les années soixante-dix : le concept d’outil logiciel était absent. L’UNESCO parle de la phase d’automatisation et les objectifs assignés aux cours d’informatique de mettre l’accent sur l’algorithmique et la programmation étaient légitimes et pertinents.
*Deuxième période - les années quatre-vingt : de la phase d’automatisation, on passe à la phase d’informatisation avec la naissance du PC. L’utilisation de logiciels outils a permis l’émergence du concept d’informatique personnelle.
*Troisième période - on passe à la communication. C’est la civilisation du tout digital Internet et les autoroutes de l’information et de la communication. D’un « clic de souris » et vous obtenez des milliers d’informations brutes : images, textes, sons du monde entier.
Et enfin les réseaux : c’est une informatique globale et répartie.
4. L’ÉCOLE ET LES ENVIRONNEMENTS INFORMATISÉS
Toutes les études et les recherches en sciences de l’éducation prouvent que l’acquisition des connaissances et les processus d’apprentissages sont complexes et que faciliter ces apprentissages constitue une activité très longue et difficile mais des exemples tels que l’Open University dans les pays anglo-saxons et l’École de la deuxième chance en France prouvent que les environnements
informatisés peuvent jouer un rôle dans ces processus. C’est à ce titre que nous rapportons ces réflexions de hauts responsables européens.
- « Les technologies informatiques ont décuplé les possibilités de recherche d’informations et les équipements interactifs et le multimédia mettent à la disposition des élèves une mine inépuisable d’informations… »
- « Priver les jeunes aujourd’hui de cet instrument, c’est comme si on les avait privés de livres autrefois. C’est leur imposer un obstacle culturel… »
Mais si les environnements facilitent les apprentissages, leur intégration doit répondre à des critères très stricts et surtout s’articuler autour d’un véritable projet. L’étude d’un tel projet devra comporter les étapes suivantes : la formation des enseignants, le contenu des programmes, les infrastructures et matériels et enfin les ressources pédagogiques.
* Du point de vue de l’inscription des TIC dans les programmes scolaires, des études sont
menées au niveau de notre équipe de recherche pour la mise en place, dans l’enseignement secondaire, de référentiels qui intégreront les usages des TIC dans les différentes disciplines.
* Du point de vue de la formation des enseignants, deux points sont essentiels : d’une part, la
formation initiale, d’autre part, la formation en cours d’emploi. Pour la première c’est la recherche permanente d’une formation par les compétences qui permettra à ces nouveaux enseignants d’accepter d’intégrer de nouvelles pratiques pédagogiques dans leurs enseignements ; par contre les enseignants en exercice accepteront plus difficilement de changer leurs pratiques pédagogiques par manque de formation. À cette catégorie d’enseignants très hétérogène (voir tableau 1), la mise en place d’un programme de formation dans les TIC est nécessaire, formation à distance ouverte et médiatisée ; l’avantage d’une telle formation est qu’elle peut être individualisée et se déroulerait sur le lieu de travail.
Niveau Effectifs Titres ou diplômes
Universitaires 45500 Licence d’enseignement dont 85 % universitaires formés pour enseigner
Universitaires 3000 Ingénieurs recrutés directement
sans formation professionnelle adaptée PEF : professeurs
de l’enseignement fondamental
4000 PEF détachés dans les lycées
Techniciens 1000 Faisant fonction de professeurs
dans l’enseignement technique
Total 53500 Enseignement général et technique
Tableau 1 : Répartition des Effectifs Enseignants de l’Enseignement Secondaire Général et Technique en fonction des Diplômes. (Source : Ministère de l’Éducation Nationale)
* Du point de vue des infrastructures et du matériel, des études doivent être faites et des plans
de répartition des locaux en fonction des matériels car les établissements ont des fonctions pédagogiques différentes, une occupation au sol différentes, des effectifs différents…
* Du point de vue de la mise en place de ressources pédagogiques, ces ressources seront
composées d’équipes de support technique et pédagogique qui seront spécialisées dans la maîtrise des outils informatiques, dans la recherche documentaire, dans la composition et mise en œuvre de documents et leur présentation.
5. CONCLUSION
Pour une intégration réussie des environnements informatisés dans notre système éducatif, il faudra remplacer le modèle didactique classique à un modèle plus élaboré intégrant les TIC et dans lequel nos représentations du métier d’enseignant et de l’école changeront (Figure1).
Alors les deux nouveaux rôles seront assignés à l’enseignant (rapport de l’OCDE)
1 - Le rôle d’animateur : lui permettrait de placer les élèves dans des situations qui les incitent à
apprendre.
2 - Le rôle de conseiller : dans les situations d’apprentissage les élèves doivent faire des choix sur
les démarches à adopter pour l’acquisition des connaissances qui permettent la construction des savoirs, l’utilisation des technologies de l’information et de la communication favorisent les processus d’acquisition et de construction, l’enseignant aura un rôle primordial d’orienter et de conseiller les élèves car l’enseignant n’est plus la seule source de connaissances et de savoir. L’enseignant deviendrait un expert ; c’est ainsi que la durée des études a augmenté pour être suffisante pour la réalisation de cet objectif.
BIBLIOGRAPHIE
Documents du ministère de l’Éducation Nationale algérien, 1962-1999.
BENSLAFA-KAZI AOUAL F., La formation des enseignants de l’enseignement technique, in Actes des XXIIIes Journées Internationales sur l’Éducation Scientifique, Chamonix, Mars 2001. BENSLAFA-KAZI AOUAL F., AIT SAADI T., La formation des enseignants et les nouvelles technologies éducatives, in 1er Colloque international sur La Problématique de la Formation et de l’Enseignement en Afrique et dans le Monde Arabe, Sétif, Avril 2001.
BENSLAFA-KAZI AOUAL F., La communication à l’école, in Journées d’étude sur le management dans les établissements scolaires, Oran le 30 et 31 octobre 2001.
BENSLAFA-KAZI AOUAL F., Quelle est la place de l’ordinateur et des réseaux dans le système éducatif en Algérie ?, in IVes Journées de l’Innovation, Foix, 23 au 25 Janvier 2002.
BENSLAFA-KAZI AOUAL F., BENAMAR A., Apprendre autrement la technologie, in Symposium de la 5e Conférence Internationale Maghtech, Mostaganem, 10-11 Février 2002.
GIORDAN., Apprendre, une alchimie complexe, in 10es Entretiens de la Villette, Paris, 1999. MARTINAND, J.-L., Conclusions des XXIIIes Journées : Remarques conclusives, in XXIIIes Journées Internationales sur l’Éducation Scientifique, Chamonix, Mars 2001.
Figure 1 : Modèle pédagogique MPEF et nouveau modèle pédagogique MEEI
Légende pour le modèle MPEF
E : élève, Esg : enseignant, D : discipline (lieu la classe). Modèle Pédagogique utilisant les environnements traditionnels Enseignement Frontal.
Légende pour le modèle MPEEI
E : élève, Esg : enseignants, D : disciplines, EI : environnements informatisés. Les relations sont représentées par différentes couleurs. Nouveau Modèle Pédagogique d’Enseignement intégrant les Environnements Informatisés.
Le triangle [1] : relation en dehors de la classe : Elève – Disciplines – Environnement Informatisé : apprentissage ou approfondissement des connaissances.
Le triangle [2] : relation en dehors de la classe : Enseignant Discipline -Environnement Informatisé. Préparation de cours, formation continue.
Le triangle [3] : relation en dehors de la classe ou en classe : Élève – Enseignant/Ressource (EI) – EI Apprentissage de l’outil informatique et des logiciels.
La pyramide : relation dans la classe avec les EI : Élève – Enseignant – Discipline – Environnements Informatisés. E Esg D E Esg D E.I 1 3 2