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Chrétien et la théorie celtique : état présent d'études

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(1)

CIIRET/EN ET LA THEORIE CELT/QUE:

ETAT PRESENT D'ETUDES

Kelye

L.

Lotz

Département de langue

et littérature françaises

Université de l\1cGiII, l\1ol1tréal

septembre

1992

A

Thesis subnlitted to the Faculty of Graduate Studies and

Research in partial fulfillmel1t of the requirements of the degree

of Mastcr of Arts

(2)

Since their composition during the middle to late twelfth century, Chrétien's tales of Arthur and his chivalrous knights have fascinated generation upon

generation of storytellers and their audiences, as weIl as Iiterary critics and historians. Originally thought to have sprung from the newly civilized and thoroughly christianized courts of Marie of Champagne, daughter of Eleanor of

Aquitaine, eighteenth century literary historians suggested that the legends behind the tales may have originated in the lost mythologies of Celtic Ireland and Wales. The followinq thesis examines the evolution of the theory of cel tic

(3)

Depuis leur composition au douzième siècle, les contes arthuriens de Chrétien de Troyes ont captivé des générations de conteurs et leurs écouteurs. En plus, ces contes ont été le sujet des milliers de critiques litteraires et

historiques. Pendant des siècles, on se contentait d'une interprétation chrétienne et chevaleresque des contes issus de la cour de Marie de Champagne, fille d'Alienor

d'Aquitaine. Mais au début du XIXe siècle, des historiens

littéraires ont suggéré d'autres origines des contes arthuriens de Chrétien. En fouillant dans des vieux

manuscrits gallois, une poignée d'historiens littéraires ont découvert une ressemblance frappante entre les anciens

contes gallois et les contes arthuriens. Ils ont théorisé que les légendes d'Arthur sont venues des anciennes

mythologies celtiques perdues. Le document qui suit est une étude sur l'évolution de cette hypothèse des origines

(4)

ABBREVIATIONS

BBSIA

=

Bulletin Bibl iographique de la Societa Internationale Arthurienne

CNRS

=

Centre Nationale de la Recherche Scientifique

MLN

=

Modern Language Notes

MLQ

=

Modern Language Quarterly

(5)

Il ne saurait étre question ici de donner une

bibl iographie complete de tous les textes et de toutes les études consacrés aux origines de la légende arthurienne. Une telle recherche servirait de sujet de thèse de doctorat et comprendrait plusieurs volumes. Des bibliographies

arthuriennes très complètes existent d'ailleurs, et sont révisees annuellement'. Ce qu'on vise ici c'est d'élaborer un état présent des études faites depuis le début du dernier siècle sur la question des origines de l'oeuvre de Chretien de Troyes, et surtout sur la théorie des origines cel tiques par rapport a l ' auteur des romans de la Table Ronde.

En 1923, James Douglas Bruce a publie un texte qui serv irai t jusqu'aux années cinquante de bibliographie et d'état présent défini tifs d'études arthuriennes. The Evolubon of Art;hur~an Romance from the Beg~nn:Lng down to

the year 1300 dresse le bilan de tous les textes et de toutes les opinions les plus connus jusqu 1 à la date de sa publ ication. Cependant, comme l'a remarque Jean Marx,

l'auteur a souillé son oeuvre de theories dejà dépassées dès la paruti',~ de son livre'.

Plusieurs bibliographies très soignées ont paru entre

1923 et 1950 dans les livres des grands théoriciens. A

partir de 1931, J.J. parry a publié annuellement sa

Voir BIBLIOGRAPHIES ET EUCYCLOPEDIES

cette etude.

à la fin de

Jean Marx, La légende arthurienne a

t

le Graal, Paris, Presses Universitai..res de France, 1952, p.25.

(6)

poursuivi par Paul A. Brown jusqu'à 1962. En 1949 le premier volume du Bullet~n B~bl~ograph~que de la Soc~eté

Internat~onale ArthurJ.enne a vu le jour, resumant tous les

textes publies à travers divers pays pendant l'annee

précédante. Et dans son livre, La légende arthur~enne et le Graal, Marx a rassemblé les textes et Jes theoriciens les plus importants pour les théories des origines du Graal de

1850 à 1950. Cette partie de son oeuvre a donné une contribution inestimable à la formation de lù présente étude.

Depuis 1950 les études arthuriennes ont subi de

nombreux changements d'intérêts et d'approches. On a perdu la majorité de nos grands érudits des années trente aux années soixante, mais une nouvelle genération de

spécialistes arthuriens prend la parole. Quelles tournures prennent les et~jes arthuriennes sous la direction de ces nouveaux théoriciens? Quelles sont les questions en vogue aujourd'hui? Plus essentiel à notre etude : quelles sont les opinions modernes sur la theorie des origines celtiques par rapport a l'oeuvre de Chrétien de Troyes? Nous nous occupons de ces questions dans la troisieme partie de cette étude.

Puisqu'un état présent doit être a la fois reference bibliographique et outil informatif, nous commençons par un résumé de la tradition arthurienne avant l'époque de

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developpement de la théorie celtique. Finalement, après l'établissement d'un état présent, nous concluons par des suggestions d'études et d'éventuels sujets de recherche.

Avant de commencer, nous voudricns rendre hommage au regretté cel tisant et grande autorité en matiere de

Bretagne, Roger Sherman Loomis, qui a consacré sa vie professionnelle à l'étude des origines celtiques et dont l'oeuvre a inspiré la présen~e étude .

(8)

EVOLUTION DE LA LEGENDE ARTHURIENNE

Le nom d' Arthur évoque des images de cours magnifiques, de chevaliers preux et vaillants, de pucelles avenantes, d'amour courtois et de foi chrétienne, toutes les scenes tissées par nos romanciers des douzième et treizième

siècles. Mais Arthur ne fit pas ses débuts dans les pages d'Erec et Énl.de de Chrétien de Troyes, et i l ne naquit pas de la plume de Geoffrey de Monmouth. A la recherche des débuts d'Arthur sur la scène de l'histoire litteraire, il faut fouiller dans les chroniques anglaises et françaises jusqu'au sixième siècle où notre heros est censé d'avoir vécu.

Vers 547, le moine Gildas composa De Excl.aŒO

Britanniae, la première chronique ecrite après le suppose temps d'Arthur. Loin d'être une présentation de faits purement historiques, le but de ce traite était de montrer aux Bretons qu'ils avaient suscité leur défaite aux mains des Saxons et qu'ils avaient provoqué les invasions par leur manque de foi et leurs péches. Malgré son ton moralisateur et les exagérations dues à ses sources romaines et post-romaines, l'oeuvre de Gildas est en somme plus vraie que fausse1

The New Arthurian Encyc~opedl.a, ed. Norris J. Lacy; Geoffrey Ashe, (et al.), assistant eds., New York, Garland publications, 1986, p.195.

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Chose étrange, Gildas ne mentionne jamais le nom

d'Arthur au cours de son histoire britannique. Le héros, et le seul nom fourni pour tout le sixième siècle, est

Ambrosius Aurelianus, présumablement le seul Breton au cours de l'histoire dont Gildas approuvait le comportement. Mais pourquoi le seul chroniqueur contemporaill d'Arthur ne

l'inclut pas dans son texte? La reponse est tripartite: ou, suivant le style de l'époque, Gildas ne

signale que le nom de celui dont il voulait faire un exemple,

ou, puisque son texte est un reproche aux Bretons, il ne voulait pas exalter leur héros national, ou, Arthur était auss i célèbre à ce moment qu'il semblait superflu de souligner ses exploits.

A part la possibilite qu'il n'ait jamais existé un Arthur historique, une autre théorie est de plus en plus acceptée parmi les historiens britanniques. Peut-être le vrai Arthur nt étai t -il qu'un guerrier extraordinaire ou le roi d'une petite principauté qui ne méritait pas inclusion dans une histoire de Bretagne comme celle de Gildas, mais dont la légende augmenta au cours des siècles.

En tous les cas, ce que l'Excullo nous apprend, c'est qu'aux alentours de l'an 500 eut lieu la première grande rêvoi te britannique contre les Saxons à Mont Badon. Après cette bataille, qui fit ressortir un certain chef des

Bretons, on connut quarante ans de paix. Quant ~u rôle d'Arthur dans cette histoire, il appartiendra aux

(10)

philologues du XIX' siècle de le dégager de parmi les phrases obscures et souvent cryptiques de Gildas.

Dans V~ta Gildae (ca.1130), Caradoc de Llanfarcan offre

SO:l explication du fait que le plus celèbre des rois bretons

ne se trouve nulle part dans l'oeuvre de Gildas. D'apres Caradoc, le roi Arthur avait commande la mort du frère de

Gild~s, et dans sa colère, l'auteur l'exclut de son

histoire. Pourtant, dans cette vie de Saint Gildas, ecritc

à l'époque de Geoffrey de Monmouth et de william de

Malmesbury, Caradoc se réfere à Arthur comme le roi de toute la Grande Bretagnel

On n'est jamais sur terre ferme lorsqu'il s'agit de dater les textes des anciennes littératures celtiques, mais il est plus ou moins établi que le Goddod~n, un recueIl de poèmes attribué à un barde nommé Aneurin, fut ecrit vers l'an 600. Ces poemes rappellent ceux qui tomberent dans une bataille contre les Angles à Catrarth ou a Catterick en

Yorkshire. L'auteur décrit un certain chevalier qui etait preux, mais pas aussi vaillant qu'Arthur'. Dans son

article, «The Arthur of History», Kenneth Jackson déc]arc le Goddo~n preuve positive de l'existence d'un Arthur

historique, d'abord parce que l'oeuvre date du début du

Kenneth H. Jackson, «The Arthur of History», dans

Arthurian L~terature ~n the M~dd~e Ages, ed. Roger Sherman Loomis, Oxford, Clarendon Press, 1959, pp.l-ll.

(11)

septieme siecle, e_ deuxiemement, parce qu'il semble que la majorité du contenu soit d'une nature historique'.

Vers 731, un autre chroniqueur de Grande Bretagne entreprit une histoire du gens Anglorum. l'Historia

eccles~ast~ca gentis Anglorum de Bede nous apporte une

relation plus complete que celle de Gildas des invasions germaniques de Bretagne, et fournit des généalogies des rois saxons. Bede emploie plusieurs des descriptions de Gildas dans son texte et, comme lui, parle de la bataille de Mont Badon sans parler d'Arthur lui-même. Quant a son

authenticite, on sait, du moins, que l'Historia était consideree comme historique par d'autres chroniquèurs de l'epoque parce que Layamon et Geoffrey s'y réfèrent très souvent.

Le premier chroniqueur à glorifier le nom d'Arthur élabora longuement. Dans son Histor~a Britonum (ca.800), Nennius enumère les douze victoires d'Arthur sur les Saxons, donne les dates precises des invasions et des révoltes et appelle Arthur le «dux bellorum» ou chef des batailles. Les documents sur lesquels i l dit avoir basé son texte

semblent peu fiables, selon les historiens modernes, mais la majorite croit à la réalité de ces batailles pour les

raisons suivantes: d'abord, les noms donnés par Nennius aux batailles, quoiqu'obscurs, sont pour la plupart retraçables;

Kenneth H. Jackson, op. cit., p.9i cf. aussi, Kenneth H. Jackson, The Godod~n: The Oldest Scott~sh Poem, Edinburgh, Edinburgh University Press, 1969.

(12)

deuxièmement, opposé à Geoffrey et à Gildas, le moine

Nennius ne semble pas capable d'invention \. Il est toujours possible que Nennius eût une autre source sous les yeux, peut-être un vieux poème gallois ou une autre chronique qu'on perdit, mais on ne peut rien prouver.

Le plus vieux manuscrit entier de Nennius date du debut du XIIe siècle et se trouve dans une collection au British Museum avec les Annales Cambriae, le seul document

historique qui mentionne Arthur pendant la periode suivant l'oeuvre

Oc

Nennius. Ecrit par un auteur anonyme, vers la deuxième moitié du x~ siècle, i l n'y a que deux entrees dans les Annales Cambriae qui traitent la matière arthurienne:

-516. Bataille de Badon, dans laquelle Arthur porta la croix de notre seigneur Jésus Christ sur ses épaules pendant trois jours et trois nuits, et dont les Bretons étaient les vainqueurs.

-537. Bataille de Camlann, dans laquelle Arthur et Medraut tomberent'.

On trouve ici la première référence a Medraut et a Camlann dans les chroniques, et aussi à la mort d'Arthur. La référence à la croix est très célèbre et donnera

naissance à nombreux signes et symboles arthuriens par la suite3

The New Arthurian EncyclopeOQa, pp.342-343; Jackson,

«The Arthur of History», op. cit., p.ll.

2 Traduit d'un extrait du texte, trouvé dans «Arthurian

Material in the Chronicles», John Fletcher, Harvard StuOQes

and Note~ in Pb~lology and Literature, Vol. X, Boston, 1906;

New York, B. Franklin Press, 1966, p.32 . Ibid., pp.32-34.

(13)

A la fin de son Historia, Nennius ajoute deux histoires merveilleuses intitulées les Mïrabilia, dans lesquelles

Arthur et ses compagnons entreprennent des gestes

fantastiques. Ces récits ne se trouvent nulle part dans les autres chroniques, et ils semblent prendre leurs racines dans une mythologie ou une tradition celtique. Du moins, c'est un indice qu'Arthur était déjà légendaire au début du IX" siècle.

Juste avant la date de l'oeuvre de Geoffrey, Guillaume de Malmesbury écrit son Gesta regum Anglorum, s'appuyant sur les textes de Bede, de Nennius, de Gildas et sur la

Chron~que Saxonne. Reconnu pour ses descriptions de

vortigern et d'Arthur, il n'ajouta pas grand-chose aux chroniques antérieures sauf deux remarques pour lesquelles i l est célèbre. D'abord, il affirme que l'Arthur de son texte est celui que les Bretons exaltaient dans leurs contes et qui merite sa grande renommée, puis il ajoute que cet Arthur vaut une attention plus particulière parce qu'il était très important pour l'histoire de Bretagne'.

Guillaume est reconnu surtout pour son observation de la découverte du tombeau de Walwen (Gawain), neveu d'Arthur, vers 1090. L'importance accordée à cet événement suggère que les légendes de Gawain circulaient avant cette date

(1125) en Bretagne .

(14)

La plus célèbre de toutes les chroniques dites

«arthuriennes», l'Historia regum Britann~ae, fut écrite vers 1136 par un certain Geoffrey de Monmouth. Dans son histoire des rois bretons, Geoffrey pourvoit Arthur d'une biographie officielle, de parents, d'une famille et d'une fin mystérieuse. Où l'auteur trouva les sources de ses

informations est le sujet de maintes livres et articles, car la réponse pourrait nous indiquer les origines de la légende d'Arthur et des romans arthuriens.

Geoffrey écrit au début de son texte qu'il s'appuie sur les textes de Bede, de Nennius, de certaines genéalogies galloises, mais surtout sur un «certain très ancien livre écrit en breton», un cadeau de son maître Walter,

l'archevêque d'Oxford. Ce texte, selon Geoffrey, contenait des informations sur tous les rois de Bretagne, de Brutus jusqu'à Cadwaladyr, y compris les details sur la vie et la mort d'Arthur. L'existence et l'identite de ce livre sont toujours discutées, mais il faut reconnaître que la majoritc des détails dans l'Histor~a regum Britanniae ne se trouve

nulle part dans les sources citées, ni dans les littératures qu'on conserve de cette époque1

Une partie de la théorie celtique suppose que Geoffrey a basé sa vie d'Arthur sur les différentes littératures et

Ce phénornene est encore sujet d'un grand débat entre ceux qui tiennent a l'historicité d'Arthur et ceux qui croient que Geoffrey l'inventa. On verra des exemples dans la deuxiemc partie de l'état présent.

(15)

traditions celtiques. Certes on trouve des parallèles et même certains noms et événements analogues entre les deux, mais les critiques sont loin d'être d'accord sur cette théorie, comme nous allons le voir. La vraie question est de savoir si Geoffrey ramassa les éléments arthuriens de plusieurs sources, celtiques ou autres, ou si ces éléments étaient déjà reliés dans un texte ou un poème perdu; ou si, comme on le croyait pendant plusieurs siècles, Geoffrey

inventa ces détails afin de glorifier les anciens Bretons et de pourvoir les Gallois et les Bretons d'une véritable

histoire. De toute façon, on croyait son histoire jusqu'à la fin du XVI" siècle, mais jamais sans hésitation].

Outre son H~storia, Geoffrey composa Prophetiae Merlini en 1135 et V~ta Merl~ni en 1150. Parmi les prophéties et les contes de Merlin et de Morgaine la fée, on y trouve une très belle relation du départ d'Arthur en Avalon après sa blessure à Camlann.

Pendant les trente ans qui s'écoulèrent entre l'oeuvre de Geoffrey et le premier roman de Chrétien, au moins deux nouvelles versions de l'Historia furent composées par des Anglo-Hormands: la première, un Brut écrit par Geffrei Gaimar vers 1140, dont i l ne nous reste que quelques

Cf. John Jay parry et Robert A. Caldwell, «Geoffrey

of Monmouth», dans Arthurian L~terature in the ~ddle Ages,

op.cit., p.72; et John E. Housman, «Higden, Trevisa, Caxton,

and the beginnings of Arthurian cri ticism», Romania, LXI,

(16)

12 extraits1

; et le Roman de Brut de Wace, termine en 1155. si

Geoffrey était la source principale de cette oeuvre, il n'en était pas la seule. Wace avoue d'avoir emprunte à la

tradition orale certaines passages, et souvent il nomme un barde en particulier. On se réfère souvent au vers 10.032

du Roman de Brut où l'auteur parle de la renommee d'Arthur parmi les conteurs bretons. Plus loin, Wace accuse les conteurs d'avoir entouré l'histoire d'Arthur d~ toutes sortes de «fabliosa» tandis que lui, il raconte la vrdie histoire2

Il paraît que Wace emprunta aussi aux littératures celtiques. Par exemple, Foulon nous signale qU'un des invités au couronnement d'Arthur dans le Roman de Brut est

un personnage de la littérature galloise qui se trouve aussi dans Eree et Enide de Chrétien mais jamais chez Geoffrey!.

celtiques ou non, orales ou écrites, Wace avait d'autres sources que l'Histor~a regum Br~tanniae, ce qui suggere encore que la légende d'Arthur était anterieure à l'oeuvre de Geoffrey.

Wace était le premier à parler de la Table Ronde, un des éléments qu'on associe toujours avec Arthur. Selon Wace, Arthur commanda sa construction afin d'empêcher des

Cf. Charles Foulon, «Wace», dans Arthurian Literature in the M2ddle Ages, op. cit., p.94.

2 Fletcher, op. cit., pp.10l-102.

(17)

13 querelles de priorité aux fêtes et festins. Même les

sceptiques de la théorie celtique reconnaissent le caractère celtique de ce concept1

En depit des questions sur la fidelité de ses sources et de ses motivations, Wace est toujours reconnu pour son désir d'exactitude, son scepticisme et son style

pragmatique. Tatlock le décrit comme: «curious, critical and honestt» .

En 1834, l'Abbé de La Rue écrit que Wace était le premier romancier arthurien parce qu'il donna aux futurs romanciers leur sujet et leur style (Wace composa son oeuvre en couplets octosyllabiques)-.

Avant de discuter l'oeuvre de Chrétien, regardons une dernière chronique du

XII'

siècle basée sur le Roman

de Brut

de Wace et sur les contes bretons. Entre 1189 et 1200 un prêtre d'Arley Regis en Worcestershire écrit la première chronique historique en langue anglaise. Le prêtre

s'appelait Layamon, et son oeuvre s'intitule tout simplement Brut. Layamon adapta l'oeuvre de Wace, élimina la

chevalerie et les aspects romantiques, ajoutant à leur place la description d'une sociéte plus brute, plus crue, où on

Pour une opinion contraire, cf. K. H. Jackson, «origines cel tiques du graal», dans Les Romans du Graal dans la littérature des XIIe et XIIIe s~ècles, Paris, CNRS, 1956,

p.218.

J.S.P. Tatlock, The Legendary H~story of BritaJ..n,

Berkeley, University of California Press, 1950, p.465.

Abbe de La Rue, Essais hJ..storJ..ques sur les bardes, les jongleurs, les trouveres normands et anglo-normands, Caen, 1834, vol.1, p.50.

(18)

trouve de grotesques détails des tortures et des châtiments de prisonniers.

Il ajoute à la relation de Wace trois él~ments: 1} la légende carrément bretonne/celtique selon laquelle à sa naissance, les fées donnèrent trois dons au petit Arthur, soit la force, la souveraineté et une longue vie (Layamon, v.384); 2} la dispute pour la priorité à la fête de Noel qui engendra la construction de la Table Ronde. Layamon dit que cette table pouvait asseoir 1600 personnes et en même temps être facilement transportée avec la cour d'Arthurl

; 3} une

relation émouvante du départ d'Arthur apres la bataille de Camlann:

"I will fare to Avalun, to the fairest of aU maidens, to Argante the queen, a fay most fair. She shall make my wounds aIl sound, make me aIl whole with healing potions. Then l will come again to my kingdom and dwell with the Britons with great joy." (sayeth Arthur), Even with the words, there came from the sea a short boat gliding, driven by the waves, and two women

therein wondrously clad. They took Arthur at once and bore him in haste and laid him down softly and moved away ... Bretons believe yet that he is alive and dwells in Avalun with the fairest of aIl fays.

(Layamon, iii., v.144-154.)

Le terme

roman

arthur~en est presque toujours

accompagné d'une référence à Chrétien de Troyes. Poète a la cour de Marie de champagne, chanoine de l'abbaye de

st.-Loomis, Arthurian Literature ~n the ~ddle Ages, op. cit., p.l09.

(19)

Loupl, ami de Philippe de Flandres, Chrétien ne nous laissa pas beaucoup de détails sur sa vie personnelle, mais son oeuvre constitue les premiers romans arthuriens et le début d'une tradition écrite du Graal.

Ce que nous pouvons savoir de sa vie professionnelle et de sa technique littéraire, Chrétien nous l'indique dans ses romans. Nous savons par exemple, d'après le prologue de

Cligés, qu'il traduisit des textes latins en romanz, qu'il

produisit une version du conte de Tristan et Yseult et un poème sur les aventures de Guillaume d'Angleterre. Son premier roman, Erec et Enide, date d'à peu près 1158, après

que le roi Henri d'Angleterre prit possession de Nantes.

Cligés, le moins arthurien de tous ses romans, fut écrit

entre 1158 et la parution de Lancelot ou le Chevalier à la charrette vers 1164. Yvain, le Chevalier au lion est

suppose d'avoir paru avant 1174 et Perceval le Gallo~s ou le Conte du Graal avant la dernière croisade de Philippe de

Flandres en 1190'.

Comme Wace et Marie de France, Chrétien parla des

fameux conteurs bretons et de leur diffamation de la légende d'Arthur. Pourtant, dans les romans de Chrétien, Arthur ne

joue qU'un rôle secondaire par rapport aux chevaliers de sa

Cf. W.A. Nitze, «Perceval and the Holy Grail», dans

Uni vers~ ty of Cal~forn~a Publica t~ons ~n Modern Philology,

XXVIII, Berkeley, university of California Press, 1949, p.282. Cf. Urban T. Holmes, «Remarks on the chronoloqy of Chrétien da Troya's works», Roman~c Rev~ew, 16, 1925, pp.43-53; Nitze, op. cit., p.285.

(20)

cour. Parfois i l semble que le monde arthurien n'était qu'une scène familière où les personnages chevaleresques réalisaient les conflits et les leçons d'amour courtois. Les partisans de la théorie celtique suggèrent le contraire, que les formules et les motifs chevaleresques n'étaient que des ornements ajoutés par Chrétien à de très anciens contes et légendes.

Ces théories sont pourtant, assez récentes. Le roman arthurien connut sa plus grande popularité entre le XII" et

le XIVe siècle et vers le XVI~ les romans de Chrétien, de

Robert de Boron et de Malory furent oubliés. Ce n'était qu'après la découverte des anciens manuscrits gallois, a la fin du XVIIIe siècle, que les critiques s'intéressèrent de nouveau aux affaires arthuriennes, et surtout aux origines d'Arthur et de sa légende.

(21)

LA THEORIE DES ORIGINES CELTIQUES

Bien avant l'ere des analyses structurales et des psychocritiques, les critiques s'intéressaient aux romans arthuriens en tant que poésie courtoise et littérature

historique. Mais la légende d'Arthur inspirait toujours un certain esprit critique lorsqu'il s'agissait de ses

origines. Vers 11~9, William de Newburgh protesta contre l'inclusion du personnage d'Arthur dans l'Historia de Geoffrey parce que ses exploits n'étdient pas considérés comme historiques a cette époque!. Inversement, Giraldus de Cabrensis, qui croyait à l'historicité du héros, se plaignit de la catégorisation du roi Arthur parmi les «fabulosi

bretons»' .

La question de la vraie identité d'Arthur déclencha un débat sur les origines arthuriennes qui continue jusqu'à nos jours. Après la publication des nouvelles éditions des

vieux textes gdllois, au début du XIXe

siècle, le débat fut rallumé par ceux qui insistaient sur les origines celtiques de la légende d'Arthur. Au milieu du siècle, avec la

parution des nouvelles éditions des Romans de la Table Ronde par Paris et Potvin', la question fut rapportée

spécifiquement à l'oeuvre de Chrétien de Troyes.

parry et Caldwell, op. cit., p.72.

2

Housman, op.cit. , p.209.

3 Les Romans de la Table Ronde, ed. Paulin Paris, Paris,

1868-1877, (5 vols.).; Perceval le Gallois ou le Conte du

(22)

Quelles étaient les grandes lignes de cette discussion? Quel raisonnement entraîna les théories sur les origines des Romans de la Table Ronde? Voici une esquisse du

développement d'une de ces théories, à savoir la théorie celtique.

D'où

vi ont

1a légende d'Arthur?

1. On chercha d'abord un vrai Arthur, roi de Bretagne ou «dux bellorum» parmi les anciennes chroniques et histoires françaises et anglaises. Le nom d'Arthur apparaît pour la première fois dans la chronique de Nennius, ecrite au debut du IXe siècle, mais son histoire n'était jamais aussi

complète que dans l'oeuvre de Geoffrey'

A. L'Histor~a regum Br~tann~ae de Geoffrey de Monmouth parut vers 1135, une trentaine d'annees avant le premier roman de Chrétien. Dans

l'histoire de Geoffrey, Arthur est le célebre roi de Bretagne, vainqueur des Saxons et chef des armées. Puisque son histoire d'Arthur contient de nombreux détails qui ne se trouvent pas dans les chroniques antérieures, la question capitale est: où Geoffrey trouva-t-il ses informations?

1. Employa-t-il uniquement les sources qU'il nous indique? (soit les chroniques de Nennius et de Bede, les genealogies galloises et un tres ancien livre donné

à l'auteur par son maître Walter)

2. Ou avait-il aussi acces aux contes, aux légendes et aux chansons d'une tradition orale qui glorifiait Arthur nepuis des siecles?

3. Existait-il vraiment le «très ancien livre» dont i l parle dans son texte? et si oui, d'ou venait-il? de quoi

s ' agissait-il?

B. De nombreuses interpolations et exagératiolls se produisent dans l'Historia de Geoffrey. On se

(23)

demande combien de cette oeuvre sortit de

l'imagination de l'auteur et combien peut être pris pour argent comptant? La réponse est

essentielle à l'établissement d'une théorie des origines historiques. Car si Geoffrey inventa tout ce qu'il nous dit d'Arthur, non seulement est-il un personnage fictif, mais ses origines se trouvent forcément en Grande Bretagne.

C. Certains croient que Geoffrey créa le personnage d'Arthur, ou du moins qu'il était responsable de la popularité de la légende. Cependant, d'autres faits indiquent l'existence d'une tradition arthurienne déjà bien établie au début du XII' siecle. Avant d'attribuer la

création d'un des plus grands héros légendaires à un seul chroniqueur, il faut considérer ces

questions:

1. Quelle fut l'influence de Geoffrey sur les écrivains européens du XII'

siecle? Est-il possible qU'en trente ans une chronique écrite en Bretagne

insulaire eût pu inspirer tout un genre de littérature sur le continent? Qui aurait transmis ou cople ce manuscrit partout en Europe? Comment se fait-il que les oeuvres de Chrétien et d'autres romanciers contiennent des éléments en commun qui ne se trouvent nulle part dans l'histoire de Geoffrey?

2. Que penser Ges indices d'une

tradition arthurienne en Europe avant l'oeuvre de Geoffrey? Par exemple, comment expliquer le bas-relief à la cathédrale de Modène, qui date du début du XII' siècle et représente

l'enlèvement de la reine Guenièvre avec les noms arthuriens au dessus des

figures?

3. Que dire des éléments arthuriens donnes par Wace qui ne se trouvent pas chez Geoffrey? Et comment les conteurs bretons apprirent-ils ces contes quand ils ne comprenaient probablement pas le latin de l'H~stor~a de Geoffrey?

II. Sans preuve conclusive d'un Arthur histori~ue, on

rechercha un Arthur fictif dans les litté~atures supposées d'avoir existé a"ant les oeuvres de Geoffrey et de Chrétien.

(24)

A. puisqu'on trouve un assez grand nombre de

références aux endroits et aux personnages g~llois

dans les romans de Chrétien, il semble logique de chercher leurs origines dans les litteratures galloises. On y trouve non seulement mention d'Arthur et de ses exploits, mais des motifs et personnages analogues dans les Mablnoglon, les

Triades, le ~lvre de Tallesln, et le GododcUn. 1. Le seul problème, d'apres les

critiques de la théorie des origines galloises, c'est qu'on ne peut pas savoir avec certitude les dates de ces oeuvres. Certaines se montrent nettement postérieures à l'oeuvre de Chretien et possèdent des éléments carrement

français. D'autres sont moins faciles a dater et semblent purement galloises d'origine. Même si l'on arrive a placer un manuscrit dans une periode precise, les histoires qu'il raconte contient de très anciens motifs et élements, restes d'une mythologie galloise ou celtique perdue.

2. Les contes et légendes gallois ont beaucoup en commun avec les cycles irlandais dont on conserve une grande partie. Certains ti~nnent aux liens étroits entre la mythologie gaelique et celle des Celtes brythoniques. Ainsl on observe d'anciennes traditions et

tendances celtiques conservees dans leurs litteratures. Par exemple, très souvent les dieux et les héros des

anciens cycles et mythes deviennent les rois d'Irlande ou de Bretagne dans la littérature celtique apres l'arrivée du christianisme:

a. Est-ce le cas pour Arthur? Pouvait-il être le descendant d'un ancien dieu ou heros en particulier? Ou était-il plutôt un amalgame de

différents héros et dieux? b. Ou encore, était-il un vrai personnage dont l'importance crût avec la tradition orale

(25)

mêlé avec les dieux et les héros des légendes?

B. si l'on établit des origines celtiques pour la légende d'Arthur, on ouvre la porte à une autre série de questions. Qui dit

celtique

doit se rendre compte que la plupart de l'Europe centrale était peuplée par les Celtes avant l'arrivée des Romains, vers l'an 50 avant J.C .. En quel pays naquit le héros des romans? Selon les chroniques, le choix est limité aux cinq pays appartenant aux Celtes du Nord. Est-ce que la légende d'Arthur vient d'Irlande, du pays de Galles, d'Ecosse, d'Angleterre ou d'Armorique? Un bon nombre

d'Ecossais réclament la légende arthurienne parce que les chroniques placent plusieurs des batailles d'Arthur dans le nord d'Angleterre. Rares sont les Anglais qui suggèrent des origines

anglo-saxon~éS ~~ur le roi de Bretagne et le vainqueur des Saxons. Lt grand débat est entre l'Irlande, le pays de Galles et la Bretagne.

1. On a dejà remarqué de nombreux

parallèles entre les romans arthuriens et les cycles irlandais. Cependant, l'Irlande ne conserve aucune légende proprement arthurienne. Certains

suggérèrent un conte du Graal irlandais perdu, mais la majorité des celtisants croit que les Gallois, qui empruntaient librement à la culture gaélique,

empruntaient aussi à leur littérature et l'incorporaient dans leurs legendes. 2. Il est clair dans leurs textes que Wace, Chrétien et Marie de France

parlent tous des contes et des conteurs

bretons.

Mais qU'entendaient les

écrivains de cette époque par les termes «bretons», «Bretaigne»,

«britanniae» etc.? Est-ce qU'ils parlaient des Bretons gallois ou armoricains?

3. Les Armoricains parlaient et français-normand et la langue des

Gallois avant le temps de Chrétien. Est-i l possEst-ible que les Bretons d'ArmorEst-ique aient appris les légendes de leurs

voisins au pays de Galles et les aient apportées en France? Ou avaient-ils seulement les vestiges d'une ancienne

(26)

tradition qu'ils transformèrent en légende arthurienne?

4. On parle souvent de la possibill té d'un schème archétype qui aurait servi de modèle pour l'oeuvre de Chrétien et des autres romanciers. certains

théoriciens suggèrent que cette épopée hypothétique appartenait à la

littérature armoricaine perdue.

III. On est laissé avec le choix entre un Arthur historique, roi de Bretagne ou d'une principauté du pays de Galles; ou un Arthur purement fictif, un ancien dieu, héros ou figure mythique de la littérature ou la mythologie celtique: ou

finalement, un Arthur, vrai personnage historique, dont les exploits et la réputation furent incorpores dans les

légendes d'un peuple celtique.

Depuis la fin du XIX" siecle, des theoriciens ont suggéré qu'Arthur est moitlé historique et moitie fictif. D'autres croient qu'il s'agit de deux personnages

différents. En tous les cas, Arthur serait un personnage d'origines celtiques. Pourtant, il n'est pas manque de théories qui suggèrent d'autres sources pour l'oeuvre de Chrétien, surtout pour le personnage d'Arthur et les

éléments du Conte du Graa~. Comment déterminer la vérite? Dans les pages qui suivent, nous allons retracer le développement de cette théorie multipartite de ses débuts au XIXe siècle jusqu'à nos jours.

(27)

LES DEBUTS

And now of Arthur. Whence was he? What did he?

Wherein consisted the real historie outline and body of the greatest imaginative development which the world has ever seen? The Welsh of the Middle Ages believed him to be Cornish beyond question, with his chief seat in the beginning at Celliwig, where the remains of "Arthur' s

castle" are still found. Later, we find him designated as hereditary king of the Silures; or as probably the nephew of a southwestern princelet; or as the son of Merig, a chief in Glamorgan. Brittany has always claimed him for her own. Turning far northward , tradition is loud of him all about Carl isle; and Scotch thoughtfulness and thoroughness, in almost unexarnpled array, have been exerted in proving, as nearly as they can be proven, the claims of the region which afterwards became Strathclyde.

- William Babcock

Tbe Tvo Lost Centur~es of Bri tain1

Babcock suivait la vague des historiens littéraires de la fin du XIX' siecle, qui, opposés aux tendances

analytiques et destructrices du début du siècle: (were) beginning to look on popular legends and romances, not certainly with the uncritical

credulity of the days before Niebuhr, but with the belief of finding in them such records of

historical events as (would) well repay the trouble of investigating them:.

Babcock, Glenn] e et d'autres érudits du XIX" siècle ont tâché de trouver les preuves d'un Arthur historique en

fouillant dans les vieux textes et les anciennes chroniques français et anglais. Dans son History of the Anglo-Saxons

1 Wm. H. Babcock, The Tvo Lost Centuries of Britain,

Philadelphia, J.B. Lippincott, 1890, p.12.

i John S. stuart Glennie, Arthurian Localities: Their

Historical Origin, Cbief Country and Fingalian Relations,

(28)

from the Earliest period to the Norman conquest, dont le

premier fascicule a été publié en 1799, Sharon Turner

consacre un chapitre entier à : «Ancient British Accounts of the battles witn the West Saxons and the authentic

history of Arthur.»

Turner est une des seules personnes citées par Lady Charlotte Guest dans sa traduction des Mabinog~on de 1838, et Roger Loomis l'a nommé parmi les trois premiers et plus importants érudits arthuriens de notre époque!. Turner est le respcnsable des premières traductions anglaises de

plusieurs poèmes et anciens textes gallois. Il se sert de ces textes, des chroniques de Gildas, de Nennius, de Bede et d'autres pour montrer qu'Arthur était le chef breton qui a résisté si vaillamment les attaques de Cerdic, grand chef des Saxons, vers l'an 500'. Turner ajoute aussi que les conteurs et les romanciers ont tellement adulteré les histoires que: «whatever part of them was once true, is overwhelmed and lost in their fictions and manifest

falsifications both of manners and history'.»

Turner était sévèrement critiqué pour son emploi de ces textes considérés comme insignifiants par les critiques de

Roger S. Loomis, «Pioneers Scholarship», BBSIA, 1964, p.95.

in Arthurian

2 Sharon Turner, History of the Anglo-Saxons from the

earliest period t0 the Norman conquest, 7' edition, London,

Longmans, 1852, p.245. Ibid., p.255.

(29)

l'époque. Sa réponse, A Vindîcation of the Genuineness of the Ancient British Poems of Aneurin, Talies~n, Llyvarch Hen, and Merdhin (1803), est presque aussi célèbre que sa

première oeuvre. Dans sa Vindication, Turner proteste

l'authenticité de ces textes et i l fournit des dates des quatre anciens livres du pays de Galles qui ne sont pas loin de celles qu'on leur accorde aujourd'huil

L'oeuvre de Turner était respectée par d'autres grands érudits comme Matthew Arnold, Sir Walter Scott et Joseph Ritson, surtout pour sa traduction du poème Preiddeu Annwfn et pour ses observations là-dessus.

D'autres historiens avaient traité le sujet d'Arthur dans le cadre d'une histoire d'Angleterre ou de BretagneL

,

mais en 1803, Joseph Ritson a produit le premier texte consacré uniquement à la vie d'Arthur: The Life of K~ng Arthur. Reconnu pour son esprit analytique et ses critiques violentes d'anciens textes et de leurs auteurs, Ritson

affirme qu'il circulait sans aucun doute des légendes

d'Arthur avant l'oeuvre de Geoffrey. Ritson est le premier à signaler les vers de Wace où le chroniqueur accuse les

conteurs bretons d'avoir entouré l'histoire d'Arthur de toutes sortes de falsifications. Il discute aussi la

possibilité, ou plutôt l'impossibilité, de l'existence du

Loomis, «Pioneers in Arthurian scholarship», op. cit., p.97.

2 Voir la préface de William Babcock à la fin de ce chapitre.

(30)

«très ancien livre» de Geoffrey, une discussion que reprendra Tatlock cent cinquante ans plus tard\.

Avec une de ses op1nions, Ritson déclenche un débat toujours discuté parmi nos théoriciens d'aujourd'hui. Anglais avant tout, Ritson soutenait la theorie que les Bretons n'ont nullement contribué à la matière de Bretagne. Selon lui, tout ce qu'ils y ont ajouté ils l'avaient appris en Grande Bretagne avant leur émigration en Armorique'.

Lady Charlotte Guest croyait aussi à l'existance de

l~gendes arthuriennes avant l'oeuvre de Geoffrey, et elle était d'accord sur le fait que ces histoires avaient leurs origines en Bretagne insulaire. En 1838, dans son

introduction à la premiere traduction anglaise des

~binogion, Mme Guest explique qU'un mabinogi est un ancien conte d'enfant appartenant au répertoire des anciens bardes celtiques. On n'accepte plus sa définition, mais jusqu'a l'édition suivante des Mabinogion, en 1887, Lady Charlotte

était considérée comme une des plus grandes autorités en matières galloises.

Son édition en trois volumes contient les traductions des onze contes trouvés en état complet dans le Red Book of Hergest, les poèmes de Taliesin, et quelques poèmes trouvés

dans le Black Book of Caermarthen. Son oeuvre est appréciee autant pour ses annotations que pour la qualité d~ ses

2

J.S.P. Tatlock, op. cit., p.17l. Loomis, op. cit., p.10l.

(31)

traductions. Par exemple, Mme Guest est la première à remarquer les deux couches de contes contenues dans le Red Book of Hergest: l'une compos~e d'histoires d'anciens dieux et héros celtiques et l'autre qui chant les exploits

d'Arthur et ses compagnons. Elle écrit que la première

couche était évidemment plus vieille que la deuxième et que parmi les contes les plus récents, certains étaient

probablement d'origines bretonnes. Cependant, elle ne veut pas suggerer que les versions françaises de ces contes précèdent les versions galloises. Ces dernières, selon Mme Guest, ont leurs racines dans les vieilles légendes

galloises qui ont accompagne les Bretons dans leurs émigrations en Armorique après les invasions du pays de Galles par les Romains, et plus tard par les Saxons. Une fois ell France, les anciens contes ont subi de grosses exagerations ~t modifications et sont rentrés au pays de Galles ornés de décorations du goût français-normand1

Cette explication est acceptée par beaucoup de nos théoriciens contemporains comme elle l'était en 1838.

Mme Guest était convaincue de l'antiquité des contes qu'elle a traduits, et essayait de l'établir en évoquant sa théorie de noms geographiques. Contrairement aux Saxons, explique Mme Guest, qui donnaient des noms descriptifs à leur topographie, les Celtes dénommaient les endroits

The Mab~nog~on, ed. Lady Charlotte Guest, London,

(32)

28

d'après un événement supposé d'y avoir eu lieu. Ainsi, conclut-elle, les légendes doivent forcement être

antérieures à la dénomination des endroits qui les immortal isent1

• Quelques uns de ces noms se sont montrés

antérieurs à la première invasion romaine.

Thomas Stephens estimait beaucoup l'oeuvre de Mme Guest. Dans son L~terature of the Kymry, publié en 1849, stephens loue le caractère acheve de son oeuvre et la fidélité de ses traductions. Stephens reprend et

approfondit la théorie de Mme Guest en affirmant que les légendes des Mab~nog~on sont d'origines galloises et que les deux les plus vieux sont les contes arthuriens de Ku~hwch et

O~wen et Le songe de Rhonabwy. Cependant, ajoute-il, Arthur n'était jamais aussi cher aux Gallois qu'il l'etait aux Cyrnry d'Armorique, et i l cite un contemporain de l'Abbe de La Rue quI épousait aussi cette hypothèse des origjnes bretonnes:

Arthur, al though known in Wales as the monarch of the Silures and the valiant opponent of Cerdic, was but one of the many kings and ward ors who fought, though in vain, against the Saxons; but ta the Breton exiles he was thelr own king, who had led them to battle, and whose death was the cause of their flight. Thus the tales of Cderlleon and Camelot gathered splendour from each Breton bard, for they were visionary recollections of another land; but the Welsh bard saw Caerlleon in ruins

Ibid., pp. xix-xxi.

2 Thomas Stephens,

Li tera ture

of

the

Kymry, London,

(33)

and Camelot in the power of the Saxons, and he left them unsung1

Pour la plupart, Stephens s'occupe des sources des

Ma.binog~on, mais il n'hésite pas à suggérer que les mêmes traditions qui inspiraient les auteurs ou plutôt les

compilateurs de ces contes celtiques étaient a la base des romar.s arthuriens. Certes, i l y avait d'autres influences et rnodeles pour les différents éléments et motifs, admet-il, mais il refusE' toute théorie qui veut nier -, origine

cel tique de ces romans ou le rôle des Mabinog~on dans leur composition:

From i ts early chi valry, which furnished the first example for similar institutions, and avlOke in other nations a similar feeling; from the restless aspiration after ideal greatness which became

afterwards infused into the chivalry of Europe; from these, and the Kymry, i ts founders, romance deri ves i ts origin .

Sur les talons de cette renaissance d'intérêt aux

littératures celtiques, suivait une succession de critiques qui niaient Id valeur de ces textes. Parmi les plus

fervents était Adolph Holzmann qui, dans son article

Artus,

déclare que les romanciers français du Moyen Age ne devaie'1t rien aux sources celtiques. Il suggère que Gereint, owein et Peredur, les héros des contes arthuriens dans les

Athenaeum for 1835, p.842; tiré de Stephens, op. cit.,

p.404 •

(34)

30

Mabinogion, n'étaient que des dérivés des romans français et non point le contraire'.

Le nouvel intérêt porté aux littératures celtiques a rallumé la discussion des origines arthuriennes non

seulement entre Breton et Gallois ou entre Normand et

Breton, mais aussi entre Gallois et Ecossais. En 1869, John

s.

stuart G1ennie a publié son livre Arthurian Local~t~es,.

Their Historical Origin, Chief Country and F~ngal~an Re~ations. Au début du texte, on trouve la these principale:

Of no slight historical interest can i t be to show that Arthur and Merlin are neither purely mythic personages, nor mere poetic creations; but that the legends and traditions that Mediaeval

trouveres and troubadours wrought-out into their magnificent romances, were records of actual Pre-mediaeval personages, whose characters and

histories had forcibly impressed the popular imagination" .

Glennie propose sa théorie que le pays dans lequel Arthur lutta contre les Saxons, ainsi que les forêts ou erra le sauvage Merlin, se trouvaient dans le sud de l'Ecosse.

Ce qui nous intéresse surtout chez Glennie c'est qu'il est le premier à suggérer non pas qu'il Y ava i t deux Arthur 1

comme le dira Zimmer en 1890

<,

mais qu'Arthur était un seul personnage composé d'un vrai héros historique et des

Adolph Holzrnann, «Artus», German~a, XII, 1867, p. 257.

Glennie, op. cit., p.5.

Cf. Rhys, stucùes in the Arthurian Legend, London, Clarendon Press, 1891, p.viii.

(35)

légendes qui l'entouraient jusqu'au XIIe siècle. Glennie croyait que c'étaient les événements historiques de l'Age Pré-médiévale et les motifs dans les mythes celtiques qui ont déterminé la forme des romans arthuriens du Moyen Age. Une enquête sur ces deux éléments, dit Glennie,:

will appear as the necessary preliminary to the investigation of the Arthurian branch of a

mythology which is second in interest only to that which has gathered around the historical facts of Christian traditionl

Glennia s'appuie surtout sur les textes de W.F. Skene2 et des sentiments nationalistes de Sir Walter Scott pour soutenir son hypothese. Dans son dernier chapitre, l'auteur présente une théorie de Charles Henry Pearson qui contredit la sienne et celle de Skene. Pearson, dans une lettre

adressée à Glennie, insiste que le personnage d'Arthur n'était surtout pas un chef des Cyrnry du sud de l'Ecosse, mais un petit roi de l'ouest de l'Angleterre. Malgré les bons arguments de Glennie et Skene, la théorie de Pearson est plus acceptée aujourd'hui que celle des Ecossais.

Pendant que la majorité des critiques s'intéressaient à

Arthur et à ses batailles, d'autres s'occupaient des

origines des autres personnages arthuriens. Parmi les plus recherchés étaient les personnages de Gauvain et de Merlin.

Glennie, op. cit., p.1S.

W. F. Skene, The Four Ancient Books of Wa.les,

Edinburgh, Edmonston & Douglas, 1868; Celtic Scotland, (3

(36)

32

En 1865, avant le texte de Glennie, D.W. Nash avait montré que le Merlin des romans était en réalité un melange de trois personnages légendaires, et que le vrai Merlin de

l'histoire était un barde du Nord (le sud de l'Ecosse, selon Skene et Glennie), au

vr

siècle!.

S.F. surtees, un des principaux historiens des anciens textes anglais, s'est occupé aussi de l'identité du

personnage de Merlin. Son petit texte, Merlin and Arthur,

démasque un certain Germanus, trouvé dans Jes chroniques d~

Gildas, Nennius et Bede. Selon Surtees, le Merlin des

romans était en réalité ce Germanus des chroniques. Clerc, guerrier et ami des autorités romaines, ce Gerrnanus voyagea en Angleterre au VP

siècle pour lutter contre les

Armoricains. Pendant son séjour, i l conçut Arthur avec la fille du roi de Demitia. Germanus fit enlever l'enfant de sa mère et l'envoya chez son ami Lupus (selon Layamon), ou Ulf (selon Nennius) ou Blase (selon Wace). A la mort du roi Uther Pendragon, Germanus s'approcha du roi et fit mine que le roi lui confia ses derniers mots. Puis Germanus annonça

à la cour que le roi avait un fils, heritier du trône.

Merlin fit chercher son fils Arthur, et Arthur devint le roi de Bretagne2

D.W. Nash, Merl~n, or the early h~story of K~ng

Arthur, (2 vol.), London, The Early English Text Society, no.

10, 1865.

2 S. F. Surtees, Mer l~n and Arthur, London, The Ea r 1 y

(37)

33

La vraie identité des personnages arthuriens et leurs rôles dans l' histoire de Bretagne étaient les suj ets les plus importants et les plus travaillés par les spécialistes arthuriens jusqu'aux années 1890'. Les historiens de cette ère scientifique cherchaient desespérément une preuve

empirique de la gloire de leur héros national, mais avant le milieu du siecle, personne n'avait considéré la possibilité d'une vérite historique cachée dans la littérature ou le folklore des Cel tes. Comme remarque Glennie dans son introduction, les auteurs de la deuxième moitie du siècle sondaient ces mythes et legendes avec l'espoir d' Y trouver un morceau d'histoire1

Afin de justifier leurs recherches, les étudiants des mythes et legendes ont dû prouver que ces traditions

existaient =want les premières textes historiques.

Autrement on pouvait dire que les légendes se basaient sur les chroniques, et la question seraj t renvoyée aux

historiens. La majorité des historiens croyait que la légende d'Arthur trouvait ses origines dans l'oeuvre de Geoffrp.y. Mais ils ne savaient pas expliquer les nombreux details sur la vie et la mort d'Arthur qui se trouvent nulle part dans les documents historiques qu'il dit avoir employés comme sources. Certains historiens croyaient que Geoffrey s'est appuye sur une légende arthurienne deja en circulation

(38)

à l'époque. Mais comment prouver l'existence d'une tradition orale?

Pia Rajna a attaqué le problème du point de vue philologique. Il a fouillé dans les archives italiennes pour les premiers enregistrements de noms arthuriens dans le

nord de l'Italie. Dans son article, Rajna montre que les noms de plusieurs héros des Romans de la Table Ronde sont arrivés en Italie bien avant 11501

• Selon ses recherches,

ou les romans français sont antérieures a l'oeuvre de Geoffrey et aux romans antiques, ou une tradition orale concernant Arthur et ses compagnons circulait en Europe avant les contes écrits.

La même année, Alfred Nutt, celui qu'on appelait le théoricien le plus ardent pour la théorie des origines cel tiques du Graal avant Loomis, a publ ié Stuches on 'the Legend of 'the Roly Gra~l. Dans son texte, Nutt signale deux formules pour le thème de la quête dans la litterature

celtique: celui du parent qui venge une vendetta, ct celui d'un voyage au château ensorcéle. Nutt est un des premiers

à chercher des paralleles entre les motifs arthuriens de Chrétien et la littérature celtique, sans vouloir établir

pia Rajna, «Gli eroi Brettoni nell'onomastica

italiana deI secol0

xii»,

Roman~a, XVII, J888, pp.355-365.

L Alfred Nutt, sturues on 'the Legend of the Roly Gra~l,

vith spec~al reference 'ta the hypothes~s of Celüc or~g~n,

London, Harrison

&

Sons, Printers, for the Folk-lore Society,

(39)

l'historicité des perbonnages. Il s'intéressait plutôt à

l'histoire de la légende:

The history of the legend of the Holy Grail is, thus, the history of the graduaI transformation of old Celtic folk-tales into a poem charged with Christian symbolism and mysticisml

Une des théories très discutées parmi les critiques du XIX" siècle considérait les romans arthuriens comme

compilations de lais bretons. Dans le trentième volume de

l'H~stoire l~ttéra~re de la France, Gaston Paris, fils de Paulin raris, a publié un article sur les origines du roman arthurien dans lequel il présente sa propre théorie des origines anglo-normandes. Il nie complètement l'idée des origines bretonnes, disant qu'il n'était qu'après la

conquête normande, lorsque les envahisseurs avaient appris les contes et les légendes des Gallois et les avaient

introduits dans la société littéraire de la France, que les Bretons ont commencé à composer leurs lais. c'etaient donc, les Gallois qui ont chanté les premiers lais bretons en France .

Paris avance aussi la théorie de Stephens d'un possible traducteur du douzième siècle nommé Bledri ou Bléri,

mentionne d'abord par Giraldus Cambrensis dans son

Descr~pt~o Kambr~ae. Bledri serait la forme gallois du nom

Nutt, op. cit., p.227.

2 Gaston Paris, «Les Romans en vers du cycle de la

Table Ronde», dans L'histoire littéraire de la France, XXX,

(40)

Bléri ou Bréri qu'on trouve dans le Tristan de Thomas, qui écrit en 1170

Nel dient pas sulum Breri,

Ky soIt les gestes et les cuntes De toz les reis, de toz les cuntes Ki orent esté en Bretaingne1

Evidemment, Paris comprenait le terme «Bretaingne» dans son sens anglais.

En 1890, Heinrich Zimmer, un des plus prolifiques et des plus cités des théoriciens du dernier siècle, a sorti deux compte rendus de livres récemment publies sur les romans arthuriens'. Zimmer voulait montrer que les lais étaient d'origine armoricaine et pas du tout galloise comme M. Paris l'avait suggére. En tous les cas, dit-il, ces lais n'étaient pas les sources des romans arthuriens parce que les sources de Chrétip.n étaient en prose. En plus, pour accomoder les auditeurs normands, les conteurs devaient traduire les contes de leur langue maternelle en français-normand. Cela aurait été plus facile pour les Bretons de l t Est qui avaient déj à appris le français des Normands'.

Zimmer propose deux Arthurs: l'un dans les romans, d'origine bretonne, l'autre d'origine galloise qU'on trouve chez Nennius. Il soutient son argument par l'observation de

Rhys, op. cit., pp.373-374.

2 Dans Gott~ng~sche Gelehrte Anze~gen, pour l'année 1890, aux paged 488-528, Zimmer critique l'article de Paris; aux pages 785-832, il discute l'oeuvre de Nutt.

(41)

certains noms dans les romans qui ne trouvent aucun parent dans la langue galloise. D'autres noms sont sans doute d'origine galloise et Zimmer explique que ceux-ci venaient probablement d'un vieux conte ou légende du pays de Galles.

Parmi ceux qui n'acceptaient pas l'hypothèse celtique, Wendelin Golther était un des plus fervents. Dans deux

articles publiés dans le Zeitschrift fur vergleichende

Literaturgeschichte, Neue Folge de 1890, il résume les grandes lignes de sa thèse:

The Celtic names in the French romances of the Arthurian cycle are due in large measure to

fashion and caprice (p.2l5) after the conquest of England had made the matter popular, and they no more imply necessarily Celtic origin for the stories in which they appear than Germanie names in the Chansons de Geste imply Germanie ~rigin for the stories of these poems1

En 1895, dans un article intitulé: Etudes sur la

provenance du cycle arthurien, Ferdinan~ Lot défend les origines galloises, ou plus spécifiquement cornouaillaises, des lais bretons et de la légende d'Arthur. Contrairement à

ce que dit Zimmer, Lot affirme que les mots Bretuns,

Britones, Britanni, Britanniae, etc., désignaient aux XIe et

XII~ siècles et les peuples d'Armoriques et ceux de Galles, de Cornouaille et de Devonshire.

Lot n'acceptait pas les déclarations de Foerster et ses compatriots qui semblaient aveuglés à l'évidence en faveur

1 «Znr Frage nach der Entstehung der bretonischen oder

Artus-Epen», pp.211-219; et «Beziehungen zwischen tranzosischer und kel tischer Li teratur im Mi ttel-al ter», pp.409-425; traduction de J.D. Bruce, op. cit., vol. l, p.39.

(42)

des sources celtiques. Sa réaction contre les articles de Zimmer exemplifie les opinions de ces contemporains

lorsqu'il écrit:

Les quatre articles de M. Zimmer sur les romans arthuriens sentent, du reste, la fièvre et

l'improvisation. Ils ont été écrits au courant de la plume. L'auteur s'est laissé emporter par son imagination dans bien des cas. Il en est resulte qu'à côté de pages brillantes et solides, le

lecteur rencontre trop souvent des passages véritablement lamentables!.

John Rhys, professeur de Celtique à l'Universite

38

d'Oxford, soutenait et approfondissait les opinlons de Lot, sans insister sur les origines cornouaillaises. Souvent considéré comme le chef de l'hypothèse celtique avant l'ère de Loomis, Rhys a publié son histoire de Celt~c Br~ta~n en 1884. Entre 1887 et 1890 il a édité, avec J. Gwenogvryn Evans, le Red Book of Hergest et le Black Book of

Caer.martnen, et en 1891 i l a sorti son oeuvre capitale, studies in the Arthurian Legend.

C'était Rhys, selon Robert Fletcher/ , qui a formule le principe fondateur de l'hypothèse celtique:

In Irish and Welsh literature, the great figures of Celtic mythology usually assume the character of Kings of Britain and the slster island ( . . . ) and most of the myths of the modern Celts are to be found manipulated so as to form the opening chapters of what has been usually regarded as the early history of the British Isles',

Ferdinand Lot, op. cit., p.497. 2 Fletcher, op. cit., p.97.

(43)

Rhys est le premier à suggérer que seulement quatre des mabinogion de Lady Charlotte sont authentiques, à savoir

Pwyll Prince de Dyved; Bran ven , fil~e de L~yr; Manawydan, fils de Llyr; et ~th, fils de Mathonwy. Il est d'accord

avec Mme Guest que ces contes ont été apportés en Bretagne par les émigrants gallois puis rapportés au pays de Galles avec quelques remaniements normands. Cependant, Rhys croit que le mot mabigoni s'appliquait aux contes que devaient mémoriser les apprentis des bardes. Il ne s'agissait pas de contes d'enfants.

Rhys affirme qu'Arthur n'était pas un personnage historique, mais un héros des légendes celtiques:

Had we here to deal with history, one would expect to find that the Arthurian stories did not treat the characters of The Mab~nog~on as Arthur's contemporaries. But that of Kulhvch and Olven

looks as if the story-teller had set himself the task of swelling Arthur's train by introducing into i t aIl kinds of possible and impossible persons and personifications ( . . . )J.

Juste avant la pUblication des stu~es in the Arthurian Legend de M. Rhys, un petit livre de William Babcock,

intitulé The Tvo Lost Centuries of England est sorti des

presses. Dans son livre, l'aut~ur tente de reconstruire l'histoire de Bretagne du temps d'Arthur. Dans son

introduction il avoue avoir présenté le probable là où i l manquait de faits, mais ses sources sont fiables et il les emploie fréquemment. L'oeuvre de Babcock nous est utile en

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