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L'impact de la supervision sur les états mentaux du contre-transfert

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Academic year: 2021

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(1)

NADIA BARIBAULT

Π99

L’IMPACT DE LA SUPERVISION

SUR LES ÉTATS MENTAUX DU CONTRE-TRANSFERT

Mémoire présenté

à la Faculté des études supérieures de Γ Université Laval

pour l’obtention

du grade de maître es psychologie (M.Ps.)

École de psychologie

FACULTÉ DES SCIENCES SOCIALES UNIVERSITÉ LAVAL

OCTOBRE 1999

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Résumé

Ce mémoire étudie l’impact de la supervision sur le contre-transfert de thérapeutes novices. Pour ce faire, on observe les états mentaux de 20 étudiants pré-gradués en psychologie placés dans le rôle de thérapeute. Dix d’entre eux sont supervisés et composent le groupe expérimental alors que 10 autres, sans supervision, constituent le groupe contrôle. Le contre-transfert est mesuré sur les échelles rationnelle/obj ective, réactive et réflexive de la Grille d’analyse du contre-transfert (GAC). Pour l’échelle rationnelle/objective, les résultats ne démontrent aucune différence significative entre les scores des 2 groupes. À l’échelle réactive, les scores des thérapeutes non supervisés sont significativement plus hauts que ceux des thérapeutes supervisés. Enfin, contrairement à ce qui était attendu pour l’échelle réflexive, les scores des thérapeutes supervisés ne sont pas significativement plus élevés que ceux du groupe non supervisé. Les résultats laissent donc croire que la supervision a un effet sur l’état mental réactif des thérapeutes novices.

Nadia Baribault, étudiante à la maîtrise

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Avant-propos

Un mémoire de maîtrise, c’est un processus au cours duquel l’étudiant se mesure à ce que pourra être sa carrière. Dans le cadre de ce projet, il est appelé à utiliser les connaissances théoriques et les habiletés pratiques qu’il a acquises tout au long de sa formation. Il doit apprendre à devenir le moteur de son travail. Plusieurs personnes m’ont accompagnée ou conseillée tout au long de ce cheminement et je tiens à souligner leur appui.

Tout d’abord, je remercie chaleureusement mon directeur de mémoire, monsieur André Renaud, pour l’aide apportée et pour les nombreuses connaissances cliniques qu’il m’a transmises au cours de ma maîtrise. Son enthousiasme a été un véritable support pour moi. Il a su me communiquer une vision fertile et nuancée de la psychologie. Sa curiosité, sa vivacité, sa rigueur intellectuelle et sa grande humanité sont des exemples à suivre pour moi.

Par ailleurs, bien rares sont les recherches qu’on peut mener à terme seul, isolé de la communauté scientifique. Des travaux antérieurs suggèrent souvent la route à suivre, les connaissances acquises par d’autres nous permettent de gravir un échelon de plus. Ce sont les efforts concertés qui débouchent sur une compréhension riche de la réalité. Aussi, j’adresse un merci tout spécial à madame Lina Normandin, pour m’avoir permis d’utiliser la grille d’analyse du contre-transfert (GAC) et m’avoir enseigné son utilisation. Il a été très enrichissant pour moi de la côtoyer.

D’autre part, je ne peux passer sous silence l’appui d’Éric Dubé et ses sages conseils pour les analyses statistiques. Je remercie aussi cordialement Kathy Parent pour sa

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participation à la cotation des protocoles. Enfin, je tiens à mentionner l’excellent soutien technique procuré par Hans !vers et Denis Lacerte du Service d’aide à la recherche de l’École de psychologie.

En terminant, j’adresse un merci du fond du coeur à ma grand-mère, Francine Masson Baribault, pour le support qu’elle m’a offert si généreusement.

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Table des matières

RESUME...2

AVANT-PROPOS... 3

TABLE DES MATIERES... 5

LISTE DES TABLEAUX ET FIGURES... 7

1. LE CONTRE-TRANSFERT... 9

1.1. Historique: les définitions du contre-transfert...9

1.1.1. Première période (1909-1915)...10

1.1.2. Deuxième période (1916-1945)...11

1.1.3. Troisième période ( 1946-1960)... 12

1.1.4. Quatrième période (1961 à aujourd’hui)...13

2. LE CONTRE-TRANSFERT DANS LA PRATIQUE CLINIQUE...15

2.1. Les difficultés contre-transférentielles relatives à Γinexpérience du thérapeute...16

2.2. Les difficultés contre-transférentielles relatives à Γhistoire du client...17

2.3. Les difficultés contre-transférentielles relatives à l’histoire du thérapeute... 20

3. Lasupervision...21

3.1. La supervision et les difficultés contre-transférentielles relatives à l’histoire du thérapeute...21

3.2. La supervision et les difficultés contre-transférentielles relatives à l’histoire du client... 24

3.3. Impact de la supervision...25

4. Un OUTIL POUR MESURER TROIS ETATS MENTAUX DU CONTRE-TRANSFERT: LA GRILLE D’ANALYSE DU CONTRE-TRANSFERT (GAC)... 26

4.1. L’état mental rationnel/objectif...27

4.2. L’état mental réactif... 28

4.3. L’état mental réflexif...30

4.3.1. Émergence... 31

4.3.2. Immersion... 32

4.3.3. Élaboration... 33

4.3.4. L’interprétation... 34

5. Quelsétatsmentauxdelagrilled’analyseducontre-transfert (GAC) pourrontchangerau COURS DE LA SUPERVISION?... 35 5.1. Échelle rationnelle/objective... 35 5.2. Échelle réactive... 36 5.3. Échelle réflexive... 37 6. Leshypotheses... 37 METHODE... ...38 1. Sujets... 38

2. L’instrumentdemesure: lagrilled’analyseducontre-transfert (GAC)...39

2.1. Niveau de correction... 39

2.2. Cotation de la grille d’analyse du contre-transfert (GAC)...39

2.3. Formation... ;...40

2.4. Correction des protocoles... 40

2.5. Validité...,... 41

2.6. Entente interjuge...42

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3. Lesstimuli...42

3.1. Le médium...42

3.2. Acteur ou client... 43

3.3. Les vignettes cliniques présentées...43

4. Lasupervision...43

5. Strategieméthodologique... 44

RESULTATS... 45

1. Ententeinterjuge... 45

2. Comparaisondesgroupes...45

2.1. État mental rationnel/objectif... 46

2.2. État mental réactif... 46

2.3. État mental réflexif... 46

DISCUSSION... 47

REFERENCES... 56

BIBLIOGRAPHIE...59

72 ANNEXE.

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Liste des tableaux et figures

TABLEAU 1

Verbatim du protocole de la grille d’analyse du contre-transfert (GAC)

du sujet 19, supervisé, visionnant la première vignette (V!)...61

TABLEAU 2

Verbatim du protocole de la grille d’analyse du contre-transfert (GAC)

du sujet 19, supervisé, visionnant la dixième vignette (V!0)...63

TABLEAU 3

Verbatim du protocole de la grille d’analyse du contre-transfert (GAC)

du sujet 17, non supervisé, visionnant la première vignette (V!)... 65

TABLEAU 4

Verbatim du protocole de la grille d’analyse du contre-transfert (GAC)

du sujet 17, non supervisé, visionnant la dixième vignette (V!o)... 66

TABLEAU 5

67 Cotation macroscopique des protocoles de la grille d’analyse du

contre-transfert (GAC) du sujet 19, supervisé, et du sujet 17, non supervisé, à chacune des vignettes...

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TABLEAU 6

Résultats de l’analyse de puissance pour les trois échelles de la grille

d’analyse du contre-transfert (GAC)... 68

FIGURE 1

Score moyen (et écart-type) à l’échelle rationnelle/objective de la grille d’analyse du contre-transfert des groupes supervisé (n = 10) et

non supervisé (n = 10) pour chacune des 10 vignettes... 69

FIGURE 2

Score moyen (et écart-type) à l’échelle réactive de la grille d’analyse du contre-transfert des groupes supervisé (n = 10) et non supervisé

(n = 10) pour chacune des 10 vignettes... 70

FIGURE 3

Score moyen (et écart-type) à l’échelle réflexive de la grille d’analyse du contre-transfert des groupes supervisé (n = 10) et non supervisé

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Impact de la supervision sur les états mentaux du contre-transfert

1. Le contre-transfert

De plus en plus, les auteurs s’entendent pour reconnaître l’importance du thérapeute1 comme facteur curatif (Casement, 1991; Sandler, 1976). Plusieurs facettes du thérapeute pourraient être étudiées. Cette recherche se penche sur l’étude du contre-transfert, considéré par Viderman (1982) comme un outil de première importance dans le changement thérapeutique. La gestion du contre-transfert est récemment devenue un volet important de la formation et de la supervision des psychothérapeutes (Book, 1987; Cook & Buirski, 1990; Hayes & Gelso, 1991, tous cités dans Dubé & Normandin, 1999). Dans un tel contexte, il est justifié de chercher à mieux comprendre l’impact que peut avoir la supervision sur le contre-transfert. L’objectif de cette recherche est d’explorer quelles facettes de la réaction contre-transférentielle semblent touchées par le travail de supervision.

1.1. Historique: les définitions du contre-transfert

Dans ses travaux, Normandin articule les différentes conceptions du contre- transfert (Bouchard, Normandin & Frôté, 1994; Bouchard, Normandin & Séguin, 1995; Dubé & Normandin, 1999; Lecours, Bouchard & Normandin, 1995; Normandin, 1991; Normandin & Bouchard, 1993). Elle explique comment le contre-transfert en est venu à être perçu comme un instrument pouvant aider le thérapeute à entrer en contact avec le monde interne de son client. Elle présente l’évolution de ce concept grâce à quatre grands

1Afin de respecter les textes originaux, les termes “analyste”, “psychanalyste” et “thérapeute” sont utilisés comme synonymes tout au long de ce travail. Par ailleurs, les termes “patient” et “client” sont aussi considérés comme étant équivalents.

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moments. Frôté et Bouchard (1993) ont aussi nommé, daté et décrit l’évolution du concept de contre-transfert.

1.1.1. Première période ( 1909-19151,

C’est en 1910, dans un article intitulé “Perspective d’avenir de la thérapeutique analytique ” que Freud introduit le terme “ contre-transfert ” (Frôté & Bouchard, 1993) Il considère alors que le contre-transfert survient lorsque le client exerce une influence sur les sentiments inconscients du thérapeute. Il voit le contre-transfert comme un obstacle interférant avec la capacité de l’analyste à percevoir et à comprendre clairement l’inconscient de son client. Pour Freud, le contre-transfert révèle une zone non analysée ou mal analysée chez le thérapeute. Il s’agit, en somme, d’une réaction provenant d’une perturbation, d’une imperfection chez ce dernier. Cette tache aveugle l’empêche d’être véritablement neutre et compromet une compréhension claire du client (Normandin, 1991). C’est pourquoi il insiste sur l’importance, pour le thérapeute, de reconnaître et de maîtriser son contre-transfert, positif ou négatif, afin de retourner à une position de neutralité technique. Cette première perception du contre-transfert est généralement nommée “ position classique ” (Normandin, 1991)

Toutefois, Freud a travaillé certains thèmes qui laissent déjà entrevoir l’usage plus large qu’on peut faire du contre-transfert. Notamment, lorsqu’il note:

l’inconscient de l’analyste doit se comporter à l’égard de l’inconscient émergeant du malade comme le récepteur téléphonique à l’égard du volet d’appel. De même que le récepteur retransforme en ondes sonores les vibrations téléphoniques qui émanent des ondes sonores, de

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même l’inconscient du médecin parvient, à l’aide des dérivés de l’inconscient du malade qui parviennent jusqu’à lui, à reconstituer cet inconscient dont émanent les associations fournies. (Freud,

1912b, p.66-67, tel que cité dans Frôté & Bouchard, 1993)

Il se dégage déjà de ce texte l’idée que l’analyste puisse utiliser son propre inconscient comme instrument de travail. Freud admet que l’inconscient du thérapeute peut s’avérer utile pour le processus thérapeutique. Néanmoins, l’image publique qui s’est dégagée lors de cette première période semble condamner le contre-transfert à être vu comme une entrave au progrès de la thérapie.

1.1.2. Deuxième période (1916-1945).

Cette deuxième période est considérée comme étant une période de “ latence intellectuelle ” (Frôté et Bouchard, 1993, p.148). Quelques travaux tentent d’explorer le contre-transfert sous de nouveaux éclairages, d’en découvrir des aspects encore cachés. Néanmoins, la valence négative qui a tout d’abord été accolée au contre-transfert persiste et ces nouvelles conceptions ne trouvent pas d’écho.

Ferenczi est un des auteurs incontournables de cette seconde période. Il argumente qu’en raison du simple fait qu’il soit un être humain, un thérapeute est nécessairement susceptible d’humeurs. Même s’il a traversé une analyse personnelle, le thérapeute garde son caractère propre et est sujet à des élans pulsionnels; il peut ressentir des sympathies et des empathies envers son client. C’est d’ailleurs cette sensibilité qui l’aidera à comprendre les conflits psychiques de ce dernier. Dans cet esprit, Ferenczi remet en question l’idéal de parfaite neutralité de l’analyste. Bahnt & Bahnt et Karen Horney

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abondent aussi dans ce sens. Puisqu’il est peu probable que le thérapeute élimine son contre-transfert, Ferenczi propose qu’il apprenne à le maîtriser. Quelques années plus tard, Ferenczi suggère qu’il soit possible de parler de maîtrise du contre-transfert à partir du moment où le thérapeute maintient une “ oscillation perpétuelle entre ‘sentir avec’, auto-observation et activité de jugement” (1928b, p.61, tel que cité dans Frôté & Bouchard, 1993). En 1926, Hélène Deutsch propose une conception similaire du contre-transfert (Frôté & Bouchard, 1993). Selon elle, le contre-transfert n’est pas en lui-même bénéfique ou nuisible au processus thérapeutique. C’est plutôt !’utilisation qu’en fait le thérapeute qui est déterminante. Un thérapeute qui apprend à maîtriser son contre-transfert et qui développe sa capacité à se libérer de ses identifications est susceptible de transformer son contre-transfert en un instrument. À l’opposé, lorsqu’un thérapeute reste fixé dans une identification, le contre-transfert se transforme en un obstacle au processus thérapeutique.

1,1,3. Troisième période ( 1946-1960).

Ce n’est qu’au tournant des années cinquante qu’un changement important s’opère dans les attitudes face au contre-transfert. La publication de l’article de Paula Heimann en 1950 constitue certainement un moment majeur de cette troisième période. Elle remarque que l’idéal de parfaite stérilité proposé aux analystes incitent ces derniers à fuir, à refouler ou à nier leurs réactions. Elle ajoute que cette attitude nuit à l’avancement de la thérapie. Elle propose donc sa définition du contre-transfert: l’ensemble des sentiments vécus par le thérapeute dans sa relation avec le client. À son avis, cette réponse émotionnelle est un instrument important pour comprendre le monde interne du client. Malgré le courant

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dominant qui impute le contre-transfert à Γimperfection du thérapeute, Heimann soutiendra que “ le contre-transfert de l’analyste n’est pas seulement une partie ou une parcelle de la relation analytique; il est la ‘création’ du client, il fait partie de sa personnalité ” (1950, p.27, tel que cité dans Frôté & Bouchard, 1993).

Lors de cette troisième période, les idées de Mélanie Klein concernant les relations objectales primitives permettent la compréhension plus juste de clients qui portent dans leur monde interne des objets clivés. Pour composer avec les fortes charges émotives rattachées à ces représentations partielles, ces clients utilisent des mécanismes de défense archaïques et peu coûteux, tels que le clivage et l’identification projective (Normandin & Bouchard, 1993). À la lumière de ces mécanismes, différents auteurs kleiniens proposent que le monde interne du client, les objets partiels et les parties projetées de sa personnalité s’expriment à travers les émotions, les sensations, les images et les fantasmes de l’analyste. Ainsi, les objets partiels primitifs sont communiqués au thérapeute par des attitudes plutôt que directement à travers des mots. (Normandin & Bouchard, 1993). Par conséquent, les émotions contre-transférentielles que vit l’analyste sont considérées comme étant induites par le client. On peut aisément comprendre comment, lors de cette seconde période, on en est venu à voir le contre-transfert comme étant la création du client. A partir de ce moment, on conçoit le contre-transfert comme une source précieuse d’informations concernant les relations objectales du client.

1.1.4, Quatrième période (1961 à aujourd’hui).

Lors de la quatrième période, les efforts viseront à articuler les différentes conceptions du contre-transfert développées jusqu’alors. En 1965, Kernberg distinguera

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deux grands courants qui ont marqué l’évolution du contre-transfert: la position “classique” et la position “totaliste” (Bouchard, Normandin & Frôté, 1994; Froté & Bouchard, 1993). La position classique s’apparente à la définition première qu’en a fait Freud et définit le contre-transfert comme étant redevable à des zones mal analysées ou non analysées chez le thérapeute. La position totaliste s’inspire des idées de Hermann. Au lieu d’opposer les deux positions, Kernberg propose un point de vue intégratif. Il suggère que le contre-transfert, tel que présenté par la position classique, constitue une facette parmi d’autres du phénomène. Par exemple, selon Kernberg (1965, tel que cité dans Kemberg, 1994), le contre-transfert du thérapeute est le produit de quatre facteurs: (a) les conflits inconscients réactivés ou non résolus du thérapeute (partie du contre-transfert qui rappelle la position classique), (b) la réalité externe du thérapeute et ses réactions vis-à-vis d’éléments tiers, (c) les contributions du transfert du client et (d) la réalité du client. Plus encore, Kernberg suggère que la définition du contre-transfert de la position totaliste comprenne celle de la position classique et que ces diverses définitions soient à l’image des poupées gigognes,

c’est-à-dire dotées de la capacité de s’imbriquer les unes dans les autres, la présence de celles-ci n’entraînant plus fatalement l’exclusion de celles-là, leur différence n’étant en réalité que le reflet du point de vue que l’on adopte, et leur nombre réussissant à décrire toute l’étendue de ce phénomène. (Froté & Bouchard, 1993, p. 154)

Dans la suite des travaux menés sur la grille d’analyse du contre-transfert (GAC) (Bouchard, Normandin & Frété, 1994; Bouchard, Normandin & Séguin, 1995; Dubé &

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Normandin, 1999; Lecours, Bouchard & Normandin, 1995; Normandin, 1991; Normandin & Bouchard, 1993), la conception du contre-transfert utilisée dans cette recherche est celle de la position totaliste “ intégrative ”, telle que proposée par Kernberg. Le contre-transfert est considéré, certes, comme pouvant être un point aveugle du thérapeute, mais aussi comme pouvant être un outil permettant la cueillette d’informations précieuses sur les relations objectales et le mode d’organisation interne du client.

2, Le contre-transfert dans la pratique clinique

Bien sûr, ce n’est pas l’activation du contre-transfert en tant que telle qui amène le changement thérapeutique. De fait, un contre-transfert peut apparaître dans plusieurs types de relations interpersonnelles sans qu’un effet curatif soit observé. C’est plutôt !’attention portée aux informations recueillies grâce à cet outil, leur analyse, leur élaboration et le retour possible au client qui alimentent le processus thérapeutique. D’ailleurs, pour plusieurs auteurs (Alexandrie & Vaslamatzis, 1993; Carpy, 1989; Hamilton, 1990; Kernberg, Selzer, Koenigsberg, Carr & Appelbaum, 1989; Loewald, 1986; McDougall, 1993; Ogden, 1993; Spillius, 1988; Volkan, 1993, tous cités dans Kernberg, 1994), le contre-transfert fournit des informations fondamentales sur la nature dominante du transfert et constitue, à ce titre, un élément essentiel de la technique psychanalytique.

Comment le thérapeute utilise-t-il son contre-transfert comme outil de travail? D’une manière générale, selon Winnicott (1969), la relation qu’établit le client avec le thérapeute constitue une relation d’objet. Selon Renaud et Chouinard (1988), cette

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nouvelle relation d’objet qui s’installe au fil des séances rappelle, dans !’ici et maintenant, les sentiments et les représentations d’objets reliés à des expériences précoces. Ces auteurs vont jusqu’à dire que la situation thérapeutique invite implicitement la personne à revivre la première relation objectale. C’est lorsque le thérapeute s’immerge dans le matériel du client que des sensations, des émotions, des images, des représentations, des souvenirs surgissent dans son esprit. Il s’agit là d’une réaction contre-transférentielle normale. Ces images aident le thérapeute à percevoir et à imaginer les caractéristiques du monde interne de son client. Heimann (1977) soutient d’ailleurs que le contre-transfert est un outil fort utile pour accéder au monde fantasmatique du client. Une fois qu’il a pris conscience de ce matériel, le thérapeute a !’opportunité de travailler, d’élaborer par lui-même ces émotions et ces représentations pour, par la suite, les rendre au client sous une forme transformée. À travers !’élaboration et !’interprétation du matériel, le thérapeute revient à une position de neutralité technique. Conséquemment, le thérapeute oscille normalement entre une position d’identification et une position d’observation (Renaud et Labbé,1999).

2,1. Les difficultés contre-transférentielles relatives à l’inexpérience du thérapeute

Plusieurs superviseurs expérimentés s’entendent pour dire que les jeunes thérapeutes ont de grandes difficultés à gérer leur contre-transfert (Buckley, Karasu & Charles, 1979; Schowalter, 1985, tous cités dans Dubé & Normandin, 1999). Un premier obstacle semble être leur difficulté à cerner les indices de la dynamique inconsciente du client. Ils ne savent pas quels signes regarder afin de découvrir les représentations internes et les relations object aies du client. De plus, ces auteurs remarquent que les thérapeutes novices n’identifient pas bien leurs propres réactions contre-transférentielles et montrent

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une inhabileté à tolérer les fortes charges émotives de la part du client. Enfin, ils utilisent avec excès !’intellectualisation et tentent souvent des interprétations trop précoces.

Un premier travail à caractère pédagogique semble devoir être fait avec les novices. Or, la supervision remplit, dans un premier temps, cette fonction. Parlant de son expérience avec les couples, Halperin (1991) note que la supervision permet au thérapeute d’accéder aux états mentaux qui sous-tendent ses interventions et d’en améliorer la maîtrise. Le thérapeute peut ainsi mieux les utiliser pour faire avancer le processus thérapeutique. Pour lui, une bonne supervision permet au thérapeute d’évaluer et d’analyser les manifestations et les enjeux de son contre-transfert. Lejeune thérapeute apprend dès lors à utiliser son contre-transfert. Cependant, des thérapeutes expérimentés éprouvent aussi à l’occasion des difficultés contre-transférentielles. L’inexpérience du thérapeute ne semble donc pas être la seule cause des difficultés contre-transférentielles.

2.2. Les difficultés contre-transférentielles relatives à l’histoire du client

Certains clients peuvent susciter des réactions contre-transférentielles massives. En raison des relations objectales rejouées en thérapie, le thérapeute peut se sentir manipulé, perdu, ou même confus. Néanmoins, même face à un transfert archaïque et massif du client, le contre-transfert peut encore être utilisé à des fins thérapeutiques. Par exemple, devant une identification projective de la part de son client, le thérapeute peut devenir observateur de son propre contre-transfert, l’élaborer et donner sens à ce matériel afin d’offrir une interprétation structurante au client. Pour Gabbard (1994), !’identification projective n’est pas qu’un mécanisme de défense; elle implique aussi une composante interpersonnelle.

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L’identification projective est un moyen de communication par lequel le client incite le thérapeute à ressentir une palette d’émotions semblables aux siennes. Lors de !’identification projective, le client installe une relation d’objet et induit différentes représentations chez le thérapeute Les parties projetées sont généralement celles que le client ne parvient pas à intégrer dans sa personnalité (Kernberg, 1994). En outre, il semble que la partie que le client projette dans le thérapeute soit bien souvent un objet partiel. En effet, le clivage et !’identification projective sont des mécanismes fortement fiés (Grotstein, 1981, tel que cité dans Gabbard, 1994). Ainsi, le Soi intolérable du client ou encore les représentations primitives d’objets chargées d’affects agressifs sont projetés sur le thérapeute (Sandler, 1976, tel que cité dans Kernberg, 1994). À ce sujet, Grotstein (1981, tel que cité dans Gabbard, 1994) et Kernberg (1987b, tel que cité dans Gabbard, 1994) soulignent que !’identification a lieu dans le projecteur (le client) et que le thérapeute devient un écran, une cible. Tant et aussi longtemps que le thérapeute reste inconsciemment identifié au soi ou à l’objet qui est projeté sur lui, il est fort probable qu’il ressente de la confusion, qu’il ne parvienne pas à une compréhension claire de la dynamique du client.

À partir du moment où le thérapeute prend conscience des rôles attribués aux protagonistes, il devient possible de concevoir le contre-transfert comme un moyen d’obtenir de Γinformation sur les relations d’objets précoces du client. Plus encore, Ogden (1979, tel que cité dans Gabbard, 1994) suggère que !’identification projective puisse être un chemin pour le changement psychologique. Cet auteur ajoute à !’identification projective une étape lors de laquelle le thérapeute modifie, par l’élaboration, le matériel

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projeté par le client pour ensuite le lui retourner sous forme assimilable. Pour Ogden, !’identification projective peut se diviser en trois phases (a) Le client projette une représentation de soi ou de l’objet dans le thérapeute, (b) Le thérapeute s’identifie inconsciemment avec ce qui est projeté et commence à se sentir ou à se comporter conformément à la représentation de soi ou d’objet projetée sur lui. Grinberg appelle cet aspect du phénomène une contre-identification projective (1979, tel que cité dans Gabbard, 1994). (c) Le matériel projeté est traité psychologiquement et modifié par le thérapeute. Tout comme c’était le cas avec des enjeux moins primitifs, c’est encore ici par l’écoute de ses propres réactions émotives, affectives et pulsionnelles que le thérapeute en arrive à prendre en lui-même des nouvelles de son client Ce travail lui permet de découvrir une part des aspects clivés ou projetés par le client et d’évaluer la particularité et les enjeux de cette dynamique. Il peut par la suite analyser, interpréter et transformer son propre contre-transfert pour rendre ces nouvelles informations au client sous une forme assimilable Le thérapeute fait alors part de son interprétation au client et le client introjecte le matériel modifié par le thérapeute. Pour Kernberg (1987b, tel que cité dans Gabbard, 1994), !’identification projective permet l’introjection du matériel modifié, parce que ce mécanisme rend plus perméable la frontière entre le Moi et autrui. Le matériel revient ainsi plus facilement au client. Lorsque le client reçoit !’interprétation du thérapeute, la modification apportée au matériel change la représentation de soi ou de l’objet initialement projetée par le client (Ogden, 1979, tel que cité dans Gabbard, 1994). Puisqu’elle relie à présent des représentations transformées, la relation d’objet ne peut rester exactement la même. Le modèle de relation d’objet associé aux représentations transformées se trouve donc aussi

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modifié. Selon Kernberg (1994), le client devrait ainsi arriver à prendre graduellement conscience des matériaux clivés, à les élaborer et à les unifier.

Tout au long de la thérapie, le thérapeute devrait osciller entre des positions d’identification au client et d’observation. On peut expliquer les identifications temporaires du thérapeute à son client par les similitudes entre leurs défenses, leurs résistances et leurs désirs (Renaud & Labbé, 1999). Le mouvement de balancier peut être momentanément suspendu si le thérapeute persiste à rester dans une position d’identification. Tant et aussi longtemps que le thérapeute reste inconsciemment identifié au soi ou aux objets projetés par son client, comme ce pourrait être le cas lors d’une identification projective, le passage à une position d’observation ne s’opère pas. C’est à cette phase que la supervision peut avoir un rôle déterminant en permettant au thérapeute de se “ désidentifier ”du matériel, de se le “ désapproprier ” en l’élaborant.

2.3. Les difficultés contre-transférentielles relatives à !’histoire du thérapeute

Il peut advenir une autre situation lors de laquelle le thérapeute éprouve de la difficulté à revenir à une position de neutralité qui lui permettrait de remettre en contexte les différentes informations recueillies. Encore une fois, il est possible de constater que le mouvement d’oscillation entre la position d’identification et la position d’observation est stoppé. Une telle difficulté survient au moment où la thérapie touche des sentiments réprimés ou dissociés chez le client et les ramène proche de la conscience. Le contact du Moi avec ces éléments non organisés entraîne une forte poussée d’angoisse à l’intérieur du Moi du client. Son Ego tente de s’en défendre en activant divers mécanismes. Le

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thérapeute est exposé à cette angoisse plus ou moins contagieuse et une angoisse similaire s’éveille en lui. Tout comme le fait le client, le thérapeute est appelé à se défendre contre cette angoisse (Renaud & Labbé, 1999). Selon Issacharoff (1982, tel que cité dans Renaud & Labbé, 1999), les réactions contre-transférentielles qui surviennent alors traduisent une identification massive au client, non verbalisée et inconsciente. Le thérapeute identifié à son client et fixé dans cette position perd sa position d’observateur. Parce que le mouvement de balancier de la position d’identification à celle d’observation est momentanément suspendu, le thérapeute perd sa capacité de penser et d’interpréter la relation qui le relie au client. Cette situation s’apparente au problème contre-transférentiel décrit par la position classique. Par exemple, Renaud et Chouinard (1988) expliquent comment le contre-transfert peut mener à une impasse dans laquelle le thérapeute “ ne sait plus situer sa propre démarche ou celle de son patient. Il ne voit plus son chemin, il n’entend plus aussi distinctement son propre discours ou celui de son vis-à-vis. ” (p. 631). C’est pourquoi il est possible de situer une certaine impasse contre-transférentielle comme étant liée au thérapeute, à son histoire propre et à ses sensibilités.

3. La supervision

3.1. La supervision et les difficultés contre-transférentielles relatives à !’histoire du thérapeute

Renaud et Chouinard (1988) expliquent comment la supervision peut donner un espace au thérapeute pour comprendre la réactivité que le matériel amené par le client provoque en lui. Ils donnent l’exemple d’un thérapeute qui ressent, lors d’une thérapie, un

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vif besoin de consoler sa cliente: il se permet de prolonger la séance mais ne parvient pas pour autant à trouver les mots pour calmer le désarroi de cette dernière.

C’est en supervision que le psychothérapeute prend conscience de sa peine infantile [que la patiente avait réveillée en lui] et c’est alors seulement qu’il perçoit l’enfant abandonné qu’il a été, tout comme sa patiente. L’élaboration de la réaction contre-transférentielle libère le psychothérapeute et le rend disponible à recevoir d’une façon empathique, authentique et thérapeutique la peine de la patiente qui refait surface quelques semaines plus tard, (p.631)

La supervision est donc généralement considérée comme étant un lieu privilégié pour apprendre la thérapie ou encore pour dénouer une impasse dans laquelle le thérapeute se trouve.

Renaud & Labbé (1999) proposent un modèle fort intéressant pour décrire un processus relié à la supervision. Il s’agit du processus parallèle.

Ce concept désigne, d’une part, la mise en scène, dans l’espace et le temps de la supervision et dans la relation du thérapeute au superviseur, de ce qui se vit dans la relation psychothérapique et, d’autre part, par choc en retour, la contagion de la relation psychothérapique par les éléments vécus dans la relation superviseur/thérapeute. (Renaud & Labbé, 1999)

En supervision, le thérapeute remet en scène ce qui s’est passé durant la séance avec son client. Il s’agit là d’une manière de décrire les séances de thérapie au superviseur. Une

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reconstitution parallèle de la thérapie se bâtit ainsi, petit à petit. Cette manière de faire est bénéfique. Elle permet au superviseur de s’imprégner de ce que vit le client et de saisir les enjeux dont il est question. Ce processus supporte l’empathie entre les trois protagonistes.

Le processus parallèle s’amorce lorsque le matériel clinique trouve une résonance intérieure chez le thérapeute. Tout d’abord, en thérapie, le client prend contact avec des émotions réprimées. Alors que ce matériel émerge vers la conscience, une forte angoisse envahit son Moi. Les mécanismes de défense se mettent en branle. Une résonance intérieure survient chez le thérapeute et une angoisse similaire l’envahit. Souvent, pour se défendre, il utilise des mécanismes semblables ou complémentaires à ceux de son client. Le thérapeute perd sa position d’observateur. Sa capacité de penser et d’interpréter ce qui se passe entre lui et le client s’en trouve affectée. Le thérapeute adopte alors une position d’identification inconsciente et non verbalisée. Une telle identification massive est une conséquence des ressemblances entre les personnalités en cause. (Renaud & Labbé, 1999). Cette identification inconsciente sera “ agie ” en supervision. Lorsque certains éléments de la relation client/thérapeute sont rejouées dans la relation thérapeute/superviseur, le thérapeute prend la position du client devant son superviseur (Sachs et Shapiro, 1976, tel que cité dans Renaud & Labbé, 1999). Pour expliquer la mise en acte du conflit par le thérapeute, on peut supposer que la situation actuelle en thérapie en rappelle une autre du passé au thérapeute. Le thérapeute réédite alors les sentiments et les comportements de cette situation passée. À ce sujet, Freud suppose que “ le patient [ici le thérapeute] n’a aucun souvenir de ce qu’il a oublié et refoulé et ne fait que le traduire en acte. Ce n’est pas sous forme de souvenir que le fait oublié reparaît, mais sous forme d’action ” (Freud, 1914,

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tel que cité dans Renaud & Labbé, 1999). Tant que le thérapeute reste ainsi identifié à son client, il ne parviendra pas à reprendre sa position de neutralité, sa position d’observateur. En effet, l’agir empêche la prise de conscience et s’y substitue. Dans ce cas, on voit comment la supervision peut aider un thérapeute à prendre conscience de sa réaction, afin d’élaborer un contre-transfert qui est principalement teinté de sa propre émotivité.

3.2. La supervision et les difficultés contre-transférentielles relatives à T histoire du client L’identification projective chez le client entraîne souvent des identifications massives chez le thérapeute. Le processus parallèle s’installe quand le client projette sur le thérapeute les parties non désirables de son soi ou de l’objet. C’est ce matériel que le thérapeute tente de communiquer au superviseur par l’agir. Le processus parallèle est maintenu si le superviseur offre inconsciemment une réponse complémentaire au rôle du thérapeute identifié au client. Alors que le superviseur devrait lui aussi osciller d’une position d’identification à une position d’observation, il peut perdre graduellement sa neutralité et son efficacité en se fixant à une des deux positions. Une reproduction de la situation se jouant entre le client et le thérapeute surgit ainsi en situation de supervision entre le thérapeute et le superviseur.

Le rôle du superviseur est de prendre conscience que le thérapeute angoissé lui présente, par la relation qu’il lui propose, une image de la relation psychothérapique (Renaud & Labbé, 1999). En d’autres mots, l’émotion transmise par le thérapeute au superviseur se retrouve aussi chez le client ou dans la relation psychothérapique. Le superviseur s’efforce alors de comprendre, avec le thérapeute, le contenu de cette

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communication. Ainsi, le thérapeute prend peu à peu conscience des difficultés qu’il vit et peut les perlaborer.

3.3. Impact de la supervision

Wolkenfeld (1990, tel que cité dans Renaud & Labbé, 1999) définit le processus parallèle comme:

Un système multidirectionnel de représentations dans lequel les événements psychiques majeurs, tels les schèmes de comportements, les affects, les conflits, etc. inhérents à une situation dyadique de thérapie et de supervision, sont repris dans les situations de supervision et de thérapie [traduction libre de Renaud & Labbé]. (p. 196)

Selon cette définition, les événements psychiques majeurs de la supervision et de la thérapie s’influencent mutuellement, sont repris en miroir. Par conséquent, que les difficultés proviennent de l’histoire du patient ou de l’histoire du thérapeute, il est possible de croire que l’expérience émotionnelle vécue en supervision a un impact sur le déroulement de la psychothérapie dans l’après-supervision (Searles, 1955, tel que cité dans Renaud & Labbé, 1999). Une fois que le thérapeute a élaboré, en supervision, les éléments qui le gardent dans une position d’identification, il peut plus facilement s’en dégager. Il peut de nouveau osciller entre une position d’identification et une position d’observation face à son client.

Bien que ce soit ici un processus parallèle ayant son origine dans la relation client/thérapeute qui est décrit, les trois protagonistes sont également et simultanément engagés dans un même processus. Le processus parallèle peut être initié par n’importe

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lequel des trois protagonistes: le client, le thérapeute ou le superviseur. Aucun d’eux n’est “ à l’abri ” d’une telle résonance intérieure. Doerhman (1976, tel que cité dans Renaud et Labbé, 1999) rapporte que le parallélisme est (a) parfois initié par le client vers son thérapeute ou vers le superviseur pressenti, (b) parfois amené par le thérapeute envers son superviseur ou son client, et enfin, (c) il peut d’autres fois être initié par le superviseur envers le thérapeute ou envers le client. La théorie du processus parallèle tient donc compte de trois relations: client/thérapeute, thérapeute/superviseur et, enfin, la relation indirecte client/superviseur. Si la résonance intérieure survient dans une de ces trois relations, elle risque d’influencer une autre relation. Par exemple, à la suite d’une expérience empirique, Ekstein et Wallerstein (1958, tel que cité dans Renaud & Labbé, 1999) concluent que certaines impasses dans la relation thérapeutique client/thérapeute peuvent découler de problèmes non résolus dans la relation superviseur/thérapeute. La résolution de l’impasse dans la relation superviseur/thérapeute peut alors entraîner la résolution de l’impasse thérapeutique.

4, Un outil pour mesurer trois états mentaux du contre-transfert: la grille d’analyse du contre-transfert ÍGAC)

Un contre-transfert n’est donc pas un phénomène toujours identique. Il est possible d’identifier des variations dans les contre-transferts d’un thérapeute à un autre, d’un moment à un autre chez le même thérapeute et d’un client particulier à un autre. Certains types de contre-transferts permettent au thérapeute de faire avancer le processus thérapeutique alors que d’autres nuisent à une compréhension claire du client par le thérapeute. Toutefois, lorsqu’on tente d’étudier le phénomène du contre-transfert, on

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constate que les études empiriques sur le sujet sont peu nombreuses. Après avoir effectué une recension des écrits empiriques sur le contre-transfert, Dubé & Normandin, (1999, Normandin & Bouchard, 1993) notent que les recherches se sont principalement intéressé aux processus cognitifs propres à !'utilisation du contre-transfert en clinique. Les aspects affectifs du contre-transfert, perçus comme étant trop controversés, n’ont été survolés que dans quelques études isolées, dont celle de Garfield & B er gin (1986) relative à l’empathie. Certains auteurs ont proposé des grilles permettant de quantifier le contre-transfert selon une perspective totaliste (Ryle, 1995; Ryle & Lipshitz, 1974; Webb, 1990). Cependant, ces instruments ne mesurent que certains aspects du phénomène. En 1991, Normandin a “ opérationnalisé ” la position totaliste en créant la grille d’analyse du contre-transfert (GAC). Elle a ainsi permis l’étude empirique des multiples facettes du contre-transfert. Son instrument de mesure décrit les diverses réactions contre-transférentielles d’un thérapeute face à son client. L’originalité de son travail vient du fait qu’elle prend en considération les éléments cognitifs et affectifs de la participation du thérapeute, alors que les recherches antérieures s’attardent plutôt aux processus cognitifs du thérapeute. Selon Normandin (1991), le contre-transfert peut se manifester par trois types d’états mentaux différents, correspondant chacun à une utilisation distincte par le thérapeute. Ces états mentaux sont: rationnel/objectif, réactif et réflexif.

4.1. L’état mental rationnel/obiectif

L’échelle rationnelle/objective définit une fonction plus objective du contre-transfert, par opposition aux deux autres types d’états plus subjectifs. Le thérapeute est dans la position d’observation plutôt que dans la position d’identification ou de sujet

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participant. Cette attitude va souvent de pair avec une absence d’investissement affectif de la situation thérapeutique. Le thérapeute s’intéresse à la réalité objective du client ou encore au processus thérapeutique vu de l’extérieur (Normandin & Bouchard, 1993). Le thérapeute prend le rôle d’un témoin qui recueille des informations et qui les analyse afin de comprendre avec logique un phénomène. Lorsqu’il travaille dans le registre rationnel/objectif, le thérapeute aborde la thérapie à partir d’observations extérieures du client, à partir de théories redevables au sens commun ou à l’aide de théories cliniques (Greenson, 1960; Peterfreund, 1983, tous cités dans Normandin & Bouchard, 1993). Le tableau 3 présente plusieurs éléments représentatifs de l’état mental rationnel/obj ectif au niveau microscopique.

4.2. L’état mental réactif

L’état mental réactif du thérapeute constitue l’état mental le plus proche de la position classique du contre-transfert, à propos de la tache aveugle. Si le score à l’échelle réactive est élevé, il est fort probable que le thérapeute soit aux prises avec une identification dont il arrive difficilement à se détacher.

Par exemple, il arrive que le thérapeute soit un objet passif d’une des projections du client (Normandin & Bouchard, 1993). Dans ce cas, le thérapeute agit sans s’en rendre compte sous l’influence de la relation d’objet activée par le client. Un thérapeute se trouvant aux prises avec une identification massive à son client et qui ne parvient pas, momentanément, à revenir à une position d’observation, a de fortes chances d’obtenir un score élevé à l’échelle réactive.

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De même, un conflit non résolu du thérapeute peut être réactivé par le matériel clinique. Par exemple, une angoisse peut être réveillée chez lui au contact des angoisses du client. La réaction du thérapeute est alors défensive. Dans cette situation, le thérapeute est davantage en contact avec ses propres désirs et ses propres conflits qu’avec ceux du client. Cela l’empêche de voir la situation thérapeutique ou le client d’une manière claire et objective (Dubé & Normandin, 1999). Il ne peut plus - temporairement - revenir à une position d’observation. En effet, il n’est pas conscient d’être le sujet en cause. Son image de la situation et sa perception du client s’en trouvent troublées, faussées. Le contre-transfert de ce thérapeute atteint aussi un score élevé à l’échelle réactive. Les tableaux 1 et 4 présentent plusieurs éléments représentatifs de l’état mental réactif au niveau microscopique.

L’état mental réactif n’est pas pour autant un état mental qu’il faut éviter à tout prix. Bien sûr, une réactivité excessive n’est pas souhaitable puisqu’un tel phénomène est souvent lié à l’existence d’une tache aveugle. Cependant, il semble que les thérapeutes expérimentés ont un niveau assez élevé de réactivité. En effet, comparativement aux novices, il semble qu’une grande proportion d’entre eux se sentent autorisés à ressentir avec intensité leurs réactions face au client. Il leur arrive même de perdre temporairement leur objectivité (Normandin & Bouchard, 1993). Cette imprégnation serait bénéfique au processus thérapeutique puisqu’elle permet aux thérapeutes de mieux comprendre le monde interne de leurs clients. L’état mental réactif constitue probablement une sorte de “ levier thérapeutique ” qu’on doit apprendre à utiliser. Les difficultés contre-transférentielles ne seraient donc pas redevables au fait que le thérapeute réagisse ou non au client, mais plutôt

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à son inhabileté à récupérer et à élaborer l’information fournie par la réactivité. Le désagrément de l’état mental réactif réside dans le fait que cette identification est inconsciente. C’est ce qui le rend difficile à manipuler. L’identification inconsciente doit être élaborée afin de devenir consciente. Ce processus de transformation est possible grâce au troisième type de contre-transfert: l’état mental réflexif.

4.3. L’état mental réflexif

La troisième forme du contre-transfert est le mode réflexif Le contre-transfert devient alors un outil de travail pour comprendre les processus mentaux du client. Le thérapeute utilise le niveau mental réflexif lorsqu’il se sert des éléments de son expérience subjective dans la thérapie, quels qu’ils soient, comme des informations lui permettant de s’observer lui-même et d’analyser la relation avec le client. L’état mental réflexif est celui qui permet au thérapeute de prendre graduellement conscience de son expérience en tant que sujet participant à la thérapie. Il s’agit d’une activité qui rend conscient ce qui est inconscient afin d’en faire bénéficier le client. Le tableau 2 présente plusieurs éléments représentatifs de l’état mental réflexif au niveau microscopique.

L’état mental réflexif permet au thérapeute de prendre à l’intérieur de lui-même des nouvelles de son client (Renaud & Chouinard, 1988). Il faut toutefois savoir que cette compréhension du client est d’autant plus riche et nuancée que le thérapeute a pris nettement conscience de ce qui est réveillé en lui et qu’il a élaboré ces réactions. L’intégration de ses réactions internes lui permet de mieux comprendre ce qui a été activé chez lui en réaction au matériel présenté par le client (Dubé & Normandin, 1999). Racker

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(1957, tel que cité dans Normandin & Bouchard, 1993) dit de ce travail qu’il dépend de la continuité et de la profondeur du contact du thérapeute avec lui-même.

L’état mental réflexif comporte quatre phases conscientes/préconscientes: émergence, immersion, élaboration et interprétation. L’hypothèse implicite qui sous-tend cette grille suggère que chacune de ces étapes constitue une étape de plus vers une compréhension juste et étoffée du monde interne du client. Le thérapeute passera par la prise de conscience de ce qui est réveillé chez lui au contact du client, par l’élaboration et l’intégration de ses réactions internes pour ainsi parvenir à mieux comprendre ce qui a été activé chez lui en réaction au client (Dubé & Normandin, 1999).

4.3,1. Émergence.

Lors du cycle d’émergence, le thérapeute est à l’écoute des images, des sensations, des souvenirs qui émergent en lui. Tous ces éléments font partie de l’expérience contre-transférentielle (Reik, 1949, tel que cité dans Dubé & Normandin, 1999). Pour ce faire, il doit tolérer la tension, le sentiment d’étrangeté, le malaise - voire l’angoisse - que ces images ou impressions provoquent en lui. Cela lui permet de recueillir des informations valables à propos du sujet et de la thérapie. Le thérapeute se trouve encore dans une situation d’identification. Cependant, cette identification n’est plus complètement inconsciente, comme c’était le cas lors de l’état mental réactif car les éléments commencent à surgir dans la préconscience/conscience. Si le thérapeute tolère ces impressions, on dit qu’il contient le matériel (“ émergence contenue ”). II se permet ainsi de passer à la

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deuxième phase du cycle réflexif qui est la phase d’immersion. Néanmoins, le thérapeute peut avoir deux autres réactions face à une émergence.

Quelquefois, il advient que le thérapeute ne puisse résister à ses propres désirs, ses propres pulsions et qu’il passe à l’acte en offrant sur-le-champ une interprétation ou une recommandation au client. Une certaine forme de pensée abstraite peut aussi soulager le thérapeute de la tension qu’il ressent à cet instant. Une telle réaction est appelée “ émergence agie ”.

D’autres fois, le thérapeute évite les images, ses sensations, ses pensées qui surgissent dans son esprit face au matériel clinique. Il s’agit alors d’une “ émergence bloquée ”. Le sujet de l’entretien dévie souvent à cet instant. Le matériel qui a suscité l’émergence bloquée n’est pas élaboré par le thérapeute et ne peut pas servir à comprendre la provenance, la portée ou le sens de cette expérience ni pour lui, ni pour le client.

4,3,2. Immersion.

Lorsque le thérapeute a contenu le matériel clinique, il peut en explorer les diverses significations. Le thérapeute s’attarde alors aux détails des sentiments que le client lui décrit. Cette étape peut être comparée à une plongée que ferait le thérapeute dans le monde interne du client. Le thérapeute expérimente une identification consciente au client. Cette partie du cycle de l’état mental réflexif est souvent décrite comme une étape d’empathie et s’appuie sur le concept de !’identification à l’essai de Fliess (1942, tel que cité dans Dubé & Normandin, 1999). Kristeva (1983, tel que cité dans Renaud &

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Chouinard, 1988) va jusqu’à dire qu’il en va de la capacité du thérapeute de se mettre à la place du patient, de se regarder rêver, de souffrir comme s’il était ce client. Si le thérapeute oublie cela, il se condamne à ne plus faire de psychothérapie.

Lors de l’immersion, quatre possibilités s’offrent au thérapeute, (a) Le thérapeute, avec une grande empathie, s’imprègne de la relation que vit le client face à lui lors de la thérapie. L’appellation “ client comme participant ” est employée pour nommer ce premier type d’immersion, (b) Le thérapeute peut chercher à se figurer les expériences passées du client ou s’imaginer ce que peut vivre le client lors d’une situation actuelle: “ client comme personne ”. (c) Il peut aussi plonger dans ce que lui-même vit, en situation de thérapie, par rapport à son client: “ thérapeute en tant que participant ”. (d) Enfin, il peut s’attarder à explorer un souvenir personnel que le matériel clinique a éveillé en lui: “ thérapeute en tant que personne ”.

4,3.3. Élaboration.

Au cours de l’élaboration, le thérapeute développe une compréhension du monde interne du client. Une fois les réactions suscitées par le client intégrées, le thérapeute tente de mieux comprendre les réactions que le matériel clinique entraînent en lui. Le thérapeute - tente encore de comprendre le monde interne du client de l’intérieur et, pour ce faire, il utilise toujours les images et sensations qui ont émergé à son contact. Toutefois, il s’éloigne de la position d’identification parce qu’il s’efforce de donner un sens aux différentes sensations qu’il perçoit et de découvrir les motifs des relations objectâtes du client. Il rejoint ainsi graduellement la position d’observation.

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Parallèlement, le thérapeute essaie de voir comment certaines de ses réactions sont influencées par celles du client. Il doit alors porter attention aux caractéristiques complémentaires ou concordantes entre lui et le client (Racker, 1968, tel que cité dans Dubé & Normandin, 1999). Normandin (1991) suggère qu’il existe trois types d’élaboration: concordante, complémentaire et rétrospective. Lors de l’élaboration concordante, le thérapeute prend conscience que les réactions qu’il a en thérapie (le rôle joué, les défenses utilisées, etc.) sont similaires à celles du sujet. Par contre, lors de !’élaboration complémentaire, le thérapeute s’aperçoit que ses sentiments, ses désirs ou ses représentations constituent le contrepoids de la réaction du client (par exemple, le thérapeute prend un rôle autoritaire en réponse au rôle de victime que prend le client). Enfin, lors de l’élaboration rétrospective, le thérapeute s’aperçoit qu’une perception antérieure du client était biaisée et qu’elle a nui à une compréhension juste et précise de ce dernier.

4.3,4. L’interprétation.

Les interventions du thérapeute peuvent découler d’un état mental rationnel, réactif et encore réflexif. Cependant, puisque la compréhension du monde interne du client s’enrichit et se complexifie dans l’esprit du thérapeute au fur et à mesure que le cycle réflexif évolue, il est préférable qu’il attende d’avoir traversé toutes les étapes de ce cycle avant de formuler une interprétation. En effet, l’évolution à travers toutes les étapes devrait permettre au thérapeute d’offrir une interprétation plus juste, plus claire, plus précise du

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monde interne de son client (Dubé & Normandin, 1999). Une interprétation2 faite avant que le thérapeute ait traversé le cycle d’élaboration ne pourra qu’être tronquée.

5, Quels états mentaux de la grille d’analyse du contre-transfert (GAO pourront changer au cours de la supervision?

Il semble qu’aucune recherche ne mesure quantitativement l’impact de la supervision sur le contre-transfert. Néanmoins, les appuis théoriques précédemment cités laissent croire que la supervision a un impact sur le contre-transfert du thérapeute. Il semble que la supervision peut faciliter le passage d’une position de réactivité, d’identification à une position d’observation, de réflexion, d’élaboration. Cependant, est-il possible d’observer cet effet? La présente recherche se propose justement de vérifier si une différence significative, telle que mesurée par la grille d’analyse du contre-transfert (GAC), peut être décelée dans les états mentaux du contre-transfert entre un groupe expérimental supervisé et un groupe contrôle non supervisé.

5.1. Échelle rationnelle/obiective

En ce qui concerne l’état mental rationnel/objectif, les scores des thérapeutes supervisés ne devraient pas être significativement différents des scores des thérapeutes non supervisés. À la base, cette échelle évalue la tendance du sujet à se mettre dans la position d’un observateur extérieur accumulant des observations ou analysant la situation psychothérapique à l’aide de théories. L’acquisition de nouvelles connaissances pourrait, par exemple, influencer cette échelle, amenant de nouveaux facteurs à observer. Puisque le

2 Normandin (1991) suggère qu’il y a neuf differents types d’interprétation. Les particularités de chacune ne sont toutefois pas présentées dans le cadre de ce travail.

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modèle de supervision utilisé dans cette étude ne vise pas à transmettre des connaissances théoriques, la supervision ne devrait pas influencer les scores obtenus à cette échelle.

5.2. Échelle réactive

En ce qui a trait aux scores à Γ échelle réactive, une différence significative devrait être observée entre les deux groupes de sujets. En effet, on s’attend à ce que les thérapeutes non supervisés réagissent plus fortement aux vignettes. Par conséquent, les scores des thérapeutes non supervisés devraient être plus élevés que ceux des thérapeutes supervisés. Il est à noter que le client présenté dans les vignettes cliniques est de structure limite. Il est donc possible que ce client introduise des relations d’objets archaïques et utilise des mécanismes de défense primitifs tels que !’identification projective. Un tel matériel peut susciter des réactions assez vives de la part des thérapeutes. Les sujets non supervisés doivent travailler par eux-mêmes leur réactivité face au client. Ils sont seuls pour élaborer à propos de leurs réactions face au matériel - voire à propos d’une éventuelle identification. Contrairement à cela, les sujets supervisés ont la possibilité d’élaborer peu à peu leur réaction en supervision. Ces derniers sont ainsi plus susceptibles de garder leur liberté d’osciller entre une position d’identification au sujet et une position d’observation. C’est pourquoi leur score à l’échelle réactive devrait être moins élevés3.

3 Néanmoins, tel qu’expliqué précédemment, la moyenne des scores à l’échelle réactive pour les sujets supervisés ne devrait pas pour autant avoisiner zéro. Une certaine identification est utile puisqu’elle permet aux thérapeutes de s’imprégner du monde interne de leur client

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5.3, Échelle réflexive

Enfin, chez les novices, il semble que le potentiel de réflexivité ne soit pas exploité au maximum (Dubé & Normandin, 1999). Cette étude veut vérifier si une supervision peut mettre le thérapeute en contact avec ses aptitudes réflexives. En effet, la supervision devrait permettre au thérapeute d’élaborer d’avantage le matériel clinique. Par conséquent, pour l’échelle réflexive de la grille d’analyse du contre-transfert (GAC), les scores du groupe supervisé devraient être plus élevés que ceux du groupe non supervisé.

Par ailleurs, il semble que les étudiants en formation utilisent plus fréquemment l’état mental réflexif que ne le font les thérapeutes expérimentés (Dubé & Normandin, 1999; Lecours, Bouchard & Normandin, 1995). Normandin et Bouchard (1993) expliquent cette observation en suggérant que le fait qu’ils soient encore en stage pousse les thérapeutes novices à être spontanément plus ouverts et plus empressés à confier leurs expériences immédiates en tant que sujet. Le biais éventuel d’un tel phénomène devrait être évité en comparant deux groupes de thérapeutes novices.

6. Les hypothèses

Cette étude se propose d’évaluer si la supervision dans un cadre analytique a un impact sur les états mentaux du contre-transfert, tels que mesurés par la grille d’analyse du contre-transfert (GAC). Si tel est le cas, voici quelles mesures des états mentaux du contre-transfert devraient être observées: (a) pour l’échelle rationnelle/objective, aucune différence significative ne devrait être observée entre les scores du groupe supervisé et ceux du groupe non supervisé; (b) à l’échelle réactive, les scores du groupe non supervisé

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devraient être significativement plus élevés que ceux du groupe supervisé; (c) enfin, pour Γéchelle réflexive, les scores du groupe supervisé devraient être significativement plus élevés que ceux du groupe non supervisé.

Méthode

1. Sujets

L’échantillon de sujets est composé de 20 étudiants du premier cycle de l’Université Laval recrutés dans les cours de psychologie. La plupart d’entre eux, soit 19 sujets, sont inscrits au programme de psychologie (13 au baccalauréat et 6 à la mineure). Une étudiante est inscrite au baccalauréat en orientation et counseling. Ce groupe compte 7 hommes et 13 femmes. L’âge moyen du groupe est de 27,58 ans (écart-type = 8,34 ans). Tous participent à cette expérience sur une base volontaire, sans aucune compensation monétaire en retour.

Les dix sujets du groupe expérimental (cinq hommes, cinq femmes) sont supervisés à l’aide d’une méthode analytique qui met l’accent sur leur contre-transfert, alors que les dix sujets du groupe contrôle (deux hommes, huit femmes) ne sont pas supervisés. Ces deux groupes ont été formés de façon aléatoire (tirage au sort).

Le choix d’étudiants de premier cycle présente un avantage important: ces sujets ne devraient pas être influencés par leur entraînement clinique ou leur supervision de deuxième cycle. En effet, la grande majorité d’entre eux n’ont jamais passé à travers un processus de supervision ou n’ont jamais travaillé intentionnellement leur contre-transfert.

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2. L’instrument de mesure; la grille d'analyse du contre-transfert (GAC)

2.1, Niveau de correction

Les manifestations du contre-transfert peuvent être analysées au niveau microscopique, macroscopique ou global. Au niveau microscopique, on observe les pensées momentanées du sujet, on porte attention à chacun des mouvement de sa réaction. Le niveau macroscopique s’intéresse aux grandes phases d’une même séance. Strachey (1934, tel que cité dans Normandin & Bouchard, 1993) nomme ces grands moments qui articulent l’entrevue “ points d’urgence affective ”. Enfin, au niveau global, on porte attention au mouvement général qui se développe, à l’espace thérapeutique qui se construit. Les tableaux 1, 2, 3 et 4 présentent des protocoles qui ont été corrigés aux niveaux microscopiques et macroscopiques. En raison de leur pertinence clinique (Dubé & Normandin, 1999), les résultats au niveau macroscopique ont été retenus pour les analyses statistiques.

2.2. Cotation de la grille d’analyse du contre-transfert (GAC)

Premièrement, le correcteur scrute chacune des pensées momentanées du sujet et effectue la correction au niveau microscopique. Il doit décider si la réaction témoigne d’une implication émotive du sujet, d’un point de vue plus subjectif (ce qui témoignerait d’un état mental de type réactif ou réflexif) ou, encore, d’un point de vue plus objectif (état mental rationnel). Par la suite, le juge doit évaluer les réponses subjectives qu’il a décelées afin de déterminer si elles sont plutôt conscientes (et donc de type réflexif) ou si elles sont plutôt

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impulsives, inconscientes, non élaborées (de type réactif). Le processus peut être comparé à celui d’un arbre décisionnel.

Dans un deuxième temps, le juge évalue l’ensemble du protocole. Une cote de 0 à 4 est attribuée à chaque état mental selon l’importance que prennent les éléments propres à chacun dans le protocole. Il s’agit-là d’un niveau de correction macroscopique.

2.3. Formation

L’utilisation de la grille d’analyse du contre-transfert (GAC) requiert une formation d’une trentaine d’heures (Dubé & Normandin, 1999). Cette formation comporte un volet théorique, présenté par un correcteur expert, et un volet pratique lors duquel les nouveaux correcteurs doivent travailler ensemble. Pour la présente étude, les deux correctrices suivent une formation totale de 31,5 heures, soit 17,5 heures avec une experte et 14 heures de discussion de cas. Par ailleurs, Dubé & Normandin (1999) recommandent que les correcteurs possèdent un bagage clinique de base, critère atteint chez les deux correctrices, puisqu’elles ont toutes deux complété leur baccalauréat. Une d’entre elle débute sa maîtrise alors que l’autre la termine.

2.4. Correction des protocoles

Pour cette étude, 200 protocoles sont étudiés (20 sujets ayant chacun été soumis à 10 vignettes). Tout d’abord, une partie des protocoles est cotée dans le cadre de la formation des juges. Cette formation est constituée de deux volets. Dans un premier temps, une formatrice experte et deux nouvelles juges cotent une partie du matériel. Cet exercice permet à la formatrice de cerner les difficultés des juges novices. Pour ce premier

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volet, la cote de la formatrice est retenue (cote “ expert ”) car il s’agit des résultats les plus fiables à ce moment de la formation.

Par la suite, les deux nouvelles juges cotent une série de protocoles séparément, puis discutent entre elles; l’entente finale entre les deux juges constitue la “ cote consensuelle ” En tout, 84 protocoles sont étudiés au cours de la formation.

Enfin, la formatrice corrige 20 protocole pour des raisons de confidentialité. Les protocoles restants sont répartis entre les deux nouvelles juges maintenant autonomes.

2.5. Validité

Les études effectuées à l’aide de la grille d’analyse du contre-transfert (GAC) indiquent que les trois états mentaux sont bel et bien trois entités distinctes et que, par conséquent, la structure interne de l’instrument est adéquate. Par exemple, selon Normandin & Bouchard (1993), les résultats des échelles rationnelle et réactive sont non corrélés (τ = -0,04, n.s.), les échelles rationnelle et réflexive sont corrélées négativement (τ = -0,60, p<0,001), et les échelles réactive et réflexive sont aussi corrélées négativement (τ = -0,83, p<0,001). Les résultats de Dubé & Normandin (1999) suggèrent que les résultats des échelles rationnelle et réactive sont corrélés négativement (τ = -0,34, p<0,0001), les échelles rationnelle et réflexive sont corrélées négativement (τ = -0,76, p<0,0001), et les échelles réactive et réflexive sont corrélées négativement (τ = -0,36, p<0,0001). Plusieurs études se sont penchées sur la structure interne du GAC. L’intérêt croissant pour cet instrument de mesure et son utilisation dans plusieurs contextes

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expérimentaux (Lecours, Bouchard & Normandin, 1995) ont permis de cerner plus précisément les caractéristiques de cet outil.

2.6. Entente interiuge

Les études antérieures ont obtenu des ententes interjuges très satisfaisantes pour les trois états mentaux principaux (un coefficient kappa moyen de 0,76 dans Normandin & Bouchard, 1993; un coefficient kappa moyen de 0,73 dans Lecours, Bouchard & Normandin, 1995). Les études indiquent aussi que, après la formation, la correction de la grille d’analyse du contre-transfert (GAC) reste stable à travers le temps (r - 0,80; Normandin & Bouchard, 1993).

Dans la présente étude, les cotations individuelles de 63 protocoles (soit 31,5 % du matériel) servent à calculer l’entente interjuge entre les deux nouvelles juges. Des indices de corrélation intraclasse (ICC) suffisamment élevés indiquent que les cotatrices sont prêtes à coter par elles-mêmes.

3. Les stimuli

31, Le médium

Les vignettes cliniques sont présentées sur bande vidéo. En fait, dans cette expérience, deux types de vignettes s’offrent aux expérimentateurs: des vignettes avec un support papier, au sein desquelles on rapporte les événements marquants d’un extrait, ou des vignettes avec support vidéo. Par soucis de validité écologique (timbre de voix du client, positions du corps, présentation générale, etc.), les vignettes vidéo sont utilisées pour cette étude.

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3.2. Acteur ou client

Les expérimentateurs doivent également choisir s’ils soumettent les sujets à de véritables situations thérapeutiques ou encore s’ils préfèrent leur présenter des vignettes cliniques. Bien sûr, la thérapie réelle offre des avantages au plan de la validité écologique. Cependant, de grandes divergences peuvent apparaître entre les situations auxquelles sont exposés les sujets. Les vignettes cliniques sont retenues parce qu’elles présentent des stimuli semblables à chacun des thérapeutes.

3.3. Les vignettes cliniques présentées

Les onze vignettes d’une durée moyenne de trois minutes sont tirées d’une thérapie avec un homme de type narcissique. Bien que tout client, quelle que soit sa structure de personnalité, puisse ébranler l’inconscient de l’analyste (Dubé & Normandin, 1999), les personnalités limites provoquent souvent chez le thérapeute des contre-transferts rapides et plus prononcés (Kernberg & al., 1989) en raison des enjeux archaïques et dérangeants qu’ils abordent en thérapie (envie, avidité, mépris, etc.) et en raison des mécanismes de défense qu’ils utilisent (identification projective, clivage). Par ailleurs, dans chacune des vignettes, il n’y a que le client qui soit visible. Ceci évite que les réactions des sujets soient influencées par celles du thérapeute de l’extrait.

4. La supervision

Le superviseur est un psychologue et psychanalyste senior. La supervision d’approche analytique, d’une durée de 20 minutes, a lieu une fois par semaine, en groupe de deux sujets. Le même psychanalyste supervise les dix sujets du groupe expérimental. La

Figure

Figure 1. Score moyen (et écart-type) des groupes supervisé (n=10) et non supervisé  (n=10) à l'échelle rationnelle/objective de la Grille d'Analyse du Contre-transfert pour  chacune des 10 vignettes.
Figure 2. Score moyen (et écart-type) des groupes supervisé (n = 10) et non
Figure 3. Score moyen (et écart-type) des groupes supervisé (n=10) et non supervisé  (n =10) à l'échelle réflexive de la Grille d'Analyse du Contre-transfert pour chacune des  10 vignettes.

Références

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