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TAXONOMIE ET DISTRIBUTION

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3. TRAITEMENT DES DONNEES

1.1. TAXONOMIE ET DISTRIBUTION

1.1.1. Position systématique

Le genre Artemisia appartient à la famille des Asteraceae ou Composées, à l'Ordre des

Astérales, à la Classe des Dicotylédones, au Sous-Embranchement des Angiospermes et à

l'Embranchement des Spermatophytes. Il se trouve parmi les Dicotylédones les plus évolués.

Les Asteraceae constituent une grande famille regroupant environ 1000 genres et 20.000

espèces. Selon Proksch (1991), cette famille présente un intérêt particulier dans la recherche de

nouveaux médicaments ou de composés agrochimiques, parce qu'un grand nombre

d'Asteraceae accumulent des produits naturels toxiques tels que les lactones sesquiterpéniques.

De Candolle répartit les Artemisia en quatre sections: Abrotanum, Absinthium, Seriphidium et

Dracunculus (De Candolle 1837 cité par Marco & Barbera 1990). Par contre, Tutin et ses

collaborateurs (1976) proposent une subdivision en deux sections, Dracunculus et Artemisia,

cette dernière incluant les SQCûom Abrotanum, Absinthium et Seriphidium.

Ces systèmes de classification sont basés sur les caractères morphologiques qui, dans certains

cas, ne sont pas assez distincts pour permettre une bonne identification. Pour justifier l'un ou

l'autre système, des études de la composition chimique ont été entamées et se poursuivent

(Marco & Barbera 1990).

Selon différents auteurs, plusieurs espèces à'Artemisia sont décrites (200 à 400) mais certaines

sont probablement des synonymes. Le tableau 4 reprend un certain nombre d’espèces du genre

Artemisia.

1.1.2. Caractères systématiques

Les Artemisia L. sont des herbes ou de petits arbustes souvent aromatiques, à tige herbacée ou

ligneuse selon les espèces. Les feuilles sont alternes, les capitules sont petits, habituellement

pendants en inflorescences racémeuses ou en panicules et rarement solitaires (Tutin et al. 1976,

Lambinon et a/. 1992).

1.1.3. Description de Y Artemisia annua L.

Artemisia annua L. (l'armoise annuelle) est une plante à 2n = 18 chromosomes, caractérisée

par une tige glabre ou glabrescente de 5 à 150 cm, très ramifiée à partir de la base, avec des

feuilles également glabres ou glabrescentes, alternes, à limbe 3 (-4) fois pennatisequé (De

Langhe et al. 1983) et sessiles. Les lobes (1-5 x 0,1-5 mm) sont linéaires et lancéolés, entiers

ou légèrement dentés. Les inflorescences sont des capitules disposées en grappes de dimension

variable. Les bractées involucrales forment plusieurs rangées. Chaque capitule comprend des

fleurs hermaphrodites et des fleurs à pistil. Le réceptacle et la corolle sont glabres. A maturité,

les fruits, très nombreux, sont des akènes de très petite dimension (0,5 mm), ovoïdes et sans

pappus. Ils germent facilement après 3 à 4 jours d'imbibition, quand la température avoisine

20°C (Tutin et al. 1976, De Langhe et al. 1983, Lambinon et al. 1992). Les anglophones

l’appellent « annual woorwood », « sweet Annie » ou « sweet wormwood » (Paniego et al.

Tableau 4; Quelques espèces appartenant au genre Artemisia

ESPECES REFERENCES

A. abrotanum L.

A. absinthium L.

A. Cllba Turra

(synonyme:

/l.

camphorata\\W)

A. annua L.

A. apiacea Hance

A. assoana Willk.

A. biennis Willd.

A. campestrish.

A. chthmifolia'L.

A. dracunculus L.

A. genipi Weber ex Stechm.

A. herba-alba Asso

A. judaica

A. maritima L.

A. pollens Wall.

A. pontica L.

A. princeps Pamp.

A. scopalia Waldst. et Kit.

A. superba Pamp.

A. tridentata Nutt.

A. umbelliformis Lam.

A. verlatiorum Lamotte

A. vulgaris L.

(1) (3) (13) (14) (27)

(1) (2) (3) (5) (6) (7) (8) (10) (22) (24) (26)

(1) (2) (3) (8) (20)

(1) (2) (3) (9) (11) (16)...

0)08) (19)

(1)

(1)(3)(23)

(1)(2) (3) (4) (10)

(1)

(1)(3) (5) (6) (7) (8) (13)

(1)

(1) (4) (10) (17a, 17b) (18)

(15)(16)

(1) (2) (3) (6) (14)

(1)(21)(25)

(1) (3)

(1)

(1)(3)(6)(19) (28)

(1)

0)03)

(1) (24)

(1) (2) (3)

(1)(2) (3) (5) (10) (11) (13) (14) (19)

Notes: (1) Marco & Barbera 1990

(2) De Lang'he et a/. 1983

(3) Lambinon et al. 1992

(4) Nabli 1989

(5) Venner 1980

(6) Mehrotra et al. 1990

(7) Phillips 1987

(8) Crockett & Tanner 1980

(9) WHO (World Health Organization) 1989

(10) LeFloc’h 1983

(11) ACCT 1991

(Agence de Coopération Culturelle et Technique)

(12) Grange 1983

(13) De Wit 1965

(14) Van Hellemont 1986

(15) Burkill 1985

(16) Rustaiyan 1989b

(17a) Ahmed et al. 1990

(17b) Sanz et al. 1990 a

(18) Liersch et al. 1986

(19) Duke & Ayensu 1990

(20) Lamproye et a/. 1986

(21) Benjamin et al. 1990

(22) Akbar 1986

(23) Meerts (Communication personnelle)

(24) Bajaj et al. 1988

(25) Usha & Swamy 1994

(26) Rücker et a/. 1991

(27) Gocan et al. 1995

(28) Wang et al. 1995

1.1.4. Données ethnopharmacognosiques et usages traditionnels des Artemisia

Beaucoup d'études phytochimiques se basent sur des éléments de la médecine traditionnelle. La

plupart de ces études débutentt par l'identification de plantes utilisées comme antipyrétiques,

antiparasitaires, antifongiques, analgésiques, ...

C'est ainsi qu'au cours d'un programme de recherches visant à établir scientifiquement la valeur

thérapeutique des plantes utilisées traditionnellement, l'armoise annuelle a été étudiée. Cette

plante est connue depuis l'Antiquité en médecine traditionnelle chinoise et utilisée contre les

frissons et les fièvres. Elle aurait également été utilisée contre les hémorroïdes, pour le

traitement de la dysenterie, des abcès et des affections oculaires notamment. L'usage d'A.

anma se retrouve aussi dans la préparation des boissons, grâce à son goût amer.

Il semble que le genre Artemisia doit son nom à Artémis (ou Diane), la déesse de la chasse et

de la pudeur (De Wit 1965). Et selon Ferreira (1994), Artémis serait la déesse de la maternité,

parce que les plantes appartenant au genre Artemisia étaient utilisées pour le contrôle des

naissances et pour le traitement des maladies gynécologiques.

A propos d'A. vulgaris. Orangé (1983) rapporte que « Cette plante doit son nom à la déesse

Artémis, protectrice des vierges, d'où son antique réputation comme spécifique du cycle

féminin » et que « Hippocrate et Discoride en vantaient l'usage pour toutes les affections de la

matrice ».

Quant aux espèces africaines, celles cultivées au Centre du Sahara sont utilisées comme

vermifuges. Au Mali, la poudre d'A. judaica Linn. ssp. sahariensis (Chevalier) Maire, en

provenance de l'Afrique du Nord, est un condiment aromatique amer. Au nord du Nigeria, A.

maciverae Hutch & Dalz est connue pour le même usage (Burkill 1985).

Quant aux autres Artemisia, A. absinthium est recommandée pour soigner l'estomac, les yeux,

la constipation et l'anémie. De plus, l'absinthe stimule l'appétit et favorise la digestion. Selon

Akbar (1986), A. absinthium serait douée d'une activité antihépatotoxique. Cependant, une

boisson préparée à partir de ses racines fut interdite en France en 1915 à cause des effets

dangereux dus à l'abus de cette liqueur (hallucinations et altérations cérébrales permanentes)

(Phillips 1987). On rapporte également l'isolement, à partir de l'absinthe, de deux composés

possédant une activité antipaludique in vitro. Leur EC50 (50 % effective concentration) est de

1 pg/ml (Rücker et al. 1992). Par ailleurs, A. dracunctilus (l’estragon) intervient dans le

traitement de la constipation et des maux d'estomac (Venner 1980). C'est aussi un aromate à

usage culinaire.

1.1.5. Ecologie et distribution

Les Artemisia poussent généralement dans des terrains vagues et incultes des régions

tempérées d'Europe et d'Asie. On en retrouve également en Afrique du Nord et on signale une

Artemisia sp. en Ouganda où elle serait utilisée contre la toux (Adjanohoun et al. 1993). La

plupart des armoises sont spontanées, mais il existe des espèces cultivées pour leur usage en

agroalimentaire (A. dracunculus, l'estragon) ou pour leurs vertus médicinales et aromatiques

(A. annua, l'armoise annuelle). VA. annua est originaire d'Asie et plus probablement de la

Chine. Elle a été introduite en Europe du sud-est et dans le sud-ouest de l'Asie, en Amérique et

en Afrique (Liersch et al. 1986, Niamien et al. 1993). Son aire de distribution s'étend, en effet, •

sur l'ancienne Yougoslavie, la Hongrie (où elle est cultivée pour son arôme), la Bulgarie, la

Roumanie, la Turquie et l'Espagne. On la trouve aussi en Inde, au Japon, en Corée et au Viêt-

Nam. A. annua se rencontre également en Argentine. Elle pousse, elle aussi, comme adventice

1.2. CONSTITUANTS CHIMIQUES DES ARTEMISIA

Depuis que des scientifiques chinois ont identifié l'artémisinine en 1972, beaucoup de

chercheurs se sont intéressés à cette molécule dont la principale propriété est son activité

antipaludique. Comme d'autres Asteraceae, les Artemisia synthétisent de nombreuses

substances douées d'activité biologique. On connaît des terpénoïdes, des acétylènes, des

coumarines, des flavonoïdes, des analogues de la sésamine ... (Tableau 5).

1.2.1. Les terpènes

Les terpènes constituent le principal groupe de métabolites élaborés par les Artemisia. Ils se

retrouvent dans les substances volatiles stockées dans les trichomes glandulaires. L'odeur que

dégagent la plupart des armoises est due notamment à ces essences.

On extrait des monoterpènes des feuilles d'A. annua (Rücker et al. 1987), d'A. aucheri Boiss.

(Rustaiyan et al. 1987), d'A. filifolia Torrey (Torrance & Steelink 1974), d'A. arbuscula Nutt.

(Epstein & Gaudioso 1984), et d'A. herba-alba (Ahmed et al. 1990). Les sesquiterpènes (plus

abondants chez le genre Artemisia) se rencontrent chez A. annua, A. gypsaceae et A. judaica

(Rustaiyan et al. 1989a), A. herba-alba (Sanz et al. 1990a), A. oliveriana (Sanz et al. 1990b)

pour les sesquiterpènes lactoniques. Les sesquiterpènes non lactoniques sont extraits à partir

d'A. alba, d'A. douglasiana, d'A. maritima et d'A. pallens. Cette dernière contient la davanone,

utilisée en parfumerie. Les diterpènes sont rares chez les Artemisia. Quant aux triterpènes et

aux tétraterpènes, on connaît le simiarenol extrait d'A. anomala et d'A. argyi, le femenol et

l'acide quinivique d'A. vulgaris ...

L'artémisinine et ses analogues, extraits d'A. annua, appartiennent au groupe des lactones

• sesquiterpéniques. La particularité de ces molécules réside dans la présence d'un groupement

endoperoxyde dans le cycle A. Il a été démontré que ce groupement est d'une importance

capitale dans l'activité antipaludique dont est douée l'artémisinine. L'artémisitène (considérée

comme un des précurseurs éventuels) de l’artémisinine est caractérisée, en outre, par la

présence d'un groupe exométhylénique au niveau du carbone 9 (Acton & Klayman 1985).

Malgré les ressemblances au niveau de la composition chimique au sein des Artemisia, on ne

connaît pas encore d’espèces contenant l’artémisinine. On parle cependant de deux composés

isolés à partir d'A. absmthium et possédant une activité antipaludique (Rücker et al. 1992). La

1.2.2. Les acétylènes

Les acétylènes sont élaborés par des espèces telle que A. monosperma dont l'huile essentielle

contient une substance à activité insecticide (Saleh 1984).

1.2.3. Les coumarines

Environ 50 molécules de coumarines ont été isolées à partir des Artemisia de la tribu des

Anthemidae. Certains types de coumarines sont élaborés par des espèces particulières, c'est le

cas notamment des éthers des coumarines sesquiterpéniques, caractéristiques des racines <XA.

abrotanum. On en a également identifié chez A. anma et ceux-ci seraient impliquées dans

l'activité antipaludique caractérisant cette plante. La principale coumarine identifiée chez A.

annua est la scopolétine (Tawfiq et ai 1989).

1.2.4. Les flavonoïdes

Souvent, sous forme de glycosides, les dérivés de la flavone et du flavonol se rencontrent

communément chez le genre Artemisia. Dans le cas de VA. annua, on a démontré que les

flavonoïdes potentialisent l'effet de l'artémisinine. En effet, en comparaison avec la IC50 de

l’artémisinine (3.10’* M), Liu et ses collaborateurs ont remarqué que les flavonoïdes avaient

des valeurs de la IC50 comprises entre 2,4 et 6,5.10'^ M (Liu et al. 1992).

1.2.5. Les analogues de la sésamine.

Ils sont moins abondants et la sésamine en est l'exemple type. Elle n'a été détectée que chez A.

Tableau 5: Les métabolites secondaires élaborés par X^sArtemisia

PRODUITS ESPECES (QUELQUES EXEMPLES)

1. Les acétylènes A. monosperma

2. Les teroènes

- Les monoterpènes A. annua

A. arbuscula

A. aucheri

A. filifolia

- Les sesquiterpènes lactoniques A. absinthium

A. annua

A. gypsaceae

A. Judaica

A. sieversiana

- Les sesquiterpènes non lactoniques A. alba

A. douglasiana

A. maritima

- Les diterpènes (rares) A. pollens

- Les tri- et les tétraterpènes A. anomala

A. argyi

A. vulgaris

3. Les coumarines A. abrotanum

A. annua

4. Les flavonoïdes A. annua

A. austriaca

A. palustris

5. Les analogues de la sésamine A. roxburghiana

6. Autres nroduits A. absinthium

A. anomala

A. dracunculus

A. campestris subsp. glutinosa

1.2.6. Les autres métabolites

Différentes substances ont été identifiées chez A. absinthium, A. anomala, A. dracunculus, A.

campestris ... et certaines présentent des structures voisines des peptides (A. anomala). Seule

A. absinthium élabore des benzofuranes.

Des études orientées vers la recherche de produits insecticides permettraient d'identifier les

molécules larvicides synthétisées par A. cana et les substances nématocides chez.^. siversiana.

1.3. LES POTENTIALITES DE VARTEMISIA ANNUA L.

Grâce aux propriétés antipaludiques de l'artémisinine et de ses analogues, et de part le large

éventail de produits utiles synthétisés par A. annua, son usage peut être exploité à plus grande

échelle dans de nombreux domaines à savoir;

- l'agriculture (propriété herbicide, Stiles et al. 1994, Hussein 1990);

- la parfumerie (propriété aromatique, Wang et al. 1990 );

- la brasserie (pour son amertume, Duke et al. 1988);

- la parasitologie (efficacité contre Schistosoma mansoni, S. japonica, Clonorchis

sinensis et contre Leishmania major, Wang et al. 1990).

Les travaux de l'OMS (WHO 1989) montrent également que cette plante peut être utilisée

pour le traitement de différents types de fièvre, dont celle due à la tuberculose. De plus,

l’artémisinine et ses dérivés inhibent la formation des plaques par Toxoplasma gondii.

Il serait aussi intéressant d'étudier les effets répulsifs de l'arôme de cette plante sur la mobilité

et le taux d'agressivité des moustiques.

Cette plante peut être soumise à des tests d'activité contre des cellules cancéreuses étant donné

qu'elle contient des flavonoïdes (Marco & Barbera 1990). En effet, il a été démontré que

certaines flavanones et flavones (cirsimaritine, clarysoériol ...) peuvent représenter des agents

de prévention (et non de traitement) des cancers. De fait, ces molécules inhibent de nombreux

systèmes enzymatiques et leur absence de spécificités pharmacologique et thérapeutique est

bien connue (Anton 1993). Par ailleurs, des tests effectués in vitro par des Chinois, ont montré

que les dérivés de l’artémisitène et de l’acide artémisinique présentent une activité cytotoxique

contre la lignée P388 de la leucémie lymphoblastique et contre d’autres formes de cancer.

notamment celui de l’estomac (Woerdenbag 1994). De leur coté, Moskal et ses collaborateurs

(1992) montrent que l’artémisinine pourrait être utilisée dans le développement de produits

cytostatiques.

Par contre, les tests réalisés sur des bactéries Gram positifs et des bactéries Gram négatifs se

sont montrés négatifs.

1.4. AUTRES PLANTES A ACTIVITE ANTIPALUDIQUE EN COURS D’ETUDE

A l’heure actuelle, plusieurs raisons poussent les chercheurs à s'intéresser à d’autres plantes

utilisées ou non en médecine traditionnelle. C’est principalement:

- l’apparition et la multiplication de souches Aq P. falciparum résistantes;

- la faible teneur en artémisinine et ses analogues;

- le faible rendement des réactions de synthèse chimique;

- la nécessité de synthétiser d'autres analogues structuraux;

- ainsi que le besoin de diversifier la gamme des substances antipaludiques ...

Ainsi, le combat contre ces formes de résistance aux médicaments habituels s'intensifie.

Chez les Simaroubaceae, une activité antipaludique a été observée soit expérimentalement chez

Ailanthus, Caste la, Picramnia, Picrasma, Picrolemna, Quassia, Simaba, Simarouba, soit par

usage en médecine traditionnelle chez Brucea sumatrana, Brucea dysenterica, Picrasma

antidesma, Simaba cedron et Castela tiicholsoni (Bray et al. 1987, Bryskier & Labro 1988,

Hamburger e/a/. 1991, Anderson e/a/. 1991).

Au sein des Rubiaceae comme le quinquina, Noster et Kraus mettent en évidence, en 1990, une

activité antiplasmodiale dans les extraits des écorces de tige de Coutarea latiflora Sesse &

Moc. ex. DC. {Hintonia latiflora Bullock) et Exostema caribaeum (Jacq.) Roem et Schult.

On connaît d’autres plantes dont les extraits possèdent des propriétés antipaludiques

(Çinchona, Dichroa febrifuga, Brucea japonica et Artabotrys uncinatus). Elles sont utilisées

en médecine traditionnelle chinoise (Tang & Eisenbrand 1992). Les plantes appartenant au

genre Daphné contiennent une coumarine, la daphnetine, dont l’activité antiplasmodiale a été

testée in vitro et in vivo (Yang et al. 1992). Ces tests ont révélé que, in vitro, la daphnetine

Ang et ses collaborateurs (1995) ont réalisé une étude comparative entre des quassinoïdes

extraits à'Eurycoma longifolia Jack et la chloroquine. Ils décrivent les effets de 3 quassinoïdes

sur 9 souches de P. falciparum isolées en Malaisie. Leurs résultats montrent que

l'eurycomanol, l'eurycomanol 2-0-p-D-glucopyranoside et le 13P,18-dihydroeurycomanol

possèdent une activité antimalarique avec des valeurs de la IC50 (50 % inhibitory

concentration) correspondant à 1,231-4,899 pM; 0,389-3,495 pM et 0,504-2,343 pM

respectivement, tandis que la IC50 de la chloroquine est de 0,323-0,774 pM.

Une équipe mexicaine s’intéresse à une autre Asteraceae, Piqueria trinervia Cav. (St. Nicholas

Herb), utilisée en médecine traditionnelle comme fébrifuge, antipyrétique, antipaludique et

contre les calculs biliaires, le typhus et le rhumatisme (Rubluo et al. 1995).

L’utilisation de plantes en médecine traditionnelle a également permis d’étudier un certain

nombre de plantes connues en médecine traditionnelle malgache et parmi lesquelles quelques-

unes possèdent des propriétés antipaludiques ou une action potentialisatrice sur la chloroquine.

Il s’agit de Strychnos mustoides Leeuvenberg (Loganiaceae), Anthocleista vogelii Baker

(Loganiaceae), Strychnopsis thouarsii Bâillon (Menispermaceae) et Spirospermum

CHAPITRE II

MISE AU POINT DE TECHNIQUES D’ANALYSE POUR LA

DETECTION DE L’ARTEMISININE ET DE SES ANALOGUES

2.1. INTRODUCTION

Une partie de ce travail a été effectuée à l’Institut de Pharmacie, Laboratoire de Pharmacognosie et de Bromatologie de

l’Université Libre de Bruxelles (Professeur Maurice VANHAELEN), tandis qu’une autre était réalisée en collaboration

avec le Docteur Guido FRANÇOIS (Laboratoire de Protozoologie, Institut de Médecine Tropicale d’Anvers).

Notre choix pour Tutilisation de techniques immunoenzymatiques (ELISA) a été motivé par les

avantages que présentent ces méthodes notamment la sensibilité, la spécificité de l’interaction

antigène-anticorps et la rapidité avec laquelle elles sont appliquées (Gafré et Butcher 1986,

Koppatschek e/a/. 1990, Jaziri e/a/. 1991, Jaziri e/a/. 1993).

Etant donné le grand nombre d'échantillons à analyser, nous avons choisi de combiner ces

techniques avec les méthodes chimiques et les tests biologiques pour détecter l'artémisinine et

ses analogues dans les extraits de poudres d'A. annua.

La méthode ELISA est largement utilisée en biologie végétale et s’étend à l’agroalimentaire où

elle est employée pour la détermination des résidus d’herbicides et de fongicides dans les

aliments, aussi bien d’origine végétale qu’animale (Koppatschek et al. 1990, Brandon et al.

1995, Matthews & Haverly 1995...). Cette méthode trouve aussi des applications en

phytochimie (Robins et al. 1984, Belunis & Hrazdina 1988...).

La technique que nous décrivons est basée sur une méthode immunoenzymatique développée

dans notre laboratoire avec des conjugués de l'artémisinine (Jaziri et al. 1993). La méthode

l'artémisinine et ses analogues. Elle s'est avérée très rapide, sensible, spécifique et précise. En

effet, elle permet de détecter 0,07 pmoles d'équivalents artémisinine dans 50 pl de solution.

Nous avons ensuite choisi l'artémisitène pour préparer les conjugués nécessaires à la

production des anticorps et à la détermination de l'artémisinine et de ses analogues.

2.2. MISE AU POINT D'UNE METHODE IMMUNOLOGIQUE DE TYPE ELISA

La première condition d’utilisation des méthodes immunologiques est de disposer d’un

composé immunogénique. Or, contrairement aux antigènes complets ou antigènes vrais qui ont

un poids moléculaire supérieur à 1000 (Erlanger 1980) ou à 5000 (Kemp & Morgan 1987,

Elissalde et al. 1995), une structure complexe et qui sont immunogènes, l’artémisinine et

l’artémisitène, de poids moléculaire 282 et 280 respectivement, sont des haptènes. Ces

molécules de faible poids moléculaire doivent être liées à des protéines porteuses pour stimuler

la production d’anticorps par l’animal. Elles sont rendues immunogènes soit par conjugaison à

des protéines porteuses avant administration à l'animal, soit en se combinant avec les protéines

du sujet récepteur.

Pour le cas de l'artémisinine et de l'artémisitène, le choix a porté sur une conjugaison aux

protéines porteuses avant l'immunisation.

2.2.1. Principe des méthodes immunologiques

Le principe des méthodes immunologiques est basé sur l'interaction entre un antigène et un

anticorps qui lui est spécifique. Les principales étapes de la mise au point de ces méthodes sont

résumées dans la figure 4a.

Le conjugué de fixation qui, dans notre cas, est représenté par le conjugué à rovalbumine, est

fixé sur la surface des puits des plaques de microtitration (1).

Les anticorps antiartémisinines ou antiartémisitènes, ajoutés aux puits, se lient au conjugué de

fixation qui y est adsorbé (2).

L'utilisation d'un 2ème anticorps, marqué au moyen d’une enzyme (3), permet la visualisation

de la présence de l’artémisinine et de ses analogues après addition d’un substrat

chromogénique (4-5) spécifique à l'enzyme. La réaction est arrêtée en ajoutant de l’acide

phosphorique aux puits (6). La concentration en artémisinine et ses analogues est déterminée à

partir de l’absorbance (7-8). Elle est inversement proportionnelle à cette dernière.

La mise au point de cette méthode nous a permis de disposer d’un outil de travail simple et

rapide pour déterminer le contenu en artémisinine et ses analogues dans les nombreux

échantillons d’A. anima cultivée dans différentes conditions.

Figure 4a: Différentes étapes des méthodes immunologiques de type ELISA

(cas de l’artémisinine).

Cystéinylation Conjugaison

Artémisitène

(à l’OVA)

Cystéinylartémisitène-OVA

Fixation dans les puits des plaques

de microtitration

Figure 4b: Préparation des conjugués utilisés dans le test ELISA (cas de l’artémisitène,

conjugaison à l’ovalbumine).

Cystéinylation Conjugaison

Artémisitène

(à la BSA)

---► --- ► Cystéinylartémisitène-BSA

Immunisation

Réaction immunologique

Anticorps antiartémisitènes

Figure 4c: Préparation des conjugués utilisés dans le test ELISA (cas de l’artémisitène,

conjugaison à la BSA).

2.2.2. Production et utilisation des immunoglobulines (Ig)

Lorsqu'un corps étranger (généralement une protéine) entre dans le flux sanguin d'un animal,

les lymphocytes B et T interagissent et produisent des protéines (anticorps ou immunoglo­

bulines) qui interviennent dans la réponse immunitaire.

Ces Ig sont produites au niveau de récepteurs répartis à la surface des lymphocytes. On estime

habituellement qu’un mammifère peut produire plus de 10® anticorps différents (Lewin 1988).

Cependant, la grande majorité de ces lymphocytes sont au repos, en attente d'être stimulés.

Pour déclencher une réponse, un nombre minimum de récepteurs doit être occupé, c'est-à-dire

qu'une quantité minimum d'antigènes doit être injectée.

D’après Johnstone & Thorpe (1982), les anticorps sont largement utilisés dans beaucoup

d'analyses biologiques et peuvent être produits même avec des quantités minimes d'antigènes.

La production des anticorps connaît beaucoup de succès depuis que Kohler & Milstein (1975),

(cité par Johnstone & Thorpe 1982) ont introduit la technologie de production des anticorps

monoclonaux par des hybridomes. Ces anticorps ont l'avantage d'être homogènes et peuvent

être produits indéfiniment, contrairement aux anticorps conventionnels obtenus par saignées à

partir d'animaux immunisés. Néanmoins, la production d'anticorps conventionnels a l'avantage

d'être simple malgré la nécessité d'un choix judicieux de l'animal et du protocole à utiliser.

En général, le choix de l'animal dépend de la quantité de sérum dont on a besoin et de la

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