L’ensemble des exercices proposés pour travailler les voyelles semble avoir porté ses fruits. - La présentation du trapèze vocalique, et les explications données sur l’articulation

ont permis aux patients de se représenter l’articulation des voyelles les unes par rapport aux autres. Nous avons choisi, pour les voyelles pouvant être ouvertes ou fermées ([E], [OE] et [O]), de travailler uniquement le phonème fermé : en effet, les patients ayant des difficultés de discrimination des sons proches, nous n’avons pas souhaité introduire une difficulté supplémentaire, en introduisant deux sons, qui n’auraient peut-être pas été distingués, pour une même carte.

- Les circuits ont été utilisés pour introduire et stabiliser la production des voyelles intermédiaires.

- Le travail des gestes a grandement contribué à la progression dans la production des voyelles isolées. En effet, les gestes aident les patients à sentir l’articulation, et donc à trouver plus facilement la bonne position pour produire le son. Ce travail a été entravé chez certains patients par l’apraxie idéo-motrice, mais semble néanmoins avoir été utile. Certains gestes ont été transformés : celui du [o] par exemple, est effectué devant la bouche, pour faciliter la projection des lèvres. De même, le geste du [u], trop complexe au niveau praxique, a été remplacé par un serrement du poing, devant la bouche également pour certains patients, ce qui facilite la projection, et représente le serrement des lèvres, distinguant par-là ce phonème du [o].

- Le travail des ribambelles a permis, par le biais de l’intonation, du rythme ou des variations d’intensité de la voix de détourner les patients de la difficulté qu’ils éprouvent à l’oral, et donc d’améliorer la production des sons difficiles, et la distinction entre des sons confondus (confusions [o/u] et [i/e] notamment). De plus, ce travail a aidé les patients sujets à des persévérations à s’en détacher : la représentation des différents sons, et les changements de rythme leur ont permis de retenir des énoncés automatiques, en se concentrant sur la ribambelle posée. - Il nous a paru important, au cours de la rééducation, d’insister plus fortement que

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aux voyelles, d’abord par des exercices d’appariement carte de couleur/lettre, puis par des exercices de production de la lettre correspondant à la carte présentée. - Une nouvelle situation de travail : réception et production de voyelles dans une

situation semblable à la PACE : il s’agit, pour le patient et nous-mêmes, de constituer un trapèze vocalique, les deux trapèzes ainsi créés étant séparés par un écran. Le but est de demander à l’autre des cartes, en effectuant le geste ou en produisant oralement le phonème (on aurait pu ajouter la possibilité d’écrire la lettre correspondante). Ce travail permet au patient de travailler à la fois la production, sans attendre notre aide puisqu’il doit nous faire deviner la carte qu’il souhaite, et la perception des sons. Il permet aussi de travailler la reconnaissance et la production des gestes.

1.2. Travail sur les consonnes

Le travail sur les consonnes n’a pas été possible avec tous les patients, en raison du manque de temps par rapport à l’ampleur des difficultés de certains. Ainsi, avec M.V, M.T et M.L, ce travail s’est arrêté à la présentation des phonèmes [l] et [p]. En revanche, presque toutes les consonnes ont été présentées à M.J et M.M

- Les explications sur l’articulation de la consonne à l’aide des schémas ont permis aux patients de se représenter cette articulation, et de la retrouver lors de présentations ultérieures du symbole.

- Malgré notre idée de départ, qui était de ne pas introduire les gestes correspondant aux consonnes, certains gestes se sont révélés être facilitateurs, et ont donc été présentés aux patients, qui les utilisent systématiquement. Il s’agit notamment des gestes correspondant aux phonèmes [ʃ] et [k].

- La discrimination des consonnes introduites a posé problème. Les deux patients à qui les consonnes ont été présentées ont montré des difficultés de discrimination des consonnes sourdes et sonores. Par exemple, ils n’entendaient pas la différence entre [p] et [b]. De plus, ils n’arrivaient pas à produire un voisement sur ces consonnes. Les consonnes sourdes ont donc été introduites dans un premier temps. Les consonnes sonores ont été introduites lors des dernières séances, et donc peu travaillées. Cependant, une piste s’est ouverte lors de la présentation des consonnes constrictives, pour lesquelles le voisement est plus aisé à expliquer. - De plus, en raison de la grande quantité de symboles, les graphies

correspondantes ont été écrites sous les symboles, dont les patients avaient du mal à se rappeler. Les patients ont donc davantage associé le symbole à la lettre

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qu’au phonème correspondant, et il n’est pas surprenant, lors du test final, de les voir poser par exemple le symbole du [g] lorsqu’un mot contient la lettre G, même si celle-ci se prononce [ʒ].

1.3. Travail de dénomination

Le travail de dénomination, n’a pas pu être mené à chaque séance, comme prévu au début de l’expérimentation. En effet, les difficultés de production étant majeures, de nombreuses séances ont été consacrées principalement à la production de sons isolés et des graphèmes associés, ne laissant que peu de temps pour travailler la dénomination, avec des patients souvent fatigués par le travail précédent. Les séances ayant eu lieu durant les quatre dernières semaines de rééducation ont donc été principalement centrées sur la dénomination.

Le travail de dénomination s’est avéré différent avec chaque patient. La progression et les résultats au test final sont également différents. Aussi, nous proposons de développer davantage le sujet de la dénomination lors de l’analyse des résultats au test final de chacun des patients.

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Dans le document Étude de l’efficacité des outils de la méthode distinctive dans la rééducation du manque du mot chez des patients aphasiques non fluents (Page 56-59)