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67 3 mots clés : Interdisciplinarité - Humanité - Défunt
L’intelligence des corps dans le soin : le travail vivant contre la protocolisation Monique de Kerangal, infirmière, Maison Médicale Jeanne Garnier, Paris
Problématique
Les formations aux mobilisations destinées aux soignants tournent majoritairement autour de préoccupations sécuritaires et préventives de type manutention. Une de leurs limites est qu’elles dissocient ce qui relève de la mobilisation du corps et de la relation de soin. Or, le travail en soins palliatifs révèle que tout soin technique est aussi relationnel et que tout soin relationnel est aussi technique. D’autres approches, telle que la kinésionomie clinique, visent à réconcilier ces deux pôles du soin.
Méthode, analyse
Une séance de soin effectuée par un binôme soignant formé à la kinésionomie clinique a été filmée par un cinéaste/chercheur spécialisé en psychodynamique du travail. Aux images, d’une durée de 8 minutes, a été ajouté au montage le commentaire subjectif des soignants qui décrivent ce qu’ils font et pourquoi ils le font ainsi. Cette approche méthodologique vise à mettre en évidence ce qui relève du travail vivant, par définition invisible. L’analyse phénoménologique de la vidéo mobilise des concepts issus de la kinésionomie clinique et de la psychodynamique du travail.
Résultats, discussion
Le montage vidéo et l’analyse permettent de montrer :
- Comment l’on peut approcher un patient douloureux par une qualité de présence et un contact sécurisant ;
- Comment l’on peut mobiliser un patient ou l’aider à se mobiliser, grâce à un jeu de leviers mécaniques et sensibles qui impliquent la notion d’« invitation » dans un dialogue psycho-tactile ; - Comment grâce à une invitation claire et prudente, il est possible de faire appel à l’« intentionnalité vitale » du patient, lui permettant de demeurer actif au cœur du soin, même de façon minime.
- Comment « le phénomène de charge légère » de Frans Veldman, qui se décrit dans la justesse du geste, se traduit par une fluidité du soin et un plaisir partagé entre soignants.
Conclusion
Le travail de réalisation vidéo étayé sur une théorie du travail permet de mettre en évidence les facultés haptiques (de perception) mobilisées par les soignants dans le corps à corps inhérent au soin. Cette approche méthodologique permet aussi de montrer ce qui relève du plaisir au travail en soins palliatifs, plaisir qui passe par la fluidité du soin et la coopération entre les soignants et le patient. Cette recherche, qui s’appuie sur l’interdisciplinarité entre soignants et chercheurs en psychodynamiques du travail, recèle un potentiel pédagogique permettant de favoriser la transmission de règles de travail qui honorent l’éthique des soins palliatifs et rompent avec la protocolisation du travail des soignants.
Références Christophe Dejours
« Travail vivant, Tomes I et II » Petite bibliothèque Payot, Paris - 2013.
Frans Veldman
"Haptonomie, science de l'affectivité" Ed. PUF - 2007 Merleau-Ponty
"La phénoménologie de la perception" Ed. Gallimard - 2005
3 mots clés : Kinésionomie clinique - Travail vivant - Soins palliatifs
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Aides-soignantes – interdisciplinarité en soins palliatifs. Freins et leviers
Edwige Barbier-Baury, psychologue clinicienne, Centre Hospitalier, Confolens, Marine Vannier, psychologue, Centre Hospitalier, Saintes
Contexte et méthodologie
Nous avons mené en partenariat avec l’Association PalliAquitaine (2019-2021) une étude ciblée sur le vécu des aides-soignantes (A.S) dans l’interdisciplinarité en soins palliatifs à l’aide d’un questionnaire adressé à 100 établissements sanitaires privés-publics de la Région Nouvelle-Aquitaine possédant des LISP ou USP. L’étude avait pour but de reconnaitre la place des aides-soignantes dans la réflexion pluridisciplinaire et d’identifier les freins, ainsi que les leviers à la mise en place de l’interdisciplinarité en soins palliatifs.
Résultats
Sur les 43 établissements répondants (261 questionnaires), les réunions pluridisciplinaires ne constituent que le 3ème lieu où les aides-soignantes prennent aisément la parole par rapport aux moments informels ou lors des transmissions.
La moitié des professionnels déclarent choisir leurs informations en fonction de l’écoute et de l’attitude d’autrui, ainsi que du statut ou de la profession. 115 A.S estiment qu’aucun professionnel ne freine leur prise de parole. Concernant les freins à l’interdisciplinarité, 65% mentionnent, les conditions des réunions pluridisciplinaires. En majorité, les A.S se sentent écoutées par le reste de l’équipe mais, par ordre d’importance, la présence des médecins, cadres et psychologues freinerait leur prise de parole et la mise en place de l’interdisciplinarité.
La prise de parole en pluridisciplinarité permet aux aides-soignantes la continuité et la qualité de la PEC, l’adaptation des pratiques et la compréhension du patient. Pour une majorité, leur parole a autant de valeur que la parole du médecin et en plus, cette parole aurait une spécificité (temps de présence, proximité des soins-intimité, écoute active, lien de confiance patient-famille).
50% des professionnels expriment que la crise COVID a eu un impact négatif sur l’interdisciplinarité surtout en termes d’organisation (annulations de réunions, moins de disciplines représentées).
Conclusion
Ainsi, il n’est pas seulement important que l’aide-soignante ait la parole, il est également nécessaire qu’elle se sente écoutée par les autres professionnels et qu’elle se sente reconnue avec ses spécificités dans l’accompagnement des patients et de leur famille. La mise en place de moyens organisationnels et environnementaux serait un levier facilitateur au développement de l’interdisciplinarité.
Références
Costa-Clermont, M-A. (2015). L’aide-soignant face à la fin de vie. Ed. Eres.
Journet, L. (2018). Participation des aides-soignantes aux réunions d’équipes hebdomadaires pluridiciplinaires dans le contexte de soins palliatifs : réalité ? déterminants ? propositions pour la pratique. Médecine palliative, Volume 17, pp. 338-347.
Sanson, K. (2006). Pluridisciplinarité : intérêt et conditions d'un travail de partenariat. Le Journal des psychologues. Vol 9, pp. 24-27.
3 mots clés : aides-soignantes - interdisciplinarité - vécus/ freins
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