Dans les programmes actuels de l’Education Nationale, le socle commun de connaissances, de
compétences et de culture représente les compétences minimales que l’élève doit posséder
afin de passer au niveau supérieur. Une grille de référence a été élaborée afin de spécifier
clairement ce qui est attendu de l’élève en fin d’école primaire.
Voici un extrait de la grille des compétences du palier 2, dans le domaine 7 de l’autonomie et
de l’initiative : « savoir s’autoévaluer ». (Annexe 1)
Tableau 1: extrait de la grille des compétences du palier 2, domaine 7 de l’autonomie et de l’initiative : « savoir s’autoévaluer »
Nous constatons que la compétence de l’autoévaluation est clairement demandée par
l’Institution et même formalisée par des exemples concrets.
Le Rapport de l’Inspection Générale de l’Education Nationale - n° 2007- 048 de juin 2007
traite des livrets de compétences et propose ces livrets comme nouveaux outils pour
l’évaluation des acquis. Ce rapport dresse un bilan de l’évaluation française avec en filigrane,
la problématique de l’échec scolaire. Y est constatée la place trop importante de l’évaluation
sommative qui revêt souvent des fonctions très différentes ainsi que le peu de recours à
l’évaluation formative. Pourtant on y parle de l’autoévaluation. L’autoévaluation des élèves
est d’abord constatée comme une pratique plus répandue au Québec et favorisant le recueil
d’informations pour l’enseignant. On l’évoque à nouveau lorsqu’il s’agit de prendre le temps
de l’évaluation « l’évaluation qui ne peut avoir lieu, dans la phase de construction des savoirs,
que lorsque l’élève a commencé à témoigner de ses progrès ». Enfin dans la dernière partie du
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rapport, l’autoévaluation de l’élève est présentée comme la première phase du processus
global de l’évaluation d’une compétence et nécessaire pour lui permettre d’identifier ses
progrès. En conclusion, il est remarqué qu’au-delà d’une organisation pertinente des
programmes et d’une définition adéquate des compétences, la temporalité de l’évaluation est
en effet déterminante.
Nous constatons que les textes reconnaissent l’intérêt de l’autoévaluation des élèves et du
besoin de prendre ce temps lié au processus de l’acquisition des compétences. Il s’agit même
d’une injonction puisqu’une des compétences du Référentiel des compétences
professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation est de « faire comprendre aux
élèves les principes de l'évaluation afin de développer leurs capacités d'auto-évaluation. »
Comment comprendre alors que l’autoévaluation soit si peu utilisée en classe comme moyen
pédagogique ?
Dans le contexte scolaire, l’enseignant et l’élève ne sont jamais seuls. Il y a l’Institution qui
régit les lignes directrices de l’Enseignement. Ce système est reconnu de façon consensuelle
par les acteurs internes comme un système pesant. Et l’enseignant porte en lui une obligation,
celle de rendre des comptes à l’Institution et de correspondre aux attentes de l’Institution.
Nous sommes donc face à trois acteurs principaux lorsque nous parlons de l’évaluation : les
élèves, les enseignants et l’Institution.
Les enseignants de manière générale pensent que le système les contraint et leur enlève toute
initiative pédagogique qui pourrait être à la base de la réussite de leurs élèves. Pourtant
l’autoévaluation pourrait être cette rupture dont parle Jablonka (2010), qui plus est, soutenue
par les textes officiels.
Lancée en juin 2014, par l'ancien ministre de l'Education, Benoît Hamon, la Conférence
nationale sur l'évaluation des élèves a réuni un jury composé d'acteurs et d'usagers du système
éducatif (enseignants, parents, chefs d'établissement, étudiants et lycéens) pour répondre aux
deux questions suivantes :
- Comment faire en sorte que l'évaluation encourage tous les élèves, quel que soit leur niveau
et leur environnement, à vouloir progresser et à développer toutes leurs potentialités ?
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- Comment faire en sorte que l'évaluation permette aux élèves, y compris à ceux qui sont les
moins à l'aise, de se projeter de façon plus confiante dans leur futur parcours scolaire, au lieu
qu'elle soit ressentie comme la formalisation précoce et définitive d'une prédestination ?
(Conférence nationale sur l'évaluation des élèves : rapport du jury, 2015)
Le Rapport du Jury de cette conférence nationale des évaluations des élèves ne mentionne
pas l’autoévaluation, alors que dans les compte-rendu à disposition de cette même conférence
(2014), l’autoévaluation a été évoquée cinq fois par différents intervenants. Comment
expliquer que l’autoévaluation n’ait pas été retenue comme recommandation ? L’exemple
suisse analysé par Marcoux (2014), lors de la conférence pourrait être une explication. Un
changement des conceptions des enseignants et un changement des pratiques scolaires ont pu
émerger en Suisse ; un système basé sur l’autoévaluation et la co-évaluation a ainsi fonctionné
pendant une dizaine d’années. Or, une « votation » a demandé un retour aux notes. La
population, en Suisse, peut soumettre des projets à votation, sous certaines conditions. C’est
ce qui s’est passé, et un collectif a obtenu la signature de plus de 10 000 personnes demandant
un retour aux notes. Le contexte économique est convoqué pour justifier le retour aux notes.
Une majorité des enseignants du primaire était pour cette réforme, mais une minorité résistait.
Parmi les personnes qui ont demandé ce retour, il y avait les enseignants du secondaire qui
continuaient de noter. Ces notes sont nécessaires pour l’entrée dans le secondaire, selon les
filières. (Marcoux, 2014)
L’autoévaluation dispose d’une place dans les textes mais ne trouve pas encore de légitimité
dans le consensus social si bien que les enseignants qui ne proposent pas cette pratique à leurs
élèves ne sont pas sanctionnés par l’Institution.
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CHAP.3/ Un système scolaire autophage
Dans le document
L'autoévaluation des compétences en contexte : l'intime au service d'un apprentissage expansif
(Page 50-53)