Le refus du luxe et la défense du système républicain de la loi Oppia à la loi Didia
B) L’ovation romaine de Marcellus et les discours sur la décadence de la Ville
1) L’innovation de Marcellus
L’art grec était connu et apprécié par l’élite romaine depuis longtemps, mais il acquit pendant le conflit qui opposait Rome à Carthage une visibilité nouvelle, en particulier auprès du peuple. Comme le montre M. McDonnell, l’utilisation que fit Marcus Claudius Marcellus des œuvres d’art de Syracuse constitua de ce point de vue un tournant69. D’après Tite-Live, ce général fit défiler dans la ville de Rome un très riche butin à l’occasion de l’ovation qui célébrait sa victoire sur Syracuse70 :
« Avec un tableau représentant la prise de Syracuse (simulacrum captarum
Syracusa), il fit défiler des catapultes, des balistes et toutes sortes d’autres machines de guerre, ainsi que des objets de valeur, symboles d’une longue période de paix et de l’opulence royale, quantité d’œuvres d’art en argent et en bronze ciselés ; en outre, des meubles et des étoffes précieuses, beaucoup de statues célèbres, qui avaient fait la parure de Syracuse, une des premières villes grecques à cet égard. »71
68 Cf. ci-dessous, p. 179-210.
69 Nous nous fondons ici sur l’étude que fait M. McDonnell de la stratégie politique de Marcellus : M. MCDONNELL, 2006a, p. 206-240 et 2006b, p. 68-90. Sur ce épisode, cf. également P. GROS, 1979, p. 85-114.
70 Après la prise sur Syracuse, de retour à Rome en 211 av. J.-C., Marcellus sollicita le triomphe ; mais sa demande fut refusée par le Sénat qui lui accorda à la place le droit de célébrer une ovation. Il s’agissait d’une cérémonie plus simple : d’après Plutarque, le général vainqueur faisait son entrée dans la ville de Rome à pied, au son des flûtes, ceint d’une couronne de myrte (PLUTARQUE, Marcellus, 22, 2). Denys d’Halicarnasse parlait, lui, d’un vainqueur couronné de laurier et revêtu de la toge blanche bordée de pourpre des consuls et des préteurs nommée toge prétexte (DENYS D’HALICARNASSE, V, 47, 2-3). Sur l’ovation, cf. J.-L. BASTIEN, 2007, p. 268-271. Les raisons invoquées par les sénateurs pour justifier leur refus étaient que la guerre en Sicile n’était pas achevée et que Marcellus n’avait pas ramené l’armée à Rome (TITE-LIVE, XXVI, 21, 1-4). Il s’agissait en réalité, comme le souligne M. McDonnell, d’arguments fallacieux cachant un motif politique : Fabius Maximus qui dominait le Sénat à cette époque, voyait d’un mauvais œil le triomphe d’un concurrent (M. MCDONNELL, 2006a, p. 225 et 2006b, p. 80-81 et p. 88, n. 53). Plutarque expliquait d’ailleurs le refus du triomphe par l’action de ses ennemis : PLUTARQUE, Marcellus, 22, 1. Marcellus choisit de faire un triomphe sur le Mont Albain, la veille de l’ovation : TITE-LIVE, XXVI, 21, 6 et PLUTARQUE, Marcellus, 22, 1. Sur le triomphe in monte Albano, cf. J.-L. BASTIEN, 2007, p. 265-268.
71 « Cum simulacro captarum Syracusarum catapultae ballistaeque et alia omnia instrumenta belli lata et pacis diuturnae regiaque opulentiae ornamenta, argenti aerisque fabrefacti uis, alia supellex
La victoire de Marcellus à Syracuse et le faste de son ovation lui valurent d’être élu pour l’année 210 av. J.-C. consul pour la quatrième fois72. Marcellus utilisait ses victoires et ses prouesses militaires pour gagner du crédit politique. Dans le fond, cette démarche était parfaitement normale pour un général romain ; c’était la façon dont il le faisait qui était audacieuse et nouvelle. Ce n’était pas la première fois que des objets précieux d’origine hellénistique défilaient dans Rome à la suite d’une victoire. D’après J.-L. Bastien, ils étaient probablement apparus petit à petit dans les cortèges triomphaux à partir de la fin du IVe siècle av. J.-C. Le triomphe de Manius Curius Dentatus sur Pyrrhus en 275 av. J.-C. avait constitué une étape dans le processus73 : Florus insistait sur l’ampleur exceptionnelle de son butin qui servit à financer la construction d’un aqueduc, l’Anio Vetus74. L’ovation de Marcellus et la façon dont il se servit des prises de guerre firent cependant une si forte impression sur les Romains en 211 av. J.-C. qu’une étape fut franchie, pour plusieurs raisons. Après des années de difficultés militaires et de défaites face à Hannibal, le spectacle d’un riche butin défilant dans la ville de Rome avait sans doute plus de chances de marquer les esprits, d’autant plus que, au sein du cortège, figuraient huit éléphants, preuve, aux yeux des Romains, de la victoire remportée sur Carthage75 ; mais le caractère novateur de l’ovation de Marcellus vint surtout de l’utilisation qu’il fit ensuite des œuvres d’art de Syracuse ainsi que de l’esthétique nouvelle qu’il introduisit à Rome. Il se servit des statues et des tableaux pour orner la Ville et en particulier le temple qu’il consacra à Honos et Virtus près de la porte Capène76. Celui-ci devint un véritable musée où l’on venait admirer les chefs d’œuvres de l’art grec rapportés par Marcellus77. Jusqu’alors les triomphateurs avaient surtout offert dans les temples les armes de leurs ennemis. Ces dépouilles ornaient les monuments des triomphes et les trophées78. D’après Plutarque, la grande popularité de Marcellus tenait au fait qu’il avait embelli Rome et offert au peuple le luxe de la Grèce79. Ce général lui-même se vantait d’avoir appris aux Romains à apprécier les beautés et les merveilles de celle-ci80. M. McDonnell note que si le biographe grec
pretiosaqueuestis et multa nobilia signa, quibus inter primas Graeciae urbes Syracusae ornatae fuerant », TITE-LIVE, XXVI, 21, 7-8. Cicéron, dans la Seconde action contre Verrès (II, 2, 4), laissait entendre au contraire que Marcellus ne dépouilla pas Syracuse de ses ornements ; mais l’orateur s’efforçait alors de noircir le portrait de Verrès en idéalisant ses prédécesseurs.
72 TITE-LIVE, XXVI, 22, 13.
73 J.-L. BASTIEN, 2007, p. 328.
74 FLORUS, I, 13, 26-27, cité par J.-L. BASTIEN, 2007, p. 328.
75 TITE-LIVE, XXVI, 21, 9.
76 TITE-LIVE E, XXV, 40, 1-3 et PLUTARQUE, Marcellus, 21, 1. Marcellus avait fait le vœu de dédier ce temple lors de la bataille de Clastidium en 222 av. J.-C. Le temple n’ayant pas été encore dédié, il renouvela son vœu à l’occasion de la prise de Syracuse à la fin de 212 av. J.-C. ou au début de 211 av. J.-C. La dédicace de ce temple lui fut refusée par le collège des pontifes en 208 av. J.-C. Ce fut finalement son fils qui le consacra en 205 av. J.-C. (cf. TITE-LIVE, XXVII, 25, 7-9 ; XXIX, 11, 13 ; VALÈRE MAXIME, I, 1, 8 et PLUTARQUE, Marcellus, 28, 2). Sur ce temple, cf. M. MCDONNELL, 2006a, p. 208, 212-228, 230 et J.-L. BASTIEN, 2007, p. 334.
77 TITE-LIVE, XXV, 40, 3. Cf. M. MCDONNELL, 2006a, p. 230.
78 PLUTARQUE, Marcellus, 21, 2. Cf. J.-L. BASTIEN, 2007, p. 158-159.
79 PLUTARQUE, Marcellus, 21, 4.
accentuait volontairement la rupture introduite par Marcellus lorsqu’il suggérait que le peuple romain était alors ignorant du luxe et du raffinement81, il n’en demeurait pas moins que derrière cet effet rhétorique se cachait une part de réalité. Il existait certes déjà à Rome des statues grecques ; cependant, selon M. McDonnell, elles n’étaient sans doute pas très nombreuses. Si le butin de Syracuse fit une forte impression sur les Romains, ce fut du fait de la très grande quantité de sculptures en bronze ou en marbre d’un haut niveau artistique qu’il contenait ainsi qu’en raison de l’esthétique nouvelle qu’il introduisait à Rome : les statues italiques du IVe siècle ou du IIIe siècle av. J.-C. présentaient, en effet, une apparence très différente de celle des statues grecques contemporaines82. La tête italique en bronze dite « de Brutus » datant de la première moitié du IIIe siècle av. J.-C., aujourd’hui conservée au Musée du Capitole, était ainsi très éloignée de l’art grec du point de vue stylistique : R. Turcan souligne qu’« on y décèle, comme dans la Louve, le même mélange de vie intense dans l’expression faciale et de stylisation aussi bien dans le calibrage de la tête, le dessin des yeux rehaussés par l’ivoire et la pâte de verre que dans la moralité signifiée par la physionomie : rigueur totale, inflexible, absolue »83. Dans l’art grec au contraire, c’était la beauté mâle des jeunes gens exprimant leur supériorité physique qui était mise en avant84.
En offrant aux regards de tous un art qui était peu courant et sans doute bien moins familier pour le peuple que pour l’élite, Marcellus inaugura une nouvelle façon de gagner du crédit politique. Rome était une république oligarchique – le pouvoir était entre les mains d’un nombre limité de familles –, mais en même temps le système restait républicain : le peuple, ou du moins, comme le souligne P. Veyne, la frange la plus riche85, jouait un rôle dans la vie politique en élisant les membres de ces grandes familles aux principales magistratures, en confirmant génération après génération la
dignitas des grandes familles nobles qui tenait à l’exercice des magistratures supérieures comme la préture ou le consulat86. Le peuple n’était pas simple spectateur des jeux politiques à Rome, ceux-ci ne pouvaient se faire sans un échange avec lui. P. Veyne souligne qu’« un homme politique ne [devait] pas seulement être puissant, mais aussi populaire », il y allait de son prestige87. Comme le note A. Bell, la dimension spectaculaire, esthétique même, du pouvoir avait pris une grande importance pour plaire
81 PLUTARQUE, Marcellus, 21, 6.
82 M. MCDONNELL, 2006b, p. 72-76 et 84 : parmi les statues grecques présentes à Rome avant l’ovation de Marcellus, M. McDonnell recense les effigies de Caius Aelius et de Caius Fabricius Luscinus offertes par la cité de Grande Grèce Thurium, respectivement en 285 et 282 av. J.-C., peut-être également les statues d’Alcibiade et de Pythagore qui avaient été placées sur le Comitium et enfin les statues rapportées de Tarente par Manius Curius Dentatus à l’occasion de son triomphe sur Pyrrhus.
83 R. TURCAN, 2002, p. 19-20.
84 Cf. M. MCDONNELL, 2006b, p. 83.
85 P. VEYNE, 1976, p. 422-425. P. Veyne souligne que ces riches électeurs étaient préoccupés par l’opinion de l’ensemble de la plèbe (p. 425-426).
86 Cf. A. BELL, 2004, p. 20 : « La République […] tenait beaucoup plus du mélange entre une acceptation par l’aristocratie de la souveraineté du peuple et un continuel empressement populaire à accepter le droit naturel des notables au pouvoir et à la prééminence ».
au peuple88. Celui-ci attendait des magistrats et des généraux qu’ils lui offrent des grandioses cérémonies, et ceci pas seulement par goût pour le sensationnel, mais parce que la qualité du spectacle qui lui était donné traduisait l’intérêt et la considération qu’avait pour lui l’homme politique qui l’organisait. En présentant des œuvres d’art célèbres lors de son ovation et en les exposant ensuite aux yeux de tous dans la Ville, Marcellus rendait hommage à la gloire du populus Romanus et manifestait en même temps d’une façon ostentatoire et péremptoire son propre prestige et sa propre réussite. M. McDonnell note que, dans son utilisation politique des chefs d’oeuvre de Syracuse, ce général se fondait sur un modèle hellénistique. A. Bell souligne que les souverains hellénistiques expliquaient et justifiaient leur pouvoir par le spectacle de leur magnificence qu’ils donnaient dans les principales villes ou sanctuaires de leurs royaumes89. Ils utilisaient leur luxe pour gouverner et pour impressionner le peuple. En 275 ou en 274 av. J.-C., Ptolémée Philadelphe organisa une grande procession dans la ville Alexandrie. Le cortège du roi lagide se signala alors par sa richesse ostentatoire et par l’accumulation de biens précieux, d’œuvres d’art, vases ou statues90. Les monarques hellénistiques manifestaient également leur puissance par des offrandes dans les grands sanctuaires comme celui des Kaberoi, les Grands Dieux, à Samothrace91. Or, Marcellus envoya lui aussi des objets d’art pris à Syracuse à de grands sanctuaires grecs, comme celui d’Athéna à Lindos sur l’île de Rhodes ou celui des Grands Dieux à Samothrace, suivant en cela les habitudes des rois92. D’après M. McDonnell, il avait pu emprunter ces pratiques hellénistiques à Hiéron II, roi de Syracuse, qui avait été l’allié des Romains lors de la précédente guerre contre Carthage93. Marcellus avait sans doute été
88 Cf. A. BELL, 2004, p. 7 et 20. Cf. ci-dessus, p. 11-12.
89 A. BELL, 2004, p. 115-116.
90 Cf. ATHÉNÉE, 197c-203b. Sur la grande procession de Ptolémée à Alexandrie, cf. A. BELL, 2004, p. 119-138 ; D. J. THOMSON, « “Philadelphus” procession : dynastic power in a Mediterranean context », dans L. MOOREN (dir.), Politics, administration and society in the Hellenistic and Roman world, Leuven, Peeters, 2000, p. 365-388 ; F. COARELLI, « La pompè di Tolemeo Filadelfo e il mosaico nilotico di Palestrina », dans Revixit ars : arte e ideologia a Roma : dai modelli ellenistici alla tradizione repubblicana, Rome, Quasar, 1996, p. 102-137 ; P. GOUKOWSKY, « Sur la “grande procession” de Ptolémée Philadelphe », dans Cl. BRIXHE (dir.), Hellènika symmikta : histoire, linguistique, épigraphie. II, Nancy, ADRA, 1995, p. 79-81 ; C. WIKANDER, « Pomp and circumstance : the procession of Ptolemaios II », Opuscula Atheniensa, 1992, 19, p.143-150 et E. E. RICE, The Grand procession of Ptolemy Philadelphus, Oxford, Oxford University Press, 1983.
91 Sur le lien particulier unissant les souverains hellénistiques au culte des Grands Dieux à Samothrace, cf. S. G. COLE, Theoi Megaloi : The Cult of the Great Gods at Samothrace, Leiden, E. J. Brill, 1984, p. 21-25.
92 Cf. M. MCDONNELL, 2006a, p. 231, p. 231, n. 85 et 2006b, p. 83-84.
93 Hiéron était mort en 216 av. J.-C. M. McDonnell interprète le simulacrum captarum Syracusarum
présent d’après Tite-Live (XXVI, 21, 7) dans le cortège de l’ovation comme étant une statue représentant la ville de Syracuse personnifiée capturée par les Romains. Or, comme le note cet historien, « les représentations de cités personnifiées faisaient partie des processions royales hellénistiques (une de Corinthe apparaissait dans la procession royale de Ptolémée Philadelphe à Alexandrie en 275 ou 274 av. J.-C. [ATHÉNÉE, 202d-f]), lesquelles étaient certainement organisées à Syracuse » (M. MCDONNELL, 2006b, p. 83 et p. 90, n. 74). Cette pratique se développa ensuite dans les triomphes. M. McDonnell évoque les effigies des villes capturées qui figuraient dans le triomphe de Lucius Cornelius Scipion sur Antiochos de Syrie en 189 av. J.-C. (TITE-LIVE, XXXVII, 59, 3). L’expression
en contact avec sa cour dans sa jeunesse lorsqu’il avait combattu en Sicile à l’occasion de la première guerre punique94. Après sa victoire sur les Gaulois à Clastidium
en 222 av. J.-C., une partie des dépouilles prises aux vaincus avaient été envoyées à Hiéron95. Il s’agissait certainement de celles qui furent offertes par ce roi dans le temple de Zeus Olympien96.
La stratégie de Marcellus s’était révélée fructueuse sur le plan politique puisqu’il obtint un nouveau consulat : son succès inspira donc ses pairs. Son exemple fut suivi par ses successeurs, y compris par Fabius Maximus, l’un de ses adversaires politiques qui faisait pourtant partie de ceux qui critiquaient vivement cette ovation97. À la faveur des victoires en Italie du Sud ou en Orient, les triomphes fastueux se succédèrent98. Celui de Fabius Maximus sur Tarente en 209 av. J.-C. et celui de Scipion sur Carthage en 202 av. J.-C. se signalèrent par la richesse du butin99. En 194 av. J.-C., à la suite de sa victoire sur Philippe V de Macédoine et sur Nabis, le roi de Sparte, Flamininus fit figurer dans son cortège triomphal des chefs d’œuvre de l’argenterie grecque100. Au début des années 180 av. J.-C., deux grands triomphes, celui de Lucius Cornelius Scipion en 189 av. J.-C. après sa victoire à Magnésie sur Antiochos III de Syrie et celui de Cnaeus Manlius Vulso, célébré en 187 av. J.-C. sur les Galates, se distinguèrent par l’abondance de la vaisselle ciselée d’or et d’argent, des étoffes attaliques aux broderies de fils d’or et des lits de table ornés de bronze qui défilèrent sous les yeux des Romains101. Le mouvement culmina avec le triomphe de Paul Émile sur la Macédoine en 167 av. J.-C. : la procession dura trois jours et compta nombres de statues, de colosses, de peintures, de cratères, de coupes et de rhytons d’argent remarquables par leur facture. Elle contenait également la vaisselle d’or du roi Persée102. L’usage que Marcellus fit des œuvres d’art issues du butin après son ovation fut également imité. Marcus Fulvius Nobilior s’empara à Ambracie des statues des Muses et, après son triomphe en 187 av. J.-C., il les consacra, semble-t-il, dans le temple dédié Hercules
« simulacrum captarum Syracusarum » pouvait cependant signifier simplement « la représentation de la prise de Syracuse », le participe parfait passif équivalant alors à un nom ; dans ce cas, il n’est pas possible de déterminer s’il s’agissait d’un tableau montrant la capture de la ville ou d’une statue de Syracuse personnifiée.
94 PLUTARQUE, Marcellus, 1, 5 et 2, 2. Cf. M. MCDONNELL, 2006a, p. 231 et 2006b, p. 83. La province qu’il gouverna en tant que préteur n’est pas connue. Selon M. McDonnell, ce fut peut-être la Sicile.
95 PLUTARQUE, Marcellus, 8, 11.
96 TITE-LIVE, XXIV, 21, 9.
97 M. MCDONNELL, 2006a, p. 230 et p. 230, n. 82 (M. McDonnell recense dans cette note les imitateurs de Marcellus).
98 Cf. sur ce point, K. E. WELSH, 2006, p. 102.
99 Sur le butin fait par Fabius à Tarente, cf. TITE-LIVE, XXVII, 16, 7. Sur le triomphe de Scipion, cf. TITE-LIVE, XXX, 45, 2-3 et APPIEN, Le Livre africain, 66.
100 TITE-LIVE, XXXIV, 52, 5. Sur ce triomphe, cf. également, PLUTARQUE, Flamininus, 14, 1-2.
101 Cf. dans le cas de Lucius Scipion, PLINE L’ANCIEN, XXXIII, 148 ; XXXVII, 12 et dans celui de Cnaeus Manlius Vulso, TITE-LIVE, XXXIX, 6, 7-7, 1 ; PLINE L’ANCIEN, XXXIV, 14 ; XXXVII, 12. Sur les étoffes attaliques, cf. PLINE L’ANCIEN, VIII, 74, 196 ; XXXIII, 19, 63.
Musarum qu’il fit alors ériger103. Après le sac de Corinthe en 146 av. J.-C., Mummius dédia les vases de bronze qui ornaient le théâtre de cette cité au temple de la Lune104.
Au IIe siècle av. J.-C., le défilé de riches œuvres d’art étrangères était un élément attendu lors de tout triomphe. Le peuple romain avait pris l’habitude du luxe public : répondre à ses attentes constituait une nécessité politique. Il voyait dans les cortèges triomphaux le spectacle de sa grandeur, de sa dignité supérieure de peuple maître de puissantes et opulentes contrées105. La présence en leur sein de chefs d’œuvre de l’art grec était le signe concret de la victoire106 : non seulement les Grecs étaient soumis à Rome, mais aussi la brillante culture dont ils étaient si fiers. La satisfaction qu’éprouvaient les Romains à voir la culture grecque assujettie à leur bon vouloir apparaissait dans les jeux donnés par Lucius Anicius Gallus en 168 av. J.-C. à l’occasion de son triomphe sur le roi d’Illyrie, Genthius. Ce général produisit les plus célèbres des artistes grecs dans un vaste théâtre construit pour l’occasion dans le Grand Cirque. Il fit d’abord entrer les joueurs de flûte qui se mirent à exécuter leur morceau, mais Anicius ne les laissa pas achever. Polybe rapportait ainsi la scène :
« Quand ceux-ci [les musiciens] eurent commencé à faire retentir leurs accords, avec les mouvements rythmés qui convenaient, L. Anicius leur fit dire qu’ils ne jouaient pas bien et qu’ils devaient plutôt lutter entre eux. Comme les flûtistes ne comprenaient pas ce qu’il voulait dire, un licteur vint leur expliquer qu’ils devaient se faire face et avancer les uns vers les autres, en simulant un combat. Ils eurent bientôt saisi ce que l’on attendait d’eux et, comme ce genre d’exhibition était tout à fait dans leur goût, ils firent une belle mêlée. Ils rangèrent les choristes du centre face à ceux des côtés, puis soufflant dans leurs instruments, dont ils se mirent à tirer des sons discordants et qu’ils agitaient de-ci de-là, ils avancèrent à tour de rôle les uns vers les autres. Les choristes cependant les accompagnaient et frappaient dans les mains. Ils avaient envahi la scène et marchaient les uns vers les autres, groupe contre groupe, puis revenaient en arrière, après une volte-face. Et quand on vit l’un des choristes retrousser brusquement sa robe, se retourner et lever les poings dans une attitude de boxeur, en menaçant le flûtiste qui avançait sur lui, ce fut un tonnerre d’applaudissements et d’acclamations parmi les spectateurs. La bataille durait encore, quand deux
103 J.-L. BASTIEN, 2007, p. 329 et M. ABERSON, 1994, p. 199-216. À propos du transport des statues des Muses d’Ambracie jusqu’à Rome, cf. PLINE L’ANCIEN, XXXV, 66. D’après Cicéron, Fulvius consacra dans le temple des Muses ses prises de guerre (CICÉRON, Pour Archias, 27). Ovide laisse entendre que les effigies des neufs Muses étaient placées aux côtés de la statue d’Hercule (OVIDE, Fastes, VI, 799-800 et
L’art d’aimer, III, 168). Sur ce temple, cf. MACROBE, Saturnales, I, 12, 16.
104 VITRUVE, V, 5, 8. Cf. M. TARPIN, 2009, p. 92.
105 La notion de majesté du peuple romain (maiestas populi Romani) apparut dès la fin du IIIe siècle av. J.-C. dans les traités que Rome signe avec des cités ou des peuples de Méditerranée :