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giques pour servir à l'histoire de l'enseignement officiel à

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Création et ouverture de l'école.

Lors de la séance du Conseil communal du 18 juin 1870, l'échevin Carbonnelle présente le projet d'ouverture d'une école payante de filles : l'Institut communal de Demoiselles. La séance est houleuse : des interpellations s'inquiètent des dépenses et de l'organisation de l'école. Une maison, apparte­ nant à Berlière a été prise en location pour 1.600 frs, avec un bail de neuf ans. Elle est située 9 rue des Clarisses, au centre de la ville.

Il y aura 3 sections :

-une classe de 1er âge pour les moins de six ans, -une section primaire, en deux divisions,

-une section supérieure s'ouvrira quand le besoin vien­ dra. Une directrice et deux institutrices seront à nommer

, c'est-à-dire peu après. L'école sera sous l'autorité de la Commune.

Très vite, la presse catholique y voit une "école à la Gatti" et prédit des dépenses importantes à comparer à celles qui ont été faites pour l'école payante de garçons :

60.000 frs de frais de premier établissement puis 10 à

12.000

frs d'entretien annuel, car l'institutrice en chef devra recevoir un traitement de 2.500 frs et le logement, chauffage, éclairage, les deux sous-maîtresses 1.500 frs et 1.200 frs. Le seul but de l'administration doctrinaire est la concurrence aux établissements religieux .

Il n'existe aucun établissement d'enseignement moyen pour filles dans la ville, si ce n'est, à ces portes à Kain une école tenue par les Dames de la Sainte-Union .

La publicité pour le nouvel institut dévoile les objec­ tifs des fondateurs : un enseignement plus poussé qu'il ne l'est généralement, mais au premier plan une éducation morale et religieuse formant le coeur et le caractère grâce au senti­ ment du devoir, aux habitudes d'ordre et de modestie. L'ins­ truction religieuse sera l'objet de soins constants, selon les

Ibidem,

p.386.

"La Vérité",

22.06.1870; 24.06.1870; Le

"Courrier de

1'Escaut",

22.06.1870; A. UYTTEBROUCK,

Quelques jalons chronolo­

giques pour servir à l'histoire de l'enseignement officiel à

Tournai,

p.210.

"Courrier de l'Escaut",

19.08.1870, Chronique locale.

prescriptions de la loi de 1842. Toutes les semaines les pa­ rents recevront un bulletin sommaire et trois fois par an un bulletin détaillé.

Le minerval est de 12 frs par trimestre pour le 1er âge, 18 frs pour la section primaire, 25 frs pour le Cours supé­ rieur. Des réductions sont accordées à des soeurs. Il n'y a pas de frais accessoires, mais les fournitures scolaires sont

à charge des parents .

Avant même l'ouverture, la presse catholique critique les "foyers d'impiété" que sont ces écoles

,

avec deux argu­ ments principaux. Le premier est l'insistance du Collège sur l'instruction religieuse, dont elle met en doute la valeur, car l'idée en est venue à "l'association anti-religieuse" et qu'ils jugent une dépense inutile car les écoles de Tournai ne laissaient rien à désirer. L'autre est que la direction de l'école sera confiée à trois étrangères . La directrice et ses adjointes ont en effet été désignées. La première est Pulchérie Gilmet, dont l'Institut finira par porter le nom : "Institut Gilmet".

L'Institut ouvre le 04 octobre 1870 avec 33 élèves, après un dis cours d'inauguration de l'échevin Carbonnelle, qui

remercie l'administration communale de son souci de l'instruc­ tion publique et surtout de celle des filles et souligne la mission importante de la directrice qui s'est déjà distinguée dans ses charges antérieures .

Le règlement de l'Institut avait annoncé qu'il s'appuyait sur l'Arrêté royal du 15 août 1846, dans lequel était fait état d'une circulaire des évêques donnant mission au clergé de faire des visites régulières dans les écoles.

En vertu de quoi le Conseil communal demande au curé de Saint-Piat son concours moyennant une rétribution de 300 frs; celui-ci doit en déférer à ses supérieurs. L'évêque refuse par une lettre du 11 novembre 1870 .

Le 21 octobre 1871, le Conseil communal réagit : il fait de l'école une école moyenne placée sous la direction et

surveillance exclusive de l'autorité communale" car l'école est une école supérieure et aucune loi ne régit ce type d'éco­ le .

L'inspecteur provincial dénonce au ministre Delcour cette résolution, parce qu'une école primaire communale a été fermée

"La Vérité",

18.09.1870, n°112. Institut communal des

Demoiselles; publicité extraite du règlement fait par le Collège le 08.09.1870; président : Fontaine.

E. BANNING;

Episcopat et instruction primaire,

p.37.

"Courrier de 1 'Escaut",

30.09.1870, chronique locale.

"La Vérité",

05.10.1870, noil9, 1ère page; A. UYTTE-

BROUCK,

Ibidem,

p.210; J.L. SOETE,

Mgr Dumont,

p.317.

Annales Parlementaires, Chambre,

Session 1878-79, séance

du 02.05.1879, p.904, Crombez; J.L. SOETE,

Mgr Dumont,

p.319 et note 10.

et placée dans l'enseignement moyen, sans l'autorisation du gouvernement.

Toutefois la dépêche arrivera une fois le délai de re­ cours expiré et le gouverneur du Hainaut ne pourra suspendre la décision . L'Institut sera placé hors de la juridic­ tion de la loi scolaire de 1842. Une paix relative s'installe ensuite entre la commune et l'évêché jusqu'en 1875. A cette date, Mgr Dumont, qui a été intronisé le 02 février 1873, ultramondain autoritaire est évêque de Tournai.

En août 1875, la phrase concernant les préjugés, pronon­ cée par Mlle Gilmet lors du discours de distribution des prix va provoquer l'irritation de l'évêque. Cette phrase dit : "Les préjugés, quelle plaie de l'humanité ! sans le préjugé, plus de conflit entre les hommes, qui sont tous frères et qu'un faux jugement rend ennemis, pour une différence de nom, de costume, de langage, ou de culte extérieur !".

Donc d'après "La Vérité", l'évêque conclut : plus de différence entre le Christ et les Antéchrist". Or "ce n'est pas ce qu'a dit l'institutrice" (“®) , selon le journal. Une lettre anonyme adressée au Nonce apostolique à Bruxelles, assure que P. Gilmet n'a pas composé la lettre elle-même, et que les phrases auraient été désavouées par le conseil commu­ nal (“°). Toutefois dans son mandement de carême du 15 fé­ vrier 1876 l'évêque critique de nouveau le programme d'éduca­ tion de l'Institut et la directrice.

Le bourgmestre de Tournai, Louis Crombez décide de saisir le Conseil communal d'une protestation : l'évêque abuse de son autorité religieuse. Il s'agit d'un outrage à la directrice; on a dénaturé ses paroles.

La protestation est adoptée par tout le Conseil communal; même les conseillers catholiques votent contre le mandement de l'évêque . La copie du rapport sera envoyée à l'évêché et sa reproduction dans le "Courrier de l'Escaut" et "Le Belge" sera exigée.

Le 8 avril, Mgr Dumont maintient ses déclarations en répondant au Conseil communal; en janvier 1877, il va jusqu'à annoncer à tous les curés du diocèse qu'il n'admettra pas, à la confirmation, les élèves de l'Institut Gilmet.

A Tournai, l'agitation est extrême. Mgr Dumont renouvelle dans le mandement de Carême de 1878 sa condamnation contre les

Annales Parlementaires, Chambre,

Session 1872-73, séance

du 20.02.1873; p.564, Kervyn de Lettenhove; p.564, ministre Delcour; p.565, députés Pirmez et Bara; session 1878-79, séance du 07.05.1879, p.949, ChWoeste; A. UYTTERBROUCK,

Quelques jalons

..., p.210; J.L. SOETE,

Mgr Dumont,

p.319.

"La Vérité"

08.04.1876, n°94.

J.L. SOETE,

Mgr Dumont,

pp.328-329, annexe 1.

"La Vérité",

03.04.1876, n°89-90, 1ère page;

1ère anne, n°21, 11.06.1876, p.l04.

écoles "organisées secrètement par la maçonnerie" . La lettre anonyme citée plus haut dénonce les "pressions et menaces" exercées sur les fournisseurs, fonctionnaires et

employés de l'administration pour qu'ils envoient leurs filles à l'Institut. Le nombre des élèves en aurait été plus que

doublé .

La presse se déchaîne. Il n'est pas d'occasion que ne saisisse "Le Tournaisien" pour attaquer "Mlle Préjugé" surnom désormais de P. Gilmet . Tout devient prétexte à déclara­ tions et même à manifestations et bagarres à Tournai .

D'autre part, certains curés se déclarent prêts à admettre les élèves de l'Institut à la Communion (®“) . On s'étonne que des écoles semblables, comme celles d'Ath ou de Mons (créée par le Denier des écoles), ne soient pas frappées, elles aussi, de l'interdit , ni les parents ni les enseignants, ni ceux qui patronnent l'école (“®) .

Des jésuites et des rédemptoristes acceptent des élèves de l'Institut à la Communion; d'autres enfants la reçoivent à Lille ou à Bruxelles (“®) .

Le bourgmestre L. Crombez évoque toute l'affaire à la Chambre. Il assure, lui, qu'on a essayé d'ameuter les ouvriers des cercles catholiques contre les libéraux (®®°) . "L'Echo du Parlement" dénonce un évêque qui "tire ses principes du Sylla- bus et qui est l'incarnation de l'excès de la puissance sacer­ dotale dans le pays" .

C'est alors qu'un certain nombre d'ecclésiastiques notam­ ment tournaisiens souhaitent le départ de Mgr Dumont et répan­ dent l'hypothèse de la maladie du prélat. Celui-ci sera révo­ qué le 22 octobre 1880.

"La Vérité",

10.03.1878, n°68.

voir p. suivante.

654

Tournaisien" n°20,

18.05.1884.

"La Vérité",

cortège de mi-Carême 1878, Journal du 08 au

11.04.1878, n°89 à 98; cette affaire se termine au tribunal correctionnel le 13.06.1878, n°169 et quelques condamnations, journal du 04.07.1878, n°186.

J.L. SOETE,

Mgr Dumont,

lette du Vicaire général du 22.04.1878, annexe II, pp.331-332.

657

"La Vérité",

06.04.1878, n°93, chronique locale.

658

"La Vérité",

06.04.1878, n°93.

659

"La Vérité",

08-09.04.1878, n°95-96, 10. 04.1878, n°97 .

660

Annales Parlementaires, Chambre,

Session 1878-79, séance

du 02.05.1879, pp.903-908.

A.G.R., Papiers Frère-Orban,

653 à 656, Affaire Dumont

Toutefois la politique obstinée de l'évêque intransigeant conduira à la rupture des relations diplomatiques de la Belgi­ que avec le Vatican .

Population de l'école.

1870 : 33 élèves à l'ouverture (®“) .

1875 : 102 élèves (classe supérieure : 25. intermédiaire : 51. inférieure : 26.) 1876 : 98 élèves (classe supérieure : 23.

intermédiaire : 55. inférieure : 20.) 1877 : 107 élèves (classe supérieure : 24.

intermédiaire : 61. inférieure : 22).

elle s'accroît de 50 unités depuis octobre (®*®) . 1878 : 161 élèves (®") .

Le

local.

C'est en 1882 que l'école, jusque-là Institut communal de la rue des Clarisses, s'installe au 26 rue royale, dans un nouveau bâtiment construit à l'emplacement de l'ancien couvent des Capucins.

Le journal catholique "Le Tournaisien" assure qu'il a coûté à la ville 550.000 frs, et que le terrain seul a été payé 160.000 frs au bourgmestre Crombez. Cette dernière somme aurait été prêtée à la ville moyennant 4% d'intérêt.

Le bâtiment a été bombardé en 1940 et il n'en reste que quelques vestiges (®®®) .

(664 ) _

(665) ,

J.L. SOETE,

Mgr Dumont,

pp. 325-326;

A. G. R.,

Papiers Malou, n°54, Mgr Dumont devant l'histoire, pp.l à 15.

"La Vérité",

05.10.1870, n°119, 1ère page.

Dans le document Disponible à / Available at permalink : (Page 126-130)