4 Théorie du traitement de l’information et psychologie cognitive

4.2 Architecture cognitive

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L’information est stockée provisoirement en MCT, là aussi pendant une faible durée (environ 30 secondes). L’information est soit traitée, soit oubliée.

Mémoire à Long Terme (MLT). Après avoir été stockée provisoirement en MCT, l’information est soit oubliée, soit transférée en MLT où elle peut rester ou être effacée.

Structure de contrôle. Cette structure supervise la circulation et le traitement de l’information dans les registres mémoires.

Bien évidemment, même lorsqu’elle a été proposée il y a plus de trente ans, cette archi-tecture cognitive était considérée comme provisoire (comme tout modèle scientifique).

Elle n’est pas considérée comme l’architecture réelle du système cognitif. C’est un modèle. Ce modèle permet d’organiser (notamment dans un manuel) les données sur la cognition humaine.

Cette architecture a en outre la caractéristique d’être générale. Elle n’est pas conçue comme étant impliquée dans une seule activité cognitive (ou un ensemble restreint d’activités). Au contraire, la plupart des activités cognitives mettent en œuvre la MCT et la MLT, ainsi que la structure de contrôle.

Dans cet ouvrage, nous avons choisi d’adopter une présentation classique de la cogni-tion humaine en suivant le cheminement de l’informacogni-tion dans le système cognitif. Il faut bien entendu garder à l’esprit que ce choix a été réalisé pour des raisons pratiques de clarté pédagogique. En effet, ce choix permet de présenter de manière cohérente et intégrée les données de base sur la cognition humaine disponibles. Ainsi, nous étudions la circulation de l’information depuis le moment où elle nous permet de reconnaître les objets de notre environnement jusqu’au moment où elle nous permet de raisonner, résoudre des problèmes et utiliser le langage.

Dans le Chapitre 2, nous étudions les premières étapes de traitement de l’information nous permettant de reconnaître les objets qui nous entourent. Notre survie dépend de notre capacité à interpréter correctement un stimulus (si vous traversez une rue sans reconnaître qu’une voiture arrive en face à toute vitesse, il n’est pas sûr que vous viviez longtemps). Les psychologues cognitivistes commencent à savoir comment nous faisons pour reconnaître les objets qui nous entourent. Cette activité de reconnaissance met en

Figure 1.6

Représentation schématique du modèle du système cognitif proposé par Atkinson et Shiffrin (1969). Ce modèle permet d’isoler les composants importants du système cognitif, comme les registres d’informations sensorielles, les mémoires à court et à long terme et la structure de contrôle. Cette représentation permet également de visualiser la circulation de l’information dans le système cognitif depuis l’entrée jusqu’à la sortie.

STRUCTURE DE CONTRÔLE Registres

d'informations sensorielles

Mémoire à Court Terme

(MCT)

Mémoire à Long Terme

(MLT)

SORTIE

ENTRÉES

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œuvre une machinerie relativement complexe, même si nous avons l’impression que nous reconnaissons les objets autour de nous sans beaucoup d’effort. Dans ce Chapitre 2, nous étudions aussi l’attention. L’attention est impliquée dans la reconnaissance des objets ainsi que dans de nombreuses autres activités cognitives. Nous examinons en quoi l’attention est sélective et dans quel type d’activité cognitive elle est mobilisée.

Enfin, nous étudions la mémoire de travail (anciennement appelée la mémoire à court terme). Nous voyons comment les informations y sont stockées, comment elles sont rappelées (ou oubliées).

Dans le Chapitre 3, nous abordons la mémoire à long terme. Nous passons en revue les conditions dans lesquelles l’information est stockée avec succès en mémoire à long terme. Ainsi, il est surprenant d’observer que certaines activités cognitives permettent un stockage nettement plus efficace que d’autres. Nous examinons aussi les causes de l’oubli. Enfin, nous présentons les travaux sur la mémoire des événements personnels.

Ces travaux permettent par exemple de savoir s’il est pertinent ou non de faire appel à des témoins lors d’un accident ou d’un crime.

Le Chapitre 4 est un chapitre théorique sur l’organisation et la représentation des infor-mations en mémoire à long terme. Nous examinons comment les connaissances sont organisées dans notre mémoire. Nous étudions aussi les deux grands paradigmes con-temporains de modélisation de la cognition humaine, à savoir les modèles de production et les modèles en réseaux de neurones. La présentation de ces modèles est illustrée avec des exemples sur la mémoire (notamment des mots et des visages).

Dans les Chapitres 5, 6 et 7, nous abordons les problèmes de cognition dite de haut niveau. Dans le Chapitre 5, nous étudions comment les sujets font pour raisonner. Nous voyons en particulier que si l’être humain est capable des raisonnements les plus sophistiqués, il peut se tromper facilement sur des raisonnements élémentaires. Les théories décrivant comment nous raisonnons permettent de comprendre pourquoi.

Dans le Chapitre 6, nous examinons comment nous prenons des décisions. Comme prendre une décision suppose l’évaluation des gains et des pertes associés à chaque décision, nous étudions comment a lieu cette évaluation. Puis, nous voyons dans quelles conditions les sujets prennent des décisions rationnelles et irrationnelles, et pourquoi.

Enfin, dans le Chapitre 7, nous abordons la résolution de problème, impliquant le rai-sonnement et la prise de décision. Nous étudions par quelle suite de processus nous résolvons des problèmes et ce qui nous empêche de trouver la solution à certains pro-blèmes.

Le Chapitre 8 est entièrement consacré au traitement du langage. Les psychologues cognitivistes ont découvert des caractéristiques générales importantes de la cognition humaine grâce à l’étude du langage. Après avoir considéré les apports de la linguistique, nous étudions les processus cognitifs impliqués dans la compréhension et la production du langage. Ces processus peuvent être soit généraux (i.e., impliqués dans d’autres acti-vités cognitives), soit spécifiques au langage (et mobilisés par aucune autre activité cognitive).

Dans le Chapitre 9, nous considérons quelques éléments du développement cognitif.

Nous abordons le développement cognitif, non pas pour le développement lui-même, mais pour ce qu’il peut nous enseigner sur la cognition humaine en général. En effet,

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l’étude du développement cognitif a permis de dégager certaines contraintes qui pèsent sur le système cognitif qu’il n’aurait pas été possible de découvrir sans adopter une perspective développementale. Nous abordons ainsi les aspects développementaux de la mémoire, du raisonnement, de la résolution de problème et du langage.

Enfin, le dernier chapitre est un chapitre de conclusion. Il offre quelques perspectives sur la cognition humaine en considérant de manière systématique les thèmes qui gou-vernent chacun des chapitres, à savoir les facteurs de progrès de la psychologie cogni-tive. En particulier, nous verrons que les progrès non seulement déjà réalisés mais aussi et surtout à venir résulteront d’un approfondissement des connaissances déjà disponi-bles, de la possibilité de poser de nouvelles questions (e.g., les relations entre émotions et la cognition) et de mettre au point et d’utiliser de nouveaux paradigmes et de nouvel-les techniques (e.g., nouvel-les techniques d’imagerie cérébrale).

Résumé

1 La psychologie cognitive fait partie des sciences cognitives. Ces sciences cherchent à déterminer comment un système naturel ou artificiel traite l’information. Outre la psychologie cognitive, les sciences cognitives regroupent et comprennent l’intelligence artificielle, la linguistique, les neuro-sciences et la philosophie.

2 Le cognitivisme est la perspective la plus récente sur l’étude de la pensée. Cette approche cherche à spécifier par quels processus et représentations mentales une tâche est accomplie par un sujet.

Le cognitivisme a été précédé par le Gestaltisme, le fonctionnalisme, le béhaviorisme, le structura-lisme et l’associationnisme.

3 Il existe trois types d’observation en psychologie cognitive : l’observation naturelle (collectant les informations telles qu’elles se présentent au chercheur), l’observation corrélationnelle (consistant à mettre en relation différentes variables) et l’observation expérimentale (permettant la manipula-tion et le contrôle de facteurs pour expliquer les phénomènes).

4 Le psychologue cognitiviste analyse la cognition humaine à partir des indices comportementaux.

Parmi ces indices, le temps que met un sujet pour accomplir une tâche occupe une place centrale et a fait l’objet d’analyses conceptuelles approfondies. Ces analyses révèlent à quelles conditions la mesure du temps de réaction est valide et intéressante pour le psychologue.

5 Il existe deux méthodes d’étude des temps de réaction : la méthode soustractive et la méthode additive. La première consiste à estimer le temps d’un processus p2 en soustrayant le temps mis dans une tâche ne mettant en œuvre qu’un processus (i.e., le processus p2) à celui mis à une tâche mettant en œuvre deux processus (i.e., les processus p1 et p2). La méthode additive consiste à manipuler des variables supposées affecter différents processus et évaluer l’effet interactif de ces manipulations.

6 Les psychologues cognitivistes analysent la cognition humaine dans le cadre de la théorie du traite-ment de l’information. Ils conçoivent ainsi le système cognitif humain comme un système de trai-tement de l’information.

7 Le système cognitif comprend plusieurs composants (comme les mémoires à court et à long terme) dans lesquels circule et est transformée l’information qui entre dans le système.

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Mots clés

Pouvez-vous donner une définition de chacune des notions suivantes ? Sinon, reportez-vous au glossaire ou relisez le chapitre

Béhaviorisme

Cognitivisme

Fonctionnalisme

Gestaltisme

Intelligence artificielle

Introspection

Linguistique

Neurosciences

Observation corrélationnelle

Observation expérimentale

Observation naturelle

Philosophie

Psychologie cognitive

Sciences cognitives

Des questions pour mieux retenir

1. Qu’est-ce que la cognition ?

2. Que cherchent à déterminer les psychologues cognitivistes ?

3. Qu’est-ce qu’une contrainte cognitive structurale ? Qu’est-ce qu’une con-trainte cognitive fonctionnelle ?

4. Définissez le terme « sciences cognitives ».

5. Quelle est la préoccupation fondamentale commune aux psychologues et aux chercheurs en intelligence artificielle ?

6. En quoi l’intelligence artificielle est-elle spécifique par rapport à la psy-chologie pour comprendre la cognition ?

7. Quelle est l’une des limites de l’approche adoptée par l’intelligence artifi-cielle par rapport à celle adoptée par la psychologie ?

8. Quel est l’objet d’étude de la linguistique ?

9. Pourquoi certains linguistes se réclament-ils des sciences cognitives ? 10. Quel est l’objet des neurosciences ?

11. Indiquez l’objet d’étude de la neurophysiologie, de la neuroanatomie et de la neuropsychologie.

12. Pourquoi les psychologues ont-ils intérêt à travailler avec des philo-sophes ?

13. Quand, où et par qui a été créé le premier laboratoire de psychologie scientifique ?

14. Définissez les psychologies Structuraliste, Béhavioriste, Gestaltiste et Fonctionnaliste ?

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15. Qu’est-ce que l’observation naturelle, l’observation corrélationnelle, l’observation expérimentale ?

16. Définissez : variables indépendantes, variables dépendantes et variables confondues.

17. À quoi sert le contrôle en expérimentation ?

18. Rappelez les principes de la méthode soustractive et de la méthode addi-tive dans l’analyse des temps de réaction.

19. Rappelez comment Sternberg a illustré l’intérêt de la méthode additive pour mettre en évidence l’existence de processus cognitifs distincts dans la tâche de balayage en mémoire.

20. Quelles sont les deux critiques principales adressées à l’encontre de la méthode additive de l’analyse des temps de réaction ?

21. Rappelez comment Sternberg a pu établir l’existence de la stratégie de recherche sérielle exhaustive dans la tâche de balayage mémoire.

22. Quels sont les trois niveaux de théorisation ? Qu’est-ce qui les distingue ? 23. Pourquoi les psychologues cognitivistes préfèrent-ils les explications fournies par les modèles de traitement computationnels aux explications avancées par les modèles non-computationnels ?

24. Pourquoi les psychologues cognitivistes ne choisissent-ils pas d’analyser la cognition humaine uniquement en décrivant ce qui se passe au niveau des neurones impliqués dans une tâche ?

25. Rappelez au moins trois postulats fondamentaux relatifs au système cognitif humain et adopté par la plupart des chercheurs en psychologie cognitive.

26. Quels sont les quatre composants principaux (et leur fonction) du sys-tème cognitif tel que conceptualisé par Atkinson et Shiffrin (1969) ?

Des questions pour mieux réfléchir

1. Le modèle d’Atkinson et Shiffrin (1969). Pourquoi est-il un modèle trop simplifié de la cognition humaine ? Pour répondre à ces questions, (a) vous rappellerez les postulats à la base du modèle, (b) vous indiquerez les limites de ce modèle.

2. La méthode naturelle, la méthode corrélationnelle, la méthode expéri-mentale. (a) Pour chacune de ces méthodes, formulez une question de recherche qui ne pourrait être abordée par les autres méthodes. (b) Décri-vez deux exemples de recherches conduites en psychologie cognitive uti-lisant chacune de ces méthodes et indiquer si une méthode alternative pouvait être utilisée et, si oui, pourquoi ?

In document contemporaine Observation et explication en psychologie cognitive Théorie du traitement de l information et psychologie cognitive 40 (Page 31-37)

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