Analyse des entretiens avec les orthophonistes

Dans le document Dysphagie post-radiothérapie (Page 69-73)

1. ANALYSE DES DONNEES

1.2. Analyse des entretiens

1.2.2. Analyse des entretiens avec les orthophonistes

1.2.2.1. La pluridisciplinarité de la prise en charge de la dysphagie

Les cinq orthophonistes interrogées sont unanimes, la prise en charge de la dysphagie ne peut se faire que dans un cadre pluridisciplinaire. Elles précisent que celui-ci est primordial dans le but d’un parcours de soin coordonné tout au long du traitement du patient. Plus ce dernier aura des informations précises et harmonisées de la part des professionnels, plus il sera sécurisé quant à l’évolution de ses troubles. De plus, l’orthophoniste fait souvent le lien entre les différentes disciplines afin de proposer au patient des soins optimaux et globaux. Chacune des prises en charge mises en œuvre complète et agit sur l’action des autres réhabilitations.

 Les diététiciens sont cités comme partenaires primordiaux par les professionnelles interrogées. Leur coopération repose sur le suivi nutritionnel du patient. L’orthophoniste évalue les possibilités fonctionnelles du patient en mettant en évidence les capacités de déglutition en fonction des textures alimentaires ; de ce fait, il participe à la sécurité respiratoire et nutritionnelle du patient. Le diététicien s’occupe du suivi des apports nutritionnels et caloriques quotidiens.

Dans cette optique, il adapte l’alimentation, en proposant des compléments alimentaires et des recettes ajustées aux contraintes de vie des patients ainsi qu’à leurs besoins nutritionnels, notamment en termes de restrictions liées à un régime alimentaire, en cas de cholestérol ou de diabète par exemple. Il participe à rétablir le plaisir de l’alimentation en étayant les indications de l’orthophoniste par des exemples concrets.  Les masseurs-kinésithérapeutes ou les ostéopathes sont évoqués en second lieu.

Leurs pratiques permettent de rendre une certaine souplesse et une élasticité aux tissus irradiés ; le travail de détente de la ceinture scapulaire permet par exemple la libération de la filière pharyngo-laryngée, que l’orthophoniste ne pourra obtenir par les massages faciaux et la rééducation vocale seuls. D’autre part, les kinésithérapeutes sont habilités à l’aspiration du patient ce qui n’est pas le cas de l’orthophoniste. Néanmoins, celui-ci veille en amont à ce que le patient déglutisse de façon sécuritaire pour ne pas encombrer ses bronches. Les deux pratiques sont donc complémentaires.

 Les dentistes sont également concernés par la dysphagie pour la réhabilitation de la mastication et de l’esthétique, qui a une grande importance psychologique pour le patient, ils peuvent donc être un relai dans son orientation vers d’autres modalités thérapeutiques.

 Les psychologues interviennent pour répondre aux besoins de soutien face aux répercussions du cancer en lui-même ou du traitement, qui est un moment difficile à vivre pour le patient.

 L’équipe médicale est, si possible, en relation avec l’orthophoniste, pour un échange d’informations nécessaires au suivi du patient. En effet, le suivi orthophonique permet une fréquence des contacts entre ce dernier et le thérapeute, qui peut donc donner l’alerte en cas d’une altération de son état général, de suspicion de récidive ou pour toute autre information.

 Les infirmières à domicile, les auxiliaires de vie et l’entourage du patient interagissent avec l’orthophoniste qui leur fait part de ses observations sur l’état et les possibilités alimentaires du patient et répond à leurs questions éventuelles.

 Les ergothérapeutes, cités par une orthophoniste, interviennent dans une moindre mesure pour les pathologies O.R.L., mais agissent le cas échéant en fonction d’une nécessité d’adaptations environnementales et veillent au confort du patient en prenant en compte les besoins fonctionnels d’une alimentation orale verticalisée.

1.2.2.2. La place de l’orthophonie dans le déroulement du traitement de radiothérapie

Selon les thérapeutes sondées, l’orthophonie a sa place à toutes les étapes de la radiothérapie. Ce suivi est primordial au moment de l’annonce du diagnostic et doit se poursuivre tout au long du traitement. Le cadre orthophonique offre un temps uniquement dédié à l’information concernant les troubles de la déglutition et de l’alimentation. Il permet aussi de rassurer le patient, de prévenir ses troubles, de l’informer et de lui expliquer les enjeux de la réhabilitation fonctionnelle. C’est pourquoi la prise en charge orthophonique au début de la radiothérapie n’est pas forcément de la rééducation à proprement parler mais plutôt une éducation du patient et de son entourage, éducation qui doit être pérennisée pendant l’irradiation, même si c’est de façon plus ponctuelle. De plus, ce temps prétraitement est l’occasion d’un bilan préalable permettant d’évaluer le besoin d’une supplémentation par une alimentation artificielle et de recueillir les éléments de comparaison pour une évaluation ultérieure. La prise en charge précoce des troubles aide également à sauvegarder la fonction et donc l’alimentation orale le plus longtemps possible, dans des conditions sécuritaires pour la filière respiratoire, ce qui facilitera et améliorera la réhabilitation fonctionnelle.

1.2.2.3. Les différences entre le diagnostic de la dysphagie par bilan fonctionnel orthophonique et par examen médical de vidéofluoroscopie

Selon les orthophonistes interrogées, les deux examens se complètent mais ne se substituent pas l’un à l’autre. En effet, l’examen médical de vidéofluoroscopie permet l’objectivation des hypothèses mises en évidence par le bilan fonctionnel, néanmoins il présente un certain nombre de contraintes expérimentales qui limitent les conclusions établies. D’une part, ses indications restreignent cet examen aux patients dont les voies aériennes peuvent être sécurisées et qui ont des capacités de compréhension et de rétention de consignes suffisantes. D’autre part, cet examen anatomo-physiologique ne permet pas l’évaluation fonctionnelle de la déglutition car il ne montre pas les compensations possibles des structures voisines aux organes lésés. En effet, les informations sensitives peuvent être faussées, car le produit de contraste ne favorise pas la déglutition spontanée et naturelle. Ses propriétés physiques diffèrent largement des aliments qui, eux, favorisent l’adaptation du réflexe de déglutition en stimulant sensitivement les structures anatomiques par leur goût et leur température. De plus, la vidéofluoroscopie limite la variété des textures dégluties et ne prend pas en compte la compensation possible par les manœuvres de facilitation ou les postures.

Néanmoins, il s’agit du seul examen qui objective les troubles. Une orthophoniste ajoute qu’elle apprécie cet examen qui permet de visualiser concrètement les fausses routes et ainsi de faire mieux comprendre le risque encouru aux patients.

Le bilan orthophonique permet l’évaluation fonctionnelle de la déglutition par une anamnèse souvent très dense, qui investigue l’ensemble du contexte alimentaire et psycho-affectif du patient. Il prend en compte l’intégralité des variables du quotidien qui entrent en jeu dans la déglutition comme les aidants du patient, ses habitudes alimentaires et environnementales. Par ailleurs, ce bilan évalue la fonctionnalité de la déglutition au long court tandis que l’examen de vidéofluoroscopie objective les troubles à un moment précis.

1.2.2.4. La problématique des sondes artificielles d’alimentation et de la réhabilitation fonctionnelle

Selon les professionnelles, l’alimentation artificielle est presque toujours incontournable pendant les séances d’irradiation, afin d’assurer le maintien pondéral du patient. Pour autant sa mise en place n’est pas toujours obligatoire pour tous les patients au même moment du traitement. C’est pourquoi, dans l’idéal, la pose d’un moyen de supplémentation nutritionnelle devrait faire l’objet de bilans orthophonique et diététique préalables, qui évalueraient les possibilités de déglutition en fonction de l’état nutritionnel. Ce temps d’investigation permettrait également d’accompagner le patient pendant cette période, afin que les craintes qu’il évoque vis-à-vis des fausses routes soient remises dans leur contexte, qu’il comprenne les risques encourus et qu’il soit bien conscient de ses possibilités d’alimentation orale. De fait, ce suivi rendrait meilleur le maintien dans le temps de l’alimentation orale, car la mise en place d’une alimentation artificielle ne l’entrave pas. Au contraire, plus la mobilité des muscles liés à la déglutition est entraînée et maintenue, plus la récupération fonctionnelle sera aisée.

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