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LES ÉLÉMENTS DU TERRORISME

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Chapitre I - DÉFINITION DU TERRORISME

1. LES ÉLÉMENTS DU TERRORISME

Selon A.P. Schmid'', la question de définition d'un terme tel que le terrorisme ne peut être détachée de la question relative à l'agent définissant. Il est donc impératif de déterminer les fins utiles et le contexte pour lesquels une définition du terrorisme dans le cadre d'une recherche empirique est indispensable car ils en détermineront les limites de son application.

Par l'analyse de contenu des définitions du terrorisme dans la littérature scientifique, des années soixante à 1991, Schmid^ distingue trois niveaux de discours:

1) le discours commun ou implicite et confus dans lequel le terrorisme n'est pas défini et duquel il ressort que l'auteur semble inférer que sa notion de référence désignant le terrorisme est la même que celle de son lecteur^;

’ En dehors des quelques lenmes techniques dont l’essentiel figure en introduction de ce travail.

^ Provizor, N.W., "Defining Terrorism" dans Slanii, M. & Schechterman, B , Muhidimensional Terrorism. Lynne Rienner (ed.), 1987, London, Great Briiain, p. 3.

^ Pearlstein, dans Pearlstein, R.M., The Minci of ihe Polhical Terrorisi. S.R. books, 1991, Wilmington, Delaware, U.S.A., p. 1-13, signale la confusion sémantique qu'il existe dans la littérature entre les termes "terrorisme" et "terreur" et dont sont victimes de nombreux auteurs; il suggère que le terme terreur ne désigne que des processus étatiques de coerction.

^ Schmid, A.P., Tolilical Terrorism, North Holland Publishing Company. 1983’, Amsterdam, Holland, p. 4. ^ Schmid. A.P., C.'/L, p. 14

^ Sibony, est une illustration classique du genre; dans Sibony, D. Perversions, Bernard Grasset (ed.), 1987, Paris, p. 11-32; il y développe, sous fonne de dialogue, une analyse très profonde de l’identité, ou plutôt de la "vocation" terroriste en terme de fusion d’identité de l'auteur avec son acte et sa cause, sans qu’il ai! donné, ni pour son interlocuteur fictif (qui ne l’en prie pas), ni pour le lecteur, de définition du terrorisme ou du terroriste. Chez Sibony, analyse

2) le discours politique, où l'utilisation du terme est idéologiquement «chargée» et empreinte d'une anitude accusatrice ou glorifiante;

3) le discours scientifique (des Sciences Sociales) où l'effort de recherche d'une définition opératoire (quand elle est présente) s'inscrit dans le cadre de l'examen d'hypothèses et de constructions théoriques.

Alors que les auteurs scientifiques apparentent leur discours au troisième niveau, les deux premiers niveaux interfèrent avec lui pour bien souvent l'éclipser complètement. Gardant donc en mémoire que le contexte de la recherche empirique sur le terroriste est celui -académique- des Sciences Humaines et que sa fin est de «caractériseo) son objet en termes d'attributs psychologiques (traits, dynamiques et structure[s] de personnalité) et de données sociologiques (démographiques et biographiques), il semble que la méthode la plus propre à parer au piège que constitue la confusion des niveaux de discours dans la détermination des éléments de définition du terrorisme (et de son auteur) soit celle qui s'inspire de la démarche d'Osgood et de la technique du différentiel sémantique’ dont le matériau est la littérature académique.

Afin de déterminer quels éléments seront placés à droite du signe d'égalité, {terrorisme =?) dans la métaphore algébrique (T = les constantes et/ou variables qui le constituent) et de le différencier des autres formes de violence politiques, je propose de les examiner et de les inclure par ordre de récurrence et de degré de consensus dans la littérature scientifique.

A. Assassinatpolitiqueetterrorisme

Le concept le plus récurrent et sur lequel (mais non sur les dimensions duquel) tous les auteurs sont d'accord pour l'inclure dans les éléments définissants du terrorisme est celui de violence politique en ce sens que le terrorisme constitue une forme d'agression, légitimée (aux yeux de son auteur) par la perception de violation et/ou d'agression ou par la menace de violation et/ou d'agression® contre les valeurs, les droits ou les normes que le terroriste défend, par ceux auxquels le terrorisme s'adresse^ Bien qu'il apparaisse de prime abord évident de définir le terrorisme comme une forme d'assassinat ou de crime politique, la polémique n'a pas manqué de se manifester autour de ce premier élément de définition. Tout d'abord, à cause de ses implications juridiques'®, sa définition comme crime de droit commun justifie l'application des sentences les plus lourdes alors que l'adjectif, «politique», dans «assassinat politique», constitue une circonstance atténuant la qualité criminelle de l'agression" lui conférant une certaine forme de légitimité. Cependant, les termes «terrorisme» et «assassinat politique» sont souvent utilisés de façon interchangeable, probablement parce que tous deux sont toujours évoqués dans le contexte d'une motivation politique. Néanmoins, ce que la littérature fait ressortir comme attributs distinctifs du terrorisme sont :

i) LA QUALITÉ DE SA/SES VICTIME(S)

Le terrorisme (comme peut aussi l'être l'assassinat politique) se déclare dirigé contre un système, ce concept devant être compris dans son sens le plus large; il peut s'agir d'un système social ou politique comme d'un système culturel de normes et de valeurs ethniques et / ou idéologiques. Conséquemment, tout représentant de ce

équivaut à définition, la descdption n'étant qu'illustratrice

^ Osgood, C., Suci, G., & Tannenbaum, P., The Measuremem ofmeaninÿ: Urbana: Universiîy of Illinois Press, 1958; Osgood, C., & Tannenbaum, P , "The principle of congruiry in the prédiction of attitude change": Fsvcholoffical Rcview.. 1954, vol.62, p, 42-55; Osgood, C., "The similarity paradox in human leaming: a resolution". Psycholoeical Review. 1959, vol. 56, p. 132-143.

® Ceci implique que le terroriste défend sa collectivité de référence (qu'il désigne comme un groupe ethnique, culturel, national, territorial, religieux, une classe sociale, ou même l’humanité entière) contre une ou des atteintes à son intégrité (physique, morale, culturelle, économique, territoriale légale, d’autonomie, etc.) par ceux auxquels l'acte de terrorisme s'adresse

^ Nous verrons plus loirvque les victimes de l'acte de terrorisme ne sont pas ceux auxquels s'adresse le terrorisme, ni ceux qui ont le pouvoir de réparer le ion

que l'agresseur dénonce.

Lador-Lederer, J.J., "A legal approach lo international terrorism", Israël La\s' RevieM'. 1974, vol. 9, n* * 2, p. 194-220.

* ^ Nagel, W.H., "A social • legal view on the suppression of terrorism". Iniernaiional Journal of ihc Sociolo2\- of Law. 1980, vol. n*8, p. 216-217; Marshall. W.M. & Clark, W.L. et al. "The legal définition of crime and delinquency", dans : Marvin, E.W. The Sodolo^- of Crime and Üelinquencv . John Wllley &.

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système est une victime potentielle du terrorisme qui cherche, à travers elle, à éliminer ou à altérer le système qu'il attaque'^. Bien que le terrorisme use du meurtre comme d'une technique parmi d'autres (mais parfois aussi la seule), il est plus répétitif car sa cible est l'identification large et idiosyncratique de ses victimes'^ à un système perçu par le terroriste comme corrompu (par les bourgeois, les Juifs, les Arabes, etc.). Par contre, la victime de l'assassin politique est généralement soigneusement sélectionnée, sa mort devant, soit assouvir une vengeance pour une situation politique dont elle est personnellement''* * désignée comme responsable, ou apporter le changement politique favorable à l'assassin et à ceux qu'il «représente», alors que, vivant, elle y constituait un obstacle. Pour de nombreux auteurs'^, ce qui différencie le terrorisme de l'assassinat politique est la qualité personnellement anonyme, passive et choisie sans discernement de la victime qu'ils désignent comme la caractéristique rendant le terrorisme distinctif des autres formes de meurtre politique. Ce faisant, ils éludent le fait que des attentats que nous ne pourrions qualifier ni d'assassinat politiques, ni d'acte de «victimisation» indifférenciée, doivent correspondre à un acte terroriste: le terroriste, comme l'assassin politique peut en effet, très soigneusement sélectionner sa victime. Ce n'est pas le processus de sélection de la victime mais son caractère purement et exclusivement symbolique, la qualité dénotative et métaphorique de sa sélection (différentiée ou non dans sa catégorie sociale) et de son sort qui en fait la victime d'un acte de terrorisme plutôt que celle d'un assassinat politique. En massacrant des athlètes israéliens lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972 ou en massacrant les enfants de Maalot, les terroristes palestiniens s'attaquent à Israël et au sionisme; par le massacre de Juifs dans la rue des Rosiers, à Paris (1982), c'est la population juive en général et où qu'elle soit qui est visée, et par le massacre de juifs dans une synagogue, ou le meurtre soigneusement préparé d'un rabbin, symboles d'une culture et d'une religion apolitiques, c'est au Judaïsme qu'on s’attaque. Bien que le degré d'abstraction diffère, le symbole -plus que les victimes en tant qu'individus- est l'objectif La puissance du symbole peut aussi être plus importante que le nombre des victimes : l'assassinat d'un général d'une force non occupante (comme les forces de rO.T.A.N. en ex Allemagne de l'Ouest) a symboliquement plus de puissance que le meurtre de plusieurs simples soldats de cette même force non combattante.

Fromkin'* suggère qu'une distinction entre acte de terrorisme et assassinat politique se base sur son mobile afin de déterminer à quelle catégorie il appartient. Selon lui, seul le mobile de l'acte nous permet d'en déterminer la nature et il illustre son affirmation de la façon suivante :

((Quand Jules César fû! assassiné au Sénat Romain, c'était un assassinat de la sorte traditionnelle dont ie but était d'éliminer une figure spécifique de la scène politique: mais s'il avait été tué par ie représentant d’une secte subversive dont l'intention aurait été de plonger sa dague dans ie corps du premier leader romain rencontré afin de provoquer une réaction politique de la part du Sénat, c'est d'un acte de terrorisme politique dont nous parlerions. n

Ce disant, Fromkin omet l'attribut essentiel de la victime qui a causé sa confusion et démontre par là que si le mobile est un élément qualitatif d'un acte, il n'en est l'unique élément distinctif d'un autre. Jules César était un obstacle politique pour ses collègues sénateurs, et pour son hypothétique assassin d'une secte subversive, en tant que sénateur romain, il portait aussi la responsabilité volontaire, tant individuelle que collective.de la politique de Rome. Si nous poussions plus loin l'argumentation de Fromkin, nous désignerions tout individu ayant assassiné

-Rappapon. D.C., "Assassinalion and Terrorism" cité par L.C. Green, Terrorism, 1978, vol. 5 N°4, p. 19-20.

par "identirication idiosyncratique et large" de la victime, je fais allusion à sa sélection sur une base subjective du jugement de sa respnnsahHné. Dans cette optique tuer un SS en 39-45 eût été un assassinat politique, tuer un(e)civil(e) Allemand (à la même époque) eût été un acte de terrorisme.

* ^ Par "personnellement responsable", j'entends où la responsabilité collective est "assumée" également commre personnelle comme dans t'exempte des procès de Nuremberg des criminels de guerres Nazis ou comme dans les rôles et fonctions décisionnels tels hauts fonctionnaires, etc.

Crenshaw, M., "The concept of revolutionary terrorism". Journal of Conflia Résolution. 1972, vol. 16, N° 3, p. 383-396.; "Revolutionary Terrorism. The F.N.L. in Algeria, 1945-1962", Slandford Hoover Instituiion. 1978, p. 18, 21, 77-78; Gross, F., Violence in FoUtics. Terror and Potitical .Assassinalion in Easiern liurape and Russia. Mouton, 1972, De Haag, Flollande, p, 9-12; Fromkin, D., "The strategy of terrorism", Foreign AJfairs. 1975. vol. 53. N4°4. 693- 697; Milbank, D.L.."Research study; International and transnational terrorism. Diagnosis and oroenosis". CIA Potiticat Research Denariment. 1976, Washington D.C., p.l ; Watson, F.M., Potiticat Terrorism: ihe Treath andihe Hespon.te Robert. B. Luce (eds.) 1976, Washington, D.C., p. 1 ; Horowitz, I.L., "Can Democracy cope with terrorism?", The Civil Liheriies Review. 1977, vol. 4, N°l, p.30; Horowitz, I.L , "Transnational Terrorism, ci\rl libenies, and Social Science" dans Y. Alexander and S.M. Finger (Eds ), Terrorism: Inierdiscialinarv Perspectives. 1977, John Jay Press, New York, p. 283; "Political Terrorism and State Power", .Journal of Potiticat and tvfitiiary Sociologt: 1973, vol. 1, p. 150; Laqueur, W., Terrorism Weindefeld and Nicolson (Eds.), 1977, London; Leiser, B.M., «Guérilla warfare and international morality", Standford Journal of International Studies. vol. 12, 1977; Paust, J.J., "A deftnitional focus" in : Y. Alexander and S.M. Finger (Eds), John Jay Press, 1977, Terrorism: Interdisciolinarv Perspective: Price, H.E., "The strategy and tactics of international terrorism". Comaarative Studies in Society and Quantitatives Persaeaives on Terrorism. Pergamon Press, 1981, New York, p, 36-45; Turk, A T , "Social Dynamics of terrorism", Annats of the American Academv. 1982, N° 463, p. 119-128.

Fromkin, D., "The strategy of terrorism", dans Kegley, C.W., International Terrorism : Carocteristics Cau.ses. Conirots. Op. Cii.. p, 55-62. Fromkin, D., "The strategy of terrorism", Op. Cil.

pendant la deuxième Guerre Mondiale- des dignitaires nazis pour la seule raison que ils étaient des dignitaires nazis, comme terroriste. Ils réunissent pourtant les conditions de relative indifférenciation, symbolisent le troisième Reich, mais leur fonction symbolise la part volontaire de la responsabilité politique collective qu'ils ont individuellement décidé d'assumer. L'exemple de Fromkin est un exemple classique de confusion qui a pour principale cause l'accent mis exclusivement sur la nature de la cause et non de la victime.

Conséquemment, nous dirons qu'en plus de sa dimension symbolique et métaphorique, et des éléments

d'indifférenciation arbitraire dtms le choix des victimes - même quand la victime a été très soigneusement sélectionnée -, subsiste dans l'acte de terrorisme un élément distinctif essentiel -l'innocence manifeste de la victime- qui le différencie de l'assassinat politique. On peut donc dire que le terrorisme est à la fois sélectif et

indifférencié. Son but immédiat est de provoquer une réaction d'anxiété de la part de ceux qui appartiennent à la catégorie sociale visée, et non pas une anxiété générale qui inclurait également les membres des catégories sociales représentées (symboliquement aussi) par le terroriste, ou desquels il recherche la sympathie. Hacker'® note que du caractère essentiellement symbolique de la victime et de la nature essentiellement métaphorique du lien qui l'attache à son tortionnaire, une relation, au moins triadique- dans laquelle la victime joue le rôle d'objet, et non d'acteur-, caractérise l'acte de terrorisme. Par contre, dans l'assassinat politique, le lien qui attache la victime à son tortionnaire s'inscrit dans une relation au moins duale dans laquelle la victime est un acteur. La victime de l'acte de terrorisme ne constitue qu'un moyen de pression et é!impression sur les systèmes interpellés. Elle est le moyen choisi (donc jugé nécessaire) par le terroriste pour contribuer à l'aider à surmonter les obstacles qu'il perçoit le système «victimisé» (symbolisé par sa victime) placer sur la route de la collectivité «représentée». La victime du terroriste n'est pas un but en soi (quoique son sort peut symboliser le but terroriste), alors que la victime de l'assassinat politique Vest. Une dimension supplémentaire de la victime du terrorisme la distingue de celle de l'assassinat politique: la victime du terrorisme «est la cible de violence mais pas la principale cible de

terreur»'^, sa principale cible de terreur est le groupe social de référence que le terroriste associe à ses victimes qui le symbolisent. Finalement, une caractéristique distinctive du terrorisme, justifiant la recherche Psychoclinique, est que le terroriste - à l'encontre de l'assassin politique qui généralement agit dans l'ombre et dans l'anonymat - réunit à la fois les conditions de cible d'attention, de cible de violence et de cible de (contre)terreur (car il expose volontairement -par projection et généralisation- les membres de sa catégorie sociale au contre terrorisme^®)

Ce sont essentiellement ses aspects de «cible d'attention» et «cible de violence» - de sa propre violence - qui font du terroriste l'objet d'hypothèses relatives à une structure ou à une dynamique psychopathologique. Ici interviennent, comme le seront développées plus bas, les théories selon lesquels, l'acte de terrorisme est l'acte d'un acteur-spectateur, accompli beaucoup plus pour satisfaire les besoins «spectateurs» du terroriste que pour

réparer une injustice.

ii) L'ACTE DE TERRORISME N'IMPLIQUE PAS

NÉCESSAIREMENT COMME CONSÉQUENCE LA MORT DE LA VICTIME.

L'assassin politique (ou son commanditaire) cherche la mort de sa,victime qui, vivante, constitue un obstacle au changement voulu ou symbolise personnellement (ou de par sa fonction et son action politique ou légale) la

faute rendant nécessaire (pour l'assassin) son exécution. Il n'est principalement concerné que par la conséquence immédiate de la mort de sa victime, sa disparition de la scène politique (en tant qu'homme de pouvoir ou en tant que dissident), ou sa disparition tout court pour la responsabilité personnelle qu'elle porte d'un état de faits passé, présent, ou potentiel-'. Le terroriste, par contre, ne considérant pas ses victimes comme uji obstacle au but qu'il

'® Hacker, F.J., "Terror and Terrorism: modem growth industry and mass entertainment", Terrorism. 1980, vol. 4, n° 1-4, p. 143-159; Simmons, C. & Milch, J.R.. "Labelling public aggression; when is it x^noùsmT.Joumal ofSocial Psvcholosn'. 1985, vol, 125, n®2, p. 245*251

Schmid, A.P., PolHical Terrorism, Nonh Holland Publishhing Company, 1983, Amsterdam, Hollande, p.33

Ceci n'implique pas que la “contre terreur'' appartienne au répertoire des mesures prenables par les autorités des sociétés dont la catégorie sociale défendue par les terroristes fait partie, mais que de la légitimation qu'accorde le terroriste à son acte découle dans sa démarche morale et logique, la légitimité de la contre terreur selon les normes de sélection et d'action que lui-même applique.

Par exemple, le rabbin Kahana a été assassiné, en 1989, alors qu'il ne remplissait plus de fonctions publiques et que son parti raciste avait été interdit de siéger au parlement israélien, mais il était le fondateur charismatique d'un mouvement juif néo nazi en pleine expansion. Après sa disparition, son mouvemeni dont la cohésion et l'action dépendaient fort de ta personnalité de son leader, s'est lentement disloqué en proie aux conflits suscités par sa succession. L'assassinat du

poursuit ou comme personnellement responsables de Yinjustice qu'il entend réparer, leur sort personnel ne lui importe que dans ses conséquences indirectes^^.

iii) LA CONSÉQUENCE PSYCHOLOGIQUE DE L'ACTE DE TERRORISME

La conséquence ou l'effet psychologique qui distingue l'assassinat politique du terrorisme meurtrier s'exprime en termes de victimes potentielles,de l'un ou de l'autre.

La victime potentielle du prochain assassinat politique est le remplaçant du personnage précédemment assassiné à condition que son action politique^^ soit perçue par l'assassin ou son commanditaire comme comparativement (effectivement ou potentiellement) condamnable et passible de mort. La victime du terrorisme n'est qu'un membre passif d'un groupe spécifique dans la société, et en tant que tel, est représentative de ce groupe. Ce n'est pas la victime en tant qu'individu qui constitue un obstacle, mais le groupe social tout entier auquel elle appartient, indépendamment de sa volonté, voire même, inconsciemment. Le sort réservé à la victime est celui qui attend tout membre du groupe s'il tombe aux mains des terroristes. La conséquence psychologique corollaire d'un assassinat politique peut être l'indignation, la tristesse ou le soulagement, mais la conséquence psychologique recherchée de l'acte de terrorisme est la dissémination de la peur parmi les membres de la catégorie sociale à laquelle appartient la victime; «serai-je le suivant ?» est l'interrogation dans laquelle le terroriste a -à dessein- placé tous les membres de la catégorie de sa victime. Séchaud-'* ajoute une considération psychanalytique de ce qu'elle appelle «les caractères pervers de l'emprise terroriste» relativement à la fascination qu'exerce l'acte terroriste sur les «masses» dont les effets psychologiques sont hors de proportions avec ses résultats physiques. Se référant aux données de la recherche doctorale de Manoni-^ relative aux pouvoirs psychologiques du terrorisme, et basant ses données sur un questionnaire visant à mobiliser les fantasmes des sujets interrogés sur leurs craintes du terrorisme, elle conclut, d'une part, que le terrorisme exerce une captation imaginaire de l’Autre parce qu'il lui impose des actes qui sont le reflet de ses propres fantasmes, le sidérant et le soumettant entièrement à l'emprise de «la fascination mortifère de son image spéculaire»^^. Cette captation opérée par le fantasme de toute puissance du terroriste qui frappe n'importe qui, n'importe où, n'importe quand, pour n'importe quoi, force de la sorte la victime potentielle à une régression vers un état de détresse infantile, empêchée qu'elle est de s'organiser dans une attente et de mobiliser ses défenses internes ou externes. D'autre

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