3. La question de l’avenir de la voie technologique
3.1. Une voie de formation qui suscite des interrogations
3.1.1. Une attractivité diverse
la rentrée 2017, probablement en raison de la mise en place du non redoublement de la classe de seconde et de l’effet démographique ;
– la série industrielle a subi une perte d’attractivité comparable jusqu’en 2011 ; sa transformation en STI2D a inversé la tendance pour revenir actuellement au taux de l’année 2010 ;
– l’attractivité de la série STL est stable mais concerne des effectifs faibles ;
– l’attractivité de la série ST2S est en hausse continue depuis 2003 et a atteint un palier de stabilité depuis 2013.
Figure 1 : évolution des demandes et décisions d'orientation en première technologique (source Affelnet)
La courbe des décisions d’orientation présente un point d’inflexion sur l’année 2011 : de sélective auparavant, la voie technologique accueille depuis des élèves qui ne la désirent pas a priori. Les courbes confirment la hiérarchie implicite installée entre séries au sein même de la voie technologique. On perçoit l’effet des décisions d’orientation sur les effectifs de première STMG pour laquelle le nombre d’élèves affectés est supérieur au nombre de vœux pour cette série. Selon les remontées des corps d’inspection, pour l’instant non consolidées, de l’orientation post seconde à la rentrée 2017, les textes sur le redoublement auraient grandement fait augmenter le nombre d’élèves affectés en première STMG, montrant par là même le rôle de régulation subi par cette série.
Le regard des acteurs sur l’attractivité Les autorités académiques
Les autorités académiques soulignent une visibilité insuffisante des séries technologiques pour les élèves de troisième et de seconde et la difficulté du choix d’orientation entre la voie technologique et la voie professionnelle en raison du discours porté sur la poursuite d’études après le baccalauréat.
La voie technologique est mal connue et sans doute peu valorisée. Les politiques académiques conduites sont très variables dans le temps et dans l’espace et se construisent davantage autour
d’objectifs liés à une ou deux séries technologiques que sur une politique volontariste de développement global de la voie technologique. Un responsable académique déclare ainsi : « Les réformes butent sur la structure du système et ses représentations implicites ancrées ; la présence de la filière S rend caduque toute intention de réforme (tropisme de la filière encore accentué par l’orientation des "bons élèves" vers elle par la quasi totalité des acteurs) ».
La réalité observée est marquée, le plus souvent, par la volonté de préserver l’équilibre existant entre les séries technologiques et les séries générales tout en limitant les flux vers les formations tertiaires et sanitaires et sociales. L’accent est mis sur la promotion des filières STL et STI2D.
Cependant, ce volontarisme se traduit rarement par une évolution significative de la carte des formations pour cette dernière série (voir infra).
Les chefs d’établissement
La grande majorité des proviseurs rencontrés souligne la dimension « toujours ségrégative », tant scolaire que sociale, de l’orientation vers la voie technologique, inchangée malgré la réforme, en particulier dans la série STMG. Ils insistent sur les freins à la mobilité géographique et sur le
« manque d’ambition » des élèves et des familles qui privilégient des parcours d’insertion professionnelle courts, proches et linéaires.
Les enseignants
Selon les professeurs, les outils modernes de communication, et notamment les réseaux sociaux, ont tendance à amplifier la mauvaise l’image de la voie technologique. Ils observent que la baisse du taux de redoublement en seconde conduit à l’entrée en première d’élèves qui présentent des déficits notables de compétences fondamentales et de motivation ; ils soulignent le risque d’évitement de la série par des élèves de meilleur niveau qui choisissent dès lors la série ES.
Cependant, ils constatent dans l’ensemble une perception plus favorable de la série de leurs élèves au cours de la classe de première alors que le regard des autres élèves n’évolue pas.
Les élèves
Les élèves sont plutôt satisfaits de la formation qui leur est dispensée mais ont conscience du fait que leur série est rarement bien placée dans la hiérarchie implicite des voies de formation : ainsi, les élèves de la série STI2D se comparent à ceux de la série S-SI, ceux de la série STL à ceux de la série S-SVT et ceux de la série STMG à ceux de la série ES.
Les élèves se situent aussi dans une hiérarchie entre les séries technologiques. Des élèves des séries STL et ST2S d’un établissement disent ainsi être « sous-estimés », parce que « comparés à des STMG ». De nombreux élèves choisissent cependant ces séries, les jugeant mieux adaptées à leurs aptitudes, à leurs goûts et à leur projet professionnel. Ils sont très conscients du caractère hétérogène du recrutement dans la voie technologique, notamment dans la série STMG, et considèrent que certains de leurs camarades auraient davantage leur place dans l’enseignement professionnel, ce qui revient à poser la question de l’orientation et de l’affectation des élèves à la sortie du collège.
Un fonctionnement de l’orientation lié aux cartes de formation
Une étude récente de la DEPP49 montre que les disparités inter académiques en matière de parcours des élèves sont liées à la nature de l’offre de formation proposée dans l’environnement de l’élève.
« La présence d’un lycée général et technologique dans le territoire de vie du collège augmente, à caractéristiques équivalentes, la probabilité de poursuivre dans la voie générale et technologique tandis qu’une tradition d’apprentissage ou une offre de formation professionnelle du ministère de l’agriculture incitent les élèves à privilégier la voie professionnelle. En fin de seconde, pour un élève donné, la présence de séries technologiques dans l’établissement diminue la probabilité de passage en première générale. Mais l’effet de l’offre de formation diffère selon les caractéristiques des élèves. Alors que l’offre de formation n’influe que marginalement les choix des meilleurs élèves, elle pèse au contraire lourdement sur les parcours scolaires des élèves les plus en difficulté scolaire. Ainsi, le destin scolaire des élèves les plus en difficulté scolaire ne dépend pas seulement de leurs propres caractéristiques, mais également de l’offre de formation établie par les acteurs institutionnels ».
Le tableau, en annexe 5, montre l’évolution, par académie, du nombre d’établissements publics et privés offrant des enseignements technologiques en classe de première en 2010-2011 et en 2015-2016.
On note l’existence de politiques académiques différentes. Nantes, Bordeaux, Montpellier, Lyon, Orléans-Tours ont élargi leur offre de formations technologiques, hormis en STMG. À l’opposé, Lille et Dijon l’ont plutôt réduite.
Au plan national, c’est dans la série STL que l’offre évolue le plus, avec presque 30 % d’implantations nouvelles dans 62 établissements supplémentaires. Viennent ensuite STI2D et ST2S avec respectivement 34 et 35 établissements supplémentaires alors que dans le même temps STMG perd 17 implantations.
Force est de constater que les propositions d’ouvertures dans de nouveaux établissements restent limitées et ne permettront pas, en restant en l’état, d’atteindre les objectifs visés. Le rééquilibrage des voies et des séries ne pourra pas se faire sans une action volontariste forte de développement de l’offre technologique dans des établissements qui aujourd’hui n’en possèdent pas. Cette action va de pair avec le développement des lycées polyvalents. Cette situation s’explique par les décisions rectorales majoritaires de reconduire la structure existante. Une seconde difficulté correspond aux craintes exprimées dans les « lycées techniques historiques industriels » de perdre leur spécificité, leurs formations et leurs élèves. Cette crainte est compréhensible lors d’une phase de rénovation importante. Elle conduit, dans de nombreuses villes connaissant la « concurrence » de plusieurs lycées plus ou moins spécialisés dans un domaine de formation (générale, technologique industrielle et technologique tertiaire), à stériliser toute possibilité d’évolution des structures de peur de voir le lycée technologique industriel perdre beaucoup d’élèves et de rompre l’équilibre installé depuis des années sur une zone.
49 Nicolas Miconnet, Éducation et formation n° 90, MENESR, avril 2016 p. 53 à 75.
Par ailleurs, les tableaux de l’annexe 6 présentant les spécialités offertes en classe de terminale par établissement conduisent aux constats suivants :
– dans un contexte global de légère réduction du nombre de sections STMG, un développement du nombre d’établissements offrant deux spécialités au détriment de ceux qui en offrent une ou plus de deux ;
– l’évolution de la série industrielle qui voit passer de 4 à 94 les établissements offrant les quatre spécialités, de 28 à 177 trois spécialités et de 373 à 104 ceux qui en offrent uniquement une. Les politiques suivies ont été clairement en faveur d’une offre élargie, diversifiée afin d’accroître la capacité d’accueil ;
– la série STL se caractérise par une implantation très majoritairement d’une seule spécialité.
Le développement souhaité de la voie technologique nécessite de disposer d’enseignants qualifiés en nombre suffisant. La mission a constaté, dans certaines académies une pénurie de professeurs technologiques (pour la série industrielle et pour la spécialité informatique de gestion en STMG notamment) sclérosant toute initiative d’évolution positive. Le manque de candidats dans les concours de recrutement correspondants et en préparation dans les ESPE rend encore plus problématique ce développement.
Une communication institutionnelle trop limitée
Il n’y a pas eu de discours national fort sur la place de la voie technologique lors de la réforme du lycée. L’étalement dans le temps de la rénovation des différentes séries a contribué à brouiller l’image de la voie technologique.
A contrario, la série STI2D a bénéficié d’une campagne de communication nationale dynamique, utilisant les vecteurs de communication des jeunes et très bien relayée par la plupart des académies.
De manière concomitante, les branches professionnelles de la métallurgie et du BTP ont également lancé une grande campagne de valorisation des métiers de l’industrie, donnant une résonance particulière à la rénovation de la série industrielle. L’image de l’industrie et de ses entreprises, l’évolution des produits toujours plus connectés et la sensibilité au développement durable ont certainement contribué au regain d’attractivité de la série STI2D.
Au niveau académique, au-delà du discours sur l’égale dignité des trois voies de formation, la communication s’est principalement faite sur les séries. Celles à coloration scientifique (STL et STI2D) ont ainsi bénéficié d’une attention particulière, afin de renforcer leur attractivité et d’élargir le vivier des filières scientifiques. Pour les autres, qui n’ont pas fait l’objet d’une communication particulière, l’objectif a surtout été de stabiliser les flux existants.