UN NOUVEAU GÈNE, MODIFICATEUR DE LA FORME DES CRÊTES EN ROSE, ET SON INCIDENCE POSSIBLE
SUR LA FERTILITÉ DES COQS
A. CAVALIE P. MÉRAT
Station de Recherches avicoles,
C’entre national de Recherches
zootechniques, Jouy-en-Josas (Seine-et-Oise).
SOMMAIRE
Un nouveau
gène
de forme de la crête est mis en évidence sur unepopulation pedigree
issue audépart
d’un croisement entreLeghorns,
Rhode-Island et Wyandottes. Cegène
se manifeste en présencede la crête en rose. Il comporte deux allèles, que nous
désignons respectivement
par He+(a
hérissé»)
et He’
(« lisse n).
Lepremier
est dominant. Ilproduit
chez lepoussin
d’unjour
une crête en rosed’aspect granuleux,
alors que celle-ci est lisse chez les animauxhomozygotes
pour le second(cf. fig. 1 ).
Chez les adultes, le
gène
He+s’accompagne
d’une crêteplus
volumineuse, avec despointes plus
nom-breuses et
plus
hautes que son allèle Hei.(cf. fig.
2). La différence entre les deuxphénotypes
estbien tranchée à i
jour,
un peu moins bien chez l’adulte.La pénétrance du récessif à i
jour
semblecomplète
chezles
g g, maisincomplète
chez les 3 C.Ceci ressort des
proportions
observées dans les différents types de croisement relatifs à ce facteur(tabl.
i).Chez
les
g g, outre leur accord avec lesproportions prévues,
les résultats ne montrent pasd’hétérogénéité
entre familles(tabl. 2 ) ;
une tellehétérogénéité
se manifeste entrepères
pour lesproportions
chez les a 3(tabl
3),suggérant
une variabilitégénétique
de la pénétrance dugène
He l
dan ce sexe.
Les données
qui précèdent,
et des croisements obtenus dans une autrepopulation,
avec l’undes parents à crête
simple,
montrent que le locus en cause est distinct de R/r(crête
en rose, crêtesimple)
et neprésente
vraisemblablement pas delinkage
avec ce dernier.Des mesures sur le
squelette suggèrent
que cegène pourrait
influer sur lamorphologie
du crâne(tabl.
7).Une différence
appréciable
de fertilité se manifeste entre les coqs à crête en rose « hérissée » et ceux à crête « lisse », ces derniers étantsupérieurs
auxpremiers,
etplus homogènes (tabl,
9 et 10).Des recherches sont
poursuivies
pour savoir si la même différence existe enprésence
de la crêtesimple.
Nous n’avons pas trouvé pour l’instant, de différences
significatives
entre les animaux des deuxphénotypes
pour les caractères suivants :poids
à 8 semaines descoquelets
et despoulettes,
nombred’œufs
pondus
de l’entrée en ponte au 31 décembre(pour
despoulettes
nées auprintemps), poids
moyen des oeufs, mortalité des
jeunes
et des adultes(tabl.
11). Par contre, la mortalitéaprès
lei8
e
jour
d’incubation est un peuplus grande
pour lesembryons
à crête « hérissée» (tabl, 12 ).
INTRODUCTION
Le
gène
R(crête
enrose)
est caractérisé par unepénétrance complète (HuTT, 1949
)
et une dominancepratiquement
totale(F ISHER , 193 8). Quant
à son moded’expression,
on sait quel’apparence
extérieure des crêtes en roseprésente
une cer-taine diversité
(A!DER, i 94 6). Toutefois,
on n’ajamais essayé d’analyser
sousl’angle génétique
les variationscorrespondantes.
L’objet
duprésent
article est,précisément,
la mise en évidence d’ungène
modi-fiant la forme des crêtes
rosacées,
àpartir
de l’observation par l’un de nous(A.
CAVA-LIE
)
de deuxtypes
bien tranchésparmi
cescrêtes,
chez lepoussin
d’unjour.
L’identification d’un nouveau
gène peut permettre,
entre autreschoses, de complé-
ter ultérieurement la carte
chromosomique
d’uneespèce, spécialement si,
commeici,
sonexpression phénotypique
estprécoce.
Mais sonprincipal
intérêt réside sansdoute dans une association avec le taux de fertilité des
mâles,
association que nous discuterons par la suite.MATÉRIEL
ETMÉTHODES
Le matériel
principal
de cette étude était unepopulation pedigree
issue, en i96c, de croisementsréciproques
entre desLeghorns
blanches et des coqs oupoules
croisés(Rhode-Island
X Wyandotte).Cette population est désignée sous le nom de « souche L 22 ». Les générations ultérieures étaient repro- duites en troupeau fermé. Les animaux à crête en rose étaient gardés comme re
producteurs,
certainsd’entre eux étant
hétérozygotes
Rr. Le nombre de parents mâles pargénération
était de 22, et celui des femelles d’une centaine (5 par coq engénéral).
Lareproduction
avait lieu en casespedigree,
sans insémination artificielle.
La crête était observée chez le poussin d’un
jour, puis
revue a l’âge de 8 semaines, et enfin chezles adultes. Le sexe était noté à 8 semaines, et vérifié i j jours plus tard.
Sur cette
population,
l’étude porte sur les années 1963, z964et i965.Une deuxième
population (souche
« Jouy ») fournitquelques
donnéescomplémentaires,
notam-ment pour le cas où l’un des deux parents est à crête
simple (années
1963et i964).RÉSULTATS
ET DISCUSSIONI
. Mise en évidence d’un déterminisme
monogénique a) Phénoty!es et proportions
observés.Sur la
génération
de la souche L 22 née auprintemps 19 6 3 ,
il est apparu queles
poussins
d’unjour
à crête en rosepouvaient
être classés en deuxcatégories.
Lesuns
possédaient
une crêted’aspect granuleux,
hérissée depetits tubercules,
tandisque, chez les autres, la surface était
lisse, présentant
seulementquelques légères
rides
longitudinales.
Lesphotographies
suivantes(fig. i)
montrentl’apparence ty-
pique
des deux groupes.Dans ce
qui suit,
nousappellerons respectivement
« hérissées » et « lisses » cesdeux sortes de crêtes.
La distinction entre les
deux,
à lanaissance,
est bien tranchée : lepourcentage
de classifications douteuses estfaible,
n’excédant sans doute pas, parexemple,
celuirelatif au
gène d’emplumement
lié au sexe.Ultérieurement,
les crêtes « hérissées » deviennentplus
volumineuses que les crêtes « lisses », avec despointes plus
nombreuses etplus hautes,
comme le montrent lesphotos
ci-avant(fig. 2 )
dans un castypique. Cependant,
laclassification,
soità 8
semaines,
soit àl’âge adulte, présente davantage
d’incertitudesqu’à l’éclosion,
surtout chez les coqs. Nous ne tiendrons donc
compte
que de l’identification à ijour.
En
19 6 4
et19 65,
en outre, lesembryons
mortsaprès
le i8ejour
d’incubation ont été observés pour le même caractère. Comme leur classification neprésentait
pas,a
priori, d’ambiguïté,
ils ont été inclus dans lesproportions présentées plus
loin.La
répartition
des deuxcatégories
parfamilles,
en19 6 3 , suggérait l’hypothèse
d’un déterminisme mendélien
simple,
avec un allèle dominantresponsable
du carac-tère « hérissé » et un récessif
correspondant
au caractère « lisse ».Les deux années
suivantes,
lephénotype
desparents
était connu. Dansl’analyse
des
proportions
observées partype
decroisement,
nous n’avons retenu, pour vérifier notrehypothèse,
que les familles de frères-soeurs d’effectifsupérieur
à 6quand
l’undes deux
parents
était cclisse »,
etsupérieur
à 8quand
les deuxparents
étaient « héris- sés », et,parmi
cesfamilles,
nous avonsdistingué
cellesqui
ne donnaient que des en-fants « hérissés » de celles où une
ségrégation apparaissait.
Les résultats sont contenus dans le tableau i. Nous y avons omis les
poussins
de classement douteux. Leur nombre était
déjà
réduit en19 6 4 ( 13 9i
sur 542au
total,
et 2g!&dquo;!
sur5 27 ),
et, en19 65,
un classement a étéassigné
àchaque
animal.
Les données du tableau i
paraissent bien,
àpremière
vue, s’accorder avecl’hy- pothèse
dedépart
en cequi
concerne lesproportions
chez lesfemelles ;
ilssuggèrent,
par contre, une
pénétrance incomplète
du caractère « lisse » chez les mâles. Nous dis- cuterons successivement ces deuxpoints.
b) Interprétation
desproportions
chez lesQ?
Sur 101
poussins
femelles issus ducroisement dl
« lisse» X ! cc lisse »,
2seulementont été classés « hérissés ».
L’ensemble
des donnéessuggère qu’il s’agit,
enfait,
soitde cas
douteux,
soit d’erreurs matériellesd’enregistrement.
Cette
interprétation
est, eneffet,
renforcée par lesproportions
voisines de1/1
trouvées dans ceux des croisements du
typ çf
« hérisséH X Ç
» lisse» ou f
cc lisse »x Y
« hérissée » danslesquels
uneségrégation
était observée : lesx 2
de conformité vis-à-vis de laproportion théorique,
sur le total des deuxannées,
sontrespective-
ment de o,igo pour le
premier
cas(P
>0 , 7 )
et deo,6 y
pour le second(P
>0 , 3 ).
De
même,
laproportion parmi
les croisements dutype j « hérissé x Ç«
« hérissé »et
qui présentent
uneségrégation
n’est pas trèséloignée
de3/ i, malgré
un certain excèsde
«
« lisses» (2g
p. 100 au lieu de 25 p.100 ) juste significatif
au seuil 5 p. 100(x
2 = 4 , 2 r 4 ).
Peut-être cet écarts’explique-t-il
par une mortalitéembryonnaire
un peu
plus grande
desembryons
« hérissés » : Comme il estprécisé plus loin,
nousavons vérifié
ceci,
dumoins, après
le i8ejour
d’incubation.Du fait de la
pénétrance
vaisemblablementincomplète
duphénotype
récessifchez les
mâles,
il fallait vérifier legénotype supposé
despères
« hérissés ».D’après
les
proportions
de leur descendance en croisement avec despoules
« lisses », nous n’enavons trouvé
qu’un
seulqui
doit êtregénétiquement homozygote
pour legène
« lisse n : :les données
correspondant
à sa descendance n’ont pas étécomptées
dans le tableau i.Qu’il s’agisse
des croisement où l’un desparents
est « hérissé » et l’autre « lisse »,ou de ceux où les deux sont « hérissés », nous n’avons trouvé
d’hétérogénéité
desproportions
chez lespoussins femelles,
ni entre familles depères,
ni entre famillesde mères. C’est ce
qu’indique
le tableau 2,qui
contientl’analyse des )(1 d’hétérogé-
néité suivant ces critères de classification.
La seule variation
suggérée,
entreannées,
concerne le derniertype
de croise- ment, ott l’année19 6 5 comporte
un excès de femelles « lisses » parrapport
à laprévi-
sion de
1/4 , correspondant peut-être
à une différence de mortalitéembryonnaire
entrezygotes
« hérissés et « lisses» (cf.
p.455).
c) Proportions
chez lespoussins
mâles.Il y a
évidemment,
dansl’ensemble,
un défaut de crêtes « lisses », chez les pous- sinsmâles,
parrapport
auxprévisions. Les Z 2
des totaux(par rapport
aux propor- tionsprévues y
ou3/1 )
pour chacun des troistypes
de croisement donnant uneségrégation,
sontrespectivement
de 24,003, deio , i6 3
et de 5,735 pour idegré
de liberté. Les
probabilités correspondantes
sont inférieures à o,oi, à o,ooi et à o,02.Ce défaut
semble,
àpremière
vue,inégal
suivant le croisementenvisagé :
ilapparaît
moinsimportant
dans lesaccouplements
où les deuxparents
sont « hérissés » que dans les autres. En outre, les croisementscf
« lissex X Ç
cc lisse » donnent assezpeu de descendants mâles « hérissés ». En
fait,
ces différences deproportion
doiventnon pas être liées au
type
decroisement,
mais refléter des variations entre familles.C’est ce que fait
apparaître l’analyse du x 2 (tabl. 3 ).
On ne constate pas
d’hétérogénéité significative
entre mères. D’autrepart,
vul’importance
de cellequi
se manifeste entrepères, l’hétérogénéité
entre années doit être testée par lerapport
entre ley 2 correspondant
et celui entrepères,
divisé parson nombre de
degrés
de liberté. Il devient alors clairqu’il n’y
a pas d’effetsignifi-
catif attribuable à un facteur « années ».
L’existence de différences entre familles fait penser à la
présence
degènes
modi-ficateurs,
à effet limité au sexe mâle. Il n’est paspossible,
pourl’instant,
de direquels gènes pourraient
intervenir. En tous cas, nous n’avons pas trouvé de relation nette entre lerapport
deségrégation
chez les mâles et leurgénotype homozygote
et
hétérozygote
au locus R, commel’indique
le tableau 4.Cette
hypothèse
degènes
modificateurs est laplus vraisemblable ; cependant,
nous n’avons pas encore pu la vérifier par des tests de descendance.
Nous pouvons, de toutes
façons,
écarter lapossibilité
d’une mortalitéplus grande
des
embryons
mâles detype
« lisse » : Le taux d’éclosion était assez bon pour les deux annéesétudiées,
et nous avons vérifiéqu’il
n’était pas inférieur pour les familles à excèssignificatif
de mâles « hérissés» (au
seuil 5 p.100 ), comparées
aux autres ; il étaitmême,
enfait,
un peusupérieur.
Deplus,
cephénomène
devrait se traduirepar un défaut de
mâles,
àl’éclosion,
pour les familles enquestion. Or,
sur l’ensemble des deuxannées,
on constateglobablement
un exràs de poussinsfemelles,
mais lesnombres de
f f
et de9!
éclos dans lepremier
groupe de familles(excès
de mâles « héris-sés
»)
sont,respectivement,
de2 8 9
et 349, alors que les nombrescorrespondants
pour les familles àrapport
deségrégation
« normal » sont de6 07
et 709. Onvérifie,
par unX
2
decontigence (égal
ào,I2I) qu’il n’y
a pas de différencesignificative
de sex ratioentre ces deux groupes.
Il ne resterait
qu’une
autrehypothèse possible,
celle d’uneségrégation
anormaleà la méiose ou à la fertilisation.
Quoiqu’on
nepuisse
larejeter
totalement tant que legénotype
d’un nombre suffisant de!&dquo;d’
n’aura pas été vérifié par unprogeny
test
(cf. l!I!x!2, 19 6 4 ),
il seraitprudent
de nel’accepter
que si nous étions con-traints à
rejeter
lapremière.
d)
Conclusion.Quant
aux observations sur lespoussins,
toutes nos donnéesconfirment,
en fin de
compte, l’hypothèse
de deux allèles avecdominance,
le récessifn’ayant
une.
pénétrance complète
que chez les femelles.Secondairement,
lapopulation
«Jouy
», enségrégation également pour
la crêteen rose et la crête
simple
d’unepart,
pour le caractère « hérissé » et « lisse » d’autrepart,
nous apermis
de vérifier à nouveau lesproportions
des deux formes de crêtesen rose, suivant le
phénotype
desparents.
Les résultats(réunis
pour les années19 6 3
et
19 6 4 )
sont lessuivants,
en ne retenant que les famillesqui présentaient
uneségré- gation
pour le caractère enquestion (tabl. 5 ).
Ici encore, les observations s’accordent de
façon
satisfaisante avec notre inter-prétation
monofactorielle.2
.
Indépendance
de ce locus et du Locus RLes
ségrégations
au locus R(crête
enrose/crête simple)
existant dans les deuxpopulations
étudiéespermettent
d’exclurel’hypothèse
- que l’onpouvait
apriori envisager
- d’unallélisme,
ou d’unlinkage étroit,
entre les facteurs « hérissé » et« lisse » et le
gène
R.En
effet,
les deuxtypes
de crête en rose s’observent chez des animaux homo-zygotes
RR : nous l’avons vérifié sur la souche L22,
et,ultérieurement,
sur untroupeau
deWyandottes
pures. Ceciobligerait
àimaginer
deux allèles pour la crêteen rose, l’un
correspondant
au caractère « hérissé », l’autre auphénotype
« lisse ».Mais,
dans uncroisement,
parexemple,
entre unhétérogyzote
Rr et un récessif vr,on ne devrait alors
jamais avoir,
chez lesenfants, qu’un
seultype
de crête en rose.Or,
nos deuxpopulations
nous fournissaient de telscroisements,
avec uneségrégation parmi
les descendants à crête en rose.Pour ce que ces
ségrégations
soientcompatibles
avec un multiallélisme au locusR,
il faudrait supposer l’existence simultanée de deux allèles R et de deux allèles r, soit Ri, R2,v1, r2,
avec R2 et y2permettant l’apparition
duphénotype
« lisse »chez les crêtes en rose. Nous allons montrer, en détaillant les diverses
possibilités
concevables de dominance entre ces allèles
hypothétiques,
que cettehypothèse,
d’ailleurs
compliquée,
ne s’accorde pas, elle nonplus,
avec les faits.Supposons
que Ri suffise à déterminer lephénotype
« hérissé » chez l’hétéro-zygote Rr, quel
que soit l’allèleprésent :
Les croisements Rr X rr où leparent
àcrête en rose est « hérissé » ne devraient
jamais
donner que des enfants à crête en rose« hérissée », ce
qui
n’est pas le cas.Si,
par contre, RI rl est le seulgénotype
Rrpermettant
la crête « hérissée »,les croisements Rr X Rr où les deux
parents
sont « hérissés » ne devraientjamais
donner que des enfants « hérissés ». Il devrait en être de même
si, enfin,
cephéno- type pouvait correspondre,
soit augénotype
RIrl,
soit à R2rl.Or,
il n’en est rien.Nous proposons donc de
désigner
les deux allèles étudiésici, respectivement,
par He+
(correspondant
aux deuxpremières
lettres de « hérissé»)
et par He’( 1 ).
Nous devons admettre que le locus He est distinct de
R,
et ne lui est pas étroi- tement lié.Quant
à une estimationprécise
d’unlinkage éventuel,
elle est rendue difficilepar le fait que
l’expression
des allèles He+et He’ enprésence
de la crêtesimple
n’estpas connue.
Cependant,
unlinkage
devrait entraîner unehétérogénéité
entre famillespour les
proportions
de crêtes en rose « hérissées » et « lisses », suivant le sens de la liaison chez lesparents
doublementhétérozygotes.
Une tellehétérogénéité
n’existepas dans nos
données,
au moins chez les descendantsfemelles,
où lapénétrance
durécessif
paraît complète.
Il faut doncconclure,
soit àl’indépendance
totale des deuxgènes,
soit à unlinkage trop
lâche pour être décelé.Nous
mentionnerons,
pourterminer,
desproportions
deségrégations
observéesquand
l’un desparents
est à crêtesimple (vv).
Nous nous sommes limités au cas où leparent
à crête en rose est cc lisse » : S’il y a alorsségrégation,
on doit conclure que leparent
à crêtesimple
esthétérozygote
He+Hel. Le résultat est le suivant(tabl. 6).
L’excès de femelles « hérissées » issues du croisement Rr X vr est
significatif.
Nous n’en avons pas
d’explication ;
dans tous les croisements où la mère est à crêteen rose, les
proportions
sontnormales,
comme nous l’avons vuprécédemment.
Unepénétrance incomplète
du caractère « lisse » chez les femelles ne semble donc pas uneinterprétation
très satisfaisante. D’autrepart,
le taux d’éclosion des familles corres-pondantes
n’est pas inférieur à la moyenne dutroupeau.
3
. Autyes
particularités
visibles associées augène
HeNous n’avons pas,
actuellement,
de données suffisantes pour établir avec certi- tude l’existence de différences visibles liées àl’expression
des allèles He+etHe l ,
chezles animaux à crête
simple.
( 1
) Le symbole h existant déjà pour le gène « plumage soyeux » (HUTT, ig!c!).
Par contre, des mensurations du
squelette
crânien faites sur des animaux à crêteen rose, de constitution connue pour le
gène He,
se sont révélées intéressantes.Sur un échantillon de
poules âgées
d’un an,ayant
été utilisées commereproduc-
trices au
printemps 19 65,
les mesures suivantes ont étéprises :
-
Largeur
maximum du crâne(en
arrière et en haut desorbites).
-
Largeur
minimum du crâne(au-dessus
et en avant desorbites).
-
Longueur
du crâne, de l’extrémitésupérieure
des fosses nasales à l’extré- mitépostérieure
del’occipital.
- Hauteur totale maximum du crâne.
En outre, ces animaux avaient été
pesés
vivants. Leur nombre était de 16 pour les « hérissés » et de 10pour les « lisses ».Les résultats sont contenus dans le tableau 7.
Certaines dimensions du crâne diffèrent donc suivant la constitution
génétique
des
poules
au locus He. Dansl’ensemble,
la tête est un peuplus grande
pour cellespossédant
une crête « hérissée » que pour celles à crête « lisse ».Cependant,
dansl’échantillon
mesuré,
lespoids
moyens des oiseaux différaient: i gig g pour lespremiers,
z 75! g pour les seconds(différence significative
au seuil 5 p.ioo).
Poursavoir si l’écart des mensurations crâniennes ne reflétaient pas
simplement
une diffé-rence
générale
detaille,
nous avons fait uneanalyse
de covariance deslargeurs
maximum du crâne en
prenant
lepoids corporel
comme variableindépendante (tabl. 8).
Le résultat montrequ’il
doit bien exister un effer local associé augène
He.Nos observations
peuvent
êtrerapprochées
de celles de FiSHER( 193 8)
sur lalargeur
de la tête
comparée
chez des animaux à crêtesimple
et à crête en rose : Il est intéres-sant de noter que deux
gènes
influant sur la forme de la crête ontégalement
unerépercussion
sur lamorphologie
du crâne.4
.
Éléments
de la « valeur sélective » associée aux allèles He+ et Hela)
Fertilité des mâles.Sur les trois années
19 6 3 , 19 6 4
etio6 5
de lapopulation principale
étudiée(sou-
che L
22),
4rcfcf
à crête « hérissée » et 17 à crête « lisse », autotal,
avaient étéreproducteurs.
I,e nombre d’oeufs incubés parpère
s’échelonnait entre 73 et 225.La fertilité moyenne du
premier
groupeapparaissait
moins bonne que celle du second. Cette tendance est reflétée par le tableau 9. Pourchaque
annéeet pour l’ensemble,
la moyenne nonpondérée
despourcentages
parpère
d’oeufs notés « clairs » aumirage
est donnée pour les deuxcatégories,
ainsi que celle despourcentages
depoussins
éclosrapportés
aux oeufs mis en incubation.L’examen
des nombres d’oeufs « clairs » pourchaque
coq, outre la différence entrepères
« hérissés » et « lisses »,suggérait
uneplus grande
variabilité despremiers :
six d’entre eux, sur l’ensemble des trois
années,
donnaientplus
de 20p. 100d’oeufs clairs(les proportions
s’échelonnant entre 20 et 100 p.100 ),
cequi
n’était le caspour aucun coq « lisse n.
Il
n’apparaissait
pas, dansl’ensemble,
de différence nette dans le taux de mortalitéembryonnaire.
Pour uneanalyse détaillée,
nous nous limitons donc aupourcentage
d’oeufs « clairs », ouplus précisément
à sa valeur transformée enangle,
pour
chaque
coq, defaçon
à rendre la distributionplus proche
de la normalité.Chaque
incubationcomprenait
des oeufs conservés de i à 21jours
avant la miseà couver. La mortalité
embryonnaire
étaitplus grande
sur les ceufs conservés 3semaines,
mais le taux d’oeufs « clairs » était peuaffecté,
de sorte que nous pouvonsignorer
ici ce facteur de variation.La fertilité moyenne des coqs RR s’est révélée un peu moins bonne que celle des
hétérozygotes
Rr, la différence étantapparemment
moinsgrande
que celle observée chez laWyandotte
par COCHEZ(ig5i)
et CRAWFORD et MERRITT( 19 6 3 ).
Comme les
premiers
étaient peu nombreux etinégalement répartis
entre lestypes
« hérissé » et « lisse », nous avons
comparé
ces deuxcatégories parmi
les seuls coqs Rr.Une
analyse
de variance à deux facteurs contrôlés(phénotype
« hérissé » ou « lisse »des coqs et
année) paraissait logique,
mais les différences entre années pour le taux de fertilité étant faibles et nonsignificatives,
il devenaitpossible
de comparergloba-
lement les deux
types
de coqs sans tenircompte
du dernier facteur. Ceciétant,
etcomme le
suggérait
l’examen despourcentages individuels,
il existait uneimportante
différence entre coqs à crête a hérissée » et « lisse » pour la variance de leur taux d’oeufs clairs
transformé,
commel’indique
le tableau 10.Il n’était donc pas
légitime
d’utiliser les données tellesquelles
pour un testt,
mais nous avons considéré le t calculé de la manièreusuelle,
commedistribué,
du fait del’hétérogénéité
desvariances,
suivant une loi de S’ruv!V’r-FrsHER avec unnombre v de
degrés
de liberté défini paravec
Mi et n2étant les nombres de coqs,
S i et S les
variances des deux groupes(W E iscii,
cité par MORICE et
C HARTI E R ,
1954, p.207-209).
On obtient ainsi un t
égal
à 2,194 pour un nombre dedegrés
de liberté voisin de 45, d’où uneprobabilité
inférieure à 0,05.Sur la deuxième
population
étudiée(souche
«Jouy »),
l’année19 6 4
donnait lerésultat suivant pour deux coqs « hérissés
» comparés
àquatre
coqs « lisses » de mêmeorigine :
sur 206 oeufspondus
par lespoules accouplées
auxpremiers,
40,3 p. 100 étaient« clairs »,
contre y,o p. 100 sur6 07
oeufs pour les seconds. Cerésultat, quoique portant
sur depetits nombres,
va dans le même sens que ceux de la souche L !2.La réalité d’une différence entre coqs à crête en rose « hérissée » et « lisse » pour le
pourcentage
d’oeufs « clairs »qu’ils
donnent est doncprobable.
Cette diffé-rence est bien à attribuer aux coqs
eux-mêmes,
car lespoules
leur étaientaccouplées
de
façon
apriori quelconque.
Ces oeufs « clairs » sont enmajorité
deszygotes
nonfécondés, quoiqu’un simple mirage
nepuisse garantir
une distinction certaine avecdes
embryons
morts très tôt.I,a
plupart
des coqs àphénotype
« hérissé » étaient deshétérozygotes
He+Hel.Seuls deux d’entre eux se sont révélés être
homozygotes
He+He+(en 19 6 5 ),
et leurstaux de fertilité étaient
parmi
les moins bons. Cecisuggère
de vérifier s’il existe unedifférence entre ces deux
génotypes.
b)
Fertilité et taux d’éclosion des mèyes.Nous n’avons pu déceler une différence de fertilité ou de mortalité
embryonnaire
suivant le
génotype
de la mère au locusHe,
vu la nécessité de tenircompte
de l’in-fluence du
père,
et le nombre assez réduit decomparaisons
«intra-père
» pour desmères
différentes,
que nous avons pu réunirjusqu’ici.
I,e taux d’éclosionglobal
estmoins bon pour les mères
homozygotes
He+He+ que pour les 1-Ie’Hel pour 4 compa- raisons de cette sorte sur 6(taux
moyens d’éclosion :6g,g
et5 8,o
p. 100respecti- vement).
Peut-être en est-il demême,
à un moindredegré,
pour les mères He+Hel vis-à-vis des1-Ie l lle’,
mais des donnéessupplémentaires
sont nécessaires pour le confirmer.c)
Autresperformances.
Nous avons
voulu,
en outre, comparer, pour les deuxphénomènes étudiés,
les critères suivants :Croissance
pondérale
évaluée par lepoids
à 8 semainesd’âge.
Nombre d’oeufs
pondus,
de l’entrée enponte
au 31 décembre.Poids moyen des oeufs à
l’âge
de 10-11 mois.Poids des
poules
àl’âge
de 10-11 mois.Nous avons, à cet
effet,
constitué descouples
d’animaux de même sexe, frèresou soeurs, nés le même
jour.
Les résultatsportent
sur les années19 6 3
et19 64
de la souche L 22
(sauf
pour lepoids adulte),
et l’annéerg6q.
de lapopulation
«
Jouy n,
ainsi que sur l’année19 65
pour lepoids
à 8 semaines. Comme les différences entre membres d’un mêmecouple
ne semblent pas varier defaçon
notable suivantl’année,
nous nous contentons de donner les valeurs moyennes sur l’ensemble desdonnées,
pourchaque
caractère(tabl. ii).
Aucune des différences n’est
significative.
Onpeut cependant
noter que la ten- dance à unpoids
à 8 semaineslégèrement plus grand
chez lesIl
« lisses n s’observe dans chacune des années. Peut-être des données ultérieuresplus
nombreusespourront-
elles confirmer sa réalité.Pour la mortalité des
poulettes,
del’âge
de 8 semaines à 10-11mois,
elle étaitassez
faible,
dans la souche L22 ,
pour l’une et l’autre des deuxcatégories comparées (
7 ,
2
p. 100 pour lesCi?
« hérissées » et 7,3 p. 100 pour lesÇÇ
« lisses o eni 9 6 4 ).
Il enest de même de la mortalité des
jeunes.
Enfin,
l’observation desembryons
mortsaprès
18jours d’incubation,
en19 6 4
et
19 65,
pour la souche L22 , permettait
de comparer le taux de mortalité desembryons
des deuxphénotypes
dans les derniers stades de la vieembryonnaire.
Le tableau 12 donne le résultat par
type
de croisement(les
sexes ont étégroupés,
car il
n’apparaissait
pas entre eux de différencesensible).
La différence du taux de mortalité dans le
premier
cas estsignificative
au seuili p. 100
(x 2
decontingence
= 7,14 pour idegré
deliberté).
Pour le deuxièmetype
decroisement, quoique
nonsignificative (en partie
du fait de l’effectifplus
faibledes
zygotes
« lisses»)
elle est de même sens, de sorte que, sur l’ensemble desdonnées,
on
peut
conclure à un déchet d’éclosion un peuplus grand
pour lesembryons
à crête« hérissée ».
CONCLUSIONS
L’intérêt
principal
dugène
mis en évidence est son incidence nonnégligeable
sur le
pourcentage
d’oeufs « clairs » donné par les coqs,qui reflète,
au moins appro-ximativement,
leur fertilité enaccouplement
naturel.Le déterminisme
génétique
de ce derniercritère, précisément,
estcomplexe
et mal connu. Son héritabilité est faible
(cf.
parexemple, J ULL ., 1952 ).
Il est d’autantplus
intéressant de connaître ungène
associé à une différence assezimportante
defertilité
qu’à
l’heureactuelle, seuls,
à notreconnaissance,
le locus R(CocHEz,
1051 ; CR A W FO
RDet
BIERRITT, y 6 3 )
et,peut-être,
certainsgènes
de groupesanguin (A LL E N , i962 ;
DES WV a, 19 65)
sont dans ce cas. Onpeut
yajouter
l’effet sans doute direct de lamorphologie
dans le cas de l’absence decroupion (HuTT, i949)!
Le locus He est-il
également
associé à un effet sur la fertilité chez des animaux à crêtesimple ?
Des recherches sontpoursuivies
pour lesavoir,
ainsi que pour essayer d’identifier defaçon
visible legène
enquestion
dans ce dernier cas ; ceci aurait unintérêt certain pour les sélectionneurs de nombreuses
souches, auxquels
se pose un pro- blème de fertilité.Il semble curieux que certaines
analogies apparaissent
entre les effets associés à He etR, qui
sont deuxgènes
de forme de la crête. Comme lesecond,
lepremier
est
lié, d’après
cequi précède,
à des différences de fertilité desmâles,
et sans doutede la
morphologie
dusquelette
crânien. Il resterait à déterminer si cetteanalogie
n’est
qu’accidentelle,
ou,sinon, quelle
est sa raison d’être dupoint
de vuephysio- logique.
Nous avons pu constater que les deux allèles He+ et Hei sont
présents,
outreles souches L 22 et «
Jouy
o, dans unelignée
deWyMM!oMM,
et dans une soucheà crête
simple,
issue audépart
d’un croisement entreGâtinaise,
Rhode-Island etWyandotte.
Unsondage préliminaire
nous a encore révélé leur existence chez desFave
y
olles,
et dans un croisement(Heisdorf f Nelson) .
Le
troupeau
L 22 de19 6 3
était lepremier
où le locus He étaitétudié ;
parconséquent,
aucun choix conscient n’avait pu y êtreopéré
sur lesgénotypes
à celocus : la
fréquence
de l’allèleHe l ,
déduite de laproportion
des deuxphénotypes observés,
y estégale
ào,6 4 .
Il est
trop
tôt pour savoir si lepolymorphisme
trouvé dans ces diverses popu- lations est fortuit. ou s’il existe des mécanismes tendant à le maintenir. L’examencomparé
desperformances suggère, jusqu’ici,
unavantage
sélectif pour le caractère« lisse u, mais la
question
de savoir sil’hétérozygote
nepossède
pas certains avan-tages
nepeut
encore recevoir uneréponse.
Reçu pour
publication
enseptembre
i96§.SUMMARY
A NEW GENE, MODIFYING THE FORM OF ROSE COMBS,
AND ITS POSSIBLE ASSOCIATION WITH COCK FERTILITY
A new
comb-type
gene is identified in apedigree population
whoseorigin
is a cross betweenLeghorns,
Rhode-Island Reds andWyandottes.
The effect of this gene is apparent in rose-comb birds.It has two alleles, which we called He+
(«
herisse » =rugged)
and Hel(!!
lisse » =smooth).
The firstone is dominant. In
day-old
chicks, itgives
agranular
appearance to rose-combs. On the contrary,these rose-combs have a smooth surface in birds
homozygous
for the second allele( f ig.
i). In adults,the He+gene causes the comb to be more