• Aucun résultat trouvé

MIROIR, Amandine ESCOT

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "MIROIR, Amandine ESCOT"

Copied!
2
0
0

Texte intégral

(1)

1 Miroir…

Cela faisait plusieurs semaines qu’elle se sentait fébrile. Elle avait une sensation de vide allant parfois jusqu’au vertige. Son teint était pâle et semblait devenir au fil des jours, un peu livide.

Elle n’avait plus le cœur à rien et quittait rarement sa chambre. Elle contemplait pendant de longues heures, la tapisserie fleurie qui avait jaunie au fil des années et les cadres en bois qui ornaient cette pièce dans laquelle elle s’était souvent sentie enveloppée. Elle ne ressentait désormais plus qu’une immense lassitude, assise devant sa coiffeuse de marbre. Dans le miroir, elle se retrouvait face à un visage creusé, blanc qui portait le voile de la mort.

Le médecin de famille l’avait pourtant auscultée plusieurs fois en peu de temps, il lui avait trouvé un pouls un peu faible mais rien d’alarmant. Sans doute un peu de nervosité. Il lui avait conseillé de se reposer et lui avait assuré qu’elle retrouverait sa vitalité et sa beauté d’antan d’ici quelques jours. Elle ne recevait donc plus ses amies, comme elle le faisait chaque mercredi, elle ne participait plus aux repas de chasse de son mari. Avant, elle aimait se mêler aux autres femmes, contempler leurs toilettes et rivaliser. Aujourd’hui elle n’en avait plus l’envie, le cœur… Elle restait là, sans rien dire ni bouger comme une statue de marbre.

Son mari et les domestiques étaient inquiets mais préféraient la laisser tranquille dans son repos. On n’osait pas la déranger. On se disait que Madame Fleurentine allait bien finir par retrouver le goût de la vie.

Les journées défilaient, interminables pour toujours replonger son être dans la même obscurité. La nuit l’enveloppait de son voile morbide et le jour ne la réanimait guère, l’enveloppant à son tour d’un linceul. Elle avait déjà ressenti cela mais pas de manière aussi intense et elle était inquiète. Elle regrettait souvent ses promenades dans le jardin, entourée de fleurs dont le parfum pénétrait tout son être et l’emplissait de féminité. Elle attendait, elle ne savait quoi mais elle attendait… Elle se sentait glisser dans une sorte de vide, comme si dans un premier temps, elle s’abandonnait à elle-même pour finalement s’abandonner elle-même.

Un soir, elle avait allumé une bougie qu’elle avait déposée sur sa coiffeuse. Elle se peignait les cheveux de manière détachée, machinale comme pour se sentir encore en vie, animer ce corps lourd. Le vent faisait claquer les volets par intermittences ce qui lui provoquait une sorte de sursaut. Elle avait peu à peu senti des frissons lui parcourir les bras puis le corps tout entier comme si un vent frais avait pénétré la pièce. Elle resta un moment absente puis eut l’impression de tomber en arrière. Quelques minutes plus tard, un bruit sourd retentit sur le parquet. Monsieur Fleurentine comprit que cela venait de la chambre. Il monta les marches quatre à quatre, agrippa la rampe au fil de son ascension, courut à grands pas et pénétra dans la chambre à bout de souffle. Ce qu’il vit à ce moment-là lui glaça le sang et il resta pétrifié devant le spectacle qui s’offrait à lui.

Sa femme était étendue au sol, inanimée et d’une blancheur éblouissante. Il avait compris. Le vent qui s’engouffrait dans la pièce avec un sifflement perçant le tira de sa torpeur. Il redressa la tête et vit que la fenêtre était ouverte… Il s’y pencha

(2)

2

machinalement et vit les branches des arbres s’animer comme si à travers ce ballet, on s’obstinait à retenir la vie. La bougie était éteinte et rien, excepté la flamme, ne semblait avoir été emporté par le vent. La mort avait rempli la pièce de son souffle. Le mari se pencha vers la coiffeuse et son regard croisa celui du miroir. Il tressaillit lorsqu’il vit le spectre de sa femme flotter d’une légèreté majestueuse pour peu à peu s’échapper dans la pénombre. Il cligna des yeux, se retourna, le corps avait disparu…

Références

Documents relatifs

Une première piste était en effet de comparer la manière dont les diverses métropoles qui ont accueilli des jeux Olympiques ont, plus ou moins, fait peau neuve à cette occasion..

Pour cette droite privée de chef, son ordre, c’est la pérennisation d’un désordre institutionnel qu’elle déteste et que Macron la Casse organise à un point tel qu’il a

– Le monde gisait misérablement‚ de plus en plus‚ comme si la civilisation‚ ignorant la réponse aux sept questions‚ avait été condamnée à la famine. – Le grand-père

Comme le dit Richard Smith, même si les revues médi- cales sont une bonne avenue pour faire ressortir ce à quoi il faut réféchir, elles ne sont pas aussi effcaces pour dicter

Max ALHAU, Claude BER, NellyCARl\JET, Maxime DECOUT, Bernard FOURJ'IIER, Gérard Gp KarimHAOUADEQ TristanHORDÈ,Jean-Louis JACQUIER-ROUX,MarcKOBER,Jacques L PierreLECŒUR,Ariane

In-8, bradel vélin orné sur les plats et le dos d'une couronne de fleurs en couleurs; doublures et gardes de papier marbré, tête dorée, non rogné, couverture illustrée..

To describe and introduce things or people in French, two common phrases are used: c'est and il/elle est.. The plural forms are ce sont and

Le Traité de Lisbonne prévoit l’élection d’un Président Européen pour deux ans et demi : cette présidence stable va-t-elle gagner en efficacité et permettre une nouvelle