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Choses, objets, artefacts : le matériel et le social

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LABORATOIRE DE

RECHERCHES PHILOSOPHIQUES SUR LES LOGIQUES DE L’AGIR - EA 2274

Secrétariat :  (33) 03 81 66 54 42 -  [email protected] http://slhs.univ-fcomte.fr/rech/philolab/Labophi.html

Ateliers Thématiques en Philosophie des Sciences Sociales Besançon, 28 Avril 2010

Choses, objets, artefacts : le matériel et le social

Que l’on pense la société comme un tout supra-individuel ou bien comme une collection d’individus – pour reprendre l’opposition classique – on ne quitte jamais le domaine de l’homme, de ce qui le met en relation avec ses semblables, de ce qui résulte de cette multitude. Or, si derrière « social » nous lisons d’abord « humain », il paraît de plus en plus accepté qu’en analysant les phénomènes sociaux, on ne peut pas oublier la présence des objets. L’attention qui leur est accordée n’est certainement pas une particularité des recherches les plus contemporaines, il suffit de penser à l’importance prêtée au matériel par les études d’inspiration marxiste, ou bien encore au constructivisme sociologique entrant en scène dans les années 1970. La forte « promotion sociale » des objets est toutefois un fait récent. Cette tendance doit beaucoup à la sociologie des sciences et des techniques qui a tout particulièrement travaillé la question de la place que les objets occuppent dans ce qu’elle appelle les réseaux « socio-techniques ». L’enjeu de ce type de recherche est tout sauf local.

Ainsi l’anthropologie symétrique de Bruno Latour, qui s’inscrit dans ce courant de pensée, s’appuie sur un geste doublement radical : non seulement Latour réintègre les non-humains dans les réseaux sociaux en leur attribuant un rôle actif, mais son ambition est également de rendre compte de la manière dont nous procédons à cette séparation entre choses-en-soi et hommes-entre-eux, entre le monde naturel et le monde social. Ce sont les fondements mêmes de la sociologie qui en sortent repensés.

Choses, objets, artefacts – ce sont les définitions de ces différents concepts qu’il faudra élaborer, sans oublier de s’interroger sur le rôle qu’il convient d’accorder à la notion de

« matérialité » qui nous sert spontanément de critère de reconnaissance : celui-ci est-il à la fois nécessaire et suffisant pour penser la nature des objets et la place qu’ils occupent dans la société ? Rien n’est moins sûr : dans le prolongement de la théorie du don (Mauss) et des descriptions ethnographiques des échanges cycliques (Malinowski), les études sur « la vie sociale des choses » (Appadurai) essaient de repenser les interactions entre humains et objets en tant que ces derniers renferment une valeur (marchande ou autre) liée, entre autres, à ce que l’on peut appeler leur « biographie ». Il ne faut pas sous-estimer les conséquences de ce point de vue, qui peut conduire jusqu’à une sorte de dématérialisation des objets, ceux-ci devenant un pur support de communication et d’échange (pensons ainsi à Baudrillard qui parlait des objets-signes). Du problème de la place des objets dans la société, notre attention

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se trouve alors redirigée vers celui, plus radical, du mode de socialisation des objets. Faire participer les objets aux collectifs, en quoi cela les affecte-t-il ? Et, inversement, quelle forme d’activité peut-on attribuer à ces objets : si la sociologie des sciences affirme que les objets sont de véritables « actants », cette question est également au cœur de certains travaux anthropologiques contemporains : à travers le concept d’objet-fétiche, Alfred Gell montre que loin d’être cantonné à un rôle passif, l’objet se voit souvent reconnaître une agency.

Accorder aux objets un rôle d’acteur social, une activité, faire passer le matériel pour l’intermédiaire du social, telle n’est pas pour autant la seule voie de sa réhabilitation sociologique. Il est en ce sens tentant d’entreprendre un retour aux textes fondateurs des sciences sociales. Nous pouvons ainsi lire chez E. Durkheim que la proposition selon laquelle la société n’est composée que d’individus n’est que partiellement exacte, car « outre les individus, il y a les choses qui sont des éléments intégrants de la société ». En les considérant comme des « manières de faire consolidées », Durkheim propose en effet une curieuse théorie des artefacts qui lui permet de les inclure parmi les faits sociaux, avec toutes les conséquences que cela induit (ajoutons que le philosophe G. Agamben serait étonnamment proche de cette perspective durkheimienne dans sa reprise du concept foucaldien de « dispositif »). Nous voilà devant des objets-traces, témoins des pratiques culturelles, inscriptions des sociétés, et domaine familier de l’archéologie.

L’ensemble du champ des sciences sociales se trouve ainsi conduit, à travers la question des objets, à repenser certains de ses principes méthodologiques, mais aussi ontologiques, les plus fondamentaux. Et c’est ce profond mouvement de révision que nous souhaiterions développer en invitant de jeunes chercheurs en philosophie, sociologie, anthropologie, mais aussi en histoire ou en économie, à participer à la seconde édition des Ateliers Thématiques en Philosophie des Sciences Sociales organisés à Besançon dans le cadre du laboratoire Logiques de l’Agir.

Détails pratiques :

Date de rendu des propositions : 15 mars, sous la forme d’une ou deux pages présentant les enjeux du travail présenté.

Durée des interventions : 20 mn.

La journée se déroulera le 28/04/10 à l’Université de Besançon.

Site internet : http://slhs.univ-fcomte.fr/rech/philolab/Ateliers.html

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