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Texte intégral

(1)

№ 2 4 - Octobre 2 0 0 2

ez Javo

La s a g a des t é t r a s

Cet artute lyrique, qui chante pour déduire, est en pleine crue du logement.

La raréfaction de ses espacée fores t1ers préférés met l'espèce en danger

L A S O L I T U D E E S T A U S S I U N E M A L A D I E M O R T E L L E - I N T E R V I E W : « L E T E M P S

••FfJIJIII P A R T I E L E S T DE P L U S E N P L U S S O U V E N T U N E F O R M E DE S O U S -

lUiïll LggJMi E M P L O I » - I M P Ô T S : C E Q U O N R I S Q U E E N F R A U D A N T LE F I S C

(2)

X - T

N O U V E L E N D

I E L I M I T E E

m o n t u r e + v e r r e s + é t u i

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I !

D i s p o n i b l e e n 1 h e u r e

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R u e d e B o u r g 1 5 , 1 0 0 3 L a u s a n n e

Ce qu'on risque en fraudant le fisc

L'ATTITUDE DÉCONTRACTÉE DES SUISSES FACE AU FISC VA-T-ELLE ÊTRE REMISE EN CAUSE CES PROCHAINES SEMAINES? A L'OCCASION DE LA DÉCLARATION D'IMPÔTS ANNUELLE DÈS 2003, LE CANTON DE VAUD VEUT MUSCLER LA CHASSE AUX FRAUDEURS. MAIS L'EXISTENCE DU SE- CRET BANCAIRE LIMITE SON ACTION. Expli-

cation.! en page 3

«Le temps partiel

est de plus en plus souvent une forme de sous-emploi»

LE TRAVAIL À TEMPS PARTIEL PROGRESSE, NOTAMMENT EN SUISSE OÙ L'ON FRÔLE LE RE- CORD DU MONDE DE LA SPÉCIALITÉ. RESTE QUE CE N'EST PAS FORCÉMENT UNE BONNE NOUVELLE, SI L'ON EN CROIT LA PROFESSEUR LAUSANNOISE MESSANT-LAURENT.

Interview en page 50

IMPRESSUM

Allez savoir!

Magazine de l'Université de Lausanne

№ 24, octobre 2002 Tirage 22'000 ex.

48'400 lecteurs (Etude MIS Trend 1998) Internet: http://www.unil.ch/spul Rédaction:

Service de presse de l'UNIL

Axel-A. Broquet resp., Florence Klausfelder BRA, 1015 Lausanne-Dorigny

Tél. 021/692 20 71 Fax 021/692 20 75 [email protected] Rédacteur responsable:

Axel-A. Broquet

Conception originale et coordination:

Jocelyn Rochat, journaliste à L'Hebdo Ont collaboré à ce numéro:

Sonia Arnal, Michel Beuret, Elisabeth Gilles, Giuseppe Melillo et Alberto Montesissa Photographe: Nicole Chuard Correcteur: Albert Grun Concept graphique:

Richard Salvi, Chessel Publicité:

EMENSI publicité,

13, chemin du Château-Sec, 1009 Pully Tél. 021 / 729 98 81, fax 021 / 729 99 08 e-mall: [email protected]

Imprimerie Corbaz SA

Avenue des Planches 22, 1820 Montreux Photos de couverture :

Tétras : Sébastien Sachot

Hérode : Matteo di Giovanni, Sienne, XVe siècle Vin : www.arttoday.com

S O M M A I R E

E C O N O M I

Edito page 2

Ce qu'on risque en fraudant le fisc page 3 Une déclaration d'impôts chaque année page 4 Les tricheries des entreprises page 7 Attention, secret bancaire page 9

Les vins suisses sont meilleure que jamais.

Mais qui le sait? page 11 Dans le vin, rien n'est vain page 15 Comment parler du vin page 17

«On a tous les mêmes facultés de dégustation» page 19

Hérode : enquête dur le vilain de Noël page 20 Un Hérode peut en cacher un autre page 25 Hérode, bourreau ou incompris? page 29

I N T E R V 1 E W

«Le temps partiel est de plus en plus souvent une forme de sous-emploi»

Entretien avec la professeur de sociologie

des communications de masse Françoise Messant-Laurent page 30

Le grand tétras, cet artiste lyrique

en pleine crue du logement page 40 Trois ans d'apprentissage avant de séduire page 43 L'espèce est sérieusement menacée page 45 Qui couche avec qui? Les réponses de la génétique page 48

La solitude, c'est aussi une maladie page 49 La solitude, vue par les gens seuls page 51 Demain, tous centenaires? page 55 Vieillir, côté biologique page 56

CE Q U ' I L S E N P E N S E N T

L'espace et le temps

Par Pierre Feschotte, professeur honoraire page 57

F O R M A T I O N C O N T I N U E

page 60

A B O N N E Z . v o u s

Abonnez-vous, c'est gratuit! page 64

(3)

È D I T O

Noël rev'uité

A force d'entendre cette histoire à cha­

que veillée de Noël,

on avait fini par y croire. D'abord, la naissance de Jésus. Et puis, très vite, l'ombre menaçante du roi Hérode. Ce vieux tyran qui craint d'être détrôné par l'enfant-roi et qui donne l'ordre de passer tous les nouveaux-nés au fil de 1 epée. Le massacre des Innocents. Le côté obscur de la Nativité. Reste que, 2000 ans plus tard, le sérieux de cet épi­

sode sanglant est remis en cause.

Puisque l'on sait désormais que le roi Hérode disposait d'un alibi irréfutable : il était mort plusieurs années avant la naissance de Jésus (pour les détails, voir en page 20 de ce magazine).

Sale coup pour la paroisse, forcée de réécrire un épisode de la mythologie de Noël à la lumière de la recherche his­

torique. Comment les Evangiles ont- ils pu manquer à ce point de parole?

C'est la faute de la maman, répond l'his­

torien de l'Antiquité. Marie aurait con­

fondu Hérode Ie r le Grand et son suc­

cesseur Hérode Archélaos quand elle

a raconté l'histoire de la naissance de son fils à ceux qui nous l'ont rapportée. C'est la faute de Mat­

thieu, répond le théologien, qui estime que cet évangéliste aurait cherché à enluminer le récit de la Nativité, pour tirer un parallèle entre Jésus et Moïse.

Une situation paradoxale, avec d'un côté l'historien qui cherche une ma­

nière de comprendre la Bible à la lettre.

Et de l'autre, un théologien qui envi­

sage sereinement que certains épisodes bibliques aient pu être arrangés pour la bonne cause. Le signe, sans doute, que nous sommes entrés dans une épo­

que adulte où il est possible de réflé­

chir sans œillères sur des textes sacrés.

Et la preuve que, après deux mille ans d'exégèse, la Bible permet encore de nouvelles lectures. C'est peut-être cela, le véritable miracle de Noël.

Jacetyn Rochat

.„ ... -

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2 A L L E Z S A V O I R ! / № 2 4 O C T O B R E 2 0 0 2

J^\yec l'arrivée de la déclaration d'impôts annuelle dèd 2005, le

canton de Vaud muscle la chasse aux fraudeurs.

Attention aux amendes qui

peuvent atteindre jusqu a quatre

fois les sommes

dues.

(4)

Ce qu'on risque en fraudant le ft¿c E C O N O M1E

Délia Nilles, directrice adjointe du CREA, l'institut de prévisions économiques de l'Université de Lausanne

E

n matière de finances publiques, le canton de Vaud n'est pas un élève modèle. Divers déboires et une dette énorme ont mis à mal sa réputa­

tion dans ce domaine. L'état général des finances vaudoises semble néanmoins s'améliorer. L'an dernier, les recettes du canton de Vaud ont progressé de 11%, contre 1,7% un an plus tôt.

Le retour des beaux jours Cette bouffée de croissance n'est pas un accident. Elle correspond au scé­

nario le plus optimiste d'une étude du CREA, l'institut de prévisions écono­

miques de l'Université de Lausanne (UNIL), sur l'évolution des recettes du canton de Vaud depuis 1965.

Comme l'explique Délia Nilles, di­

rectrice adjointe du CREA et autrice

de cette recherche: «Il ne s'agit pas d'une embellie passagère mais d'une tendance qui devrait se poursuivre, malgré le contexte économique qui s'est dégradé ces derniers mois.»

Une déclaration d'impôts chaque année

Après une décennie de vaches mai­

gres, les responsables vaudois ont éga­

lement une autre raison de se réjouir.

Grâce au processus fédéral d'harmoni­

sation fiscale, le canton de Vaud s'ap­

prête à modifier son régime de taxation, qui, de bisannuel, deviendra annuel.

Jusqu'ici, les Vaudois ne remplis­

saient leur déclaration que tous les deux ans et se voyaient taxés sur le revenu moyen des deux années précé­

dentes. De cette manière, le fisc per­

dait de l'argent en prélevant son dû sur des revenus perçus parfois jusqu'à quatre ans plus tôt. A l'avenir, les Vau­

dois payeront leurs impôts sur les gains de l'année en cours. Ce nouveau sys­

tème permettra d'annuler l'effet d'esca­

lier entre années paires et impaires et d'augmenter les recettes de l'Etat.

Un trou difficile à combler Toutefois, cela ne permettra pas de combler le trou des finances cantonales vaudoises. «La croissance des recettes cantonales demeure en dessous de son taux moyen sur les trois dernières décennies, analyse Délia Nilles.

L'endettement cantonal comporte aussi un fort élément structurel. Jusqu'en 1989, les revenus et les dépenses de l'Etat s'équilibraient. Avec la crise des années 90, les charges ont explosé et les recettes n'ont pas suivi.»

Pour retomber dans les chiffres noirs, le canton de Vaud devrait réduire son train de vie et diminuer les sub­

ventions publiques. «Mais ce n'est pas simple, reprend l'économiste de l'UNIL. Il faut tenir compte des forces politiques qui descendent dans la rue pour défendre les acquis sociaux.» Il paraît également difficile d'augmenter les impôts. Le climat politique ne s'y prête pas. Et le Parti libéral vient de faire aboutir une initiative cantonale réclamant la suppression de l'impôt sur les successions.

40 milliards non déclarés chaque année en Suisse

Contraint de rechercher d'autres sources de revenus, l'Etat pense im­

manquablement à réprimer plus sévè­

rement la fraude fiscale.

«Selon les dernières estimations, en Suisse, les revenus non déclarés attei­

gnent 40 milliards de francs par an, soit 10% du Produit Intérieur Brut, consti­

tué en grande partie par l'économie sou­

terraine et le travail au noir, détaille Monika Butler, professeur d'économie publique à l'UNIL. Pour la Confédéra-

4 A L L E Z S A V O I R ! / № 2 4 O C T O B R E 2 0 0 2

tion, les cantons et les communes, cela représente un manque à gagner d'envi­

ron 13 milliards par an, même si les deux tiers de cette somme, injectés ensuite dans l'économie déclarée, sont imposés.»

Serrer la vis

L'administration fiscale pourrait ju­

guler une partie de cette hémorragie de ressources. On constate en effet une corrélation entre le nombre d'inspec­

teurs du fisc et la quantité de fraudes découvertes. L'Etat pourrait dégager des recettes supplémentaires en inten­

sifiant la répression de la fraude fiscale.

C'est l'idée reprise par les autori­

tés vaudoises. Le Conseiller d'Etat Pascal Broulis a ainsi demandé des contrôles plus sévères. Comme il l'ex­

pliquait récemment dans «L'Hebdo», l'inspectorat fiscal vaudois a déjà dépassé les prévisions.

Ce coup de vis a également permis de constater que beaucoup de contri­

buables ne déclarent pas l'ensemble de leurs revenus. La majorité ne sont pas des tricheurs, mais ils commettent des erreurs ou des «oublis», qui, en cas de répétition, peuvent leur coû­

ter très cher.

Pourquoi les Suisses sont moins moraux face à l'impôt

Les Suisses cultivent pourtant une image d'intégrité et de respect scru­

puleux des lois. Le mythe souvent véri­

fié d'une population profondément honnête, qui apporte au poste de police un porte-monnaie gonflé de billets de banque trouvé sur la voie publique, semble s'effriter face à l'impôt. Com­

ment comprendre ce dédoublement de la personnalité morale?

L'évasion des capitaux vers divers paradis fiscaux est légale

dans certaines conditions

A L L E Z S A V O I R ! / № 2 4 O C T O B R E 2 0 0 2 5

(5)

Ce qu'on r i s q u e en fraudant le fide K C l ) N O M I E

Monika Butler, professeur d'économie publique à l'Université de Lausanne

Les spécialistes des finances publiques le savent : il y a des causes objectives à la fraude fiscale. De mau­

vais services publics, l'absence de transparence dans les dépenses de l'Etat, ainsi qu'un taux d'imposition élevé incitent à frauder le fisc.

«Si le contribuable ignore ce que devient son argent et a le sentiment qu'il ne reçoit rien ou très peu en retour, il n'a pas envie de le confier à l'Etat, commente Monika Butler. Cela peut expliquer pourquoi l'Italie connaît un taux de fraudeurs plus élevé que la Fin­

lande par exemple.»

L'Italie et l'Espagne bien plus fraudeuses

La Suisse ne se trouve pas dans un tel cas. Elle peut au contraire s'enor­

gueillir d'une administration de qualité, d'un taux d'imposition relativement raisonnable et d'un système de démo­

cratie directe qui permet, selon les can­

tons, de freiner les dépenses publiques.

Avec un taux de fraude entre 6,5 et 10% du PIB, la Suisse arrive loin der­

rière des pays comme l'Italie, 20%, et l'Espagne, 23 %. Néanmoins, ce chiffre a légèrement augmenté ces dernières années. Objectivement, la Suisse de­

vrait pouvoir faire mieux.

Frauder le fisc n'est pas considéré comme un vol

A vrai dire, il faut aussi tenir compte des raisons subjectives qui expliquent les nombreux «trous de mémoire» des contribuables helvétiques. Les Suisses

ont une perception singulière de la fraude fiscale. Dans la plupart des pays européens, frauder le fisc constitue non seulement un crime mais aussi une faute morale. C'est immoral.

Entre Genève et Zurich, les avis ne sont pas si tranchés. «En privé, frau­

der le fisc n'est pas considéré comme un vol ni ressenti comme un délit, fait observer Monika Butler. Socialement, c'est accepté et parfois, c'est même bien vu de soustraire des biens à l'avidité de l'Etat.»

Fraude ou évasion fiscale?

A l'origine de cette sensibilité parti­

culière, on trouve la distinction typi­

quement helvétique entre fraude et éva­

sion fiscale. Un exemple : Monsieur Dupont crée une société anonyme au Panama dont le capital est constitué par un portefeuille d'actions dont il ne tou­

che pas les dividendes. Il accumule ainsi des fonds sans payer un impôt sur le revenu du capital. Monsieur Dupont ne commet pas une fraude fiscale, ce qui est illégal. Il pratique l'évasion fiscale.

Autrement dit, il utilise des moyens lé­

gaux de soustraire ses revenus à l'impôt.

Cette pratique n'est pas très morale, mais elle est légale. Cela ne signifie pourtant pas qu'elle est autorisée. Com­

me son montage financier n'a pas d'au­

tre but que de mettre des biens à l'abri des griffes du fisc, il s'agit d'un abus de droit. Or, chacun doit, c'est le prin­

cipe de la loi, payer des impôts selon sa capacité contributive.

«A tout moment, le fisc peut faire abstraction de la forme juridique de l'entreprise et attribuer la propriété des actions à Monsieur Dupont qui s'ac­

quittera alors d'un impôt sur le revenu de ses titres.» C'est là une ambiguïté qui peut créer une certaine confusion chez le contribuable.

L'inégalité devant l'impôt Mais les subtilités de la notion d'éva­

sion fiscale n'excusent pas l'ensemble des fraudes. D'abord, tout le monde n'a

6 A L L E Z S A V O I R ! / № 2 4 O C T O B R E 2 0 0 2

pas la possibilité de créer une société écran dans un paradis fiscal ni ne pos­

sède d'actions.

En plus, l'inégalité devant l'impôt existe en Suisse. Certains contribuables disposent de davantage de moyens de frauder que d'autres. Les indépendants et les professions libérales se vantent souvent de déclarer des dépenses d'or­

dre privé comme frais professionnels.

Ce qui diminue leur revenu imposable.

Ce procédé bien connu fait saliver les salariés dépités de ne pouvoir y recourir. «En réalité, certains d'entre eux peuvent tricher grâce à la compli­

cité de leur employeur, précise avec un petit sourire Jean-Marc Rivier, pro­

fesseur honoraire de droit fiscal à l'UNIL. Ils peuvent défalquer de leurs revenus des frais de déplacement rem­

boursés par l'entreprise mais qui ne figurent pas sur le certificat de salaire. »

Les tricheries des entreprises

En outre, les «omissions» sont le plus souvent le fait d'entreprises, comme en témoigne la célèbre affaire dite des «ris­

tournes».

Au milieu des années 90, de nom­

breux entrepreneurs vaudois ont

«oublié» d'inscrire dans leur compta­

bilité les rabais obtenus de main à main en fin d'année et destinés à les fidéli­

ser. Le pot aux roses a été découvert par hasard lors d'un contrôle fiscal chez un fournisseur qui avait déclaré les montants versés aux entreprises du bâtiment.

Autrefois, les entreprises vaudoises prises sur le fait pouvaient négocier avec l'administration fiscale afin d'éviter les poursuites pénales. «Le canton de Vaud préférait encaisser une grosse somme d'argent que de

Bon nombre d'omissions constatées dans les déclarations d'impôts sont le fait

des entreprises, comme l'a montré l'affaire des ristournes dans le bâtiment, découverte au milieu

des années 90

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A L L E Z S A V O I R ! / № 2 4 O C T O B R E 2 0 0 2 7

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Ce qu'on risque en fraudant le fiée ECONOMIE

renvoyer le citoyen indélicat devant un tribunal, signale J e a n - M a r c Rivier. Cela ressemblait au système américain actuel en matière pénale.

Mais l'harmonisation fiscale a mis fin à cette pratique très injuste et qui pou­

vait donner lieu à du chantage de la part du fisc.»

Risques de poursuite limités

Aujourd'hui, en cas de soustraction fiscale, il faut verser les arriérés d'im­

pôts, plus une amende du même mon­

tant et rembourser les intérêts jusqu'à cinq ans ou dix ans. Au total, jusqu'à quatre fois la somme due alors que sou­

vent l'argent a déjà été dépensé.

Présenter une comptabilité incom­

plète, comme dans l'affaire des «ris­

tournes», c'est un usage de faux, délit réprimé par l'emprisonnement et l'a­

mende. «Il s'agit en réalité d'un cumul d'infractions, précise le professeur Rivier. Le fisc vous punit administra- tivement par une amende pour sous­

traction fiscale, puis vous dénonce au juge pénal qui peut prononcer une peine d'emprisonnement pour fraude fiscale. On applique en théorie le même principe lors d'un certificat de salaire incomplet.»

L'Etat ne traque pas les contribuables

Qu'est-ce qui, dans ces conditions, peut bien pousser les Suisses, d'habi­

tude si prudents, à braver le fisc? En fait, les risques de se faire prendre ne semblent pas si grands. Comme les ins­

pecteurs du fisc procèdent par son­

dages, il est possible de passer entre les gouttes pendant un certain temps.

Cela peut donner un sentiment d'impunité passager.

L'Etat ne traque pas non plus les contribuables avec autant d'ardeur qu'ailleurs. «La Suisse a un bon équi­

libre fiscal, confie Monika Butler. Si l'Etat se montrait plus sévère, peut-être bousculerait-il sa propre stabilité?»

Des moyens limités pour les contrôleurs

Quand il n'y a plus aucune marge de manœuvre, l'économie souterraine se développe. Au bout du processus, seuls les salariés supportent des impôts très lourds. Politiquement, cela peut être contre-productif. «Alors, on laisse courir les petites gens qui ne déclarent pas le salaire de leur femme de ménage, par exemple, et c'est bien ainsi», estime Monika Butler.

De toute manière, la loi ne permet pas à l'administration fiscale d'être trop inquisitrice. Les inspecteurs du fisc n'ont pas les moyens d'enquête d'un juge pénal. Ils ne peuvent pas recher­

cher des informations par eux-mêmes.

Sauf cas grave, ils ne peuvent pas lever le secret bancaire. C'est le contribuable qui, sous peine d'amende, doit leur fournir des pièces comptables qui, par la suite, pourront être utilisées pour le confondre. Ce qui revient à l'obliger à témoigner contre lui-même.

La Suisse condamnée à Strasbourg

L'an dernier, la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg a con­

damné la Suisse pour cette pratique contraire à la Convention européenne des droits de l'homme.

«En droit suisse, les contraventions fiscales relèvent d'abord de l'admi­

nistration et ensuite seulement de la justice, fait remarquer Diane Monti, qui, l'an dernier à l'UNIL, a défendu une thèse de doctorat consacrée «aux

a A L L E Z S A V O I R ! / № 2 4 O C T O B R E 2 0 0 2

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m u t u e l l e d ' a s s u r a n c e s

contraventions fiscales en droit fiscal harmonisé». Les juges européens considèrent en revanche la contra­

vention fiscale comme une véritable sanction pénale, soumise aux règles du droit pénal.»

«Vous avez le droit de rester silencieux»...

En clair, le contrevenant peut désor­

mais bénéficier du droit au silence et refuser de collaborer avec le fisc dans la procédure pour contravention fis­

cale, mais pas dans la taxation normale ni dans le rappel d'impôt.

«Il y a donc une inégalité entre le contribuable et les autorités fiscales qui ne disposent pas des moyens de contraintes habituels du juge pénal, comme la perquisition ou la levée du secret bancaire», écrit Diane Monti.

La doctrine estime qu'il faut réviser

la législation des impôts directs pour parer à ce déséquilibre.

Attention secret bancaire!

Va-t-on déboucher sur une crimi- nalisation du droit fiscal? «La ques­

tion est avant tout politique, s'exclame Jean-Marc Rivier. Si on criminalise l'approche du fisc et si on tient à lutter efficacement contre la fraude fiscale, il faut revoir le secret bancaire.» C'est un sujet sensible au moment où l'Europe met la place financière suisse sous pression et où l'Italie vient de rapatrier 50 milliards d'euros grâce à une amnistie fiscale à laquelle pensent également l'Alle­

magne et l'Espagne.

Le problème est aussi financier.

Dans certains cantons, les banques assurent près de 12% des recettes de

Pour lutter plus efficacement contre ta fraude fiscale, il faudrait revoir

le secret bancaire

A L L E Z S A V O I R ! / № 2 4 O C T O B R E 2 0 0 2 9

(8)

Ce qu'on risque en fraudant le fide

l'Etat. Personne ne souhaite de déci­

sion précipitée dans un domaine si chaud. Il est donc probable que la répression de la fraude fiscale ne permette pas de renflouer rapidement les caisses publiques.

Vers une amnistie fiscale?

En attendant, la Suisse ne pourrait- elle pas envisager d'accorder elle aussi son pardon aux fraudeurs? Il y a trente ans, Berne avait fait jaillir ainsi des bas de laine plus de 30 milliards de francs. Actuellement, les sommes en jeu seraient bien plus considé­

rables. Elles permettraient d'éponger une partie de la dette publique hel­

vétique qui atteint plus de 215 mil­

liards de francs. Malheureusement,

les Chambres fédérales ont écarté une telle solution il y a trois ans déjà. Mais

R I E N n'empêche aujourd'hui le canton de Vaud d'y réfléchir...

Cela permettrait enfin de recon­

naître une utilité sociale aux frau­

deurs. Ne constituent-ils pas des ré­

serves d'impôts que l'Etat peut libérer en cas de crise financière? La fraude fiscale, ce sport de riches et d'égoïstes, ne rend-elle pas service à la commu­

nauté à long terme? Dans ce cas, les Suisses auraient une raison supplé­

mentaire de ne pas considérer la frau­

de fiscale comme U N crime.

Giuseppe Melillo

Il y a trente ans, une amnistie fiscale décidée à Berne

avait fait rejaillir plus de 30 milliards de francs

A L L E Z S A V O I R ! / № 2 4 O C T O B R E 2 0 Ü 2

S O C I E T E

Les vins suisse

sont meilleurs que jamais.

qui le sait?

J ^Jes vigneronshel- vétiques sont cou- verts de médailles dans les concours Inter-

nationaux et atteignent des sommets de qualité.

Pourtant, à L'ère de La mondialisation, leur survie est menacée par les vins d'outre-mer, moins chers et plus «flatteurs».

A L L E Z S A V O I R ! / № 2 4 O C T O B R E 2 0 0 2 1 1

(9)

Led vind duidded dont meilleurd que jamaid. Maid qui le dait?

S O C I E T E

L

es vins suisses moissonnent avec une belle régularité les distinctions prestigieuses. En juin 2002, au Con­

cours international de Montréal, la médaille d'or, catégorie muscats, reve­

nait à un Valaisan de Chamoson. Deux mois plus tôt, au Mondial du vin à Bruxelles, un blanc d'Auvernier rece­

vait un trophée. En mars, le concours

«Chardonnay du monde» à Saint- Lager, en France, distribuait aux Suisses une médaille d'or, 19 d'argent et 7 de bronze. Un mois plus tôt, aux prestigieuses Vinalies internationales de Paris, la Suisse décrochait 6 mé­

dailles d'or et 19 d'argent.

Un problème d'image

Le guide Hachette du vin ne s'y trompe pas non plus. En 2001, 17 crus helvétiques figurent à l'enseigne des

«coups de coeur». De grandes toques

ne jurent plus que par les vins suisses et la prestigieuse revue américaine

« Wine Spectator» de décembre dernier ne tarissait pas d'éloges sur nos vins.

Et pourtant, qui le sait? Les vins suisses souffrent d'un problème d'i­

mage. Et «paradoxe des paradoxes, alors que nos vignerons font des efforts immenses de sélection, de culture et de production pour obtenir le meilleur chasselas et limiter la production, ils se retrouvent encore en surproduc­

tion! » s'afflige l'oenologue très respecté Phil ippe Cretegny, qui a piloté jusqu'en septembre passé l'atelier d'œnologie du Musée de la main pour son exposition sur les parfums.

Trop subtils pour

la consommation de masse Dans son magasin de Crissier, le fils de vigneron est à la fois rigolard et

navré: «Les gens ne jurent plus au­

jourd'hui que par les vins américains, chiliens, argentins, sud-africains, etc.»

Pourquoi? L'ancien œnologue cantonal pense que «c'est une question de goût.

Autrefois, un chasselas vaudois ne de­

vait montrer aucune aspérité.» A l'i­

mage des habitants du canton, peut- être, «il devait avoir des arômes subtils». Alors, au fil des années, les vignerons ont perfectionné la vinifica­

tion dans ce sens.

Aujourd'hui, les palais aiguisés des goûteurs professionnels savent «décor­

tiquer» et «comprendre» ces vins sub­

tils et les récompensent. Seulement voilà, à l'ère de la consommation de masse, le public impose sa loi. Et ce que veut le public, c'est ce qu'il «comprend»

immédiatement, c'est-à-dire des vins «à fort caractère», souvent tanniques et sucrés, aux arômes flatteurs (vanille, banane, pain grillé, etc.), «enrichis» par

«des infusions» aux copeaux de bois...

Une formidable évolution des goûts

«Imaginez qu'il y a quelque temps, le calamin était décrié parce qu'il avait, disait-on, trop de caractère! s'exclame Philippe Cretegny en en buvant une gorgée. Dans les écoles que j'ai suivies étant jeune (Montagibert, Changins, ndlr), un vin qui présentait le moindre caractère de terroir avait un défaut.

Alors qu'aujourd'hui, en comparaison avec le chardonnay ou le sauvignon, le calamin a l'air bien fade. L'évolution de ces trente dernières années est impres­

sionnante! »

Impressionnante et parfois dégra­

dante. Un vigneron suisse peut-il en­

core marcher la tête haute? «Bien sûr que oui! Le problème, c'est que nous vivons dans un pays où les gens ne savent pas ou n'osent pas dire que l'on y fait un bon vin, estime Nicolas Isoz, diplômé de l'Université de Lausanne

Nicolas Isoz, diplômé de l'Université de Lausanne et conservateur du Musée de la vigne et du vin au Château d'Aigle

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et aujourd'hui conservateur du Musée de la vigne et du vin au Château d'Aigle. Regardez la promotion. Est- ce la pudeur des Suisses ou des Vau­

dois? En France, on ne se gêne pas pour rappeler que l'on est «vigneron de père en fils» depuis trois siècles et l'on joue volontiers sur l'image de l'ancienneté, du terroir, de l'histoire et de la culture.»

En concurrence avec des bordeaux ou des bourgognes

Le blason des vins vaudois et suisses peut-il se redorer à l'étranger? «Diffi­

cile, estime Nicolas Isoz, car les Suis­

ses, par exemple, n'exportent que 1 % de leur production. On connaît donc mal leurs vins. Par ailleurs, comme la production de nos vins est chère, ils côtoient à l'étranger les prix du milieu de gamme, voire du milieu supérieur.

Or quand il ne connaît pas, le consom­

mateur ne paie pas 20 francs pour un vin suisse. Il paiera ce prix pour un nom qu'il connaît, une appellation bordeaux ou un bourgogne. Même s'il s'agit sou­

vent de seconds choix à ce prix.»

La standardisation des goûts

Car aujourd'hui, même les châteaux célèbres en France produisent du tout- venant. La plupart des crus prestigieux ont été rachetés par de grands groupes (Vivendi, LVMH, PPR, Axa, etc.) et ces domaines répondent eux aussi aux impératifs que Philippe Cretegny ap­

pelle «la standardisation des goûts» et les «cuvées fast food». Et de rappeler ainsi que le Mouton Cadet (produit dérivé de chez Rothschild) contient du pauillac, mais aussi du bordeaux AOC et du Midi, «et pourquoi par un jour du reste de la France? Si les choses continuent ainsi, on marquera sur l'éti­

quette «vin rouge de France».

Même l'Université de Lausanne a sa vigne qui donne,

bon an mal an, quelque 500 bouteilles de Domaine de Dorigny, une appellation d'origine La Côte-Morges, vinifié par Jacques Pelicbet à Fécby

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Led vinj duidded dont meilleurd que jamaid. Maid qui le dait?

SOCIETE

Les V i n s «CoCâ-Colâ»

A l'origine de cette uniformisation, de ces «vins Coca-Cola», il y a bien sûr le profit. «C'est du marketing à court terme, regrette Philippe Cretegny. On crée une cuvée spéciale élevée dans des barriques de chênes originaires du monde entier, histoire de plaire un peu à tout le monde. On lance un prix d'appel que le consommateur trouvera sympa, une bouteille de forme et de couleur nouvelles et des cépages sur l'étiquette qui évoquent quelque chose, genre cabernet sauvignon ou char- donnay. On en écoulera ensuite quelques centaines de milliers de fla­

cons et puis, bon ou pas, peu importe, puisque quinze jours plus tard, le pro­

duit disparaît du marché.»

Trop divisés pour régner Alors que les vins du monde devien­

nent toujours plus des «vins de mar­

que», selon l'expression de Philippe Cretegny, c'est-à-dire des vins fabri­

qués par des gourous de l'œnologie comme l'Italien de Californie Robert Mondavi, les appellations d'origine des minuscules vignes suisses demeurent morcelées. «Certaines appellations comme Yvorne, Dézalay ou Epesses auront en principe moins de difficul­

tés à vendre la totalité de leur produc­

tion que d'autres appellations moins cotées comme Vully ou Côte de l'Orbe, souligne souligne Nicolas Isoz. Et pourtant, ces dernières sont parfois meilleures! »

Tout est là : même dans le domaine viticole, l'union fait la force et les vigne­

rons vaudois, valaisans et genevois ont toujours joué entre eux de la concur­

rence sur le marché du blanc d'apéri­

tif par exemple. «Mais pour un touriste australien, les infimes différences d'ap­

pellation de ce minuscule bout de ter­

ritoire importent peu en réalité. Il boit du vin S U I S S E » , assène le conservateur.

Amigne, humagne et cornalin contre merlots et cabernets

Comment les «vins suisses» peuvent- ils concurrencer des bouteilles sud- africaines à cinq francs? Comment nos quatre cépages principaux (chasselas, gamay, pinot et riesling sylvaner) peu­

vent-ils survivre à l'ère triomphale des merlot, cabernet et chardonnay du monde entier? Comment écouler les hectolitres de chasselas dont même les Suisses ne veulent plus?

Avec le temps, les vignerons ont appris. A l'instar des Valaisans, pre­

miers touchés par la crise des années 80. «Plus personne ne voulait du fen­

dant parce que la qualité avait nette­

ment baissé, rappelle Nicolas Isoz. Les consommateurs se sont alors rabattus sur les chasselas vaudois». Mais les viticulteurs valaisans ont su répondre par une diversification. «A côté du chasselas, poursuit le conservateur, ils sont revenus aux cépages traditionnels qui bien souvent n'existent qu'en Valais.»

Ainsi la petite arvine, l'amigne, l'humagne blanc et rouge, le rèze (vin des glaciers), le païen (Heida) et le cornalin (rouge), autant de «spéciali­

tés» qui font la gloire du canton. De

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D a n s l e v i n , r i e n n ' e s t v a i n

Boire du vin de manière raisonnable peut avoir des effets

bénéfiques sur la santé. Les explications de Kurt Hostettmann, directeur de l'Institut de pharmacognosie et phytochimie de l'Université de Lausanne.

L

es chercheurs américains l'ont appelé French Paradox. Pas be­

soin d'être sorcier pour se rendre compte que le Français use et abuse d'une alimentation riche, d'excellente qualité peut-être, mais en surabon­

dance. Donc, mauvaise pour la santé.

Logiquement, la France devrait donc connaître, avec l'Italie terre bénie de l'excès, une mortalité éle­

vée due à des maladies cardio-vas- culaires. Et pourtant, les chiffres montrent tout le contraire.

Pourquoi? «Des chercheurs pen­

sent que le phénomène s'explique par le fait que Français et Italiens boi­

vent beaucoup de vin rouge, explique Kurt Hostettmann, directeur de

l'Institut de pharmacognosie et phy­

tochimie de l'Université de Lau­

sanne. Aujourd'hui, les scientifiques savent qu'une consommation jour­

nalière de 1 à 3 dl de vin rouge contri­

bue à prévenir les maladies cardio- vasculaires.»

Les pépins du raisin ont «des pro­

priétés alimentaires bénéfiques, les fameux acides gras, qui exercent un effet stabilisateur du collagène et pré­

viennent l'hypertension.» C'est là l'effet conjugué d'une substance ap­

pelée resvératrol et des tanins. Le professeur ajoute cependant quel­

ques bémols : «Trois verres suffisent, car les vertus du V I N ne sont pas pro­

portionnelles à la quantité absorbée.

Kurt Hostettmann, directeur de l'Institut de pharmacognosie et phytochimie de l'Université de Lausanne

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D'autre part, scientifiquement, le French Paradox ne s'explique pas uniquement par le vin, mais aussi par une consommation d'autres ali­

ments bénéfiques tels que l'huile d'olive ou l'ail très répandus dans les pays méditerranéens.»

Pourquoi le seul V I N rouge, et non le blanc, aurait-il les propriétés que l'on sait? C'est sans doute en se po­

sant cette question que les cher­

cheurs ont découvert de nouvelles vertus de la vigne rouge, présentes aussi dans les feuilles. «On sait aujourd'hui que ce sont les pigments rouges de la vigne qui agissent, explique Kurt Hostettmann. Et l'on s'est aperçu que les feuilles des cépages de raisins noirs à pulpe rouge, qui rougissent à l'automne — gamay, merlot, cabernet - contien­

nent une très forte concentration en anthocyanosides, qui donnent juste­

ment cette couleur rouge.»

Or les anthocyanosides permettent de lutter contre les varices et les pro­

blèmes de circulation. «Ils diminuent la perméabilité des capillaires et aug­

mentent leur résistance, explique le professeur. L'activité antioxydante des composés phénoliques de la vigne rouge a aussi des effets sur l'ensemble du système capillaire.» De nombreux groupes pharmaceutiques proposent donc désormais en phytomédicament (comprimés, gélules) ou en infusion des produits fabriqués à base de feuilles de vigne contre les varices. Et pour ceux qui ne boivent pas d'alcool, un entrepreneur malin a trouvé la solution. Un laboratoire basé dans le sud de la France propose désormais le vin lyophilisé en capsule. Et à en croire Kurt Hostettmann, c'est un succès total dans certains pays. Mais pas en France, ni en Italie, ni en Suisse! Manque peut-être quelque chose, non? Le goût.

M.B.

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Led vind duidded dont meilleurd que jamaid. Maid qui le dait?

SOCIETE

leur côté, les viticulteurs genevois sont eux aussi passés de 1ère de la coopé­

rative et du gamay de base, à celle des vignerons indépendants. Et innovants.

Parmi les premiers en Suisse à utiliser la barrique, ils ont diversifié en plan­

tant de nouveaux cépages - cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot ou gamaret - et en récoltent aujourd'hui les fruits et les médailles.

Les Vaudois en crise

Longtemps bénéficiaires des déboi­

res de leurs voisins, les Vaudois se sont

endormis sur leurs lauriers et les voilà à leur tour en crise de surproduction.

Doivent-ils eux aussi diversifier leurs cépages? Philippe Cretegny ne peut s'y résoudre: «Le chasselas est indénia­

blement la vigne qui convient le mieux à cette région.»

Nicolas Isoz, de son côté, envisage le changement à un autre niveau : «On peut aussi boire le chasselas d'une autre manière, en le buvant par exemple non pas après un an ou deux, mais cinq ou dix ans. Le vin prend un tout autre caractère.» On passe alors d'un

vin d'apéritif à un véritable vin de gas­

tronomie. Une alternative d'autant plus intéressante que pour bien des petits vignerons, replanter de la vigne signi­

fie l'apprentissage d'un nouveau cépage et surtout plusieurs années sans production. Ce qu'ils ne peuvent se per­

mettre.

Michel Beuret

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C o m m e n t parler du vin

Voici les termes les plus fréquemment utilisés lors de la dégustation.

vin rouge présentant un de cuir, de musc, de gibier...

fiXtu vin rude qui donne une impression de râper. C'est le cas

«lis rouges très jeunes.

vin qui a une odeur due à l'élevage en fût de chêne.

le bouquet d'un vin. Ce sont les substances odorantes qui se développent pendant son évolu­

tion (maturation) en fût et en bou­

teille. On ne parle pas en général du bouquet d'un vin jeune, mais d'un arôme.

vin d'un degré alcooli­

que élevé qui monte un peu à la tête.

vin qui présente odeurs d'épices (cannelle, poivre, clous de girofle...).

vin harmonieux.

vin qui a un parfum de fleur (rose, violette, jasmin...).

arômes de fruits : fruits rouges (cassis, cerise, framboise,...) pour les vins rouges et autres (pêche, abricot, agrumes...) pour les blancs.

vin riche en a dcool.

souple et léger qui se boit facilement.

vin peu alcoolisé, non corsé.

vin solide, nene en he tanins.

vin très doux, ne en sucre, plus ou moins sirupeux.

on dit d'un vin qu'il a corps quand il est charpenté, qu'i a de la consistance.

onctueux, qui dor une sensation de velours en bouche procurée par l'alcool. Se dit aussi d'un vin doux.

saveur acide bien mar­

quée, sans être agressive.

souple et légèrement velouté.

vin sans aucune trace de sucre.

bien équilibré avec une tringence et une acidité faibles.

souple, harmonieux, fondu.

se dit d'un vin à l'acidité éle- u d'un vin non encore fait.

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Les vins suisses sont meilleurs que jamais. Mais qui le sait?

S O C I É T É

« O n a t o u s les m ê m e s f a c u l t é s d e d é g u s t a t i o n »

Comment de forment

«le nez» et «le palais» ? En trois étapes, je pense.

A la naissance, tous les en­

fants ont les mêmes facultés.

Mais l'environnement est la première diversification des capacités de perception.

Celui qui naît aux Indes ne respire pas les mêmes odeurs qu'un enfant lapon.

La deuxième étape, c'est l'éducation, les us et cou­

tumes et les habitudes, bref l'environnement de l'ado­

lescent, qui va modifier sa perception. L'étape adulte enfin, phase que j'appelle éducative, est celle où l'on apprend, dans les écoles et les livres, tout ce qui permet d'en savoir davantage sur la perception.

Comment dépasser le diode ded première,' impresdions?

C'est là que les difficultés com­

mencent. Car il faut pouvoir nommer ce que l'on a perçu. L'érudition, l'intel­

ligence et le savoir entrent en ligne de compte. Dans les dégustations, des gens disent souvent: «Ah! J e sens quelque chose, mais je n'arrive pas à y mettre un nom! » L'œnologue lui dira alors, par exemple, «cela sent la myr­

tille». Tout est là, trouver le bon mot qui décrive exactement la sensation.

mnunt de faorique-t-on un palais?

Œnologue vaudois de renom, Philippe Cretegny a piloté l'atelier d'œnologie de «Parfum, l'Expo», présenté jusqu'en septembre passé au Musée de la main en coordination avec la Faculté de méde- cine de l'Université de Lausanne.

Qii 'edt-ce qu'un grand vin?

Officiellement, c'est un vin d'une région qui, année après année, sort toujours parmi les premiers dans les dégustations. Evidemment, d'une décennie à l'autre, les choses peuvent changer, et puis c'est aussi une question de goût personnel.

Comment reconnaître aujourd'hui

une bonne bouteille?

A don Otipect?

à dOll prUX?

don étujttette

A l'âge où l'on commence à «édu- quer» ses sens, il faut être constam­

ment en éveil face à son environne­

ment. Se balader en forêt, dans les vignes, voire même dans les villes.

Quelled dont led règles de la dégustation?

D'abord, que la première impres­

sion est toujours la bonne. Ensuite, en appréciant le produit, il faut com­

mencer par dire «j'aime ou j'aime pas», laisser parler l'instinct, ce que j'appelle «le deuxième cerveau». Puis il faut pouvoir donner un nom à ce que l'on aime.

Qtteld dont led critères pris en compte

dano une dégustation?

La vue, l'odorat, la saveur et l'appréciation générale. Après on dis­

cute. La robe, c'est l'aspect. La lim­

pidité, c'est la transparence. Le corps, c'est l'ampleur. La saveur, c'est les goûts. Le bouquet, c'est le parfum, l'odorat.

Le récipient est impor­

tant. Il vaut mieux que ce soit du verre. Et idéale­

ment, celui-ci doit être transparent mais sombre pour éviter que la lumière n'affecte trop rapidement le produit. La cou­

leur vert «feuille morte» est en géné­

ral la meilleure. Mais la tendance mar­

keting, ce sont des verres blancs pour les rosés et des bleus pour les rouges.

Les tests en supermarchés auraient montré que l'être humain réagit mieux à la couleur bleue... (soupir).

Et la forme de la bouteille?

C'est la même idée. On sait immé­

diatement quand on est dans la forme des vins d'une région comme le bor­

deaux, le bourgogne, etc.. Dès que l'on voit des bouteilles fantaisistes, on sait qu'il faut faire attention.

Propos recueillis par Michel Beuret

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H I S T O I R E

Hérode : en

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J^Je roi des Juifs a-t-il vrai- ment commandité Le massacre des Innocents?Rien n 'est moins sur. Si Hérode a certainement ordonnéd'assassiner ses propres enfants, iL n'a probablement pas

;ur le vilain de Noël

fait tuer ceux des autres en cher-

chant à faire disparaître Jésus.

Sur ce détail d'une fresque

de Matteo di Giovanni, à Sienne (XVe siècle), le roi Hérode ordonne le massacre de tous les enfants nouveaux-nés, peu après Noè'l

A L L E Z S A V O I R ! / № 2 4 O C T O B R E 2 0 0 2 2 1

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Hérode: enquête dur le vilain de Noël

HISTOIRE

A

chaque veillée de Noël, Hérode se retrouve en accusation. Il suf­

fit pour cela que résonne le réquisitoire du chapitre 2 de l'Evangile de Mat­

thieu. Celui qui raconte la marche des mages derrière l'étoile, leur arrivée auprès d'Hérode et leur promesse de revenir au palais, quand ils auront trouvé l'enfant-roi qui vient de naître.

Une parole que les visiteurs se gardent bien de tenir, suite à la visite de l'ange qui leur demande dans un songe de ne pas retourner auprès du roi de Judée.

Et l'Evangile de préciser : «Alors Héro­

de, se voyant joué par les mages, entra dans une grande fureur et envoya tuer, dans tout Bethléem et tout son terri­

toire, tous les enfants jusqu a deux ans, d'après l'époque qu'il s'était fait préci­

ser par les mages.»

Drôle d'histoire

Pendant que les mages déposent de l'or, de l'encens et de la myrrhe dans la crèche, pendant que les anges dans nos campagnes ont entonné l'hymne des cieux, que les hautbois jouent et que les musettes résonnent, un seul être maugrée et rumine dans son coin.

L'affreux Hérode tremblerait en apprenant par les mages l'existence de

«ce roi des Juifs qui vient de naître».

Allons donc! Ce vieux roi assuré du soutien indéfectible de Rome et bien­

tôt mourant peut-il trembler d'autre chose que de vieillesse?

Un polar biblico-historique Avouons-le, le récit de Matthieu lais­

se songeur. Trop manichéen pour être

tout à fait crédible. Peut-on vraiment le prendre pour parole d'évangile?

L'affaire fait débat parmi les historiens et les théologiens qui s'intéressent à ce polar biblico-historique vieux de deux mille ans. Des spécialistes qui hésitent désormais à condamner Hérode comme le tueur en série de Noël.

Grimaçant dans son box, l'accusé a pourtant le profil psychologique de l'infanticide. «Ses fils aînés ont été étranglés sur son ordre», explique Jean-Daniel Kaestli, professeur à la Faculté de théologie de l'Université de Lausanne et spécialiste de la littérature apocryphe. «C'était un être sangui­

naire», confirme Adalberto Giovan- nini, professeur d'histoire ancienne à l'Université de Genève dont la lecture critique des sources antiques a mar-

2 2 A L L E Z S A V O I R ! / № 2 4 O C T O B R E 2 0 0 2

Adalberto Giovannini, professeur d'histoire ancienne à l'Université de Genève

que les étudiants lausannois qui ont bénéficié de son enseignement.

Peu de témoins

Reste que ce profil psychologique ne suffit pas à lui imputer sans autre la responsabilité de ce crime contre la Nativité. Car, comme l'observe Adal­

berto Giovannini, «il n'en a peut-être pas fait autant qu'on lui reproche».

Examinons donc les preuves. Pour quatre Evangiles, une seule accusa­

tion. Il n'y a que Matthieu pour par­

ler du massacre des Innocents, et donc accuser Hérode de ce crime. Pourquoi le silence de Marc, Luc et Jean, si l'on admet qu'une telle boucherie a bien eu lieu, peu après la naissance de Jésus?

A

Curieusement, vu l'importance d'une telle tragédie,

l'Evangile de Marc ne dit pas un mot du massacre

des Innocents

Luc est l'Evangétiste dont le récit se rapproche le plus d'une œuvre d'historien de l'époque.

Or, si Luc parle bien de la naissance de Jésus (qu'ilsitue à l'époque d'un recensement, quand

Quirinius était gouverneur de Judée), il ne signale aucun massacre d'enfants lié

à la nuit de Noël

Comme Marc, Jean n'évoque pas un éventuel massacre associé à la naissance de Jésus, d'où les doutes

liés à la réalité historique de cet épisode biblique

A L L E Z S A V O I R ! / № 2 4 O C T O B R E 2 0 0 2

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Hérode: enquête dur le vilain de Noël

HISTOIRE

Premiers doutes

Ajoutons à cela que l'on constate le même silence assourdissant du côté des sources païennes. Comme la majorité des évangélistes, l'historien antique d'origine juive Flavius Josèphe n'écrit pas une ligne sur ce sujet. Et pourtant, ses «Antiquités juives» ne sont pas avares en anecdotes sanglantes à pro­

pos d'Hérode. D'où le doute qui gagne les esprits critiques.

«La mise à mort de Jean le Bap­

tiste par Hérode Antipas, racontée dans les Evangiles, est confirmée par Flavius Josèphe qui l'explique par la volonté d'éliminer un fauteur de trouble politique. Ce n'est pas le cas du massacre des Innocents par Hérode le Grand, qui n'est mentionné ni chez Josèphe, ni dans aucune

source extrachrétienne», observe Jean-Daniel Kaestli.

L'alibi d'Hérode

A la faiblesse de l'accusation s'ajoute un deuxième problème, encore plus dif­

ficile à résoudre, l'alibi en béton armé du roi Hérode. Oui n'a pas pu com­

manditer l'assassinat des enfants inno­

cents, puisqu'il est mort dix ans avant les faits qui lui sont reprochés!

Si l'on en croit l'Evangile de Luc, la naissance de Jésus correspond à la période où était organisé un grand recensement dans la région où vivaient Marie et Joseph. «Le recensement, c'est la clé du problème. Parce qu'il ne peut y en avoir qu'un seul et c'est for­

cément celui de Quirinius, affirme Adalberto Giovannini. Quirinius, on le

connaît bien. Il est cité nommément dans les Evangiles et on sait qu'il était gouverneur de Syrie en 6 après J . - C , quand la Judée est rattachée à la pro­

vince romaine de Syrie parce que ses habitants ne supportaient plus le suc­

cesseur d'Hérode, Hérode Archélaos. » - 4 + 6 = Hérode innocenté

Avec un Hérode le Grand mort en -A avant J . - C . et un recensement daté de + 6 après J . - C , il ne reste plus qu'à innocenter Hérode. A moins que l'on ait perdu la trace d'un autre recense­

ment, organisé par Rome à l'époque d'Hérode le Grand. «Impossible, pour­

suit Adalberto Giovannini. Du point de vue constitutionnel, il ne peut pas y avoir de recensement tant que la Judée est un royaume indépendant. Il a for-

2 4 A L L E Z S A V O I R ! / № 2 4 O C T O B R E 2 0 0 2

U N P E U T E N C A C H E R U N A U T R E

Le massacre des Innocents,

la décapitation de Jean le Baptiste ou la mise à mort de Jacques, c'est toujours la faute à Hérode. Mais lequel d'entre eux ?

L

e Nouveau Testament évoque fréquemment Hérode, mais dissimule en réalité plusieurs sou­

verains différents sous une même appellation. Qui a fait quoi?

Archélaos

Hérode I

e r

le Grand

Hérode le Grand,

«roi des Juifs et ami des Romains», s'ins­

talle sur le trône d'Israël en 37 avant J . - C . Il y res­

tera jusqu'en-A. Le temps de commanditer d'innombrables exé­

cutions qui visaient ses opposants réels ou imaginaires, et notamment ses femmes, enfants, oncle, belle- mère et beau-frère. On rapporte en­

core que, sentant la mort venir, Hérode fait emprisonner des dizaines de responsables de grandes familles juives. Et qu'il donne l'ordre à sa sœur de les exécuter peu après sa mort. Hérode, qui craignait que l'on puisse se réjouir de son décès, espé­

rait ainsi être pleuré dans tout le royaume. Heureusement, cet ordre ne fut pas exécuté. Mais il a pu ali­

menter la tradition du massacre des Innocents.

Led textej chrétiens lui reprochent:

«C'est à lui que l'Evangile de Matthieu attribue l'épisode du massacre des enfants, peu après la naissance de Jésus», note Jean-Daniel Kaestli.

H P

A la mort d'Hérode le Grand, le royaume est morcelé. Trois de ses fils, Archélaos, Hérode Antipas et Philippe le Tétrarque lui succèdent avec le titre de tétrarque. Archélaos hérite de la Judée et se montre au moins aussi impopulaire que son père, puisque les Juifs demandent et obtiennent son départ, même si cela signifie l'intégration de la Judée dans l'empire romain.

Led texted chrétiens lui reprochent:

Rien, mais ils devraient, selon Adalberto Giovannini qui le tient pour un suspect du massacre des Innocents.

Hérode Antipas

Cet autre héritier d'Hérode le Grand devient tétrarque de Galilée.

Il apparaît dans plusieurs épisodes des Evangiles, notamment ceux de la décapitation de Jean le Baptiste (Jean lui reprochait d'avoir épousé Hérodiade, la sœur de son frère Hérode Philippe) et du procès de Jésus.

Led texted chrétiens lui reprochent :

«C'est le roi qui interroge Je (Luc, 23, 6-16) à la demande du gouverneur romain Ponce Pilate. Galiléen, Jésus relève de l'autorité d'Hérode qui ne trouve rien à lui reprocher», explique Jean-Daniel Kaestli.

Du coup, sa plus grande faute consiste à accorder la tête de Jean le Baptiste à sa femme Hérodiade,

à la suite d'une danse de la fille de cette dernière, Salomé (Marc 6 ; Matthieu 14).

Hérode Agrippa I

er

Cet Hérode reconstitue très brièvement le royaume d'Hérode le Grand, entre A1 et AA après J . - C . Sa disparition intervient dans des circonstances qui ont dû troubler ses

contemporains, puisqu'elle est évo­

quée dans la Bible. Les Actes des Apôtres (12, 20-23) décrivent en effet la mort du persécuteur, «frappé par un ange et dévoré par les vers»

alors qu'il a réuni le peuple pour ] noncer une harangue.

Led texted chrétiend lui reprochent:

«D'avoir fait exécuter Jacques, le frère de Jésus, explique Jean-Daniel Kaestli.

Mais aussi d'avoir fait arrêter l'apôtre Pierre, avant que n'intervienne le récit de l'évasion miraculeuse de la prison (Actes 12, 1-19).»

J . R .

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Hérode: enquête dur le vilain de Noël

H I S T O I R E

...pour échapper aux soldats d'Hérode, Joseph, Marie et l'enfant Jésus s'enfuient en Egypte

où ils resteront deux ans...

cément été organisé au moment où la Judée est rattachée à une province romaine, histoire de fixer l'assiette fis­

cale et de déterminer l'impôt à payer.»

Un Hérode chasse l'autre

Comment expliquer, dès lors, les accusations portées par Matthieu?

«Hérode était haï du peuple juif, pour­

suit Adalberto Giovannini. C'était une impitoyable canaille qui avait mis à mort ses propres fils. Etant donné la haine qui lui était vouée, il est facile d'imaginer qu'on lui a prêté un mas­

sacre qu'il n'a pas commis.»

Et le coupable? L'historien verrait bien Hérode Archélaos dans le rôle du commanditaire, si le massacre des In­

nocents a bien eu lieu (ce dont il doute).

Archélaos succède à Hérode le Grand

en -A, avec ses frères Antipas et Phi­

lippe, et il est déposé en + 6, soit l'année du recensement. «L'année logique de la naissance de Jésus est donc +6.»

Des confusions fréquentes Ces conclusions, Adalberto Gio­

vannini les fonde sur «le fonctionne­

ment de la tradition orale. Les confu­

sions de personnes y sont fréquentes et un glissement de Hérode Archélaos à Hérode le Grand est facile à imagi­

ner. C'est d'autant plus logique qu Archélaos a laissé un souvenir insi­

gnifiant alors que Hérode le Grand était très connu.»

Une explication qui rétablit la chro­

nologie du récit biblique et lui permet de ne plus contredire les connaissances historiques actuelles. Le recensement,

les circonstances chahutées de la nais­

sance de Jésus, le voyage forcé, Beth­

léem, la fuite en Egypte par crainte d'Hérode Archélaos qui faisait aussi peur que son père..., tout le récit de la Nativité devient cohérent.

La mémoire de Marie

Ce qui nous amène à la question de la source utilisée par Matthieu. «Ce ne peut être que quelqu'un qui a parlé à Marie», estime Adalberto Giovannini.

«Une mère n'oublie jamais dans quel­

les circonstances sont nés ses enfants.

Mais elle peut laisser passer une nuance entre Hérode Ie r le Grand et Hérode Archélaos.»

L'affaire ne serait pas unique en son genre, assure l'historien qui cite un exemple comparable avec la mère de

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...pendant ce temps, à Jérusalem, Hérode ordonne le massacre des Innocents..

Hérode Ier le Grand

Y

Martin Luther. Cette dernière se sou­

venait du soir où était né le théologien, du mois, novembre, des circonstances exactes mais pas de l'année.

«Cela nous donne une bonne indi­

cation sur la manière dont pouvait fonc­

tionner la mémoire de Marie qui se sou­

venait du recensement, de Bethléem, mais pas de Hérode I ou Hérode II.»

Et si Matthieu avait tout inventé ?

Que pensent les théologiens de cette étrange affaire? Jean-Daniel Kaestlia lui aussi son explication aux diver­

gences historiques importantes qui apparaissent à la lecture des Evangiles :

«Il faut prendre acte du fait qu'il y a deux récits qui concernent la mémoire de Jésus, celui de Matthieu et celui de

Luc, qu'ils ont été pro­

duits dans des circons­

tances diffé­

rentes et qu'ils véhiculent un message différent.

Depuis les plus anciens témoignages, notamment les écrits apo­

cryphes, la tendance naturelle est d'harmoniser les deux récits. Or, du point de vue du genre littéraire, Luc a davantage de prétention historique que Matthieu, qui a choisi un autre genre. » Luc est plus historique

Ces choix stylistiques sautent aux yeux dès le début de leurs deux

textes. «Luc a une préface typique des écrivains historiens de l'époque», note Jean-Daniel Kaestli. Avant d'ouvrir sa TOB et de lire : «Puisque beaucoup ont entrepris de composer le récit des événements accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début des témoins oculaires et qui sont devenus serviteurs de la parole, il m'a paru bon, à moi aussi, après m'être soigneusement informé de tout à par­

tir des origines, d'en écrire pour toi un récit très ordonné.»

«C'est un style que l'on a parfois comparé à celui d'auteurs païens,

poursuit Jean-Daniel Kaestli.

Alors que l'Evangile de Matthieu commence par

la généalogie de Jésus, 1 y a chez Luc une

prétention plus his­

torique, que ce soit pour l'Evangile ou le Livre des Actes.

Nous avons af­

faire à un auteur qui a réuni ses sources. Il parle de ses précurseurs, dont l'Evangile de Marc qui ne com­

mence pas par la nais­

sance.»

Ainsi s'accomplit...

En d'autres termes, Luc serait le plus fiable des deux, historiquement par­

lant. Alors que Matthieu cherche plu­

tôt à montrer que les prophéties se réa­

lisent avec la venue de Jésus. D'où son usage fréquent de la phrase «ainsi s'accomplit».

Une remarque particulièrement valable pour l'épisode dès lors contes-

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