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En visite chez Mimi Ernult

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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En visite

chez:

Mimi Ernult

Un reportage de

RogerUEBERSCHLAG

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Quond les pelits se lolsenl

Au bord d'une route normande, la petite école à deux classes de Saint-Ouen-les- Champs paraît posée plus que construite dans le bocage. Poste double de Mimi et Fernand ERNULT qu'un enregistrement sur l'éducation sexuelle a fait connaître aux ca11)8rades, à beaucoup de travailleurs sociaux. Fernand s'est orienté vers la psychologie scolaire, Mimi lui a succédé dans sa classe (C.E.l - C.M.2) mais le samedi matin, on fait la classe en famille. Nous les avons surpris ce jour-là.

ROGER: Actuellement, quelles sont pour toi, les difficultés les plus importantes, pour l'organisation de ta classe qui est presque une classe unique?

MIMI: L'intégration des petits dans la classe j je les sens vraiment perdus au moment de l'entretien, aux moments collectifs: conférence, débat. Je sp.is avec eux uniquement pour des travaux scolaires : lecture, maths, orthographe. Au niveau de l'expression, ils sont complètement perdus. C'est un de mes gros problèmes.

D'autre part j'ai quelques objectifs d'acquisition et cela me donne des difficultés, car je trouve que mes enfants n'y sont pas prêts du tout. En maths quand on travaille sur la notion de 400 mètres, pour les enfants ça ne veut rien dire. Ils n'ont aucune notion réelle de la mesure, du poids. Ils ne savent pas évaluer (des choses qui m"apparaissaient comme vraiment très simples) j également, le mécanisme des opérations.

ROGER: Il faudrait qu'on se rende compte des difficultés de quelqu'un, dans une classe qui va du C.E.l au C.M.2 j l'organisation du plan de la journée, par exemple.

JOSETTE : Est-ce que tu arrives à être assez disponible pour tous les groupes ? Par exemple, ce matin, Myriam, elle pouvait faire ses manipulations toute seule, bien sûr, mais il lui fallait l'aide d'un adulte, elle ne pouvait pas s'en sortir au point où elle en était, sans une aide extérieure. Dans toute la classe, les petits, il faut les aider à lire, les grands à compter j comment organises-tu cela ?

MIMI: Je suis souvent dérangée. Quand je suis avec les petits, il y a souvent un grand qui me demande : «Madame Ernult, qu'est-ce que ça veut dire ? » Mais ce n'est pas que ça qui me pose tellement de problèmes.

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ROGER: Comment rythmes-tu ta journée?

MIMI: On fait entretien collectif le matin. Je vais essayer de changer car je me suis aperçue que les petits étaient brimés.

ROGER: Qu'y a-t-il dans cet entretien?

MIMI: En,ce moment, lecture de textes de journaux. Des textes qui leur ont plu.

Ou des textes oraux, ou alors, des anecdotes, des événements vécus par eux.

ROGER : Et toi, qu'apportes-tu?

MIMI: Je leur lis aussi des textes. Je me suis aperçue depuis le début de l'année que les leurs étaient assez pauvres. Je choisis des textes dans les journaux scolaires et je leur en lis. Les autres posent des questions sur ce qu'ils disent et on discute.

Ça nous sert assez souvent de leçon de vocabulaire: enrichissement de l'expression.

FERNAND: A partir de ces discussions du matin, il y a tout un tas de pistes qui s'ouvrent pour la recherche dans beaucoup de domaines.

MIMI: Par exemple, si on a parlé du renard et qu'on ne sait pas ce qu'il mange ou comment il vit, cela nous oriente vers la préparation d'une conférence, la

conf~ction d'albums pour nous, pour les correspondants. On fait aussi, à partir de là, des textes écrits. Cela nous prend à peu près une demi-heure. Mais ça n'est pas systématique: parfois l'entretien est très court. Après, en général, ils font du travail individuel. Alors, il y a toute cette série de travaux de recherche qu'on peut faire en travail individuel, c'est-à-dire: lettre aux correspondants, recherche de français, de maths, fiches (puisqu'ils s'y mettent), auto-dictées, recherche de poésie, lecture, préparation d'album, de conférence. A ce moment-là les C.M.1 travaillent pendant que je vais lire avec les C.E.

ROGER: Ils apportent des petits livrets dans lesquels ils peuvent lire individuellement ?

MIMI: Oui, ils ont des petits individuellement. On a un roulement autres.

ROGER: L'après-midi?

livres dans lesquels ils peuvent lire ils passent à deux, chaque jour, devant les

MIMI : Il. y a un travail important pour la correspondance. La rédaction de ce que l'on a découvert en maths ou de ce qu'on a inventé en gym. Car on part beaucoup d'idées d'enfants pour faire la gym. Alors on représente ça pour les correspondants. Et puis, très souvent on fait ateliers : théâtre, bois ; les garçons font bois, découpage, peinture, bricolage, collage pour les plus petits (parfois les plus petits écrivent aussi des textes, car il se trouve que je suis plus disponible l'après-midi pour eux, du fait que les grands sont en ateliers). Il y en a qui vont chercher le sport que l'on pourra faire après, qui vont inventer des parcours, des déplacements, des mouvements, des danses. Les filles sont en train de travailler une danse en ce moment. Cela se fait au niveau des ateliers.

ROGER: Vous avez des marionnettes?

MIMI : Oui. Mais les enfants préfèrent nettement le théâtre aux marionnettes.

Les petits préfèreraient les marionnettes, mais les grands souhaitent vraiment inventer des. pièces de théâtre, et les jouer devant les autres: la jouer, c'est très important. Ils s'isolent dans la cantine. Puisqu'on a la chance d'avoir une cantinière aimable qui leur libère la cantine pour 14 h 30, ils ont un local. Ils y font ce qu'ils veulent, ils prennent la vaisselle, c'est formidable. Ils font cela à 4 au maximum. Je me suis aperçue qu'au delà de 4, c'était la foire, la grosse perturbation. Ils sont très souvent trois d'ailleurs.

JOSETIE : Car un groupe de trois fonctionne très bien et dans un groupe de quatre, il y en a toujours un qui ne sait plus quoi faire.

MIMI: Oui, mais ils sont très rusés, dès qu'ils ont besoin d'être quatre, ils disent : «elle ne parle pas, c'est l'enfant !}} Ça c'est révélateur de l'attitude des parents à la maison : « Non, non, elle ne va pas parler, Madame Emult, elle ne fera pas de bruit, c'est l'enfant ! }}

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ROGER : Dans leurs pièces de théâtre, quels sont les personnages qu'ils mettent en scène?

MIMI: C'est la famillé presque toujours; hélas!

ROGER: Et pourtant, il semble que le milieu familial leur apporte peu et parfois même leur interdit de parler. Ressens-tu cela aussi, ici ?

MIMI: Quand j'ai eu des grands, cette année en septembre, c'est la chose qui m'a le plus choquée: justement la pauvreté de leur langage, de leur vocabulaire, de leur expression, non seulement orale mais aussi écrite. Ils ne ressentent absolument pas le besoin de bien s'exprimer. On ne peut pas les reprendre en permanence. Je cherche en ce moment les techniques pour faire en sorte que leur expression s'améliore.

ROGER: Ce n'est pas exactement ce que je voulais dire. Chez les plus petits (tu les as à partir du C.E.l jusqu'au C.M.2), lorsqu'on fait la réunion de coopérlltive et même pendant toute la matinée, ces petits parlent assez peu. Ce n'est pas propre à ~ classe, on l'a constaté dans la plupart des classes.

MIMI: C'est dû au fait qu'à la maison on ne parle pas. On échange des mots simplement pour les besoins immédiats, matériels mais pas pour un dialogue. On ne sort pas, on n'a pas d'autres ouvertures vers d'autres milieux, donc on n'a pas de matière à discussions, matière à dialogues.

ROGER : N'y a-t-il pas aussi entre autre, une vieille tradition qui interdit aux enfants de parler à table? Est-ce qu'on ne leur demande pas de se taire surtout?

MIMI : Ça devient plus rare. Ça existe dans certaines familles. Mais on a vu, il y a quelques années, des choses intéressantes se passer : des enfants contestaient justement le fait de ne pas pouvoir parler à table et avaient établi un tour de rôle, comme on faisait à l'école ... Un membre de la famille donnait la parole aux autres à table, pour que tout le monde puisse s'exprimer. Je crois quand même que ces choses-là évoluent et que les enfants arrivent à parler à table. Mais dans certaines familles je ne dis pas qu'on ne leur interdit pas encore.

FERNAND: J'ai l'impression que dans certaines familles, il n'y a pas une volonté délibérée d'empêcher de parler, mais plutôt que cela fait partie des habitudes : le monde de la parole appartient aux adultes de la famille ; et quand l'enfant s'exprime, on n'y prête pas tellement attention. On ne communique avec lui que lorsqu'il y a une nécessité immédiate: pour lui donner des ordres, pour répondre à ses besoins. Il n'y a pas au sein de la famille ce souci de communiquer avec les enfants. Il pourrait y avoir, dans 'certains milieux, une tendance fâcheuse à exiger que les enfants aient d'emblée un langage élaboré, à essayer de développer chez eux un langage très construit: cela aussi peut être catastrophique. Ce n'est pas le cas ici; on n'a pas même ce souci de la communication nécessaire avec un enfant. C'est tout un apprentissage, le langage; on aide bien un enfant quand il fait ses premiers pas, mais on n'aide pas un enfant qui fait ses premiers pas dans le langage: on attend qu'il parle. Il n'existe pas le même souci. On va lui apprendre à tenir une cuiller, un couteau, une fourchette, etc., on ne va pas l'aider à dominer son langage.

ROGER: Admet-on que l'enfant ait une opinion?

MIMI: Je pense d'abord que les parents eux-mêmes n'ont pas tellement d'opinions bien définies, et ne discutent vraiment pas profondément, que ce soit dans le domaine politique ou culturel d'ailleurs. Ils sont persuadés que lès avis des enfants ne sont pas intéressants et qu'ils n'ont même pas d'avis du tout, qu'ils ne peuvent pas en avoir, puisque pour eux-mêmes c'est une préoccupation vraiment mineure.

FERNAND: J'ai quand même l'impression, que s'il existe des tabous, c'est au niveau du langage, de la communication orale qu'ils se manifestent le plus; c'est là qu'ils sont le plus évidents, le plus perceptibles, le plus sensibles. Quand un enfant s'exprime à l'école, dans tous les autres domaines, tu perçois, à travers son expression, quelle est sa situation affective du moment ; quels sont les problèmes de l'enfant au niveau de la famille, etc. Ce sont des choses assez évidentes. Je dis cela, car j'ai un témoignage récent. L'autre jour, j'ai demandé à Bruno de dessiner sa famille. (C'est une famille assez marquée par la situation des parents séparés.) Le gamin, le soir, en rentrant chez lui, dit: «Ah! ça, mon vieux, tant pis, je l'ai fait. Il me l'a demandé et je l'ai fait: je n'ai pas dessiné mon père. }} Donc, il 5

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avait quand même l'impression qu'il y avait quelque chose de mal dans le fait de dessiner ou de ne pas dessiner son père. C'est un problème dont il n'avait jamais parlé. Voilà qu'au moment où il est confronté au problème par l'intermédiaire du dessin, il s'aperçoit qu'il va révéler ce qui se passe au niveau de sa famille, qu'il va briser un tabou. Et il se révolte, cela fait apparaître la permanence de cette espèce de tabou, au niveau du langage oral. On ne parle pas de ces choses-là et on n'a pas besoin de les dire. Dans les habitudes de la vie familiale, il se fait que beaucoup de secteurs de l'information ne sont jamais abordés, qui sont des aspects de la vie politique, quotidienne, des croyances, des problèmes de sexualité : les relations familiales.

ROGER: Ceci entraîne une certaine pauvreté culturelle. Quand on compare ceux-là à des enfants des villes, on pourrait dire que les enfants de ville n'ont aucune expérience quotidienne de la nature, aucun contact avec les animaux, les plantes, les métiers, le travail des artisans. Ils ont un contact culturel souvent très superficiel, mais qui existe quand même. Parce qu'on discute plus facilement, il y a la télévision, les manchettes des journaux et les journaux eux-mêmes. Il y a la parole plus facile entre les enfants et les adolescents et les adultes. Mais inversement, aucune expérience sensible au niveau de l'action, des sensations primitives, du contact avec la terre, la nature. Est-ce que ce déficit culturel, tu peux le combler à l'école, ou au contraire n'es-tu pas empêchée de pratiquer les techniques Freinet correctement, par suite de ce déficit culturel ?

MIMI: Je ne me sens pas empêchée de pratiquer les techniques Freinet à cause de ce déficit culturel. S'il y a un certain nombre d'acquisitions scolaires qui ne sont pas faites, je ne me culpabilise pas et j'accorde la priorité à l'expression. Ils ont des tas de choses à exprimer. Ils les expriment mal, mais ils les expriment.

Par exemple, Laurent parlait ce matin de la chauve-souris qu'il avait vue. Ils parlent de la naissance des animaux, de l'écureuil qu'ils ont rencontré èn montant en classe,. des fleurs, des choses très sensibles à exprimer, mais ils les expriment.

Le gros problème est de trouver, non pas des techniques de déblocage, ils ne sont pas bloqués ils faut les aider à améliorer leur expression.

FERNAND Quand tu dis « pas bloqués », je ne suis pas tout à fait d'accord. Il y a -quand même un blocage. Ce témoignage, par exemple : Martine, dans sa conférence, ce matin, n'a pas osé employer son langage. Elle n'a pas osé puiser dans son langage habituel pour communiquer ce qu'elle savait, ou alors elle n'a pas su transposer ce qu'elle avait lu.

MIMI: Je lui ai dit, hier, tu vas essayer, puisque tu as lu avec Myriam ... Mais elle n'a pas réussi à transposer ce qu'elle avait lu.

JOSETIE : La petite qui était assise à côté de l'électrophone, qui a parlé à un moment de l'écriture chinoise, mais qui parlait très doucement et qui avait pourtant des choses à dire; n'est-elle pas bloquée?

MIMI: Oui. Mais cette gamine m'arrive cette année d'une école traditionnelle, elle a 11 ans. Je crois qu'elle a fait des bonds en avant déjà. Elle était passive, elle ne participait pas, elle ne travaillait pas: elle attendait qu'on lui donne du travail. Elle s'y est mise et elle parle un petit peu, puisque ce matin elle a réussi à parler. Je crois qu'elle a peur car elle n'a pas été habituée à parler librement depuis très longtemps. Il y a certainement aussi pour Dominique des problèmes familiaux. La maman la considère comme une grande, responsable. Elle s'occupe de 2 petits enfants en bas âge à la maison, elle fait le travail de la maison quand la maman n'est pas là. La mère trouve que c'est tout à fait normal. Elle est très souvent partie: la fillette remplace la mère. J'ai l'impression que sa mère veut qu'elle mûrisse très vite et elle est encore très enfant. Il yale fait aussi qu'à la maison elle n'a rien à dire. « Dominique si tu n'es pas contente c'est pareil. Tu seras une femme, je te prépare aux travaux de la maison. )) Elle n'a pas à contester, elle n'a pas à s'exprimer. Dominique, je ne l'ai pas eue en classe assez tôt ....

FERNAND: Je voudrais revenir sur ce problème du langage. Au niveau de la famille, je ne pense pas que le langage oral ait une place importante, quoiqu'on en pense. La communication se fait à travers bien d'autres choses. Quelques mots, des attitudes, un ton. Les registres de communication sont plutôt réduits. Il serait peut·être intéressant de voir dans quels domaines on communique dans un milieu familial comme ici. Les mots par eux-mêmes n'ont pas tellement une importance considérable. Il faudrait compter les mots dans une conversation d'une journée, je crois que c'est relativement réduit. Il se trouve que lorsque les gosses arrivent à l'école, ils n'ont pas conscience que le langage est un moyen de communication vraiment important. C'est cela qui m'a frappé quand j'ai utilisé le magnétophone L'Educateur 10

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à l'école. A partir du moment où le langage sort de l'école, on s'aperçoit que l'on peut se dire énormément de choses

r :'

ce moyen-là. Je pensais jusqu'alors que c'était surtout l'écrit, le dessin, le .exte imprimé qui avait une importance considérable. C'est un autre aspect du langage. Quand les gosses prennent conscience qu'à travers le langage oral, ils ont échangé des choses importantes, profondes, quand ils s'aperçoivent, après le montage de tout ça, qu'ils ont essayé de refaire le monde en une demi-heure, par exemple, ils prennent petit à petit conscience que parler, c'est important, communiquer avec l'autre c'est important.

En réalité, il est possible de faire passer beaucoup de choses à ce niveau.

ROGER: Que deviennent tes enfants dans le secondaire?

MIMI : J'ai rencontré un élève qui est parti en sixième. Je lui ai demandé :

« alors, ça marche? )}. Il m'a répondu: « J'ai du mal en rédaction. )} Je lui ai demandé ses sujets depuis le début de l'année: « J'a.i un livre, on a des images et je dois écrire ce que je pense des images. )} Donc aucune part de la personnalité de l'enfant. Il n'y a pas eu un sujet de rédaction depuis le début de l'année en sixième. Ils ne font que des commentaires d'images.

FERNAND : Il y a aussi un autre aspect qui a disparu dans la tradition : autrefois, les veillées se passaient à se raconter des histoires, des contes, etc. Il y avait un personnage qui avait un rôle important : le grand-père ou la grand-mère.

Le plus souvent, c'était la grand-mère qui avait ce rôle, elle était la conteuse de la famille, elle racontait des histoires aux enfants qui se régalaient. C'est une chose qui a disparu. Il n'existe plus de tradition orale. On regarde la télé: c'est dramatique.

MIMI: Comment se fait-il alors que les enfants ruraux soient encore plus pauvres, sur le plan de l'expression, que les autres?

FERNAND : Ils sont plus pauvres, mais il y a un autre aspect. Il se passe actuellement, qu'on déserte de plus en plus la campagne, et que les familles qui restent à la campagne sont celles qui n'ont pas la possibilité financière d'aller se loger en ville. Si tu regardes les familles qui sont ici, tu t'apercevras qu'on reste à la campagne parce qu'on a un loyer mensuel de 100 francs, alors que le grand problème posé pour aller vivre en ville est de payer 300 ou 400 francs par mois ;

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ce n'est pas envisageable, donc on reste à la campagne. Tous les villages qui sont à proximité d'une zone industrielle ont ce sort là. C'est le sous-prolétariat qui reste ici, les plus riches ont une ressource: mettre leurs gosses en pension. C'est ce qu'ils pratiquent, souvent.

ROGER: Peut-on revenir sur votre façon d'utiliser l'audio-visuel? Ce qui réussit plus ou moins bien, en ce qui concerne le magnétophone, la projection, l'utilisation des' diapos dessinées ou de diapositives ou des échanges d'école à école?

MIMI : Au niveau des petits, j'avais commencé par enregistrer leurs chants libres.

Cela les avait énormément accrochés: ils étaient perméables pour un enregistrement de textes libres ou d'entretiens. Il y a eu de très belles choses, même au niveau des grands.

FERNAND: Il y a eu toute la série des textes oraux: les gosses racontaient, comme à l'entretien mais en enregistrant. Petit à petit, on a senti, quelle histoire convenait le mieux au magnétophone : par exemple, celles qui allaient pouvoir s'accompagner de diapositives dessinées. C'étaient celles aussi qui avaient un intérêt .parce qu'elles dépassaient le cadre du village. On en a mis comme ça, les unes au bout' des autres, on l'a échangé.

ROGER: Techniquement, comment vous installiez-vous? Comment fonctionniez-vous ?

FERNAND: Les classes sont relativement grandes par rapport au nombre des enfants. On a un grand câble, ce qui est très pratique car il permet de se déplacer dans la classe, d'avoir le magnétophone toujours au même endroit, et même quand on se met en rond pour discuter, ça se passe très bien. Ce sont les gosses qui manipulent les appareils, cela ne pose pas de problème. La technique est rapidement dominée.

ROGER: Combien d'enfants? Toute la classe ensemble ?

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FER~AND : Cela dépendait.

ROGER: Faisiez-vous un passage de l'oral à l'écrit? Exploitiez-vous parfois de façon écrite des choses orales ?

FER~AND : C'est arrivé, sous forme d'album.

ROGER: Est-ce que c'est un moyen pour débloquer des enfants qui disent:

~ Jl[o~ je n'écris pas. » On leur dit: « On va t'enregistrer, après tu transcriras» ? :\IDl1 : Au niveau des petits, c'est moi qui transcrivais. Leurs crrants, par exemple, mi leurs textes, au niveau des sections enfantines, cours préparatoire.

FERNAND: Je l'ai fait avec Michel. Il était formidable pour raconter des histoires. Il était obligé de communiquer avec sa langue orale : il ne pouvait pas faire autrement. Il avait beaucoup de mal pour écrire. Pour les témoignages, il arrivait à décrire des choses simples, mais avec beaucoup de précisions.

L·enregistrement était très bon car les enfants souffrent toujours du manque de détails. Lui, avait ce souci-là.

ROGER: Combien de temps peuvent-ils écouter un enregistrement qui leur vient d'ailleurs ?

FERNAND: Cela dépend de la nature des enregistrements. Par exemple la série des messages personnels, tout le monde l'écoute facilement, sauf à partir du moment où son propre message est passé. Mais, quand même l'intérêt est assez soutenu. Les enregistrements de 10 minutes passent très bien. Rarement ça allait au-delà. Nous avons quand même une bonne expérience du magnétophone à récole, donc ça allait. On n'a jamais été assommé par des enregistrements d'une demi-heure, ou des choses de ce genre. On s'était mis d'accord.

ROGER: Quels conseils donnerais-tu pour la confection d'une bande d'échange en tre deux écoles ?

FERNAND: Que ce ne soit pas systématique: parfois des messages personnels.

C'est quelquefois délicat, car beaucoup d'enfants sont assez rebutés pour s'exprimer devant le micro; même s'ils disent peu de choses: «Bonjour Pierre!

Comment vas-tu? Au revoir Pierre! », c'est déjà intéressant, car c'est la première façon de s'exprimer devant un micro, cela permet aux enfants de constater que, malgré tout, leur message a de l'importance puisque l'autre va répondre. On peut envoyer tous ces petits textes oraux illustrés de diapos. C'est relativement facile.

On peut envoyer aussi un texte oral. Si l'enfant se trompe lourdement, s'il se reprend, on coupe la bande ; cela va très vite. L'illustration avec des diapos dessinées, c'est assez rapide avec des feutres. Le rythme des échanges doit être soutenu: on peut faire ça 4, 5, 6 fois dans le trimestre. Pourquoi pas des reportages qu'on va faire à l'extérieur? Tout est possible.

ROGER: Tu enregistrais donc des messages personnels, mais pour tous les élèves?

FERNAND: Pas systématiquement. Encore que ce soit assez délicat: l'enfant qui ne reçoit pas son message se sent frustré. Ou alors il faut qu'il soit remplacé par autre chose. Par exemple, le gosse qui a un texte oral n'a pas besoin d'envoyer son petit message personnel. Il y a déjà sa voix, sa part, c'est suffisant.

ROGER: La totalité représentait un enregistrement d'une demi-heure?

FERNAND: Au maximum. Mais une demi-heure d'enregistrement ne veut pas dire qu'on va l'écouter pendant une demi-heure à la file. Il suffit d'envoyer une petite note : «De telle amorce à telle amorce, avec les enfants c'est telle chose.»

Le copain se met d'accord pour les moments où l'on va écouter.

(

MIMI: Au niveau des petits on envoyait des chants libres, car c'était une des expressions qui les ravissait le plus. Des textes libres, des petites poésies qu'ils inventaient, puis des musiques qu'ils avaient créées, avec des instruments qu'ils se fabriquaient, ou avec l'Ariel ou avec le guide-chant (parce que le guide-chant les ravit). Il leur arrive d'inventer musique et chant ensemble.

Toutes les photos de ce reportage sont de Josette et Roger UEBERSCHLAG.

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