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Découvert° d'une population indigéne de maskinonu, 'à l'est de la rivière Saint-Maurice, co. Laviole
C. Potvin, G. Lemay et A. Courtemanche
Dans un territoire aussi vaste que celui de la Mauricie oà les lacs et les cours d'eau se comptent par milliers, il n'est pas étonnant que la répartition et l'importance quantitative des espèces aquatiques ne soient pas entièrement connues, et que même l'existence de certaines espèces soit restée ignorée jusqu'à ce jour. La découverte d'une population de maskinongé à l'est do' la rivière Saint-Maurice au cours de la dernière saison estivale prouve ces avancés.
Lors de la programmation de l'inventaire ichthyologique d'un cer- tain nombre de lacs du bassin de drainage de la rivière des Envies, co. Lavio- lette, il fut décidé que le lac Roberge, remis au public en 1967 après avoir
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été sous bail durant 65 ans, serait inventorié dès le début de la saison.
Ce lac est localisé dans les rangs 2 et 3 de la paroisse de Saint- Jacques-des-Piles (voir la carte). Vu les facilités d'accès de ce lac par le public, l'inventaire ichthyologique s'imposait aussi bien pour la connais- sance qualitative et quantitative de la faune aquatique présente que pour la détermination des directives à prendre pour faciliter l'utilisation optimale de cette nappe d'eau par le public pêcheur qui se fait de plus en plus exi- geant.
Le 28 mai 1968, douze filets de un, deux et trois pouces, mailles étirées, ont été installés dans le lac Roberge. Durant la nuit, ces filets ont capturé 50 ésocidés. A notre grande surprise, ces ésocidés refusèrent de se laisser cataloguer comme brochets, malgré que le lac Roberge ait tou- jours eu la réputation de contenir une forte population d'ésocidés.ile cette 2e/c-Se. Tous les dossiers d'ailleurs que•nous avions consultés, concernant
le lac Roberge, no faisaient toujours mention que de brochets, Il nous semblait impossible d'autre pIrt qu'aucun dos membres du club dont faisait partie le lac Roberge, ou même aucun visiteur ne se soit jamais aperçu que les ésocidés présents dans le lac Robergo n'étaient pas des brochets mais bel et bien du maskinongé.
Comme cette découverte impliquait une extension d'aire du aas- kinongé et que nous étions peu familiers avec cotte espèce, nous décidames de faire vérifier les spécimens recueillis par M. J.-R. Mongeau, A. Courte- manche et V. Legendre, de Montréal, qui confirmèrent immédiatement qu'il s'agissait bien de maskinongés.
Encouragés par cette première découverte, l'inventaire d'une trentaine de lacs faisant partie du même bassin de drainage s'imposait afin de savoir si quelques-uns d'entre eux ne contenaient pas aussi du maskinongé.
Après une brève enquête auprès des membres des clubs privés, l'inventaire d'une vingtaine de ces lacs s'avéra inutile, puisqu'on n'y avait toujours
pris .que de la truite mouchetée. L'étude des dix autres nous permit de repé- rer du maskinongé dans trois autres lacs, soit le Second Roberge, le lac Tra- verse et le lac En Coeur.
Dès lors une question se posait: cette population de maskinon- gé à l'est du Saint-Maurice était-elle une population indigène, ou la présence du maskinongé en cet endroit pouvait-elle plutôt s'expliquer par des ensemen- cements récents?
A première vue, qu'il s'agisse là d'une population indigène de maskinongé, qui jusqu'à maintenant aurait échappé à l'attention de tout le monde, nous paraissait assez surprenant. D'autant plus que les lacs Roberge, Traverse et en Coeur sont situés plus au nord que le lac Maskinongé, de Saint- Gabriel-de-Brandon, jusque là considéré comme la station la plus'au nord-est
en Amérique du Nord oà on retrouve le maskinongé à l'état indigène.
La deuxième possibilité, soit que le maskinongé ait été intro- duit, nous est vite apparue encore moins plausible. Il ne faut pas oublier.
qu'au Québec, ce n'est qu'en 1951, qu'on a commencé à élever du maskinongé en pisciculture. Or, d'après los dossiers consultés et d'après les rensei- gnements obtenus, aucun ensemencement de maskinongés n'a été effectué dans les lacs du bassin de la rivière des Envies.
Le lac Roberge a toujours contenu, selon les même sources de renseignements, une population d'ésocidés que l'on a toujours pensé être des
"brochets". Si les maskinongés présents dans ce lac étaient le résultat d'un ensemencement récent, il aurait fallu à cette population, supplanter complète- ment les brochets en un laps da temps très court -- moins de 18 ans -- ce
qui est fort peu probable. Le contraire serait plutôt normal, car, dans un lac de dimensions limitées, si les deux espèces sont présentes, c'est le bro- chet qui élimine le maskinongé à cause de la compétition à l'état d'alevins.
De plus, où pouvait-on se procurer ailleurs que dans une pisci- culture, suffisamment de maskinongés pour ensemencer quatre lacs d'un même bassin de drainage, alors que deux étaient sous bail et que les deux autres, à douze milles de là, se trouvaient en territoire public? La co/ncidence serait vraiment trop belle:
Il nous faut donc conclure que nous avons affaire à une popula- tion indigène. ' Qui plus est, cette population indigène est demeurée à l'état pur, c'est-à-dire non contaminée par les introductions de maskinongés faites ailleurs dans la province. La seule possibilité de contamination aurait été que le maskinongé ait remonté du fleuve Saint-Laurent. L'inventaire physique de la rivière des Envies nous prouve que la chose actuellement n'est pas pos- sible. Le long de la rivière des Envies, il y a à Sainte-Thècle une chute naturelle de 15 pi. de hauteur, présentant une pente d'environ 75°. A Saint-
Narcisse, sur la rivière Batiscan, avant l'érection du barrarrm hydro-électri- que, il y avait une chute verticale de 60 pi. Quant A une montée rrIcente, elle est rendue impossible par une dizaine de barrages de 5 à 15 pieds de hauteur,érigés sur le parcours de la rivière des Envies depuis prés de 100 ans pour assurer lo fonctionnement des moulins à scie et des meuneries.
(Diapositives)
Caractéristiques de la population
Notons tout de suite qu'il n'est pas dans nos intentions de faire une étude approfondie de la croissance des populations des quatre (4)
lacs. D'ailleurs nous n'avons pas suffisamment de données (75). Nous nous limiterons pour le moment à la population du lac Roberge, qui est la mieux représentée quantitativement.
Les spécimens ont été pesés et mesurés au moment de leur capture et les âges ont été déterminés par les écailles.
Tableau longueur-poids aux différents âges . . .
Graphique de la courbe de croissance . .
Nous remarquons que la croissance est particulièrement lente dans le lac Roberge, beaucoup plus lente que dans le lac Traverse et surtout le lac Slint-Louis près de Montréal.
D'après les publications que nous avons consultées, il n'est fait nulle part ailleurs mention d'une croissance aussi lente pour le mas- kinongé. Ici même dans la province de Québec, aucune autre population de maskinongé ne présente une croissance aussi faible. Nous serions donc en présence d'une population à caractéristiques uniques, bien distincte des autres populations, ce qui peut apporter une preuve de plus à l'hypothèse d'une population indigène.
Nous pourrions même qualifier cette population de population naine, si l'on considère que pour les individus par exemple de la classe d'âge 10, nous obtenons en moyenne une longueur de 27 pouces et un poids moyen de 4.5 lb., alors que les spécimens du même groupe en provenance du lac Saint-Louis (région de Montréal) atteignent en moyenne 45 pouces de lon-
gueur et un poids d'environ 20 lb. (Réf; Thèse de Simard)
Au lac Roberge, nous sommes vraisemblablement en présence d'un écotype, dont la petite taille Serait due à la compétition intra-spécifique au niveau o uf
.4
la population de maskinongé est abondante, tandis que celle des poissons-proie d'une taille supérieure, disons de 4 à 5 pouces, est plutôt faible. Le lac Traverse, en plus de contenir une population moins dense, renferme des poissons-proie de taille supérieure et, ainsi que nous l'avons souligné plus haut, la croissance du maskinongé est meilleure. Est- ce là que réside la clef du problème? La courbe annuelle de température des eaux du lac Roberge a peut-être aussi son rôle à jouer.
Conclusion:
Tout semble indiquer que nous sommes en présence d'une popula- tion indigène et résiduelle de maskinongés, dont l'origine remonterait à l'époque post-glaciaire, alors que la mer do Champlain recouvrait la vallée du Saint-Laurent.
Une chose est certaine: il s'agit ici d'une extension apprécia- ble de l'aire de distribution de l'espèce, et ce, vers le nord.
De nos observations découlent beaucoup de questions,non seulement .d'intérêt académique, mais aussi de portée pratique.
Vu la densité de la population et le faible taux de croissance que nous avons décelés chez les maskinongés du lac Roberge, il y aurait peut- être lieu de censidérer de réduire pour ce lac la limite minimum de taille
permise par les règlements de pêche du Québec. Cette limite est p.ctuellement de 28 po. D'après les renseignements que nous détenons actuellement, la limite pourrait être abaissée à 22 po. Encore faudra-t-il au préalable dé- terminer à quelle taille le maskinongé du lac Roberge commence à frayer, afin d'assurer la perpétuation de la population.
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