Voiles de portant, c’est du bon temps
Si les voiles de près travaillent en portance, c’est-à-dire que leur force est issue de l’aspiration qui se créé du coté sous le vent de la voile (l’extrados), exactement comme un avion qui ne s’appuie pas sur ses ailes mais y est suspendu. Cette force d’aspiration est maximale lorsque la voile est réglée de sorte que sa corde* fasse un angle de 10 à 15 degrés avec le vent apparent et que son écoulement soit laminaire.
*La corde est une droite fictive reliant le guindant à la chute (du bord d'attaque au bord de fuite). La notion de corde permet d'approcher plus précisément la position du point vélique. L'effort ou poussée vélique est sensiblement perpendiculaire à la corde et est placé au maximum du creux de la voile.
Il en est autrement dans le cas des allures portantes pour lesquelles on entre dans le système des «écoulements perturbés». Pour un voilier vent arrière, la voile est semblable à un plan perpendiculaire au vent apparent, l'effet dépression sur la voile est donc négligeable.
Les considérations qui suivent ne sont pas à considérer comme dogmatique.
Une infusion de modestie, c'est encore ce qu'il y a de meilleur pour faire digérer la technique.
Ces bases posées, voyons l’inventaire de la garde-robe complète qui s’offre à nous :
Disposer de toutes ces voiles à son bord, n’est guerre réaliste, et peu opportun si l’on considère d’autres critères, notamment ceux des plages d’utilisation et de recouvrement telles qu’imagées ci-dessous :
-Code 0 et gennaker entre 55 et 130 degrés se recouvrent à 80%, -il est de même pour gennaker et spi asymétrique (50%),
- du spi asymétrique et du spi symétrique (50%).
A la vue de ce graphique il semble que la formule optimum soit code0 et spi symétriques), couvrant la presque totalité des allures de portant (trou de 10°). Il faut pondérer ces observations théoriques selon la force du vent.
Il faut aussi envisager l’accastillage de pont nécessaire à l’établissement de ces voiles même si les trois premières peuvent partager les mêmes organes.
En ce qui concerne l’utilisation de ces voiles de portant de grandes surfaces. Trois manœuvres sont délicates : établir et affaler, empanner. Délicates, voire dangereuses selon les conditions de navigation : vent plus ou moins fort et état de la mer. Les principaux dangers résident dans de possibles avaries matérielles, pire, d’accidents mettant en jeu l’intégrité de l’équipage. Ces inconvénients dépendent de la bonne exécution des opérations et aussi du laps de temps passé par un ou plusieurs équipiers hors de l’espace bien protégé du cockpit.
Plus que toutes autres manœuvres, ces dernières nécessitent une préparation minutieuse, une rigoureuse chronologie, une vérification très précise des positions des différents espars et éléments de gréements courants, une vérification du rôle de chaque équipier.
Etablir et amener doivent se faire sur une franche allure portante (130 à 140°), car le vent apparent sera plus faible et s’assurant que l’empannage accidentel soit peu probable. Les voiles sur emmagasineur facilitent grandement ces manœuvres. Celles munies de chaussettes s’établissent et s’affalent également facilement. La maitrise de ces voiles est affaire de bon sens, de pratique, et d’expérience. Choisissant des conditions favorables, du vent mais pas trop, il faut s’y jeter, s’entrainer, en n’hésitant pas à solliciter l’aide des membres de l’APSO, essayer les différentes techniques que l’équipement du bateau permet. Code 0, gennaker, spi asymètrique sur emmagasineur ou chaussettes se manipulent facilement. Frapper la drisse, connecter les écoutes, envoyer le «boudin » tout en haut, reprendre la tension de l’étai à sa convenance, dérouler sous le vent, border, régler et c’est parti.
L’anticipation, c’est prévenir l’avenir. Peut-être faudra-t-il empanner; donc il faut savoir dès l’établissement, comment on exécutera cette manœuvre. Soit ou roule, ou on amène la chaussette, puis on re-déroule ou on remonte la chaussette pour régler sur l’autre bord. Soit on empanne à la volée, c’est-à-dire sans neutraliser la voile. Dans ce 2ème cas, il faut que l’écoute sous le vent soit positionnée comme il faut : soit traditionnellement comme les écoutes de génois, il faudra donc dans ce cas que toute la toile passe entre l’étai sur lequel est stocké le génois et le guindant de la voile qui travaille ; il est probable que l’épisode soit plus ou moins compliqué selon l’espace disponible entre les deux voiles. Un long bout-dehors facilite les choses. Si vous disposez de peu d’espace, alors vous pourrez lors de l’envoi, installer la contre écoute du coté sous le vent de la voile, ce qui permettra lors de l’empannage de récupérer toute la toile sur l’autre bord en la laissant passer par l’avant. Là encore il faut beaucoup de vigilance avant d’entamer la manœuvre et notamment vérifier que cette contre écoute au repos est totalement libre et que son homologue de l’autre bord va filer correctement.
Envoyer un spi symétrique : avec une chaussette c’est facile!
En rouge, les manœuvres qui nécessitent d’aller sur la plage avant.
- Mettre les écoutes à poste, leurs mousquetons frappés sur le balcon avant, en vérifiant que chacune chemine bien du cockpit à la proue, en passant à l’extérieur des galhaubans et au-dessus des écoutes de génois.
- Préparer le tangon, connecter la balancine et le hâle-bas en leur laissant du mou; frapper la mâchoire sur l’anneau du mât, laisser le tangon en appui sur le pont près de l’étrave.
- Sortir le «boudin » du spi sur le pont ; amener le point de drisse à l’étrave, y frapper la drisse, passer le bras (écoute du coté au vent) dans la mâchoire du tangon, la connecter au point d’amure du spi, connecter l’écoute (côté sous le vent) au point d’écoute du spi.
- A l’aide de la balancine, positionner le tangon horizontalement qui va venir près de l’étai (on peut le contrôler à l’aide du bras pour qu’il ne maltraite pas le génois enroulé).
- A l’aide de la drisse, envoyer le « boudin » tout en haut. Reprendre du hale-bas.
- Actionner le va et vient de la chaussette pour libérer la voile. Le spi se gonfle, il n’y a plus qu’à régler après avoir sécurisé la drosse de manœuvre de chaussette.
Amener un spi symétrique avec chaussette
: c’est encore plus simple puisqu’il s’agit de défaire ce que vous avez magnifiquement fait ! Un point particulier : en cas de vent fort, le début de manœuvre de la chaussette peut s’avérer un peu dur. Ne vous inquiétez pas, choquer modérément l’écoute, la chaussette descendra plus aisément.Vous comprendrez que l’empannage est simple une fois que le spi est dans sa chaussette, puisque vous avez tout le temps de renvoyer sur l’autre bord
Et maintenant, sans chaussette : il faut se poser les questions suivantes : est-ce que je mets le sac du spi dans les filières sous le vent, ou bien sur le balcon avant ? Est-ce que je garde un bout de génois, ou bien est-ce que je roule tout avant de commencer ? A chacun sa réponse car il y a des avantages et des inconvénients de part et d’autre. La pratique vous enseignera celles que vous préférez. N’ayant plus l’agilité de nos 20ans, la méthode qui permet de rester le moins de temps possible sur la plage avant me semble la plus judicieuse !
- Réunir les 3 points, écoutes et drisse, frapper leurs mousquetons sur le balcon avant ou sur les filières sous le vent, en vérifiant que chacune chemine bien du cockpit à la proue, passant à l’extérieur des galhaubans et au-dessus des écoutes de génois, pour les écoutes, et devant l’étai pour la drisse sans qu’elle ait un tour tout en haut de l’étai.
- Préparer le tangon, connecter la balancine et le hâle-bas en leur laissant du mou; frapper la mâchoire sur l’anneau du mât, laisser le tangon en appui sur le pont près de l’étrave.
- Sortir le sac à spi sur le pont; le sécuriser sur les filières ou sur le balcon avant, ce qui évitera que le sac ne parte à la mer lors de l’envoi de la voile. Connecter drisses et écoutes aux points adéquat du spi et vérifier de nouveau qu’elles sont libres de manœuvre, passer le bras (écoute du coté au vent) dans la mâchoire du tangon.
Désormais tout se passe du cockpit.
- A l’aide de la balancine, positionner le tangon horizontalement qui va venir près de l’étai.
- A l’aide du bras, envoyer le point d’amure du spi jusqu’à la mâchoire du tangon sur laquelle il va butter. A ce stade il y a peu de toile de sortie et le spi reste sage. Vous pouvez commencer à brasser.
- A l’aide de la drisse il faut maintenant envoyer le spi tout en haut du mât, et simultanément contrôler la sortie de la toile à l’aide de l’écoute, avec laquelle vous aurez pris la précaution de faire 3 tours sur son winch ; cette partie de la manœuvre doit être exécutée de façon dynamique car rapidement la toile sent le vent et la coordination entre drisse et écoute mérite une grande attention.
L a toile est en haut, il n’y a plus qu’à régler et à rentrer le sac.
Et maintenant l’amener sans chaussette: sur le pont, tout doit être clair : la drisse est claire, prête à filer sans entrave, l’écoute toujours sur son winch, le génois déroulé totalement ou partiellement, la capote de cockpit abattue.
-On baisse le tangon de sorte sa mâchoire soit accessible à un équipier qui se rendra jusqu’à l’étai.
L’équipier désigné se rend à l’étrave en passant au vent, il ouvre le mousqueton du bras ; l’amure du spi libérée, la voile part sous le vent, simultanément, l’équipier continue sa déambulation en revenant vers le cockpit par le coté sous le vent. Il reste donc très peu de temps à l’étrave du bateau et surtout il a toujours une main pour s’assurer. Au passage il saisit la bordure du spi, voire l’écoute si la précédente est inaccessible. Il présente sa prise à un autre équipier placé dans la descente. Dès que la voile est solidement en main des compères ou des commères, la drisse est choquée progressivement afin que toute la toile soit avalée par l’équipier dans la descente.
La toile est rentrée sans être passée à l’eau, il ne reste plus qu’à remettre le bateau en configuration de route sous GV et génois. La récupération de toute la toile est le point critique car il ne faut pas qu’elle parte à l’eau et sous le bateau. Il faut donc que l’équipier qui contrôle la drisse soit très attentif et n’hésite pas à bloque la descente si un incident intervient. En équipage réduit cette manœuvre est possible sans soucis même dans du vent assez fort. C’est une
manœuvre que nous réalisons systématiquement avec mon équipière et notre pilote auto, sachant que quand l’anémomètre annonce 20knts, nous amenons.
Empannage sous spi symétrique sans chaussette :
Venir plein vent arrière, brasser carré (amener le tangon jusqu’à ce qu’il soit perpendiculaire à l’axe du bateau, il est alors à angle droit avec le vent). Il faut border progressivement la GV et l’amener presque dans l’axe du bateau en tenant absolument l’allure plein vent arrière afin d’éviter que lors de son passage sur l’autre bord elle ne balaye violement.
Mollir le hale bas de tangon, aller sur la plage avant ; déconnecter le tangon du mât et porter sa mâchoire disponible sur l’écoute qui deviendra le nouveau bras ; déconnecter l’ancien bras qui deviendra la nouvelle écoute, connecter sa mâchoire libre au mât et simultanément faire passer la GV sur son autre bord. Il ne reste plus qu’à régler sur la nouvelle amure. Cette figure, facile à décrire est quelque fois assez périlleuse, il faut mieux donc la choisir quand les conditions de navigations sont clémentes. Si ce n’est pas le cas, amener et configurer le bateau différemment après l’empannage.
Jjb.