Appel à communication
Dictionnaires et Enseignement :
présentation de la journée d’études du 8 avril 2022, au Lycée Henri IV, Paris, organisatrices : Isabelle Turcan (Université de Lorraine) et Marie-Ange Julia (Lycée Henri IV), président : Guillaume Bonnet (Université de Bourgogne), comité scientifique : Frédérique Biville et Isabelle Boehm (Université Lumière Lyon 2)
Quel helléniste ou latiniste n’a pas utilisé l’abrégé de Félix Gaffiot ou d’Anatole Bailly, eux- mêmes professeurs, avant de compulser les ouvrages in extenso pour réaliser versions et thèmes répondant aux normes institutionnelles de l’enseignement des humanités dans le secondaire puis en classes préparatoires aux grandes écoles et à l’université ? Quels jeunes apprenants des langues vivantes européennes n’a pas commencé par apprendre des listes de vocabulaire avant de confier ses interrogations lexicales aux Collins ou Harrap’s, Weis Matutät ou Langenscheidt, Zanichelli ou Agostini, etc. ? Quel écolier du primaire n’a pas découvert ses premiers dictionnaires de mots concrets ? Quel collégien n’a pas reçu pour son entrée en sixième un dictionnaire général de la langue française ?
De fait, le dictionnaire de nos jours s’impose comme un outil indispensable à l’apprentissage des langues vivantes et anciennes. Et si l’on remonte dans le temps, force est de constater que les premiers dictionnaires de langues au XVIe s. ont associé d’abord les langues anciennes – on apprenait le grec à partir du latin –, puis les langues anciennes et les vernaculaires – on a commencé à apprendre les langues anciennes à partir du latin ! – ce qui a donné naissance au genre du dictionnaire plurilingue dont ceux d’Ambroise Calepin offrent le plus bel exemple proposant jusqu’à douze langues de référence ! Mais le dictionnaire, ouvrage précieux imprimé en format in folio, était alors, sous l’Ancien Régime, réservé à un nombre très restreint de « lecteurs » représentant en moyenne moins d’un pour cent de la population.
C’est véritablement avec la mise en place du système d’enseignement des humanités dominé par les jésuites que le genre du dictionnaire s’est développé, voué à accompagner l’enseignement des langues, et d’abord les langues anciennes : en effet, la compagnie des jésuites disposait de ses propres imprimeries pour reproduire les ouvrages rédigés pour l’éducation du Dauphin, Louis de France, dit Monseigneur Le Dauphin, le fils de Louis XIV1 et de Marie-Thérèse d’Autriche né en 1661 ce dont témoigne la fable que La Fontaine lui a dédiée pour ouvrir le livre 1 de la première édition de son recueil en 1668. La mémoire historique a transmis les noms de son gouverneur, à compter de 1668, Charles de Sainte-Maure, Duc de Montausier et Pair de France, et de ses précepteurs, Jacques-Bénigne Bossuet évêque de Meaux2 et Pierre-Daniel Huet, évêque d’Avranches choisis par le Duc de Montausier qui lança la publication de textes classiques grecs et latins, sous la mention ad usum delphini « A l’usage du Dauphin », textes destinés à nourrir l’instruction du Dauphin sous l’autorité de ses deux précepteurs. Les jésuites ont eu le droit de reproduire sur leurs propres presses ces éditions en les imprimant sous de plus petits formats, sur du papier de moindre qualité, sans ornement typographique, et parmi eux de prestigieux dictionnaires.
1 Cf. le Mémoire de Louis XIV pour l'instruction du dauphin, daté de 1665, minute autographe de Colbert.
2 Cf. ses Lettres Sur l'Éducation Du Dauphin: Suivies de Lettres Au Maréchal de Bellefonds Et Au Roi.
Ainsi les célèbres dictionnaires de Pierre Danet3, quand, pour le grec, ceux de Charles Estienne4 ont connu de nombreuses rééditions dans le royaume de France, mais aussi dans toute l’Europe (cf.
Nicolas Lloyd, Londres, 1686).
Les études de métalexicographie menées depuis la seconde moitié du XXe s. se sont beaucoup intéressées aux dictionnaires généraux de langues, monolingues et bilingues, dans la perspective pédagogique de l’apprentissage des langues vivantes mais très peu aux dictionnaires conçus pour l’enseignement. C’est pourquoi le thème de cette journée « Dictionnaire et Enseignement » invite à explorer l’histoire du dictionnaire en relation avec celle de l’enseignement des langues, anciennes et vivantes, y compris des langues qualifiées de « rares », à enquêter sur les pratiques d’utilisation du dictionnaire, par les enseignants et les apprenants, et sur la conservation et les modalités de consultation des dictionnaires dans les bibliothèques, enfin à analyser le rôle de l’enseignement dans l’essor de la publication des dictionnaires. D’esprit pluridisciplinaire, cette journée que nous avons l’honneur de proposer au lycée Henri IV le 8 avril 2022 s’adresse donc autant aux enseignants, qu’aux élèves et aux chercheurs passionnés d’histoire de la pédagogie, d’histoire des disciplines et d’histoire du livre jusqu’à la production de dictionnaires sur support électronique.
Bibliographie indicative
- « Les dictionnaires de Pierre DANET pour la collection AD USUM DELPHINI », Martine FURNO, Histoire de l'éducation, n°74, Les Humanités Classiques, mai 1997, p. 115-130, Ecole normale supérieure de Lyon.
- « Dictionnaires et encyclopédies imprimés sous l’Ancien Régime : du château de Ferney Voltaire aux fonds patrimoniaux de Belley », Isabelle Turcan, Le Bugey, juin 2010, pp. 63-88.
- « La bibliothèque populaire de Châtillon-sur-Chalaronne et ses trésors : contribution à l’étude des fonds patrimoniaux de l’Ain », Isabelle Turcan, Revue de l’Académie de la Dombes, n° 32, 2011, pp. 56-58.
3 - Dictionarium novum Latinum et Gallicum in quo utriusque linguae ratio continetur, & ad scriptorum intelligentiam via facilis aperitur, Auctore magistro Petro Danetio, Apud Andream Pralard, Paris, 1680 [1673].
Magnum dictionarium Latino-Gallicum, ad pleniorem planioremque scriptorum Latinorum intelligentiam, collegit, digessit, ac nostro vernaculo reddidit m. Petrus Danetius, academicus, abbas Sancti Nicolai Virdunensis, ad usum serenissimi delphini, et serenissimorum principum, Apud viduam Claudii Thiboust, Paris, 1691
- Dictionarium antiquitatum romanorum et graecarum, in usum serenissimi Delphini… Claudii Thiboust et Petrum Esclassan, Paris, 1698.
- Magnum dictionarium Latino-Gallicum, ad pleniorem planioremque scriptorum Latinorum intelligentiam, collegit, digessit, ac nostro vernaculo reddidit m. Petrus Danetius, academicus, abbas Sancti Nicolai Virdunensis, ad usum serenissimi delphini, et serenissimorum principum, Apud viduam Claudii Thiboust, Paris, 1691
- Dictionarium antiquitatum romanorum et graecarum, in usum serenissimi Delphini… Claudii Thiboust et Petrum Esclassan, Paris, 1698.
4 Dictionarium historicum, geographicum, poeticum : Gentium, hominum... A Carolo Stephano, 1553.
Calendrier :
- 1er décembre 2021 : date limite de réception des propositions de communication (titre et très bref résumé)
- 31 janvier 2022 : notification de l’acceptation ou du refus des propositions de communication - 15 mars 2022 : réception du résumé d’une page
- 8 avril 2022 : journée d’études Comité scientifique :
Frédérique Biville et Isabelle Boehm (Université Lumière Lyon 2)