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Du Catogne à la prévention de la carie dentaire

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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M U B I S A est, j e pense, u n des cas e x t r ê m e s ; il faut se g a r d e r de généraliser et tous les ouvrages ne p e u v e n t être enterrés, mais p o u r cet a m é n a g e m e n t , nous nous en félicitons. Ce p r o b l è m e a, du reste, fait l'objet de m o u l t séances avec les autorités responsables et j e n e vou- drais pas o m e t t r e d e relever q u e M. A d o l p h e Schmid, p r é s i d e n t d e la c o m m u n e d ' E r n e n , qui a compris ce p r o b l è m e dans son ensemble, nous a facilité g r a n d e m e n t les choses.

D ' u n e façon générale, les présidents des c o m m u n e s intéressées nous ont a p p o r t é dans ce d o m a i n e leur a p p u i total et nous l e u r en sommes très reconnaissants.

DU CATOGNE A LA PREVENTION DE LA CARIE DENTAIRE

par Michel Coquoz

Lors de la sortie d'été 1963 dans le Val F e r r e t , m o n a t t e n t i o n fut a t t i r é e p a r le Catogne, sommet p e u i m p o r t a n t p a r son a l t i t u d e mais doté d'une p a r t i c u l a r i t é intéressante : celle de posséder dans ses flancs des sources d'eau p o t a b l e à forte t e n e u r en fluor. Cette p a r t i c u l a r i t é a intéressé le m o n d e m é d i c a l , qui a r e c h e r c h é des explications au fait q u e la p o p u l a t i o n de S e m b r a n c h e r est n o t a b l e m e n t m o i n s a t t e i n t e p a r la carie d e n t a i r e q u e les gens des c o m m u n e s avoisinantes.

Ceci a d é c l a n c h é u n e é t u d e assez poussée de la t e n e u r en fluor, cal- cium et m a g n é s i u m des e a u x p o t a b l e s de S e m b r a n c h e r . On s'est égale- m e n t posé l a question de savoir si les faits observés au pied du Catogne é t a i e n t similaires à ceux observés dans d'autres contrées, en A m é r i q u e du N o r d en p a r t i c u l i e r . Dans cette d e r n i è r e région, on a découvert des localités à forte t e n e u r en fluor de l'eau p o t a b l e , avec p o u r conséquence u n abaissement du t a u x de la carie d e n t a i r e . C o m m e la m é d e c i n e actuelle ne possède, c o m m e m o y e n de p r é v e n t i o n de la carie d e n t a i r e , q u e la réforme de l ' a l i m e n t a t i o n , q u i s'avère difficilement réalisable, on s'est d e m a n d é si u n e ingestion q u o t i d i e n n e de fluor ne serait pas u n m o y e n efficace d ' e n r a y e r ce fléau, q u i étend toujours plus ses ravages. C'est p o u r q u o i j e m e p e r m e t s de p r é s e n t e r u n a p e r ç u succint de ce qui a été fait à S e m b r a n c h e r :

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Fig. 1 —• Esquisse géologique de la région de Sembrancher (1 : 200 000). A gauche, le massif granitique (ligné); à droite, le flysch (blanc); entre les deux, le gneiss (pointillé). Le filon de fluorine affleure presque au contact du granit et du gneiss.

Il est figuré par un trait interrompu entre Martigny et Sem- brancher.

Le village de S e m b r a n c h e r est situé à u n e a l t i t u d e de 717 m., dans u n e vallée p r o f o n d e , sur les contreforts du Catogne, au p i e d d ' u n e a r ê t e rocheuse où se r e j o i n g n e n t les versants est et n o r d . P l u s i e u r s sources ali- m e n t e n t S e m b r a n c h e r : elles sont rassemblées dans les deux réservoirs de Rosay et de L a r z e t t e , à u n e c i n q u a n t a i n e de m è t r e s au-dessus de la localité. La t e n e u r en fluor des e a u x de ces deux réservoirs est de 0,7 mg/1 p o u r Rosay et de 1,1 mg 1 p o u r L a r z e t t e . Les e a u x diffèrent encore p a r l e u r débit et l e u r t e m p é r a t u r e . Il y a d ' a u t r e s sources, soit celles du M o n t - B r u n , du Devin et des T r a p p i s t e s , mais l e u r t e n e u r en fluor est p l u s basse et ces e a u x n'intéressent pas la p o p u l a t i o n de S e m b r a n c h e r . Constatation intéressante, la p o p u l a t i o n de S e m b r a n c h e r a u n e assez forte résistance à la carie d e n t a i r e , sans p o u r a u t a n t p r é s e n t e r les lésions corporelles q u e l'on a t t r i b u e au fluor ; ceci m a l g r é le fait q u e ces h a b i - t a n t s ont consommé p e n d a n t des décennies u n e eau p r é s e n t a n t u n t a u x

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de fluor de 1 à 1,4 m g / 1 . Les effets nocifs du fluor se manifestent chez l ' h o m m e à des t a u x dépassant 4-5-mg 1 d'eau de consommation. Dans le voisinage des usines f a b r i c a n t l ' a l u m i n i u m , on a eu de sérieux ennuis

avec le bétail et la végétation (ce fut le cas n o t a m m e n t à C h i p p i s et dans le F r i c k t a l ) . Mais dans ce cas, il faut r e c o n n a î t r e q u e le p r o b l è m e n'est pas le m ê m e : le fluor provient des é m a n a t i o n s d'usines ; ces é m a n a t i o n s ,

Catogne

Granit Ca F2 Gneiss Calcaire J Flysch

• Ruissellement Marne Fig. 2 — Schéma indiquant sommairement la structure du Catogne et du Mont-Brun;

entre le granit et le gneiss, on distingue le filon de fluorine, délavé par les eaux pluviales, qui traversent ensuite les calcaires dolomitiques et sourdent près du hameau de la Garde.

Tableau indiquant la teneur des eaux en F , Ca et Mg, en mg/1, et indications qualitatives pour Cl et SO*:

Désignation Larzette Rosay Trappiste Devin Bovernier Les Valettes Mont-Brun

F 1,01 0,7 0,58 0,51 0,34 0,34 0,03

Ca 43,6 60,6 48,1 37,0

7,6 76,6

Mg 6,8 10,3 13,3 4,3 0,36 0,74 12,0

C l

+—

+—

0 0 0 0

+—

so<

+

0

+ + + +—

+

La teneur est indiquée p a r : + = présence - + — := traces • O = absence.

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amenées par les vents, retombent sur les cultures, qu'elles peuvent en- dommager, comme le bétail se nourrit d'herbages frais ou séchés, l'ap- port du fluor est très grand et va lui causer des lésions corporelles, spé- cialement au niveau du squelette osseux. Ce sont ces faits qui ont incité une partie de la population à se méfier des effets du fluor. C'est pour- quoi les recherches de Sembrancher, corroborées avec celles d'autres localités, ont un intérêt médical certain. En ce qui concerne l'absorption du fluor par l'homme, il faut reconnaître que ce dernier n'est pas touché de la même façon, car son mode alimentaire diffère naturellement com- plètement de celui du bétail : en effet, il ne se nourrit que dans une faible proportion de végétaux, qu'il a l'habitude de laver au préalable, ce qui explique que la part de fluor déposé sur les plantes n'atteint pas l'organisme humain ou ne parvient qu'à des doses tout-à-fait tolérées, (même dans les régions où le bétail présente des séquelles consécutives à une forte ingestion de fluor).

Pour avoir une idée de la résistance à la carie dentaire de la popu- lation de Sembrancher, on l'a comparée à celle du Châble, où l'eau potable est très pauvre en fluor (0,055 mg/1). On est arrivé à la consta- tation que la teneur en fluor des dents était d'environ cinq fois plus élevée à Sembrancher qu'au Châble, comme l'indique le tableau suivant:

Teneur en fluor (mg %) des dents des écoliers au Châble et à Sem- brancher:

Le Châble Sembrancher

Nombre de dents exam.

8 8

Couronne totale

4,7 18,8

Email 2,0 11,8

Dentine corronaire

5,2 23,9

Le fluor retenu par la dent a donc un effet anti-carie marqué, qui, selon les auteurs, va jusqu'à une diminution de 60 % par rapport à la population-témoin. Des résultats semblables ont été acquis dans les villes où la fluoration des eaux a été introduite depuis un certain nombre d'années. En Suisse, Bâle-Ville, par exemple, fluoré ses eaux, de même qu'Aigle qui, à ce sujet, sert de ville-témoin.

Il serait maitenant intéressant de voir d'où vient cette abondance de

fluor dans l'eau potable de Sembrancher, abondance qui ne se rencontre

que rarement en Suisse. Celle-ci provient d'un filon formé de veines de

fluorure de calcium ou fluorite (Ca F2, teneur de l'abattage : 17,9 %),

d'une épaisseur allant de quelques centimètres à un mètre, morcelle,

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imprégnant plus ou moins le gneiss voisin. Son inclinaison E. SE. est de 70°. Ce sont les eaux de pluie qui, dans les flancs du Catogne, délavent ce filon ou ses veines et qui apparaissent au niveau du hameau de la Garde et dans un vallon près du réservoir du Rosay.

Ce même filon de fluorite affleure au fond de la vallée, au lieu-dit

« Les Trappistes » ; il a même été exploité en 1918 par la Société de l'In- dustrie de l'Aluminium, dans le but de remplacer la cryolite, et préala- blement à plusieurs reprises, à cause de sa teneur en plomb argentifère.

Le filon affleure également plus à l'est, au-dessus de Charrat, près du Botzi. Des filons du même type ont été signalés dans la Combe d'Orny et dans la vallée de Saleinaz.

Les sources du Devin et des Trappistes, situées au fond de la vallée de la Dranse, près de l'affleurement du filon, contiennent notablement moins de fluor, car elles sont vraisemblablement alimentées par des infiltrations d'éboulis. Dans ces éboulis, l'eau passe rapidement et n'a pas suffisamment de temps pour dissoudre la fluorine.

Il est intéressant de signaler ces faits, qui touchent le Valais et plus particulièrement la commune d'origine du Chanoine Murith. Car toute cette question de fluor est fort à la mode, depuis qu'on parle de fluorer l'eau ou à défaut, le sel de cuisine ou le lait. Il n'y a qu'à voir la florai- son de pâtes dentifrices fluorées pour se rendre compte combien ce problème est d'actualité.

Novembre 1964.

LA MARMITE GLACIAIRE DES CAILLETTES

(voir plan de situation)

par Jacques Martin, Vevey

Lorsqu'il y a quelque 30 ans (ou serait-ce 35 ?), roulant à bicyclette par le défilé de St-Maurice, j'avais aperçu en amont de la route un petit panneau de bois portant l'inscription délavée: MARMITE GLA- CIAIRE, je ne me doutai pas que beaucoup plus tard le souvenir de cette pancarte, depuis disparue, éveillerait en moi un intérêt à retar- dement, si je puis dire, qui devait m'entraîner dans une entreprise d'une envergure insoupçonnée.

Tout d'abord je dois m'excuser d'utiliser la première personne dans

ce texte, je pense qu'ainsi mon récit en sera plus vivant.

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