M
G. T H . G UILBAUD
Pour le deux cent cinquantième anniversaire de la mort de G. W. Leibniz
Mathématiques et sciences humaines, tome 17 (1966), p. 13-36
<http://www.numdam.org/item?id=MSH_1966__17__13_0>
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POUR LE DEUX CENT CINQUANTIEME ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE G. W. LEIBNIZ
G. Th. GUILBAUD
UN PROBLEME LEIBNIZIEN : LES PARTAGES EN NOMBRES ENTIERS
.
A
On croit que c’est une lettre de Leibniz
qui
constitue Ipplus
ancien textesur le
problème général
dupartage
d’un entier enparties qui
soientelles-mêmes entières.
L.E. Dicksonconsulté,
y avoue nepoint
connaître deréférences anté-
rieures(voir
lechapitre
3 du volume 2 de sonHistory
ef thetheory
ofNumbers).
Mais,
si l’on cherchaitmieux, je
croisqu’on pourrait esquisser
une histoire in-.téressanie* .
Voici le texte de Leibniz.
Leibniz à Joh. Bernoulli :
~G.~’. Leibniz,
mathem.schriften~
Ed.Gehrardt,
p.601 )
z(...)
an unquam consid-erasti numerumdiscerptionum
vel di.vul sl.onum numeridati~
quot
scilicet modispossit
diuelli inpartes
duas,tres,
etc. e Videtur mihi eius determinatio norl facilis et tamendigna
quae habeatur(...)
el-le. DabamHanoverae 28 Julii
1699.
Ce
qui
veutdire, approximativement :
.
"as-tu jamais
étudié le nombre despartages,
oudécoupages,
d’un nombre donné"-
c’est-à-dire:
de combien defaçons peutp-on partager
en deux ou troisparties.
"ou
davantage.
Le calcul ne m’en.parait
pasfacile,
mais il estintéressant...".
On aura
noté
le vocabulaire: ce que nousappelons part,age,
Leibniz le nommedivulsio,
mot latinauthentique, qu’ori pourrait peut
être ressusciter: enfrançais
on connait les convulsions et les
révulsions -
mais pas encore "divul sions’" ®Qu’il
convienne de s’arrêter un peu sur les mots. tout le monde saitpour quoi:
en.français mathématique contemporain, "partitions" désigne
un ensemble departies disjointes
d’un ensemble dont elles sont l tunion, Mais ontrouva,
chezles
axithméticiens,
le même mot"partition"
pourdésigner
l’enembldes
cardi-naux des
parties susnommées.
Dans ce dernieremploi
3+2~1 sera une"partition"
du nombre 6. Bien
entendu,
il y a unecorrespondance
tout à fait évidente entreles deux
acceptions;
mais unexemple simple
fait bien voi.rqnY i 1
n’estguère
fa-(*)
Je m’en suis explïqué naguère dans un article sur: "les problèmes de partage". paruen 1952 dans Economie Appliquée et réimprimé, dans une monographie de
sous le titre: Eléments de la théorie des jeux, Paris, Dunod,
19~7~a
cile
d’exploiter
cettecorrespondance
en vue derésoudre
les deuxproblèmes
tra-ditionnels de l’énumération et du
dénombrement :
Notes :
1.
L’application
despartitions
d’ensemble sur lespartitions
d’entiers est unesurjection,
mais laméthode
desbergers
n’est pasapplicable,
y car il y a ici des moutons dits "àcinq pattes", c’est-à-dire n’ayant
pas le nombre depattes régle-
mentaires.
Il n’est toutefois pas difficile de calculer le nombre des
pattes:
Soit unepartition
d’entier: a ~- b ~- c ~ d ~- ... = n.Faisons d’autre
part
lastatistique
desparts, c’est-à-dire comptons
lenombre de
parts qui
sontégales :
La formule multinomiale bien connue donne d’abord le nombre des
applicatior.s
soit : .
Pf, l’on divise ce
résultat
parp! q! r! ...
2. Notons aussi que tout serait bien
plus
facile avec les(ou
quo-tients)
d’un ensembleordonné:
on retrouverait les structuressl.mpliclaaes
bienconnues, 3 et le
Triangle de Pascal. Qu’il
suffise icidfindiqupr
lapi ste ~
elleest très commode.
Les
partitions ordonnées
d’un entier n sont les "distributions" du statisti- cien :(population
de nrépartie
en kclasses).
Certains auteurs delangue anglaise
ap-pellent
cela une"composition"
de l’entier n.Mais laissons ces
études
"dans et revenons àcelles, plus délicates
"dans le
désordre",.(*)
Je propose,
compte
tenu de cequi
vi.entd’être
dit(et
de cequi
n’est pasdit)
de direpartage
pourdésigner ici
la construct,ion d’unsystème
d’ entiers desomme
donnée (il s’agira
bienentendu
tout aulong,
y des entiersnaturels,
c’ est-à-dire négatifs
exclus ainsi quezéro).
*(On a déjà
ditqu’on
ne tient pascompte
de l’ordre desparts).
Il n’est
guère
besoin deméthode
savante pour lesénumérations
ci-dessus.On
peut
même continuer un peu: lelecteur,
même nonentraîna,
ne mettraguère
quequelques
minutes pourétablir
la listecomplète
dessept partages
de5,
et cellede s onze
partages
de 6.(*)
Nous allons laisser aussi bien de côté lesproblèmes
concernant les partitions d*en- semble, i1sont-déjà
étéprésentés
dans ce mêmeBulletin,
dans le numéro 3, Avril 1963, pages 31 à G. KREWERAS, Une dualité combinatoire. Renvoyons aussi nos-lecteurs àun article de P. BERTIER: Partages, Parties
et. Partitions,
dans la Revue °°Metra~*Vol. 6, n8 1, Mars 1967.
Mais on se
fatiguera
vite: pour les curieux disons tout de suitequ’il
y a ~42
façons
departager
le nombre10’
y627 façons
pour le nombre20,
pour 50 il yen a deux cent
quatre
mille etquelques;
pour 100: centquatre vingt
dix millionset demi
(environ).
Toujours
pour lescurieux,
et pour euxseulement, j’ajoute
que versl’année
1918~
lecélèbre major (de
l’ArtillerieRoyale,
enretraite) Percy
A.Macmahon, F.R.S., réussit, dit-on, après
un mois detravail
à calculer le nombre departa-
ges de
l’entier
20C : il y en a un peu moins detrois mille
neuf cent soixante treize milliards(mais
biensùr,
y lemajor
adonné
le nombreexact).
Comme disaitLeibniz: "faut le faire!"
(en
latin:"digna
quaehabe,a.turn).
Dans la
pratique,
dequoi peut-on
avoir besoin ?Parfois d’énumérer
les par-tages, parfois
seulement de lesdénombrer - et,
sauf c,as vraimentexceptionnels,
il
s’agira toujours
departager
un entiertrès- petit:
disons moins de50,
pourfixer les
idées.
Ilpeut
arriver aussiqu’on
ait envie deconnaître
l’ordre degrandeur même très grossièrement approché
du nombre despartages
d’un entier unpeu moins
petit. Commençons
par cettedernière curiosité
C
ORDRE DE GRANDEUR DU NOMBRE DES PARTAGES
Supposons qu’on
ne se soucie pas de calculer avecprécision
le nombre despartages p(n)
de l’entier n, maisqu’on
ait seulement besoin d’enconnaître
l’or- dre degrandeur:
un moyenrapide
et commode c’est de trouver le nombre des chif- fresdécimaux
dep(n) -
c’est lelogarithme décimal (arrondi
àl’unité).
Une
première règle peut
êtredonnée, remarquable
par sasimplicité :
Tant que n ne
dépasse
pastrop 2500,
le nombre de chiffredécimaux
dep(n)
est asse,~ voisin de la racinecarrée
de l’entier n.On
peut
surquelques exemples,
se rendrecompte
de la valeur del’approxi-
mation :
On a donc au
départ:
et il faut s’attendre à voir
l’écart augmenter: p(100~),
a 107 chiffres.On constate
donc, aisément
maisempiriquement,
une relation(approximative)
entre le
logarithme
du nombrep(n)
despartages
de l’entipr n et la racinecarrée
de n.On
peut ébahir.
En fait c’est moinsmystérieux qu’il
ne semble au pre- mier abord. gMais je
ne veux pas alourdir leprésent exposé (qui
se veuttrès élé-
mentaire).
* Pour les curieuxje signalerai simplement qu’il fqut partir
de lafonction
génératri.ce eulérienne décrite
un peuplus
loin(page 28 )
et utiliserquelque
théorème decaractère "Taubérien" (c’est-à-dire
liant lecomportement asymptotique
des coefficients d1unesérie
à de la fonctionsomme).
Le lec-teur curieux pourra, par
exemple,
trouver dans unebibliothèque
la collection desComptes-rendus
del’Académie
des Sciences de Paris et lire que le 2 Janvier1917 G.H.
Hardy
et S.Ramanujan
y firent une communication sur "une formuleasymptotique
pour le nombre despartitions
de n " . . Ce sont trois pages derésumé qui
donneront unepetit idée
desdémarches
du calcul.On
arrive,
par ces oyens, à donner uneidée
ducomportement
de:long
p(n)/n 1/2 ,
?quand
n estgrand
On
peut
d"ailleursperfectionner
de telles formulesd’approximation.
Parexemple,
une valeurapprochée
deest donnée par le
quotient
(à
condition deprendre
32e q2 # 48, n
comme de coutume =3~14...
et l’ex-ponentielle népérienne
c ~ est-à-dire de base =2~718....)
1Avec cette formule
plus raffinée
on trouve :On
peut
prouver quel’approximation
esttoujours
parexcès,
mais que l’er-reur relative diminue et tend vers zéro.
Il existe encore d’autres
formulesa
encoreplus précises~ elles s’appuient
toutes sur le
développement eulérien déjà cité, qu’il
faut rattacher à lathéorie
des fonctions de la variable
complexe (fonctions elliptiques,
fonctions modulai- res, voir laréférence
nO 3donnée
dans la notebibliographique, infra).
Les dé-tours sont assez
longs,
mais le tout est fina,lement> assezsimple
àcomprendre.
Mais il nous faut revenir maintenant à une manière très peu savantp d(, po-
ser le
problème
departages
d’un entier naturel.’
,
~
D
f A f RE LA MONNAIE
Il existe en
France,
yaujourd’hui,
des billets de 5francs,
de 10francs,
de 50 francs et de 100 francs.
De combien de
façons peut-on échanger
un billet de100
francs contreplu-
sieurs billets ?
Il
s’agit,
comme on le verra sanspeine,
yd’énumérer
et dedénombrer
les so-lutions
(en
nombresentiers)
del’équation :
"
(On
apris
pour"unité"
laplus petite
valeur enjeu c’est-à-dire
le billet decinq francs ) .
On aurait pu aussi bien
parler
depièces:
il y en a de 5centimes,
de10, 20,
50centimes,
de 1 franc et 5 francs.Changer
unepièce
decinq francs,
c’esttrouver une solution de
l’équation :
Nous pouvons, par la
même occasiony
dresser un tableau des solutions dex + 2y ,+ 10z
= apour
n’importe quelle
valeur de a(payer
5a francs en billets de5y
10 ou 50francs).
On choisit d’abord z, d’où le reste: a’ = a - 10z.Il suffit donc de savoir
dénombrer
les solutions deMême
méthode:
on choisit d’abord y, y d’où le reste a" = a’ -2y
1
Finalement
on est conduit aux solutions dex = ail
dont la liste est facile à
établir, puisqu’il n’y en
ajamais qu’une
seule.On
peut
doncmaintenant,
en sensinverse,
calculer le nombre des solutions.On
retrouve
le casparticulier traité plus
haut(pour
a =20) :
Il est
évident
quel’algorithme qu’on
vientd’essayer
est valable pour dé- nombrer les solutions de touteséquations
de la forme: ax +by
+ cz + dt+ etc...= n.Voici,
sans autresdétails,
une suite derésultats.
Nombre des solutions de x = a
Nombre des solutions de x +
2y
= aNombrp des solutions de x + 2v + 3z = a
,
Nombre de solutions de x -+
2y
+ 3z + 4~~ = aOn
reprend
la suiteprécédente qu’on
additionne àelle-même après
les dé-calages
dequatre
rangs :et ainsi de suite.
(Pour
les curieux: uneprocédure analogue
aété utilisée
en1786
par legéomètre
italien
Malfatti).
On
pourrait
souhaite unalgorithme plus économique:
c’est cequ’on appelle
en
général
une "formule" ‘ Pour cPla onpeut exploiter
unE’idée
due à J.F.W.Herschel
C1818),
etdéveloppée plus
tard parCayley (1856)
etSylvester (1882)
et d’autres encore
(pour
lesdétails historiques,
voirl’History
de L.E.Dickson, déjà citée).
On a dans ce
qui précède
construit une fonctionN(a)
de la variableentière
a. Cette fonction est construite par sommation de fonctions similaires
après
dé-cciictge
tMais c’est une
généralisation
de la très vieilleprocédure
des nombres "fi-gurés"Y systématisée
par Pascal(1654)
dans sonTriangle arithmétique, qui
marque ledébut
du CalculIntégral :
.Ore
les fonctions ainsi construitespeuvent
êtreexprimées
sous forme depolynômes :
Mais le nouvel
algorithme présente
unecomplication
que n’avait pas l’an- cien : lesdécalages
sont variables. Il faut doncapporter quelques
modifications.Reprenons
parexemple ~
le castraité plus haut,
y del’équation (la
monnaie de centfrancs) :
ret
considérons
seulement pour commencer, les valeurs a= 0, 10e 20’
y30y
...Le Tableau des calculs est alors aussi
régulier
que letriangle pascalien :
et il n’est pas difficile de trouver une formule
polynomiale :
On a donc une fonction
polynome qui
coïncide avec la fonctioncherchée
sia est
multiple
de 10.On
peut
recommencer pour les valeurs a =1,
a11 , 21 ,
y31,
y etc...1JD tabInaii est, le même que le
précèdent;
on a donc dans cePuis pour
a =2 2a 12, 22y 32,
etc... on aura :... - . ,-
ce
qui
donnp la formule :On
peut
continuPr de la sorte, fi et obtenir facilement :On voit que la. fonction
(N)
dp(a) emprunte
tour à tour ses valeurs à sixpolynômes
du seconddPgré :
La formule
qui
donneN, (le
prograrnrne ducalcul), peut
doncs’écrire
enlangage
depolynome
à conditiond ’ y a~d.~oindre (c’est,
cequ’indiquait Herschel)
des fonctions
périodiques,
icidÉsignées
par les notations :(p.q). (p.cl,r),
et ainsi de suite.On pourra, à titre
d’exerci.ce;
évaluerd’une façon analogue
le nombre N des solutions entières de :On trouve
(c est
unrésultant
deHerschel) :
avec :
’1 44 ° 4ô . 1 "
D = une fonction
périodique
depériode 12,
que le lecteur se fera unplaisir
de trouver.
1
Quelques ma,nipulations
conduisent à donner à cettedernière
une forme assezsimple :
Mais comme N est
nécessairement entier,
on voitqu’il
ne sera pasutile,
le
plus souvent,
de calculerexplicitement
la valeur de D.Note: Au lieu
d’exprimer
N comme combinaisonlinéaire (à
coefficientspério-.
diql-,.Ps)
des monomes,a3. a2,
ya1, a ,
onpeut
aussi bienprendre
pour base lespolynomes
binomiaux. Parexemple,
on pourravérifier
que :avec :
e t,
r
UNE METHODE DIENUMERATION DES PARTAGES
1. -
Enumération
Soit à construire par
exemple
lecatalogue
despartages
du nombre 6. Il estassez naturel de
procéder
comme suit :1 ~ )
onécrira
6 = 1 +(...)
et on est
ramené
àchercher,
pour lesécrire
dans la,parenthèse (... ),
les par-tages
du nombre 5.Supposons
que cet inventaire aitdéjà été
fait.2°)
Ensuite on passe à 6 = 2 .f(...)
et il fautécrire
dans laparenthèse,
1~S de 4 mais on ne dovra, pa,s utiliser 1 dans ce
partage
de4.
souspeine
de retrouver unpartage déjà
écritprécédemment ( au 1°).
* ’30)
Enfin: 6 na 3 ~ 3qui
est ici leseul de
son4°)
Pour termine il ne faut pas oubliPr : 6 # 6. D’ol uneméthode (récur-
rente)
voici :Si l’on a
dé jà
pnuméré lespartages
de tous les entiersjusqu’à N-1,
pourpartagpr
le nombre N on devra, :1 °
Prendre tous lespartages
de N-1 et leurajouter
120) l Prendre roux des
partages
de N-2qui
npcomportant
pa,s depart
infé-rieure à
2.
et leuradjoindre
2 à chacun.3°)
Prendrp lespartages
de N-3 dont aucunepart
n’estinférieure
à’3$
etadjoindre
3 à chacun.4°)
Et continuer de la sorte pourN-4, N-5.
5° ~
Achever par lepartage qui.
n’en est pas un au sensvulgaire)
dans le-quel
iln’y
aqu’une
seulepart
=laquelle "prend
On voit alors
qu’une
telleprocédure exige
de classer lespartages
selon lavaleur de la
plus petite part.
Classification des
partages
selonOn voit comment se construit
progressivement
un tableau de ce genre: la, classe(S, PP)
se construit enajoutart
au nombre PP l’Pllspmble de toutes lesclasses PP) S-PP, PP+1 ) (S-PP, PPt2)
etc...(voir
à ce propos l’exerciceproposé,
in ‘2. -
Dénombrement
.1
Si l’on
s’intéresse
seulement aunombre
despartages
danschaqup, cla.sse,
onpourra construire un tableau de même forme en
réécrivant
qii- Ips cardinaux des classes.On commence par
repérer.
cequi
est très facile, les classes vides.C’est-à-dire :
-,puis
on dresse le tableau :Le
premier
nombre d’une colonneégale
la somme de tous ceux de la, colonneprécédente:
le second s’obtient enadditionnant,
mais àpartir
de la seconde li-gne seulem(-,nt. ceux de l’ avant
dernière
colonnp: letroisième
enadditionnant,
àpartir
de latroisième ligne
seulement, ceuxde la
colonnequi précède
l’avantdernière,
et, ainsi.de
suiteCe
qu’on
aappelé plus
haut le nombre despartages
de la somme S n’esfautre que ce
qu’on
lit dans la,première lign.e
du tableau ci-dessus. mDésignons
donc parp(S)
la sommeF(Sa 1 )
+F(S~2) + ~.
* des nombres d’une colonne du tableauprécédent.
On a, comme il vient d’être dit :puisque F(S,2)
est la somme de la colonne(S-2)
sauf lepremier terme;
on a :On
peut
continuer :"il.
De même on
pourrait
voir que :et l’on
peut
continuer.Il vient la formule de la,
Récurren.ce :
qui permet
de calculer successivement les nombresp(S),
àpa,rtir
despremières
valeurs
p(2) = 2, p(1 ) = 1,
1p(0) =
1.C’est
ainsi, Hardy
ledit,
que fit lemajor
Macmahon. Cequi
supposequ’il
avait
précisé
la, forme de la formule derécurrence (qu’y
a-t-il derrière les"etc."
écrits ci-dessus?).
Mais Euler y avaitdéjà pensé,
vers lesannées
1740 :il faut dire maintenant ce
qu’il
avaitdécouvert.
F
UNE METHODE DE DENOMBREMENT DANS LE GOUT EU~LERIEN (*)
’
1.- Elle utilise la
technique
des fonctionsgénératrices.
Tout le monde sait que la formule du binome fut lepremier exemple, exploité
àpartir
de Pascal(1654),
de cette
méthode
trèspuissante.
Elle consiste à remarquer les vertus combina- toires du calculalgébrique (thème
leibnizien parexcellence).
Par
exemple:
et l’on voit que l’on construit ainsi les "combinaisons" ou
parties
d’un ensemble.Il s’en suit que les formules:
1% n
et ainsi de
suite,
ydonnent,
par leurscoefficients,
y le dénombrement des combi- naisons.On dira que le
polynome (l+t)
est la fonctiongénératrice
des nombres departies
d’un ensemble de n éléments: lenombre
desparties
à k élémentsn’étant autre que le coefficient du terme en t .
Il
s’agit
alorsici,
en suivant l’idéed’Euler,
d’inventer la fonctiongéné-
ratrice du nombre des
partages.
Il suffitd’y
penser comme on va voir.2. -
La fonction génératrice
Voici la recette de la fonction
génératrice:
faire leproduit
despolynomes
suivants:Pour avoir les
premiers termes,
y parexemple
lescinq premiers,
y il suffit dese limiter aux termes de
degré
inférieur à 5 danschaque
facteur:ce
qui
donne(en
laissant tomber les termes au delà ducinquième degré):
(*) J"Interprète
ici, avec beaucoup de libertés, cequ*Euler
communiquait à l’Académie Pétersbourgeoise en 1741, et qu’il développa ultérieurement dans son Analyse infini- tésimale(Introductio
lnAnalysin’Infinitorum,
1, XVI;1748).
On voit que les coefficients sont les nombres de
partages
del’exposant.
Eneffet: il y a par
exemple
7façons
d’obtenirt5~
y ce sont :qui correspondent respectivement
auxpartages :
(Chaque
colonnereprésente
unefaçon
d’obtenir la somme5, c’est-à-dire
une so-lution de x +
2y
+ 3z + 4t + 5u =5).
En
prolongeant indéfiniment
lespolynomes
on obtient desséries entières
etnous
écrirons,
comme faisait Euler :La fonction
génératrice cherchée prend
donc la forme :Il suff Lt alors de
pouvoir
écrire ledéveloppement :
pour
connaître
lespn c’ e st-à-dire
les nombres departages
de l’entier n.3. -
La s u i te pe ntagona 1 e
Euler commence donc par étudier le
produit :
En effectuant
courageusement
lescalculs,
on trouve :Mais
quelle
est la loi des coefficients et desexposants?
a)
Alternance dessignes:
deuxsignes
moins suivent deuxsignes plus
et in- .versement.
b)
Tous les coefficients sont en valeur absolueégaux
à l’unité.c)
Reste à construire la suite desexposants :
On
peut
découvrir la loi par induction: chercher d’abord les différences entre les nombres successifs de la suite(Pent):
Suite des
différences: 1, 1, 3, 2, 5, 3, 7? 4, 9,
...et l’on voit que la suite des
différences
résulte de l’insertion de la suite des entiers dans celle desimpairs :
Si cette remarque est vraie on
peut
endéduire
facilement une formulation de la suite(Pent).
Les nombres de rang
pair : 0,2,7,15,26,
...sont :
0, 2, 3+4, 4+5+6, 5+6~-7+8
i ...,n+(n+1)+...+(2n-1);
Finalement on
vérifiera
que tous les entiers de la suite sont obtenus aumoyen de la formule :
en donnant à x les valeurs
entières positives
etnégatives.
Jadis on disait quec’étaient
des nombres"pentagonaux":
somme des termes d’uneprogression arithmé- tique
de raison 3.Quant
à savoir si toutes ces remarques sont vraies? Par larécurrence,
biensûr!
Rappelons
à cette occasion la vieille nomenclature(nombres "figurés").
Les nombres
triangulaires :
I)p s nombres carré s :
Le s nombres
pentagonaux :
(une déformation
de lafigure: plier
lapremière ligne
pour en faire unangle
desommet
A.
et l’on faitapparaître d ’ a-u the nt i que s pentagones).
Avec toutes ces
données
il devient facile de construire la suite(Pent)
aussi loin
qu’on
voudra et parconséquent
ledéveloppement
duproduit :
4. -
Achèvement du calcul
On a:OU7 en faisa-nt le
produit :
on doit annuler tous les
coefficients,
sauf lepremier
A -
CP
qui permet
le calcul parrécurrence. (On retrouve
lapremière
avec, en
plus,
la loi de construction, celle de la suitePeut).
Voici le tableau des calculs
(tels
queje
les ai faits il y a huit ans, cequi explique pourquoi je
me suisarrête
auvingt .cinquième fermer
remarque adres-sée,
comme decoutume,
aux seulscurieux).
n. Les
numéros qui
commencent une nouvellesérie
sont évidpmwent :2, 5,
y7a ~ Z’ ~ ~
a 22, ... · on reconnait la suite~Pent. ) .
Dans
chaque série
le nombre des additions et soustractions est le même.(*)
Cf.’ ci-dessus7 page 27.Les effectifs dans les
séries
de rangpair
sont lesimpa,irs
su.ccessifs. etceux des
séries
de ra.ngimpa,ir
sont tous les entiers successifs.G
ORGANISATION DE L’ENSEMBLE DES PARTIES
,
On
peut
d’abord utiliser desrègles alphabétiques.
Or.. range les
parts
dans l’ordre croissant(ou décroissant)
et lespartages peuvent
êtrerangés
dans un ordrelexicographique (on
sous-ent,end deszéros
s’il lefaut).
Il y a deux ordres
possibles :
voici unexemple.
Liste des
qva,rante-de>ux partages
de l’entier dix(en
ordrealphabétique) :
En lisant les mots dans l’ordre inverse
(comme
dans laplupart
des diction-naires) :
°On
peut,
se proposer des faire un programme pourl’algorithme qui
énumère lespartages
dans l’un ou l’autre de ces deux ordres.Prenons le
premier
pourexemple.
Il suffit d’étudi.er la nature des transitions telles que :
On observera d’abord que la
dernière part
mise entreparenthèse
est déter-minée par l’ensemble drs autres
parts;
il suffit donc de noter les transitionsprécédentes
sous la, forme :Les
règles s’écrivent
alors sanspeine (Bon
exercice deprogrammation).
Onn’a pas attendu
l’avènement
des machines:dÈS 1747
Boscovich donnait un programme,Kramp
un autre en 1808(voir Dickson).
Au lieu de se contpnter de cla,sser les
partages
selon le nombre departs,
on
peut
utilisersimultanément
d’autrescaractères.
Parexemple, (on
en a, vul’emploi
dans unparagraphe antérieur)
selon la,plus grande part.
Si l’on
compte
le nombre de cas danschaque
classe. on trouve un dispositifterriblement
symétrique :
Il est en effet facile
d’établir
une relation entre les deux caractères:nombre de
parts
etplus grande part.
Le mieux est de faire cernée fitSylvester (sur
les corlseï ls deFerrers,
en1853). c’est-à-dire
de montrer unereprésentation graphique
d’ur.ç, a,r 1, age ;
soit parexemple :
10 -. 1 + 1 +1 + 1 + 1 +2+4. On dessinerai 1
Mais si on lit en colonne
(quand
on a dessine enlignes)
il vient :Le nombre des
parts (six)
est devenu laplus grande part.
Ce
d.ispositif graphique ayant plus
tard servi à AlfredYoung
dans sesétudes
sur les
représentations
du groupesymétrique,
certainsappellent digramme
deYoung l’objet
enquestion:
mais ce queYoung appelle
"tableaux" sont des schémas dutype précédent
avec desécritures
dans les cases. G.Kreweras,
dans le cahiern06 du Bureau Universitaire de Recherche
Opérationnelle (Paris, 196~,
Institutde
statistique), exploite ingénieusement
cette veine.H
EXERCICE SUPPLEMENTAIRE (pn plus
de tous ceuxqu’on
arencontré ci-dessus):
Appelons g(n.m)
le nombre despartages
de l’entier n pourlesquels
laplus.
grandie pa,rt
estégale
à m etp ( n, m~
celui despartages
où laplus part
est
égale
à. oei. 6Appelons
G et P les fonctionsana,logues
auxprécédentes
ma,is définies par:... la
plus grande part
auplus égale
à Irl. laplus petite pa,rt
au mcinséga,le
à m. ,
On a
Etablir ensuite :
En déduire divers
algorithmes récurrents
et retrouverquelqu.es
uns des ré-sultats
précédents.
1
ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE
La littérature concernant notre
sujet
estexceptionnellement
riche. L. E.Dickson,
dansson "History’’ déjà
citée consacre unchapitre
aux ’’Partitions"’ et donne 231référpnces,
dans un désordrequi exige
du lecteur une bonne connaissance dusujet,
s’ ilespère s’y
retrouver. Les livresclassiques
de combinatoire(Netto,
MacMahon,
Riordan.etc.)
sont eux aussi fortprolixes.
,.Je pense être utile à mes lecteurs
éventuels
en faisait le contra,ire. Maiscomme
je
ne citerai que ceque j’ai
lu etpratiqué (qu’on
me lepardonnr ! ) ,
il sepeut
que mon choix soit contestable(on peut
contester: écrire à laRédaction
duprésent bulletin).
1. - Si l’on est
pressé
etqu’on
ait besoin derésultats seulement,
on doit seprocurer les belles tables de
Gupta :
Tables of
partitions, by Hansraj Gupta.
C.E.Gwyther
and J.P. Miller(Royal
societ.y
mathPmaticaltables~
nr.4), Cambridge University Press, 1958.
(3L.
et 3sh, 1
132 pages du formatde
notre bulletin.Avec unp
bibliographie (plus
dequatre vingt références),
on y trouvera 26 pages d’Introductionqui
donne. très sommairement, toutel’algèbre
duproblème.
Les tables donnent le nombre
(exact)
departages
des entiers de 1 à 1000.Ainsi que le nombre de
partages
dont laplus grande part
estdcnnée.
Et des ta-bles auxiliaires
qui permettent
encore d’ allerplus
loin.2. - Pour étudier le
problème lui-même,
et les méthodes, onpeut
recourir d’abord à l’introduction des tablesprécédentes.
Mais il faut yjoindre
unchapitre (le
XIX pp.
273-296)
dugrand classique :
G.H.
Hardy
a,nd E.M.Wright,
An introduction to thétheory
ofNumbers, Oxford,
Clarendon Press. *(Première
édition1938~
souventréimprimé depuis).
3. - Chez:
Erdelyi. Magnus
etTricomi~ Higher
transcendantal functions(Bateman manuscript project.
Tome3, Page s 175-180;
McGrawhill.New-York. 1955 ) ~
on trouveun
résumé
très condensé enquatre
pages desrésultats théoriques
lesplus impor-
tants
(avec
24références):
liaison avec les fonctionselliptiques (théta
de Ja-cobi)
et formulesd’ approximation.
4. - I1 ne faut s’aventurer dans
MacMahon, Combinatory analysis.
2 volumes(1915- 1916 ) (réimprimé
en unvolume, Chelsea New-York, 1960)
que si on abeaucoup
detemps
devant so i..Quant
à Riordan, an i.ntroduction to combinatorialanalysis (wiley, New-York,
1958),
il consacre unevingtaine
de pages aux"partitions"°,
41 avecquelques
indica-tions
parcimonieuses
sur les formules à laHerschel;
mais l’introduction aux ta- bles deGupta, citée plus
haut, estplus
abondante etplus
claire.5. - On a
toujours beaucoup
de satisfactions en lisant Euler: onpeut trouver.
dans les