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LA HACHE DE PIERRE. Carrières vosgiennes et échanges de lames polies pendant le Néolithique ( av. J.-C.)

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Academic year: 2022

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L A H A C H E D E P I E R R E

Carrières vosgiennes et échanges de lames polies pendant le Néolithique (5400-2100 av. J.-C.) sous la direction de P. Pétrequin et C. Jeunesse

Françoise Jeudy, Jean-Louis Monnier, Nicole Morre-Biot, Jacques Pelegrin, Anne-Marie Pétrequin, Ivan Praud, Michel Rossy et Jean-Claude Rougeot

Cet ouvrage a été publié grâce au soutien des

Direction Régionale des Affaires Culturelles de Franche-Comté, Service Régional de l'Archéologie Région de Franche-Comté

Ville d'Auxerre (Yonne)

Ville de Belfort (Territoire de Belfort) Ville de Bienne (Suisse)

Ville de Lons-le-Saunier (Jura) et Conseil Général du Jura Ville de Strasbourg (Bas-Rhin)

Conseil Général de Seine-et-Marne

editions errance

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Illustration de couverture : Longue lame polie et milieu forestier peu touché. L'expansion des carrières vosgiennes accompagne une période de croissance démographique et de défrichements intenses en forêt primaire.

Des mêmes auteurs :

- Pierre PETREQUIN - 1984. Gens de l'Eau, Gens de la Terre. Ethno-archéologie des communautés lacustres. Paris, Hachette Littérature.

- Anne-Marie et Pierre PETREQUIN - 1988. Le Néolithique des lacs. Préhistoire des lacs de Chalain et de Clairvaux (4000-2000 av. J.-C.). Paris, Editions Errance.

- Pierre PETREQUIN (éd.) - 1991. Construire une maison, 3000 ans av. J.-C. Le lac de Chalain au Néolithique. Paris, Editions Errance.

- Pierre et Anne-Marie PETREQUIN - 1993. Ecologie d'un outil : la hache de pierre en Irian Jaya (Indonésie).

Monographies du CRA (12), Paris, CNRS Editions.

- Pierre PETREQUIN et Jean-Louis MONNIER - 1995. Potiers jurassiens. Ethnoarchéologie d'un atelier du XIXe siècle.

Lons-le-Saunier, Centre Jurassien du Patrimoine éd.

Direction r é g i o n a l e d e s a f f a i r e s c u l t u r e l l e s F r a n c h e - C o m t é

RÉGION FRANCHE-COMTÉ DE

Ville d'Auxerre

Ville de Bienne

Conseil Général

SEINE &

MARNE

@ Editions Errance, Paris, 1995 7, rue Jean-du-Bellay 75004 Paris Tél. : 43 26 85 82

Fax : 43 29 34 88 ISBN : 2 87772 108 6

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Remerciements

Ce travail accompagne une exposition organisée par les musées d'Auxerre, Belfort, Bienne, Lons-le-Saunier, Nemours et Strasbourg et coordonnée par C. Cousin, Musée d'Art et d'Histoire de Belfort et A. Richard, Service Régional de l'Archéologie de Franche-Comté ; il marque la fin d'une recherche originale consacrée à la fabrica- tion et aux échanges de lames polies d'origine vosgienne, destinées à équiper les outils d'abattage et de travail du bois pendant le Néolithique. Ce programme de recherche (1990-1994) a été la conséquence directe de la dé- couverte des premières grandes carrières de Plancher-les-Mines (Haute-Saône), en juin 1989 ; le projet "De la roche à la hache polie" est une réalisation conjointe de deux organismes, le Centre National de la Recherche Scientifique (ERA 12 - CRA, Paris, puis UMR 9946, Laboratoire de Chrono-Ecologie, Besançon) et le Ministère de la Culture, Sous-Direction de l'Archéologie (Services Régionaux de l'Archéologie d'Alsace et de Franche- Comté). P. Pétrequin et C. Jeunesse en ont assuré la direction scientifique.

Les opérations de terrain et d'exploitation des données ont fait l'objet de financements spécifiques du Ministère de la Culture (SRA Franche-Comté et Alsace), du CNRS (convention PIR-environnement n° 50 8011) et du Conseil Général de la Haute-Saône. Nous tenons à remercier C. Mordant, alors chargé du Service Régional de l'Archéologie de Franche-Comté, pour son aide sans réserve à la réalisation de ce projet inter-insti- tutionnel ; de même F. Pétry pour l'élargissement de la recherche à toute la Haute-Alsace. Quant à la modélisa- tion ethnoarchéologique (A.-M. et P. Pétrequin), elle est issue de missions successives en Irian Jaya (Nouvelle- Guinée indonésienne) de 1984 à 1993, grâce à des subventions régulières du Ministère des Affaires Etrangères (Sous-Direction des Sciences Sociales, Humaines et de l'Archéologie).

Ce projet collectif où l'on a cherché, avec plus ou moins de bonheur, à rompre avec les traditions d'enferme- ment des structures de recherche et des spécialisations, a été mené à terme grâce à un effort commun. Nous te- nons à rappeler le rôle, souvent déterminant, des différents intervenants et partenaires.

Pour la recherche de terrain et l'inventaire des sites : A. Augereau, P. Billotte, R. Blaison, J.-F. Charnier, G.

Chouquer, C. Cupillard, H. Cymeris, D. Daval, M. Demesy, B. Dieckmann, I. Diethelm, J.-L. Dousson, M.

Ehretsmann, A. Gallan, L. Jaccottey, C. Joye, J. Lack, E. Lang, S. Leng, C.-T. Le Roux, N. Maillard, C. Marolle, C.

et D. Mordant, D. Morin, J.-P. Nicolardot, J.-F. Piningre, E. Raguin, G. Richard, M. Ricq -de Bouard, B.

Ruckstuhl, S. Saintot, F. Séara, R. Sennerick, J.-P. Thévenot, P. Tupin, J.-L. Vannetti et D. Watts.

L'ouverture d'une carrière expérimentale à Plancher-les-Mines a été réalisée par S. Ansermet, M. Bailly, A.

Duplaix-Rata, T. Ernst, F. Jeudy, A. Maitre, A.-M. et P. Pétrequin, A. Richard, O. Weller et S. Verhoye. L'étude ex- périmentale des procédés de débitage des roches noires vosgiennes est l'œuvre de J. Pelegrin (CNRS - ERA 28, Paris), à partir des études typologiques de F. Jeudy (mémoire de maîtrise, Université de Franche-Comté, 1991) et de P. Pétrequin. I. Praud (mémoire de maîtrise, Université de Nanterre, 1993) et M. Mauvilly ont testé les opé- rations de polissage des ébauches de hache, tandis que l'abattage expérimental était réalisé par J.-L. Monnier (Centre de Recherches Archéologiques de la Vallée de l'Ain).

Les études pétrographiques ont été faites par N. Morre-Biot et M. Rossy (Laboratoire de Pétrographie et Minéralogie, UFR Sciences, Université de Franche-Comté) et I. Diethelm (Séminaire de Préhistoire, Bâle).

Pour la révision des séries archéologiques provenant de découvertes anciennes, nous avons trouvé accueil et collaboration dans les musées et dépôts de fouille de Bâle (S. Haas), Belfort (C. Cousin), Besançon (P. Lagrange), Fribourg -Service archéologique cantonal (D. Ramseyer), Gaienhofen-Hemmenhofen -Landesdenkmalamt Baden-Wurtemberg (H. Schlichtherle et B. Dieckmann), Genève -Département d'écologie et d'anthropologie de l'Université (A. Gallay), Haguenau (P. Wending), Kaysersberg (F. Lichtle), Lons-le-Saunier (M.-J. Lambert), Montbéliard (C. Tchirakadzé), Nemours (J.-B. Roy), Mulhouse (B. Bruant), Porrentruy -Office du Patrimoine historique (F. Schifferdecker), Saint-Dié (A. Ronsin), Saint-Germain-en-Laye -Musée des Antiquités Nationales

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(C. Louboutin), Soissons -Centre archéologique (L. Hachem), Strasbourg (B. Schnitzler), Vesoul (S. Gangi) et Zürich -Musée National Suisse (L. Flutsch).

Sauf indications contraires, dessins et photos sont des auteurs, avec un crédit particulier à S. Cassen, O.

Weller, au Musée National Suisse et au Musée des Antiquités Nationales pour certains clichés, L. Malnati pour les reconstitutions et D. Sellet pour les dessins du dépôt de Bennwihr. Enfin J.-C. Rougeot (UMR 9946, Laboratoire de Chrono-Ecologie, Besançon) s'est chargé de la mise au net des figures en DAO et a largement collaboré à la présentation et à la maquette de cet ouvrage.

Que tous soient assurés de notre reconnaissance pour ces collaborations qui sont à l'origine de résultats scientifiques particulièrement novateurs.

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Une espèce ne peut sans péril remplir son espace vital et cependant exalter l'excès, l'extrême, la non-médiocrité dans l'individu.

John Fowles, A Maggott, 1985

AVANT-PROPOS

Après avoir été longtemps objet de magie et de cure (et considérée comme pierre de foudre) jusqu'au milieu du XIXe siècle, la hache de pierre polie est devenue un symbole de la préhistoire, aux origines mêmes de l'agriculture et de la réussite de nos sociétés attachées à la valeur du sol. Par la forme et les proportions proches des outils mo- dernes que sont haches et herminettes, outils traditionnels du bûche- ron, du charpentier, du sabotier, chacun est à même de reconnaître facilement une lame de pierre polie, comme on sait de même appré- hender du premier coup d'œil une pointe de flèche en silex ou un arc en if, sans être pour autant archer ou préhistorien. De puissants dé- terminismes ont été ici à l'œuvre pendant des millénaires, conduisant chaque fois à réinventer ou à reproduire une lame de pierre, de cuivre, de bronze, de fer ou d'acier équilibrée avec le travail à réaliser ; un tranchant vif et résistant pour couper en oblique les fibres du bois, un talon ou une perforation transversale pour la fixa- tion par ligature ou mortaise, un manche en bois droit ou coudé comme bras de levier sont autant d'impératifs mécaniques et mor- phologiques qui ont fait que, depuis 6000 ans av. J.-C., haches et her- minettes ne présentent que des variations de détail, en rapport avec des traditions culturelles différentes ou bien des spécialisations mo- mentanées.

Pour nous autres occidentaux qui ne connaissons plus guère que des forêts secondaires souvent plantées ou modifiées pour répondre aux idées qu'impose notre imaginaire collectif (du monde forestier sauvage jusqu'à la rentabilité économique), la hache représente plei- nement, à tort ou à raison, les premiers agriculteurs en milieu fores- tier. Dans les premiers temps de la recherche archéologique, la hache a été considérée comme l'invention par excellence qui permettait de définir cette période de notre histoire où l'homme a développé les premières cultures céréalières, les premiers troupeaux, les premiers

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villages en Europe occidentale. Et depuis, les préhistoriens se sont échinés à classer ces centaines de milliers de lames de pierre selon les critères les plus divers : la couleur, la roche utilisée, la forme, la mé- thode de fabrication... ; n'a-t-on pas vu aussi dresser un inventaire des haches les plus longues de France (comme si l'entité française était un critère pertinent pour l'époque néolithique), à un moment de la recherche où collectionneurs et scientifiques échangeaient encore volontiers leurs casquettes. Le spécialiste peut sourire aujourd'hui de ces classifications élémentaires inhérentes à toutes les formes de re- cherche ; il n'empêche que ses méthodes n'ont pas radicalement changé, en dépit de l'arsenal impressionnant de techniques de me- sure, d'analyse et de calcul qu'il s'est maintenant forgé. Pas davan- tage n'ont changé ses motivations, car en cherchant à comprendre les processus à l'œuvre pendant la préhistoire, c'est aussi sa propre civi- lisation que le chercheur tend à disséquer et à comparer à d'autres.

La tendance des vingt dernières années de recherche en préhistoire est la production de spécialistes, conformément à la complexité des méthodes nouvelles d'étude et aussi à une évolution générale de nos rapports sociaux. Les études sur les outillages en pierre polie du Néolithique (schématiquement la période de 5500 à 2100 av. J.-C.) s'en sont trouvées améliorées, et de beaucoup. Avec les analyses pé- trographiques, on sait maintenant reconnaître l'origine approxima- tive des roches tenaces qui ont été privilégiées pour la fabrication des lames de pierre polie, et suivre les échanges à distance, parfois sur des centaines de kilomètres. Avec les démarches typologiques et l'ex- périmentation, il est possible de reproduire les outils de pierre et de préciser la succession des gestes techniques, dont la complexité est plus ou moins grande, parfois pour un produit final identique. Les récents progrès des méthodes de datation, en particulier par la me- sure des cernes de croissance du bois (dendrochronologie), assurent aujourd'hui une précision inégalée pour estimer l'écoulement du temps et la vitesse des évolutions techniques et culturelles. Les ap- proches stylistiques et techniques commencent à s'affiner de façon à pouvoir déterminer, dans le temps et dans l'espace, certaines limites culturelles des communautés agricoles qui utilisaient les outillages de pierre polie (à défaut de pouvoir travailler, comme les ethno- logues, sur les groupes linguistiques). L'étude des pollens conservés dans les sédiments humides autorise à retracer les évolutions régio- nales de la forêt soumise à des abattages renouvelés, tandis que les variations du climat ont été récemment précisées en détail par l'étude des sédiments lacustres, de la croissance des résineux en altitude et des variations du taux de radiocarbone dans l'atmosphère. Le cadre méthodologique et documentaire est donc aujourd'hui en place pour

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une nouvelle approche, à la fois diversifiée et globale, des outillages d'abattage de la forêt.

Nous nous proposons de présenter un cas archéologique exem- plaire, où toutes les méthodes actuelles de l'archéologie ont été utili- sées conjointement pour proposer une reconstitution des ambiances sociales, techniques et environnementales, qui ont présidé à la fabri- cation et aux échanges de lames de pierre polie dans l'est de la France et le nord de la Suisse. Après un siècle de recherches, les conditions de travail et la documentation existante sont ici parmi les plus favo- rables, depuis les carrières d'extraction de la roche jusqu'aux villages des utilisateurs lointains. Mais pour interpréter les observations, les analyses, les mesures, et comprendre les fonctionnements de sociétés disparues, l'archéologue utilise une logique, le trop fameux bon sens, qui n'est jamais que celui de sa propre culture ; il admet ainsi implici- tement qu'il existerait une logique commune qui relierait, du passé vers le présent et vice versa, les utilisateurs de grandes haches polies du IVe millénaire av. J.-C. et les sociétés actuelles qui délèguent l'ex- ploitation des forêts et le travail du bois à des spécialistes de l'abat- tage à la tronçonneuse ou du débardage aux engins mécaniques (et peut-être n'a-t-il pas tort).

Nous ne croyons guère à la valeur heuristique du seul bon sens oc- cidental, quand bien même certains chercheurs peuvent encore par- fois laisser croire que les vestiges archéologiques parlent d'eux- mêmes. En ces temps de décolonisation caricaturée et d'accentuation drastique des déséquilibres économiques et sociaux entre sud et nord, nous nous sommes tournés vers l'ethnoarchéologie, comme plusieurs autres de notre génération ; nous avons sciemment fait le choix d'interpréter nos observations et nos mesures en fonction de modèles actuels explicites, tout à fait extérieurs à notre domaine d'étude et à notre ambiance culturelle. De 1984 à 1993, les résultats scientifiques de neuf missions en Nouvelle-Guinée (province d'Irian Jaya, Indonésie) nous permettent aujourd'hui de proposer des ten- dances générales qui, selon nous, régiraient aujourd'hui les rapports entre une forêt à régénération rapide et des communautés agricoles qui, jusqu'il y a peu, utilisaient exclusivement des outils de pierre po- lie, y compris pour marquer leur appartenance culturelle, tempérer par des échanges les déséquilibres momentanés de la société ou affi- cher les disparités économiques ou sociales entre les hommes. Et nous avons la présomption de croire que ces modèles ethnogra- phiques, fondés sur plusieurs dizaines d'études de cas, ont quelques chances de pouvoir nous aider à comprendre notre propre passé. Il ne s'agit pas de rappeler par le détail l'ensemble complexe de ces mo-

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dèles ethnographiques publiés par ailleurs (Pétrequin et Pétrequin 1993) ; mais le lecteur ne devra pas s'étonner, dans cet opuscule, de voir se côtoyer données archéologiques sur le Néolithique de France orientale et cas ethnographiques actuels de Nouvelle-Guinée ; cette juxtaposition méthodologique est voulue et nous ferons appel à la Nouvelle-Guinée chaque fois qu'il semblera utile de préciser une in- terprétation ou tout simplement d'illustrer notre propos par des exemples vivants, d'où toute arrière-pensée de comparatisme direct et primaire est exclue.

De fait, une telle présentation s'impose aussi parce que nous avons vécu notre recherche sur le Néolithique comme une application de ce que nous avons vécu en Nouvelle-Guinée, à commencer par la dé- couverte des carrières de Plancher-les-Mines et de Saint-Amarin dans les Vosges méridionales. Il aurait certainement été possible d'aboutir à des résultats identiques avec d'autres bases conceptuelles ; mais ce que l'on peut dire, c'est qu'ici l'approche ethnoarchéologique, confron- tée aux données archéologiques elles-mêmes et utilisée conjointe- ment aux méthodes plus classiques de la préhistoire, a été particuliè- rement efficace pour réordonner une documentation dispersée, rompre avec les cloisonnements induits par les recherches spéciali- sées et présenter enfin un aperçu plus global du phénomène de la hache en pierre polie. Espérons que cet essai sera un peu moins éloi- gné des réalités anciennes que ne l'ont été nos travaux précédents.

Centre de Recherches Archéologiques de la Vallée de l'Ain

CNRS - UMR 9946 Laboratoire de Chrono-Ecologie

Toutes les dates sont exprimées en années solaires avant Jésus-Christ et ont été cal- culées soit à partir d'analyses dendrochronologiques (datation à partir des cernes de croissance du chêne), soit en calibrant les dates radiocarbone conventionnelles (en fonction des corrections apportées par les mesures dendrochronologiques).

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U N OUTIL P O U R TOUS LES H O M M E S

Les ruines de villages préservés en ambiance humide, dans les tourbières ou en bord de lacs, offrent un exemple frappant des quan- tités de bois abattus et utilisés au Néolithique pour construire les maisons. Cet abattage ne concerne pas seulement les jeunes plants et les rejets, mais bel et bien aussi des fûts plus volumineux, jusqu'à 40 cm de diamètre, et des espèces à bois dur, comme le chêne. Mais pour spectaculaire qu'elle soit (de l'ordre de 300 arbres et arbustes, toutes tailles confondues, soit près de 5 stères pour la moindre petite maison ou grenier), cette consommation de bois abattu à la hache de pierre et réservé à l'architecture domestique peut être considérée comme négligeable si on la compare avec les surfaces nécessairement ouvertes en forêt pour les cultures céréalières. Il faut compter en moyenne 2 hectares de champs emblavés pour une famille restreinte

Pièces d'architecture de bois effondrées au sol, à Chalain 3 VIII (Fontenu, Jura), vers 3200 av. J.-C.

Dès le début du Néolithique, pendant le VIe mil- lénaire av. J.-C., a été développée une architec- ture de bois tout à fait caractéristique de com- munautés d'agriculteurs vivant en ambiance forestière à régénération rapide.

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Variations du climat et de la densité de population.

En haut, la variation du taux de 14C résiduel dans l'atmosphère est un indicateur indirect des fluctuations climatiques ; en noir, les périodes de dégradation ; en grisé, les périodes d'amélioration, moins froides, moins pluvieuses et favorables aux cultures céréalières.

En bas, la variation des indices polliniques liés aux activités hu- maines pendant le Néolithique et l'Age du Bronze.

La croissance démographique et l'extension des défrichements n'ont pas été des phénomènes réguliers ; on assiste souvent, au contraire, à des périodes d'intensification (liées à une amélioration des conditions climatiques) et des périodes de récession (provoquées assez réguliè- rement par une succession de mauvaises années, froides et humides).

Damon et alii 1989 et Richard 1994.

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d e 5 à 6 p e r s o n n e s ; e t l ' o n s a i t d e s u r c r o î t q u e , s u r les s o l s p e u p r o - f o n d s , la c u l t u r e d e s b l é s et d e s o r g e s s a n s a p p o r t d ' e n g r a i s et d e f u - m i e r s d o i t ê t r e a b a n d o n n é e d è s la d e u x i è m e a n n é e , c a r les r e n d e - m e n t s v o n t d é c r o i s s a n t et le s t o c k l o c a l d e m a u v a i s e s h e r b e s a u g m e n t e t r è s v i t e . O n p e u t d o n c c o n s i d é r e r q u ' a u N é o l i t h i q u e , l e s c o u p e s r a s e s s o n t s u r t o u t la c o n s é q u e n c e d e d é f r i c h e m e n t s p o u r o u v r i r , t o u - j o u r s e t e n c o r e , d e n o u v e l l e s t e r r e s à c é r é a l e s ; a u c o n t r a i r e , les m o d i - f i c a t i o n s p r o g r e s s i v e s d u c o u v e r t f o r e s t i e r s e r a i e n t d a v a n t a g e le f a i t d e l ' é l e v a g e e n s o u s - b o i s , a v e c l ' e x p l o i t a t i o n r e n o u v e l é e d e s r a m e a u x et d e s j e u n e s b r a n c h e s d e s t i n é s à l ' a l i m e n t a t i o n d u c h e p t e l ; o u b i e n e n c o r e u n e m o d i f i c a t i o n p r o g r e s s i v e d u m i l i e u p o u r f a v o r i s e r la f a u n e s a u v a g e et a m é l i o r e r le r e n d e m e n t d e la c h a s s e .

O n s a i t d e p u i s l o n g t e m p s , e n é v a l u a n t le n o m b r e d e s i t e s a r c h é o - l o g i q u e s p a r p é r i o d e c h r o n o l o g i q u e , q u e la c r o i s s a n c e d e la p o p u l a - t i o n et d e s z o n e s d é f r i c h é e s n ' e s t p a s u n p h é n o m è n e r é g u l i e r , m ê m e s'il p e u t ê t r e p e r ç u s c h é m a t i q u e m e n t c o m m e t e l s u r le l o n g t e r m e . C e t t e s u c c e s s i o n d e p é r i o d e s d ' i n t e n s i f i c a t i o n d e s d é f r i c h e m e n t s (et g l o b a l e m e n t d e c r o i s s a n c e d e p o p u l a t i o n ) , s u i v i e s d e p é r i o d e s d e r é - c e s s i o n a g r i c o l e (et d e d i m i n u t i o n d e la p r e s s i o n d é m o g r a p h i q u e lo- c a l e s u r l ' e n v i r o n n e m e n t f o r e s t i e r ) , a é t é r é c e m m e n t d é t a i l l é e a v e c u n e p r é c i s i o n i n é g a l é e p a r le b i a i s d e s a n a l y s e s d e p o l l e n s c o n t e n u s d a n s les s é d i m e n t s d e s b a s s i n s l a c u s t r e s . T o u t d o n n e à p e n s e r , a u - j o u r d ' h u i , q u e l ' a c c e n t u a t i o n d e s d é f r i c h e m e n t s p e n d a n t le N é o l i - t h i q u e e t l ' A g e d u B r o n z e a é t é e n r e l a t i o n é t r o i t e a v e c d e s p é r i o d e s d e r é u s s i t e é c o n o m i q u e e t d é m o g r a p h i q u e , f a v o r i s é e s p a r d e s a m é - l i o r a t i o n s d u c l i m a t , g l o b a l e m e n t p l u s s è c h e s et p l u s e n s o l e i l l é e s , q u i ç o n v i e n n e n t p a r t i c u l i è r e m e n t b i e n a u x c u l t u r e s c é r é a l i è r e s s u r d e s s o l s d e q u a l i t é m o y e n n e o u m é d i o c r e . A l ' o p p o s é , o n p e u t d é m o n t r e r c e r t a i n e s c o r r é l a t i o n s e n t r e d e s m o m e n t s d e d é g r a d a t i o n d e s c o n d i - t i o n s c l i m a t i q u e s , a v e c u n e b a i s s e d e s t e m p é r a t u r e s e t u n m o i n d r e e n s o l e i l l e m e n t , e t d e s p é r i o d e s d e r é c e s s i o n d e s t e r r o i r s , v o i r e d ' a b a n d o n c o m p l e t d e c e r t a i n e s r é g i o n s q u i s e r e t r o u v e n t à n o u v e a u b o i s é e s .

A t e r m e , il e s t v r a i s e m b l a b l e q u e l ' o n p o u r r a a u s s i d é m o n t r e r d e s p h é n o m è n e s é q u i v a l e n t s d e r é c e s s i o n a g r i c o l e , m a i s d û s , c e t t e fois, à u n a s s è c h e m e n t e x c e s s i f d e c e r t a i n s s o l s l o u r d s , c o m m e c e l a s e m b l e a v o i r é t é le c a s e n H a u t e - A l s a c e v e r s la f i n d u VIe m i l l é n a i r e av. J.-C.

U n e telle f r a g i l i t é d é m o n t r é e d e s c o m m u n a u t é s a g r i c o l e s e n t r e 5 0 0 0 et 2 4 0 0 av. J.-C., p e r m e t d e s u g g é r e r q u e les r é s e r v e s d e c é r é a l e s n e d e v a i e n t g u è r e c o u v r i r p l u s d e d e u x o u t r o i s a n n é e s et q u e les r e s - s o u r c e s c o m p l é m e n t a i r e s (les a n i m a u x d o m e s t i q u e s , le g i b i e r et les p l a n t e s s a u v a g e s ) é t a i e n t i n s u f f i s a n t e s p o u r a s s u r e r la s u r v i e d e

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t o u t e s les c o m m u n a u t é s p e n d a n t u n e c r i s e c l i m a t i q u e u n p e u l o n g u e . M a i s i n c r i m i n e r le c l i m a t s e u l e m e n t s e r a i t u n e e r r e u r ; c a r c e t t e f r a g i - lité p o u r r a i t b i e n a v o i r é t é é g a l e m e n t u n c h o i x d e s o c i é t é , p o u r d e s c o m m u n a u t é s n u m é r i q u e m e n t e n c o r e p e u n o m b r e u s e s et q u i p o u - v a i e n t r é p o n d r e r a p i d e m e n t a u x m o d i f i c a t i o n s i m p r é v i s i b l e s d e l ' e n - v i r o n n e m e n t , e n c o n t r ô l a n t l e u r d é m o g r a p h i e o u (et) e n é m i g r a n t v e r s d e n o u v e l l e s c o n t r é e s p l u s f a v o r a b l e s , d e m a n i è r e à r e p r o d u i r e l e u r s o c i é t é à l ' i d e n t i q u e . E n t o u t c a s , la n o t i o n d e r i s q u e n e p a r a î t p a s a v o i r f a i t l ' o b j e t d ' é v a l u a t i o n s r é a l i s t e s à l o n g t e r m e , p a s d a v a n - t a g e à c e t t e é p o q u e q u ' a u j o u r d ' h u i .

P o u r m i e u x c o m p r e n d r e l ' i m p o r t a n c e d e s o u t i l s à l a m e d e p i e r r e p o l i e d a n s c e s s o c i é t é s d ' a m b i a n c e f o r e s t i è r e , le p l u s s i m p l e e s t d e s ' a s s e o i r d a n s u n e m a i s o n r e c o n s t i t u é e - t e l l e q u ' o n l ' i m a g i n e a v e c les d o n n é e s a c t u e l l e s p o u r la f i n d u IVe m i l l é n a i r e av. J.-C.- et d e r e g a r - d e r a u t o u r d e soi. L e b o i s a p p a r a î t p a r t o u t : p o t e a u x e n p e r c h e s cir- c u l a i r e s o u e n b o i s d e r e f e n d , s u p e r s t r u c t u r e s e n p e r c h e s , p l a n c h e r s t i r é s d e l o n g s f û t s r é g u l i e r s , b r ê l a g e s e n l a n i è r e s d ' é c o r c e o u e n f i b r e s d ' é c o r c e s r o u i e s , c o u v e r t u r e e n é c o r c e s p r o b a b l e m e n t c o u s u e s . U n e o b s e r v a t i o n à p e i n e p l u s d é t a i l l é e f e r a a p p a r a î t r e le g r a n d n o m b r e d e s o u t i l s et d e s r é c i p i e n t s f a ç o n n é s e n b o i s o u e n é c o r c e , a v e c les i n s - t r u m e n t s d e t r a v a i l d e s c h a m p s , les a r c s , les f l è c h e s , les l o u c h e s et les b a t t e u r s p o u r la c u i s i n e , l e s b o î t e s c i r c u l a i r e s e n é c o r c e s c o u s u e s . . . P a r t o u t la h a c h e e t l ' h e r m i n e t t e o n t é t é i n d i s p e n s a b l e s d a n s l e s c h a î n e s o p é r a t o i r e s d e f a b r i c a t i o n . P r o l o n g e o n s e n c o r e u n p e u la ré- f l e x i o n : p o u r f a ç o n n e r les o u t i l l a g e s e n b o i s d e cerf, c u i r e les p o t e - ries, a l i m e n t e r les f o y e r s e n b o i s d e c h a u f f e , o b t e n i r les f i b r e s d ' é c o r c e p o u r les c a p e s d e p l u i e e n s p a r t e r i e , là e n c o r e il a f a l l u u n o u t i l e n p i e r r e p o l i e . A t o u t p r e n d r e , il s e r a i t c e r t a i n e m e n t p l u s r a p i d e , p o u r le IVe m i l l é n a i r e a u n o r d - o u e s t d e s A l p e s , d e f a i r e la l i s t e d e s t e c h - n i q u e s d e f a b r i c a t i o n q u i n ' o n t j a m a i s f a i t a p p e l à la h a c h e d e p i e r r e .

B i e n q u ' e l l e s o i t b i e n m o i n d r e q u e c e l l e d e s h a c h e s a c t u e l l e s e n acier, o n j u g e r a d e l ' e f f i c a c i t é d ' u n e b o n n e h a c h e à l a m e d e p i e r r e p o - lie : p o u r a b a t t r e u n f r ê n e d e 9 à 10 c m d e d i a m è t r e , 10 m i n u t e s ; p o u r u n f r ê n e d e 17 à 30 c m d e d i a m è t r e , 1 à 2 h e u r e s . C e t a c c r o i s s e m e n t t r è s r a p i d e d u t e m p s d ' a b a t t a g e s i t ô t q u ' a u g m e n t e le d i a m è t r e d e l ' a r b r e p e r m e t d e s u p p o s e r q u ' a u N é o l i t h i q u e , t o u t c o m m e a u M o y e n A g e s u r les f r o n t s d e d é f r i c h e m e n t a u t r e f o i s et e n N o u v e l l e - G u i n é e a u j o u r d ' h u i , s e u l s les a r b r e s d e f a i b l e d i a m è t r e é t a i e n t s y s t é m a t i q u e - m e n t a b a t t u s , t a n d i s q u e les a u t r e s é t a i e n t p l u t ô t c e r n é s à la b a s e o u é c o r c é s p o u r les f a i r e s é c h e r s u r p i e d . M a i s o n m a n q u e e n c o r e d e p r e u v e s a r c h é o l o g i q u e s d e c e t t e f a ç o n d e faire, q u i p e r m e t u n e t r è s g r a n d e é c o n o m i e e n t e m p s d e d é f r i c h e m e n t , p a r t i c u l i è r e m e n t e n fo- Reconstitution d e l'intérieur d ' u n e maison néoli-

thique. Chalain (Fontenu, Jura) à la fin du IVe millénaire av. J.-C. Expérimentation du Centre de Recherches Archéologiques d e la Vallée de l'Ain.

L'importance fondamentale des outils de travail du bois apparaît au premier c o u p d'oeil ; l'essen- tiel de la construction fait appel à des perches et à des troncs, brêlés entre eux par des cordes en lanières d ' é c o r c e ou en fibres d'écorce.

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Dès le VIe millénaire av. J.-C., la hache et l'herminette en pierre polie ont été utilisées pour faire reculer la forêt et pour instaurer un nouveau système socio-économique avec l'agriculture et l'éle- vage. Ce nouveau mode de subsistance, qui exacerbe les inégalités, est à l'origine de notre organi- sation sociale, avec ses disparités. Les évolutions techniques rapides s'opposent à une certaine sta- bilité des comportements, fortement ancrés dans le passé.

En 1984, une équipe du Centre National de la Recherche Scientifique entamait une étude ethno- archéologique en Nouvelle-Guinée, chez les dernières populations utilisant encore ces outils de pier- re polie. Dès 1989, la stricte application des observations faites en Nouvelle-Guinée conduit à la découverte de grandes carrières néolithiques dans le sud des Vosges, d'où étaient extraites des roches pour fabriquer haches et herminettes durant les Ve et IVe millénaires av. J.-C.

L'histoire de ces carrières, de leurs exploitants et des échanges à longue distance jusque dans l'est du Bassin parisien, en Suisse et en Allemagne du Sud-Ouest est présentée ici. Le but est de tenter de clarifier un épisode majeur des évolutions techniques et sociales qui ont déclenché le processus de déboisement de la planète. La présentation originale croise exemples ethnographiques et données archéologiques pour enrichir le propos et mettre en valeur les déterminismes qui semblent régler une partie des rapports entre les cultivateurs et la forêt, aujourd'hui et autrefois, ici et là-bas.

Dans ce cas exemplaire, c'est l'évolution indissociable des techniques et des rapports sociaux qui est en jeu, dans le cadre d'une compétition entre les hommes où un outil est détourné de son sens premier pour servir à l'affichage social et au prestige de quelques-uns.

Pierre Pétrequin et Christian Jeunesse, responsables de cette étude collective, sont tous deux chercheurs au CNRS et travaillent au Laboratoire de Chrono-Ecologie de l'Université de Franche- Comté (Besançon).

97 F ISBN : 2-87772-108-6 CODE : 370 690 153

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Participant d’une démarche de transmission de fictions ou de savoirs rendus difficiles d’accès par le temps, cette édition numérique redonne vie à une œuvre existant jusqu’alors uniquement

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