Double peine pour les Langues Vivantes !
Les audits sur les grilles horaires laissent craindre que les Langues Vivantes continuent à être une source d’heures à récupérer par le Ministère, alors même que l’enseignement de cette discipline
connaît un véritable chambardement.
Le Plan de Rénovation de l’Enseignement des Langues Vivantes se met en place depuis la rentrée 2006.1 L’objectif de ce texte est l’adoption en France du Cadre Européen Commun de Référence en Langues (CECRL), outil d’évaluation en Langues Vivantes conçu par le Conseil de l’Europe en 2001.
Les nouveaux programmes de collège ont été élaborés en référence à ce cadre européen. Les programmes du Palier 1 (6e et 5e pour la LV1, 4e et 3e pour la LV2) sont appliqués depuis la rentrée 2006, et ceux du Palier 2 (4e et 3e LV1) sont actuellement en « consultation ». Disponibles sur le site
‘Eduscol’, ils ont été soumis par les IPR aux collègues de certains établissements soi-disant pour recueillir l’opinion des enseignants. Les IPR feront une synthèse des commentaires émis par les collègues, qu’ils transmettront au Ministère début février. Ces programmes seront soumis au CSE et publiés pour application à la rentrée 2007.
Autre « nouveauté » à l’horizon, la maîtrise d’une langue vivante est une des sept compétences-clés du socle commun. L’objectif à atteindre à l’issue du socle commun (CECRL niveau A2) est clairement inférieur à celui fixé par les programmes pour la fin de la scolarité obligatoire en Langues Vivantes (B1).
La mise en place de ces différents textes et réformes se fait dans des conditions déplorables. En effet, il y a un manque d’informations et une absence de vraie formation. A noter que le projet de Circulaire de Rentrée 2007 stipule que « Les plans académiques de formation doivent permettre à tout enseignant de langue de bénéficier, au plus sur 3 ans, d’une action de formation à l’enseignement des 4 compétences langagières et à leur évaluation». Il conviendra d’encourager les collègues de langues à demander des stages lourds de formation, et de veiller à ce qu’aucun collègue ne soit pénalisé lors d’une inspection parce qu’il ne maîtriserait pas assez le contenu de ces réformes.
Nous rappelons, devant les pressions exercées sur les établissements et sur les collègues par plusieurs IPR, que :
Le décret d’août 2005 n’impose pas la mise en place des groupes de compétence (article 2 du titre 1 du décret)
Ce mode d’organisation doit être soumis pour vote au CA : « Les principes de constitution de ces groupes sont adoptés […] par le conseil d’administration dans le cadre du projet d’établissement. » (article 2)
Un travail sur les 5 activités langagières peut se faire en classe entière ou en demi groupe sans recours aux groupes de compétences. C’est ce qu’affirme F. Goullier, I.G. d’allemand,
« l’intérêt d’une exploitation par un enseignant des ressources du CECR […] est effectif quelles que soient les conditions d’enseignement et d’apprentissage »2.
Les nouvelles épreuves en LV au Bac STG sont une autre déclinaison du CECRL en France. Nous avons dénoncé la parution tardive de ces épreuves (B.O. no. 42 du 16 novembre 2006), ainsi que l’évaluation de l’oral en CCF. Cette année, il y aura seulement une évaluation de l’expression orale (sur document inconnu), celle de la compréhension orale ayant été reportée à la session 2008. Faire signer la pétition STG.
L’introduction possible de la LV2 en 5e (l’introduction généralisée, annoncée pour 2007, n’a finalement pas été budgétisée) et le maintien des classes bi-langues constituent d’autres exemples d’un renvoi de plus en plus systématique au local, avec tous les risques de dérives et d’inégalités inacceptables dans le cadre du service public d’éducation.
BA/TJM
1 Décret 2005-1011 paru au B.O. no. 31 du 1erseptembre 2005. Circulaire 2006-093 parue au B.O. no. 23 du 8 juin 2006.
2 Les Outils du Conseil de l’Europe en Classe de Langue, Didier, 2005, p. 57.