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Juin 1990 Trimestriel N° 86

Dialogue avec nos lecteurs:

entre nostalgie et ouverture

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N 1 Foin de "Trèfle" Gérard Bourgarel 8 Actualité urbanistique 10 Gros comme un camion... 12 HOTELLERIE DU TEMPS PASSE 13 MISERICORDE, A L'AIDE Christoph Allenspach 23

Pétition pour l'Université

ETE CULTUREL FRIBOURGEOIS 2 9 IN MEMORIAM CLAIRE NORDMANN Michèle Roquencourt 35 Crédit photographique:

Primula BOSSHARD, Fribourg: p. 23 - 28 Eliane LAUBSCHER, Fribourg: p. 10 Patrick DELECROIX : p. 13

Archives de Pro Fribourg: p. 13-22

Imprimerie Mauron + Tinguely & Lâchât, Villars-sur-Glâne. Tirage 4000 ex.

MERCI à nos l'800 abonnés romands qui ont déjà réglé leur cotisation 1990 ! L'Assemblée Générale de notre mouvement est reportée à l'automne (convocation dans le prochain No)

PRO FRIBOURG Secrétariat : Stalden 14, 1700 Fribourg CCP 17 - 6883-3, Fribourg Cotisation :

Ordinaire: 28 fr.; de soutien 38 fr. avec l'édition de langue allemande (4 numéros par an) supplément 14 fr. Tarif réduit: 18 fr.

(étudiants, apprentis, 3

e

âge)

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DIALOGUE AVEC NOS LECTEURS

Le questionnaire diffusé en mars permet de faire utilement le point pour mieux définir les grandes lignes de notre action.

Nos cahiers spéciaux reçoivent l'approbation de tous. Et nous en avons deux importants en préparation: celui de Noël sur l'Eglise des Cordeliers et un cahier prévu pour l'été 1991 sur la restauration exemplaire d'un château et de son site.

C'est là le résultat d'un certain professionnalisme atteint par notre équipe. Elle a fait en 25 ans un bout de chemin et acquis de l'expérience, élargi ses horizons.

Pourtant une part de nos lecteurs rechigne à nous voir sortir des sentiers battus de la protection du patrimoine et de l'ac¬

tualité dans l'espace fermé entre Moléson et Mont-Vully.

Il nous est difficile de revenir sans cesse sur le même terrain labouré. Nous pourrions certes, en les actualisant, reprendre nombre de thèmes anciens du début de notre mouvement, tels ces cahiers d'inventaire qu'une minorité de nos lecteurs actuels connaissent. Dans ce domaine, nous parlons ici des débuts de l'hôtellerie à Fribourg et nous traiterons en septembre des méthodes nouvelles d'investigation à la base de toute méthode de restauration: les recherches archéologiques et l'inventaire.

Ce n'est pas sans raison qu'au jour de la fondation de notre mouvement, l'écrivain Gonzague de Reynold nous exhortait à

"ouvrir les fenêtres". Notre action a été nourrie, enrichie par les contacts extérieurs, et c'est encore notre raison d'être.

Il y a évidemment risque de se disperser ou de faire double emploi avec d'autres mouvements. Mais tout se tient et s'inter¬

pénétre, et les changements que nous vivons sont aussi ceux des flux et reflux de notre société occidentale. Ce qui se passe actuellement à l'Est aura aussi ses répercussions chez nous.

Donc pas question de nous replier sur notre pré carré fribour- geois. Ce serait étouffer. Mais c'est pour beaucoup une tenta¬

tion. Alors que l'étude même de notre patrimoine révèle que les temps forts à Fribourg ont été ceux de l'ouverture sur le monde. Tel celui de la fondation de notre Université.

Et quoi de plus symboliquement fribourgeois que notre cathé¬

drale ? Pourtant, si nous en retirions tous les apports exté¬

rieurs, de Maître du Jordil à Mehoffer et à Manessier, elle ne serait qu'une enveloppe vide.

Ce n'est pas la moindre de nos tâches que de rendre sensible ce fil conducteur au travers de notre histoire.

Gérard Bourgarel

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vement a souvent pris des positions tranchées qui ne sont pas cel¬

les de tous nos lecteurs, c'est évident. Mais au moins, personne à ce jour ne nous reproche des silences.

Nous remercions donc tous nos lecteurs et lectrices qui se sont donné la peine de répondre à ce questionnaire, prenant position, agissant en partenaires et faisant même des offres de collabora¬

tion. Nous n'allons pas en rester là et cette rubrique sera conti¬

nuée .

REPONSES SUR LES CAHIERS SPECIAUX La quasi totalité nous incite à conti¬

nuer la publication de cahiers spé¬

ciaux: passons sur les compliments qui nous sont adressés. L'approbation tient au fait qu'ils s'inscrivent dans la ligne initiale de Pro Fribourg de défense d'un patrimoine menacé, et qu'ils sont des ouvrages de référence.

L'un ajoute même "seul domaine où vous êtes vraiment efficaces !" Autres re¬

marques qui reviennent: "à ma connais¬

sance, personne d'autre ne le fait et cela me paraît très important." Un lecteur de Genève: "Mes attaches avec Fribourg sont de plus en plus d'ordre sentimental car je l'ai quittée il y a 25 ans ! Cela me permet de me tenir au courant."

Cette contribution au maintien de la mémoire collective n'est d'ailleurs pas perçue de manière passive: "C'est le seul moyen d'en assurer vraiment la sauvegarde." ou encore: "C'est une mission capitale pour l'identité cul¬

turelle du peuple de Fribourg !" Un architecte rappelle cependant que "si nous saurons de nouveau créer le "pa¬

trimoine", nous saurons aussi le bien traiter."

Commentaire: Il est bien évident que nous sommes les premiers à éprouver un réel plaisir à réaliser des publi¬

cations durables, faisant référence.

Le travail qu'elles demandent est im¬

portant (rien qu'au chapitre des tra¬

ductions) et surtout mobilisent une part de plus en plus grande de nos ressources. Un exemple, le cahier sur Manessier, dans ses deux versions

allemande et française, a coûté la somme de 33'000 Fr. Sans les aides de la Loterie Romande qui nous a ac¬

cordé un subside de 12'000 Fr. et celle du Chapitre de la Cathédrale, grâce auxquels la moitié des frais étaient couverts, cette publication était irréalisable, alors même que toutes les collaborations étaient bénévoles.

Pour un cahier à grand succès tel que "Vivante Cathédrale" tiré à

17'000 exemplaires, combien d'autres n'ont qu'un succès d'estime, bien qu'offrant tout aussi bien une do¬

cumentation de référence. Voir les cahiers sur les Ponts ou celui sur l'architecture des années 30 qui, hors de nos abonnés, n'ont été vrai¬

ment appréciés que des spécialistes.

Les deux cahiers spéciaux actuelle¬

ment en chantier, dont celui sur la restauration de l'Eglise des Corde¬

liers, seront plus importants que celui consacré aux vitraux de Manes¬

sier et vont donc poser un problème ardu d'équilibre financier.

A plus forte raison, se pose le pro¬

blème des publications hors abonne¬

ment. Il faudra vraisemblablement y renoncer. Les reprints de la collec¬

tion des "introuvables fribourgeois"

au tirage de 500 exemplaires ont re¬

çu bon accueil mais n'offraient plus de possibilité d'extension. L'ouvra¬

ge L'ETAT DE CIEL sur la Fête-Dieu de Fribourg a été également bien ac¬

cueilli puisque presque la moitié

de nos abonnés l'ont commandé. Mais

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treprise qui dépassait nos moyens. Nos lecteurs nous encouragent certes à con¬

tinuer dans cette direction, mais cela SUR LE TAUX DE COTISATION-ABONNEMENT Nos lecteurs ont pratiquement tous fait le lien entre la réalisation de cahiers exceptionnels et les ressour¬

ces indispensables: ils approuvent donc une hausse proportionnée des co¬

tisations. Le montant approprié sem¬

ble se situer autour de 40 Fr., avec cependant le maintien d'un taux ré¬

duit pour les étudiants, apprentis et rentiers AVS. Notre organe alémanique BRENNPUNKT REGION a opté pour une for¬

mule originale: la souscription d'heu- ORIENTATION INITIALE DE NOTRE MOUVEMENT Les buts premiers de PRO FRIBOURG ne sont pas contestés. Ils font partie de notre image: la protection et la mise en valeur du patrimoine, l'aménagement et 1'urbanisme.

Une ou deux remarques relient bien ces sujets à leur contexte. Une fri bour¬

geoise: "Il est très important de dé¬

fendre notre patrimoine à n'importe quel prix, puisqu'il s'effrite de plus en plus avec ces promoteurs d'ailleurs venant détruire pour leur profit. Une honte de permettre cela sans réagir."

Un architecte bullois estime que "les erreurs qui n'ont pas été commises justifient la présence de Pro Fribourg'.'

res absolument fiables sur des bases sûres (voir l'article s'y rapportant en page 12). De ce point de vue, ce¬

la reste un cuisant échec.

res de travail à 25 Fr. qui ont per¬

mis de financer partiellement ce travail en profondeur. Nous allons donc proposer à notre assemblée gé¬

nérale de l'automne, une hausse de cotisation justifiée par l'importan¬

ce des cahiers en préparation. Un lecteur estime même notre revue

"trop bon marché par rapport à ce qu'elle offre !" Mais cette hausse ne concernera pas l'année en cours et le cahier sur les Cordeliers.

D'autres, plus nombreux, préfèrent que "Pro Fribourg reste dans son do¬

maine propre (protection du patri¬

moine, urbanisme) surtout si ses moyens sont limités." "C'est votre objectif prioritaire." "Restez fi¬

dèles à votre but premier: protec¬

tion du patrimoine, où vous faîtes du beau travail. Appuyez les actions du WWF, de Pro Natura Helvetica ou de SOS-racisme, mais laissez-leur l'initiative dans leurs domaines- respectifs. Le ton parfois trop agressif de vos articles m'agace.

Il pourrait nuire à l'efficacité de vos justes revendications. Merci pour votre travail et vos efforts."

Ce qui nous amène au deuxième volet de cette question : SUR L'ORIENTATION PLUS MILITANTE DE NOTRE MOUVEMENT Là, les avis sont partagés. Ils le sont

d'autant plus que notre dernier cahier de mars avait pris des positions parti¬

culièrement tranchées sur les projets autoroutiers et la montée du racisme.

Sur ce dernier point, cependant aucune remarque (comment l'interpréter ?), alors que notre lutte contre la N 1 entre Morat et Yverdon (pourtant menée depuis plusieurs années avec l'aval d'une assemblée générale) nous vaut quelques remarques cinglantes. D'un ingénieur: "(Si) vos cahiers (sur) le patrimoine sont admirables, par contre vos diatribes politiques et votre ma¬

nie de vous opposer systématiquement

à tout ce qui bouge à Fribourg. à vouloir mettre la ville en conser¬

ve, sont détestables... Votre en¬

gagement contre les autoroutes tou¬

che à l'hystérie. Votre combat con¬

tre les garages souterrains en ville est négatif et irréaliste.

...Arrêtez ! Vous valez mieux que ça !"

D'un industriel retraité: "Pro Fribourg ne doit pas faire de poli¬

tique; il faut arrêter sinon ce se¬

ra encore un abonné de moins et

vous en avez déjà beaucoup perdu à

cause de cela."

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de façon unilatérale mais en contri¬

buant globalement à les résoudre."

Un recentrage nous est suggéré par un professeur: "Si Pro Fribourg veut gué¬

rir tous les maux de la société en mê¬

me temps, il n'en guérira aucun et perdra ses lecteurs. La protection du patrimoine est une valeur chère à beau¬

coup de personnes. C'est la mauvaise tactique d'attaquer en même temps sur tous les fronts."

Un avocat s'exprime dans le même sens

"D'autres mouvements sont engagés, une trop grande diversification ris¬

que de conduire à une perte de crédi¬

bilité pour le domaine spécifique de la protection du patrimoine où il y a assez à faire."

En sens inverse, un nombre égal de réponses nous incitent à élargir les thèmes, avec cependant des nuances sensibles.

Un lecteur de Marly: "Les points chauds doivent être abordés. ..défen¬

dre le patrimoine implique déjà de le protéger de la pollution, de le préserver dans un environnement sain.

Militer pour des questions plus éco¬

logiques ou sociales, pourrait modi¬

fier l'éthique de la rédaction et risque de voir cette très bonne re¬

vue glisser vers d'autres mouvements déjà en place et perdre ainsi sa spé¬

cificité."

Un architecte part de son expérience:

"La ville et son urbanisme sont le miroir des problèmes de société - il faut savoir lire la ville sous cet aspect - pour Pro Fribourg: gardez ce point de vue ! Dans l'esprit du "pa¬

trimoine actuel", Pro Fribourg devrait pouvoir lancer en tant que Forum indé¬

pendant des contre-projets architectu¬

raux. La bataille verbale est une chose, matérialiser les contre-propo- sitions, en est une autre ! Pouvoir formuler des réponses réfléchies dans le domaine de l'architecture et de l'urbanisme serait merveilleux. Il faut placer la priorité sur une "op¬

position professionnelle" pour éviter

dénoncer ou les attaquer, mais les indiquer... De façon à faire mieux comprendre le fonctionnement vérita¬

ble de l'Etat, et peut-être les

"liaisons inofficielles..."

Une staviacoise: "Démontrer à l'opi¬

nion les conséquences des problèmes de société chez nous: articles de fond, compte-rendu de publications.

En cas de votations, initiatives: ne pas prendre fait et cause pour un parti, un thème, rester sur les ques¬

tions de fond."

Un gruérien: "Chercher à sensibiliser l'individu, afin de le rendre éveillé, attentif et responsable de son "faire ou ne rien faire."

Un médecin de la région fribourgeoise:

"Il faut secouer l'inertie de (quel¬

ques) responsables politiques trop mollement assis dans leur fauteuil !"

Quelques remarques touchent aussi au ton et à la façon d'intervenir sur les sujets brûlants :

D'une militante dans le domaine de l'environnement: "Oui sur l'orienta¬

tion, mais les critiques ne doivent pas être personnelles mais se fonder sur des faits dûment établis."

Autre remarque: "Oui, tout en faisant parler les gens critiqués."

Enfin, un enseignant de la ville:

"Je serais avant tout d'avis que Pro Fribourg fasse de l'information avant du militantisme (risque de trop forte marginalisation). Je trouve remarqua¬

ble votre travail, sa qualité, sa constance !"

Commentaire: Les avis divergent parmi nos lecteurs sur l'orientation nou¬

velle de notre mouvement ou sur la ligne initiale à garder. L'action de Pro Fribourg est un long cheminement et, en 25 ans, le monde, la société, Fribourg, ont changé autour de nous.

Un lecteur remarque que "Pro Fribourg

a certainement évolué" et regrette le

temps où nous publions de cahier en

cahier une documentation rue par rue,

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quartier par quartier. Le malheur est que notre ville est petite et que nous en avons fait le tour. Faut-il refaire à peu de choses près ce que nous avons déjà fait ? Cela nous serait difficile, bien que ce serait une nouveauté pour une grande part de nos lecteurs dont l'effectif s'est renouvelé au cours des ans.

Nous ne négligerons pas pour autant le thème "patrimoine": nos cahiers spé¬

ciaux ont pris la relève et le cahier de septembre traitera des méthodes nou¬

velles de la conservation (analyses ar¬

chéologiques et inventaire).

Une dimension de notre mouvement n'est pas toujours bien perçue: des réactions à l'article sur Erfurt en RDA le prou¬

vent. L'une même voit se glisser dans notre soutien à Neues Forum "une idéo¬

logie socialisante de gauche."

C'est le moment de rappeler que l'ou¬

verture de notre mouvement vers l'ex¬

térieur est une de ses caractéristiques initiales. Elle est à l'origine de la fondation conjointe de Pro Fribourg et de la fédération Civitas Nostra.

A l'automne dernier, notre congrès des 25 ans avec nos amis de Civitas Nostra en témoignait. Notre mouvement s'est nourri, a tiré sa substance de ces ap¬

ports, de ces expériences partagées.

SUR L'OUVERTURE AU PLAN CANTONAL

C'est, à l'évidence, affaire de moyens, de contacts et de participation de nos membres. Les 3/4 des réponses la sou¬

haitent. Mais certains émettent des doutes. Un architecte: "Ne pas trop at¬

tendre de la campagne: beaucoup ont choisi la fuite face aux problèmes ac¬

tuels." Mais un avocat souligne: "Le Canton n'est-il pas devenu une grande ville?" A rapprocher du souhait que le professeur Robert Caillot nous adresse de Lyon: "Il faudrait élargir si possi- EN CONCLUSION

C'est ainsi qu'il y a 20 (!) ans, nous nous sommes appuyés sur l'exem¬

ple tchécoslovaque en matière de res¬

tauration pour demander des relevés d'ensemble, un inventaire, l'établis¬

sement d'une typologie des bâtiments, en bref, pour donner une base scien¬

tifique aux travaux de restauration.

Et c'est seulement maintenant, vingt ans après, que ces méthodes commen¬

cent à entrer dans la pratique loca¬

le :

Sans ce vent du large, nous aurions depuis longtemps péri asphyxiés à Fribourg... Et aujourd'hui, comme hier, la force de notre mouvement ré¬

side dans ce réseau de contacts, d'a¬

mitiés qui s'étend à l'Europe entière.

Ce serait d'ailleurs une erreur de croire que nous puissions nous tenir à l'abri des influences extérieures, des mouvements qui traversent une Europe retrouvant sa dimension géo¬

graphique.

La question de garder notre spécifi¬

cité, de fournir à nos lecteurs des informations plus que des traits de polémiques, doit être prise pleine¬

ment en considération, dans une pers¬

pective ouverte. Car nous devons aus¬

si tenir compte de ceux et celles qui attendent notre contribution face aux problèmes de notre temps.

ble votre action, ne serait-ce que pour éviter que la croissance "en ta¬

che" de Fribourg ne finisse, en rai¬

son des problèmes humains, financiers, spéculatifs, qu'elle pose et va poser de plus en plus, par occulter totale¬

ment les problèmes de désertification à terme de son espace rural. L'auto¬

nomie - je devrais dire "l'autarcie" - communale helvétique devient un danger mortel à l'heure des interdépendances multiples entre ville et campagne."

Nos lecteurs nous donnent encore le feu vert pour introduire une publicité bien ciblée dans nos cahiers. Ils nous font encore des propositions et des offres de collaboration. Courant juin, nous les inviterons pour en discuter avec nous. Ces échanges peuvent nous apporter beaucoup, nourrir une réflexion commune à l'heure où notre Canton et notre ville sont en pleine mutation. Le dialogue est ou¬

vert et nous attendons d'autres réactions.

(8)

Dix ans de lutte contre la N 1 se terminent par un échec. La forte opposition du début des années 80 a fondu comme neige au soleil. Alors que les paysans de la région manifestaient en masse en 1980 contre le projet, que les 2/3 des communes vau- doises des trois districts touchés rejettaient la N 1 en 1982, toute la région est quasi unanime pour ...continuer les frais.

La Broyé fribourgeoise a ainsi donné 88,4 % pour la N 1, un re¬

cord. La moyenne du Canton est de 81 % (tombant à 75 % en ville et à 69 % en Singine). Ce résultat écrasant risque de peser lourd sur la politique routière cantonale. Déjà, on voit ressur- gir le projet de tangente Chiètres - N 5 (la T 10) au travers du Grand Marais.

L'ardeur de la lutte, les moyens - à la limite de la légalité - utilisés par des communes pour emporter le morceau, laisseront des traces. L'éviction du Dr. Riccardo Ferrari, au lendemain de la votation, de ses fonctions au Conseil Communal d'Estavayer- le-Lac, est consternante. Il est vrai que le Dr. Ferrari avait la mauvaise idée de vouloir faire respecter le plan de zones de l'aménagement et s'opposait aux faveurs consenties à un indus¬

triel.

Dans la région, c'est maintenant le retour au "calme". Les com¬

munes de Domdidier et de Dompierre s'étaient spectaculairement insurgées contre une situation intolérable, contre les milliers de camions journaliers troublant leur tranquillité et menaçant leur sécurité. Au lendemain de la votation, cette vague émo¬

tionnelle retombait aussitôt. L'intolérable redevenait toléra- ble pour les dix ans à venir, jusqu'à la réalisation finale de l'autoroute, sans que la situation réelle, la vie de tous les jours, soit le moins du monde changée...

Mais, finalement, transporteurs et riverains de la Broyé n'ont- ils pas voté de concert pour la N 1 ? A tel point, qu'au lende¬

main d'un tel prébiscite, les "gros culs" et autres "brummis"

se sentent le vent en poupe. Réunis à Berne, les délégués de l'ASTAG ont immédiatement demandé l'abrogation des "mesures dirigistes et coercitives" à l'égard des transporteurs routiers ainsi que l'alignement sans conpromis des normes suisses sur celles en vigueur en Europe. C'est-à-dire pour les 40 tonnes et la largeur portée à 2m50. Rendez-vous en septembre pour la vota¬

tion sur ce dernier sujet. Il ne devrait pas être si difficile de convaincre les gens de la Broyé qu'il vaut mieux voir passer sous leurs fenêtres un 40 t. que deux 20 t. Ben voyons...

S'ils hésitent encore, il n'y aura plus qu'à leur faire lire l'ouvrage à la gloire des chauffeurs de poids lourds de Jean Steinauer: "Contes et légendes à trois ou quatre essieux"*), tressés en forme de couronne pour le jubilé de la Maison Frede- rici. Le parfait livre de chevet pour les insomniaques: l'occa¬

sion de se mettre une fois à la place de ces "routiers sympas"

qui, avec conviction, "roulent pour nous."

*) Editions 24Heures, Bertil Gallanâ, Lausanne.

(9)

DES FAITS - DES FAITS - DES FAITS - DES FAITS - DES FAITS - DES FAITS - DES FAITS

LA BROYE EST DÉJÀ EN EUROPE

Une petite information dans les "Freiburger Nachrichten" du 18 avril est passée quasi inaperçue: 23 familles paysannes qui cultivaient des concombres dans la région d'Estavayer- le-Lac pour la MIGROS vont devoir arrêter leur production.

La raison: ceux importés de Pologne et de Hongrie sont meil¬

leurs marché.

Nous avions ironisé en son temps sur les propos de Roselyne Crausaz vantant l'autoroute de Lisbonne à Helsinki: vraisem¬

blablement à tort, car elle sera l'artère vitale pour ces milliers de camions, toujours plus lourds, toujours plus larges, qui permettent, dans l'autre sens, de déverser sur notre pays ces fruits insipides et aqueux, ces produits agricoles hors saison qui remplissent nos super-marchés en provenance de régions sous-développées et sur-exploitées.

En comblant cette "lacune", nous entrons dans le jeu de la Communauté Européenne, de ces technocrates de Bruxelles qui investissent de l'argent pour le développement des régions du Sud de l'Espagne et du Portugal. Ces projets, planifiés à Bruxelles, imposent la monoculture, la voie d'une crois¬

sance rapide et des rendements à court terme. Les paysans ont beau se défendre, on arrache de force les oliviers et les chênes-lièges pour les remplacer par des plantations d'eucalyptus destinés à fournir de la pâte à papier. L'é¬

quilibre humain et naturel est détruit et une catastrophe écologique se prépare. Déjà un demi-million d'hectares ont été ainsi remaniés à coup de bulldozers.

L'Andalousie a déjà des centaines de km2 de terrains recou¬

verts d'une mer de plastique. Elle nous inonde de ces pro¬

duits précoces, de ces fraises rouges à l'extérieur et blan¬

ches à l'intérieur, dures et sans goût. Elles sont cultivées sous abri le long de pistes bétonnées, arrosées mécanique¬

ment et traitées aux pesticides. La main-d'oeuvre est four¬

nie par des milliers de travailleurs au noir venus d'Afrique du Nord et logés, entassés n'importe comment et sous-payés.

Dans cette même région, l'argent de la Communauté Européenne sert à construire à la va-vite tout un réseau d'autoroutes, sans la moindre étude d'impact, souvent au travers même de réserves naturelles. C'est le forcing en vue de l'exposition internationale de Séville en 1992.

Nous ne sommes pas encore dans cette Europe, mais cette Eu¬

rope est déjà bel et bien chez nous.

(Sources: DER SPIEGER Nr 16/1990 du 16.4./ NEWSWEEK Nr 17 du

23.4.90 / LE MONDE du 17 mai 1990).

(10)

Le parking des Alpes s'achève. Il sera en exploitation à fin août, ce qui ne représente qu'un retard de cinq ans sur les prévisions au départ. Que ce retard et toutes les péripéties qui l'ont jalonné aient des répercussions sur le coût final (devisé à 13 millions), on peut le supposer. Alors la Commune va-t'elle exiger que les amé¬

nagements extérieurs, à la charge des promoteurs, soient réalisés comme prévu ? Non sans doute : on ne tire pas sur une ambulance.

Quand nous dénoncions l'emprise énorme de cette construction avec photo-montage à l'appui (Pro Fribourg No 63, octobre 1984, à dispo¬

sition des lecteurs qui en feront la demande), nous nous fîmes trai¬

ter de menteurs par des promoteurs prétendant que le parking serait

à moitié enterré. On hérite maintenant d'un imposant bunker même pas

camouflé, orné pour l'heure d'un graffiti chargé d'ironie.

(11)

BOXAL A LA TRAPPE

De restructuration en reprise et fermeture, l'industrie en ville de Fribourg disparaît au profit du tertiaire envahissant. Depuis la liquidation de Winckler à Marly en 1979 à Boxai en 1990, une grande part des entreprises traditionnelles formant l'ossature industriel¬

le de Fribourg ont disparu. Les sites industriels en zone urbaine sont des cibles spéculatives de choix : ils permettent souvent à des entreprises en difficulté de sauver leur capital à défaut des emplois. Et les nouvelles entreprises s'installent à la périphérie.

Le gain spéculatif équilibre-t'il le coût social de tels change¬

ments ?

BEAUREGARD : TABLE RASE

Il ne fait pas bon être sans logement à Fribourg. Sans logement, vous cessez proprement d'exister. Un préfet qui détourne le regard, un Félicien Morel qui cautionne et, sans même crier gare, une pelle de trax s'abat sur un bâtiment squatté. A Fribourg, années 90, on traite les squatters comme des rats.

Pro Fribourg était précédemment intervenu, en date du 12 avril, pour la conservation du bâtiment en façade sur l'avenue de Beaure- gard, la fameuse halle aux cuves de cuivre, un bâtiment industriel remarquable datant de 1960. Avec ce bâtiment, c'est vraiment un symbole qui disparaît, la dernière trace d'une entreprise que SIBRA s'était engagé à maintenir, lors de la fusion. M. Sam G. Hayek a beau se vanter d'être la seule entreprise de la branche a avoir créé un musée de la bière, nous ne pouvons si facilement oublier qu'aussi bien le site initial de Cardinal à la Neuveville que les bâtiments de Beauregard sont devenus, par eux, objets de spécula¬

tion. De son côté, Félicien Morel, président de la Caisse de pré¬

voyance du personnel de l'Etat, relève qu'il ne s'agit plus que d'un immeuble désaffecté et nous renvoie à la procédure usuelle d'opposition de démolition auprès des instances compétentes.

Nous persistons à penser qu'un bâtiment aussi représentatif aurait pu être intégré dans de nouvelles constructions. Edifiée par les architectes Stücheli et Groebli de Zurich, cette halle métallique, avec sa façade entièrement vitrée mettant le public en contact di¬

rect avec la fabrication, était une réalisation marquante et nova¬

trice à Fribourg.

PONT DE LA POYA: SUSPENDU OU EN SUSPENS ?

Le Plateau de Pérolles déserté par le Comptoir lorgnant vers Granges- Paccot, le projet de théâtre abandonné au profit de celui de la Faye, des grands projets de la Commune, à l'approche des élections, il ne reste que le Pont de la Poya. Un cheval de bataille qui se mue en cheval de Troie, dès lors que l'ouvrage d'art projeté se prolonge d'un travail de taupe pour drainer, à coup de dizaines de millions, le trafic détourné du Bourg vers le centre-ville, à Tivoli ! Un cen¬

tre-ville déjà suffisamment engorgé. A ce jeu là, on risque de cons¬

truire le pont et de rater le trait-d'union. A quoi sert de faire déboucher un tunnel sur un cul-de-sac ? A quoi bon investir pas loin d'une centaine de millions au total pour amener encore plus de voitu¬

res là où elles n'ont que faire, là où devraient vivre, travailler,

se rencontrer les gens, sans étouffer, sans s'asphyxier.

(12)

GROS COMME UN CAMION

On a beau s'être fait au côté funambulesque de Jean Steinauer, son

"Paroles de" dans la Liberté du 26 mai avait de quoi faire bondir.*

Qu'il soit à la recherche d'un "créneau", c'est son affaire. Par fanfaronnade, il se proclame "auteur à gages". En fait, c'est tout bonnement de "public relations" qu'il s'agit: une sorte d'écrivain public pour entreprises en mal d'image ou ayant besoin d'un sérieux lifting. A Fribourg, de la Placette à Sibra, de la Caisse de Pension de l'Etat à M. Stäubli, il y a certe's à faire. Son transporteur vau- dois, conseiller national et lobbyman, est content de lui: c'est une référence.

L'Etat de Ciel, c'était tout de même autre chose. Autre chose que de la fiction publicitaire. Il dit "J'ai écrit l'Etat de Ciel..."

Là, il n'était pas seul. Il avait avec lui Claude Macherel, ethnolo¬

gue: pas un simple assistant scientifique, mais réellement co-auteur.

C'était un peu l'alliance de l'entomologiste et du chasseur de pa¬

pillons .

Surtout, ce n'était pas une simple commande: notre mouvement n'est pas en mesure de jouer les "mécènes" (qu'il dit, alors qu'il s'agit du budget publicitaire de grosses boîtes). Le projet de l'ouvrage sur la Fête-Dieu, prise comme le miroir d'une société en mutation, était de Jean Steinauer. Il avait de quoi séduire. Nous apportions une solide documentation, un public fidèle. Mais cela ne donnait pas une assise suffisante: réaliser un livre est une chose, le diffuser en est une autre. Jean Steinauer balaya ces objections, se campant en professionnel des médias ayant ses entrées partout: Bien sûr, Pro Fribourg ne pouvait se lancer tout seul dans l'aventure, il se chargerait du reste.

L'ouvrage marquerait nos 25 ans, c'était un atout et cela fixait un délai. Un contrat fut établi, rédigé par Steinauer, revu par nous.

Pas à proprement parler un contrat d'édition, mais, partant d'une relation de confiance, un vrai partenariat avec financement de l'é¬

tude au départ (un tiers par nous, le reste par Pro Helvetia et le CNRS). Une affaire sérieuse, parfaitement jouable à condition de te¬

nir tous les délais. Le projet, ayant pris un bon départ, fut pour¬

tant à deux doigts de capoter: parti trop tard comme le lièvre de la fable, Steinauer accumulait cinq semaines de retard. Le texte fut finalement bouclé un samedi après-midi alors que tout devait être livré au relieur le mercredi ! Tout fut sauvé grâce à notre impri¬

meur travaillant soirs et week-end. Une réussite, un livre de réfé¬

rence, mais un pari tenu de justesse et à quel prix ? Celui de la promotion et de la diffusion, alors que notre chasseur de papillons était déjà reparti au large vers d'autres rêves... Pour résultat, un véritable gâchis: mise en demeure, travail bâclé hors délais, occa¬

sions médiatiques manquées, frais accrus, promesses non tenues. D'où un découvert difficile à combler.

Il y avait en attente le projet, déjà annoncé, d'un livre sur le Ré¬

giment de Diesbach. Mais comment envisager un second livre avec un hâbleur de ce calibre, aussi doué soit-il ? Alors, Steinauer, à d'autres ! hélas.

G. B.

*) Une mise au point dans La Liberté aurait dû suffire: elle nous a été refusée

par M. Claude Chuard.

(13)

GRAND HITIi DE ZÄHRINGEN IF Ml IB Uli v Suisse

!

i'ii l'ace de la cathédrale ol vue sur les pouts.

Tmt frlssf it k terrasse de l'hôtel, J. JC II1 $ & El ! Fr opri é taire.

HÔTELLERIE À FRIBOURG:

sur un terrain mouvant

Fribourg n'a eu d'hôtellerie digne de ce nom qu'au début du 19ème siècle, quand les voyageurs de l'époque romantique commencèrent à découvrir la Suisse et ses montagnes. En 1832, Kuenlin signale deux auberges convenables : la première étant l'Hôtel des Marchands (ou des Merciers), la seconde étant celle du Faucon. Toutes les autres - une trentaine - étant traditionnellement fréquentées par les cam¬

pagnards, pour leurs affaires ou à l'occasion des foires fréquentes La double attraction des orgues de Mooser et du Pont Suspendu font alors de Fribourg une étape obligée. L'hôtellerie s'adapte à cette manne et le guide de 1841 signale toujours l'Hôtel des Merciers, en face de la Cathédrale, comme le plus apprécié. Grâce, il est vrai à son tenancier, le réputé confiseur-pâtissier-glacier Joseph

Moosbrugger et au fait qu'en ..."faisant ouvrir les fenêtres", on peut entendre les concerts d'orgues de sa chambre 1 Un nouvel hôtel reçoit encore les hôtes distingués, l'Hôtel Zaehringen, vanté pour sa terrasse, son café-billard et son accueil (piano à disposition des clients).

Ces deux hôtels ont disparu et du second, il ne reste que la façade et une terrasse vide.

L'ère du chemin de fer voit l'ouverture en 1863 de l'Hôtel de Fri¬

bourg - actuel Albertinum - aménagé dans un ancien bâtiment du 18e siècle. La fondation de l'Université entraîne un déplacement du centre de gravité vers la Gare et le Plateau de Pérolles. Les éta¬

blissements de la Belle Epoque auront nom "Terminus-Gare" en 1895,

"Central", "Hôtel Suisse" maintenant remplacé par le Plaza. Pour

(14)

un hebdomadaire saisonnier à l'usage de nos hôtes, bourré de con¬

seils et de suggestions, affichant naïvement les noms des notabi¬

lités de passage, d'un Monsieur Poulailler, propriétaire en France au Prince James Radziwill de Vilna avec sa suite...

Dans le même temps, se créent des brasseries au goût du jour...

et de la clientèle estudiantine portant couleurs et buvant ferme.

Ce sera la "Boîte à Max" façon caf-conc, à côté de la nouvelle (et désormais ancienne) Poste, le Beau-Site à Beauregard, le café- restaurant des Charmettes au fond de Pérolles, la Viennoise et la Brasserie Peier au Pont-Muré. La plus grande de toutes, le Grand Café Continental, orne la place de la Gare au débouché de Pérolles:

les horizons des buveurs fribourgeois s'élargissent à l'Europe en¬

tière .

La guerre mettra fin à la Belle Epoque de certains. Ce coup d'ar¬

rêt est suivi d'une longue dépression. L'entre-deux-guerres ne verra la construction, à l'approche du Tir Fédéral de 1935, que du nouveau Hôtel de Fribourg et Restaurant Gambrinus qui fermera majestueusement la Place de la Gare. Quelques décennies plus tard, sa rotonde disparaîtra pour céder la place au bâtiment de Botta.

Entre banque et bistrot, c'est toujours le pot de fer et le pot de terre...

La leçon à tirer de tous ces chassés-croisés, car il n'y a que l'Hôtel du Faucon à avoir gardé sa fonction pendant les deux der¬

niers siècles, est que l'hôtellerie est une branche économique particulièrement sensible à la conjoncture: payant tribu à chaque crise, dépression, conflit, manque de main-d'oeuvre qualifiée.

Fragile mais toujours renaissante.

(15)

la plupart des voyageurs de l'époque romantique, il ne restera, après la construction de la première Banque de l'Etat en 1905, qu'un restaurant et sa terrasse. Le Grand Hôtel deviendra, trans¬

formé en 1905, l'actuel Albertinum.

(j^AND fOTELafENSION àeÎRIBOURG.Sui M. ^

N N EY- Propriétaire

(16)

Le viel hôtel des Charpentiers se met vers 1900 au goût du jour et devient l'Hôtel Suisse, "stamm" apprécié des étudiants. Démo¬

li, il sera remplacé par l'actuelle verrue du Plaza...

(17)

t

->r

YmJöJsfeTJa

La construction de la rue des Alpes fera disparaître l'ancien Hôtel St-Joseph. Au même moment, la construction du boulevard de Pérolles fait surgir l'Hôtel de Rome à mi-chemin de la gare et du centre universitaire prévu alors au plateau de Pérolles.

7256 Rribourg - Bould. jie-Péro!

(18)

Le Kurhaus suit, à la Belle Epoque, la mode de l'Oberland, mais son existence sera éphémère. Un projet de Casino aux Gd'Places avortera et seul l'inévitable Terminus durera près d'un siècle.

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I. > •» A '

'(Sermin&s cj7~tëfe£

d^Fribcz/rcfj

Maison de Ordre.

Garage pour Automobiles.

*JZuÎ3 î'Qschopp.

iÇJropri étair<L

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(19)

voient arriver en 1900 les premières autos et misent sur un arrêt de tram. Un repas complet avec boisson coûte 2 fr.50, mais un dîner simple en Basse-Ville ne coûte que 90 cts. Et les "Cuisines po¬

pulaires" au 3 rue de l'Hôpi¬

tal servent des plats à 30 et

Hôtel le te fête lire FlUBOUltG (Suisse)

Téléphone Hue de Lausanne Arrêt du Tram.

-xwd . Recommandé à Messieurs les Voyageurs et Touristes.

CUISINE DE PREMIER ORDRE T^eSTAURATIOn À TOUTE £ U R£ WS-

cSèit'/ce aoùjtne. •• Sft/lv moc/étei».

Grande Salle pour Sociétés et Repas de Famille.

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fernes OBEJ^OLZ & JOYE, propriétaires.

(20)
(21)

1900, C'EST 1'AGE D'OR DES BRASSERIES !

Ci-dessus le Restaurant des Charmettes et sa grande salle, construit par Hertling en 1900.

Ci-dessous la Brasserie de Beauregard.

En page précédente, le Continental, à l'époque le plus grand café de Fribourg, dû aux archi¬

tectes Grosset et Golay de Genève. Démoli en 1959 par la Banque de l'Etat de Fribourg.

En-dessous, le Beau- Site, seule grande bras¬

serie ayant conservé

son caractère jusqu'à

nos jours. Construit en

1904 par l'architecte

Léon Hertling.

(22)
(23)

Les architectes de la SIA qui ont récemment visité l'Uni Miséri¬

corde sous la conduite experte de l'historien Jacques Gubler ont pris son administration en flagrant délit. Dans le bâtiment cen¬

tral, au haut du grand escalier menant au Rectorat, de nouvelles transformations sauvages mutilent espaces et éclairages naturels.

On s'obstine à bricoler un de nos plus beaux témoins d'architec¬

ture moderne, une curieuse manière de "marquer" le centenaire de

l'Uni. A cela s'ajoute une façon d'orner le bâtiment à la façon

d'un gâteau d'anniversaire en aménageant une fontaine, selon un

projet "maison", alors que les bassins initialement créés ont été

depuis longtemps comblés (voir photo et dessin d'Augustin Genoud)

(24)

Commune n'a été consultée qu'après coup, avec ...une demande de participation financière, car les 250'000 Fr. offerts par un ami de l'Université (mais pas de son architecture) ne suffisaient pas à couvrir les frais.

Côté protection des bâtiments, on en est toujours au point mort, en dépit de la pétition des personnalités suisses de l'architec¬

ture (voir la liste publiée dans notre dernier cahier). La DIP fait la sourde oreille et notre "Lettre ouverte au Gouvernement fribourgeois" n'a toujours pas reçu de réponse.

Nous invitons donc nos lecteurs à se joindre aux signataires de la pétition et à nous retourner la liste de signatures ci-après.

La composition architecturale a déjà subi, à partir des an¬

nées 70, de profondes altéra¬

tions. L'adjonction de la Mensa

entraîne la destruction d'une

prouesse technique, l'escalier

à moustaches, et la disparition

des jardins.

(25)

PETITION

pour la sauvegarde de l'Uni-Miséricorde à Fribourg

PETITION POUR LA SAUVEGARDE DES BATIMENTS DE L'UNI MISERICORDE

L'ensemble des bâtiments de l'Université Miséricorde à Fribourg est progressivement dénaturé par des interventions incompétentes et des transformations abusives. Il faut à tout prix éviter de telles atteintes à un ensemble de bâtiments d'intérêt national. Le, la soussigné(e) souhaite son inscription dans la liste des bâtiments dignes de protection du Canton et de la Confédération ainsi que sa protection totale. Les rénovations doivent être faites à l'avenir après analyse scientifique et sous une direction compétente.

Signé à ce jour par:

Atelier 5, architectes et urbanistes, Berne Marie-Claude Bétrix, architecte, Zurich Werner Blaser, architecte, Bâle Mario Botta, architecte, Lugano

André Corboz, professeur histoire de l'architecture, EPFZ Zurich

Cari Fingerhuth, architecte cantonal, Bâle René Furer, professeur EPFZ, Benglen Aurelio Galfetti, architecte, Bellinzone

Jacques Gubler, historien de l'architecture, Lausanne Marie-Thérèse Honegger, compagne de l'architecte Denis Honegger, Genève

Benedikt Loderer, Rédacteur en Chef Hochparterre, Zurich

Pierre von Meiss, professeur EPFL, Lausanne Stanislaus von Moos, professeur, Uni Zurich Georg Mörsch, professeur Conservation des Monuments, Zurich

Werner Oechslin, professeur EPFZ, Zurich Arthur Riiegg, architecte, Zurich

Alberto Sartoris, architecte, Cossonay-Ville

Caria Prina, artiste-peintre, Cossonay-Ville

Martin Steinmann, professeur EPFL, Lausanne

Livio Vacchini, architecte, Lugano

(26)

Nom, Prénom, profession, adresse

Affranchir 50 CTS

SECRETARIAT PRO FRIBOURG Stalden 14

CH - 1700 FRIBOURG

(27)
(28)
(29)

ÉTÉ CULTUREL FRIBOURGEOIS

Avec le retour attendu du BELLUARD, l'été fribourgeois retrouve sa chaleur. Une année sabbatique n'était pas de trop pour lui permettre de reprendre souffle. Car le BELLUARD a évité, au cours de ses six éditions, de verser dans l'ornière festivalière. A cha¬

que fois, une équipe nouvelle reprend le flambeau et donne le ton.

Cela heurte bien sûr les routines administratives qui exigent du propre en ordre dans les comptes, tout en mettant à disposition cet espace inspiré, mais déplorablement sous-équipé, dangereux même. Cette pause n'aura pas été inutile, puisque les besoins du BELLUARD ont enfin été reconnus, qu'il a droit à un budget régu¬

lier et qu'il a obtenu la promesse d'infrastructures techniques qui le mettront à l'abri de la "pluie et du beau temps" dès l'an prochain 1991. . .

L'espace d'un court été, dès le 22 juin, le BELLUARD sera donc ce

"lieu de provocation intellectuelle et émotionnelle, de découver¬

te, de mise en question, d'aventure partagée par les artistes, le public et les organisateurs." Le thème sera cette année celui du

"quotidien", un véritable défi.

Du 29 juin au 8 juillet, le Festival de Musique Sacrée nous re¬

vient, une manifestation bisannuelle soutenue par les Jeunesses musicales et la Radio Suisse Romande "Espace 2" : regrettons que son information ne soit pas à la hauteur de son programme...

A longueur d'année, FRI-SON et la SPIRALE, qui ont conquis leur public, animent des espaces de création et de liberté, la premiè¬

re dans ses nouveaux locaux enfin à sa mesure, la seconde, qui monte en:.grade et en audience, reprenant bientôt le Café des Grand'Places !

Surprise : le Musée de Fribourg vient de monter une exposition inhabituelle et courageuse, fruit de l'espérience viennoise de la nouvelle Conservatrice adjointe, Danièle Perrier, sur l'art de l'après-guerre de la grande métropole danubienne. Cette efferves¬

cence est venue mourir sur nos rivages dans une quasi indifféren¬

ce. Mais, sans doute, faut-il beaucoup de ténacité et de longueur de temps pour élargir les horizons de notre cité, à qui l'Univer¬

sité a fourni plus un alibi qu'une réelle ouverture sur le monde extérieur.

Quand on parle ici de "culture", c'est finalement celle qui repo¬

se sur la volonté, le travail d'amateurs (dans le sens premier du mot: ceux qui aiment...). Que dire en effet de la sous-culture diffusée par les médias, par l'omniprésente TV, dont la seule fonction est de divertissement. La culture est au dernier rang de nos préoccupations politiques. L'abandon immédiat du projet de Théâtre au Werhof le prouve, à peine le projet privé de la Faye prenait-il forme. Il n'y a vraiment aucune raison de qualifier les expressions culturelles marginales de "contre-culture", dans la mesure où il n'y a plus rien en face.

Que penser du label officiel accordé à l'exposition du château

de Gruyères ? On nous assène l'argument que "Alien" a reçu l'Oscar

du cinéma. A ce taux-là, pourquoi pas à Fribourg un Marius de la

culture ?

(30)

cien Conservateur des Monuments sur ce qui pouvait paraître, aux yeux non avertis, comme une voie de garage, on lui offrait comme piédestal, une "fondation" à sa mesure.

En ce château, qui porte si opportunément le nom d'un fromage, le maître des lieux, d'aisance avérée, fait son trou.

Arraché à ses fantaisies architecturales, Etienne Chatton peut donner maintenant libre cours à ses fantasmes. L'univers libidi- no morbide, tout en toc, de H.R. Giger trouve en lui un chantre inspiré: c'est l'oeuvre d'un "génie". Alien ayant reçu un Oscar à Hollywood: "en matière d'art un tel Oscar est l'équivalent d' un prix Nobel !"

Il fait plus, il annonce la couleur: "...la culasse du mâle se dresse, vise, tire, repeuple. Sa mitraille crache mille sangsues, toutes identiques. Yeux clos encore, mais la bouche déjà avide.

Voraces, implacables; voici les nouveaux chérubins."

Nul doute que les chères petites têtes blondes, dont l'instruc¬

tion Publique a la charge, auront là un but de course d'école tout trouvé.

Courrez, courrez, à Gruyères, cet été, on s'ALIENe. *)

*) journellement jusqu'au 24 septembre...

(31)
(32)

BIEFBR/ZORAOOEN "Prophéties"

21hOO Concert HipHop : 24 K (NL)

23h00 Danse/Performance : HUMUNCULUS PROJECT/ANCIENT FUN (D)

" Archetyp "

OlhOO Kim expérimental : K EANBAJASHI (J)

" Shozusu "

st/S*

236. 14h00 Spectack pour enfants : TANDEM TINTA BLU

" L'apprenti bouffon "

21h30 Concert: DAGMAR KRAUSE (D/OB) 23h30 Danse: CHOLMONDELEYS (OB)

" Flesh and Blood "

di/So

24A. moo Contes pour enfants : VRENE RTSER & PIERRE SCHWAAR 20h30 Musique contemporaine : PATRICIA VON BLUMRÖDER (USA/D)

" Das nicht alltägliche Klavier "

me/Mi

276. moo D£bat: TABLE RONDE

" La vie culturelle à un tournant? "

En collaboration avec LA LIBERTE 21h30 Film: Court métrages expérimentaux japonais 22h30 Film: DAVID LARCHER (GB)

" Mare's Tail "

je/Do

MA 22h00 Thittre: BRUT DE BETON PRODUCTION (F)

" Sombre printemps " de Unica Zürn ye/Pr

296. 21h00 Musique/Performance: MOBSLANQ/QUHL/REMOND

" Voice Crack "

23h00 Théâtre: THEATRE POUR LE MOMENT

" Porteur d'eau/Der Wassertrlgcr "

sa/Sa

306. 14H00 Concert pour enfants : OOMMA PERCUSSION (B) 22Ù00 arque/Théâtre : SHMOLA TBATRB (E)

(Grandes-Rames / fieureriUeJ In ccocert "

24h00 Concert/Ayant Rode : NO SAFETY (USA)

QUt30 Film: NICOLAS HUMBBRT/WERNER P ENZ EL (D)

" Step across the border "

di/So

1.7. lOhOO Animation enfants : ATELIER MUSIQUE 20h30 Musique contempooJne : ENSEMBLE BELCANTO (D)

Oeuvres de AHSkzky, niHihm, CBerberian et wWiW

me/Mi

4.7. 19h30 Vidéo: A. NURUDIN/L.SINQER/C. DOUGHERTY (USA)

" Sampler San Francisco "

21h00 Deutsche Literatur : ANNA LANGHOFF (DDR), KRISTIN T.SCHNIDER CHRISTOPH BAUES, HELEN MEIER

" Wer Ahlen win, moss hören "

(33)

20h30 Musique/Performance : LAUTERB URG/LINOG/MAROOT/RENOLD

" VOLL - MOND "

Une création BELLUARD1990 23h00 Performance : CIE CEAUS-OOIER (F)

" Jardin à la française "

ve/Fr

6.7. 19h30 Vidéo-danse : CHARLES ATLAS (OB)

" Because we must "

21h30 Marionnettes : COATIMUNDI (F)

" Loup Noir "

23h30 Concert; YVETTE THERAULAZ

" Rien ne me manque sauf moi-même "

Une créttion BELLUARD 1990 OlbOO Hin : ATOM BQOTAN (CAN)

" Family Viewing "

sa/Sa

7.7. 14h00 Marionnettes pour enfants : COATIMUNDI (F)

" Chapeau la mer "

21h00 Spectacle: COLLECTIF UNA MU8ICA

M

Quatre "

Une création BELLUARD 1990 di/So

8.7. 18b00 Musique contemporaine : ENSEMBLE RECHERCHE (D) Oeuvres de F.Busoni, J.Strauss/

A-Schönberg/ A.Berg/ A. Webern moo Vernissage: A.FAVRE/S.UNTERNÀHRER

" L'Ange et le Néoc "

Installation vidéo

Une création BELLUARD 1990 20h30 Musique contemporaine : ENSEMBLE RECHERCHE (D)

Oeuvres de REisler, LNooo, M. Feldmann et A. Richard

mt/Di

10.7. 22h00 Théâtre:

(Ancien dépôt des trams an plateau de Pérolles)

aOAWRYSIAK / R.HERZMANN

" Wumnhkraizert " de F.-X. Krœtz Une création BELLUARD 1990 me/Mi

11.7. 20h30 Musique contemporaine : PIERRE MARI ET AN

" De l'oreille de la bouche et du cor._ "

Une création BELLUARD 1990 22h30 Theater: FANTOM THEATER

" Kindsmard " von P.Turrini Ute création BELLUARD 1990 je/Do

12.7. 20h30 Littérature: LECTURES françaises

Extraits de J.-P. Toussaint, O. Mir beau, L Janvier, V. Emmenegger

et avec Agota Kristof 23h00 Concert/Avant-Rode LES SALES COMBLES ve/Fr

117. 20h30 22h30

Concert:

Théâtre :

ALVARO (CHILE)

PASCALE ORAU / ANDREA SABMANN (CH/D)

" We eine Fran bas a œw„ Eine Licbcsgcachichtc "

00h30 Danse/Performance: KATHT ROSE (USA)

" Primitive Movers "

sa/Sa

14.7. 14h00 20h00

Animation enfants:

Performance de rue : (cantine du BeOuard)

ATEUER PEINTURE L. ANDREANI / L. JENNI

" Original Tee Zeremonial "

22h00 Concert/Danse: TENKO (J)

KATIE O'LOONET (USA) UZUMI ASHIKAWA (J) 24h00 Open End Disco : SOULFUL SHACK (D) Abonnement général : Fr. 150.-

Abcnnemcnt 5 soirées : Fr. 60.-

En vente chez HULLABALOO- JAZZ, à la

Librairie LINDWURM et à I« oiMe do soir

(34)

FESTIVAL DE MUSIQUE SACRÉE FRIBOURG 29 juin - 8 juillet 1990 Ve 29.6. Musica Antiqua/Rheinische Kantorei 20 h. 30, Eglise St-Michel J.O. Zelenka : Sub olea pacis. Oratorio Sa 30.6 Récital d'orgue

16 h. 00, Eglise des Augustins Luigi Ferdinando Tagliavini

20 h. 30, Eglise St-Michel Schola Cantorum Basiliensis/D. Vellard Di 1.7 Récital d'orgue

17 h. 00, Eglise de Bulle Marie-Claire Alain

20 h. 30, Eglise St-Michel Ensemble 415, Genève/Ch. Banchini Lu 2.7. Récital d'orgue

18 h. 00, Eglise de Plaffeien Guy Bovet

20 h. 30, Eglise St-Michel Ensemble vocal «A SEI VOCI»

Ma 3.7. Récital d'orgue 17 h. 00, Cathédrale St-Nicolas François Seydoux

20 h. 30, Eglise St-Michel Le Chœur des XVI/A. Ducret Me 4.7. Récital d'orgue

18 h. 00, Eglise des Augustins Klaus Slongo

20 h. 30, Eglise St-Michel The Choir of Magdalen College, Oxford Je 5.7. Récital d'orgue

18 h. 00, Eglise de Bösingen André Luy

20 h. 30, Eglise St-Michel The Tallis Scholars, Oxford Ve 6.7. Récital d'orgue

17 h. 00, Cathédrale St-Nicolas René Oberson

20 h. 30, Eglise St-Michel The Choir of Magdalen College, Oxford Orchestre de Chambre de Lausanne J.-S. Bach: Oratorio de Pâques Sa 7.7. Récital d'orgue

16 h. 30, Eglise St-Pierre Kei Koito

20 h. 30, Eglise St-Michel Venance Fortunat/Jeux liturgiques:

Les miracles de St-Nicolas Di 8.7. Récital d'orgue

16 h. 30, Cathédrale St-Nicolas Werner Jacob 20 h. 30, 'Eglise St-Michel Basler Madrigalisten

Motets à 16, 19, 24, et 33 voix Location et renseignements: Office du tourisme, 1700 Fribourg, <t> 037/23 25 55 Co-Production :

Jeunesses musicales de Suisse et Radio suisse romande, Espace 2.

17-1930

(35)

CLAIRE NORDMANN TSCHOPP

Marchés, manifs, Belluard, Fri-Son, cinémas: vous voilà plus seuls. Elle ne brandira plus les banderoles de l'in¬

dignation, ne lézardera plus aux terrasses de Fribourg, ne rôdera plus au marché aux puces ou aux ventes aux en¬

chères, ne sera plus de la partie pour aleviner ou net¬

toyer les rivières, ne sirotera plus de cafés à la pis¬

cine. Cette solitude nouvelle, il faudra l'apprivoiser.

Mardi 29 mai, juste avant que l'aube ne s'empare du ciel, Claire Nordmann Tschopp a rendu les armes. Etrange image, pour une antimilitariste convaincue. Et pourtant non. Car la maladie est bien le seul ennemi qui l'aie forcée à battre en retraite. Les autres, tous les autres, elle les a combattus de face, dénonçés d'un verbe fort, avec un courage singulier. Car ce n'était pas facile d'être femme, juive, et de faire de la politique en privilégiant les valeurs humanistes. Les coups n'ont pas manqué.

Mais qu'est-ce donc qui lui donnait des ailes ? Claire avait une conscience aiguë de l'injustice. Doublée d'une haute idée de ce que justice peut signifier. Forte de ces intimes convictions, elle a choisi son camp. Avocate et politicienne, elle a traqué l'injustice. A l'égard des femmes: il y allait de l'égalité des droits et des chan¬

ces. Des réfugiés, c'était affaire de dignité humaine, et de cet obscur souvenir de la honte: la lettre "J" impri¬

mée sur des passeports. Claire était une lutteuse, d'une rare honnêteté intellectuelle. Elle défendait les paumés avec les armes de l'intelligence et du coeur. C'est rare.

Il y a un an bientôt, elle expliquait aux jeunes bache¬

liers de Sainte-Croix: "Pensez qu'au privilège que vous avez eu d'étudier correspondent des devoirs, au moins mo¬

raux. Vous avez l'obligation de vous ouvrir au monde qui vous entoure et de vous engager". Et plus concrètement:

"M'engager, c'est réserver dans ma vie des espaces qui me permettent de mettre mes principes au service d'une cause, en agissant soit individuellement, soit collectivement".

Ce n'étaient pas de simples paroles en l'air.

Mais Claire, c'était bien plus qu'une femme de tête. Une femme simplement. Qui alliait le parler franc à l'humour corrosif, jonglait entre les langues et les niveaux de langage, se délectait de polars comme de pavés savants, jassait comme un chef, entre un tour en vélo et une réu¬

nion de parti. Claire, c'était la maman de Sarah, révoltée jusqu'au fond des tripes à l'idée de ne pouvoir accompa¬

gner sa fille jusqu'à l'âge adulte. Claire, c'était la femme de Walter Tschopp. Claire, c'était une amie, fidèle et exigeante.

Salut, Claire.

Michèle Roquancourt.

(36)

SÈMOLA TEATRE,

Festival Belluard 1990

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