Juin 1990 Trimestriel N° 86
Dialogue avec nos lecteurs:
entre nostalgie et ouverture
N 1 Foin de "Trèfle" Gérard Bourgarel 8 Actualité urbanistique 10 Gros comme un camion... 12 HOTELLERIE DU TEMPS PASSE 13 MISERICORDE, A L'AIDE Christoph Allenspach 23
Pétition pour l'Université
ETE CULTUREL FRIBOURGEOIS 2 9 IN MEMORIAM CLAIRE NORDMANN Michèle Roquencourt 35 Crédit photographique:
Primula BOSSHARD, Fribourg: p. 23 - 28 Eliane LAUBSCHER, Fribourg: p. 10 Patrick DELECROIX : p. 13
Archives de Pro Fribourg: p. 13-22
Imprimerie Mauron + Tinguely & Lâchât, Villars-sur-Glâne. Tirage 4000 ex.
MERCI à nos l'800 abonnés romands qui ont déjà réglé leur cotisation 1990 ! L'Assemblée Générale de notre mouvement est reportée à l'automne (convocation dans le prochain No)
PRO FRIBOURG Secrétariat : Stalden 14, 1700 Fribourg CCP 17 - 6883-3, Fribourg Cotisation :
Ordinaire: 28 fr.; de soutien 38 fr. avec l'édition de langue allemande (4 numéros par an) supplément 14 fr. Tarif réduit: 18 fr.
(étudiants, apprentis, 3
eâge)
DIALOGUE AVEC NOS LECTEURS
Le questionnaire diffusé en mars permet de faire utilement le point pour mieux définir les grandes lignes de notre action.
Nos cahiers spéciaux reçoivent l'approbation de tous. Et nous en avons deux importants en préparation: celui de Noël sur l'Eglise des Cordeliers et un cahier prévu pour l'été 1991 sur la restauration exemplaire d'un château et de son site.
C'est là le résultat d'un certain professionnalisme atteint par notre équipe. Elle a fait en 25 ans un bout de chemin et acquis de l'expérience, élargi ses horizons.
Pourtant une part de nos lecteurs rechigne à nous voir sortir des sentiers battus de la protection du patrimoine et de l'ac¬
tualité dans l'espace fermé entre Moléson et Mont-Vully.
Il nous est difficile de revenir sans cesse sur le même terrain labouré. Nous pourrions certes, en les actualisant, reprendre nombre de thèmes anciens du début de notre mouvement, tels ces cahiers d'inventaire qu'une minorité de nos lecteurs actuels connaissent. Dans ce domaine, nous parlons ici des débuts de l'hôtellerie à Fribourg et nous traiterons en septembre des méthodes nouvelles d'investigation à la base de toute méthode de restauration: les recherches archéologiques et l'inventaire.
Ce n'est pas sans raison qu'au jour de la fondation de notre mouvement, l'écrivain Gonzague de Reynold nous exhortait à
"ouvrir les fenêtres". Notre action a été nourrie, enrichie par les contacts extérieurs, et c'est encore notre raison d'être.
Il y a évidemment risque de se disperser ou de faire double emploi avec d'autres mouvements. Mais tout se tient et s'inter¬
pénétre, et les changements que nous vivons sont aussi ceux des flux et reflux de notre société occidentale. Ce qui se passe actuellement à l'Est aura aussi ses répercussions chez nous.
Donc pas question de nous replier sur notre pré carré fribour- geois. Ce serait étouffer. Mais c'est pour beaucoup une tenta¬
tion. Alors que l'étude même de notre patrimoine révèle que les temps forts à Fribourg ont été ceux de l'ouverture sur le monde. Tel celui de la fondation de notre Université.
Et quoi de plus symboliquement fribourgeois que notre cathé¬
drale ? Pourtant, si nous en retirions tous les apports exté¬
rieurs, de Maître du Jordil à Mehoffer et à Manessier, elle ne serait qu'une enveloppe vide.
Ce n'est pas la moindre de nos tâches que de rendre sensible ce fil conducteur au travers de notre histoire.
Gérard Bourgarel
vement a souvent pris des positions tranchées qui ne sont pas cel¬
les de tous nos lecteurs, c'est évident. Mais au moins, personne à ce jour ne nous reproche des silences.
Nous remercions donc tous nos lecteurs et lectrices qui se sont donné la peine de répondre à ce questionnaire, prenant position, agissant en partenaires et faisant même des offres de collabora¬
tion. Nous n'allons pas en rester là et cette rubrique sera conti¬
nuée .
REPONSES SUR LES CAHIERS SPECIAUX La quasi totalité nous incite à conti¬
nuer la publication de cahiers spé¬
ciaux: passons sur les compliments qui nous sont adressés. L'approbation tient au fait qu'ils s'inscrivent dans la ligne initiale de Pro Fribourg de défense d'un patrimoine menacé, et qu'ils sont des ouvrages de référence.
L'un ajoute même "seul domaine où vous êtes vraiment efficaces !" Autres re¬
marques qui reviennent: "à ma connais¬
sance, personne d'autre ne le fait et cela me paraît très important." Un lecteur de Genève: "Mes attaches avec Fribourg sont de plus en plus d'ordre sentimental car je l'ai quittée il y a 25 ans ! Cela me permet de me tenir au courant."
Cette contribution au maintien de la mémoire collective n'est d'ailleurs pas perçue de manière passive: "C'est le seul moyen d'en assurer vraiment la sauvegarde." ou encore: "C'est une mission capitale pour l'identité cul¬
turelle du peuple de Fribourg !" Un architecte rappelle cependant que "si nous saurons de nouveau créer le "pa¬
trimoine", nous saurons aussi le bien traiter."
Commentaire: Il est bien évident que nous sommes les premiers à éprouver un réel plaisir à réaliser des publi¬
cations durables, faisant référence.
Le travail qu'elles demandent est im¬
portant (rien qu'au chapitre des tra¬
ductions) et surtout mobilisent une part de plus en plus grande de nos ressources. Un exemple, le cahier sur Manessier, dans ses deux versions
allemande et française, a coûté la somme de 33'000 Fr. Sans les aides de la Loterie Romande qui nous a ac¬
cordé un subside de 12'000 Fr. et celle du Chapitre de la Cathédrale, grâce auxquels la moitié des frais étaient couverts, cette publication était irréalisable, alors même que toutes les collaborations étaient bénévoles.
Pour un cahier à grand succès tel que "Vivante Cathédrale" tiré à
17'000 exemplaires, combien d'autres n'ont qu'un succès d'estime, bien qu'offrant tout aussi bien une do¬
cumentation de référence. Voir les cahiers sur les Ponts ou celui sur l'architecture des années 30 qui, hors de nos abonnés, n'ont été vrai¬
ment appréciés que des spécialistes.
Les deux cahiers spéciaux actuelle¬
ment en chantier, dont celui sur la restauration de l'Eglise des Corde¬
liers, seront plus importants que celui consacré aux vitraux de Manes¬
sier et vont donc poser un problème ardu d'équilibre financier.
A plus forte raison, se pose le pro¬
blème des publications hors abonne¬
ment. Il faudra vraisemblablement y renoncer. Les reprints de la collec¬
tion des "introuvables fribourgeois"
au tirage de 500 exemplaires ont re¬
çu bon accueil mais n'offraient plus de possibilité d'extension. L'ouvra¬
ge L'ETAT DE CIEL sur la Fête-Dieu de Fribourg a été également bien ac¬
cueilli puisque presque la moitié
de nos abonnés l'ont commandé. Mais
treprise qui dépassait nos moyens. Nos lecteurs nous encouragent certes à con¬
tinuer dans cette direction, mais cela SUR LE TAUX DE COTISATION-ABONNEMENT Nos lecteurs ont pratiquement tous fait le lien entre la réalisation de cahiers exceptionnels et les ressour¬
ces indispensables: ils approuvent donc une hausse proportionnée des co¬
tisations. Le montant approprié sem¬
ble se situer autour de 40 Fr., avec cependant le maintien d'un taux ré¬
duit pour les étudiants, apprentis et rentiers AVS. Notre organe alémanique BRENNPUNKT REGION a opté pour une for¬
mule originale: la souscription d'heu- ORIENTATION INITIALE DE NOTRE MOUVEMENT Les buts premiers de PRO FRIBOURG ne sont pas contestés. Ils font partie de notre image: la protection et la mise en valeur du patrimoine, l'aménagement et 1'urbanisme.
Une ou deux remarques relient bien ces sujets à leur contexte. Une fri bour¬
geoise: "Il est très important de dé¬
fendre notre patrimoine à n'importe quel prix, puisqu'il s'effrite de plus en plus avec ces promoteurs d'ailleurs venant détruire pour leur profit. Une honte de permettre cela sans réagir."
Un architecte bullois estime que "les erreurs qui n'ont pas été commises justifient la présence de Pro Fribourg'.'
res absolument fiables sur des bases sûres (voir l'article s'y rapportant en page 12). De ce point de vue, ce¬
la reste un cuisant échec.
res de travail à 25 Fr. qui ont per¬
mis de financer partiellement ce travail en profondeur. Nous allons donc proposer à notre assemblée gé¬
nérale de l'automne, une hausse de cotisation justifiée par l'importan¬
ce des cahiers en préparation. Un lecteur estime même notre revue
"trop bon marché par rapport à ce qu'elle offre !" Mais cette hausse ne concernera pas l'année en cours et le cahier sur les Cordeliers.
D'autres, plus nombreux, préfèrent que "Pro Fribourg reste dans son do¬
maine propre (protection du patri¬
moine, urbanisme) surtout si ses moyens sont limités." "C'est votre objectif prioritaire." "Restez fi¬
dèles à votre but premier: protec¬
tion du patrimoine, où vous faîtes du beau travail. Appuyez les actions du WWF, de Pro Natura Helvetica ou de SOS-racisme, mais laissez-leur l'initiative dans leurs domaines- respectifs. Le ton parfois trop agressif de vos articles m'agace.
Il pourrait nuire à l'efficacité de vos justes revendications. Merci pour votre travail et vos efforts."
Ce qui nous amène au deuxième volet de cette question : SUR L'ORIENTATION PLUS MILITANTE DE NOTRE MOUVEMENT Là, les avis sont partagés. Ils le sont
d'autant plus que notre dernier cahier de mars avait pris des positions parti¬
culièrement tranchées sur les projets autoroutiers et la montée du racisme.
Sur ce dernier point, cependant aucune remarque (comment l'interpréter ?), alors que notre lutte contre la N 1 entre Morat et Yverdon (pourtant menée depuis plusieurs années avec l'aval d'une assemblée générale) nous vaut quelques remarques cinglantes. D'un ingénieur: "(Si) vos cahiers (sur) le patrimoine sont admirables, par contre vos diatribes politiques et votre ma¬
nie de vous opposer systématiquement
à tout ce qui bouge à Fribourg. à vouloir mettre la ville en conser¬
ve, sont détestables... Votre en¬
gagement contre les autoroutes tou¬
che à l'hystérie. Votre combat con¬
tre les garages souterrains en ville est négatif et irréaliste.
...Arrêtez ! Vous valez mieux que ça !"
D'un industriel retraité: "Pro Fribourg ne doit pas faire de poli¬
tique; il faut arrêter sinon ce se¬
ra encore un abonné de moins et
vous en avez déjà beaucoup perdu à
cause de cela."
de façon unilatérale mais en contri¬
buant globalement à les résoudre."
Un recentrage nous est suggéré par un professeur: "Si Pro Fribourg veut gué¬
rir tous les maux de la société en mê¬
me temps, il n'en guérira aucun et perdra ses lecteurs. La protection du patrimoine est une valeur chère à beau¬
coup de personnes. C'est la mauvaise tactique d'attaquer en même temps sur tous les fronts."
Un avocat s'exprime dans le même sens
"D'autres mouvements sont engagés, une trop grande diversification ris¬
que de conduire à une perte de crédi¬
bilité pour le domaine spécifique de la protection du patrimoine où il y a assez à faire."
En sens inverse, un nombre égal de réponses nous incitent à élargir les thèmes, avec cependant des nuances sensibles.
Un lecteur de Marly: "Les points chauds doivent être abordés. ..défen¬
dre le patrimoine implique déjà de le protéger de la pollution, de le préserver dans un environnement sain.
Militer pour des questions plus éco¬
logiques ou sociales, pourrait modi¬
fier l'éthique de la rédaction et risque de voir cette très bonne re¬
vue glisser vers d'autres mouvements déjà en place et perdre ainsi sa spé¬
cificité."
Un architecte part de son expérience:
"La ville et son urbanisme sont le miroir des problèmes de société - il faut savoir lire la ville sous cet aspect - pour Pro Fribourg: gardez ce point de vue ! Dans l'esprit du "pa¬
trimoine actuel", Pro Fribourg devrait pouvoir lancer en tant que Forum indé¬
pendant des contre-projets architectu¬
raux. La bataille verbale est une chose, matérialiser les contre-propo- sitions, en est une autre ! Pouvoir formuler des réponses réfléchies dans le domaine de l'architecture et de l'urbanisme serait merveilleux. Il faut placer la priorité sur une "op¬
position professionnelle" pour éviter
dénoncer ou les attaquer, mais les indiquer... De façon à faire mieux comprendre le fonctionnement vérita¬
ble de l'Etat, et peut-être les
"liaisons inofficielles..."
Une staviacoise: "Démontrer à l'opi¬
nion les conséquences des problèmes de société chez nous: articles de fond, compte-rendu de publications.
En cas de votations, initiatives: ne pas prendre fait et cause pour un parti, un thème, rester sur les ques¬
tions de fond."
Un gruérien: "Chercher à sensibiliser l'individu, afin de le rendre éveillé, attentif et responsable de son "faire ou ne rien faire."
Un médecin de la région fribourgeoise:
"Il faut secouer l'inertie de (quel¬
ques) responsables politiques trop mollement assis dans leur fauteuil !"
Quelques remarques touchent aussi au ton et à la façon d'intervenir sur les sujets brûlants :
D'une militante dans le domaine de l'environnement: "Oui sur l'orienta¬
tion, mais les critiques ne doivent pas être personnelles mais se fonder sur des faits dûment établis."
Autre remarque: "Oui, tout en faisant parler les gens critiqués."
Enfin, un enseignant de la ville:
"Je serais avant tout d'avis que Pro Fribourg fasse de l'information avant du militantisme (risque de trop forte marginalisation). Je trouve remarqua¬
ble votre travail, sa qualité, sa constance !"
Commentaire: Les avis divergent parmi nos lecteurs sur l'orientation nou¬
velle de notre mouvement ou sur la ligne initiale à garder. L'action de Pro Fribourg est un long cheminement et, en 25 ans, le monde, la société, Fribourg, ont changé autour de nous.
Un lecteur remarque que "Pro Fribourg
a certainement évolué" et regrette le
temps où nous publions de cahier en
cahier une documentation rue par rue,
quartier par quartier. Le malheur est que notre ville est petite et que nous en avons fait le tour. Faut-il refaire à peu de choses près ce que nous avons déjà fait ? Cela nous serait difficile, bien que ce serait une nouveauté pour une grande part de nos lecteurs dont l'effectif s'est renouvelé au cours des ans.
Nous ne négligerons pas pour autant le thème "patrimoine": nos cahiers spé¬
ciaux ont pris la relève et le cahier de septembre traitera des méthodes nou¬
velles de la conservation (analyses ar¬
chéologiques et inventaire).
Une dimension de notre mouvement n'est pas toujours bien perçue: des réactions à l'article sur Erfurt en RDA le prou¬
vent. L'une même voit se glisser dans notre soutien à Neues Forum "une idéo¬
logie socialisante de gauche."
C'est le moment de rappeler que l'ou¬
verture de notre mouvement vers l'ex¬
térieur est une de ses caractéristiques initiales. Elle est à l'origine de la fondation conjointe de Pro Fribourg et de la fédération Civitas Nostra.
A l'automne dernier, notre congrès des 25 ans avec nos amis de Civitas Nostra en témoignait. Notre mouvement s'est nourri, a tiré sa substance de ces ap¬
ports, de ces expériences partagées.
SUR L'OUVERTURE AU PLAN CANTONAL
C'est, à l'évidence, affaire de moyens, de contacts et de participation de nos membres. Les 3/4 des réponses la sou¬
haitent. Mais certains émettent des doutes. Un architecte: "Ne pas trop at¬
tendre de la campagne: beaucoup ont choisi la fuite face aux problèmes ac¬
tuels." Mais un avocat souligne: "Le Canton n'est-il pas devenu une grande ville?" A rapprocher du souhait que le professeur Robert Caillot nous adresse de Lyon: "Il faudrait élargir si possi- EN CONCLUSION
C'est ainsi qu'il y a 20 (!) ans, nous nous sommes appuyés sur l'exem¬
ple tchécoslovaque en matière de res¬
tauration pour demander des relevés d'ensemble, un inventaire, l'établis¬
sement d'une typologie des bâtiments, en bref, pour donner une base scien¬
tifique aux travaux de restauration.
Et c'est seulement maintenant, vingt ans après, que ces méthodes commen¬
cent à entrer dans la pratique loca¬
le :
Sans ce vent du large, nous aurions depuis longtemps péri asphyxiés à Fribourg... Et aujourd'hui, comme hier, la force de notre mouvement ré¬
side dans ce réseau de contacts, d'a¬
mitiés qui s'étend à l'Europe entière.
Ce serait d'ailleurs une erreur de croire que nous puissions nous tenir à l'abri des influences extérieures, des mouvements qui traversent une Europe retrouvant sa dimension géo¬
graphique.
La question de garder notre spécifi¬
cité, de fournir à nos lecteurs des informations plus que des traits de polémiques, doit être prise pleine¬
ment en considération, dans une pers¬
pective ouverte. Car nous devons aus¬
si tenir compte de ceux et celles qui attendent notre contribution face aux problèmes de notre temps.
ble votre action, ne serait-ce que pour éviter que la croissance "en ta¬
che" de Fribourg ne finisse, en rai¬
son des problèmes humains, financiers, spéculatifs, qu'elle pose et va poser de plus en plus, par occulter totale¬
ment les problèmes de désertification à terme de son espace rural. L'auto¬
nomie - je devrais dire "l'autarcie" - communale helvétique devient un danger mortel à l'heure des interdépendances multiples entre ville et campagne."
Nos lecteurs nous donnent encore le feu vert pour introduire une publicité bien ciblée dans nos cahiers. Ils nous font encore des propositions et des offres de collaboration. Courant juin, nous les inviterons pour en discuter avec nous. Ces échanges peuvent nous apporter beaucoup, nourrir une réflexion commune à l'heure où notre Canton et notre ville sont en pleine mutation. Le dialogue est ou¬
vert et nous attendons d'autres réactions.
Dix ans de lutte contre la N 1 se terminent par un échec. La forte opposition du début des années 80 a fondu comme neige au soleil. Alors que les paysans de la région manifestaient en masse en 1980 contre le projet, que les 2/3 des communes vau- doises des trois districts touchés rejettaient la N 1 en 1982, toute la région est quasi unanime pour ...continuer les frais.
La Broyé fribourgeoise a ainsi donné 88,4 % pour la N 1, un re¬
cord. La moyenne du Canton est de 81 % (tombant à 75 % en ville et à 69 % en Singine). Ce résultat écrasant risque de peser lourd sur la politique routière cantonale. Déjà, on voit ressur- gir le projet de tangente Chiètres - N 5 (la T 10) au travers du Grand Marais.
L'ardeur de la lutte, les moyens - à la limite de la légalité - utilisés par des communes pour emporter le morceau, laisseront des traces. L'éviction du Dr. Riccardo Ferrari, au lendemain de la votation, de ses fonctions au Conseil Communal d'Estavayer- le-Lac, est consternante. Il est vrai que le Dr. Ferrari avait la mauvaise idée de vouloir faire respecter le plan de zones de l'aménagement et s'opposait aux faveurs consenties à un indus¬
triel.
Dans la région, c'est maintenant le retour au "calme". Les com¬
munes de Domdidier et de Dompierre s'étaient spectaculairement insurgées contre une situation intolérable, contre les milliers de camions journaliers troublant leur tranquillité et menaçant leur sécurité. Au lendemain de la votation, cette vague émo¬
tionnelle retombait aussitôt. L'intolérable redevenait toléra- ble pour les dix ans à venir, jusqu'à la réalisation finale de l'autoroute, sans que la situation réelle, la vie de tous les jours, soit le moins du monde changée...
Mais, finalement, transporteurs et riverains de la Broyé n'ont- ils pas voté de concert pour la N 1 ? A tel point, qu'au lende¬
main d'un tel prébiscite, les "gros culs" et autres "brummis"
se sentent le vent en poupe. Réunis à Berne, les délégués de l'ASTAG ont immédiatement demandé l'abrogation des "mesures dirigistes et coercitives" à l'égard des transporteurs routiers ainsi que l'alignement sans conpromis des normes suisses sur celles en vigueur en Europe. C'est-à-dire pour les 40 tonnes et la largeur portée à 2m50. Rendez-vous en septembre pour la vota¬
tion sur ce dernier sujet. Il ne devrait pas être si difficile de convaincre les gens de la Broyé qu'il vaut mieux voir passer sous leurs fenêtres un 40 t. que deux 20 t. Ben voyons...
S'ils hésitent encore, il n'y aura plus qu'à leur faire lire l'ouvrage à la gloire des chauffeurs de poids lourds de Jean Steinauer: "Contes et légendes à trois ou quatre essieux"*), tressés en forme de couronne pour le jubilé de la Maison Frede- rici. Le parfait livre de chevet pour les insomniaques: l'occa¬
sion de se mettre une fois à la place de ces "routiers sympas"
qui, avec conviction, "roulent pour nous."
*) Editions 24Heures, Bertil Gallanâ, Lausanne.
DES FAITS - DES FAITS - DES FAITS - DES FAITS - DES FAITS - DES FAITS - DES FAITS
LA BROYE EST DÉJÀ EN EUROPE
Une petite information dans les "Freiburger Nachrichten" du 18 avril est passée quasi inaperçue: 23 familles paysannes qui cultivaient des concombres dans la région d'Estavayer- le-Lac pour la MIGROS vont devoir arrêter leur production.
La raison: ceux importés de Pologne et de Hongrie sont meil¬
leurs marché.
Nous avions ironisé en son temps sur les propos de Roselyne Crausaz vantant l'autoroute de Lisbonne à Helsinki: vraisem¬
blablement à tort, car elle sera l'artère vitale pour ces milliers de camions, toujours plus lourds, toujours plus larges, qui permettent, dans l'autre sens, de déverser sur notre pays ces fruits insipides et aqueux, ces produits agricoles hors saison qui remplissent nos super-marchés en provenance de régions sous-développées et sur-exploitées.
En comblant cette "lacune", nous entrons dans le jeu de la Communauté Européenne, de ces technocrates de Bruxelles qui investissent de l'argent pour le développement des régions du Sud de l'Espagne et du Portugal. Ces projets, planifiés à Bruxelles, imposent la monoculture, la voie d'une crois¬
sance rapide et des rendements à court terme. Les paysans ont beau se défendre, on arrache de force les oliviers et les chênes-lièges pour les remplacer par des plantations d'eucalyptus destinés à fournir de la pâte à papier. L'é¬
quilibre humain et naturel est détruit et une catastrophe écologique se prépare. Déjà un demi-million d'hectares ont été ainsi remaniés à coup de bulldozers.
L'Andalousie a déjà des centaines de km2 de terrains recou¬
verts d'une mer de plastique. Elle nous inonde de ces pro¬
duits précoces, de ces fraises rouges à l'extérieur et blan¬
ches à l'intérieur, dures et sans goût. Elles sont cultivées sous abri le long de pistes bétonnées, arrosées mécanique¬
ment et traitées aux pesticides. La main-d'oeuvre est four¬
nie par des milliers de travailleurs au noir venus d'Afrique du Nord et logés, entassés n'importe comment et sous-payés.
Dans cette même région, l'argent de la Communauté Européenne sert à construire à la va-vite tout un réseau d'autoroutes, sans la moindre étude d'impact, souvent au travers même de réserves naturelles. C'est le forcing en vue de l'exposition internationale de Séville en 1992.
Nous ne sommes pas encore dans cette Europe, mais cette Eu¬
rope est déjà bel et bien chez nous.
(Sources: DER SPIEGER Nr 16/1990 du 16.4./ NEWSWEEK Nr 17 du
23.4.90 / LE MONDE du 17 mai 1990).
Le parking des Alpes s'achève. Il sera en exploitation à fin août, ce qui ne représente qu'un retard de cinq ans sur les prévisions au départ. Que ce retard et toutes les péripéties qui l'ont jalonné aient des répercussions sur le coût final (devisé à 13 millions), on peut le supposer. Alors la Commune va-t'elle exiger que les amé¬
nagements extérieurs, à la charge des promoteurs, soient réalisés comme prévu ? Non sans doute : on ne tire pas sur une ambulance.
Quand nous dénoncions l'emprise énorme de cette construction avec photo-montage à l'appui (Pro Fribourg No 63, octobre 1984, à dispo¬
sition des lecteurs qui en feront la demande), nous nous fîmes trai¬
ter de menteurs par des promoteurs prétendant que le parking serait
à moitié enterré. On hérite maintenant d'un imposant bunker même pas
camouflé, orné pour l'heure d'un graffiti chargé d'ironie.
BOXAL A LA TRAPPE
De restructuration en reprise et fermeture, l'industrie en ville de Fribourg disparaît au profit du tertiaire envahissant. Depuis la liquidation de Winckler à Marly en 1979 à Boxai en 1990, une grande part des entreprises traditionnelles formant l'ossature industriel¬
le de Fribourg ont disparu. Les sites industriels en zone urbaine sont des cibles spéculatives de choix : ils permettent souvent à des entreprises en difficulté de sauver leur capital à défaut des emplois. Et les nouvelles entreprises s'installent à la périphérie.
Le gain spéculatif équilibre-t'il le coût social de tels change¬
ments ?
BEAUREGARD : TABLE RASE
Il ne fait pas bon être sans logement à Fribourg. Sans logement, vous cessez proprement d'exister. Un préfet qui détourne le regard, un Félicien Morel qui cautionne et, sans même crier gare, une pelle de trax s'abat sur un bâtiment squatté. A Fribourg, années 90, on traite les squatters comme des rats.
Pro Fribourg était précédemment intervenu, en date du 12 avril, pour la conservation du bâtiment en façade sur l'avenue de Beaure- gard, la fameuse halle aux cuves de cuivre, un bâtiment industriel remarquable datant de 1960. Avec ce bâtiment, c'est vraiment un symbole qui disparaît, la dernière trace d'une entreprise que SIBRA s'était engagé à maintenir, lors de la fusion. M. Sam G. Hayek a beau se vanter d'être la seule entreprise de la branche a avoir créé un musée de la bière, nous ne pouvons si facilement oublier qu'aussi bien le site initial de Cardinal à la Neuveville que les bâtiments de Beauregard sont devenus, par eux, objets de spécula¬
tion. De son côté, Félicien Morel, président de la Caisse de pré¬
voyance du personnel de l'Etat, relève qu'il ne s'agit plus que d'un immeuble désaffecté et nous renvoie à la procédure usuelle d'opposition de démolition auprès des instances compétentes.
Nous persistons à penser qu'un bâtiment aussi représentatif aurait pu être intégré dans de nouvelles constructions. Edifiée par les architectes Stücheli et Groebli de Zurich, cette halle métallique, avec sa façade entièrement vitrée mettant le public en contact di¬
rect avec la fabrication, était une réalisation marquante et nova¬
trice à Fribourg.
PONT DE LA POYA: SUSPENDU OU EN SUSPENS ?
Le Plateau de Pérolles déserté par le Comptoir lorgnant vers Granges- Paccot, le projet de théâtre abandonné au profit de celui de la Faye, des grands projets de la Commune, à l'approche des élections, il ne reste que le Pont de la Poya. Un cheval de bataille qui se mue en cheval de Troie, dès lors que l'ouvrage d'art projeté se prolonge d'un travail de taupe pour drainer, à coup de dizaines de millions, le trafic détourné du Bourg vers le centre-ville, à Tivoli ! Un cen¬
tre-ville déjà suffisamment engorgé. A ce jeu là, on risque de cons¬
truire le pont et de rater le trait-d'union. A quoi sert de faire déboucher un tunnel sur un cul-de-sac ? A quoi bon investir pas loin d'une centaine de millions au total pour amener encore plus de voitu¬
res là où elles n'ont que faire, là où devraient vivre, travailler,
se rencontrer les gens, sans étouffer, sans s'asphyxier.
GROS COMME UN CAMION
On a beau s'être fait au côté funambulesque de Jean Steinauer, son
"Paroles de" dans la Liberté du 26 mai avait de quoi faire bondir.*
Qu'il soit à la recherche d'un "créneau", c'est son affaire. Par fanfaronnade, il se proclame "auteur à gages". En fait, c'est tout bonnement de "public relations" qu'il s'agit: une sorte d'écrivain public pour entreprises en mal d'image ou ayant besoin d'un sérieux lifting. A Fribourg, de la Placette à Sibra, de la Caisse de Pension de l'Etat à M. Stäubli, il y a certe's à faire. Son transporteur vau- dois, conseiller national et lobbyman, est content de lui: c'est une référence.
L'Etat de Ciel, c'était tout de même autre chose. Autre chose que de la fiction publicitaire. Il dit "J'ai écrit l'Etat de Ciel..."
Là, il n'était pas seul. Il avait avec lui Claude Macherel, ethnolo¬
gue: pas un simple assistant scientifique, mais réellement co-auteur.
C'était un peu l'alliance de l'entomologiste et du chasseur de pa¬
pillons .
Surtout, ce n'était pas une simple commande: notre mouvement n'est pas en mesure de jouer les "mécènes" (qu'il dit, alors qu'il s'agit du budget publicitaire de grosses boîtes). Le projet de l'ouvrage sur la Fête-Dieu, prise comme le miroir d'une société en mutation, était de Jean Steinauer. Il avait de quoi séduire. Nous apportions une solide documentation, un public fidèle. Mais cela ne donnait pas une assise suffisante: réaliser un livre est une chose, le diffuser en est une autre. Jean Steinauer balaya ces objections, se campant en professionnel des médias ayant ses entrées partout: Bien sûr, Pro Fribourg ne pouvait se lancer tout seul dans l'aventure, il se chargerait du reste.
L'ouvrage marquerait nos 25 ans, c'était un atout et cela fixait un délai. Un contrat fut établi, rédigé par Steinauer, revu par nous.
Pas à proprement parler un contrat d'édition, mais, partant d'une relation de confiance, un vrai partenariat avec financement de l'é¬
tude au départ (un tiers par nous, le reste par Pro Helvetia et le CNRS). Une affaire sérieuse, parfaitement jouable à condition de te¬
nir tous les délais. Le projet, ayant pris un bon départ, fut pour¬
tant à deux doigts de capoter: parti trop tard comme le lièvre de la fable, Steinauer accumulait cinq semaines de retard. Le texte fut finalement bouclé un samedi après-midi alors que tout devait être livré au relieur le mercredi ! Tout fut sauvé grâce à notre impri¬
meur travaillant soirs et week-end. Une réussite, un livre de réfé¬
rence, mais un pari tenu de justesse et à quel prix ? Celui de la promotion et de la diffusion, alors que notre chasseur de papillons était déjà reparti au large vers d'autres rêves... Pour résultat, un véritable gâchis: mise en demeure, travail bâclé hors délais, occa¬
sions médiatiques manquées, frais accrus, promesses non tenues. D'où un découvert difficile à combler.
Il y avait en attente le projet, déjà annoncé, d'un livre sur le Ré¬
giment de Diesbach. Mais comment envisager un second livre avec un hâbleur de ce calibre, aussi doué soit-il ? Alors, Steinauer, à d'autres ! hélas.
G. B.
*) Une mise au point dans La Liberté aurait dû suffire: elle nous a été refusée
par M. Claude Chuard.
GRAND HITIi DE ZÄHRINGEN IF Ml IB Uli v Suisse
!i'ii l'ace de la cathédrale ol vue sur les pouts.
Tmt frlssf it k terrasse de l'hôtel, J. JC II1 $ & El ! Fr opri é taire.
HÔTELLERIE À FRIBOURG:
sur un terrain mouvant
Fribourg n'a eu d'hôtellerie digne de ce nom qu'au début du 19ème siècle, quand les voyageurs de l'époque romantique commencèrent à découvrir la Suisse et ses montagnes. En 1832, Kuenlin signale deux auberges convenables : la première étant l'Hôtel des Marchands (ou des Merciers), la seconde étant celle du Faucon. Toutes les autres - une trentaine - étant traditionnellement fréquentées par les cam¬
pagnards, pour leurs affaires ou à l'occasion des foires fréquentes La double attraction des orgues de Mooser et du Pont Suspendu font alors de Fribourg une étape obligée. L'hôtellerie s'adapte à cette manne et le guide de 1841 signale toujours l'Hôtel des Merciers, en face de la Cathédrale, comme le plus apprécié. Grâce, il est vrai à son tenancier, le réputé confiseur-pâtissier-glacier Joseph
Moosbrugger et au fait qu'en ..."faisant ouvrir les fenêtres", on peut entendre les concerts d'orgues de sa chambre 1 Un nouvel hôtel reçoit encore les hôtes distingués, l'Hôtel Zaehringen, vanté pour sa terrasse, son café-billard et son accueil (piano à disposition des clients).
Ces deux hôtels ont disparu et du second, il ne reste que la façade et une terrasse vide.
L'ère du chemin de fer voit l'ouverture en 1863 de l'Hôtel de Fri¬
bourg - actuel Albertinum - aménagé dans un ancien bâtiment du 18e siècle. La fondation de l'Université entraîne un déplacement du centre de gravité vers la Gare et le Plateau de Pérolles. Les éta¬
blissements de la Belle Epoque auront nom "Terminus-Gare" en 1895,
"Central", "Hôtel Suisse" maintenant remplacé par le Plaza. Pour
un hebdomadaire saisonnier à l'usage de nos hôtes, bourré de con¬
seils et de suggestions, affichant naïvement les noms des notabi¬
lités de passage, d'un Monsieur Poulailler, propriétaire en France au Prince James Radziwill de Vilna avec sa suite...
Dans le même temps, se créent des brasseries au goût du jour...
et de la clientèle estudiantine portant couleurs et buvant ferme.
Ce sera la "Boîte à Max" façon caf-conc, à côté de la nouvelle (et désormais ancienne) Poste, le Beau-Site à Beauregard, le café- restaurant des Charmettes au fond de Pérolles, la Viennoise et la Brasserie Peier au Pont-Muré. La plus grande de toutes, le Grand Café Continental, orne la place de la Gare au débouché de Pérolles:
les horizons des buveurs fribourgeois s'élargissent à l'Europe en¬
tière .
La guerre mettra fin à la Belle Epoque de certains. Ce coup d'ar¬
rêt est suivi d'une longue dépression. L'entre-deux-guerres ne verra la construction, à l'approche du Tir Fédéral de 1935, que du nouveau Hôtel de Fribourg et Restaurant Gambrinus qui fermera majestueusement la Place de la Gare. Quelques décennies plus tard, sa rotonde disparaîtra pour céder la place au bâtiment de Botta.
Entre banque et bistrot, c'est toujours le pot de fer et le pot de terre...
La leçon à tirer de tous ces chassés-croisés, car il n'y a que l'Hôtel du Faucon à avoir gardé sa fonction pendant les deux der¬
niers siècles, est que l'hôtellerie est une branche économique particulièrement sensible à la conjoncture: payant tribu à chaque crise, dépression, conflit, manque de main-d'oeuvre qualifiée.
Fragile mais toujours renaissante.
la plupart des voyageurs de l'époque romantique, il ne restera, après la construction de la première Banque de l'Etat en 1905, qu'un restaurant et sa terrasse. Le Grand Hôtel deviendra, trans¬
formé en 1905, l'actuel Albertinum.
(j^AND fOTELafENSION àeÎRIBOURG.Sui M. ^
N N EY- Propriétaire
Le viel hôtel des Charpentiers se met vers 1900 au goût du jour et devient l'Hôtel Suisse, "stamm" apprécié des étudiants. Démo¬
li, il sera remplacé par l'actuelle verrue du Plaza...
t