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LA DIFFUSION DES ARCHIVES

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Academic year: 2022

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ou les 12 travaux des archivistes à l’ère du numérique

YVON LEMAY

ANNE KLEIN

Le but de cet article est de faire état des différents défis que les archivistes doivent relever en matière de diffusion des archives à l’ère du numérique. Les propos se réfèrent plus particulièrement au contexte québécois et canadien. Les impacts tant pratiques que théoriques sur la discipline archivistique sont soulignés en conclusion.

Assurément, l’époque est faste pour la diffusion des archives. En l’espace d’une dizaine d’années, les développements en la matière ont été remarquables. De l’exposition virtuelle aux archives à voix haute en passant par le web 2.0 et l’art contemporain, les documents d’archives ont été mis à profit dans des réalisations, des milieux et auprès de clientèles des plus variés. Mais si, dans cette effervescence qu’a connue la diffusion des

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archives, l’environnement numérique a joué un rôle de premier plan, celui- ci n’a pas été par ailleurs sans provoquer de nombreux changements dans le domaine des archives : nouveaux concurrents, nouveaux lieux d’archivage, nouvelles pratiques. De plus, l’environnement numérique n’apporte pas que des bénéfices dans son sillage. Toutes les vertus qu’on lui prête ont aussi leurs effets pervers. À titre d’exemple, la gratuité n’est en fait qu’un nouveau modèle commercial et les traces numériques de nos activités autant de possibilités de surveillance et de contrôle.

Comment tirer profit d’un contexte des plus favorables à la diffusion des archives ? Comment s’adapter à un vent incessant de changements ? Comment faire en sorte que les archives puissent continuer à être synonymes du droit de savoir, d’interrogation et de revendication ? Comment ne pas oublier l’expérience unique que représente le contact direct avec l’archive à l’ère de la copie numérique ?

Il s’agit là d’un vaste chantier et dans le but de contribuer à la réflexion nous souhaitons identifier les principaux défis que doivent relever les archivistes ainsi que les principales réalisations en matière de diffusion des archives dans l’environnement numérique. Pour en donner un aperçu, nous présentons, en référence aux 12 travaux d’Hercule tout comme, bien sûr, à ceux d’Astérix, 12 types de travaux auxquels les archivistes se consacrent ou devront se consacrer, à savoir :

– encourager une culture de la collaboration ; – développer des outils de gestion ;

– faciliter le partage et la réutilisation ;

– s’adapter aux nouveaux concurrents, nouveaux lieux, nouvelles pratiques ;

– élargir le cadre de référence des archives ; – considérer la dimension émotive des archives ; – encourager le contact direct avec le public ; – connaître les usagers et les usages des archives ; – exploiter la force de l’intelligence collective ; – assurer la visibilité du domaine des archives ;

– établir un partenariat entre les archives, les bibliothèques et les musées ; – défendre l’espace public et garantir le respect de la vie privée.

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Bien que nos propos se réfèrent plus particulièrement au contexte québécois et canadien, nous croyons néanmoins qu’ils pourront s’avérer tout aussi éclairants pour d’autres milieux dans la mesure où la situation québécoise n’a rien d’exceptionnel à ce chapitre. Évidemment, certains travaux jugés pertinents au Québec pourront apparaître moins prioritaires ailleurs mais, de manière générale, les pistes de réflexions que nous proposons peuvent aider à mieux se situer afin d’être à même de passer à l’action. Il ne s’agit aucunement cependant d’un programme à suivre à la lettre. Notre objectif est de dresser un portrait de la situation de manière à prendre les devants et à agir. Ainsi, tantôt nous pointerons une bonne pratique ou un cas exemplaire afin d’en tirer profit, tantôt nous présenterons des projets qui permettraient de combler un vide ou apporteraient une solution, tantôt enfin nous lancerons des propositions qui pourraient s’avérer fructueuses en termes de leadership ou d’innovation. En fait, nous souhaitons surtout, par ce texte, faire part de nos réflexions et, peut-être, susciter des réactions de la part des professionnels des archives et de l’information.

Avant de présenter dans leurs grandes lignes chacun des travaux, il importe en premier lieu de préciser que notre approche ne se limite pas à pointer des éléments ayant trait au seul environnement numérique, mais qu’elle vise à montrer ce que le numérique implique en matière de diffusion des archives. Par conséquent, nous pourrons aborder des aspects de cette fonction archivistique qui ne concernent pas directement l’environnement numérique, mais qui sont néanmoins affectés par lui. En second lieu, il faut préciser les nuances qui existent entre la diffusion des archives dans la pratique archivistique québécoise et la valorisation, telle qu’elle est comprise en Europe. Comme nous le verrons, la valorisation – c’est-à-dire les « activités d’un service d’archives destinées à faire connaître au public l’existence et l’intérêt scientifique ou artistique des fonds et collections qu’il conserve et à les mettre ainsi en valeur par le biais d’expositions, de conférences, de publications, de visites, etc. » (Pipon et Pontier, 2007, 299) –, représente au Québec un sous-ensemble d’une mission plus large qui est celle de la diffusion.

En abordant la problématique de la diffusion des archives à l’ère du numérique, nous cherchons autant à réfléchir aux impacts du numérique sur le domaine des archives qu’à ceux de la diffusion sur l’archivistique en tant que telle. Autrement dit, si le numérique apporte un nouvel éclairage

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sur la diffusion des archives, celle-ci n’est pas, par ailleurs, sans engendrer de nouvelles perspectives sur la discipline.

La diffusion des archives

La diffusion des archives, indique Normand Charbonneau dans Les fonctions de l’archivistique contemporaine, « est l’action de faire connaître, de mettre en valeur, de transmettre ou de rendre accessibles une ou des informations contenues dans des documents d’archives à des utilisateurs (personnes ou organismes) connus ou potentiels pour répondre à leurs besoins spécifiques. » (Charbonneau, 1999, 374). En tant que fonction archivistique, la diffusion comprend plusieurs facettes comme la communication (l’accès aux documents), la valorisation (les activités éducatives et culturelles), l’exploitation (l’utilisation des documents d’archives à diverses fins), la référence (l’aide aux chercheurs) et la promotion (autant des fonds et des services d’archives que de l’archivistique).

Ainsi, dans la pratique québécoise, la diffusion des archives est considérée comme l’une des « finalités les plus importantes de l’archivistique » (Couture, 1999, 22) dans la mesure où « ce n’est pas une fin en soi d’acquérir, de traiter et de conserver des archives. L’objectif ultime de l’archiviste est de rendre accessible et de préparer à une diffusion les informations qu’elles renferment. » (Couture et al., 1982, 257), c’est-à- dire de mettre à la disposition des usagers d’aujourd’hui, tout comme à ceux de demain, des documents d’archives qui seront à même de témoigner des activités et des réalisations de leurs créateurs et de satisfaire à des besoins informationnels de toute nature. Si l’on considère les archives comme l’un des véhicules de la mémoire collective, la diffusion s’avère une activité indispensable pour la société dans son ensemble. En effet, tel que le préambule de la Déclaration universelle des Archives le souligne : « L’accès le plus large aux archives doit être maintenu et encouragé pour l’accroissement des connaissances, le maintien et l’avancement de la démocratie et des droits de la personne, la qualité de vie des citoyens » (ICA, 2010).

Aussi c’est dans cette perspective plus globale que nous envisageons les travaux qui sont entrepris, ou devront l’être, par les archivistes dans l’environnement numérique.

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1. Encourager une culture de la collaboration

D’abord, s’il est un dénominateur commun à l’environnement numérique c’est bien celui du partage et de la collaboration. Ainsi notamment,

Lorsque le chercheur anglais Tim Berners-Lee conçoit le World Wide Web en mars 1989, il crée un outil collaboratif destiné aux chercheurs du CERN à Genève. Son but : permettre aux laboratoires d’échanger des informations, d’avoir accès à leurs bases de données. Bref, partager et collaborer pour faire avancer la recherche. Vingt ans plus tard, Tim Berners-Lee voit s’accomplir son intuition, mais à l’échelle mondiale. Le web, que l’on qualifie désormais de social, est devenu massivement collaboratif. Et c’est sans doute cela la vraie révolution du web.

(Gammaire, 2009)

Le milieu des archives a lui aussi suivi cette logique.

Des réalisations ou initiatives comme « Montréal, 500 ans d’histoire dans les archives », « l’étiquetage social » sur le site de Bibliothèque et Archives Canada ou le portail « Nouvelle-France – Horizons nouveaux », qui font appel tantôt aux ressources de plusieurs services d’archives, tantôt à la participation des utilisateurs, tantôt au partenariat entre des institutions nationales en France et au Canada, en sont d’éloquents exemples. (Leroux et Lemay, 2009, 43).

Ces quelques cas ont, certainement, fait surgir dans votre esprit de nombreux autres exemples tout aussi significatifs de cette pratique

« collaborative » qui s’est imposée dans le milieu des archives et dont la portée tend à s’accroître avec le web 2.01. Dorénavant, tout usager de l’environnement numérique intéressé par la question des archives est susceptible d’y apporter sa contribution. On peut citer ici à titre d’exemple le projet MyArchives des archives départementales de l’Aube (France) dont « l’objectif est faire du site internet […] un espace collaboratif, tant du point de vue de l’appropriation des contenus via des outils d’annotation, que du point de vue de la navigation dans les contenus via la notion de centres d’intérêts » (France, MCC, 2010). Les utilisateurs

1. Pour un aperçu de l’impact du web 2.0 dans le milieu des archives, voir SAA (2009) et Thiemer (2011).

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peuvent annoter les contenus, partager leurs centres d’intérêts avec la communauté ainsi créée autour du service d’archives, et proposer de nouveaux contenus2.

Comment encourager cette culture de la collaboration ? Comment tirer profit de cette logique qui est au cœur du numérique ? Est-il possible, voire nécessaire, d’envisager une stratégie d’ensemble en la matière ? Faut-il au contraire laisser à chacun le soin de répondre comme bon lui semble à la situation, de miser sur les initiatives individuelles ?

Lorsque l’on réalise que la collaboration est un principe fondamental du numérique, il devient difficile de ne pas sentir le besoin d’aller plus loin, de chercher à assurer une plus grande cohérence, une meilleure coordination entre les différents acteurs. Il devient alors essentiel de mettre à profit les associations, les conseils, les regroupements, les institutions, les services d’archives, les écoles, les éditeurs, les revues, etc., tout ce qui constitue en somme l’ensemble des structures du réseau des archives. Sans oublier, les usagers ayant la capacité de jouer un rôle actif s’ils le désirent et sans qui la mise en place d’outils collaboratifs perd son sens. Bref, le numérique oblige à penser, à prévoir, à agir à une autre échelle, à être plus stratégique et à faire preuve d’une plus grande ouverture.

À ce propos, il est intéressant de signaler les actions entreprises par Bibliothèque et Archives Canada (BAC) depuis 2011 dans le cadre d’initiatives de modernisation et d’innovation. Partant du constat qu’« à l’ère numérique, un établissement ou un organisme responsable du patrimoine documentaire ne peut relever seul les défis associés à l’évaluation, à l’acquisition, ainsi qu’à la préservation et à l’accès », Bibliothèque et Archives Canada « a donc organisé un bon nombre de forums des milieux intéressés et de forums universitaires dans le but que les intervenants puissent collaborer à la création d’une vision collective d’un réseau du patrimoine documentaire efficace » (BAC, Forum, 2012) L’objectif visé par cette consultation à l’échelle nationale est le développement d’un réseau pancanadien du patrimoine documentaire qui :

2. Dans le même esprit, les Dictionnaires historiques sur le site des Archives départementales de la Vendée sont un autre exemple d’outil collaboratif qui favorise l’établissement de nouveaux rapports entre les archivistes et leur public (VEN, Dictionnaires).

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– servira de tribune pour l’élaboration de stratégies collectives relatives à l’acquisition, la préservation et l’exploration des ressources […] ;

– servira d’appui pour définir et exécuter des projets à court et à long terme […] ;

– facilitera la communication entre les différents intervenants en matière de patrimoine […]. (BAC, Survol, 2012)

Il faudra voir toutefois dans quelle mesure ce réseau favorisera la collaboration en matière de diffusion et initiera des projets en ce sens.

Mais, chose certaine, la démarche est exemplaire tant par son principe de base que par son objectif : collaborer dans le but de créer des structures, de coordonner des actions, de disposer de moyens qu’il serait difficile, voire impossible, autrement d’envisager.

2. Développer des outils de gestion

Sites web, expositions virtuelles, instruments de recherche et référence en ligne, ressources pédagogiques, catalogues collectifs, blogues, microblogues, plateformes de partage de ressources, espaces de socialisation, étiquettes textuelles, applications composites, applications mobiles, etc. Il semble que la liste n’en finisse plus de s’allonger, et ce, à un rythme toujours plus rapide. Aussi,

Dans la situation actuelle où il existe une panoplie d’options possibles, il est tentant pour les services d’archives de vouloir tout essayer, d’être à la fine pointe des derniers développements. Le danger d’éparpillement, d’action sans lendemain, de surexploitation des ressources est bien réel.

Plus que jamais, il est donc nécessaire d’encadrer ses actions, de déterminer des objectifs en relation avec sa mission, ses collections, ses clientèles et ses orientations stratégiques. (Lemay, 2012, 76)

Et si le besoin de faire des choix, d’établir des priorités de manière cohérente se fait sentir au sein des services d’archives, cette nécessité n’en est pas moins tout aussi primordiale pour l’ensemble du réseau des archives.

Plus que jamais, des outils de gestion doivent être développés et mis en place par les archivistes. Politique de diffusion, programme de numérisation, plan de communication, stratégie de développement, etc., deviennent tout à fait indispensables afin de pouvoir agir de manière

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cohérente et efficace. À titre d’exemple, en 2009, BAC a adopté une stratégie de numérisation (BAC, 2008) fixant à la fois les objectifs visés par la numérisation (accessibilité, préservation, éducation, besoins internes), la portée de la stratégie (l’ensemble de la collection analogique de BAC), les approches stratégiques (partenariats, plateforme interne, sous-traitance), les principes régissant la numérisation et les corpus devant être numérisés de manière prioritaire.

Sans de tels outils, comment coordonner les actions au plan national notamment3? Comment permettre aux associations, groupes et regroupements, institutions, centres et services d’archives et aux professionnels de collaborer s’ils ne disposent pas d’un plan d’action, d’un programme, d’objectifs communs ?

En effet, déclarait-on dans la version de consultation sur la Stratégie canadienne sur l’information numérique, « si nous voulons relever le défi de la numérisation, toutes les parties concernées, quel que soit leur secteur d’activités et sphère de compétences, doivent unir leurs forces et investir ensemble » (BAC, 2007, 13). Ainsi au Québec, suite à un processus de concertation lancé par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) en 2006 afin de dresser un état des lieux de la numérisation patrimoniale, un comité multidisciplinaire visant la formation d’un réseau québécois de numérisation patrimoniale (RQNP) a invité « les citoyens et les professionnels de l’information, de l’éducation et de la culture à soutenir son action en signant l’Appel à la numérisation du patrimoine culturel québécois » (BAnQ, 2010) en décembre 20104. Espérons que l’appel sera entendu et qu’il sera ainsi possible de :

– mettre en place un réseau patrimonial numérique québécois […] ; – mettre en œuvre un programme national de numérisation du patrimoine ;

3. Pensons, entre autres, en France aux Appels à projets de numérisation dans le cadre du Programme national de numérisation du ministère de la Culture et de la Communication (France, MCC, Numérisation) pour s’en convaincre.

4. Selon une enquête réalisée en 2009, la numérisation dans le milieu du patrimoine au Québec ne représentait en moyenne que 6 % des collections, dont 2 % dans le domaine des archives (BAnQ et SMQ, 2009).

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– créer une infrastructure de diffusion qui permette un accès libre et gratuit aux collections patrimoniales des archives, des bibliothèques et des musées. (BAnQ, Appel)

Bref, tant pour le développement d’un service d’archives que pour la réalisation de projets collaboratifs au sein du réseau des archives, les outils de gestion s’avèrent une nécessité.

3. Faciliter le partage et la réutilisation

« Partager, remixer, réutiliser ». Ce slogan utilisé en France par l’organisation internationale à but non lucratif Creative Commons traduit parfaitement l’état d’esprit de l’usager type dans l’environnement numérique. Généralement, ce qui lui importe est de trouver du matériel, de pouvoir le télécharger, l’adapter à ses besoins et, pour les plus actifs d’entre eux, de rendre disponible le plus rapidement et simplement le résultat de leurs démarches.

Bien que les services d’archives, en répondant aux besoins de leurs usagers, aient été des lieux de réutilisation de matériel d’archives, le contexte du numérique vient grandement modifier la situation. Non seulement il leur faut désormais aller au-devant de l’utilisateur et sortir le matériel hors de leurs murs en le rendant accessible sur des plateformes de partage de ressources mais, de plus, ils doivent accorder les autorisations pour que ce matériel puisse être réutilisé.

Cette situation bouleverse fortement les façons de faire. Comment y faire face ? Jusqu’où est-on prêt à faire circuler hors les murs du matériel provenant de ses collections ? Et selon quels droits d’utilisation ? Comment tirer profit d’un juste retour sur un investissement ?

L’approche de l’Américain Rick Prelinger nous paraît particulièrement significative à cet égard. Après avoir développé sur une période de plus de vingt ans une collection de plus de 60 000 films éphémères, c’est-à-dire des films produits à des fins éducatives, industrielles ou promotionnelles, et qui en 2002 a été en grande partie acquise par la Bibliothèque du Congrès, Prelinger a déposé dans Internet Archive plus de 2 000 de ces films éphémères libres de droit. « Que se produit-il lorsque vous rendez disponible gratuitement sur le web près de 2 000 films éphémères dans le domaine public ? », demande Prelinger. Et bien, répond- il : « Les gens font

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de l’art et plus de films sont créés » (Internet Archive, 2012, Prelinger Archive Mashups, notre traduction) Aussi, dans le but de mettre en évidence ce phénomène de réutilisation par les internautes, Rick Prelinger a créé un dépôt, le Prelinger Mashups, où il invite les utilisateurs à déposer leurs créations. On y retrouve plus de 300 titres. C’est donc dire que de rendre visible et facilement utilisable du matériel d’archives engendre un processus d’exploitation qui, à son tour, sert à promouvoir le matériel mis à la disposition des utilisateurs.

L’idée chère à Prelinger de faciliter l’accès à des archives audiovisuelles afin d’encourager la création correspond tout à fait à la philosophie qui sous-tend le mouvement des données ouvertes. Dans cette optique, il ne s’agit plus de rendre l’information automatiquement disponible, comme dans le Règlement sur la diffusion de l’information et sur la protection des renseignements personnels entré en vigueur au Québec en 2009 et qui oblige les organismes publics visés à diffuser sur leur site internet quinze catégories de documents, « mais d’offrir l’accès à l’ensemble des données qui ont permis de produire cette information » (CAI, 2011, 53). En plus d’assurer une plus grande transparence des organismes publics et de favoriser la participation directe des citoyens à la vie démocratique, « [l]es données publiques ainsi répandues peuvent susciter des initiatives créatrices et stimuler l’économie à titre de nouvelles ressources injectées dans l’économie du savoir » (CAI, 2011, 54). Le Portail Données ouvertes inauguré par la ville de Montréal à l’automne 2011 indique divers exemples d’applications qui ont été développées à partir des données rendues disponibles. On y retrouve notamment une application, Montréal Photos, créée à partir d’une sélection de « 110 archives photographiques tirées de la sous-sous-sous série de photographies anciennes (série Z) du fonds VM94 des archives de Montréal » (VDM, Portail, Archives photographiques).

Plus que jamais, les archives sont donc l’occasion « d’une rencontre entre la preuve documentaire et l’imaginaire » (Caron, 2011, 76) et les droits d’utilisation ne doivent pas l’empêcher de se produire5. Car, comme

5. Dans l’esprit des licences Creative Commons, le Portail Données ouvertes stipule que les utilisateurs, à condition de la mention de la ville et d’un partage à l’identique, sont autorisés « à utiliser, à remixer et à distribuer sans redevance ni exclusivité les données de tous les supports et formats actuels et futurs à des fins légitimes partout dans le monde, y compris à des fins commerciales » (VDM, Portail, Licence).

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le remarquait à juste titre le mouvement du libre accès à propos de l’information à caractère scientifique et technique, la valeur ne diminue pas mais augmente avec l’usage, ce qui est particulièrement le cas avec les archives6.

4. S’adapter aux nouveaux concurrents, nouveaux lieux, nouvelles pratiques

Si l’environnement numérique offre de multiples opportunités pour la diffusion des archives, en retour, il favorise l’apparition de nouveaux concurrents, de nouveaux lieux d’archivage et de nouvelles pratiques. Bref, comme le soulignaient Charbonneau et al. (2008) lors du 37e Congrès annuel de l’Association des archivistes du Québec, les archives sont de plus en plus utilisées hors du cadre traditionnel et, par conséquent, les archivistes sont loin d’être les seuls médiateurs dans leur mise en valeur.

Le paysage a grandement changé au cours des dernières années. En plus de voir apparaître des sites web d’hébergement ou de partage, tels que YouTube et Flickr, qui connaissent un succès phénoménal auprès des internautes à l’échelle mondiale, d’importantes organisations du milieu de la télévision, du cinéma ou des télécommunications ont littéralement investi le domaine des archives.

À titre d’exemples, le site ONF.ca, lancé par l’Office national du film du Canada en 2009 à l’occasion de son 70e anniversaire, propose une offre des plus alléchantes : « Visionnez des centaines de films en ligne. Créez votre profil ONF dès aujourd’hui. Voyez des centaines de documentaires, des productions interactives, des films d’animation et de fiction de l’ONF à partir de votre page d’accueil personnalisée ou de votre iPhone » (ONF, 2012). Le projet philanthropique Éléphant : mémoire du cinéma québécois a pour objectif de procéder à la numérisation de l’ensemble des longs métrages québécois et de les rendre disponibles « sur la plateforme de télévision numérique illico sur demande de Vidéotron » (Canoe.ca, 2012).

6. Toutefois, comme en témoignent les demandes d’une société de généalogie commerciale en France, la question de la réutilisation des données nominatives,

« fait naître un risque évident d’atteinte aux libertés individuelles. Elle rend aujourd’hui possibles des usages non conformes à la volonté du législateur » (AAF, 2010). Tout en étant ouverts et enclins à la réutilisation, les archivistes doivent donc être des plus vigilants et militants afin d’éviter les risques de dérapage.

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Le site Les Archives de Radio-Canada/CBC, depuis 2002, permet

« d’entendre, de voir et d’apprécier des générations de journalistes, de politiciens, d’artistes, de techniciens et de gens de tous les milieux qui ont laissé leur marque dans des émissions dont l’enregistrement se trouve quelque part sur une bande, un disque ou un film entreposé dans l’imposante voûte des archives de CBC/Radio-Canada » (SRC, 2008). Ou encore, pour finir, TOU.TV, « une webtélé de divertissement axée sur la vidéo sur demande offerte par Radio-Canada et une vingtaine de diffuseurs et producteurs partenaires ». Lancé en 2010, TOU.TV représente « la plus importante webtélé de divertissement francophone au Canada » (TOU.TV, 2012).

Comment le milieu des archives peut-il s’adapter à ce nouvel environnement, à ces nouvelles pratiques, à ces nouveaux joueurs7 ? Les concurrents d’aujourd’hui peuvent-ils devenir des partenaires de demain ? Est-ce que l’importance accordée aux archives tant par des organisations dont la mission n’est pas de nature archivistique que par le public en général favorisera un élargissement du réseau des archives ? Les réponses à ces questions ne seront pas aisées mais nous croyons qu’elles pourront s’avérer une formidable voie de développement puisque jamais jusqu’à maintenant les archives n’ont été aussi présentes dans la vie quotidienne de l’ensemble de la population. L’ère du numérique n’est-elle pas d’abord et surtout une ère de l’archivage, autrement dit un contexte qui appelle à une redéfinition, une reconfiguration du domaine des archives ?

5. Élargir le cadre de référence des archives

Les exemples qui précèdent montrent à quel point les archives sont exploitées dans le domaine culturel. Elles le sont tout autant dans le champ artistique et dans celui des industries culturelles. Il suffit de penser au succès remporté par la projection Le Moulin à images depuis sa création en 2008, à l’événement Le Moulin à paroles en 2009, au film La Mémoire des anges réalisé par Luc Bourdon en 2008, à la série télévisuelle J’ai la mémoire qui tourne (Astral, 2009) diffusée pendant trois ans à la chaîne Historia et

7. À cet égard, quels enseignements tirés de la présence des organismes publics, les

« Commons », sur Flickr et des objectifs poursuivis : faire découvrir leurs collections et profiter de l’occasion pour enrichir les descriptions grâce à la collaboration des internautes ?

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au « diptyque cinéma-théâtre » (Saint-Hilaire, 2008, 44) composé du documentaire Folle de Dieu et de la pièce de théâtre Marie de l’Incarnation ou la déraison de l’amour qui en a découlé en 2008. Dans le domaine artistique, les œuvres réalisées par des artistes tels que Dominique Blain (Fortin et al., 2007), Angela Grauerholz (2008), Pierre Allard et Annie Roy du groupe ATSA (Frags sur la main) ou le phénomène des applications composites à partir d’archives audiovisuelles et celui de l’échantillonnage en musique sont significatifs de cette nouvelle place accordée aux archives.

Aussi, il est pour le moins étonnant de constater qu’autant les documents d’archives que la pratique des archivistes sont principalement associés à des finalités administratives, scientifiques ou patrimoniales. Dans ces circonstances, il apparaît plus que jamais nécessaire d’élargir le cadre de référence habituel et de reconnaître pleinement l’exploitation des archives à des fins de création. L’environnement numérique, du fait des possibilités qu’il crée en matière de partage et de réutilisation, permet en effet l’émergence de nouveaux types d’exploitation des archives qui diffèrent largement des usages traditionnels.

Au plan théorique, cette révision du cadre de référence permet de considérer les archives définitives comme marquant le début d’un nouveau moment d’existence. Les pratiques liées au domaine culturel nous montrent à quel point les archives sont un objet ouvert, qu’elles sont toujours prêtes à répondre aux questions des futurs utilisateurs. Ces pratiques mettent aussi en lumière que la dimension émotive est une partie intégrante du potentiel de communication des archives et qu’elles servent aussi bien à des fins de gestion et de recherche qu’à des fins de création et que les conditions selon lesquelles elles sont utilisées sont déterminantes quant à leur signification.

Mais, au plan pratique, il faut développer des moyens appropriés afin de soutenir, d’encourager et de récompenser l’utilisation des archives à des fins de création. Autrement dit, il faudrait procéder à la mise sur pied de concours8, de prix, d’expositions, de collections, de programmes d’artistes en résidence, etc. Imaginons un instant les impacts d’un concours

8. Dans le cadre d’un « concours d’écriture » lors de la Francofête 2012 sur le thème « Histoires de vies », les participants avaient la possibilité de se « laisser inspirer par la photo d’une personne et lui inventer une histoire » (UDM, 2012) à partir d’une galerie de photographies d’archives.

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d’applications composites à partir d’un corpus d’archives audiovisuelles et/ou sonores ; l’effet possible de prix visant à récompenser les utilisations les plus marquantes de documents d’archives dans divers domaines ; les retombées que pourraient avoir des expositions réunissant des artistes de différents horizons travaillant à partir de matériel d’archives ; ou de collections, à l’exemple de celles organisées par les Publications du Québec (Aux limites de la mémoire) ou les Éditions Gid (100 ans noir sur blanc) ; imaginons, enfin, les conséquences éventuelles de programmes d’artistes en résidence, une formule établie dans le milieu des arts depuis de nombreuses années et qui a gagné le milieu des archives récemment (Boucher et Lemay, 2009-2010), comme en Haute-Provence où, dans le cadre de l’opération annuelle « “l’Art de Mai”, les Archives accueillent un artiste qui réalise une exposition » (AHP, L’action). Bref, la reconnaissance des archives à des fins de création est plus que jamais une nécessité. Elle permet de dépoussiérer l’image des archives auprès du public et, les archivistes, en reconsidérant les finalités entrevues jusqu’à maintenant, voient la possibilité d’élargir la portée de leurs activités au plan social. Si l’exploitation artistique des archives n’est pas un phénomène découlant directement de l’environnement numérique, il semble pourtant clair que les possibilités qu’il offre facilitent largement l’action des archivistes en matière de diversification des usages des documents.

6. Considérer la dimension émotive des archives

En archivistique, deux principales valeurs sont conférées aux archives.

Liées au cycle de vie des documents, les valeurs primaire et secondaire sont attribuées en vertu du fait que « tout document d’archives passe par une ou plusieurs périodes caractérisées par la fréquence et le type d’utilisation qui en est faite » (Rousseau et al., 1994). Deux fonctions fondent la valeur secondaire et justifient la raison d’être des archives définitives. La première est liée à leur capacité de témoigner des activités, des réalisations, de l’évolution de leur créateur, les archives sont alors conservées pour « le témoignage qu’elles contiennent de l’organisation et du fonctionnement [de la personne morale ou physique] qui les a produites » (Schellenberg, 1999, notre traduction). La seconde est associée au fait que les documents puissent satisfaire aux futurs besoins informationnels de la part des usagers des services d’archives, les documents sont alors conservés pour

« l’information contenue sur les personnes, les organisations, les choses, les

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problèmes, les conditions avec lesquels le créateur a eu à traiter » (Schellenberg, 1999, notre traduction). La valeur secondaire des archives définitives dans la vision classique réside donc dans leur lien essentiel avec la preuve d’une part, et avec les besoins des utilisateurs d’autre part, soit dans leurs fonctions de témoignage et d’information.

Or, dans les faits, il est surprenant de constater la part d’émotion que les archives sont susceptibles de provoquer chez le public, comme en témoignent ces quelques citations :

As-tu écouté le CD Félix : Nicolet, 1964? […] Le 16 avril 1964, Félix donne un récital au Séminaire de Nicolet et il permet à Noël Grenier, un jeune étudiant, d’« essayer » sa nouvelle enregistreuse à bobine. On frissonne d’émotion en écoutant cette bande inédite demeurée cachée pendant près de 40 ans. (Therrien, 2009, p. 27, nous soulignons).

Ici, on fouille nos archives télévisuelles pour y trouver des perles et en rire avec ceux qui les ont commises (Gaudreau, 2011, p. B7, nous soulignons).

Mais il y a dans le livre [Paroles de l’ombre] des objets […] qui, grandeur nature, frappent l’imagination : déplier le dépliant antisémite de l’Institut des questions juives (“Le Chancre... qui a rongé la France”) et découvrir les caricatures du “Juif pouilleux” glace le sang plus efficacement que bien des documentaires. (Cormier, 2009, p. F5, nous soulignons).

Bien que la littérature archivistique n’en fasse état que sporadiquement, les documents d’archives ont la capacité non seulement de prouver, de témoigner et d’informer mais aussi d’émouvoir en permettant

« l’établissement de liens émotionnels et intellectuels avec les gens et les événements des époques antérieures » (Jimerson, 2003, 90, notre traduction). L’émotion, cette face cachée de l’archive, vient donc répondre à un besoin fondamental de l’être humain. Qu’elles nous rendent tristes ou nous fassent rire, qu’elles nous émerveillent ou nous rendent nostalgiques, qu’elles nous bouleversent ou nous illuminent, les archives sont en mesure de nous émouvoir parce qu’elles ont la capacité d’évoquer, c’est-à-dire de rappeler les choses oubliées, de rendre présent à l’esprit. Autrement dit, le potentiel dont est capable l’archive au plan émotionnel est constitué d’une

« charge émotive » à forte concentration d’évocation, pour utiliser une formule métaphorique. Un potentiel qui s’alimente à même certaines

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propriétés du document d’archives telles que « l’authenticité, la dimension matérielle de l’archive comme objet et les traces de passage du temps » (Lemay et Klein, 2012, 9).

Lors du 6e symposium du GIRA (Groupe interdisciplinaire de recherche en archivistique) sur le thème Les archives, de l’information à l’émotion, « une enquête a été menée auprès des archivistes afin de déterminer si l’émotion joue un rôle et a une place dans le travail de l’archiviste » (Mas et al., 2010-2011, 53). Les résultats montrent qu’effectivement la dimension émotive est bien présente dans la pratique.

« Elle s’exerce dans différentes fonctions, à différents usages et par rapport à différents types de documents » (Mas et al., 2010-2011, 64).

Bref, les archivistes doivent trouver une manière d’assumer cette dimension cachée des archives dans leur pratique et de mieux mettre en évidence ce rôle fondamental joué par les archives au sein de leur discipline. Une autre raison finalement d’élargir le cadre de référence actuel. L’environnement numérique pourrait être un moyen de faire valoir cette dimension puisque, comme le montrent les recherches relatives à l’émotion dans le processus de recherche d’information (Knautz et al., 2011 ; Nahl et Bilal, 2007), la participation des usagers sur le web passe fréquemment par cette forme d’expérimentation des contenus qu’est l’émotion. Ainsi, selon Conway (2010, 437), la transmission de photographies d’archives, directement au bureau ou à la maison, engendre auprès des usagers un fort impact émotionnel.

7. Encourager le contact direct avec le public

L’expérience virtuelle des archives ne fait pourtant pas disparaître le besoin d’un contact direct des archivistes avec les utilisateurs d’une part, et des utilisateurs avec les documents d’autre part. D’ailleurs, le contexte du numérique est certainement favorable à des initiatives telles que les archives à voix haute d’un côté, et à l’élargissement des publics des services d’un autre côté.

Le concept est à la fois simple et merveilleux, ancien et étonnant. Il s’inspire d’une formule française consistant en une lecture publique de documents d’archives. […] Chaque archiviste avait sélectionné un document de son fonds dont il ou elle a fait la lecture, redonnant vie, le

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temps d’une séance de découverte, à ces documents curieux, émouvants, inédits ou célèbres. (Apffel et Laplante-Dubé, 2010)

S’il est une initiative dans le domaine des archives qui, au cours des dernières années, illustre à merveille à quel point le contact direct des archivistes avec le public demeure une expérience irremplaçable, c’est bien celle des archives à voix haute. Cette formule originale de mise en valeur des archives par la lecture publique de documents d’archives, à l’origine développée par les Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence (Ursch, 2006), a été popularisée au Québec grâce à des archivistes tels que Denys Chouinard et Diane Baillargeon. Ce type d’expérience est rendue possible notamment par la numérisation de documents anciens, rares et fragiles qui sont alors présentés au grand public par des archivistes. Il s’agit donc à la fois pour les archivistes de partager leur « goût de l’archive » et, pour le public, de découvrir des documents auxquels ils n’auraient pas accès autrement ou tout simplement de prendre la mesure de ce que les archives peuvent procurer d’émotion. C’est aussi une opportunité pour les archivistes de faire connaître leurs services et, peut-être, de susciter la curiosité de nouveaux usagers potentiels.

Le numérique ne doit surtout pas faire oublier le besoin d’établir des liens directs avec les usagers. Au contraire, il nous semble même qu’à l’ère du tout numérique, c’est-à-dire au moment où le texte, l’image, le son perdent de leur spécificité, cette expérience revêt davantage de valeur et d’importance auprès des différentes clientèles, tout particulièrement les clientèles scolaires, et ce, aussi bien par des visites et des activités de toutes sortes que par la participation à des évènements comme les Journées de la culture, « une manifestation panquébécoise qui vise à sensibiliser la population à l’importance et à la nécessité d’un plus grand accès aux arts et à la culture pour tous les citoyens » (Culture pour tous, 2012). C’est dans cet esprit aussi qu’a été pensé l’atelier d’« initiation à la recherche dans les fonds numérisés de la BnF et de la BDIC sur le thème de la presse en temps de guerre » (Donin et al., 2011) organisé par la Bibliothèque nationale de France (BnF) et la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) dans le cadre du projet Europeana en 2011. En lien avec les programmes scolaires, les deux institutions ont mis les élèves de l’École supérieure d’arts appliqués Duperré (Paris) en situation de recherche documentaire dans leurs fonds numérisés selon des axes relativement précis. Le résultat de cet atelier consiste en des créations

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inspirées de documents trouvés par les élèves lors de leurs recherches.

L’environnement numérique peut donc s’avérer propice à la réaffirmation du rôle de médiateur de l’archiviste plutôt que de le voir s’effacer derrière l’interface des sites internet ou dans l’anonymat de la référence en ligne.

8. Connaître les usagers et les usages des archives

Qui sont les usagers des services d’archives ? Quelles catégories de services fréquentent-ils ? Quels usages font-ils de leurs recherches ? Quel est l’impact de leurs exploitations des archives sur le public ? Qui sont les utilisateurs des médias sociaux et quelles utilisations en font-ils ? Comment fidéliser la clientèle et en attirer de nouvelles souvent peu familières avec le domaine ? Les questions ne manquent pas quand vient le temps de considérer l’aspect des usagers et de leurs usages.

Les enquêtes menées par l’Observatoire de la culture et des communications du Québec permettent de fournir des éléments de réponse à certaines de ces questions. « En 2004, 11,4 % des Québécois déclarent avoir visité un centre d’archives ou de documentation sur l’histoire ou la généalogie. […] Et c’est une proportion relativement élevée lorsqu’elle est comparée à des données venant d’autres pays9 » (Garon, 2010, 14). De plus, autre donnée encourageante, parmi les lieux patrimoniaux, les services d’archives « ont connu les plus fortes augmentations relatives au cours de la période de 1989 à 2004 [et] les augmentations sont plus importantes dans les régions éloignées et intermédiaires plutôt que dans les régions centrales » (Garon, 2010, 53).

En effet, la grande majorité des chercheurs fréquentent les centres régionaux des archives nationales ainsi que les services des sociétés d’histoire et autres associations d’histoire locale. En revanche, les services d’archives liés au réseau de la santé et de l’éducation ainsi que ceux des secteurs public et gouvernemental attirent beaucoup moins d’usagers (Gagnon-Arguin, 2008, 26).

Pour ce qui concerne les usages des archives, elles ont été utilisées dans des expositions, des publications, des productions publicitaires ou

9. « En Angleterre, c’est 5 % de la population qui aurait fréquenté un centre d’archives en 2006-2007 » (Garon, 2010, 51).

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commerciales ainsi que dans des productions pour la radio, la télévision, le film et la vidéo. Bref, « le nombre et la variété des réalisations faites à partir de la consultation des archives démontrent l’utilisation multiple des informations qu’elles contiennent » (Gagnon-Arguin, 2008, 30).

Ces utilisations multiples ont nécessairement un impact important sur les usagers indirects, c’est-à-dire « ceux et celles qui, sans jamais franchir le seuil des services d’archives, profitent de leur existence, grâce aux recherches et aux travaux de ceux qui les fréquentent » (Roy, 2006-2007, 120). Elles participent donc de la promotion des archives et des services qui les conservent. Cependant les richesses dont disposent les services d’archives « sont encore trop souvent méconnues ou sous-exploitées, malgré la création d’instruments de recherche plus performants et la multiplication des documents numérisés rendus accessibles ». Par conséquent, « le personnel des centres d’archives se doit de stimuler l’intérêt des usagers, tant actuels que potentiels, pour ces ressources et pour les services offerts par l’institution » (Charbonneau, 2008, 12).

À l’heure où les internautes sont des adeptes des médias sociaux, les archivistes devraient intégrer ces outils à leur stratégie de communication10. Comme le démontre une enquête réalisée au Québec en 2011, « un Québécois sur cinq […] a déjà suivi une marque, une entreprise, un organisme ou un ministère sur un média social (par exemple sur Facebook ou Twitter) et près du tiers des adultes québécois […] ont déjà interagi sur un média social avec un organisme ou une entreprise » (CEFRIO, 2011, 16). Il est intéressant de souligner que le « secteur des arts, des spectacles, des loisirs et de l’industrie culturelle (36,5 %) » est celui qui suscite le plus d’intérêt chez les internautes. De ce fait, il devient primordial d’accompagner cette stratégie de communication d’une politique d’ouverture des archives « au théâtre et à la création littéraire […], à la musique […], aux arts plastiques, à la photographie contemporaine […], au cinéma » (James-Sarazin et Rambaud, 2007, 85).

On constate ainsi que les recoupements, les renforcements entre les différents travaux sont en pratique très nombreux.

10. Voir « Les archives françaises sur les médias sociaux » (ADF, 2012). À noter que l’étude de Crymble (2010) permet d’établir un parallèle des plus intéressants entre l’utilisation des médias sociaux par les individus et celle effectuée par les organisations au sein de la communauté archivistique.

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9. Exploiter la force de l’intelligence collective

Dans un article publié dans le quotidien Le Devoir, le journaliste Fabien Deglise (2011, D4) montrait, à l’aide de nombreux exemples, comment les appels à téléverser des fichiers photo, vidéo ou audio sur des espaces en ligne s’étaient avérés être des opérations couronnées de succès. Aussi faisait-il valoir, à juste titre, que des appels de cette nature pourraient être mis à profit dans d’autres milieux et à d’autres fins.

C’est dans cet esprit que le site de la série télévisuelle J’ai la mémoire qui tourne (Astral, 2009) donne aujourd’hui accès à plus de 10 000 films de famille numérisés. De la même manière, Mémoires vives, une collection d’archives audiovisuelles réunies par le collectif Paraloeil, rassemble « plus de 500 bobines de vieux films amateurs […] récoltés dans le cadre de la levée d’archives tenue en 2009, grâce à une participation impressionnante de la population bas-laurentienne. 55 000 pieds de bobines ont ensuite été numérisés, équivalent à plus de 60 heures d’images » (Paraloeil, 2011). Le tout est disponible en ligne à l’aide d’une interface conviviale qui permet d’accéder aux archives selon différents critères de recherche (thèmes, années, régions, etc.).

Il est facile ici de laisser libre cours à son imagination et de voir émerger toutes sortes d’initiatives aussi bien au plan national que régional et local où des services d’archives lanceraient des appels à la population et deviendraient des lieux d’archivage ayant la capacité de témoigner des multiples facettes de la vie en société des citoyens. Pensons, entre autres, au thème de l’immigration dans une agglomération urbaine comme Montréal. Non seulement une telle initiative faciliterait le processus d’intégration des nouveaux arrivants mais elle permettrait aux services d’archives de renouveler leur image et d’avoir accès éventuellement à de nouvelles sources de financement. Bref, les archivistes devraient toujours se rappeler ce que Normand Charbonneau remarquait à propos des multiples usages des archives : « […] la seule limite à l’utilisation des archives est l’imagination des usagers » (Charbonneau, 1999, 409).

10. Assurer la visibilité du domaine des archives

En 2007, lors du processus de rétroaction relatif à l’ébauche de la Stratégie canadienne sur l’information numérique, un constat s’imposait :

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Aujourd’hui, les Canadiens disposent grâce aux efforts des différents intervenants du milieu d’un réseau d’information archivistique des plus performants dont ils peuvent être fiers […] Pourtant, malgré les qualités indéniables de ces réalisations, celles-ci demeurent dans leur ensemble souvent méconnues sauf auprès d’un public informé. Comment accroître cette visibilité qui, par le fait même, contribuerait à accentuer le dynamisme exprimé par ce milieu depuis de nombreuses années ? Tout le défi est là. (Lemay, 2007).

Cinq ans plus tard, malgré des initiatives de l’Association des archivistes du Québec (AAQ) telles que le blogue Les archives à l’affiche ou le magazine en ligne Archives au présent, les communautés archivistiques québécoise et canadienne ne disposent toujours pas de moyens qui leur permettraient d’assurer pleinement leur visibilité dans l’environnement numérique. Un portail du type culture.fr, c’est-à-dire un « annuaire spécialisé proposant une sélection de ressources culturelles et artistiques en ligne » (France, MCC, 2012), serait tout à fait essentiel. Car, en plus de couvrir l’actualité et d’offrir un agenda, culture.fr comprend « une encyclopédie de ressources numériques pérennes s’adressant aux publics amateurs, professionnels, jeunes, scolaires » ainsi qu’un « accès régional aux contenus » (France, MCC, 2012).

Alors que le besoin d’un tel outil se fait de plus en plus sentir, sa mise en œuvre ne semble pourtant pas s’imposer. En effet, il est pour le moins étonnant de réaliser que tant au Québec qu’au Canada aucune institution ne semble considérer qu’il est de son devoir d’assumer une pareille responsabilité, c’est-à-dire d’offrir une vue d’ensemble du domaine et de faire la promotion des produits et services qui y sont offerts. Un vide qui, par le manque indéniable de visibilité qu’il entraîne, est forcément dommageable pour l’ensemble du milieu.

11. Établir un partenariat entre les archives, les bibliothèques et les musées

Dans le mesure où « la démarche de l’internaute n’est pas centrée sur les institutions […] mais sur les contenus » (Bermès, 2011, 45), cette particularité fait en sorte que « l’un des grands enjeux à l’heure actuelle réside […] dans le phénomène de convergence, sur le web, entre les données des bibliothèques, des archives et des musées » (Bermès, 2011, 45).

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Mieux connu sous l’acronyme BAM (Bibliothèques, archives, musées) ou LAM (Libraries, Archives, Museums), le phénomène a donné lieu, tout particulièrement en Europe, à plusieurs réalisations d’envergure telles que BAM, le portail des bibliothèques, des archives et des musées en Allemagne, et Europeana11. Ce dernier projet réunissait 19 millions d’objets numériques en 2011 et devrait en rassembler 30 millions en 2015 suite à une recommandation de la Commission européenne qui « engage les États membres à élaborer des programmes fiables et à nouer des partenariats » (Commission européenne, 2011) afin d’atteindre cet objectif ambitieux. Au Canada, le site OurOntario.ca offre aux usagers de faire des recherches dans les collections numériques de bibliothèques, d’archives, de musées et d’autres organismes (Knowledge Ontario, 2012). Il fait, pour l’instant, figure d’exception. Malgré tout, Canadiana a lancé depuis 2009 le Générateur de collections numériques (GCN). Il s’agit d’« un outil logiciel libre qui permet aux bibliothèques, centres d’archives et autres organisations patrimoniales […] de regrouper leurs collections avec d’autres ressources canadiennes en ligne […] afin qu’ils puissent être repérés sur le site web de Canadiana.org ou sur d’autres portails de recherche » (Canadiana).

Cette initiative aura-t-elle les effets escomptés, notamment au Québec suite à l’Appel à la numérisation du patrimoine culturel québécois lancé en décembre 2010 ? Verra-t-on d’autres sites tels qu’Our Ontario.ca apparaître ? Lorsque l’on y pense, les possibilités de développement sont incroyables. Il est facile d’entrevoir l’existence de sites de portée régionale, tout comme d’autres par regroupement ou champ d’intérêt ou encore selon des types d’archives. D’ailleurs, « le développement d’applications innovantes pour l’usager » (Bermès, 2011, 47) apparaît d’autant plus prévisible et envisageable avec le web des données. Ce dernier, « en proposant une forme d’interopérabilité basée sur des standards du web et sur des liens entre les ressources, semble à même de faciliter l’accès à des données structurées, stockées dans des bases telles que les catalogues de bibliothèques, les inventaires d’archives ou les bases culturelles des

11. À noter l’ouverture récente du Portail européen des archives, un consortium de douze archives nationales et cinq membres associés, qui vise à coopérer « avec Europeana pour intégrer les documents d’archives numérisés dans une approche multidomaine du patrimoine culturel, faisant voisiner les bibliothèques, les archives, les musées et les collections audiovisuelles » (APEnet project, 2012).

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musées » (Bermès, 2011, 45). Voilà, en effet, d’autres façons d’augmenter de manière concrète la visibilité des archives auprès du public et d’accroître leur portée en établissant des liens avec d’autres collections. La valeur ajoutée qui résulte du croisement des données provenant de différents milieux montre, encore une fois, ce qu’il est possible de réaliser grâce à la collaboration.

12. Défendre l’espace public et garantir le respect de la vie privée Le numérique, de par son caractère invasif, redéfinit les frontières entre le public et le privé et cela non seulement au plan individuel mais aussi et surtout au plan institutionnel. Le phénomène de la « privatisation de la mise en mémoire de l’activité humaine », souligne Fabien Deglise, en représente un excellent exemple.

L’environnement est propice à la multiplication de services généralement gratuits qui permettent aujourd’hui de se raconter en détail, d’y garder ses photos de famille, les vidéos de son mariage – ou celles de son chat –, d’y tenir son journal de bord, d’y laisser des poèmes, des compositions musicales de son cru, des manuscrits... (Deglise, 2012, B7)

Jusqu’au jour où ces services, pour des questions de rentabilité économique, décident de mettre fin à leurs activités, « parfois en prenant le temps d’inviter les internautes à sauvegarder dans des disques durs personnels les données qu’ils y avaient déposées, avant de mettre la clef sous la porte » (Deglise, 2012, B7).

Par ailleurs, la force de convergence du numérique et la capacité de produire, grâce au croisement des données, une multitude d’applications satisfaisant toujours plus les usagers ou les États (multiplication des fichiers administratifs et policiers en Europe, des bases de données de renseignements personnels en Amérique du nord), créent aussi les conditions d’une surveillance sans précédent. Non seulement les individus, leur identité et leurs déplacements sont contrôlables mais aussi leur modes de vie et de pensée, à commencer par leurs habitudes de consommation. Là également la frontière entre les besoins en matière de sécurité nationale ou d’accès à l’information et le respect des libertés individuelles se voit bouleversée.

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Sans compter que cet environnement numérique se déploie dans un contexte économique et politique qui diffère souvent de celui qui a contribué à la création d’institutions publiques ayant comme mission

« d’assurer la conservation d’archives publiques, d’en faciliter l’accès et d’en favoriser la diffusion » et « de promouvoir la conservation et l’accessibilité des archives privées » (BAnQ, Mission).

Le bibliothécaire et archiviste du Canada, Daniel J. Caron, a raison de dire que « nous devons maintenant, plus que jamais, nous poser la question de fond : est-ce que les institutions chargées du dépôt des ressources documentaires auront un rôle et des fonctions totalement différentes de celles qu’elles ont eues en appui au système de l’écrit ? » (Caron, 2011, 88- 89). Si nous souhaitons, que les archives puissent continuer à être dans 10, 20 ou 50 ans ce qu’elles sont à notre époque, c’est-à-dire, comme le soutient La Déclaration québécoise sur les archives, des lieux propices à « la constitution de la mémoire individuelle et collective, la compréhension du passé, la documentation du présent et la préparation de l’avenir » (AAQ, 2008), il faudra alors non seulement s’adapter, innover, bref, chercher à rester utiles, mais aussi défendre l’espace public et garantir le respect à la vie privée, comme le montrent, en France, les demandes relatives à la libéralisation des données nominatives (AAF, 2010). En somme, les archivistes devront accorder encore plus d’attention au fait qu’« en tant que gardiens de la mémoire, [ils] doivent […] prendre conscience de la responsabilité qui leur incombe de dénoncer les abus et de militer pour une accessibilité plus générale aux archives » (Baillargeon, 2005-2006, 22).

Une responsabilité qui est déjà clairement exprimée dans leur code de déontologie : « Les archivistes visent à trouver le juste équilibre, dans le cadre de la législation en vigueur, entre le droit au savoir et le respect de la vie privée » (ICA, 1996). En effet, « [l]a mission sociale de l’archiviste est de : contribuer au maintien et au développement de la démocratie en s’assurant que les droits des citoyens et citoyennes soient protégés ; contribuer à la constitution de la mémoire collective ; s’assurer que cette mémoire collective devienne partie intégrante de la culture de la société. » (AAQ, Code de déontologie).

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Conclusion

La vue d’ensemble de ce chantier aura de quoi en laisser plus d’un pantois. Il n’y a pas de doute que les défis sont énormes et les tâches colossales. Mais sa quête est essentielle et l’ampleur des travaux en matière de diffusion des archives ne doit pas être considérée comme une justification pour adopter un point de vue fataliste quant à l’avenir. En fait, lorsque l’on considère plus attentivement les 12 travaux12 qui ont été présentés, il est possible d’établir de multiples liens entre eux et d’en venir à dégager quatre pôles ou balises permettant de mieux orienter les actions à entreprendre. Ces pôles ou balises, dans les faits, se renforcent l’un l’autre.

Le premier d’entre eux est, assurément, la collaboration, un aspect incontournable comme nous l’avons constaté à maintes reprises. En effet, la majorité des travaux ne peuvent être entrepris et réalisés sans nécessairement faire appel à une démarche collaborative. Sans elle, inutile de vouloir établir des stratégies, développer de nouvelles structures, créer de nouveaux outils, voire attirer de nouvelles clientèles.

Un deuxième pôle ou balise est constitué par les travaux qui représentent de nouvelles possibilités de développement. On pense, entre autres, au partenariat à établir avec le milieu des bibliothèques et des musées en matière de diffusion des collections patrimoniales ou encore aux moyens à mettre en place afin d’assurer une meilleure visibilité du domaine des archives dans l’environnement numérique. Possibilités qui, cela va de soi, peuvent difficilement se matérialiser sans l’appui d’une démarche collaborative.

Le troisième pôle est celui des archives en tant que telles car l’objectif principal de l’ensemble de ces travaux est de faire en sorte que les documents d’archives soient plus près des usagers, plus visibles, mieux à même de satisfaire leurs besoins et plus aisément exploitables. La valeur est

12. Il est à noter que plusieurs de ces travaux recoupent les conclusions de Kate Thiemer dans son ouvrage A different kind of Web : new connections between archives and our users (2011, 334-346), c’est-à-dire que dans l’optique du web 2.0, les archives sont de plus en plus des lieux ouverts, transparents, orientés vers l’usager et favorables aux technologies alors que les archivistes, pour leur part, deviennent davantage des médiateurs qui mettent l’itération, l’innovation et la proaction au centre de leurs préoccupations.

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dans l’usage et, de même que pour l’information à caractère scientifique et technique, l’archive gagne à être réutilisée. Comme on l’a vu, l’exploitation des archives, en donnant naissance à un nouvel objet rendu public, rend les archives visibles et les fait vivre au cœur même de la société.

Enfin, le quatrième pôle est celui de l’éthique professionnelle. Il est clair que les archivistes ont socialement, en tant que corps professionnel, un rôle fondamental à jouer dans l’environnement numérique. Ils doivent être les promoteurs de l’accessibilité et les défenseurs d’utilisations abusives.

Autrement dit, la dimension éthique associée à leur rôle de médiateur prend une autre dimension aujourd’hui dans la mesure où les frontières entre le privé et le public sont grandement bouleversées, et ce, non seulement au plan individuel mais aussi sur le plan institutionnel.

En somme, les bouleversements engendrés par le numérique et les moyens envisagés pour y faire face ont comme effet de recentrer le milieu des archives sur ce qui le caractérise et le justifie. Pour les institutions comme les archives et les bibliothèques, déclare Daniel J. Caron, « le défi est celui de pouvoir continuer à assumer leur raison d’être, ce pourquoi on les a créées et ce pourquoi elles ont été et demeurent essentielles au fonctionnement de la société » (Caron, 2011, 84). Ainsi, dans la mesure où

« [t]out service d’archives possède la mission de constituer la mémoire organique et consignée de quelque chose13 » (Lambert, 1999, 146), c’est-à- dire « de constituer et de préserver le patrimoine documentaire ; de faire connaître ce patrimoine […], et de le rendre accessible » (Canada, 2012), les archivistes doivent trouver et mettre en place les solutions appropriées afin de poursuivre cette mission, notamment en ce qui concerne la diffusion de ce patrimoine. Et, pour ce faire, ils peuvent se référer aux balises dont nous venons de faire état et adopter les bonnes pratiques qui en découlent : être ouvert et attentif aux occasions qui se présentent ; toujours placer l’archive au centre des préoccupations ; ne jamais perdre de vue la double nature de la convergence numérique ; considérer la collaboration comme une approche par défaut.

13. Une mission qui, dans la constitution du patrimoine numérique de demain, représentera des problèmes organisationnels et techniques ardus pour les services d’archives.

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Si l’environnement numérique représente une chance de renouvellement de la pratique archivistique, puisqu’il s’agit d’innover, de trouver de nouvelles façons de faire, de développer de nouvelles applications afin de mieux répondre aux besoins des usagers, par ailleurs cette réflexion sur la diffusion des archives à l’ère du numérique n’est pas aussi sans favoriser un renouveau de la discipline archivistique au plan théorique ou, du moins, un questionnement quant au cadre de référence qui se révèle trop étroit.

Les archives tiennent une place de plus en plus importante et singulière dans la société actuelle. Cette place pourrait être définie grâce aux rôles, aux fonctions et aux valeurs assignées aux documents par les utilisateurs, qui se diversifient de manière significative. Ainsi, la capacité d’évocation reconnue aux archives par certains utilisateurs peu reconnus par les archivistes devrait conduire ces derniers à tenir davantage compte de la dimension émotionnelle des documents. De plus, ces utilisateurs non traditionnels, dont les artistes sont un exemple, pourraient être considérés comme une nouvelle catégorie d’usagers et un champ de référence supplémentaire par les archivistes : celui de la création.

Finalement, il faut montrer la possibilité d’une nouvelle vision dialectique qui articulerait les pratiques des utilisateurs à une conception socioculturelle des archives en tant qu’elles sont un moyen d’accéder à une certaine connaissance du passé tout autant qu’une manière d’assurer l’avenir de la société qui les conservent et les utilisent. « La vérité, écrivait Walter Benjamin, n’en est pas […] simplement une fonction temporelle du connaître. Elle est attachée au contraire à un noyau temporel qui se trouve à la fois dans ce qui est connu et dans ce qui connaît » (Benjamin, 1989, 480). Ainsi, le rapport entre l’utilisateur et l’archive d’une part, mais encore entre le public et l’archive transformée d’autre part, permet de révéler une part de « vérité » de l’archive.

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14. Les références électroniques étaient à jour le 20 juin 2012.

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