R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
L. D OR
Le service statistique à la S. A. John Cockerill
Revue de statistique appliquée, tome 1, n
o2 (1953), p. 19-24
<
http://www.numdam.org/item?id=RSA_1953__1_2_19_0>
© Société française de statistique, 1953, tous droits réservés.
L’accès aux archives de la revue « Revue de statistique appliquée » (
http://www.sfds.asso.fr/publicat/rsa.htm
) implique l’accord avec les conditions générales d’uti- lisation (
http://www.numdam.org/conditions). Toute utilisation commerciale ou im- pression systématique est constitutive d’une infraction pénale. Toute copie ou im- pression de ce fichier doit contenir la présente mention de copyright.
Article numérisé dans le cadre du programme Numérisation de documents anciens mathématiques
LE SERVICE STATISTIQUE A LA S. A. JOHN COCKERILL
par
L. DOR Docteur
enSciences
Adjoint
àla Direction Générale
L’esquisse historique qu’on
a lue au début de cefascicule
mentionne enbonne
place
lesdéveloppements
industriels de lastatistique
chez nos amisbelges.
Nous sommes heureux d’ouvrir notre Revue à l’un
d’eux,
MonsieurDOR, qui
nous a adressél’exposé
de sespropres expériences
en cettematière.
1. INTRODUCTION.
L’exposé, qui
va suivre, n’a d’autre but que d’amener le lecteur à la connaissance d’un casconcret, dont il tirera sans doute
lui-même
desenseignements généraux.
Si à certains moments,nous lui faisons des
suggestions
dans ce sens, c’estqu’elles
nous sont apparues commeévidentes,
et
qu’elles
sont, de cefait,
sorties de notreplume
sans que nous nous en rendionscompte.
Notreambition étant de décrire de
objectivement
un casvécu,
nous l’aborderons enexposant
sagenèse,
ensuite son
évolution,
et enfin lesperspectives qu’il
laisse ouvertes.1 Nous avons ainsi laissé dans l’ombre nombre de
développements,
àproprement parler statistiques, qui
n’auraientprobablement
rienappris
au lecteur. Celui-cipourrait
d’ailleurs trouver, dans lalittérature,
de nombreux articlesexposant
desapplications
dutype
que nous avons été amené à traiter, et notamment desapplications métallurgiques (1).
Tout au
long
del’exposé,
nous avons dûparler
de notre propre activité. Il est difficile de décrire un casvécu,
sans tomber dans un des deux travers suivants : celui de lavantardise,
ou celui de la confessionpublique.
Ces écueils sont d’autantplus
graves que le lecteur lesperçoit
mieuxque le rédacteur.
Que
le lecteur veuille donc bien sauter les passages où le rédacteur aurait chaviré.2. L’ORIGINE.
2.1 La S. A. John Cockerill est un
complexe métallurgique,
leplus important
deBelgique.
Son effectif s’élève à
plus
de 31.000 personnes,qui
serépartissent :
en trois
charbonnages,
situés àSeraing près
deLiège, Zwartberg
enCampine
et Frameriesdans le
Hainaut ;
en minières
grand-ducales ;
en
quatre
usinessidérurgiques,
dont trois situées dans le bassinliégeois :
àSeraing, Grivegnée
etTilleur,
et laquatrième
àAthus, près
duGrand-Duché ;
en deux usines de construction
mécanique
etnavale,
situées àSeraing
etHoboken-Anvers,
et en une
ligne
denavigation, Ostende-Tilbury.
Citons
également
sa filiale : laCompagnie
des fers blancs et tôles à froid de Tilleur(Fer- btatit).
C’est pour les besoins de ses usines
sidérurgiques
que la Société Cockerill créa un servicestatistique. L’époque
àlaquelle
remonte cette création révèle que Cockerill futparmi
les innovateursen la matière.
2.2 En
effet,
c’est le 1. 7.45,
que Monsieur NEEF deSAINVAL,
alors Directeurgénéral
de laSociété
Cockerill,
nous engagea au titre de statisticien,après
unstage
de neuf mois, que nous avions effectué à l’Usine deGrivegnée.
L’objectif
de notrestage
avait été de démontrerl’applicabilité
réelle et la rentabilité cer- taine des méthodesstatistiques
dans la fabrication industrielle. Monsieur NEEF de SAINVAL nous avait invité à faire cettedémonstration,
parce que son attention avait été attirée sur la valeurpratique
des nouvelles méthodes
statistiques.
Eneffet,
dès 1942déjà,
Monsieur A.DELSA, Ingénieur
à l’AciérieThomas de
Cockerill-Seraing, s’exerçait
à contrôler laqualité
de ses fabrications à l’aide des techni- ques données par R. A. FISHER dans son ouvrage fondamental : « Statistical methods for research workers ». Deplus,
en1944,
deux conférences sur lesujet
furent données àLiège,
à l’Association desIngénieurs,
à savoir :(2)
notreexposé
«Applications
industrielles du calcul desprobabilités
»,introduit par Monsieur
DEHALU, Administrateur, Inspecteur
de l’Université deLiège,
et celui deMonsieur
NOKIN,
actuellement Directeur de la Société Générale deBelgique :
« La Science écono-mique ;
sa valeur et ses limites aux yeux del’ingénieur
».Malgré
les difficultéséconomiques
du moment, une ambiance favorable auxapplications
industrielles de la
statistique
existait donc àLiège
dès1944,
aussi nous serait-il difficile de dire au-jourd’hui,
si Monsieur NEEF de SAINVAL décidad’engager
un statisticien parce quel’applicabilité
réelle et la rentabilité certaine d’un service
statistique
lui avaient étéprouvées,
ou bien parcequ’il jugeait
utile de faire aider ses techniciens en leuradjoignant
un manieur, ou mieux, uninterprète
des chiffres et des
diagrammes.
Telle fut
l’origine
du ServiceStatistique
à Cockerill.Au début de cet
exposé
d’un cas.vécu,
nouspensions qu’il
convenait de rendrehommage
à ses
promoteurs,
et notamment à MonsieurDEHALU, qui fut,
àLiège,
un initiateur, à Monsieur A.DELSA,
pour"originalité
de sespremiers
travaux, et à Monsieur NEEF de SAINVAL pour sa lar- geur de vue.3. LE
DÉVELOPPEMENT.
L’enfant
né,
comment allait-ilgrandir ?
Toutnaturellement, pourrait-on répondre,
car lesproblèmes qui,
àCockerill,
étaient mûrs pour être abordés par un statisticien, se sontprésentés
d’eux-mêmes à lui.
3.1
Qualité
des aciers.Tandis que, comme nous l’avons dit
plus haut,
Monsieur A. DELSA avait abordé et pour- suivi àSeraing
l’étude et le contrôle de laqualité
des aciersThomas,
nous avonscommencé,
àGrivegnée,
sur unproblème
de même nature, mais pour les aciers Martin.Depuis lors,
l’étude de laqualité
des aciers estrestée,
pour le ServiceStatistique,
un pro- blèmefondamental,
etquasiment journalier.
A
Cockerill,
la diversité des fabrications donne d’ailleurs à cette étude un intérêt sans cesserenouvelé,
car lemétallurgiste
se trouve, presquechaque jour,
en face dequestions
inédites. Pour yrépondre,
il doit savoir que lechimiste,
lephysicien
et le mathématicien sont là pour t’aider, Il lesaura d’autant mieux que sa formation aura été mieux
préparée.
L’impulsion
de laDirection,
uneorganisation adéquate
et un climatfavorable,
sont évi- demment des conditions essentielles à cetterecherche,
enéquipe,
des meilleures conditions de fabri- cation.Or,
dupoint
de vuestatistique,
nous devonssouligner
que dèsl’origine,
certaines notionsélémentaires,
mais souvent méconnues, furent admises par lepersonnel supérieur
de la Société.Celui-ci reconnut, par
exemple, qu’il
n’était pasparadoxal
de viser l’amélioration d’un acier, dont laqualité
moyenne étaitbonne,
et même difficilementaméliorable,
car, eneffet,
un tel acierpeut présenter
un rebuttrop élevé,
en raison d’unedispersion exagérée.
L’intérêt accordé par la Direction aux travaux du Laboratoire de
Métallurgie,
et la créa-tion, dans
chaque siège,
d’un servicespécial responsable
du contrôle de laqualité (service
dénommé«
Département Métallurgique » ),
ont transformé le souci de laqualité
des fabrications en unepréoccu- pation
fonctionnelle etsystématique.
Le Service
Statistique
s’insère ainsilogiquement
dans de nombreux travaux que lui posel’ingénieur
defabrication,
soitdirectement,
soit par le canal desDépartements Métallurgiques,
oudu Laboratoire de
Métallurgie.
3.2 Rendement du travail.
Un autre
problème fondamental,
etquasiment journalier, qui
s’estposé
dès ledébut,
est celui du rendement du travail.
L’étude
qualitative
d’une fabricationinterpénètre
d’ailleurs vite son étudequantitative.
Dans une fabrication
sidérurgique,
la recherche des normes de fabrication va des facteursd’analyse chimique
aux facteursd’élaboration,
mais aussi à la durée desopérations.
Ainsi,
àGrivegnée,
l’étude de la nature des défauts de surface des tôles conduisit àl’analyse
des
temps
delaminage.
En
présence
d’une recherchestatistique
de cette nature, MonsieurGÉVERS,
àl’époque
Directeur de
Cockerill-Grivegnée,
y vit une base et une méthode d’étude desrendements,
etpartant,
des salaires.
En
fait,
la Direction deGrivegnée,
comme tant d’autresd’ailleurs,
se trouvait alors devant deuxproblèmes épineux :
d’abord la nécessité de relever le rendement des ouvriers, tombé trèsbas,
en raison du laisser-aller de la
période
de guerre ; ensuitel’agitation
sociale entretenue par l’in- flation.Ces deux
questions,
du reste bien connues, et quedepuis,
on abaptisées,
à notre avis‘
assez
improprement,
deproductivité
pour lepremier
cas, et despirale prix-salaires
pour lesecond, apparurent
à MonsieurGÉVERS
commepouvant
être abordéesobjectivement
àpartir
del’analyse statistique. -11
nous mit donc à l’examen du dernier « Cahier de revendication salariâtesqui
lui avaitété
présenté.
C’est ainsi que commença l’étude de la structure des salaires et des barèmes deprimes
des divisionssidérurgiques
de Cockerill.L’utilité de l’outil
statistique-mathématique
dans cetteétude,
àl’époque
d’uneimpérieuse nécessité,
fut certainementl’argument qui
eut leplus
depoids auprès
de Monsieur NEEF de SAIN-VAL,
lors de notreengagement
en tant que statisticien.C’est pour traiter le même
problème
sur unplan plus
vastequ’en 1946,
nous fûmes attaché à la Directiongénérale
de la Société.En
1948,
ces travaux aboutirent àl’opération
dite « harmonisation des salaires de la sidé-rurgie liégeoise » (3).
Cette réalisationcomportait
enparticulier
l’évaluation du travail àpartir
de la méthode de
qualification
établie par la CommissionTechnique
Générale deBelgique.
3.3 Recherches nouvelles.
Dans le cas des études de
rendements,
lapénétration
des méthodesstatistiques
au sein de Cockerill eut donc assezrapidement
comme corollaire laparticipation
du statisticien à des travaux débordant le cadre del’entreprise.
Il en fut de même pour les recherchesmétallurgiques
nouvellesmenées sur un
plan
au moins national.Nous avons ainsi
pris part
aux travaux du Centre National des Recherches Métallur.giques
sur l’insufflationd’oxygène
à l’Aciérie Thomas(4).
La contribution essentielle du statisticien fut dans ce cas d’aider à tirer d’un
petit
nombre d’essais le maximum de conclusions valides.Notre
adjoint,
Monsieur F.PÉTERMANS, participa,
de soncôté,
commeconseil,
à la Com-mission de
Sidérurgie
de l’InstitutBelge
de Normalisationchargée
de l’étude des méthodesd’analyses sidérurgiques. Jusqu’à présent,
cette Commission a élaboré deux normes : celle(5)
de la détermi- nation de la teneur en carbone total desfers,
aciers, fontes etalliages (méthode volumétrique)
etcelle
(6)
de la détermination de la teneur en soufre des aciers non alliés et des fontes. La contribution essentielle du statisticienfut,
à cette occasion, de définir laprécision
des moyennes et un processusd’analyse
contradictoire.L’année
dernière,
nous avonscollaboré,
avec le Centre d’Etude de la Construction Métalli- que, à l’examen des limites d’élasticité des aciers.Dans ce
domaine,
la contribution du statisticien est restée,jusqu’à présent, descriptive,
mais les
expériences
continuent.Actuellement,
la fixation d’unplan statistique d’expérimentation
du Bas-Fourneau est à l’ordre du
jour.
Ces recherchesnouvelles,
sur unplan dépassant l’entreprise,
sont en
général
delongue
haleine. Ellesexigent
souvent uneadaptation
des méthodesstatistiques
et des
techniques
de calcul. Les machines à cartesperforées
nousfurent,
dans ces cas, un moyenparti-
culièrement utile.
3.4 Mécanisation des calculs.
C’est pour
l’analyse statistique
des aciers Thomas àl’oxygène,
que nous avons commencé àemployer
les machines à cartesperforées.
Larapidité
des tris et des calculsqu’offre
ceprocédé, permet
notamment de rechercher des permanencesstatistiques
telles que distributions ou corréla- tions, en traitant relativementplus
d’échantillons pour un même nombre d’observations.Ce
principe
de travail est souventabandonné,
en raison dutemps
réclamé par les calculs.Par contre, il
permet
d’éviter des conclusionsfausses,
fait mieux ressortir les permanences. Leurrépétition
est d’ailleurs une sécurité intellectuelle pourl’ingénieur
defabrication,
même s’il accordesa confiance au
langage plus
savant des testsstatistiques.
Progressivement,
le bureau de mécanisation à cartesperforées
s’est trouvé devant desproblèmes statistiques
deplus
enplus
nombreux et variés. Parmi les travaux courants, citons : l’élaboration de courbes derépartition,
en vue soit d’en testergraphiquement
la normalité(principe
de la droite de
Henry) (7),
soit d’en fixer lescaractéristiques essentielles,
soit d’en définir l’évolution.Le fait que les recherches
statistiques
neprésentent
pas les mêmes délaisimpératifs
que laplupart
des autres travauxmécanographiques (de
natureplutôt comptable)
apermis
de comblerles
temps
morts de nos machines. Par voie deconséquence,
la rentabilité de notre bureau de mécani- sation à cartesperforées
s’est améliorée.La
généralisation
et l’uniformisation desapplications,
autrefois réalisées par la mécani- sation, ont eu commeconséquence qu’elle
ajoué
un double rôle : un rôlefonctionnel,
celuiqu’elle
avait
déjà auparavant,
et un rôle de centred’organisation.
Le statisticien s’est alors établi comme
organisateur
et enréalité, l’organisation
scienti-fique,
comme on disaitautrefois, humaine,
comme on devraitpouvoir
laqualifier aujourd’hui,
n’est-elle pas d’abord la recherche des normes de travail et ensuite la lutte contre la
dispersion
des efforts et des résultats ? Dès
lors,
le statisticien n’,a-t-il pas la tournured’esprit
ett’outittage mathématique qu’implique
la fonctiond’organisateur ?
3.5
Organigramme.
La
description qui précède
n’ambitionnait pas dedégager
tous les travaux du service.Les uns, tels que l’élaboration d’un
diagnostic
mensuel deconjoncture,
sontcependant systématiques, d’autres,
tels que(toujours
dans le domaineéconomique)
l’élaborationd’indices,
sont par contreépisodiques.
Aujourd’hui,
le ServiceStatistique
seprésente
comme constitué de trois sectionsdirigées respectivement
par unéconomètre,
uningénieur
et unmathématicien,
à savoir :la section des recherches
statistiques proprement dites, qui
travaille surtout comme auxi-liaire du Laboratoire et des
Départements Métallurgiques ;
celle des études des rendements et des
salaires, qui
travailleplutôt
pour laDirection ;
celle de la Mécanisation à cartesperforées, qui
travaille pour les deuxpremières
etplus
encore pour les services fonctionnels de
t’entreprise :
Services du Personnel etComptabilité.
L’ensemble relève directement de la Direction
générale.
Aux yeux decelle-ci,
il seprésente plutôt
comme un bureau d’études enorganisation.
A ce titre, il fonctionne comme un staff dans laconception classique
du « Staff and Line », et ses réalisations couvrentquelques-uns
des centresd’intérêt chers aux
organisateurs anglo-saxons contemporains : quality control, operational research, job évaluation,
industrialengineering, simplification.
4. PERSPECTIVES.
4.1 Le
développement qui
vient d’être décrit est-illogique ?
Il a sans doute été conditionné par des circonstanceslocales,
mais dansquelle
mesure ? tt est difficile de le dire.Néanmoins,
onpeut
constater que les
concepts probabilitaires
et lestechniques statistiques
ont trouvé un intérêtgrandis-
sant chez le
métallurgiste, qu’il
soit technicien ou administratif.Or,
cet intérêt est dû à l’aide que lemétallurgiste
a trouvé dans ce nouvel outild’analyse qu’est
lastatistique.
On
peut
en inférer que, dans la mesure où lesingénieurs
seront ouverts à cette méthode detravail,
lesapplications
iront en s’étendant. Il y a donc d’abord unproblème
de diffusion de cette science.Nous avons
déjà
tenu, àCockerill, plusieurs
séances d’information sur cesujet
et notrecollègue,
Monsieur A.DELSA,
vient dedonner,
à l’Usined’Athus,
un excellent coursd’initiation,
que nous nous proposons de
reprendre prochainement
àSeraing.
Notons que le
pragmatisme
dumétallurgiste,
cetesprit
réaliste du « coup de pouce », de l’écart entre la théorie et lapratique, traduit
uncomportement d’inspiration statistique. Donc, malgré
son
ignorance possible,
ou son désintéressement éventuel de lastatistique, l’ingénieur
en fait sansle savoir et tout naturellement. Il suffit
simplement qu’il
en prenne conscience etqu’ensuite,
il yréfléchisse.
4.2 Aussi
l’ignorance
de lastatistique
n’est-elle pas, à nos yeux, un groshandicap
auprogrès
industriel.
Elle en constitue certes un, car le
progrès
industriel est lié à celui destechniques
d’obser-vation et
d’expérimentation.
Maisl’adaptation
du statisticien auxproblèmes
destatistique
indus- triellequi
seposent,
nousparaît
être unhandicap plus important,
car lesaspects
en sontmultiples.
Ainsi, beaucoup
deproblèmes
sont en retard de solutionadéquate.
Enstatistique,
on a faitplus
degéométrie
qued’arpentage. L’engouement
créé par la carte de contrôle montre le besoin de solution propre àchaque problème,
et lescritiques subséquentes,
ledanger d’extrapoler
des solutionsparticulières.
D’autre
part,
dans uneentreprise,
un statisticienspécialisé
vend du service. Le client doitêtre content. Ce client a des
habitudes,
il fauts’y adapter,
et pour lui faireapprécier
un nouveauproduit,
il faut lui trouver unemballage
de circonstance. Il en va ainsi de lastatistique,
dont certainsaspects peuvent
être desépouvantails
pourbeaucoup d’ingénieurs
de fabrication. Aussi convient-il de les traduire dans lelangage
du client. Et il est bien inutile d’initier celui-ci auxquerelles
de termi-nologie,
desymbolisation,
ou même deprincipe
que celangage présente.
Il nous
paraît
bienplus important d’inculquer
lesconcepts probabilistes
et certaines notionsfondamentales,
comme celle dedispersion,
parexemple,
que de seperdre
dans les fioritures duquality
control. Un testgraphique
de normalité est bienplus efficient,
dupoint
de vuepratique, qu’un
savantajustement
en courbes de CHARLIER ou de K. PEARSON.Toutefois,
leplus
lourdhandicap
auprogrès
desapplications
de lastatistique
nousparaît
être la formation mécaniciste des
techniciens,
elle-même due au manqued’équilibre
desmathématiques supérieures.
Les
mathématiques
sont comme l’excroissance d’unelogique qui
ne connaît que les notions defonction,
de continu, de valeurquantifiable. Ces
notions enchaînent lesconcepts probabilitaires.
Il faut s’en déshabituer pour
pouvoir
ouvrir les oeillères que laisse la formationmathématique
actuelle.
Bref,
le besoind’adaptation présente
desaspects multiples,
disonssimplement
que le statis- ticien etl’ingénieur
doivent d’abord chercher leurs atomes crochus et ensuite les consolider.4.3 La lecture de l’évolution du Service
Statistique suggère
sans doute laquestion
suivante :Pourquoi
cette évolution s’est-elle faite enprofondeur
et non en surface ? C’est-à-direpourquoi
le service a-t-ildéveloppé
certainesquestions
et non passystématisé
certaines études ?Nous avons
parlé
de l’étude et du contrôle de laqualité
des aciers, mais ily a le charbon,
le
coke,
la fonte. Nous ne nierons pas que desproblèmes statistiques
sontsusceptibles
de se poser, etse
posent
en cesendroits,
au contraire. Mais dès que la fabrication estuniforme,
et atteint undegré
de
qualité
que l’onaccepte
commesuffisant,
leproblème
consisteplus
à maintenir cet étatqu’à
l’améliorer ou même à le contrôler.
C’est donc
plus
unproblème
de fabricationqu’un problème
de recherche.L’intrusion de la
statistique correspond donc
à un certaindegré
d’évolution des pro- blèmes : celui où il faut établir l’existence des permanences.Quand
celles-ci sont connues, et suffi-samment bien
définies,
la mission du statisticien est terminée.Quand
les permanences sont tellesqu’elles apparaissent d’elles-mêmes,
le statisticien est souvent inutile.Il reste néanmoins
beaucoup
deproblèmes
enpotentiel,
mais le dormeur que l’on secoue s’éveille de méchante humeur.4.4 Dans ce
qui précède,
on abeaucoup parlé
destatistique,
et peu destatistiques.
C’estd’ailleurs une confusion que les
étrangers
àl’entreprise
commettentaisément,
en s’adressant auService
Statistique
pourobtenir,
parexemple,
desstatistiques
deproduction.
Cettequestion
de tenuede relevés
statistiques
ne nous ajamais
intéressé àCockerill,
en tant que statisticien, mais auplus
en tant
qu’organisateur.
Elle relèveplus
des services commerciaux. Nous pensonscependant qu’il
y a encore de
larges possibilités
dans ces voies.Les études de marché et les recherches
économétriques
dont nous avons eu l’occasion deprendre
connaissance, dans les paysétrangers,
sont à la base de cette conviction. Mais les contin- genceséconomiques
de ces pays étaient différentes. Ici encore, une évolution devra avoir eu lieu pour faire sentir l’intérêt de ces travaux. Nous pensons que le Plan Schumanprécipite
d’ailleurscette
évolution,
cette idée est renforcée à la lecture derapports
tels que : « Evolution etperspective
de la
sidérurgie européenne »
de la Division de l’Acier de la Commissionéconomique
pourl’Europe (Genève 1949)
et surtout celuiplus
récent(du
24. 11.52) préparé
sous laprésidence
de MonsieurTINBERGEN,
par la Commission duDéveloppement
du Marché de la Communautéeuropéenne
du Charbon et de l’Acier. Ces
rapports
nous conduisent à penser que l’économétrie a, dès àprésent, pénétré
lasidérurgie.
Voilà donc encore une nouvelle voiequi
se dessine pour le statisticien.Aussi,
étant récemment mis devant la nécessitéd’engager
un nouveau statisticien, nousl’avons
choisi pour ses connaissanceséconométriques.
Seraing,
le 9juin
1953.BIBLIOGRAPHIE
(I)
Revue de Métallurgie, Paris, n° II, novembre 1949.W. E. MARSHALL, Use of statistical methods in study of steel plant operating data, American Iron and Steel Ins- titute, Regional Technical Meetings, New-York, 1951, pp. 323-357.
Aurelio PALAZZI, Cinque anni di esperienza nell’ applicazione dei metodi statistici alla ricerca ed al controllo nell’ industria siderurgica italiana, Convegno di Statistica Aziendale, Torino, 5-6 Ottobre 1952, pp. 3-3I.
L. DOR, La fonction statistique dans une entreprise métallurgique, Revue Technique.et Humanisme, Université de Liège, n° 3, juin 1948, pp. 113-132.
(2) Voir Revue Universelle des Mines,
Liège,
n° 1, 15. 7. 45.(3) L. DOR :
2014 Rapport
général
sur les travaux d’harmonisation des salaires de la sidérurgie liégeoise, Cockerill, I3 novembre1948.
2014 La méthode statistique dans l’organisation des salaires, Congrès A. I.
Lg.,
1947.2014 Solution statistique à
quelques
problèmes posés par la qualification du travail, Revue des Sciences Economiques,Liège, mars 1951, pp. 29-44.
2014 Salaires, aptitudes et rendement, Bulletin de l’Institut de Recherches Economiques et Sociales de l’Université
de Louvain, n° 1, février 1952, pp. 3-43.
(4)
M. NEPPER, L. DOR, Etude statistique de l’influence des constituants del’analyse
totale sur lespropriétés
mécani-ques des tôles fines, Revue Universelle des Mines, Liège,
Ire partie, n° octobre 1950, pp. 331-336, 2me partie, n° décembre 1950, pp. 423-430.
(5) Institut
Belge
de Normalisation, Avenue de laBrabançonne,
29, Bruxelles, NBN 264, 1952.(6) Institut