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Conclusion. L'interaction comme objet de recherches et comme outil de formation
FILLIETTAZ, Laurent, VINATIER, Isabelle, LAFOREST, Marty
FILLIETTAZ, Laurent, VINATIER, Isabelle, LAFOREST, Marty. Conclusion. L'interaction comme objet de recherches et comme outil de formation. In: I. Vinatier, L. Filliettaz & M. Laforest.
L'analyse des interactions dans le travail. Outil de formation professionnelle et de recherche . Dijon : Editions Raison et Passions, 2018. p. 235-255
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:108755
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L'interoction comme obiet de recherches el comme outil de formolion
Lourenl
Filliettoz,lsobelle Vinolier
&Morty loforesl
Il existe à l'évidence de
nombreuses dimensionsà
travers lesquellesles
chapitres regroupés danscet
ouvrage entrent endialogue et déploient des réflexions
transversales.Nous
enretiendrons en particulier trois, qui renvoient à des
aspects structurantsde la
problématiquequi
constituele cæur de
cetouvrage. Le premier axe de réflexion porte sur les
usagespossibles de
f
interaction et de ses conditions d'analyse dans le champ dela formation
etplus
spécifiquement des processus de professionnalisation.Le
deuxièmeaxe
concemeles formats
etles modalités possibles de collaboration entre
chercheurs et praticiens dansle
champ dela formation
professionnelleet
desapproches inspirées de I'analyse interactionnelle. Enfin,
letroisième axe revient sur les conceptions du langage
eninteraction ou du
<<discours en
interaction>>
(Kerbrat-Orecchioni, 2005) à l'æuvre au
seinde
cet ouvrageet met
en perspectiveles choix à la fois
théoriqueset
méthodologiques effectués. Ces différentes dimensionsde la
problématique sont développées dans les paragraphes ci-dessous.l. Quels usoges de I'onolyse interoclionnelle en formotion ?
Les
contributions regroupées danscet
ouvrage portentsur
des pratiques professionnelles ou de formation qui relèvent d'un large éventail de contextes empiriques. Ceux-ci renvoient pour certains àdes professions éducatives, comme c'est
le
cas de l'enseignement en milieu scolaire, de l'éducation de la petite enfance mais aussi dela
formation des conseillers pédagogiques auprès des enseignants.Dans
le
secteur dela
santé,il
est question de tuteurstout
comme dansle
domaine de l'hôtellerie-restauration, du génie industriel etde la
Sûreté.Les
métiersde l'éducation et de
l'enseignement partagent avec d'autres, dits de << services >), une commune et forte composante de formation, que ce soit au service des enseignants, des élèvesou
encore des usagers.Dans tous ces
secteurs, les professionnelssont confrontés à des situations
difficilementprévisibles, dans
lesquellesl'activité de travail est
fortement médiatiséepar des relations
interpersonnelles.Il ne s'agit
passeulement d'agir sur un environnement donné, mais
d'agir (
avec >>et
(
sur >> autrui, dans des contextes dynamiques. Dans les métiersde services, I'interaction est omniprésente
(Cerf &
Falzon,2005) tout comme d'ailleurs dans l'éducation et l'enseignement.Elle
en constitueune
dimension essentielleet exige des
investigations accruesà
différents niveauxde
son gréement conceptuel, depuiscelui,
général,qui
intéressela littéracie, jusqu'à celui,
plus particulier, de la coordination dansl'action
en passant par celui dela gestion de la relation interpersonnelle. C'est ce que certains ont proposé
d'appeler la
< sémiotisation >>du travail ou sa
<< part langagière > (Boutet, 2008).l.l.
Les dispositifsde formolion el
leurscontenus
Devenir un
<professionnel de
I'interaction >>et devenir
un professionnelqui maîtrise les
interactions caractéristiques d'un champ professionnel spécifiques ce n'est pas la même chose.L'un
et I'autre requièrent dans
I'un
ou l'autre cas des compétences et des paradigmes de formationsfort
différents. Dans le premier, l'accentest porté sur la maîtrise de
connaissancessur les
interactionscomme objet etlou de
compétences transversales propres aux interactions.Dans le
deuxièmecas, par contre, il nous
fautcomprendre les conceptualisations implicites à
I'activitéinteractionnelle des professionnels. Dans ce cas de figure, I'analyse
des
interactions devientun moyen
d'accéderau
sensque
les professionnels donnent à ce qu'ils font.Dans les deux cas, il est
cependantdifficile de
fairecomprendre
l'intérêt
de se former à l'analyse des interactions. En effet,l'être
humain est social selonVygotski
(1985), defait il
estporteur d'une aptitude innée
à
interagir avec l'environnement" ceque confirment les travaux de
psychologuestravaillant sur
lesinteractions précoces mère-enfant. ceux de Rosenblum (1998) par exemple.
Pour
autant, cette expérience précoce des interactions pour toutun
chacun s'incorpore avec l'expérience et devient nonconsciente. Cette expérience s'oppose à l'intérêt que
peutreprésenter
a priori un retour à
l'apprentissage des interactions inscrites dans un contexte professionnel donné. Cependant, à travers I'analyse de situations de travail mobilisant des interactions avec et sur d'autres humains, nous découwons combien elle permet l'accèsau
sensdu
fonctionnementde
moments interactionnelset
leurscaractéristiques. C'est
cequ'illustrent
l'ensemble des chapitres regroupés dans cet ouvrage, en plaçant la focale sur diverses sortes de dispositifs de formation professionnelle, qui varient selon a) leur degré d'institutionnalisation, b) les publics ciblés, c) ou encore leurs objetset
objectifs. Certains chapitres, commepar
exemple ceux d'Alcade-Lebrun, Pelé Peycelon et Veillard ou encore de Fllliettaz portent sur des dispositifs de formation professionnelle initiale en alternance qui présentent un haut degré d'institutionnalisation et quifont I'objet de
curriculum explicitement prescrits. Ces chapitres s'intéressent à la place des novices et à des interactions de nature asymétriqueavec des experts ou du moins des
travailleurs expérimentés.D'autres dispositifs,
cornmepar
exemple ceux présentés par Odier-Guedj ou Durand&
Trébert, ou encore Vinatier etMarfisi,
relèvent davantage dela
formation continue, voire de I'accompagnement institutionnel.Mais,
tandisque les
premiers placent davantage la focale sur les processus d'appropriation et de transformation des pratiques, les dernières se donnent plutôt pour finalité le développement des professionnels par et pour eux-mêmes par I'appropriation de la manière d'analyser les interactions dans le cadre d'un dispositif de formation conçu pour eux et par eux. Loin donc de viser à une transformation des pratiques que les auteures estiment relever deI'initiative
des professionnels eux-mêmes s'ilsla jugent
nécessaire,elles æuvrent pour leur
émancipation.Émancipation, c'est-à-dire pour chacun récupération de soi comme 236
sujet au-delà de l'agent, récupération pour son compte à la
fois
de son potentiel d'action, du sens donné à son activité et, entre autres, notammentici la
maîtrise acquise des manifestions émotionnelles susceptibles d'entraverle
dérouléde
ses actions.Enfin,
certains travaux présentésici,
comme par exemple ceux de Laforest ou dePelé
Peycelon, placentles dispositifs de formation
comme des< points de fuite > et esquissent les contours de dispositifs potentiels ou à venir.
Sur le plan des contenus, les formations professionnelles dont
il
est question dans cet ouvrage apportent des degrés variables devisibilité à la
problématiquemême de l'interaction.
certaines formations, comme par exemple celle proposée par Odier-Guedj à des enseignants au contact avec des enfants présentant des troublesdu spectre autistique (TSA), portent explicitement
et spécifiquement surla
problématique de l'interaction. D'autres en revanche poursuivent des viséesplus
générales, relativesà
desmétiers
ou des
fonctions dansleur
ensemble.C,est le
cas par exempledu dispositif
développépar Durand et Trébert,
dôntI'objectif
est d'accompagner un collectif de référents professionnels dans le champ de la petite enfance à endosser leur rôle de tuteurs. Et c'estle
cas également dela
formation pratique des techniciens enradiologie médicale, qui alimente une partie du chapitre
deFllliettaz- Enfin, on poura
observer égalementque
plusieurs chapitres s'intéressentà
des dispositifsde
formationqui
portentmoins sur l'interaction elle-même que sur certains O"
sesingrédients constitutifs.
c'est le
caspar
exemple des manuels delangue professionnelle
qui
alimententle
chapitrede
Mourlhon- Dallies, et qui ciblent donc principalement la dimension proprement linguistiquede
I'interaction.c'est le
cas aussidu problàne
desémotions qui interfère dans les
échangesentre
conseillers pédagogiques et enseignants débutants sans que res professionnels en aient conscience etqui
constituel'objet
dela
conception d,un dispositif de formation instrumenté avecun
agentvirnrel
nommé GRETA proposé parVinatier
etMarfisi
dansla
perspective d'untravail
d'explicitation.Et
c'estle
cas enfin des processus de non- coopérationqui
caractérisent certainstypes
d,appels d'urgence analyséspar Laforest, et qui peuvent constituer un
objetpotentiellement porteur de collaboration entre
chercheurs etpraticiens. Dans ces derniers exemples, un processus
derecatégorisation est à l'æuvre entre
le
concept d'interaction et des ingrédients du réseau conceptuel avec lequelil
est associé.1.2. l'interoclion comme obiet ou comme moyen de lo formqlion
Il
existe aussi, au sein des chapitres présentés dans l'ouvrage, une diversité de modalités par lesquelles des démarches d'analyse de l'interaction sont mises en lien avec les réalités de la formation professionnelle.Une première manière d'envisager les usages de I'analyse des
interactions en formation
professionnelleconsiste à
aborderf
interaction comme un << contenu)
ou un < objet > de la formation.Dans cette première acception,
il
s'agit de former des publics à la problématiquede I'interaction ou à
ses ingrédients constitutifs.Ceffe première perspective correspond
à celle
adoptée dans les chapitres de Mourlhon-Dallies, d'Odier-Guedj et dans une certaine mesure de Laforest. Dans cette perspective, les questions posées concernent principalement des enjeux de didactisation du champ deI'analyse
interactionnelle: comment former à l'analyse
desinteractions ? Comment transposer dans des pratiques de formation des concepts
et
des catégories analyiques propresà la
démarched'analyse
interactionnelle? Comment construire chez
les participants des aptitudes à analyser les interactions dans lesquellesils
se trouvent impliqués et comment agir sur les conditions dans lesquelles ces interactions prennent place ?Pour d'autres auteur-e-s regroupé-e-s dans cet ouvrage, l'enjeu semble d'une autre nature et la démarche d'analyse des interactions relève moins
d'un
objet de formation que d'une médiation, d'unmoyen. En effet, les
démarchesde
rechercheet de
formation présentées dans les chapitres de Filliettaz, d'Alcade-Lebrun, Pelé Peycelon etVeillard
ou encore de ZogmaI et Perret ne visent pas àformer
<< à >>l'interaction
mais montrent comment des processus interactionnelssont à l'æuwe
dansla formation et
commentil
devient possible
de se former (
par >>les
interactions.Il
s'agitd'analyser I'interaction non pas en vue de la formation mais au sein même des pratiques de formation.
A
ce niveau, les questions poséessont les
suivantes:
commentles
dynamiques interactionnelles éclairent-elles les processus de formation ? En quoi ceux-ci sont-ils façonnés par des logiques de coordination et d'âjustement entre les participants?
Quels effetsles
interactions peuvenrelles produire sur les participants à la formation ?on
veillera aussi à ne pas opérer des oppositions tranchées entre ces deux perspectives.Bon
nombrede ùntributions
regroupées danscet
ouvrage procèdent en réalitéd'une combinaisoi d" .", deux usages de l'analyse interactionneile en
formation professionnelle.c'est
le cas par exemple de la démarche présentéepar Durand & Trébert, qui à la fois
consisteà foimer
deséducatrices
et
des éducateursà
l'analysede
l,interactiontout
enutilisant les
traces observablesdes
interactionsen situation
de formation commeun
moyen de methe en évidence des processus d'appropriation des contenus par les formés.c,est
là une àémarche qui, pourrait-on dire, consiste à former << à >> l'interaction et << par >>I'interaction.
c'est
aussile
cas des travaux devinatier
et Marfisi,qui
abordentla
question des interactionsd'une part
comme un< objet > dont l'analyse, dans un cadre collaboratif, est partagé avec les professionnels, mais aussi d'autre part comme rrn n
-oy"i
)), parl'analyse encore, d'aider les professionnels à prendre la niaîtrise de leurs émotions dans l'abordage de leurs échanges avec des novices (Vinatier, 2005).
I.3.
Lesenjeux de rq perspective inrerocrionneile pour
roformolion
Enfin, il
importede noter
queles
chapitres regroupés dans cet ouvrage éclairent differentes sortes d'enjèux dansles àispositifs deformation
concernés: a) des enjeui de descriptiËn et
decompréhension des pratiques, b) des enjeux de transformation et de
développement
des pratiques, c) ét enfin des enjeux
dereconnaissance du travail et des travailleurs.
Pour
certains auteurs, commepar
exempleFilliettaz
ouLaforest, la finalité de ra
démarcÈede récherche
sembre principalement compréhensive.Il s'agit de
décrire des pratiques observables de travail ou de formation"à la pratique profesiionnelle pour en cerner les dynamiques collectives et errparticulierle
rôledes usagers. Pour d'autres auteurs, comme par exemple Odier-Guedj, la finalité de la démarche semble davantage transformative et tournée vers des processus d'apprentissage
et de
développement.Il
s'agit d'amener des professionnels à modifier les conditions dans lesquelles ils s'engagent dans des interactions. Pour d'autres auteurs encore, les objectifs poursuivis se situent plus particulièrement sur le registre des logiques de reconnaissance et de l'émancipation. La contribution de ZogmaI et Perret montre par exemple commentle
<< croisement de regards >> dansun
dispositif de formation conjointement animé par des chercheurs et des praticiens dansle
champ de la petite enfance peut contribuer à une meilleure reconnaissance mutuelle des acteurs dans une logique de partenariat. Enfin, la contribution de Vinatier etMarhsi
a une visée émancipatrice, pour aider les professionnels à contrôler par eux-mêmes et pour eux-mêmes ce qui détermine leuractivité verbale. Ici aussi, on ne pourra qu'insister sur
lestransversalités
possibles entre ces registres, bon nombre
dedémarches présentées dans cet ouvrage ayant pour frnalité tout à la fois de comprendre les pratiques pour les transformer et en améliorer la visibilité et la reconnaissance.
2. Quelles modolités de colloborolion enlre chercheurs el proliciens ?
Le champ de la linguistique du discours et de I'interaction s'est considérablement
déplacé depuis quelques années,
passantprogressivement d'une discipline fondamentale,
tournée principalement vers des enjeux de description et de modélisation, à une discipline d'application et d'intervention, sensible aux usagessociaux et aux
retombées pratiquesdes
savoirs disciplinaires construitst.
Dans son chapitre, Laforest rappelleà cet
égard la typologie désormais classique en sciences sociales, et qui distingue des recherches menées respectivement << sur D,(
pour >> et << avec )>les praticiens (Cameron et
al.,
1994). On comprendici qu'il
s'agit de s'éloigner progressivement d'une posture de recherche(
sur >>I Pour s'en convaincre, on pourra notamment consulter le double numéro anniversaire 160 et 161 de la revue Langage & Société ou encore le numéro 2 de la revue Pragmatics & Society.
240
les
pratiquespour se
rapprocherde
démarches collaboratives,(
avec > les praticiens. Dans son chapitre introductif àun
ouvïage consacré aux formes d'application de l'analyse conversationnelÈ,Antaki
(2011) procède àun
inventaire desix
modalités possiblespar lesquelles l'analyse
conversationnellepeut présênter
un caractère appliqué.Parmi celles-ci, il
distingue noiamment des orientations vers des problématiques sociales, àes orientations versdes problématiques communicationnelles, des
démarchesdiagnostiques et des démarches interventionnelles.
curieusement, le champ de la formation n'est pas identifié dans
cet
inventaireau titre d'un
domained'application
explicitement reconnu. Pour autant, dans le champ des sciences de l'éducation, les recherches collaborativessont
porteusesà la fois d'enjeux
de rechercheet de formation (Vinatier, Filliettaz, & Kahn, 2012;
vinatier & Rinaudo,20ls). c'est
ainsi que les chapitres regroupés danscet
ouvrageillustrent
des formesà la fois nombràses
et innovantesde
collaborationsentre
chercheurset
praticiens, qui placentle
champ dela
formation commeun
terrain de rencontre possibleet
fructueux.on a
déjà rappelé ci-dessus les differentes modalités possiblespar
lesquellesdes
démarchesde
recherche centréessur l'étude des
interactionspeuvent contribuer à
desproblématiques
de formation, que ce soit pour en
élaborer les contenus ou pour en appréhender les dimensions voire les effets. En complément à ces remarques,on
soulignera ci-dessous differentes facettesde la
problématiquedes rapports entre
recherche et formation qui sont discutés par les auteur-e-sici
regroupé-e-s. plus spécifiquement, nous centrerons notre attention sur quatle aspects :a) les exigences érigées à l'égard des démarches coliaboratives sur le plan des savoirs engagés,
b)
les incertitudes liées aux formes de collaborations possiblesentre
chercheurset praticiens, c)
lesimplications temporelles induites par les démarches
decollaboration
et d'intégration
entre rechercheet formation d)
et enfin des finalités poursuivies par ces recherches collaboratives.2.1. Des
exigences épistémiques singulières
on
observerapo'r
commencer que les démarches collaborativesentre recherche et formation requièrent
nécessairement unecombinaison voire une intégration de champs épistémiques pluriels.
Ces démarches ne peuvent se déployer sans une reconnaissance des
savoirs
d'expérience,dont les
professionnels eux-mêmes sont porteurs.Ce
postulat est explicitement reformuléau
seinde
cet ouvrage dans les contributions de Durand et Trébert, et de Zogmal et Perret, et enfin dans celle deVinatier
etMarfisi, qui
articulentexplicitement la lecture des
interactionsavec une théorie
deI'activité
humaine au travail, celle de la didactique professionnelle (Pastré, 2011).Mais
ces démarches peuvent également impliquerl'intervention et la
reconnaissancede
domainesde
connaissance académiques constitués à propos de I'interaction et de son réseau sémantique. Par exemple,le
chapitre d'Odier-Guedj montre quel'appropriation par des
enseignantsen formation continue
de catégories analytiques empruntées à la pragmatique linguistique, àla
sociolinguistique interactionnelleou à la
linguistique textuellepeut constituer un levier d'une
transformationdes
pratiquesprofessionnelles.
De
manière analogue,le
chapitrede
Zogmal etPerret illustre les
<migrations
fonctionnelles>
subiespar
lescatégories analytiques
de l'interaction, qui
peuventservir
non seulement à éclairerl'activité
professionnelle des éducatrices de la petite enfance, mais encore les dynamiques collaboratives entre des chercheurset
des praticiens dans des démarchesde
co-analyse.Aussi les
processusde
< figuration> et la
problématique desrelations
interpersonnelle permettent-ilsde
conceptualiser les enjeux de légitimité qui se fontjour
au sein du travail collaboratif entre chercheur et praticien.Dans ces démarches collaboratives, les savoirs en circulation
présentent non seulement un caractère pluriel
voirepluridisciplinaire,
mais ils
sont également distribuésau
sein degroupes.
Dans leur
chapitre,Vinatier et Marfisi
montrent par exemple,à travers le cas de la
conceptiond'un dispositif
deformation instrumenté en collaboration avec des
conseillers pédagogiques, que des stéréotypes émotionnels sont mis au jour parle collectif lorsqu'ils sont appliqués à des
avatars virhrelsreprésentant
des
enseignants débutants agressifs, dépressifs ou distants.Enfin, on
poulTa releverpour
terminer queles
domaines de connaissancesà l'æuvre au sein des
démarches collaborativesimpliquant des
chercheurset des
praticiensne
préexistent pas nécessairementà leur
rencontre.Ils
peuvent,et c,est
heureux, émerger de la rencontre elle-même et en constituer le produit. c,est notammentce qu'illustre
l'expériencede formation
décrite par Durand et Trébert, qui amènenf les tuteurs en formation continue à prendre conscience de la dimension formative de leur activité, ce àpartir de l'analyse collective de leurs
interactions multimodalesavec des étudiants en stage. De même, vinatier et
Marfisi découvrent combienla
simpie confrontationà
desug"À
',rirr,r"t, expressifs peut déclencher des réactions émotionnelÈs très fortes chez les conseillers pédagogiques.2.2. Des
conslruclions incerloines
-À l'évid"nce, les
conditionsd'une
interface fructueuse entre rechercheet pratique ne se
décrètentpas a priori mais
seconstruisent.
comme l'illustre
trèsbien
l'èxpérience restituée par Laforest dansson
chapitre consacréaux
appels d'urgenceà
la Suretédu
Québec,..ilne suffit pas, en tant que
spécialiste des interactions langagières,de
metde en évidenc"O"r'p-"or,r, d"
désalignement interactionnel entre les professionnels ei les usagers pour susciter d'emblée un intérêt pour iu recherche et des demandes en matière de formation. Les obstàcles peuvent être nombreux sur le
chemin de la
collaboration,qui pt*eo"
nécessairement d,une construction difficilement prévisible et à certains égurd.;;;"ftaine
lorsqu'un chercheurn'u
pàr particulièrement vocation à interveniren milieu
professionnel,comme le font les
"rgonào;r.
Leschapitres regroupés dans cet ouvrage apportent un
regard
écrairant sur plusieurs facteurs d' incertitude.un premier
obstaclequi peut se
dresserparfois dans
lesdémarches
de
collaboration réside dansle
cloisonnementet
les spécificités des champs disciplinairesen
présence.Les
logiques d'appartenanceà des
domainesdisciplinâiÀ;;il*d et
lesprocessus
de
catégorisation disciplinaiiedont
les chercheurs sont porteurs peuvent constituer des opporhrnitésou au
contraire des entraves à des formes de continuités entre recherche et formation.Par exemple, l'expérience restituée par Laforest dans
le ào-uirr"
des appels d'urgence montre bien en
quoi la
démarche, conduitedans une perspective de linguistique du discours et de l'interaction, présente des contraintes singulières
et
differentesde
celles de lathéorie de la didactique
professionnelleou de la théorie
de1'ergonomie,
dont les terrains de
recherchessont
articulés explicitement à des interventions en milieu professionnel. Dans cecontexte, la possibilité de mener une
recherche (( avec >> les praticiens, dansle
cadre de recherches collaboratives, représenteune
différencede focale d'avec la
démarched'intervention
enmilieu de travail car par la collaboration, le curseur est placé sur ce qui peut se coconstruire entre chercheurs et professionnels (Vinatier
&
Rinaudo,2015, op.cit.).Il
importe donc de reconnaitre que toutedémarche de recherche s'inscrit
nécessairementdans
un environnement disciplinaire,flrt-il
lui-mêmepluriel
et stratifié, qui exerce une influence configurante sur les possibilités mêmes d'une articulation avec des enjeux de formation.Un deuxième obstacle possible à la collaboration
entrechercheurs et praticiens réside dans les croyances et
lesreprésentations
à l'æuvre
auprèsdes publics
concernéspar
la formation. Les praticiens ne s'engagent pas dans des démarches de collaboration affranchisd'opinions et de
convictions. Celles-ci façonnent dans une large mesure la manière dont les discours des chercheurs peuvent être reçus et compris.À
ce ptopos, I'expériencede Laforest est parlante
également.Elle montre combien
les convictions des personnes responsablesà la
Sûretédu
Québecagissent comme
un
instrument d'évaluation des observations du chercheur.Ainsi,
les désalignements interactionnels observés entre les opérateurs et les appelants ne seraient-ils qu'un simple produitd'un
travail réalisé de manière non conforme aux prescriptions, et par ailleurs corrigé dans de récentes solutions techniques apportéesaux
procéduresen vigueur. Pour aller de l'avant dans
la collaboration,il
faut donc d'abord convaincre les acteurs en chargeet
trouver des formes d'alliances compatibles avec leurs propres croyances. Dansles
contextes professionnels contemporains, ces croyances prennent souventla forme
d'unevision
normative dutravail. C'est ce que
souligne ausside
manière particulièrement convaincantele
chapitrede
Mourlhon-Dallies,qui
relèvel'écarl
important qui caractérise les interactions
professionnelles authentiques avecles
dialogues professionnels figurant dans les 244manuels d'enseignemglt
des
langues secondes.ces
dialogues stéréotypés, en particulier dansle
àomainea"
n"ttoyuge,-reflètent selon Mourlhon-Dallies unevision
souvent prescriptive du travail, selon laquelle le professionnel exécute littéràlement tes orores quilui
sont transmis.un
autre obstaclequ'il
convient de mentionner réside dans la manière dont les réalités ayanttraità la problématique du rangage et de l'interaction sont perçues au sein dela
société.è";;
ie relèveà juste titre Laforest, << le rangage est un bien
colrectiii*g".r,"o, *
cornme'n
pur véhicule de la pensée, et l'usage quotidien"qu,on enfait dans I'interaction re rènd
transparentaux yeux de
sesutilisateurs >>.
cette
transparencedu
rangage,ou
cebien
commun que bon nombre de praticiens voient comme une évidence, ne crée pas toujours les conditions d'une reconnaissance mutuelle entre les chercheurs.et les praticiens.Elle
conduit aufait q"" i".
p."riciens< ne
.perçoivent peut-être
pas
l'importancede cei urp""i de
leurtravail
avecla
même acuité,et n en
saisissent pasË
matérialité même >> (Laforest, ici-même).on
pourra aussi relever que les(
mots > utilisés par les acteurs en présence et plus largement les catégories linguistiqju"."eli.rrre".
au
coursdu
processusde
collaboration peuventparfois
s,avérer opaqueset
porteursde
malentendus.Le
chapitrede
zogmar et Perret illustre de manière emblématique la manièr"aontirriage
de la langue ne constifue pas un médium neutre dans le cadre du travailcollaboratif entre
chercheurset
praticiens.Elles montr"o, a
""
propos comment
< catégorisationdes la
enfantsréférence > et de à la
< l'inierprétationproblématique
>-de de
leursra comport€mentspeut
donnerlieu à
des significations differentes auprès des acteurs concernés. pour la chercÈeuse,il s'agii
àe traits ordinaires et constitutifs de l'activité professionneilea",Zirr*t i"",
de l'enfance. pour la praticienne,
il
s'agit au contraireo" pàiqrr",
connotées négativement et en décalage avec les affentes normatives de la profession.
on voit
bienici cÀment
le recours nécessaire à une terminologie peut mettre au défi le sentiment delégiti;i*
duo, un rapport de partenariat et commentil
peut en tant qrrét"l
orienterla nature même des relations interpersonnelles
etinterprofessionnelles dans
le
cadre de possibles continuités entre recherche et formation.Enfin, un dernier
obstacle possibleà la
collaboration entrechercheurs et praticiens réside dans les croyances et
lesreprésentations
à
l'ceuvre auprès des chercheursqui
pensent de manière unidirectionnelleleur rôle
auprès des professionnels. Laplupart du
temps,les
connaissances professionnelles construites dans l'expérience ne sont pas considérées comme des réalités avec lesquelles les savoirs théoriques entrent en dialogue.D'où'l'intérêt
d'un fondement épistémologique tel que celui qu'apporte la théoriede la
didactique professionnelle, laquelle reconnaît explicitement les savoirs de l'expérience cofilme des savoirs,àl'égal
des savoirs théoriques, mais, à leur différence, comme des savoirs en actequ'il s'agit de
comprendreà la lumière de la
recherche. Seule une conception dialectiquede leur
rapports, commea pu le
faire Vygotski lui-même (1985) entte concepts scientifiques et concepts quotidiens, permet leur fécondation réciproque.2.3. Des
expériences dynomiques
Il
résulte des obstacles repérés ci-dessus que les situations de collaboration entre chercheurs et praticiens ne constituent en rien des états stables et définitivement acquis. Ce sont au contraire des processus qui se déploient dans le temps, et qui peuvent suivre des parcours non linéaires. Bon nombre de chapitres regroupés dans cet ouvrageinsistent sur le
caractère temporellement ordonné desdispositifs de formation
présentéset plus
généralement des démarches de collaboration sur lesquelsils
reposent. Par exemple, le chapitre de Vinatier et Marhsi montre comment la conception etl'utilisation d'un
instrument de formation par simulation s'inscrit dans le cadre d'une collaboration de longue durée entre une équipede
chercheurset un collectif de
conseillers pédagogiques. Demanière similaire, Zogmal et Perret soulignent le
processusprogressif de familiarisation mutuelle nécessaire dans
laconstruction de
<<regards
croisés) sur les
pratiquesprofessionnelles.
Enfin, le
chapitre d'Odier-Guedj montre que le déploiement dans le temps du dispositif de formation proposé aux enseignants produit des modifications dans les pratiques, que seule une approche elle-même chronologiquement ordonnée permet de mettre en visibilité.^
La-nafure processuelle dela
rencontre entrela
recherche et raformation
ne s'inscrit pas
nécessairement dans une progression temporelle linéaire.Elle
procèded'une logique
souvent décrite:oT-:
< cyclique)
ou(
spiralaire >. par.*Ë_pt",-tu .ior.iU,rrion
de.Laforest sourignebyn L
npouuoi, rt"*irtiq""'rlJr"'obrtu"r",
qui se dressent sur re chemin du chercheur, au moment de restifuer ses
résultats
auprès des praticiens.Les
résistances rencontrées conduisent à ra formulation de nouvelles questions de recherche et l'accès à de nouvelles donnéer, dootl'urralyse produit des résurtatsqui semblent rendre possibie ra poursuite d,un travair
de collaboration et de transposition.Il
en va de même dans le àispositif de formation continue présenté pa, Durand et Trébert, qui s,adosseà
une démarche de recherch""iàe*"rrt"ographique
surle
travaildes
éducateursde l,enfance, -ui, -q"i
mène
égalementà
laformulation de nouveaux objets de recherche, eux-mêmes centrés sur
le dispositif de formatioï et
ses effetssur i" il;bppemenr
professionnel qui des participants.
c'est
aussi le cas devirruti",
Q015)a développé des travaux sur les enjeux intersubjectifs présents
dans les interactions pror"rrioÀàii"r, notamment chez
conseillers pédagogiques, avec la découverte inopinée du poids desles émotions dès Ia
prisJde
contact urr"",-"
représentation inattendued'un
enseignant débutantface à un-avatar. Ainsi donc, si
resparcours de collaboration enrre
chercheurs;;;;;s
sontincertains et jonchés d'obstacleq iis
leuu"rrt
aussiouvrir à
des opporhrnités imprévues initialement.3. Quels choix théoriques et méthodologiques
?Les conditions dans lesquelles se construisent
et
se négocient les continuités entre recherche et formatron ne sont pas étrangères au1.ol:ntations
épistémologiques suiviespar les
chercheurs. En particulier, elles sont dans unleLg" -"*
ruçonne"sp";l;,
choix théoriques effectués et lesoprionr"t*irtooorogrqu", ori"rrôie"r. a
ce propos, on
poura
remarquer que les auteur-e-i regroupe-Ë-s dans cet ouvrage présentent un haut dàgré de convergence dans ce qu,on Peujpnelgr
un paradigme interaciionniste en sciences humaines et sociales'Ils
reconnaissent l'importance première des dynamiques collectives dans la producrionof. re"iite. individuJds.ïfurri. o"
cette position, souvent explicitement assumée, les auteur-e-s entrent
en
dialogue avec d'autres courantsde
pensée.C'est le
cas par exemplede la
démarche de formation présentéepar
Odier-Guedjdans le champ de l'enseignement spécialisé, qui
prend explicitement ses distances avec les approches comportementalistesqui dominent le champ de I'intervention auprès
d'enfants présentant des troublesdu
spectre de l'autisme.La
revendication d'un positionnement interactionniste ne laisse pas intacte la manièrede
concevoirla
problématiquedu
langage,ni
mêmeles
choix méthodologique effectuéspar les
chercheurs.C'est ce
que nous proposons de préciser dans les paragraphes ci-dessous.3.1. Le
longoge comme processus inleroclionnel
Une
conceptiondu
langage fortement homogène semble sedégager des recherches présentées dans
cet
ouvrage,et dont
lesdifférents chapitres esquissent les contours de
manièrecomplémentaire. Cette conception, largement inspirée des thèses de
l'interactionnisme,
peut être
caractérisée comme praxéologique, contextualiste, intersubjective,plurifonctionnelle et
multimodale (voir Filliett az, 20 18).Les approches représentées
ici
peuvent être considérées commepraxéologiques dès lorsqu'elles
reconnaissentle
caractèred'accomplissement pratique
qui
sous-tend I'usagedu
langage eninteraction. Comme le relèvent
explicitementles
chapitres de Laforest et d'Odier-Guedj, un retour critique est formulé à l'égard des théories de la communication, qui envisagent celle-ci, selon le modèle télégraphique, commeun
encodagede
messageset
une mise en circulation d'information entre des instances d'émission et de réception. Dans une perspective interactionniste, au contraire, les pratiques communicativessont à
penserà la lumière
d'enjeux actionnelset
elles sont perçues commele
moyend'un
processus plus large de coordination dansl'action.
C'est cequ'on
a parfois appeléle
<< virage actionnel >> des sciencesdu
langage (Filliettaz, 2002).Un tel
positionnementà
l?égarddu
langage ne peut être que contextualiste.Il doit
eneffet
reconnaitrela
nature indexicale et constitutive des liensqui
s'établissent entre l'usage du langage et 248les environnements pratiques, sociaux, culturels et historiques dans lesquels
il
est accompli ei observé. ôette position est expricitement revendiquéedans re chapitre d'odier-Gu"a:, ï"i'i-e".
lesenseignants
en
formation  prendre conscience des < indices de contextualisation >>qu'ils
produisent etqu'ils
interp.eteni dans les interactions menées avec lès enfants en classe. ces << indices )) sont non seulementle
produit de paramètres donnés Ouo.tu
,itoation, maisils
sont surtout des ressources utiliséespar
les participants pour produiredes interprétations des contextes dans lesquels prend place leur rencontre.
Dans cette perspective, les réalités de l'interaction ne sont pas données une fois pour toutes. Elles sont collectivement construites
par les participants et procèdent d,une intursubjectivité,
qui s'élabore étape par étape, àans la séquentialité des toîrrs Je parole.ces
constructions peuvent être convergentes, complémentaires et alignées'Mais
elles peuvent présenter également des formes de désalignements, comme-c'est par
exemplele cas
dans certainsappels d'urgence étudiés pa; Laforest, et dans lesquels
la perspective des usagerspeut parfois entrer en conflit avec
les procédures de travail des opératËurs de la sureté.Les
contributions regroupéesdans cet ouvrage
convergent également dans unelurg"
mes.*e ouiuit
qu'elles reconnaissent aulangage en interactiù un .*rer"
murtidimensionner ou plurifonctionner' son usageest d'abord pragmatique, dès lors
qu,il
permet d'accomplir des actions clairementùentifiabi"r, à",
(< actes de langage >- Mais son usage véhicule égalemenrJ"r-i-fii.ution,
sur les plans épistémique, rerationnel et
éLotionneiil-Ërg"ge
eninteraction permet à dès savoi.s
o'ctr"
mis envisibilitJ
"io?go"ie,
entre les participants.
Il
véhicule desimplicati"";;l; ffio" 0",
rapports sociaux de rôles, de places et dË faces
.ro"
p"rri"ifurræ. Etil
met en jeu des états émotionnelrq"i
roo, à même d'évoluer aufil
des rencontres. cette. conception plurifonctionnelle
est très
bienillustÉe
dansre
chapitrede^vinatier-", uum.i,
dans lequel elle donnelieu
àun" -odélisation,
,o.rrlu fo._e
du triptyque E_p_R,qui formalise les
tensionsque les participants à
l,interactionrencontrent lorsqu,ils doivent
simulianémËntgere, i",
pOf",épistémique
(E),
pragmatique(P) et relationnel (R) de
leursrencontres.
Enfin, une
perspectiveplurisémiotique ou multimodale
est adoptée par plusieurs auteur-e-s, qui prennent leurs distances avec une conception verbocentrique de I'interaction et qui reconnaissent que les processus interactionnels reposent sur une pluralité et uneintégration de
ressourcesqui relèvent d'un large palette
de<< modes
D ou de
systèmesde signification. Ceci inclut
bienévidemment
le code linguistique, mais
égalementles
indices prosodiques, les comportements gesfuels, les mimiques faciales, les orientationsdu
regard,les
manipulationsd'objets
matériels ou symboliqueset les
déplacements corporels dans l'espace. Cette perspective multimodaleest
explicitement revendiquée dans les analyses proposées par Alcade-Lebrun à propos de la négociation du < bon de commande >> dans la formation du personnel de service.Elle est
également adoptéepar Filliettaz
dans son analyse desinteractions tutorales qui
prennentplace dans le champ
de l'éducation de I'enfance et de la radiologie médicale.3.2. Un
ropport onolylique oux données empiriques
Les conceptions du langage telles qu'elles sont à l'æuwe dans les recherches restituées dans cet ouvrage se traduisent également dans des choix méthodologiques à certains égards convergents. Ces convergences concernant notamment
a) le primat
accordéà
la recherched'un
rapport authentique et naturel à la réalité observée, b)l'attribution
d'une valeur heuristique aux < événements >) ou aux<< obstacles >
qui
surviennent dans le quotidien des interactions, c)et enfin le
développementde
démarches d'analysequi visent
àdépasser
un rapport analytique solipsiste avec les
donnéesempiriques,
au profit de
dynamiques collectives. Ces quelques points méritent d'être précisés.Une première spécificité
méthodologiquedes
démarches restituées dansles
differents chapitresde
l'ouvrage réside dansl'importance accordée à des données empiriques
dites< authentiques >>, recueillies dans les conditions naturelles de leur production.
Ceci implique
souventun
recoursà
des instruments d'observation de type audio-vidéographique, que ce soit à des finsde
rechercheou de formation. Mais ceci
implique aussi, plus profondément, une pleine reconnaissance dela
complexité liée àl'authenticité des conduites interactionnelles attestées. ce primat du
<< réalisme >> des
,Int113lion1 q1"nà
nurfois Ia fb;; dl
positions critiques exprimées.u l' é.gur9
9'
upprà.rt", arte.nJtiîJs,*iui
tendent par certains aspects_à <simplifierli
les interactions et à retrancher àla
complexiréde
reurs reahsatiooJ.uutt"ntiques.À ;;
propos,Mourlhon-Dallies
fait r"-u.q.r", l.r
tes methoîer' oi*r""igrrement des langues secondes.n .ontl"i" irJr.rrionoer
restent durabrementétanches
auxinteractionner;J;i:ii.ii;:i"liîXî',TL,ï:",,n,:':"Ë::*j
l'égard des pratiques i"t"*.tio*Jr",
observabres.Dans
uncontexte different, odier-Guedj énonce des critiques à l,égard des approches comportementaristeJ ounr
i"
champ derautisme
etfait
remarquer que cer,es-ci préconisent une simprification et donc un appauvrissement des
r"riou.""s
interactionnelles misesen
æuvre auprèsdes
enfants concernés.on voit ici que le principe
de< réalité
> va
au-delàd'une rogiqrr" de recueil de
àonnées.Il
concerne aussi le fîns de formation.
rapport pragmatique aux situations créées
à
desune deuxième
constanteobservable dans les
démarches méthodologiques présentées dans."i
ouurug" concerne les critères de sélection de segments. empiriques reconnus conrme significatifspour la
rechercheou ta rormation. ceux-ci portent en
effet fréquemmentsur ce qu'on peut appeler des
<< événements >>(zanfian,
1999) oud"s
,, turbuien"esrrl, c'est-à-dire des situations dans lesquellesont peut
observer( un
éroignementde la
forme normale du cours d'action attendu >(falhey
er, 79g7,p,2ae.
Unnombre
important^de
chercheurs,"g.o.rpe. Ouo. .it
ourrrug"semblent en effet reconnaitre
le
curactEre < heuristique >> de telres turbulences et leur potentiel unufyti-q*. L,analyse de l,épisode du<<
bon de
commande> dans
le " ch'ap-itre d,Alcade_Lebrun, peléPeycelon et Veiuard
lonrre,f i; :;;;" ";;;-r
;,r'rîgî, ",.onede cet < objet frontière > par l^'étudianË en stage conduit à la fois à
ule explicitation
par.leJ
experts oela
séquentialitéde
l,action attendueet à une mise en e"ia"n." Ls
interdépendances entre differents corps professionnels;;ir;. la
pratiquedu
service.\lïliettaz,
dans une perspective à certains égards similaire, montre comment' dans le domaine de ra radiorogie médicale, r,étonnement du patient face àI'utilisation d;;;;;î
d,oxygène peur amener àdes formes d'explicitation des savoirs en usage dans les procédures de réalisation d'images par Scanner.
Enfin, le
chapitre de Laforest montre également comment des situations de désalignements entre professionnels et usagers lors d'appels téléphoniques peut constituer un objet analytique à même de susciter I'intérêt des professionnels et amorcer une dynamique de collaboration en vue de la formation.Ces différents exemples permettent de souligner les potentialités de l'analyse interactionnelle pour cerner pleinement
la
complexité etles
incertitudesliées au travail non
seulementen ce qu'il
estprescrit, mais surtout en ce
qu'il
est réalisé-Enfin, on relèvera pour terminer que les chapitres
qui contribuentà cet
ouvrage endossentet
explorentde
multiplespostures analytiques à l'égard des données empiriques recueillies.
Certaines démarches, comme celles adoptées par Filliettaz ou par Alcade-Lebrun, Pelé Peycelon et Veillard, se matérialisent dans un rapport analytique du chercheur avec des données
qu'il
a recueillies et transcrites. Dans la démarche présentée par Laforest,il
s'agit de confronter ce rapport analytiquedu
chercheur au regard évaluatif des praticiens, à des fins de validation ou de contestation. Mais dansla majorité
des autres travaux rapportés,il s'agit
d'engager des formes collectives d'analyses, au sein de groupes constitués. C'estle cas en particulier des dispositifs de formation
continue développés dans les chapitres d'Odier-Guedj, de Vinatier et Marfisiou
encorede
Durandet
Trébert.Et c'est le
cas également desdémarches
de
<< regards croisés) qui fait l'objet du
chapitre de Zogmal et Perret. Ces démarches peuvent être considérées comme particulièrement porteuses et innovantes en ce qu'elles s'éloignent de postures analytiques individuellesvoire
solipsistes et plaident pour une logique distribuée du travail analyique lui-même. C'est à ces conditions, nous semble-t-il, quela
mise en rapport entre lechamp de l'analyse des
interactionset celui de la
formation professionnellepeut
déployer ses pleines potentialités, dès lorsqu'elle
érige les processus interactionnelsnon
seulement commedes objets d'analyse, mais
égalementcomme des
méthodesanalytiques.
Pour conclure, dans les rapports entre recherche et formation, la
littérature semble ne révéler que deux
attitudes possibles :252
applicationniste
(dualirt:) oy
diarectique_(fecondation réciproque).
si
la perspective est applicationniste (àualiste;, atorsii
,;"gT, d,une relation d'application de la recherche vers laiorm.ri*, ôî"ant
seTaduir:
en rapports de prescription et donc en rapports de pouvoird'un
domainesur un
autre.En revanch", si Ë-f"rÇàu"
"rt
dialectique,
alors
les.savoirs
o'"*pe.i"n.e sont
écrairéspar
des savoirs théoriques etréciproqu"-"rrt. ce
qui n,est évidemnient pas sans conséquence sur ra relation entre chercheurs etp-r"rrio*"tr.
L'alternative entre ces deux perspectives, < applicationnisme >> ou
< dialectique )), ne se prêre pas a un catalogue
à,"r;;;;;;;is il
enproblématise les conditions.I avec quelles ?
À
quoifaut-il
faire attention ? euels sont dJmarches res points de vigilanceZril"" pàrriur"
?Quelles sont les points caractéristilues à relever ?
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