MISE AU POINT
BPCO et nutrition
COPD and nutrition
C. Pison1, 2, 3, 4, G. Rival3, 4, 5, C. Moinard1, 3
1 Université Grenoble Alpes, Saint- Martin-d’Hères.
2 Clinique universitaire de pneu- mologie, pôle thorax et vaisseaux, CHU Grenoble Alpes, Grenoble.
3 Laboratoire de bioénergétique fondamentale et appliquée, Inserm U1055, Saint-Martin-d’Hères.
4 Centre Henri-Bazire, Saint-Julien- de-Ratz.
5 Service de pneumologie, centre hospitalier de Montélimar.
L
a bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est la deuxième cause de cachexie et la cinquième cause de décès aux États-Unis en 2010 (1, 2). En 2001, elle était la cinquième cause de décès en France et dans les pays riches, avec mal- heureusement la perspective d’une augmentation de son incidence et de sa prévalence, notamment dans les pays pauvres, d’ici 2030. C’est pour la BPCO que la communauté médicale s’est le plus intéressée aux facteurs nutritionnels dans le contexte des maladies respiratoires chroniques (3, 4) dans le double but de comprendre les mécanismes et le rôle des modi- fications de la composition corporelle et, bien sûr, d’intervenir en espérant modifier l’histoire naturelle de la maladie (5).Les études épidémiologiques et cliniques ont montré que la dénutrition était un facteur indépendant de mauvais pronostic dans la BPCO. De plus, il a été montré que les habitudes alimentaires pouvaient jouer un rôle de protection ou de risque et agir, en cas de maladie établie, comme un facteur modificateur.
La BPCO est définie comme une maladie commune que l’on peut prévenir, caractérisée par un trouble ventilatoire persistant, habituellement progressif et associé à une réponse inflammatoire anormale des voies aériennes et du poumon aux particules toxiques et gaz inhalés (6). Ces événements environnemen- taux induisent, probablement chez des patients ayant une susceptibilité génétique, un stress oxydant, un déséquilibre des activités protéases et anti-protéases et une inflammation systémique de bas grade. Ces molécules pro-inflammatoires peuvent induire une cascade d’effets et ont d’importantes conséquences métaboliques comme le syndrome de cachexie respi- ratoire, l’insulinorésistance, l’athérosclérose, l’hyper- tension, l’ostéoporose et la dépression.
Habitudes alimentaires : facteurs de risque et rôle protecteur dans la BPCO
L’augmentation récente de l’incidence de la BPCO dans les pays développés peut être rat- tachée principalement au vieillissement de la
population et à l’augmentation du tabagisme (6).
Néanmoins, il est frappant de voir que 1/3 des patients souffrant de BPCO n’ont jamais fumé (6).
Ces observations suggèrent que d’autres modi- fications environnementales pourraient jouer un rôle, comme l’alimentation. Étant donné que la nourriture contient beaucoup de nutriments pouvant interagir entre eux, les épidémiolo- gistes nutritionnistes proposent d’apprécier le régime de façon globale et non à partir de l’ana- lyse isolée des nutriments consommés. Dans 2 larges cohortes américaines chez les hommes et les femmes, un régime dit “prudent”, riche en fruits, légumes, poissons et céréales était associé à un risque réduit de nouveaux diagnostics de BPCO, alors qu’un régime de type “occidental”, avec des apports importants de céréales trans- formées, viandes fumées et rouges, desserts et frites était associé à un risque accru de BPCO (7).
Il a été suggéré à l’inverse qu’une alimentation riche en fibres était associée de façon indépen- dante à une meilleure fonction respiratoire et une prévalence réduite de BPCO.
Définitions, épidémiologie
et mécanismes de la dénutrition dans la BPCO
Un indice de masse corporelle (IMC) inférieur à 21 dans la population des pays développés, souvent âgée, est considéré comme un marqueur de dénutri- tion (4) et associé à un pronostic vital engagé indé- pendamment du degré d’obstruction bronchique (4).
Une perte de poids de plus de 10 % sur les 6 derniers mois ou de plus de 5 % sur le dernier mois sont également des marqueurs de dénutrition.
L’étude de la composition corporelle, notamment par impédancemétrie corporelle bioélectrique, apporte des informations complémentaires cliniquement très utiles pour apprécier la sarcopénie, c’est-à-dire la perte de masse musculaire L’impédancemétrie corporelle bioélectrique permet d’évaluer 2 compar- timents : la masse non grasse (MNG) et la masse grasse (8). L’indice de MNG (IMNG) correspond à
Perte de poids involontaire
Poids stable
IMC
20 25 30 35
MNG basse
MNG normale
Poids stable Perte de poids involon
taire
Figure. Stratifi cation du risque nutritionnel au cours de la BPCO (4). On se doit d’éva- luer l’état nutritionnel des patients atteints de BPCO en considérant successivement la perte de poids involontaire, l’indice de masse corporelle (IMC) et l’indice de masse non grasse (MNG) , considéré comme bas s’il est inférieur à 15 chez les femmes et à 17 chez les hommes.
Bleu : intolérance à l’effort et risque accru de décès ; violet : intolérance à l’effort et risque cardiovasculaire accru ; orange : risque accru de décès ; rouge : risque cardiovasculaire accru ; vert : faible risque.
l’effort et les possibilités d’interventions nutritionnelles sont à intégrer dans le cadre de la réhabilitation respiratoire. L’intervention nutritionnelle a fait ses preuves en termes de composition corporelle, de tolé- rance à l’effort, voire de survie lorsqu’elle est intégrée dans un programme de réhabilitation respiratoire permettant une reprise d’au moins 2 kg.
COPD, Nutrition, Muscle wasting,
Respiratory rehabilitation
Summary
Dietary habits and body composi- tion therefore can act as risk or protective factors for COPD. In case of malnutrition, marked by a BMI
<21, the mechanisms combine to varying degrees, anorexia and/ or increased energy expenditure themselves secondary to mecha- nical disadvantage, infl ammation, stress oxidant and hypoxemia.
The effects of undernutrition on functioning and the possibilities of intervention are to be integrated as part of pulmonary rehabilitation.
Nutritional intervention is proven in terms of body composition, exer- cise tolerance and even survival when integrated in a respiratory rehabilitation program when at least 2 kg are gained. Alongside malnourished patients, more and more patients with COPD are overweight associated with insulin resistance and metabolic conse- quences and where recommend- ations are not yet established.
la MNG (kg) rapportée à la taille (m) 2 . On considère qu’il existe une déplétion de la MNG lorsque l’IMNG est inférieur à 25 % percentile ou à 17 chez l’homme, 15 chez la femme. Il a été montré que 10 à 20 % des sujets atteints de BPCO pouvaient être dénutris avec un poids considéré comme normal. À niveau de défi cit ventilatoire obstructif identique, les situa- tions de MNG diminuée , indépendamment du poids, sont associées à un risque accru de décès (9) . Au total, on évalue la composition corporelle de façon dynamique en intégrant successivement 3 para- mètres (4) : l’existence d’une perte de poids, l’IMC et la normalité ou non de la MNG (fi gure) . La prévalence de la dénutrition varie de 20 à 35 % chez les patients vus en consultation et jusqu’à 70 % chez les patients en insuffi sance respiratoire aiguë ou en attente de transplantation pulmonaire.
La perte de poids survient dès lors qu’il y a désé- quilibre entre la dépense énergétique et les apports énergétiques. Il a été suggéré que certains patients avaient un hypermétabolisme, lié au coût de la respi- ration. Les déterminants possibles sont le rendement métabolique altéré par la transition de certaines fi bres musculaires squelettiques du type I vers II, associée à une infl ammation de bas grade systé- mique (10) . Chez les patients souffrant de BPCO, la dépense énergétique de repos est parfois augmentée de 15 à 20 % des valeurs prédites sans qu’il y ait une relation évidente avec le degré de désavantage méca- nique respiratoire. La dépense énergétique totale quotidienne peut également être augmentée en raison d’une augmentation du coût énergétique lié à l’activité physique.
Les sujets atteints d’une BPCO très sévère sont inac- tifs, beaucoup plus que des sujets en bonne santé du même âge, même s’il s’agit de sujets âgés. Néan- moins, cela n’explique pas la prévalence de 25 % de cachexie au cours de la BPCO. Différentes études ont montré que, chez ces patients, il y avait une activation de la protéolyse.
Il a été suggéré que l’hypoxémie était un facteur de cachexie. L’hypoxie peut majorer la production des substances réactives de l’oxygène et du TNFα, qui à son tour génère une infl ammation conduisant à la cachexie. Enfi n, l’hypoxie peut stimuler le système nerveux sympathique, pouvant produire à son tour une infl ammation systémique.
Il existe des indices montrant que l’insuffi sance de l’une ou plus des 3 hormones sexuelles concourent à la cachexie. Néanmoins, de faibles niveaux d’hor- mones circulantes ne sont pas la preuve ultime d’une relation de cause à effet dans la cachexie des BPCO.
Inversement, la substitution d’hormones andro- géniques pourrait avoir un intérêt chez certains patients défi citaires atteints de BPCO.
Impact de la dénutrition au cours de la BPCO
L’impact de la dénutrition concerne la compo- sition corporelle, le parenchyme pulmonaire, la mécanique respiratoire, les activités physiques et la morbimortalité.
Chez les patients souffrant de BPCO, la mesure de la MNG est utile car celle-ci est corrélée à la tolé- rance à l’effort et à la force des muscles respiratoires.
L’IMNG donne des informations utiles sur la compo- sition corporelle indépendamment de la taille (8) . J. Vestbo et al. ont aussi montré que l’IMNG per- mettait de prédire la mortalité, notamment chez les patients atteints de BPCO avec un IMC “normal”.
MISE AU POINT
BPCO et nutrition
Tableau. Études nutritionnelles combinant des stimuli anabolisants et une réhabilitation pulmonaire chez des patients atteints de BPCO (3, 4).
Auteur, année Caractéristiques des patients, contexte
Schéma expérimental n, groupe
supplémenté/groupe contrôle, intervention
Critères de jugement Résultats
Schols, 1995 Patients atteints de BPCO modérée à sévère, dénutris et non dénutris, en centre
Étude prospective, randomisée, double insu, 3 bras, contrôlée, 8 semaines avec réhabilitation pulmonaire pour tous, en centre
217, 2 analyses : dénutris et non dénutris, nutrition versus nutrition + placebo versus nutrition + nandrolone undécanoate
Poids, composition corporelle, force des muscles respiratoires h poids, MNG, force des muscles respiratoires chez les dénutris, avec intervention nutritionnelle à l’effet plus marqué sur la MNG et la force des muscles respiratoires en cas d’ajout des androgènes
Burdet, 1997 VEMS 39 ± 13 % th, 77 ± 7 % du poids idéal théorique, ambulatoire
3 semaines, étude prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation
16, 8/8, injection sous-cutanée de 0,15 IU/kg rhGH
Statut nutritionnel, métabolisme de repos, force musculaire, tolérance à l’effort, dyspnée à 3 semaines et 2 mois h masse maigre chez les patients dénutris mais déclin du PM6
Ferreira, 1998 IMC < 20, PImax < 60 % th, ambulatoire
27 semaines, étude prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation
17, 7/10, 250 mg de testostérone IM à J1 et 12 mg de stanozolol oral/j
IMC, MNG, mesures anthropométriques, force des muscles respiratoires et capacité fonctionnelle à l’effort
h IMC, masse maigre et des mesures anthropométriques des bras et circonférences des cuisses
Creutzberg, 2003 Patients dénutris,
ambulatoire 8 semaines, étude prospective, avec groupe contrôle historique, avec réhabilitation
69/28, complémentation
orale 570 kcal/j Poids, composition corporelle, fonction pulmonaire, force de préhension manuelle, forces des muscles respiratoires, test d’effort maximal, qualité de vie
h poids, MNG, force de préhension manuelle, force des muscles respiratoires
Creutzberg, 2003 VEMS < 70 % th,
en centre 8 semaines, étude prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation
63, 33/30, 50 mg de nandrolone undécanoate IM
Composition corporelle, fonction musculaire, capacité d’exercice, statut de santé, paramètres érythropoïèse h muscle fonction musculaire et capacité d’exercice ; les androgènes contrecarrent les effets des corticoïdes systémiques
Steiner, 2003 Patients dénutris et non dénutris, ambulatoire
7 semaines, étude prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation
85, 42/43,
complémentation orale, 570 kcal/j
Poids, composition corporelle, qualité de vie, force du quadriceps, force de préhension manuelle, test de la navette
h test de la navette et qualité de vie Casaburi, 2004 VEMS < 60 % th,
ambulatoire 8 semaines, étude prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation dans 2 des 4 groupes
47, 100 mg/semaine d’énanthate de testostérone dans de l’huile de sésame
Poids, composition corporelle, force muscle respiratoire h masse maigre
Broekhuizen,
2005 8 semaines, étude
prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation
102, 51/51, AGPI 9 g/j, complémentation orale 570 kcal/j en cas de perte de poids ou de dénutrition
Composition corporelle, test d’effort incrémental sur cycloergomètre, test d’effort sous-maximal sur cycloergomètre, force isocinétique du quadriceps et marqueurs de l’inflammation
h puissance du pic d’effort, temps d’endurance sous-maximal, pas de modification des paramètres de l’inflammation
Fuld, 2005 Patients atteints de BPCO modérée à sévère, ambulatoire
12 semaines, étude prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation
38, 20/18,
supplémentation créatine MNG, force des muscles périphériques, endurance à l’exercice et statut de santé
h tous paramètres à l’exception de la capacité d’exercice Faager, 2006 Patients atteints
de BPCO avec VEMS < 70 % th, ambulatoire
Étude prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation
23, 13/10,
supplémentation créatine Capacité d’exercice, fonction respiratoire Aucune amélioration significative
Borghi-Silva, 2006 Patients atteints de BPCO modérée à sévère, ambulatoire
6 semaines, étude prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation
16, 6/6, L-carnithine 2 g/j
par voie orale Statut nutritionnel, exercice tolérance à l’effort sur tapis, PM6, lactate sang, fréquence cardiaque, pression artérielle et force des muscles respiratoires
Lactate sang, pression artérielle, saturation oxygène et fréquence cardiaque plus bas à niveau d’effort identique.
Force musculaire inspiratoire et test de marche améliorés Baldi, 2010 Patients atteints
de BPCO, perte de poids > 5 % sur les 6 derniers mois
12 semaines, étude prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation
28, 14/14, 4 g × 2/j d’acides aminés essentiels branchés
Poids, MNG
h poids, MNG et corrélation entre MNG et changements CRP, PaO2 et insulinémie à jeun dans les 2 groupes
Auteur, année Caractéristiques des patients, contexte
Schéma expérimental n, groupe
supplémenté/groupe contrôle, intervention
Critères de jugement Résultats
Laviolette, 2010 Patients atteints
de BPCO 16 semaines, étude
prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation les 8 dernières semaines
22, 11/11, petit-lait
quotidien TEC, force du quadriceps potentialisée, section de la cuisse, CRQ, CRP ; IL-6, balance oxydants/antioxydants
Amélioration spécifique à la semaine 16 du TEC, CRQ ; pas de modification de l’inflammation systémique et du niveau de stress oxydatif
Sugawara, 2010 Patients atteints de BPCO modérée à sévère, dénutris, ambulatoire, à domicile
3 mois, étude prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation à faible intensité
32, 16/16,
complémentation orale 400 kcal l/j, 60 % de glucides, 25 % de lipides et 15 % de protéines, AGPI oméga-3 0,6 g, vitamine A 248 mg
Poids et composition corporelle, apports énergétiques, PImax, PEmax, PM6, force du quadriceps, DER, CRP, TNFα, IL-6, IL-8
Amélioration de tous les paramètres
Van Wetering,
2010 VEMS 60 ± 16 % th,
Pmax < 70 % th, patients dénutris et non dénutris, ambulatoire, à domicile
4 mois + 20 mois ; étude prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation, multidisciplinaire
199, 100/99, 39 sujets dénutris étaient randomisés pour une complémentation orale de 570 kcal/j
QRSG, dyspnée, score MRC, temps d’endurance à puissance d’exercice constante, PM6, force des muscles respiratoires, perception de l’efficacité des interventions par les patients et les dispensateurs de soins
Amélioration de tous les paramètres aux mois 4 et 24 Pison, 2011 Patients insuffisants
respiratoires à domicile sous oxygène au long cours et/ou ventilation non invasive, à domicile
3 mois, étude randomisée, contrôlée avec un suivi à 1 an
122, 60/62, éducation thérapeutique + réhabilitation + androgènes oraux + compléments nutritionnels oraux 570 kcal/j versus éducation thérapeutique seule
PM6, CRQ, composition corporelle, capacité d’effort, fréquence des exacerbations, survie
Amélioration de tous les paramètres, dont qualité de vie chez les femmes, survie en per protocole, excepté PM6
Sugawara, 2012 Patients atteints de BPCO modérée à sévère, âgés, poids < 110 % poids idéal th, interventions à domicile
3 mois, étude prospective randomisée, double insu, contrôlée avec réhabilitation à faible intensité
34, 17/14, 400 kcal/j, protéines 20 % ; lipides 25 % ; glucides 53,2 % ; fibres alimentaires 1,8 % ; peptides du petit-lait avec effets anti-inflammatoires et antioxydants, n-3 AGPI n-3 (n-6:n-3, 2:1), enrichi en vitamines A, C et E
Poids, composition corporelle, apport énergétique, Alb, CRQ, PImax, PEmax, PM6, force du quadriceps, DER, CRP, TNFα, IL-6, IL-8
Amélioration de tous les paramètres
AGPI : acides gras polyinsaturés ; CRP : protéine C réactive ; CRQ : questionnaire respiratoire chronique ; DER : dépense énergétique de repos ; IM : intramusculaire ; IMC : indice de masse corporelle ; MNG : masse non grasse ; MRC : Medical Research Council ; PEmax : pression expiratoire maximale ; PImax : pression inspiratoire maximale ; PM6 : périmètre de marche 6 minutes ; QRSG : questionnaire respiratoire de Saint Georges ; rhGH : hormone de croissance recombinante humaine ; TEC : temps d’endurance sous-maximal sur cycloergomètre ; th : valeur théorique.
Ces informations suggèrent que la composition cor- porelle devrait être mesurée en routine dans le suivi des patients souffrant de BPCO (11).
Le jeûne prolongé provoque une aggravation des lésions induites par les élastases.
Un IMC bas est lié à un faible niveau d’activité phy- sique évalué par un questionnaire spécifique. Le niveau d’inflammation systémique, reflété par la protéine C réactive est associé à une diminution des capacités à l’exercice.
La survenue d’exacerbations et les décès sont plus fréquents chez les patients dénutris atteints de BPCO (5). Lors de leurs hospitalisations, ces patients ont un risque élevé de perdre du poids compte tenu d’une demande métabolique accrue liée à une aggra- vation du désavantage mécanique et/ou à l’infection.
Le risque de nouvelles exacerbations est plus élevé chez les plus dénutris.
Comment intervenir (3, 4) ?
Il a été montré, chez les patients stables souffrant d’une BPCO légère, qu’un apport énergétique total quotidien correspondant à 1,3 fois la dépense éner- gétique de repos (DER) était préférable à 1,7 fois la DER. La prise de compléments nutritionnels oraux (CNO), riches en protéines, hyperglucidiques et enri- chis en antioxydants permettant de couvrir 1,3 fois la DER, était suivie d’une amélioration significative du poids, de la force de serrement de la main, et de la qualité de vie. Un apport de 20 % de protéines semblait optimal chez ces patients stables dénutris atteints de BPCO.
Les méthodes utilisées pour intervenir chez les patients souffrant de BPCO comportent des orexi- gènes, des suppléments nutritionnels oraux, de l’exercice, des agents anaboliques et l’approche
MISE AU POINT
BPCO et nutrition
intégrée multimodale telle qu’elle devrait être appli- quée dans la réhabilitation respiratoire ainsi que des nouveaux outils ou traitements.
L’anorexie est un des nombreux facteurs qui conduit à la cachexie dans la BPCO. L’utilisation de stimulants de l’appétit dans la cachexie des patients atteints de BPCO connaît un regain d’intérêt. La progestérone, sous forme d’acétate de mégestérol, peut être uti- lisée pour traiter l’anorexie et la cachexie. Cet agent peut stimuler l’appétit et avoir des effets antago- nistes vis-à-vis des cytokines pro-inflammatoires.
Chez des patients dénutris souffrant de BPCO, de 8 semaines de traitement il résultait une différence placebo-acétate de mégestérol de 2,5 kg, essentiel- lement au profit de la masse grasse (3).
L’utilisation des hormones androgéniques a été rap- portée, avec des succès, notamment lorsqu’elle est combinée à l’exercice, mais le problème de l’utili- sation de doses extraphysiologiques demeure. À ce jour, il n’existe aucune recommandation de subs- titution des agents anabolisants aux androgènes dans la dénutrition de la BPCO (12).
L’objectif de la complémentation est bien sûr d’aug- menter globalement les apports nutritionnels. Ces apports peuvent se faire en enrichissant la nour- riture, avec des CNO à prescrire à distance des repas (10 h, 16 h, 22 h), dont l’apport énergétique supplémentaire est de l’ordre de 500 kcal/j (12), au moyen d’une nutrition entérale ou parentérale. La revue Cochrane de 2012 a démontré, en colligeant 17 études dont 8 étaient combinées à de l’exercice, qu’une complémentation orale de plus de 15 jours permettait d’augmenter le poids des patients de 1,6 kg en moyenne, la MNG de 0,5 kg et le périmètre de marche de 40 mètres (tableau, p. 200) [3].
Le réentraînement physique peut avoir aussi des effets positifs sur les processus anaboliques et augmenter la MNG (12, 13). D’autres études ont montré que le réen- traînement pouvait provoquer un déficit énergétique, mais cela peut être compensé par une supplémen- tation riche en hydrates de carbone. Le stockage de glycogène est faible dans le muscle du patient atteint de BPCO. Les hydrates de carbone représentent donc une excellente source d’énergie, caractérisée par un rendement optimal d’adénosine triphosphate (ATP) produit par mole d’oxygène consommée. Enfin, bien que l’exercice génère des effets positifs, il ne change pas le statut inflammatoire.
Une approche globale, telle qu’elle est idéale- ment réalisée au cours de la réhabilitation respi- ratoire (13), combinant l’arrêt du tabac, le contrôle d’une infection respiratoire, un apport nutritionnel
adéquat, avec une réduction du désavantage méca- nique par les bronchodilatateurs à longue durée d’action, la réduction de volume pulmonaire, les techniques de respiration associées au réentraî- nement à l’effort, des agents anabolisants ou sti- mulants de l’appétit, voire l’aide d’une ventilation non invasive est de nature à améliorer de façon cliniquement significative l’état de ces patients en termes de composition corporelle et de tolérance à l’effort (13).
Des études ont rapporté les effets bénéfiques des acides gras polyinsaturés (AGPI) n-3 sur la produc- tion de cytokines, les marqueurs de l’immunité, la tolérance à l’effort et la MNG des patients souffrant de BPCO. Ainsi, l’augmentation des apports en AGPI n-3 pourrait être très utile chez les patients atteints de BPCO (14).
Après l’instauration de la ventilation non invasive, une prise de poids significative est notée chez les patients dénutris en réduisant le travail respiratoire.
Enfin, des preuves s’accumulent pour penser que la non-réponse musculaire à l’exercice chez ces patients atteints de BPCO et dénutris est sous le contrôle de facteurs épigénétiques, ce qui ouvre la voie à la modu- lation pharmacologique des histones déacétylases (15).
Conclusion
La dénutrition a été largement rapportée chez les patients souffrant de BPCO. Les habitudes alimentaires peuvent également jouer un rôle dans le développe- ment et la progression de la maladie. Un IMC bas et une MNG basse sont des facteurs indépendants de mauvais pronostic pour la survie de ces patients. Tandis que l’on propose un traitement pharmacologique optimal, il faut considérer une approche multimodale combi- nant une intervention nutritionnelle intégrée dans un programme de réhabilitation. Ainsi, la combinaison de l’arrêt du tabac, le traitement d’une éventuelle infection bronchique, la réduction du désavantage mécanique avec des bronchodilatateurs de longue durée d’action, la réduction de volume pulmonaire, voire une ventilation non invasive associée à des CNO permettent, chez ces patients dénutris, de changer véritablement leur histoire naturelle faite d’exacerbations itératives et d’un décès prématuré par infection pulmonaire. ■
C. Pison déclare avoir reçu des fonds de recherche de Nutricia France.
C. Moinard déclare être actionnaire de Citrage.
G. Rival déclare n’avoir ne pas avoir de liens d’intérêts.
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