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Influence d’une supplémentation de la ration en lipides
sur la qualité du lait chez la vache
M. Doreau, Y. Chilliard
To cite this version:
M.
DOREAU,
Y. CHILLIARDINRA Laboratoire Sous-Nutrition des Ruminants
Theix - 63122
Saint-Genès-Champanelle
Influence
d’une
supplémentation
de
la ration
en
lipides
sur
la
qualité
du
lait
chez la vache
L’incorporation
des
lipides permet
d’augmenter,
à
moindre
coût,
la
concentration
énergétique
des
rations
pour
vaches laitières.
La
production
laitière
est
engénéral
augmentée
mais le
taux
protéique
diminué
et
la
composition
des matières
grasses
du lait
modifiée,
de
façon
variable suivant
la
nature
du
supplément lipidique
et
le stade de lactation des
animaux.
La
supplémentation
enlipides
est souventpratiquée
dans les rations pour vaches lai-tières. Plusieurs raisonsexpliquent
cette ten-dance récente. Le coût des matières grasses adiminué et leur
permet
de concurrencerd’autres sources
d’énergie.
Deplus,
leuremploi
entraînel’augmentation
de laconcen-tration
énergétique
des rations. En début delactation,
il serait ainsipossible
de limiter le déficiténergétique
des vaches fortesproduc-trices (Doreau et al
1987).
Deplus,
on connaît désormais les moyens de limiter lesperturba-tions
qu’engendrent
les matières grasses surla
digestion
des constituantspariétaux
des rations :apporter
unsupplément
de calciumdans la
ration,
distribuer des sources dematières grasses perturbant peu la
digestion,
comme les savons de calcium
(Doreau
et al1989).
Chez le ruminant
laitier, l’incorporation
delipides
dans la ration se traduit par uneaction variable sur le taux
butyreux,
par unemodification de la
composition
en acides grasdu lait dans la
plupart
des cas, et par uneaction
généralement
négative
sur le tauxpro-téique.
L’influence sur les matières grasses dulait a été
largement
étudiée et a faitl’objet
denombreuses revues
bibliographiques
desyn-thèse. L’effet
négatif
sur le tauxprotéique
aété
amplement
démontré,
mais peuanalysé.
Parailleurs,
très peu de donnéesexpérimen-tales sont
disponibles
sur l’action deslipides
alimentaires sur les fractions
protéiques
dulait et sa valeur
technologique.
1
/ Lipides
de la ration
et
matières azotées du lait
1.
1
Taux
protéique
Le
plus
souvent,
lasupplémentation
d’une ration enlipides
entraîne une réduction de la teneur en matières azotées du lait.Morand-Fehr et al
(1986),
récapitulant
42expérimen-tations,
ont trouvé un effetnégatif
dans30 cas, nul dans 5 cas et
positif
dans 7 cas.Le taux
protéique
diminue mêmelorsqu’une
faiblequantité
delipides
estajou-tée
(Bines
et al1978,
Chilliard et al1992).
Jusqu’à présent,
la chute de tauxprotéique
lors d’unesupplémentation
lipidique
n’a puRésumé
__________________________L’enrichissement en matières grasses des rations est couramment
pratiqué pour
les vaches laitières fortesproductrices.
L’une desconséquences
lesplus fréquentes
est la diminution de la teneur enprotéines,
etplus particulièrement
en caséines du lait. Les causes en sont encore mal connues. Unepartie
de cet effet est liée à la dilution desprotéines
dans un volume accru delait,
car la sécrétion totale deprotéines
n’est que peu affectée. La diminution du tauxprotéique
estbeaucoup plus
modérée audébut de la
lactation,
où l’effetpositif
sur laproduction
laitière est moins net,qu’après
lepic
deproduction.
L’incorporation
de matières grasses dans les rations a un effet très variable sur letaux
butyreux, qui dépend
du bilan entrel’augmentation
des acides graslongs
d’ori-gine
alimentaire et la réduction de lasynthèse
mammaire des acides gras à chaîne courte ou moyenne. La teneur en acides graspolyinsaturés
dans le lait n’est presquejamais
fortementmodifiée,
en raison del’hydrogénation
deslipides
alimentaires dans le rumen. Seule latechnique d’encapsulation
deslipides
dans une coque depro-téines tannées
protège
leslipides
alimentaires del’hydrogénation
ruminale.Certains
types
desuppléments lipidiques
entraînent une détérioration de la valeurL’addition de
lipides
à la ration conduit à un accroissement de laproduction
laitière,
essentiellementaprès
lepic
de lactation.être reliée ni au taux
protéique
durégime
témoin,
ni à la nature de la ration de base. L’effet de la nature deslipides
semble enrevanche variable.
D’après l’analyse
deSechier et Vérité (non
publié)
portant
sur54
expérimentations,
lesplus
fortes diminu-tions de tauxprotéique
seraient observéesavec l’huile de
soja,
lesplus
faibles avecl’huile de coton et la
graine
detournesol,
etdes diminutions
d’amplitude
intermédiaire seraient relevées avec lesuif,
lagraine
decoton et la
graine
desoja.
Plusgénéralement,
les huiles entraîneraient uneplus
faible chutedu taux
protéique que
lesgraines
correspon-dantes,
à même niveau delipides
ajoutés
(Sauvant
et al nonpublié,
résultats de 11 1comparaisons
directes).
Avec différentstypes
delipides &dquo;protégés&dquo;,
le tauxprotéique
dimi-nue en moyenne de
1,3
g/kg pour
un tauxd’incorporation moyen
de 740g/j
(Chilliard
etal
1992,
analyse
de 65 essais).A l’examen du tableau 1 et de la
figure
1,
ilapparaît que
l’effetnégatif
sur le tauxpro-téique
estplus
limité dans lespremières
semaines de la lactation(avant
lepic
delacta-tion,
ouphase
descendante du tauxprotéique)
que dans les semaines suivantes
(après
lepic
de
lactation,
ouphase
ascendante du tauxprotéique).
Ceci est confirmé par des données deCasper
et al (1990) et Hoffman et al (1991)alors que Finn et al (1985) ne l’avaient pas
observé.
La
quantité
deprotéines
sécrétées estbeaucoup
moins affectée que le tauxprotéique
par la
supplémentation lipidique.
Ainsi,
Chilliard et al(1992),
dans unesynthèse
d’essais sur des vaches
produisant
enmoyenne 25
kg/j
(de
10 à 45kg/j
selon lesessais) montrent
qu’avec
des huilesvégétales
protégées
(16essais),
qui
nepermettaient
paspro-duction de
protéines
de 8g/j.
Avec des matières grassessaturées,
encapsulées
ousaponifiées
(49essais),
permettant
d’accroître laproduction
laitière de0,95
kg/j,
le tauxpro-téique
diminuait de1,5
g/kg,
mais laproduc-tion de
protéines
de 10g/j
seulement. Cet effetde &dquo;dilution&dquo; des
protéines
dans lelait, qui
avait étésignalé
par Hermansen et Pedersen(1987)
àpartir d’expérimentations
danoises,
se vérifie sur des moyennes
d’essais,
mais unevariabilité d’une
expérimentation
à l’autresubsiste. Il
pourrait par
ailleursexpliquer
enpartie
le fait que le tauxprotéique est peu
affecté avant lepic
de lactation : l’effet deslipides
sur laproduction
laitière est alorsgénéralement beaucoup
moins netqu’après
lepic (figure
1).
Dans la mesure où l’effet de dilution
n’explique pas
la totalité des effets de lasup-plémentation lipidique,
il est nécessaire de rechercher les causes de cette chute du tauxprotéique.
Deuxhypothèses
mettant enjeu
des mécanismes hormonaux ont été émises :
- Une résistance du tissu mammaire à
l’insuline a été
suggérée par
Palmquist
et Moser(1981) :
pour des vachesayant
subi uneinjection
deglucose,
la vitesse de diminution de laglycémie
estplus
faible et l’insulinémieplus
élevée avec desrégimes
riches enmatières grasses. Cette constatation est toute-fois délicate à relier directement au taux
pro-téique
du lait.- A
partir
de mesures de différencesartério-veineuses,
Casper
etSchingoethe
(1989)
etCasper
et al(1990)
ontobservé,
contrairement àDepeters
et al(1989),
que l’addition de matières grasses à la ration entraîne unediminution du
prélèvement
mammaire des différents acides aminés. Cela les a conduits àenvisager que
l’addition de matières grasses réduirait la sécrétion desomatotropine
des vaches.Ces
hypothèses
n’ont pas reçu de confirma-tionjusqu’à
présent.
L’effet de l’addition delipides
sur les concentrationssanguines
d’insuline ou de
somatotropine
est très variable. Parailleurs,
la chute du tauxpro-téique
n’a pas été évitée dans un essai deLough
et al(1988)
danslequel
les vachesrece-vaient de la
somatotropine
simultanémentaux matières grasses. Enfin, des données récentes
indiquent qu’une
infusion duodénaled’huile ne modifie pas les concentrations de
ces hormones en début de
lactation,
maisaccroît la
somatotropinémie
et réduit l’insuli-némie en milieu delactation,
sans modifier laréponse
de laglycémie
à uneinjection
d’insu-line,
tout en diminuant fortement le tauxpro-téique (Gagliostro
et Chilliard 1991 etGagliostro
et al1991).
Une autre
hypothèse
a étéplusieurs
foisémise :
l’apport
d’acides aminés à la mamelleserait réduit par la
supplémentation lipidique
en raison de la diminution de la
synthèse
deprotéines
microbiennes dans le rumen. Cecin’explique qu’une
partie
des cas observés. Eneffet,
les chutes de tauxprotéique
lorsd’apport
delipides
seproduisent
mêmelorsque
les vaches sont en bilan azotélarge-ment
positif.
Parailleurs,
lesexpériences
dedigestion
montrent que l’addition delipides
nemodifie
généralement
pas le flux d’azotesor-tant du rumen
(Tamminga
et Doreau1991).
On
peut
toutefois penser que lasynthèse
deprotéines
microbiennes est limitéelorsque
leslipides
sontapportées
en substitution auxglu-cides : il
pourrait
dans ce cas y avoir unelimi-tation de
l’énergie
fermentescible nécessaire à lasynthèse
deprotéines.
On a tenté d’éviter les chutes de taux
pro-téique
enajoutant
à la ration des additifs per-mettantparfois
d’accroître le tauxprotéique.
L’effet négatif sur
letaux
protéique
estparticulièrement
netL’ef!’et
sur le tauxbutyreux dépend
de la teneur en
acides gras totaux
de la ration et du
type
desupplément
lipidique.
Avec des acides aminés
protégés
(Canale
et al1990,
Chow et al1990)
ou infusés au niveau duodénal(Chilliard
et Doreau1991),
il y a eu un effetpositif
des acides aminés sur le tauxprotéique
mais pas d’interaction ou même uneinteraction
négative
entre ceux-ci et leslipides.
Au mieux l’effetpositif
des acides ami-nés était aussi élevé avec lesupplément
lipi-dique qu’avec
la ration nonsupplémentée.
Iln’y
a pas eu d’interactionpositive
entre la nia-cine et leslipides
dans un essai de Horner etal
(1986),
alors que la niacine apermis
uneaugmentation
du tauxprotéique
plus
impor-tante avec un
régime
riche en matières grassesqu’avec
unrégime
témoin dans unessai de Driver et al
(1990).
Ces différentes données nécessitent donc confirmation.Peu de variations de taux
protéique
ont été mises en évidence lors d’unesupplémentation
lipidique
chez la chèvre ou la brebis(Sauvant
et al
1983,
Caja
et Guillou1990).
1.
2
/
Fractions azotées
Il est couramment affirmé que la diminu-tion de la teneur en
protéines
du lait lorsd’une
supplémentation lipidique
est due à unediminution de la
synthèse
des caséines. Cette assertionprovient
des deuxpremières
expéri-mentations sur les fractions azotées du laitdans le cas de rations enrichies en
lipides
(Storry
et al1974,
Dunkley
et al1977).
Denouveaux travaux ont été réalisés
depuis
5 ans, essentiellement auxEtats-Unis,
et ont étérécapitulés
sur le tableau 2. Ilapparaît
eneffet que les diminutions du taux
protéique
sontexplicables par
des diminutions du taux de caséines.Mais,
comme dans certains de cesessais la
production
laitièreaugmentait
avecl’incorporation
delipides,
laproduction
deprotéines
varie entre + 73 et - 141g/j
selon les essais. Laproduction
de caséinesexplique
l’essentiel de cesvariations,
mêmelorsque
l’apport
delipides
entraîne un accroissementde la
production
deprotéines.
La moyenne des essaisrécapitulés
sur le tableau 2 fait état debaisses de
production
deprotéines
et de caséines de 25 et 27g/j respectivement.
Cette tendance s’observequelle que
soit la nature de la ration et dusupplément lipidique,
ou le tauxd’incorporation
de ce dernier.Ainsi,
elleest maintenue même
lorsque
le tauxprotéique
du lot témoin a été accru par une infusionduodénale de
lysine
et méthionine(Chilliard
et Doreau1991).
Il faut toutefois remarquerqu’il
existe une tendance à la diminution durapport
caséines/protéines
(- 0,8
% sur lamoyenne des essais du tableau
2).
La teneur en
protéines
solubles du lait nevarie pas en moyenne avec la
supplémenta-tion
lipidique
(tableau 2)
les différences étantcomprises
entre -0,7
g/kg
(Chow
et al1990)
et+
0,8
g/kg
(Horner
et al1986,
Mohamed et al1988)
selon les essais. Lesquantités
de pro-téines solubles sécrétées sont d’ailleursindé-pendantes
del’apport
delipides :
celui-ci entraîne une variationjournalière,
positive
ounégative,
de 20 g au maximum.La teneur en matières azotées non
pro-téiques
du lait(N
nonprotéique
x6,38)
nevarie pas en moyenne avec la
supplémenta-tion
lipidique
(entre - 0,2
et +0,2
g/kg
selonles
essais).
Ceci estlogique,
dans la mesure où cette fraction est engrande
partie
constituéed’urée,
dont la concentration est voisine dans le lait et dans le sang. Cette dernière varie peu avec lasupplémentation lipidique
bienque la concentration d’ammoniac dans le
rumen
(qui
est l’une des deux sources del’urée
sanguine)
soitparfois
réduite lors d’unapport
important
de matières grasses alimen-taires(Doreau
et al1991).
Il faut toutefoisremarquer que, lorsque la teneur en azote non
protéique
dans le lait ne varie pas, sapart
dans les matières azotées totales s’accroît de manière
passive
du fait de la diminution de la teneur en caséines.2
/
Lipides
de
la ration
et
matières grasses du lait
Les
principales
conséquences
del’incorpo-ration de
lipides
dans les rations sur lesmatières grasses du lait seront
rappelées
dansce texte. De
plus
amples
détailspourront
être trouvés dans les revues deStorry
et al(1980)
et Chilliard et al(1986).
2.i
/
Taux
butyreux
L’introduction de
suppléments lipidiques
dans les rations des vaches laitières entraîne soit unaccroissement,
soit pas devariation,
soit une diminution du taux
butyreux :
cestendances se manifestent
respectivement
dans
52,
2 et 46 % des observationsd’après
une
synthèse
de Morand-Fehr et al(1986)
por-tant sur 66 essais menés essentiellement avecdes matières grasses non
protégées.
L’effet est donc très variable etpeut
dépasser
10g/1
d’accroissement ou de diminution.L’augmentation
du tauxbutyreux
est d’autantplus
forte que les rations sont pauvres en acides gras totaux(moins
de 2%).
Au delà de 6 % d’acides gras totaux (apportéssous forme non
protégée)
dans laration,
letaux
butyreux
tend à diminuer(Jarrige
et Journet1959,
Chilliard et al1986,
Hermansen et Pedersen 1987).Les accroissements de taux
butyreux
sontplus
nombreux avec les matières grasses neperturbant
pas ladigestion (pauvres
en acidesgras
polyinsaturés)
et,
dans le cas deslipides
riches en acides gras
insaturés,
avec lesgraines
oléagineuses qu’avec
les huiles végé-tales. Avec des matières grasses &dquo;protégées&dquo;, l’effet sur le tauxbutyreux
esttoujours
positif
ou nul. Dans une
synthèse
de labibliographie,
Chilliard et al
(1992)
calculent unaccroisse-ment moyen de
5,2
g/1
avec des matièresgrasses encapsulées
(52 essais)
mais de0,4
g/1
seulement avec des savons de calcium d’huileDes effets similaires ont été obtenus chez la
chèvre
(Sauvant
et al1983).
Chez labrebis,
lasupplémentation
lipidique
par des savons decalcium d’huile de
palme
a entraîné unaccroissement du taux
butyreux
atteignant
18g/1
(Caja
et Guillou1990).
2.
2
/
Composition
enacides
gras
du lait
Les variations du taux
butyreux
résultent des variations de sécrétion des différentsacides gras du lait relativement à la variation
de
production
laitière. L’addition delipides
dans la ration se traduit presquetoujours par
une diminution de la sécrétion et de la teneur
en acides gras à chaîne courte et moyenne, et
une
augmentation
de la teneur en acides grasà
longue
chaîne dans le lait. Ceci est dû :-
à la
fréquente augmentation
relative d’acidepropionique
dans lemélange
des acides gras volatilsproduits
dans le rumen,aux
dépens
des acidesacétique
et/ou
buty-rique qui
sont desprécurseurs
des matières grasses du lait(Bauchart
et al1985) ;
- à l’inhibition de la
synthèse
des acides gras courts et surtout moyens dans la mamelle par les acides graslongs
(Chilliard
etal
1981a),
enparticulier
par les acides gras destructure trans
(Banks
et al1984).
Parallèlement,
leslipides
alimentaires sonten
partie
transférés dans lelait,
et accroissent donc la sécrétion d’acides gras longs. Le taux de transfert sembleplus
faible pour les acides gras à chaîne courte et moyenne(Storry
et al1974)
certainement en raison desCertaines
supplémentations
peuvent
favoriser
l’oxydation
ou le rancissement desproduits
laitiers.le
foie,
et pour les acides gras à 20 et 22 C(Pennington
et Davis1975).
Lorsque
leslipides
alimentaires sontproté-gés
del’hydrogénation
dans le rumen parencapsulation par
desprotéines,
ils sont absorbés sous forme insaturée. C’est souscette forme
qu’ils
sont transférés dans le lait. Il est alorspossible
d’obtenir des laits decom-position
trèsparticulière,
atteignant
35 % d’acidelinoléique
et,
dans le cas de lait dechèvre,
25 % d’acidelinolénique,
avec dessup-pléments respectifs
de 8 % environ d’huile de carthame et de 10 % d’huile de lin(Cook
et al1972,
Scott et Cook1975).
Toutefois,
l’effica-cité de la
protection
n’est pas toujoursassu-rée,
malgré l’appellation
de&dquo;lipides protégés&dquo;
(Doreau et al 1989).
Ces
règles générales
ne sont toutefois passystématiquement
vérifiées. Ainsi Schneideret al
(1988)
ont observé avec unsupplément
de savons de calcium d’huile de
palme
unaccroissement de la sécrétion d’acides gras courts et moyens. Inversement, Doreau et al
(1988
et nonpublié)
ontsignalé
avec dessup-pléments
d’huiles ougraines oléagineuses,
l’absence totale
d’augmentation
de transfert d’acides graslongs
dans le lait : les sécrétions d’acides gras à 18 C avaient étérespective-ment de 350 et 313
g/j
avec lesrégimes
témoinet enrichi en huile de
soja.
Ces casparticu-liers n’ont pour l’instant pas
d’explication.
3
/
Aptitude
du lait à la
transformation
et
conséquences
pour
le
consommateur
Les tendances à la diminution des teneurs
en
protéines
etplus particulièrement
encaséines du lait observées lors de
supplémen-tation enlipides
de la ration ont des consé-quences négatives surl’aptitude fromagère
des laits
(Remeuf et
Hurtaud 1991). Parailleurs,
l’accroissement de la teneur en acidesgras
polyinsaturés
dans le lait entraîne unaccroissement de la durée de
barattage
lors de la fabrication desbeurres,
enparticulier
lorsque
latempérature
s’élève(Edmonson
etal
1974).
Lesproblèmes principaux
spécifique-ment liés à la distribution dequantités
impor-tantes delipides
dans la ration concernent laqualité organoleptique
desproduits
(voir
plus
loin).
En
revanche,
lasupplémentation
enlipides
des rations
peut
avoir desconséquences
posi-tives.Ainsi,
une &dquo;tartinabilité&dquo;supérieure
dubeurre sortant du
réfrigérateur
est observéeavec les laits riches en acides gras insaturés. Cette
propriété, appréciée par
leconsomma-teur,
s’ajoute
à l’amélioration de la valeurdié-tétique
desproduits,
liée à la diminution del’apport
degraisses
saturées et àl’accroisse-ment éventuel des acides gras
polyinsaturés.
Il faut toutefois remarquer qu’à l’exception des huilesvégétales encapsulées, qui
permet-tent
parfois d’augmenter
les teneurs en acidesgras
polyinsaturés,
on n’observe laplupart
dutemps
qu’une
augmentation
des isomères monoinsaturés à 18 atomes decarbone,
incluant des acides gras de structure transsusceptibles
de poser certains problèmesdié-tétiques
(Emken
1984).3.i
/ Altérations
de la
qualité
organoleptique
du lait liées à
l’oxydation
L’addition de
lipides
dans la ration asou-vent été considérée comme
préjudiciable
auxqualités
organoleptiques
desproduits laitiers,
lorsque
lacomposition
des matières grasses du lait était modifiée. L’accroissement de lateneur en acide
linoléique
entraîne parailleurs une tendance à
l’oxydation
et des altérations dugoût.
Quelques
études trèscomplètes
ontpermis
de situerl’importance
des différents pro-blèmesorganoleptiques.
Wong
et al(1973),
Edmondson et al
(1974),
Badings
et al(1976)
et
Goering
et al(1976), ayant
obtenu des laits riches en acidelinoléique (jusqu’à
30 % desacides gras
totaux)
etparfois
en acidelinolé-nique,
ont observé :-
une flaveur
plus
douceâtre des beurres et desfromages ;
laqualité
desfromages
(type
Gouda ouCheddar)
a toutefois étéjugée
&dquo;acceptable&dquo; jusqu’à
15 % d’acidelinoléique,
malgré
une consistance molle etfarineuse,
ungoût
parfois
qualifié
de&dquo;huileux&dquo;,
de &dquo;vieux&dquo;ou de
&dquo;renfermé&dquo; ;
-
une tendance à
l’oxydation
du beurre setraduisant par une
dégradation
dugoût
avecla durée de
conservation ;
celle-ci semble pou-voir être évitée par l’additiond’antioxydant
dans lelait,
mais pas dans l’alimentation des vaches.L’oxydation provoque par
ailleurs unedécoloration des
fromages.
Un
goût
de &dquo;vieux&dquo; aégalement
été observéavec des laits riches en acide
oléique,
sansaccroissement du
goût &dquo;oxydé&dquo; (Middaugh
etal 1988). Il ne semble en revanche pas y avoir de
problèmes d’oxydation
de lait avec dessup-pléments
enlipides
nonprotégés
(Lundin
etPalmquist
1983,
Schingoethe
et al1983,
Finnet al
1985), puisque
ceux-ci n’accroissent pas la teneur en acides gras polyinsaturés du lait.Seuls
Perry
et Macleod(1968)
ont observé unelégère
détérioration de la flaveur du lait devaches
ayant
reçu desgraines
desoja,
bienque la
composition
ne soit que faiblementmodifiée.
La consommation par les vaches de matières grasses oxydées n’a
apparemment
pas deconséquences négatives
sur lacomposi-tion et la flaveur du lait
(Cadden
et al1984).
3.
2
/
Lipolyse
du lait
et
rancissement
Parmi les détériorations de laqualité
orga-noleptique
desproduits
laitiersfigure
led’acides gras libres
présents
dans lelait,
peut
être
spontanée,
c’est à dire liée auxcompo-sants du lait sortant de la
mamelle,
ou induitepar des chocs
thermiques
oumécaniques
pos-térieurs à la récolte du lait. Les mécanismes et les cause de variation ont été décrits en
détail par Chilliard et Lamberet
(1984).
Desgoûts
de rance dans le laitapparais-sent
lorsque
les vachesreçoivent
de l’huile decoprah
protégée
(le
lait est alorsplus
riche enacides gras courts et moyens) alors
qu’ils
nesont pas observés avec des huiles de
soja,
decolza ou de carthame
protégées
(enrichissant
le lait en acide
linoléique)
(Astrup
et al1976,
1980a et1980b).
L’effet des
lipides
de la ration sur lalipo-lyse
du lait(c’est-à-dire
sa teneur en acidesgras
libres)
a étéanalysé
dans la revue deChilliard
(1982), qui
confirme les données obtenues sur le rancissement dulait,
à savoirune
augmentation
de lalipolyse lorsque
la ration est enrichie en acidepalmitique,
mais paslorsqu’elle
l’est en acidestéarique
(Astrup
et al
1980b),
et une réduction avec unesupplé-mentation en huiles
protégées (colza,
car-thame ou
tournesol),
enrichissant le lait enacide
linoléique (Astrup
et al1979,
Chilliardet al
1981b,
Urquhart
et al1984).
Enrevanche,
unsupplément
d’huile de colza nonprotégée
accroît lalipolyse
(Chazal
et Chilliard1985).
Les différenteshypothèses
proposées pour
expliquer
ces résultats(modi-fication de la structure des
triglycérides,
de la sécrétion delipoprotéine
lipase
ou altérationdu passage d’activateurs
sanguins
dans lelait)
n’ont pas été confirméesexpérimentale-ment,
sauf chez lachèvre,
chezlaquelle
onobserve une diminution de la
lipase
du lait(Chilliard
et al1981b).
Conclusion
L’intérêt de la
supplémentation
desrégimes
des vaches laitières en matièresgrasses n’est pas le même selon que
l’objectif
est l’accroissement de laproduction
de lait oul’amélioration de sa
qualité.
Il est certain que l’effetnégatif
des matières grasses alimen-taires sur le tauxprotéique
constitue un frein à leuremploi.
Toutefois,
les conditionsopti-males de leur utilisation
(en
fonction du stade de lactationnotamment)
ne sont pas encoreparfaitement
définies. Il estprobable que
l’utilisation des matières grasses dans l’ali-mentation des vaches laitières
dépendra
del’équilibre
entre différents facteursécono-miques :
coût relatif des matières grasses etdes autres sources
énergétiques,
influence dutaux
protéique
du lait sur sonpaiement
à laproduction.
Ce texte a été présenté lors du
colloque
&dquo;Qualité des laits à la production etaptitude fromagère&dquo;
organisé par l’INRA et l’ENSAR à Rennes, en janvier1991.
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Fat
supplementation of dairy
rations and itsconse-quences on milk
quality
indairy
cows.Fat
supplementation
ofdairy
rations is often prac-tised. This decreases milkprotein
content,
espe-cially
the casein fraction. The causes are up till now not well known. Apart
of this effect is related to the dilution of theproteins
in ahigher
milk volume since totalprotein
secretion is notgreatly
altered. The decrease inprotein
content is veryslight
inearly
lactation where thepositive
effecton milk
yield
is less marked than in mid-lactation.Fat
supplementation
has a variable effect onbut-terfat. This effect
depends
on the balance betweenthe increase in
dietary long-chain fatty
aciduptake by
the udder and the decrease in mammarysynthesis
of short-and medium-chainfatty
acids. The content of milk inpolyunsaturated
fatty
acids is in most cases notincreased,
due to ruminalhydrogenation
ofdietary fatty
acids.Encapsulation
oflipids by protected proteins
isthe
only technique
whichprevents
ruminalhydro-genation
ofpolyunsaturated fatty
acids.Some kinds of
lipid supplementation
lead to alowering
of theorganoleptic
value ofdairy
pro-ducts,
especially
through
oxidation andrancidity.
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