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L'oasis de Kharga dans le désert libyque
COLLET, Léon William
COLLET, Léon William. L'oasis de Kharga dans le désert libyque. Annales de géographie, 1926, vol. 35, p. 527-534
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:138250
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L'OASIS DE KHARGA
DANS
LE DESERT LIBYQUE
I(PL. VIII, IX, X.)
Les observations qui suivent ont été faites à l'occasionde l'excursion
du Congrès International de Géographie du Caire à l'oasis de Kharga,
en 1925, dirigée par M'
0.
H. Little, Sous-Directeur du Service géolo- gique d'Égypte, avec une compétence et une amabilité dont tous les participants gardent le souvenir.Les oasis de Kharga et de Dakhla occupent une dépression du désert Libyque par 30° de long. E de Greenwich et 24°25'-25°30' de
lat.
N,à 200 km. de la vallée du Nil. L'accès en est facilité par un chemin
de fer, à voie étroite, construit par la Corpo/'a<MM of I~M~K Egypt, terminé en 1909 et racheté par le Gouvernement égyptien.
La dépression de Kharga que nous avons visitée mesure environ
200 km. de longueursur 65 km. de largeur dans sapartie Nord.Son fond est à l'altitude de 86 m., d'après la carte officielle à 1 50000, tandis
que son bord
Est
se trouveà
une altitude variant généralement de 380m. à 400 m. Cette falaise peut même atteindre exceptionnellement l'altitude de 600 m. C'est donc une dépressionde 300m. deprofondeur, entaillée dans la Hamada ou désert rocheux, à bords abrupts, au Nordet à l'Est, coupés par des wadis. Le désert Libyque possède plusieurs
de ces dépressions qui constituent un problème de géomorphologie des plus intéressants.
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~f",
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~t6.p.l89-M9).–W.J.HAXDtNG KtKc,~mfiy;)/sD!t'!eBeit (Ceo~apAtM! JoMfMt,
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~y~M
o/ tAe Libyan Desert, Londres,Seeley, Service and Co, 192S, 343 p 49 fig., 3 cartes.
Cartes du ~ttfcey o/ Egypt Kharga and Dokhla OaMe md Iheir approac~M,
1 SO000
j
Kharga, Feuille xxfn-n, SW, 1 50 000.LA RÉGION DE KHARGA.
Ayant gagné l'oasis de Kharga par train spéciaJ, nous avons eu la
bonne fortune de nous arrêter aux points intéressants.
De la vallée du Nil, la ligne gagne la Hamada en remontant le lit d'un wadi, sur une distance de 40 km. On est frappé par les formidables cônes de déjection dans lesquels les cours d'eau temporaires, dus à de
fortes, mais rares averses, ont creusé leur lit, formant ainsi de superbes
terrasses. Le wadi est entaillé dans des calcaires de l'Éocène inférieur, crayeux à la base et contenantde grosses concrétionssiliceuses au som-
met. Nous ne tarderons pas à remarquer les formes curieuses que don-
nent ces concrétionssous l'effet de l'érosion éolienne.
Au moment où la ligne
atteint
le rebord de la Hamada, au kilo-mètre 40, on traverse une tranchée faite dans des conglomérats à ciment rouge brique. Les éléments de ce conglomérat sont des silex roulés, cassés par éclatement, et quelques cailloux de quartz. Ils repré- sentent certainement les alluvions grossières d'un ancien cours d'eau.
On n'en trouve pas d'autres traces sur le plateau, qui est uneimmense table due à l'érosion, une pénéplaine, s'étendant sur une largeur de
100 km. environ jusqu'au rebord de la dépression Kharga-Dakhla.
Les effets de l'érosion éolienne s'y font sentir de façon particulièrement remarquable, par des crêtes peu élevées, de 6 à 7 m. au maximum,dont
la direction N-S est donnée par le
vent
dominant. Quand la couche de calcaire éocène qui contient des concrétions siliceuses forme la sur- face de la Hamada, le vent érode plus facilementles parties calcaires.Les silex, de la grosseurd'un melon, forment saillie et quelquefois sont
complètement déchaussés, puis arrondis par le vent. Les Arabes ont
donné à ces formes le nom de batik, qui
veut
dire melon (pl. VIII).Commela surface de la Hamadaest assez régulière, ces curieuses formes
se rencontrent près des kilomètres 65, 72, 114,128, et les plus belles, entre les kilomètres 136 et 140.
A El Tundaba (kilomètre 92), à 20 m. au Nord de la ligne, Beadnell a trouvé une dépression d'une certaine profondeur contenant un sédi- ment argilo-sableuxqu'il pense avoir été déposé dans la dépressionà la suite de fortes pluies. Un échantillon de ce sédiment que
j'ai
pris enplace a été analysé
par
un de mes assistants, Mr Romieux. Sa composi- tion chimique est la suivanteMATIÈRES SOLUBLES DANS L'ACIDE CBLORHYDRIQUE
Carbonatede chaux (et carbonatedestrontium). 41,19 p. 100
Carbonate
demagnésie. 4,02
Chlorure de
sodium. 0,97
Sulfate de
chaux.
46.18p.l00.\MtL):-W.t.H<.f~ :<*)!M.
).mt\Y.h..Y)U.
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Ces chiffres paraissent donner raison à Beadnell, car le carbonate de
chaux et le carbonate de magnésie proviennentcertainementde la cor- rosion des calcaires, tandis que la partieinsoluble dans l'acide représente
en majeure partie du quartz d'origine éolienne.
Si l'on compare ces résultats à ceux que je donne plus loin des ana- lyses des dépôts lacustres de Kharga, on remarque l'absence de sulfate de chaux et la faible teneur en carbonate de magnésiepar rapport à celle du carbonate de chaux.
Beadnell fait remarquer, de plus, qu'un puits a été foré dans ces sédiments,probablement avec l'intention
d'arriver
à de l'eau, quiaurait
pu s'accumuler sur le fond calcaire de la dépression, après de fortes pluies. Des restes de poteries et des tombes indiquent en effet qu'on a habité là dans des temps relativementmodernes. Cette dépression me parait être d'origine karstique.
A
partir
du kilomètre 146, la ligne quitte la Hamada pour s'enga-ger dans le Wadi Refuf, d'une longueur d'environ 20 km., qui permet d'atteindre le fond de la dépression de Kharga-Dakhla. Dans la partie supérieure du wadi nous observons les tufs signalés par BeadneII. Leur patine noire les fait ressemblerà des coulées de lave. Ces tufs ont une extension considérable sur les flancs et le fond du wadi. Ils ont par
places une épaisseur de 6 m. Le fait que des empreintes de feuilles de chêne (Quercus ikx) y ont été trouvées indique un climat plus humide qui a dû précéderles conditionsdésertiquesactuelles.
L'oasis, ou zone fertile de Kharga, ne couvre qu'une faible partie de la dépression. Elle s'étend sur une distance de 150 km., et sa largeur ne dépassepas 15km.; elle comprend une quinzainedevillagesreprésentant environ huit mille habitants. C'est donc, au sens algérien, un groupe d'oasis, limité à l'Ouest par un cordon de dunes à direction N-S.
La raison d'être de l'oasis de Kharga réside dans les conditions géo- logiques de la région. Le plateau libyque est formé par les calcaires de l'Ëocène inférieur, apparaissantà la partie supérieurede l'escarpement qui limite à
l'Est
et au Nord la dépression de Kharga, tandis quele Crétacé supérieur affleure à la base. Le fond de la dépression est constitué par des argiles crétacées (Campanien) imperméables, d'une
épaisseur de 75 m. Elles recouvrent des grès poreux qui forment l'hori-
zon aquifère. Les puits artésiens sont forés facilement au travers des
argiles crétacées. La température de l'eau de la nappesouterraine, que nous avons mesurée à l'un des puits, est de 27° C. La Corporation o/
!yM(67'K Egypt comptait développerles cultures en forant de nombreux puits. Elle
n'avait
certainement pas pensé qu'une nappe d'eau souter- raine dans un pays désertique de cette importance ne peut être utilisée au delà de certaines limites, sans nuire aux nombreux puits existantdéjà. De plus, la situation des terrains de cette compagnie
était
mau-vaise, car ils
n'étaient
pas protégés contre le sable amené par les ventsANS. M 0:00. XXXY* AN~B. 34
du Nord. Au contraire,les cultures du viJJage de Kharga sont à l'abri des
vents dominants du Nord, au pied Sud du Djebel el Téir, croupe de
8 km. de longueur, 2 km. 5 de largeur,atteignantune altitude de319 m., c'est-à-dire dépassant le niveau de la dépression de près de 250 m.
Ce n'est pas la seule butte-témoin que l'on rencontre sur le fond de la dépression de Kharga. Au Nord-Ouest de cette croupe, se trouve une autre, plus étendue, leDjebelTaaref,dont Je sommet en forme de pla- teau
atteint
l'altitude de 423 m. L'extrémité Nord de cette butte n'est qu'à une distancede 12 km. de la paroi Nord de la dépression. Lelongde la paroi Est se présentent deux formes analogues, bien que d'étendue beaucoup moins considérable, le Djebel Umel Ghenneiem (388 m.) etle Djebel Ghennihma (383 m.).
L'ANCtEK'<E LAOUNE DE KHARQA.
Sur le fond de la dépression, à l'Ouestdu kilomètre 180, au Sud de la ligne du chemin de fer, on remarque d'innombrables monticules étroits ne dépassant pas une longueurde 30 m. et une hauteurde 10m.
(pi. X, A). Il s'agit, suivant Beadnell, d'un ancien fond de lac desséché
et érodé depuis par le vent. Les sédimentslacustresoccupent,d'après le distingué géologue, une superficie de 40 à 50 kms. L'orientation de ces monticules est donnée par les vents dominants. Elle est donc N-S, et leur extrémité Nord est abrupte, tandis que la pente est douce vers
le Sud. W. H. Hobbs a remarqué dans ces sédiments lacustres un sys- tème orthogonalde fissures, qui aurait dirigé l'érosion éolienne
et
facilitéla formation des buttes-témoins. Quand on examinede près ces formes
(pl. X, B), on voit qu'elles possèdent unestratification, et danscertaines d'entre elles
j'ai
reconnu des couches de gypse, de 1 à 2 cm. d'épais- seur, avec des cristaux en fer de lance. D'une manière générale, ce sédi- ment est sableux c'est dire que les différentséléments sont faiblement cimentés. Cette formation m'a paru ressembler étrangement à certains!ccss que
j'ai
vus dans des barrancos des Pampas de l'Argentine, cons-tatation
qui ne va pas à l'encontre des belles observationsde Beadnell.Comme lui, je pense que nous nous trouvons en présenced'un sédiment lacustre, mais le caractère aurait été modifié par des sables amenés dans le lac 1.
Il s'agirait d'une grande lagune peu profonde, plutôt que d'un véritable lac.
L'analyse chimique, effectuée par M' Romieux, de quatre échantil-
lons prélevés dans le monticule qui se trouve le plus près de la ligne du chemin de fer, a donné les résultats suivants
1. Ayant eu la bonne fortune de rencontrer dernièrement le savant géologue à la SociéM Royale de Géographie à Londres,j'ai pu me rendre compte qu'il était arrivéà
la même conclusion.
.lssw.r., ur: GÙtt:;II\I'UIL lUX.
T.n.t.p,
A. HuTTt:S-TKi)0[M )'H ['t!)t)TS L.U~STRM KtLU~A.
!t. STmTtFtf\Tt~ t)\\g UXK i;):TTK-T~NO'K f'h'T'' t u:).'$TH~~ A [("~t'
~7/<)r.r/.
MATtÈBBS SOLUBLBS DANS L'ACIDB CHLORHYDRIQUB 1
1
n m
ivP.IOO
1
100 p.lM100 P.100100 p.100100
Sulfate de
chaux.
1,98 2,57 l.SO 1,54Carbonatedechaux.
5,58 6,26 10,40 7,34(avec carbonate de stron- tium).
Carbonatodemagnesie.
3,60 4,11 4,20 4,25Chlorure desodium. 0,195 -0,56
0,06 0,28511,355 13,50 16,25 13,415
La partie insoluble est complètement formée par des grains de quartz, avec rares grains de zircon
et
de tourmaline, transportés parle
vent.En faisant abstractiondes produits éoliens et en ne considérant que
les matières dues à une précipitation chimique, nous trouvons
1
il III
ivSulfatedechaux.
17,44 19,03 9,23 11,48Carbonatedechaux.
49,14 46,37 64,00 54,71 (avec carbonate de stron-tium).
Carbonatedemagnësie.
31,70 30,44 26,40 31,68CMoruredesodium.
1,71 4,15 0,37 2,1299,99 99,99 100 99,99
On notera ici la forte proportion de carbonate de magnésiepar rap- port au carbonate de chaux. Les eaux alimentant la lagune de Kharga devaient avoir traversé des calcaires contenant du carbonate de
magnésie,' plus soluble que le carbonate de chaux.
La présence de ces sédiments lacustres ou lagunaires est importante,
car elle indique un climatdifférent des conditionsactuelles. Nous avons
vu précédemment que des tufs tapissaientles parois et le fond du Wadi llefuf et prouvaient l'existence de sources, après la formation du wadi,
ce qui implique aussi un climat beaucoup plus humide (lors de notre
passage & Kharga il
n'avait
pas plu depuis cinq ans). Les restes deplantes, trouvés par Zittel, dans ces tufs, appartiennent à des espèces
1. Le n* 1 provient de la base du monticule,le n" I! a été pris à 1 m. au-dessus, )o
fil, au milieu, et le n" IV, au sommet.
se rencontrant actuellement dans le Sud de la France et en Corse.
D'après le D~ Ball, qui a étudié l'aire de ces tufs, celle-ci s'étend entre
25" et 26° de lat. N, et le Dr Hume en a rencontré à Ain Nakheila par
24° de lat. N. Le gisement du Wadi Refuf n'est pas le plus important.
Le principal dépôt se trouve par 25°18' de lat. N, où il recouvre la falaise
Est
de la dépression de Kharga, à l'endroit où elle est traverséepar la piste conduisant de l'oasis de Kharga à Esna. A distance, ces tufs apparaissent commeune coulée de lave de 300 m. de hauteur et de 1 km.
de largeur dans la partie supérieure. A la partie inférieure, l'affleure- ment mesure entre 5 et 6 km. Sa longueur, mesurée à
partir
du sommetde la falaise, est de 3 km. 50.
La question qui se pose maintenant est l'âge des tufs et des sédi-
ments lacustres de Kharga.
Beadnell pense que les tufs et les sédiments lacustres sont de même âge, car ces deux formations nécessitent des conditions climatiques semblables après la formation de
la
dépression et des wadis. Je partage absolument sa manière de voir. Ces dépôts sont certainement d'âge pléistocène, mais il serait intéressant de pouvoir serrer le problème de plus prés. Les restes de feuilles trouvésdansles tufsnepermettentaucuneprécision, pas plus que les coquillesde Melania et de Limnea récoltées dans les dépôts de Kharga. Les os rencontrésappartiennentà un bœuf de petite
taille,
légèrement charpenté, et à un autre animal dont on nepeut dire si c'était un cheval de petite taille, un âne ou un zèbre. Bien qu'on
n'ait
pas trouvé de silex intercalésdans les dépôtslacustres,Bead.nell a rencontré des instruments en silex sur la surface dénudée de ces sédiments, en sorte qu'il estime qu'ils provenaient de ces derniers. Ces
instrumentsétant d'âge néolithique,la lagunene peut être de formation plus récente.L'altitude du fond de la dépression de Kharga est de 60m.
aux bâtimentsprincipaux de la Corporation of n~.Me/v: Egypt. Beadnell estime quele niveausupérieurde la laguneatteignait85 m. et,iorsqu'elle diminua d'extension, se maintint un certain temps à la cote 70.
La distribution de nombreux restes de poteries gréco-romaines semble montrer qu'à cette époque la lagune avait beaucoup diminué, sinon complètementdisparu. H est intéressant de noter que l'on ne ren-
contre pas de ruines de monuments dans la région occupée par les sédi- ments. Le temple d'Hibis, commencé par Darius Ier (521.486 av. J.-C.) et terminé par Darius
II,
en 424 av. J.-C., se trouve à une altitude qui indique que le niveau de la lagune ne pouvait à ce moment dépasser70 m. La nécropole copte (pl. IX, C) qui date de l'exil desaintAthanase et de Nestorius,patriarche de Constantinople, se trouve sur une petite colline à 1 km. au Nord du temple d'Hibis. Le nombredes bâtiments dé- montre l'importance de la coloniechrétienned'alors. Les ruines du tem-
ple romain de Nadurah, construitpar l'empereur Antonin, se trouvent sur une colline de grès à environ 2 km. du temple d'Hibis, au Sud.
La vieille partie du village de Kharga est très intéressante. Les rues,
en effet, y sont en tunnels assez longs pour être obscurs et sur lesquels s'ouvrentles portes des maisons. Le village
était
complètement entouré d'un mur qui le protégeait contre les attaques du dehors. Les tunnels débouchaient sur une place centrale. A supposer que l'ennemiait
pupénétrer dans le village, la disposition des rues en tunnels devait, dit-on, l'amenerà s'égarer. Des peintures très simples à la chaux décorent cer- taines maisons. Le
toit
des habitations sert de terrasse, et des barrièresde feuilles de palmiers les délimitent. Les habitants tressent des nattes avec la feuille des palmiers, ainsi que des paniers qui se placentsur les
bâts des chameaux et des ânes.
ORIGINE DE LA DÉPRESSION KHARGA-DAKHLA.
Dansson intéressantouvrageDas
Ge~z
der H'H~~tMiMg,Walther aborde le problèmede la formation des dépressions du désert Libyque.Il les attribue à des failles (Stcerungslinien) qui auraientfacilité l'action
de l'érosion éolienne.W. F. Hume, dans saCeo~ogyo/~gyp<,para!tégale- ment considérer les dépressions du désert Libyque comme dues à des phénomènes de corrosion. Blanckenhorn, par contre,
tient
compte des tufs, comme ceux que nous avons rencontrés dans le Wadi Refuf, qui prouvent une période d'une certaine humidité, ce qui l'amène à attribuer à l'eau un rôle important dans la formation des dépressions.Cet auteur distingue deux phases une première, dans laquelle l'érosion est due aux eaux courantes et aux eaux d'infiltration, pendant despé- riodes de pluies d'hiver ou d'orages, avec formation de dolines une seconde phase, où le climat est devenu plus sec et où nous assistons
à une désintégration désertique des roches affleurant dans les dépres- sions déjà amorcées cette désintégration comprend des actions chimi- ques et une action de corrosion. J'avoue ne pas saisir le rôle attribué à
des sels qui se seraient déposés dans les diaclases. L'érosion ohimique, qui est vraisemblable, a dû se produire
plutôt
dans la première phase.Nous nous trouvons en présence de deux explications très diffé- rentes des dépressions lybiques.Voyons dans quelle mesure les observa- tions que nous avons pu faire confirment l'une ou l'autre.
Walther donne à la dépression de Kharga les dimensions suivantes
longueur,180km.; largeur, 50 km. en moyenne.
Il
semblerait donc quenous nous trouvions en présence d'un creux bien défini: tel n'est pas le
cas, comme le montre la carte topographique à 1: 50 000. Nous avons affaire à une immense dépression qui contient les deux oasis de Kharga et de Dakhla et qui n'est pas nettement définie à l'Ouest. Harding King
a suivi la falaise Nord et a montré qu'elle s'étend sur une distance de
700 km., de Kharga à Iddaila, à l'Ouest de Farafra.
Si l'on examinele cours du Nil, on est frappé par deux changements
de direction, l'un vers le Nord-Est à Wadi Halfa,l'autre vers l'Ouest à
Qena. On peut se demander s'il ne s'agit pas de coudes de capture ?P
N'aurions-nous pas à rechercher en Égypte les restes d'une hydrogra- phie ancienne et surtout ceux d'un ancien Nil ? Arldt a déjà examinéce dernier point et pense que le cours ancien du Nil est marqué par les oasis
de Kurkur, Kharga-Dakhla, Farafra et Bahariya. Blanckenhorn, d'au- tre part, délimite comme suit un delta oligocène de l'ancien Nil, en se basant sur les caractères paléontoiogiques et pétrographiques de cer- tains sédiments la pointe de ce delta se serait trouvée par environ
27°30' de tat. N à l'Ouest de Deirût sur la rive gauche du Nil, son bord Ouests'étendait de là au Nord de l'oasis de Bahariya, entreQaraet.
Moghara sa limite
Est
suivait d'abord la rive gauche actuelledu Nil, pour arriver par Saqqara au Caire et se poursuivre en amont du WadiDougla jusqu'au Djebel Ataqa. Ces limites ne correspondentpas bien avec l'indication du cours ancien d'Arldt, dont nous venons de parler.
Cependant, si l'on étudie la carte à 1 50 000 ou la carte géologique jointe au livretdu Congrès du Caire, on remarquequ'uneligne de dunes s'étend de l'oasis de Kharga à l'oasis de Bahariya, soit sur une distance de 670 km. La largeur de cette ligne de dunes, connue sous le nom de
~M
~oAon'A, est seulement de 6 km. Hume, dans sa Geology of Egypt, pense qu'il est probable que cette ligne de dunes suit une dépression duterrain. N'y aurait-il pas là un ancien cours du Nil ? La direction cor- respondrait mieux aveccelle du delta deBlanckenhorn.Est-ce à dire que
nous en arrivions à exclure l'idée d'uncours ancienpassantparlesdépres-
sions des oasis ? Jepense au contraire que cette hypothèsede travaildoit
être envisagée. N'oublionspas, en effet, quenous nous trouvons dansune région calcaire, dans un Karstsuperficiel, selon le terme deCvijie.oùdes pertes de cours d'eau ont dû se produire et où nous devons nous atten- dre à trouver les formes des pays calcaires, telles que dolines et poljés.
En résumé, ce que
j'ai
vu de la dépression Kharga-Dakhla me fait croire que Blanckhenhorn a raison de faire intervenir le rôle de l'eau dans la formation des dépressions du désert Libyque avant l'action del'érosion éolienne. Je vais peut-être plus loin que lui en estimant qu'il faudrait rechercherles anciens cours du Nil et examiner,si on les retrou-
vait,
leurs relations avec les dépressions dont nous venons de parler.LÉON W. COLLET,
PtofetMar t'UntveitMde Genève.