DEUX MÉTHODES DE SÉLECTION
ET LEURS APPLICATIONS A L’AVICULTURE
J. P. BOYER
Station de Recherches Avicoles,
Jouy-en-Josas
PLAN DU
MÉMOIRE
A. - Examen
critique :
I. - La sélection massale.
II. - La sélection génotypique.
III. - Conclusion.
B. - Applications :
I. - Premières études quantitatives.
II. - Organisation générale de la sélection.
III. - Organisation particulière de la sélection.
IV. — Conclusion.
.1. - EXAMEN
(;HITIQUJ.!
L’histoire de la sélection nous montre une évolution du
simple
au com-plexe,
dusubjectif
àl’objectif mathématique.
VIRGILErapporte
que les Ro- mains choisissaient pour semences leursgrains
lesplus
lourds. C’est donc surl’apparence
- nous disonsaujourd’hui
sur lephénotype
- que lespremiers
essais de sélection ont été réalisés.
Mais la
poule
étant naturellement destinée àpondre
des oeufs et à fournirde la chair à
l’homme,
celui-ci chercha les moyens de reconnaître l’animalproductif
à certainssignes
extérieurs.L’introduction du
nid-trappe
et de lacomptabilité permit
ensuite un pro-grès
considérable del’aviculture,
allant depair
d’ailleurs avec leperfectionne-
ment de
techniques d’élevage
telles que l’alimentation et l’habitat.Mais l’outil
génétique
etstatistique
devaitpermettre
unecompréhension
et un
développement plus grand
encore de laproduction,
en nejugeant plus
l’animal sur
lui-même,
mais aussi sur sonpatrimoine héréditaire, garantie plus
valable de l’excellence de ses enfants.
Cette évolution n’est pas terminée. Si la sélection massale nous
apparaît
comme
insuffisante,
nousentrevoyons
aussi les limites d’une sélectiongéno- typique simple.
Des notionscontemporaines
telles que l’héritabilité et l’index deproduction apportent
une lueur nouvelle sur ce que nous avons souvent tendance à considérer comme immuable.I. - LA SELECTION MASSALE Telle
qu’elle
estLa
majorité
des ouvrages devulgarisation présente
la sélection massalesous le
jour
d’une sélectionphénotypique.
Dans cetteméthode,
l’individu estjugé
sur sonextérieur,
sonstandard,
saconformation,
saproduction (généra-
lement réduite au contrôle du
nid-trappe),
enfin sur des corrélationsphénotype- génotype.
Cette méthode est donc extrêmementsimple ; malheureusement,
tellequ’elle
est, elle s’avère insuffisante du faitqu’elle
ne tire aucunparti
denotions relativement sommaires de
génétique
et destatistique.
Ainsi,
lejugement
de l’animal sur sonphénotype
n’est en fait que lejuge-
ment de l’interaction de son
génotype
avec le milieu. Dans le cassimple
d’ungène dominant,
nous savons que lephénotype
de l’individuhétérozygote
cacheun
gène
récessif. La sélection massale ne sera donc efficace que dans le cas d’un caractère récessif monofactoriel ou d’un caractèrepolygénique
à haute héri-tabilité,
c’est-à-direindépendant
du milieu(AsMUx D SOrr
etI,!RN!x, 1951 ),
alors que, dans le cas d’un caractère
dominant,
ou faiblementhéritable,
son efficience restera limitée.I. -
Ainsi, J.
DRYDEN(ig2i)
a pu en dix ansaugmenter
laproduction
de
Leghorns
blanches de io7 à 212 oeufs et de Rocks barrées de 86 à 215 oeufs.Mais encore
peut-on
noter que ceplafond
étaitpratiquement
atteint en six ans.On connaît les
expériences
de PEnR!,( I9 u) qui diminua,
contre sondésir,
laproduction
de sontroupeau
en utilisant la sélection massale. Sans aller aussiloin,
SURFACE( I g O g)
montra que lespoules
de 200 oeufs ne donnentpas de filles meilleures que les
poules
de i5o à 200oeufs.Malgré
lesexpériences
de HALL
(zg 35 1
montrant que des coqs issus depoules
différant par leurponte
deplus
de 5o oeufs par an fontapparaître
des différencessignificatives
dans leursdescendances,
les cas de non-transmissibilité sonttrop
nombreux pourqu’on
attende de la sélection massale
plus
que celle-ci nepeut
donner(J ULL , zg34) !
Nous dirons donc que la
ponte
est un caractère à faible héritabilité et, parsuite,
mauvaise matière à sélection massale.II. - La sélection sur la conformation sera moins
aléatoire,
du fait de l’héritabilitéintermédiaire
de caractères tels que lalongueur
du bréchet oule tour de
poitrine (AsMtJxDSOx, ig5i).
Enfait,
la littérature antérieure à lanotion d’héritabilité
soulignait déjà
l’efficacité et lasimplicité
de la sélectionpour la chair eu
égard
à la sélection pour laponte (Porrsmrrorr,
1942 ; COLEet
Bnuc KNER ,
1941 ;CzooDn!,!,
1935,1941).
III. - Le cas d’un caractère dominant est encore
plus simple
à étudier.Nous savons que
l’hétérozygote
Rr à crête rosacée transmettra legène
r à sesenfants. En éliminant de la
reproduction
les individus à crêtesimple, après
ngénérations
desélection,
la diminution de lafréquence q du gène
r devraitsuivre la loi de
JENN I NGS (1913) :
Cette
progression
est d’abordrapide, puis
s’amenuise enquelques
années.Si nous supposons
(cas
leplus
favorable pour débuter unesélection)
que qo =
1/2 , après
dixgénérations
de sélectionmassale,
nous avons encore qio =i/i2,
alorsqu’en
huitgénérations,
nous avions q, =1/10.
Le cas
présent
estcompliqué
du fait que,malgré
lasélection,
les individusq
2
réapparaissent
avec un taux d’environ 11p. 100I,. P. COCHEZ(rg5z)
a montrécomment la sélection
gamétique
dugène r compensait
la sélection artificielle du caractère crête rosacée. La sélection massale estimpuissante
à passer cet obstacle.IV. - Notons
également
que l’infertilité liée à la crête rosacée(démon-
trée par la valeur sélective de l’individu Rr
supérieure
à celle de l’individuRR)
est unargument
contre laposition
a!riori
des standards deperfection.
Le
plus
grave est que l’aviculteur s’attache auxexigences
du standard et,augmentant
par là même le nombre de ses critères desélection,
diminue lapression
de celle-ciquant
aux caractères deproduction
- d’autantplus
inu-tilement que maintes
exigences
des standards n’ont aucunrapport
avec laproductivité (LERNER, 1950).
V. -
Quant
aux corrélationsphénotype-génotype,
elles n’ont pas cessé d’être dénoncées(M ARBL E,
1932 ; MILLER etCAR V ER,
Ig34 !JUL L ,
1933 ; >LE RN E R
,
1950, BRYAND etS T E PH E NS O N , rg 45 ).
Nousn’y
reviendrons pas.Telle
qu’elle
pourrait êtreL’interaction
génotype-milieu
et la notion corollaire d’héritabilité nousont
expliqué
les limites de la sélectionmassale,
mais aussi sespossibilités
dansle cas de caractères récessifs monofactoriels ou de caractères
polygéniques
hau-tement héritables.
La difficulté de sélectionner
plusieurs
caractères et la diminution de lapression
de sélection(inverse
dupourcentage
d’individus choisis comme repro-ducteurs)
des caractèreséconomiques qui
suit la sélection des caractères ra-ciaux,
conduiront donc l’éleveur à ne pas tant rechercher lesperfections
dustandard que les
qualités
deproduction
- oubien,
à élever untroupeau
dontles caractères
phénotypiques
seront récessifs.I. - Sous ce
rapport,
la race Rhode Island Red offre ungrand
nombrede traits récessifs : crête
simple
yr,patte jaune
ww, tarse nonemplumé,
S1S1S252’quatre doigts !o!o plumage
dorés(s),
non extension du noir ee, absence du blanc dominant ü.L’effort de sélection pourra
porter
parexemple
surl’emplumement rapide (récessif
fixé au sexek(k)
dontl’avantage
estmultiple :
sexage à lanaissance,
en croisement avec des
poules K) ; protection
contre lefroid,
d’où meilleure utilisation de la ration et croissanceplus rapide (HuTT,
1949,suggère
lapossi-
bilité d’une action
pléiotropique) ; enfin,
lepoulet d’engrais
à 12 semaines estplus monnayable lorsqu’il
est bienemplumé.
D’autre
part,
la sélection des caractères dominants estpossible,
maisl’homozygote
dominant ne serajamais complètement
fixé par la sélectionmassale,
sauf cas dedisparition
fortuite de l’allèle récessif.II. - Restent les caractères
polygéniques. Rapprochant
l’intérêt pourla
production
de la chair dugène
k de l’héritabilité intermédiaire de caractèresphénotypiques,
tels que le tour depoitrine
et lalongueur
dubréchet,
et de lahaute héritabilité du
poids
du corps et de la vitesse decroissance,
nouspouvons prévoir
que la sélection massale trouvera sa meilleure utilisation dansl’élevage
orienté vers la
production
de la chair et non celle des oeufs.Sans
doute,
une méthodegénotypique
seraitplus efficace,
mais lasimplicité
de la sélection massale et la connaissance de ses
possibilités permettent
d’entirer un très bon
parti.
’III. -
Quant
à laponte,
l’utilisation dunid-trappe
ne doit pas se borner à unsimple
relevé d’oeufspondus.
Lenid-trappe permet également
de testerla
précocité
de laponte,
sonintensité,
lapersistance,
les pausesd’hiver,
voirela couvaison. C’est en ces
cinq
facteursindépendants
que GoonAr,!( 191 8)
aremarquablement décomposé
laphysiologie
de laponte.
Cetteanalyse
de laponte
et la sélection simultanée descomposantes
limitativespermettent
unprogrès supérieur
à celui de la sélection successive(L E R N E R , zg5o).
D’autre
part,
laponte
pourra être étudiée sur les oeufs :poids, forme,
couleur et même résistance et
transparence
de lacoquille.
Mais la faible héritabilité des caractères de la
ponte
nepermet
pas à la sélection massale unprogrès
considérable(ci. J.
DPYDEN, etc... citésplus haut).
On
peut
raisonnablement penser avec PÉTROV( 1935 )
que lespérigrina-
tions de la sélection massale sont allées de
pair
avec l’amélioration des tech-niques,
telles l’alimentation et l’habitat. C’est donc engrande partie
la vul-garisation
de cestechniques qui permettra
auproducteur
d’oeufs d’atteindreun
plafond respectable
d’un peuplus
de 200oeufs,
la sélection massale n’étantefficace que dans un
troupeau
peu ou pas amélioré(ci.
Loi deJ ENNINGS , expé-
riences de
DRYD!N).
II. - LA
SÉLECTION GÉNOTYPIQUE
Principes
,La
génétique
despopulations
n’a pas encore, à notreconnaissance,
donné lejour
à une oeuvre desynthèse
réunissant les travaux deG ALTON ,
HARDY
,
WEINB!RG, W RI G H T,
LUSH,LE RN E R ,
MATHER... d’où sonaspect quelque
peuhermétique.
Mais son
application
à la sélection animale est un de sesaspects
lesplus
séduisants.
On
peut
dire que toute sélectiongénotypique
se ramène à l’étude de laségrégation
desgènes
quepermet l’analyse génétique
etstatistique. Or, qui
ditétude de la
ségrégation implique
la nécessité de suivre une descendance bien déterminée. Lesanalyses
sommaires degénétique
formelle sontclassiques, qui
déterminent une
partie
dupatrimoine
héréditaire de laF o
parl’analyse
de laF
2
.
Mais l’étude de laF, peut
être extrêmement utile, voire nécessaire. C’est cette étudequi
constitue leprogeny-testing
de laF o
- ou sib-test de la1 1.
Dans ce cas, les
géniteurs F!
seront choisis sur la valeur moyenne de leur des-cendance,
lesgéniteurs F,
sur leur écart à cette moyenne.Mais il est clair que, dans le cas de caractères hautement
héritables,
la sélection massale serasupérieure
à la sélectionglobale
d’unefamille,
du faitque les individus les moins bons de cette famille transmettront à leurs enfants leur moindre valeur avec une forte
probabilité.
D’unefaçon plus frappante
encore, on
n’imagine guère
degarder
les crêtessimples
d’une famillequi pré-
sente un fort
pourcentage
de crêtes rosacées.Nous aurons donc à
opérer
une sélectioncombinée,
individuelle et fami-liale, qui
sera laplus efficace,
cequi
revient à dire que lesgéniteurs
serontégalement
choisis sur leurs propresperformances.
I. = Mais suivre une descendance
implique
la servitude de constituer desparquets
dereproduction,
où nous mettrons dixpoules
et un coq(puisque
celui-ci ne laisse pas de témoin de sa
paternité analogue
à l’oeuf de lapoule).
Les oeufs de
chaque poule
devront être contrôlés aunid-trappe
etmarqués.
L’éclosion s’effectuera en cases
séparées
pourchaque
mère. Lespoussins
serontbagués
et nous relèverons sur une même feuille le numéro de la mère et ceux deses enfants.
Moyennant
cette conditiond’état-civil,
nous pourrons mesurer tout ce quenous voudrons et faire toutes sortes de tests, en attribuant à tels
parents
la valeur moyenne de telsindividus,
d’où le choix des meilleursparents
et des meilleurs enfants des meilleures familles.D’autre
part,
les caractères peu héritablespermettront
des tests designi-
fication d’autant meilleurs que la famille sera
plus
nombreuse etplus homogène.
Il est évident que cela est
impossible
en sélection massale et que seule la sélec- tiongénotypique permettra
d’accumuler desgènes
favorables que l’action du milieu masque sur l’individu.II. - Dans le cas de caractères monofactoriels
dominants,
le succès de la méthodegénotypique
seracomplet. Ainsi,
l’individu Ry croisé avec vr seradétecté par moitié de ses enfants
( y ),
alors que l’individu RR donnera tou-jours
des enfants(R).
La méthode estprimaire,
alors que la sélection massale estincapable
d’en tirerparti. Pourtant,
si la sélectiongénotypique permet
desprogrès
certains etplus rapides
que ceux de la sélection massale(par exemple, l’hétérozygote
Ry est décelé en une seulegénération ;
le test des moyennes compense enquelque
sorte lafluctuation),
sous la forme que nous luidonnons,
elle n’est pasparfaite.
Ainsi,
dansl’exemple classique
de la crêterosacée,
nous aurons une cer-titude
d’hétérozygotie,
mais seulement uneprésotnption d’homozygotie : fi ?
I -( ’/ 2 ) n .
III. - Dans le cas des caractères
polygéniques,
leproblème
sera beau-coup
plus complexe.
I,es caractères à haute héritabilité seront bienperpétués
par sélection massale
(mieux
encore par sélection familiale ycombinée)
- maisles caractères peu héritables seront encore entachés d’une erreur due au milieu.
Une
première
amélioration sera donc de ne pas éleverséparément
lesfamilles,
maisensemble,
defaçon
à réduire lafluctuation,
etd’augmenter
lenombre des descendants.
Méthodes
Mais une fois
esquissés
lesprincipes
et les servitudes de la sélectiongéno- typique,
il convient de faire une discrimination entre ses utilisationspossibles.
I. - Nous pourrons nous contenter de choisir les meilleures
familles ;
nous avons
déjà
émis une réserveprécédemment.
Nous pourrons choisir entre la sélection d’uncaractère, puis
d’un autre, cequi peut
créer des corrélations fâcheuses en cours de sélection.(On
cite des souches deLeghorns
sensibles àl’avitaminose
B, ; cl. plus
haut l’infertilité liée augène R)
et la sélection simul- tanée deplusieurs
caractères(mais
ceci auxdépens
de lapression
desélection).
Enfin,
la connaissance dupourcentage
d’héritabilité devraitpermettre,
tout au moins dans
l’avenir,
la construction d’index deproduction qui,
enrendant
compte objectivement
de la valeur utilitaire d’unindividu,
se substi- tueraient avecavantage
aux « échelles depoints
» arbitrairement dressées.Ainsi,
nous pourronsdécomposer
un caractère X entre deux éléments(par
exemple,
A pour lepoids
et B pour la couleur del’oeuf)
affectés d’un coefficientéconomique :
X = mA + nB. X pourra à son tour rentrer dans la formule d’un index deproduction,
tenantcompte
à la fois de sonimportance
écono-mique
et de son taux d’héritabilité.Par considération des
gains probables,
LERNER( 1950 )
a montré par le calcul que la sélection fondée sur un index deproduction
estplus
efficienteque la sélection simultanée de
plusieurs caractères,
elle-mêmesupérieure
à lasélection successive.
II. - D’autre
part,
nous auronségalement
à choisir unsystème d’élevage.
Ainsi, l’inbreeding augmentera
la corrélationgénétique
entre individus et parsuite, l’homogénéité,
mais chacun sait lesdangers
de laconsanguinité aveugle.
Le croisement
permettra l’analyse génétique
des caractèresphénotypiques
oul’étude des
phénomènes d’hétérosis,
mais étalera les effets de laségrégation.
La
panmixie
pourra êtreappliquée
en sélectionmassale,
mais celle-ci estimpuissante
à passer certains obstacles.Enfin, chaque système
a sesavantages
et ses inconvénients. L’éleveur
« génotypiste » qui
voudraaugmenter
son effectifpourra utiliser deux coqs pour un même
parquet
« doubleshift »,
évitant ainsi1’«
inbreeding
», mais auxdépens
de lapression
de sélection. L’effet inverse seproduira
en utilisant un seul coq.Le
système d’élevage
utilisédépendra
donc du butpoursuivi
et pourra varier selon les besoins. D’unefaçon
trèsgénérale,
nous pourrons choisir entreune
consanguinité
assezsouple
et uneconsanguinité
étroite suivie de croise- ments(technique
utilisée aux U.S.A. pour laproduction
depoulets hybrides
et
depuis longtemps classique
engénétique végétale).
Nous pouvons résumer ainsi la difficulté de
préciser
une marche à suivre :L’inbreeding
est la méthode laplus
efficace de fixation des caractères.Wais les caractères
économiques
sont détériorés par l’«inbreeding
» et la fixation des caractèreséconomiques
désirables est, parsuite,
peu vraisemblable.La méthode à
appliquer
se ramènera donc à unequestion d’objectifs.
III. - CONCLUSIION
Tout est loin d’être dit.
Ainsi,
nous ne nous sommes pas arrêtés sur la détermination descaractères,
la notiond’héritabilité,
lesphénomènes
d’ « overdo-minance »,
toutesquestions qui
auraient alourdi cesquelques
pages. Nous pou-vons dire
cependant
que si la sélection massale est, à demultiples points
de vue, inférieure à la sélectiongénotypique,
elle acependant
des mérites nonnégli- geables.
D’autre part, la sélection
génotypique
offreplusieurs aspects
sinon deses
principes,
du moins de ses méthodes. Nous ne commettrons donc pas laprofonde
erreur de penserqu’il
suffit de « faire de la sélectiongénotypique
»pour doubler sa
production.
Nous avons
plutôt
le dessein de réhabiliter une méthodesimple
et d’es-quisser
lacomplexité
del’analyse,
dans un but devulgarisation possible :
- afin d’éviter les abus
qui
s’attachent à laqualité
de «sélectionneur » ;
- afin
d’apporter
aux aviculteurs leprofit qu’ils peuvent
tirer de la sélection massale combinée auperfectionnement
destechniques d’élevage
etde réserver à ceux
qui
ontdéjà
atteint leplafond
de cesystème,
ouqui
en ontla
compréhension critique,
lapossibilité
d’aborder une méthodeplus objective.
Mais nous avons le désir d’aller
plus
avant etde
rendreplus
efficientesencore les données de l’hérédité.
B
. - APPLICATIONS
Les
objectifs postulés
audépart
par la Station de Recherches Avicoles enmatière de sélection furent le contrôle des
aptitudes économiques
dequelques
races
françaises
et l’orientationgénotypique
de la sélection. Nousséparerons
en deux
périodes
l’activité de notre Service : lespremières
étudesquantita-
tives d’une
part ;
d’autrepart, l’organisation
et la réalisation de la sélectiongénotypique.
Il est
évident,
eneffet,
que la nécessité de constituer untroupeau
ne nouspermettrait
pas, dès lapremière année, d’éprouver
une descendance - mais du moinsd’enregistrer
des informations sur laproductivité
dequelques
racesnationales, puis
de constituer desparquets
dereproduction
par sélection massale.C’est donc à
compter
du jerjanvier
1952 que le programme de sélectiongénotypique
est entré envigueur.
I. -
PREMIÈRES ÉTUDES
QUANTITATIVESDans le but de dresser l’inventaire des
aptitudes
utilitaires moyennes de racesfrançaises,
letroupeau
deJouy
fut constitué en r95i parquinze
souchesréparties
encinq
races.L’une,
laLight-Sussex,
raceétrangère améliorée,
devait servir de terme decomparaison.
Les autres étaient lesplus représenta-
tives de la variété de nos races :
Faverolles,
race lourde àgrande
vitesse decroissance ; Gâtinaise,
bonnepondeuse ;
Maransargentée,
pour laqualité
del’oeuf ;
Bresseblanche,
racelégère
à chair fine.Chaque
race étaitreprésentée
par troissouches,
fournies sous forme d’oeufs à couver, venant de troisélevages
choisis pour leurréputation
et desituations
géographiques
aussi différentes quepossible.
Nos
premières
études ontporté
surl’incubation,
lacroissance,
la morta- lité et laponte
d’automne.Chacune de ces études s’est subdivisée en différents
relevés, puis
en testsentre souches et entre races.
Ainsi,
nous avons étudié l’incubation en ladécomposant
en oeufs reçus,incubés, féconds,
en germes morts aux 5e et i8ejours,
enpoussins
mortsen
coquille, éclos,
nésviables,
etexprimé
lepourcentage
d’éclosion parrapport
aux oeufs reçus, incubés et féconds.Ensuite,
nous avons testé les diffé-rences de
pourcentage
dechaque catégorie
entre souches et entre races.De
même,
l’étude de la croissance aporté
sur lepoids
del’oeuf,
lespoids
à la
naissance,
à huitjours,
unmois,
six et huit semaines et à trois mois.L’étude de la mortalité allait de la naissance à deux mois.
Enfin,
laponte
fut contrôlée aunid-trappe
et les oeufs observés durant le mois de décembrequant
aupoids,
à laforme,
à la couleur et àl’apparence
de lacoquille.
Sans nous arrêter sur des
chiffres, qui allongeraient
considérablement cetexposé,
disons les conclusionsgénérales auxquelles
nous sommes arrivés : I. - LaLight-Sussex
ne s’est pas avérée un témoin bienutile,
dans lamesure où nous attendions d’elle
qu’elle
nous montre une valeur verslaquelle
tendre nos efforts. En
effet,
ses résultats d’incubation étaient nettement infé- rieurs à ceux de la Bresse(environ
71 p. 100 de nésviables/oeufs incubés,
contre
8 5
p.ioo),
sa croissance inférieure à celle de la Faverolles( 7 6 0
g à huit semaines contre8 70 g),
sa mortalitésupérieure
à celle de toutes les autres races, saponte légèrement supérieure
à celle de la Gâtinaise.Nous avons donc décidé de réduire l’effectif Sussex et de ne
plus
consi-dérer cette race que comme un témoin.
II. - Les résultats de toutes les mesures ont montré une
hétérogénéité
très
grande
au sein d’une même race comme au sein d’une même souche.Ainsi,
lepoids
moyen à huit semaines des trois souches de Gâtinaises a;lait de(>go
à 800 g ; la mortalité des Bresse à deuxmois,
allait de 5 à m p. 100.De même, le
poids
des oeufs à l’intérieur d’une même souche de Marans allait de 50à 71 gr et la couleur a dû être étalonnéed’après quatre
gammes différentes(unis, granulés, pigaillés, mauves).
Laponte
d’une souche de Fa- verolles allait de zéro à 50 oeufs enquatre
mois.Malgré
ces différencesconsidérables,
le test de STUn!rr’r-W sHExn’appor-
tait pas
toujours
de conclusionsignificative,
soit parce que l’effectif étaittrop restreint,
soit parce que la variance des distributions étaittrop
élevée.III. - D’une
façon générale,
lesperformances enregistrées
ont étémédiocres, particulièrement
en cequi
concerne laponte (le
meilleursujet,
une
Gâtinaise,
apondu 8 5
oeufs enquatre
mois ; la moyenne dutroupeau n’atteignait
pas 4ooeufs).
La nécessité de constituer nosparquets
de repro- ducteurs par sélection massale et la modestie des locauxdisponibles
nousont
cependant permis
d’effectuer un choix assezsérieux,
du fait de l’étale- ment des distributions. Mais la médiocrité des moyennes et l’élimination desporteurs
de germes de lapullorose
ne nous ont pasgaranti
un tri trèspromet-
teur.
Aussi,
nous avons étéobligés
de réduire l’effectif Faverolles à un seulparquet,
dont la moyenne deponte
n’excédait pas 31 oeufs.Les autres races,
Gâtinaise,
Marans etBresse,
ont été maintenues ensouches « pures o, parce que leur variabilité laissait à penser que ces souches n’étaient
précisément
pas pures, defaçon
àpouvoir
les suivre à nouveau en1952 et à se réserver des
possibilités
denon-consanguinité
par la suite.Restreints à douze
parquets
dereproducteurs,
nous avons cherché à avoiren 1052 le
plus grand
nombre de descendants et le moindreinbreeding possible.
Nous avons donc échelonné la
période
d’incubation sur neufsemaines,
com-prenant
deux séries d’incubations réservées à un coq chacune.Ainsi,
pour telparquet,
les enfants du coq A et de lapoule
n° i ne serontpas
parents
des enfants du coq B et de lapoule
n° 2, cequi permettra
doncen 1953 de dédoubler nos
souches ;
étantpostulé
audépart
que nos repro- ducteurs Ig5In’étaient pasparents (ceci,
étant donnée la variabilité des résul- tats etl’ignorance
totale des antécédents de nossouches).
Nos
reproducteurs
ont étéchoisis, quand
la valeur desperformances permettait plusieurs critères,
sur laponte : nombre, qualité
des oeufs etprécocité ;
sur la croissance :poids
autriage
etpoids
adulte.Bien
entendu,
letroupeau
a subi deux foisl’hémo-agglutination
et toutporteur
de germes a été éliminé.IV. -- D’autre
part,
l’étude deplusieurs
corrélations nous a montré l’inutilité demultiplier
certaines mesures.C’est ainsi que l’éclosivité sera
exprimée
en nésviables/oeufs incubés,
la mor-talité calculée à trois
semaines,
lepoids
évalué à huit semaines et àl’âge
adulte.
Cette
simplification comptable
apermis d’ajouter
pour 1952 d’autres critères desélection,
tels quel’emplumement,
lesex-ratio,
sipossible l’angle
depoitrine,
enfin la notation de toute maladie.Enfin,
la nécessité d’évaluer sur une famille entière des valeurs telles que la couvaison ou lapersistance,
nous a faitrejeter
touttriage
depoulettes
- et aucontraire, prévoir
leur étude leplus longtemps possible—,
maissimplement
uneélimination de
coquelets d’après
lesperformances enregistrées
àl’âge de
troismois.
II. - ORGANISATION
GÉNÉRALE
DE LASÉLECTION
Ayant
ainsi fait l’inventaire de nos souches etsouligné
la nécessité de lesaméliorer,
nous avonsorganisé
notre travail dans le sens d’une sélectiongéno- typique rapide
et efficace. Nous voici donc arrivés au stade oùayant
choisinos
reproducteurs, ayant
dressé leplanning
d’incubation etcritiqué
nos pre- mièresétudes,
il nous faut établir lesprincipes généraux qui
nousguideront.
En
fait,
tout leproblème
se ramène à l’étude de laségrégation
ou, sous uneautre
forme,
à l’évaluation et à lacomparaison
desperformances économiques
d’une centaine de familles.
Le choix des critères de sélection
Il va sans dire que nous ne pouvons pas sélectionner pour
cinquante
carac-tères. Nous rechercherons les
plus révélateurs,
en mêmetemps
que lesplus simples :
a) I,’emplumement.
Nous en avons écritprécédemment.
Ce caractère est noté + zéro ou -, à unjour
et à huitsemaines, âges auxquels
les différences sont lesplus
visibles.b)
Poids à huit semaines. Poursimplifier
lescalculs,
lespoids
sontexpri-
més en
décagrammes.
Lepoids
à huit semainesindique
à la fois la vitesse decroissance,
laprécocité
dusujet
et l’indice de consommation. En ig5i, l’étude durapport poids
à 8semaines/indice
de consommation ne faisaitqu’exagérer
les différences entre les
poids
à huit semaines. Nous avions àl’époque
calculé lecoefficient de corrélation.
c)
Lepoids
adulte estpris
débutjanvier,
avant le choix définitif desreproducteurs.
Cette mesure estimportante.
Eneffet,
unsujet précoce
ralentitsa croissance. C’est donc une sélection contre nature que nous effectuerons en
choisissant les animaux les
plus
lourds adultes et à huit semaines. Lephéno-
mène est d’ailleurs
fréquent
et l’onpeut
dire que l’instabilité de la sélection vient d’uneexagération
de facteursantagonistes :
ainsipoids
de l’oeuf et éclo-sivité, poids
de l’oeuf et nombred’oeufs, augmentation
du volume des blancset diminution du
squelette,
etc...d) L’angle
depoitrine
estégalement
mesuré à treize semaines. Ilpermet
d’évaluer le volume des blancs - d’ott la valeur chair d’unsujet.
Mais cettemesure nécessite
l’emploi
d’un compasspécial
que nous nepossédons
pas actuellement.e)
L’éclosivité seraexprimée
en nésviables/oeufs
incubés. Pour une racetelle que la Marans, l’étude de l’éclosivité pourra dans l’avenir se
prêter
à desrecherches
plus précises
sur la mortalité encoquille,
latechnique
d’incubationou même la texture de la
coquille.
L’éclosivité est facilement calculée
lorsque
lapoule
estreproductrice.
Sinon,
nousenvisageons
pour l’automne 1952d’effectuer un testgénéral
d’incu-bation durant le mois de
décembre,
defaçon
àaugmenter
laprobabilité
de lasélection.
f)
Laponte
sera étudiée sous unangle général :
nombred’oeufs, préco- cité, intensité,
pauses,couvaisons, persistance,
et sous unangle particulier :
les
oeufs, poids, couleur, forme, aspect,
résistance ettransparence
de lacoquille,
voire texture dublanc,
couleur dujaune,
etc...g) Enfin,
nous calculerons le « sex-ratio » à huitsemaines,
nous évalueronsla mortalité à 21
jours
et noterons toute maladie et cause de mort.Difficultés
Remarquons
que, pourprendre
ces mesures d’unefaçon valable,
noussommes tenus à
plusieurs
servitudes :a)
Defaçon
à diminuer leplus possible
l’influence du milieu(incidence
C2sur
l’héritabilité),
nous avons tracé leplan
de la Station defaçon
à recevoiren un seul
poulailler
toutes les filles d’une mêmeincubation,
cequi présente
encore
l’avantage
de compareréquitablement
nos races entre elles et de sim-plifier
considérablement le travail de la main-d’oeuvre.(En
1051, nous avions échelonné nos incubations par races dans un but desimplification ;
en 1952, la nécessitéd’opérer
autrement, vu la durée nécessaire de lapériode
d’incubation pour avoir environ dix filles parmère,
s’est ainsi avérée unavantage.)
Nous pensons que cette
organisation
est une desoriginalités
duCentre,
car la
plupart
desélevages
de sélectiongénéalogique séparent
leurs familles enpetits parquets,
sans doute dans un louable dessein declarté,
mais méses-timent ainsi la valeur de la fluctuation due au milieu. En
fait,
cesystème
rendla sélection
plus rigoureuse,
facilite le travail et laisse lacomptabilité
claire dumoment que les animaux sont rationnellement immatriculés.
b)
Certaines mesures sont délicates àprendre.
Nous avonsdéjà parlé
del’éclosivité. De
même,
lapersistance.
Si nousgardons
unepoule
surdix,
lavaleur de sa
persistance
ne sera pas une bonne estimation de celle de sa famille.Nous
garderons
donc ses soeursnon-reproductrices
enpoulaillers colonies,
ceux-là même dont nous venons
d’exposer
la nécessité. Mais cespoulaillers
devront être libérés avant l’entrée en
ponte
desjeunes poulettes
de l’année.Nous devrons donc les
décongestionner
peu à peu ougarder
un volant d’unou de deux
poulaillers
defaçon
à suivre toutes les famillesjusqu’à
lareprise
de la
ponte.
c)
Nous aurons ainsi le« progeny-test
» de i2opoules
et le « sib-test » de lZ0 familles. Letroupeau
1953 naîtra dequelques poules
confirmées par leur descendance et depoulettes
à tester, laissant unplus grand choix,
soit envi-ron IO p. 100 de
« yearling
et go p. 100 depoulettes.
Nous avons dit
précédemment
comment lesystème
de « double shift» permet d’augmenter
l’effectif sans «inbreeding
». Mais cesystème d’élevage
diminue lenombre des descendants par coq et, par
suite,
lapression
de sélection et lapré-
cision des moyennes.
Quand
nous aurons atteint l’effectif normal de laStation,
nous
envisageons
de revenir ausystème
du «single-shift
».d)
wantd’exposer l’organisation particulière
du service degénétique,
il convient de noter que la faiblesse de nos effectifs due à la carence de locaux
nous fait encourir des
risques
de sélection peu efficiente ou deconsanguinité,
vu le choix insuffisant
parmi
des souches de valeur très moyenne.Nous serons donc amenés à
augmenter
l’effectif de telle race auxdépens
de telle autre
qui
pourra entrer dans une recherche de croisements depremière
génération
oud’analyse génétique.
Ces croisements seront en effet nécessaires dès que nous chercherons àexploiter
desphénomènes
d’hétérosis ou la déter- mination des caractèresphénotypiques
que seule la sélectiongénotypique permet
de fixerrapidement.
L’effectif réduit de telle race pourra donc nousconduire à des
lignées
« inbred » extrêmement utiles.III. - ORGANISATION
PARTICULIÈRE
DE LASÉLECTION
Nous avons donc un
troupeau
1952,réparti
en neuf sériesd’incubation,
dont deux séries de transition entre les deuxpères, perdues pour
la sélectionau
profit
des études sur l’habitat et l’alimentation.Chacune de ces séries
jouit
d’un même traitement etprincipalement
aupoint
de vue milieu : même date denaissance,
mêmepériode
dechauffage
sous
l’éleveuse,
même moment de mise enarches,
mêmepoulailler
colonie.I. - Une difficulté à résoudre est donc le moyen de comparer entre elles
ces différentes séries. Tous les ouvrages de
vulgarisation
s’accordent pour reconnaître que la date d’éclosion influe et retardel’âge
à l’entrée enponte,
lepoids
à huitsemaines,
etc... Kor·.M!x a dressé des tables decorrespondance,
de
façon qu’un
individu né 21jours après
un autre soitdéfalqué
d’une valeurproportionnelle
dans l’estimation de sesperformances.
Plus
simplement,
HuTT( 1949 )
écrit que les deux descendancesprovenant
des mêmesparents
et ne différant que par lemilieu,
les valeurs moyennes seront considérées commeéquivalentes
et l’individu né huitjours plus
tard seradéchargé
de la différence des moyennes des deux descendances.Il est
possible
que la date d’incubationjoue
sur laprécocité
de laponte,
lepoids
à huitsemaines,
etc... non seulement par l’action dumilieu,
mais aussipar une sélection
gamétique
différente. Mais ce serait admettre uneplasticité
du
patrimoine
héréditaire dont la démonstrationdépasse
nospossibilités
actuelles. Il
faudrait,
pourcela,
soumettre différentes séries à des milieuxidentiques
et totalementartificiels,
c’est-à-dire contrôlés. Les calculs etexpériences
de Hays(ig5i) paraissent
confirmer lepoint
de vue de Hu’r’r.I,. P.
CocHEz, appliquant depuis sept
ans sur sontroupeau
cette méthodeavec
succès,
compare les moyennes des descendances en calculant leprobit
dechaque
individu pourchaque
mesure, cequi
normaliselégèrement
les dis-tributions par transformation linéaire.
Plus
simplement
encore, nous avons dressé le tableau de la fonctionde
façon
à calculer les écarts à la moyenne de centième en centième d’écart- réduit. Il a paru en effetplus avantageux
de dresser cette table en centièmes d’écart-réduitqu’en
centièmes depourcentage,
vu legroupement
de ceux-civers la moyenne.