FACULTÉ
DEMEDECINE ET
DE PHARMACIE DE BORDEAUX.A.ISr ISr E E 1902-1903 N° 139
CONTRIBUTION
A L'KTUDKTHESE POUR LE DOCTORAT Ë:\ MED
présentée
et soutenuepubliquement le 17 Juillet 1933
Robert-Etienne-Emile BLANCHEREAU
Né à Paris(Seine),le 6juin 1877.
iMM. PITRES, professeur...
MOMACHE, professeur...l'réside ni.
CABANNES, agrégé }Juges.
RÉGIS, ch. decours.
Le Candidat répondra aux questions qui lui seront faites sur les diverses parties de l'Enseignement médical.
BORDEAUX
IMPRIMERIE Y. CADORE
17, RUE POQUEtlN-MOLlKRE, 17 1903
FACULTÉ DE MEISECIM ET DE PHARMACIE DE BOItilËAUX
M. de NABIAS Doyen. | M. PITRES Doyen honoraire.
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l.e Secrétairede la Faculté : LEMAIRE.
l'ardélibération du 5 aoûtls"9, la Facultéaarrèié t|iie les opinions émises dans les Thèses ui
sont présentées doivenl être considéréescomme propres à leursauteurs, et qu'elle n'entend leur donner ni approbation ni impnDation.
A mon Président de
thèse,
Monsieur le Docteur PITRES Doyen honorairedelaFaculté de MédecinedeBordeaux, ProfesseurdeCliniquemédicale, Chevalierde laLégion d'honneur,
Membre correspondant de l'Académie de Médecine, Membrecorrespondant de la SociétédeBiologie,
Officierde l'Instruction publique.
Blanchereau r
. •... r if - g*■■■:> n,'- , ■*?:■X S
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Bïilq sb î'ïSYf
■
, ' . ■ sr- msaB-y & ■; ; . ;
CONTIUBU T10 N A
l/ÉTUDE
DES
OBSESSIONS DIGESTIVES
Durant le xix®
siècle, l'étude des maladies mentales, après
undéveloppement de plus
enplus intense, et la psychologie, naguère
encoredu domaine de la philosophie, tendent de jour
en
jour
à.passerdans celui de la médecine.
A côté des troubles cérébraux constatés de
temps immémo¬
riaux,
comme lafolie, l'idiotie,
sont venusprogressivement
seranger
de
nouveauxphénomènes psychiques, tels
queles états épileptiques, hystériques, puis les états mentaux
enrapport
avec certaines maladies infectieuses amenant une intoxication
passagère, permanente
ouprogressive,
commela
grossesse,les
fièvres
typhoïde, scarlatine, les empoisonnements
parl'alcool, l'opium, le plomb, etc.
Tout
spécialement
cesdernières années
ont vunaître toute
une série
d'études,
trèsintéressantes
et trèsapprofondies,
con¬cernant des troubles
psychologiques plus
oumoins liés à des
troubles
physiologiques.
Les deux
principaux travaux publiés
enFrance à
cesujet sont,
— 8 -
d'une
part, celui de MM. Pitres et Régis
«Obsessions et impul¬
sions »,
d'autre part, celui de M. Pierre Janet
«Les obsessions
et la
psychasthénie
».C'est là
que setrouvent étudiées, dans
leurs moindres nuances,
les formes multiples de
cestroubles psychiques, dans
unecertaine
mesure «compatibles
avecla
raison ».
Parmi les nombreuses idées obsédantes
qui
ysont étudiées,
il estune
catégorie qui
nous afrappé tout particulièrement, tant
par
la fréquence
que parle
«contenu
»de
sesobsessions. C'est
le groupe
des
«obsessions
»digestives auxquelles
nousallons
borner notre étude.
Dans un
premier chapitre,
nousessaierons de montrer le mé¬
canisme des centres
psychiques
parlequel les idées obsédantes peuvent arriver à s'imposer à
unmalade; puis les
causespré¬
disposantes et occasionnelles qui donneront de préférence nais¬
sance à une obsession
digestive; enfin le mécanisme
parlequel s'objectivera chaque obsession.
Nous
présenterons ensuite
uncertain nombre d'observations groupées suivant l'ordre qui
nous a parule plus simple et le plus naturel, d'après les divers territoires de l'appareil digestif qui peuvent devenir le siège d'une obsession.
C'est à M. le
professeur Pitres
que nousdevons le sujet de
ce travail. Nous tenons à le remercier ici de la bienveillancequ'il
nous a
toujours témoignée, et de l'honneur qu'il
nousfait
enacceptant la présidence de notre thèse.
Nous
garderons de notre
passagedans
sonservice de clinique
médicale le souvenir le meilleur de nos études à
l'hôpital.
M. le Dr Abadie nous a
toujours traité moins
enélève qu'en
camarade;
il
nous aprodigué
avec unegrande patience
ses conseils et sa science. Nous luiexprimons toute notre sympathie
et toute notre cordiale reconnaissance.
I
La vie de l'homme est le résultat harmonieux de tout un
ensemble de fonctions
multiples et variées qui
seretrouvent, à
des
degrés divers de développement, chez tous les animaux.
Parmi toutes ces
fonctions, il
en est uncertain nombre qui
sedéveloppent
parl'éducation chez chaque individu. Elles sont comprises
sousle
110mgénéral de fonctions de relation;
parexemple, la marche, la parole, les gestes, etc... Elles sont
sou¬mises
plus
oumoins directement à la volonté du sujet.
Examinons par
exemple l'ensemble des mouvements néces¬
saires à la translation de l'individu d'un endroit à un autre : la marche. Cette
fonction, si simple
en apparence,qui, chez l'homme, devient rapidement automatique, est le résultat de
toute une série d'efforts soutenuspar une
grande attention de la part de l'enfant qui exécute
sespremiers
pas.Le nouveau-né ne sait faire
agir
aucunde
sesmuscles,
sa volonté n'existe pas,et les quelques mouvements qu'il exécute
sont de purs
réflexes.
D'autre
part, il existe chez le fœtus même
uncertain nombre d'organes qui fonctionnent, soit avant la naissance,
commele
cœur et même l'intestin, soit à
partir du moment même de l'expulsion du fœtus,
commele
poumonet les muscles respira¬
toires.
Ces fonctions ainsi « amorcées » se modifieront fort peu
dans
le courant de la vie de
l'individu; il semble qu'elles ont atteint,
presque
dès le début, leur
étatparfait de développement. Elles
sont au nombre de trois
principales
:la circulation, la digestion,
la
respiration.
Leur ensemble constitue la vie
rudimentaire, celle qu'on
a— 10 -
appelée la vie végétative. Ce sont,
enquelque sorte, les trois
fonctions nécessaires et suffisantes de la vie de l'individu. Elles sont sous la
dépendance d'une quatrième fonction, celle qui régit toutes les autres
:la fonction
nerveuse.Tous les organes
de la vie sont soumis à l'influence du
sys¬tème nerveux. Chez les êtres
rudimentaires,
cesystème est
réduit à
quelques ganglions; mais, à
mesure quela vie
se com¬plique dans la série des êtres,
onvoit
cesganglions
semulti¬
plier,
se grouper, pouraboutir à la formation, chez les êtres supérieurs, d'une chaîne ininterrompue
:l'axe cérébro-spinal,
dont le
type le plus parfait de développement existe dans l'espèce humaine. Toutefois cette continuité des ganglions n'est
nullement une
fusion,
onpourrait même dire
«confusion
»,de
tous en un seul. S'il est
impossible de distinguer
aupremier
abord des démarcations dans cette substance nerveuse,
les expériences physiologiques et cliniques ont permis d'établir des
divisions
multiples dans les fonctions de Taxe
nerveux.A
chaque
organe,à chaque fonction
oupartie constituante
de
fonction, correspond
unendroit déterminé de cet
axe ner¬veux, un groupe
de cellules spéciales,
queTon désigne
sousle
nomde « centres». C'est ainsi que nous
considérerons le système cérébro-spinal dans
sesrapports
avecles fonctions vitales.
La division en
quelque sorte la plus grossière du système
nerveux consiste à
distinguer deux parties essentielles
:d'une part le
cerveau,de l'autre la moelle.
La différence existe entre ces deux groupes
de centres,
non seulement aupoint de
vuemorphologique, mais
encoreet
sur¬tout au
point de
vuede la fonction
nerveuse.Nous avons vuque
les fonctions de la vie végétative précèdent
de
beaucoup les fonctions de la vie de relation
; nousdevons
induire de là que
les centres correspondant
auxpremières apparaissent avant les centres correspondant
auxsecondes. C'est
ce que
Ton trouve chez le fœtus, où la moelle
estformée avant l'encéphale.
Celui-ci n'a aucun rôle actif durant toute la vie intra-utérine et ce n'est
qu'après la naissance
quele
cerveau commencera sa— 11 —
vie propre, pour
ainsi dire, sa vie de volonté, de conscience, de
mouvement.
Les fonctions
indispensables, élémentaires de la vie (circula¬
tion,
respiration, digestion) sont les premières éveillées-; et une
fois commencées
elles continuent à s'accomplir
sansarrêt, sans
trêve. La
respiration,
parexemple, a un début brusque, une
sorte de déclanchement, au
moment de l'expulsion du fœtus,
elle continuera,
toujours la même
ouà
peuprès jusqu'à la mort
de l'individu.
Mais si la moelle est
chronologiquement la première partie
du
système
nerveuxmise en fonction chez l'individu, elle ne
larde pas
à prendre
uneplace effacée à mesure que l'être se développe, surtout
unêtre aussi complexe que l'homme.
De sorte que
les centres médullaires qui, au déhut, ont présidé
seuls aux fonctions
essentielles de la vie, suffiront, dans la vie
normale, à
entretenir le mouvement commencé. Et la moelle,
chargée du travail de la vie végétative, laissera au cerveau toute
liberté pour
accomplir les fonctions, chronologiquement secon¬
daires et factices pour
ainsi dire de la vie de relations (le mot
relation étant
pris dans
sonacception la plus large).
C'est alors que
l'encéphale commence sa vie propre, si active,
si
complexe, si variée et
encoresi mystérieuse pour nous.
L'enfant
reçoit d'une façon constante des sensations répétées,
multiples, qui éveillent et attirent
sonattention.
Rapidement,
unedivision
sefait dans le cerveau, d'ailleurs
préparé
parl'atavisme; les centres sensoriels s'organisent, cen¬
tres de
l'audition, de la
vue,du goût, du toucher, etc.
Puis les
impressions, les vibrations perçues sont élaborées,
transformées,
transmises à divers
groupesde cellules nerveuses plus nouvellement formées et qui constituent des centres moteurs
destinés à traduire par
du mouvement la sensation reçue.
Les mouvements sont d'abord de
faibles ébauches, puis ils se
coordonnent, seprécisent,
secompliquent et deviennent un
geste,
uneparole, etc.
Et
toujours la vie végétative s'accomplit, muette mais régu¬
lière; le
cœurenvoie le
sang auxartères, les muscles respira-
— 12 —
toires font alterner
l'inspiration et l'expiration, les muscles
lisses de l'intestin et desglandes continuent
leurs mouvementsrégu¬
liers d'assimilation et de désassimilation.
Mais
voici,
tout à coup, aumilieu de
cetteindifférence,
que lesoccupations supérieures
cessentbrusquement, disparaissent,
mises en
déroute..., c'est qu'une des fonctions
essentielles vientd'être,
non pasinterrompue (ce serait la mort), mais gênée,
menacée dans son
accomplissement
et aussitôt le sentiment de cette fonction menacée envahit lechamp de la conscience,
accapare
toute l'attention
de l'individu.C'est que,
dans le système
nerveux,rien
n'estisolé,
tout setient,
toutcorrespond; chaque cellule, chaque
groupe estrelié
à
plusieurs autres,
et par ces autres à toutes les autrescellules;
c'est ainsi que
la moelle
est en communication directe et cons¬tante avec le cerveau. Celui-ci contient donc des centres
supé¬
rieurs de la vie
végétative qui,
àl'état
normal de bon fonction¬nement, exercent
simplement
uncontrôle,
une surveillance des centres médullairescorrespondants,
«homologues
».Qu'un
caillot s'arrête dans uneartère, qu'un calcul
écorche la muqueusedu canal cvstique, qu'une poussière chatouille
laglotte, le
cerveau est immédiatement averti et les centressupé¬
rieurs cessent
brusquement
et totalement leur fonctionpendant
que
l'organisme entier
se défend contre la causequi pourrait suspendre la fonction végétative
menacée. Mais tout rentre dans l'ordre et chacunreprend
son travail;le système
nerveuxsupé¬
rieur oubliera son auxiliaire.
Si,
àl'état
devienormale considérée chez unindividu aupoint
de vue purement
animal,
nous voyonsles
centresvégétatifs
occuper une
place secondaire, effacée,
combien doivent-ils êtrerelégués loin chez l'homme,
en rapportconstant avec ses sem¬blables, assailli d'occupations
et despréoccupations de la vie
sociale!
La société crée à l'homme des devoirs
multiples qui occupent
d'une
façon ininterrompue les journées
et unepartie des
nuits de l'individu. Ce sont les devoirsprofessionnels d'abord, puis
les devoirs de l'homme en tant que
chef de
famille. A cetitre,
- 13 —
ilsubitun autre ensemble
d'occupations, de préoccupations
car, cettefois, il faut
nonseulement vivre, mais faire vivre; il faut prévoir.
Si l'on
ajoute à cela les distractions nécessaires, les besoins,
les
habitudes,
onvoit combien les fonctions végétatives
sontreléguées, dissimulées derrière
cescouches surajoutées de
fonctions artificielles sans
doute, mais de plus
enplus impor¬
tantes à mesure que
l'homme
avance enâge dans
unesociété
de
plus
enplus compliquée.
Est-ceà dire que
le rôle des centres de la vie végétative
ensoi^
amoindri? Nullement. Les fonctions de
digestion, de circulation,
de
respiration
sontindispensables à la vie même de l'être.
Elles sont solidaires les unes des autres;
l'arrêt d'une
seule d'entre elles entraîne fatalement l'arrêt de toutes les autres, et parconséquent la mort de l'individu.
De
plus, si leur travail
estplus effacé, plus silencieux, il n'en
est pas
moins incessant. Leur accomplissement nécessite même
des actes
journaliers répétés à heure fixe, indispensables.
Tandis que
le
cerveau,considéré
comme centregénéral de la
vie de
relations,
de laviesociale,
a besoinde
repos,et
unbesoin impérieux, les
organesde la vie végélative, et
parconséquent
leurs centres médullaires ne se
reposent jamais. Ils continuent
leur fonction
régulière pendant le sommeil, réparant ainsi
pen¬dant la nuit les
dépenses faites
parle
cerveaupendant le jour.
Ainsi,
d'unepart
nous avonsdes fonctions régulières, inces¬
santes,
indispensables, dont l'arrêt
entraînela
mort.D'autre part,
des fonctions multiples, factices, intermittentes, impérieuses
maispouvant
cesserd'un instant à l'autre
sans entraîner la mort de l'individu.Maisla cessation
brusque de
cesfonctions secondaires n'atteint
pas
la
vie dans son essence même, ellepeut
yapporter des troubles,
desperturbations
graves,menaçantes, et pouvant
même entraîner la déchéance morale ou
physique de l'homme.
Il se crée en
effet,
chez un être normal, une sorted'équilibre
entre les différentes fonctions
vitales, Mais il faut bien
remar¬quer que
plus il
y auradisproportion entre les fonctions natu-
— 14 —
relies et les fonctions
artificielles, plus cet équilibre
serarendu
instable,
etplus il
aurade chances d'être rompu.
C'est ainsi que
chez des
gensqui, du fait même de leur pro¬
fession,
hypertrophient
enquelque sorte le centre de vie sociale,
il suffira d'une cause minime pjur
apporter
untrouble grave
dans
l'équilibre des fonctions cérébrales.
Parmi les hommes les
plus exposés,
seplacent tous les tra¬
vailleurs intellectuels :
poètes, écrivains, professeurs, composi¬
teurs,
musiciens, hommes politiques, etc. Il est
presquesuperflu
de dire que
l'hérédité jouera
1111rôle prépondérant. A côté de
ces causes
prédisposantes
setrouvent les causes occasionnelles
à la faveur
desquelles
seproduira le déclanchement, la rup¬
ture
d'équilibre.
Parmi ces causes,
la principale est naturellement
unemaladie
quelconque, plus
oumoins
grave,venant interrompre le cours normal, journalier de la vie d'un individu : comme une fièvre
infectieuse,
unechute
avecfracture d'un membre, etc...
Mais ici la cause est tellement
flagrante, tellement évidente,
que
la perturbation psychique qu'elle amène en est la consé¬
quence
fatale, logique
;à tel point
que nonseulement le ma¬
lade, mais
encoreet à juste titre,
sonentourage,
sesparents,
ses
amis,
ensontpréoccupés.
Aussi ne nous arrêterons-nous pas
à cette première catégorie
de faits.
A côté de la maladie grave,
évidente,
setrouvent d'autres
causes
pathologiques de beaucoup moindre importance, qui dif¬
féreront de la
précédente
pardivers caractères
quenous allons
essayer
de mettre
enrelief.
Ce
qui frappe tout d'abord le médecin à qui viennent se con¬
fier certains malades c'estla
disproportion qui existe entre les
phénomènes pathologiques d'une part, généralement insigni¬
fiants, accusés par
le malade, et, d'autre part, la perturbation
énorme
apportée dans l'esprit du malade
; une causematérielle
minima occasionnant un trouble maximum. Il
semble
quele
malade voie sonmal à travers les lentilles
grossissantes de son
imagination.
— 15 —
Un autre caractère de ce genre
de maladie, c'est l'incrédulité
souvent
ironique, parfois brutale,
quele malheureux rencontre
chez les gens
à qui il
seconfie, surtout dans sa famille, et quel¬
quefois même, il faut l'avouer, auprès de quelques médecins.
Certes,
cela n'est point fait
pourguérir le malade, au contraire.
Celui-ci se
replie
enlui même, il
«rumine
»son mal plus ou
moins
patiemment, il s'y complaît amèrement, et devenu mé¬
fiant,
nelivre qu'avec peine
ouaprès de nombreuses réticences
sa
longue
«auto-observation
»,de préférence même il l'écrit :
c'est « la feuille de
papier légendaire du neurasthénique »,
comme dit le
professeur Pierre Janet.
De sorte que
le malade est seul à comprendre qu'il est ma¬
lade et c'est là le troisième caractère
principal de celte maladie.
Ainsi,
unelésion presqu'insignifiante, masquée par les occu¬
pations, la vie courante, prendra
uneplace prépondérante dès
qu'une habitude régulière, constante,
«remplissant la vie du
sujet
»,viendra à
cesserbrusquement,
commepar exemple la
mise àla retraite du fonctionnaire.
Une cause moindre encore
peut avoir le même résultat.
11 suffit que
l'attention soit attirée
surtel ou tel organe et
les maladies dont il
peut être le siège;
uneconversation enten¬
due à propos
d'un malade, la
vued'une opération, suffisent à
provoquer
la
peurde telle
outelle maladie.
Enfin, il peut n'y avoir
aucune causeefficiente connue. L'idée,
la peur,
l'obsession s'établit insidieusement,
commepar degrés,
d'abord
insignifiante, puis
peuà
peuelle
enarrive à envahir
complètement le champ de la pensée et forme (que l'on nous pardonne la hardiesse de la métaphore) à la façon d'un néo¬
plasme,
une sortede
« cancerpsychique
».II
Une fois le trouble
porté dans le fonctionnement
cérébral d'unindividu, lorsque l'équilibre
setrouve
rompu,il
seforme
en
quelque sorte
untourbillon parmi les idées, les fonctions
mentales et,
suivant
quetelle idée, tel
centrede
fonction se trouveoccuper(à l'insu de l'individu,
àl'état normal)
uneplace prépondérante c'est
surcette idée,
sur cettefonction
que va seporter toute l'attention du malade.
Les idéesobsédantes, les obsessions,
phobies, algies, angois¬
ses,
scrupules, etc... sont
ennombre incalculable
etd'ordres
sidivers, si variés,
queleur classification n'a
pas,jusqu'à présent,
été tentée, à notre
connaissance.
Il serait téméraire de notre
part de vouloir entreprendre
unpareil travail. Aussi
nous contenterons-nousd'apporter seule¬
ment une
légère contribution
àl'étude des
obsessions.Nous laisserons de côté toutes les idées obsédantes d'ordre
purement psychique, c'est-à-dire n'ayant
aucun caractère ma¬tériel ou
organique,
commeles manies d'interrogation
assezfréquentes
surl'existence de Dieu,
del'infini,
de l'audelà, les
obsessions de
crime,
lesscrupules religieux,
etc... etc...Parmi le lot encore si nombreux des obsessions
ayant
unemanifestation,
une localisationplus tangible, plus concrète,
nous pouvons
distinguer plusieurs
groupes : parexemple les scrupules de la marche, de la respiration, les gestes répétés, plus
oumoins coordonnés, les tics,
etc.Mais il existe à notre avis deux groupes
principaux qui parais¬
sent se détacher par
leur importance
et seplacer
enavant de
tous les autres : ce sont les obsessions
génitales
etles obsessions
digestives.
— 17 —
Remarquons
enpassant
que cesdeux grandes fonctions, la génération et la nutrition,
nesont point aussi différentes qu'elles
le
paraissent. Elles sont toutes deux les éléments fondamentaux
de cette
grande loi naturelle qui veut
quetout être vivant
une fois créé tende àprolonger
sonexistence,
nonseulement
comme individu,mais aussi
commeespèce. Le fameux instinct
«de la
conservation » se
manifeste, chez l'individu,
parla nutrition,
l'alimentation et, dans
l'espèce,
parla génération, la reproduc¬
tion.
Toutefois,
cettequestion des obsessions génitales, si intéres¬
sante et si grave par ses
conséquences morales et sociales, il
faudrait une main
plus autorisée et plus sûre
quela nôtre
pourla traiter comme il convient. Nous la laissons à
plus digne
quenous.
Notre étude se trouvera donc bornée à la seule fonction de la nutrition et de la
digestion.
Nous allons nous efforcer de montrer comment les idées obsédantes se localisent à telle ou telle
partie de la fonction,
ou à la fonction tout entière et nous proposerons une
division
des obsessions suivant les territoires du tube
digestif qu'elles
intéressent.
III
La fonction del'alimentation et de la
digestion est assurément
celle
qui nécessite
pour sonaccomplissement les actes les plus
variés,
les plus complexes, les plus fréquents, les plus impérieux.
Elle exerce chez tous lesêtres vivants, et surtout chez
l'homme,
une sorte de
tyrannie à
peuprès constante. Elle est la
causeet
le
but, directement
ouindirectement, de la majorité de
nosactes,
de nos
industries, de
nosrapports commerciaux.
Mais à ne considérer la fonction que
chez l'individu,
nous remarquonsquelle place elle tient dans
noshabitudes, dans
nos besoinsquotidiens. Deux fois
parjour,
aumoins, l'homme
cesse touteoccupation
poursatisfaire
safaim,
sonbesoin d'alimenta¬
tion. Pour
beaucoup, le
repasest
unepréoccupation, et plus
encore la
digestion. Le nombre est incalculable des
genspréoc¬
cupés,
avecraison le plus souvent, du bon fonctionnement de
leur estomac ou de leur ventre.
Lesorganes
à qui incombe cette fonction sont fort compliqués
et, à
la façon d'une machine,
sedérangent fréquemment, soit
parce que
très souvent
oules
asurchargés de besogne inutile
ouirrégulièrement distribuée, soit enfin et plus souvent peut-être
sans cause connue. Le mauvais estomac des
neurasthéniques est quasi-légendaire, et
nous nesaurions mieux faire
quede citer à
ce
sujet
undes maîtres les plus compétents
encette matière,
M. le Professeur Janet.
« Les troubles
gastro-intestinaux
enrapport
avecl'obsession et
»
l'angoisse sont importants, mais difficiles
àétudier. En effet il
» ne faut pas
oublier
quetous
cesmalades
ont,ausuprême degré,
» l'état
neurasthénique dans lequel les troubles de l'estomac et
— 19 —
del'intestin sontfondamentaux.
Presque toujours leur alimen¬
tation,
leur digestion gastrique, leurs fonctions intestinales
sonttrès défectueuses, et
cela d'une manière constante... Chez
certains,il
y aunesorte d'alternance entre les troubles psychi¬
ques
et les troubles gastriques. Cependant on constate parfois
destroubles de l'alimentation etde la
digestion qui coïncident
avec
l'angoisse. La plupart des malades refusent de manger pendant leur angoisse. D'autres ont des crises de boulimie.
Parmiceux
qui continuent à
manger, ungrand nombre
seplai¬
gnent
de nausées pénibles. Il faut noter aussi les crises de
diarrhée que
l'on observe de temps
entemps.
»
L'aspect général des malades est
presquetoujours mauvais :
ils sont
maigres, ont
unmauvais teint et changent de mine et d'aspect d'une façon très rapide et très fréquente.
» Le trouble
physiologique principal, dans la majorité des
malades,
estconstitué
parles troubles de la digestion stoma¬
cale. Un
petit nombre présente de l'exagération de l'appétit,
unbesoin
perpétuel de nourriture.
» Mais en
général la grande majorité des psychasthéniques
mange
fort
peu.Les malades sont plutôt dégoûtés de toute
alimentation.
» Les douleurs commencent presque
toujours dès
queles
malades ont
mangé
: cesont des
crampes,des brûlures... des
vomissements, mais
cephénomène n'est
pastrès fréquent. Ce
qui est
constant,c'est
quel'estomac est gonflé et pesant; les
malades
étouffent, ont des bâillements, sont forcés de
sedes¬
serrer... on constate du
clapotement de l'estomac distendu...
» Des modifications abdominales etintestinales
accompagnent
presque
toujours
cestroubles gastriques... On note, dans
l'immense
majorité des
cas, uneconstipation opiniâtre
avec sellesglaireuses
»(1).
La fonction
digestive occupant
unesi grande place dans la vie
quotidienne, il
est donc toutnaturel qu'elle attire fréquemment
1attention du
malade, dès qu'une perturbation
se seraproduite
(1) P.Janet,Les obsessions etlapsychasthénie, I,p. 410 s.
dans
l'équilibre mental du sujet, et cela d'autant mieux
queles
organes
intéressés
serontatteints de lésions plus
oumoins
pro¬fondes, auxquelles les occupations et préoccupations de l'indi¬
vidu à l'état normal formaient comme un rideau.
Etant donné la
rupture de cet équilibre et la prédominance
d'un centre de la vie
végétative (centre digestif
en cequi
nousconcerne),comment
vabien pouvoir
semanifester,
sematériali¬
ser le nouvel état
d'esprit du malade? Le mécanisme
nousparait avoir
unegrande analogie
avecle mécanisme de la loca¬
lisation des sensations dans le
système
nerveuxsensoriel.
Supposons,
pourla clarté de l'explication,
une causeoccasion¬
nelle
d'origine digestive
: parexemple
unedent cariée, de la dyspepsie, etc.
Il
peut
seproduire
unelocalisation de l'idée obsédante
aupoint même d'où
estpartie la sensation de lésion
:le malade
aura une obsession dentaire pour une
carie dentaire,
uneobses¬
sion
gastrique
pourde la dyspepsie.
A une cause déterminée
correspondra
uneidée obsédante
«
homonyme
»de même territoire.
Ou bien la même cause
produira
uneobsession localisée
à unsegment tout
autre du tube digestif
: parexemple, l'avulsion
d'une dent provoquera une
obsession de défécation. A
unecause déterminéecorrespondra
uneidée obsédante
«hétéronyme
»localisée à un territoire différent.
Ou bien encore, la même cause
toujours
pourraproduire
uneobsession,
nonplus localisée
àtelle
ou tellepartie du tube digestif, mais cette fois généralisée
à toutela fonction
: ce seraune sorte d'« irradiation ».
A une cause déterminée
correspondra
uneidée obsédante
« irradiée » à tout le territoire
digestif.
Toutefois, parmi les
causespouvant déterminer
unelocalisa¬
tion d'obsession sur la fonction
digestive, il
en estqui
nefont point partie du territoire digestif,
parexemple la honte du
corps, lespactes faits
pourmourir, etc... Nous
croyonstoutefois
pou¬voir les faire entrer dans le cadre des obsessions
digestives.
Parmi les territoires où
peuvent
selocaliser les obsessions,
- 21 —
nous en avons
distingué cinq principaux, correspondant
auxcinq principaux temps de la digestion.
Nous les avons réunis de la
façon suivante
enun tableau :dents langue l«r Tempsde la digestion :mastication, territoire correspondant:la bouche
j
2« » déglutition » lepharynx
l'œsophage
3« »
digestion gastrique » l'estomac 4« » digestionintestinale » l'intestin
5e »
expulsion, défécation » rectumet
anus
C'est dans l'ordre
indiqué dans
cetableau
que nousallons présenter les quelques observations d'obsessions digestives
quenous avons recueillies.
Observation 1
PierreJanet, Les obsessions ellapsychasthénie,II,p. 162, obs. LXVIII.
Phobiede ladéglutition.
R..., femme de 29 ans, toujours
hypochondriaque
et inquiète, a euau mois dejuin 1902unecongestion pulmonaireplusoumoinssérieuse, toujours est-il
qu'elle
s'en préoccupe à propos desa respiration et est restéeinquiète
en pensant à des suffocations possibles. Plus tard,quelques
douleurs d'estomac qui semblent s'être développées aprèsune chute de tramway, ont attiré également l'attentionsur l'alimen¬
tation.
Ces deux
inquiétudes
se sont réunies et une fonction particulière, danslaquelle
la respirationetl'alimentationjouent
unrôle,estdevenue difficile : c'est la déglutition, car on pourrait étouffer en avalant de travers. Au moment d'exécuter cetacte, les angoisses surviennent,ce qui rendla malade incapable d'avaler.Devant les médecins, elleava¬lera tout ce qu'on voudra, car elle se sent rassurée.
Cette observation
présente
commeprincipaux caractères
: Une causeétrangère
autube digestif, déterminant
uneobses-
Blanchereau 2
22
sion
digestive; et surtout
uneassociation de deux phobies,
unedigestive, l'autre respiratoire, inséparables l'une de l'autre dans
le territoire,
siège de cette obsession.
Observation II
PierreJanet,Les obs. et lapsych., obs. LXIX.
Phobie de ladéglutition.
Fok..., femme de 41 ans, appartient à une famille où
l'on
comptetoutes les dégénérescences
possibles
:unegrand'mère bizarre
etobsé¬
dée, une tante aliénée, une cousine aliénée, un cousin liqueur, un autre bec-de-lièvre avec rire spasmodique, etc. Elle fut
toujours très
intelligente etd'un esprit
trèsdélicat. Depuis
sonenfance,
celtedame
fut
hyponchondriaque, toujours maladroite dans les actions pratiques,
surtoutdans cellesqui
concernaient
son propre corps;elle s'émolionnait
pour manger, pour
aller
àla selle,
pouravoir
sesrègles, etc. Par
une sorte de malechance, il arrive, en effet,que ces personnesmaladroites
ont tous les accidents: elle n'arrivait pasà prendre un lavementsans
se blesser.
Elle eut une infection énorme après un accouchement, par réten¬
tion d'une partie du placenta... puis
des
tics(paramyoclonus multi¬
plex) puis elle
semit
àredouter la
mortsubite, qui, disait-elle, était
justifiée par son étatde
santé.Bientôt l'inquiétude s'étant
portée sur l'alimentation, l'idée de mort subite se précisa et devint la mort par suffocation. L'attention la plus grande fut dirigée sur toutes les actionsoù
pouvaient
seproduireles suffocations
eten particuliersur ladéglu¬
tition. Ce temps de l'alimentation devint d'abord difficile, puis l'effort
se dissipa en
dérivations diverses,
tics, grimaces, reniflements, cra¬chements au moment d'avaler. Enfin les angoisses devinrent énormes
au moment où la déglutition devait s'effectuer. Pour les diminuer, la malade étudia sa déglutition et en arriva à cette résolution singu¬
lière, c'est qu'elle
voulait
continuer à respirer et à respirer fortement pendantqu'elle avalait. Bien
entendu,elle
n'y parvientpas.Quand Fok... a perdu une dizaine de kilos de son poids, déjà bien
faible, elle mange un peu mieux, el reprend quelque force. Puis la malade peut recommencer sans trop de danger.
Ici, l'idée
obsédante a évolué parsubstitutions successives
d'obsessions et de
tics,
pourarriver à l'association des deux phobies, respiratoire et digestive,
commedans l'observation précédente.
Observation III P.Janet, obs. LXX.
Phobiede ladéglutition.
Les..., hommede 40 ans, marche à petits pas, paraît très faible,
teintpâle, mauvaise mine, ayant d'abord fait penserà une tumeur.
Cet aspectmaladif provient de ce que
l'estomac
digère mal et de ce que le malade ne mange pas suffisamment.Le malade ne souffre pas dans l'estomac au moment où il mange :
au contraire, il est plutôt soulagé par l'alimentation; mais deux
heures après,
l'épigaslre
se gonfle, le malade sent des gaz quis'agi¬
tent, qui montent, qui descendent. Les douleurs commencent, horri¬
blement pénibles. « Cela me ronge,cela me brûle, m'étouffe,un poids
me serre eu travers de la poitrine ». Ces douleurs durent plusieurs heures, jusqu'au repas suivant, souvent toute la nuit; le premier symptôme est donc constitué par des crises de douleurs gastriques tardives, survenant aprèsle repas.
Parmi les autres symptômes relatifs à l'estomac, la
région
épigas- trique est accessible à la pression, le creuxépigastrique
estballonné.
L'estomac est distendu, et l'on perçoit très facilement le
clapotage classique;
il semble qu'il y a un peud'augmentation du volume du
foie qui, en tout cas, est sensible à la pression.
Enfin, il
y aunetrès
grande constipation, avec dureté de la région du cœcum.
Il s'agit
de spasmes du pylore, de fermentations acides, et
peut-être d'hyper- chlorhydrie.
Ce malade mange très peu, et se nourrit très
difficilement;
cen'est
pas uniquement à cause des souffrances de l'estomac : celles-ci ne
— 24 —
surviennent quedeux ou
trois
heures après le repas. La vérité,c'est
que le malade ne peut avaler; les aliments ue peuvent pas pénétrer
dans l'estomac. Y a-t-il un spasme de
l'œsophage?
M.Tuffier
asondéle malade avec soin, sans rencontrer nulle part de
résistance; d'ail¬
leurs, le malade sait bien que les aliments ne
s'arrêtent
pas endes¬
cendant. C'est dans la gorge, dans la bouche,
qu'il
y a une gêne pour avaler : cettegêne consiste en ce que le malade sentqu'il étouffe,
ouqu'il a peur d'étouffer pendant le passage
de l'aliment.
Ils'arrête
toutcourtau momentd'avaler, il semblequ'il tomberaitsans connaissance
s'il continuait. La tête lui tourne, il a des saisissements, des terreurs de mourir, et il faut qu'il cesse de manger.
Aussi avale-t-il les ali¬
ments liquides par toutes petites gorgées en
respirant bien
entre chaque cuillerée.Alors que
dans l'observation précédente la phobie primitive
était du
type respiratoire, ici, c'est l'obsession digestive qui précède l'obsession respiratoire. D'ailleurs, il faut
remarquer quel'état de l'estomac est
une causesuffisante
pourmotiver
cette
priorité. Toutefois, la
causegastrique
aproduit
uneloca¬
lisation «
hétéronyme
» aupharynx, et dans
un sensrétrograde
ou
négatif (de l'anus à la bouche).
Observation IV P. Janet, obs. GXVI.
Spasmeœsophagienettroubles de déglutition.
Ev..., femme de 38 ans, ne peut se nourrir qu'avec la sonde œso¬
phagienne
qu'elle s'introduit
d'ailleurs elle-même; il lui estimpossible
d'avaler autrement les aliments. Dès qu'ellemetquelque aliment dans
sa bouche, surtout s'il est liquide ou à demi-liquide, elle éprouve
toutes sortes de gêne dans la bouche et dans le pharynx; sa langue
remue irrégulièrement dans tous les sens et ne parvient pas à
faire
progresser les aliments. Quand ceux-ci parviennent au fond de la bouche, ils déterminent des secousses du voile du palais et du pha-
— 25 —
rynx.
La malade fait toutes sortes de grimaces sans parvenir à avaler.
Quand le mouvement
de déglutition s'est accompli, Ev... veut
queles
aliments s'arrêtent dans sa gorge
au-dessus du
sternum :elle sent à
ce
point
unegêne croissante, et,
aubout de quelques minutes, elle est
obligée de
vomir.
Il y a là
simultanément des troubles de la déglutition et un spasme
de l'œsophage.
L'examen directnerévèle pas trace
de paralysie du voile du palais
qui se
relève bien
;la malade peut parler et chanter
sansarticulation
nasonnée. Les réflexes sont normaux. Le spasme peut
être constaté
par la sonde : on rencontre une
petite résistance qui cède bien vite.
Il y a
dix-huit mois, la malade fut atteinte d'une sorte de grippe avec
coryza et
mal
àla
gorge,et c'est quinze jours après cette dernière
maladie que les spasmes ont
commencé.
Dans ce cas,
le point de départ est
uneinfection, et la locali¬
sationest à peu
près homonyme,
avecpropagation à l'œsophage
dans le sens
positif (de la bouche à l'anus).
Observation V
P. Janet, p. 262.
Spasme de l'œsophage et vomissement.
Boui..., homme de 38 ans, a présenté
depuis
un an unbeau
spasmede
l'œsophage
qui s'estinstallé, prétend-il, à la suite de l'ingestion de
café trop chaud. Dès
qu'il absorbait des aliments, l'œsophage se res¬
serraitspasmodiquement, les
aliments restaient arrêtés avant d'arri¬
verà l'estomacet ne tardaient pas à être
rendus dans
unvomisse¬
ment. On pouvait très bien, avec la sonde,
vérifier l'existence de ce
spasme. Il mangeait très difficilement, ne se
nourrissait
quede liqui¬
des, et
quelquefois
ne pouvait rienabsorder.
A ce moment, notez bien
qu'il avait de l'appétit et qu'il aurait bien
mangé s'il avaitpu. Depuis
deux mois de traitement, il
aavalé de
mieux en mieux graduellement. Les purées
d'abord, puis les viandes
ont passé très bien. Maintenant, sauf de temps en temps quand il est ému, il avale toutce qu'il veut. Est-il guéri ? Poiut du tout, car, de¬
puis qu'il peut manger,
il
n'aplus
envie de manger ; le dégoût est sur¬venu, il prétend éprouver des pesanteurs, des fatigues, avoir envie de dormir quand il a mangé.
Eu somme, ilneveut
plus
manger.Il reste desjournées sans rien prendre. C'est tout à.fait le tableau de l'anorexie mentale en rapport avec des préoccupations hypocon¬
driaques.
Ici, le phénomène est
assezbizarre, il
seproduit
enquelque
sorte une « inversion » du trouble
primitif.
C'est un
exemple
assezfrappant,
noussemble-t-il, du défaut d'équilibre du sujet. Il
y alà
comme une «oscillation
»de la
fonction.
Observation YI P. Janet(obs.l).
Algie de l'œsophageet del'estomac.
Ja..., femme de 35 ans,est très riche en
algies
diverses; vers l'âgede
dix-sept
ans, elle commença à présenter des troubles respiratoi¬res...
Plus tard, la douleur fut dans
l'œsophage,
il y avait une constric-tion qui ne rendait pas difficile, mais extrêmement douloureux le passage des aliments. A vingt ans, la douleur était dans l'estomac :
celui-ci, surtout au moment des digestions, devenait le point de dé¬
part d'atroces exacerbations qui ne diminuaient qu'après le vomisse¬
mentde quelques glaires blanchâtres. A vingt-trois ans, l'algie fut
dans l'utérus.
Cette observation montre bien le défaut
d'équilibre des fonc¬
tions viscérales de la malade. Cette
algie nomade,
errante,est
la mêmeau
fond,
mais ellechange de place fréquemment, c'est
.une sorte
d'algie
«Protée
».Observation VII
P.Janet, obs. LI.
Algie del'estomac.
byx...,
femme de 28
ans,fille d'une mère très nerveuse et insup¬
portable,
atoujours été elle-même une nerveuse. Depuis l'âge de dix-
huit ans, elle avait des
douleurs de l'estomac et du ventre, elle s'en
plaignait
beaucoup; elle avait même quelques idées hypocondriaques
à ce sujet,
répétant qu'on allait l'opérer de l'appendicite.
Il y a
quelque temps, après un accouchement, elle a commencé h
avoirau milieu de la nuit des
crises singulières. Ces crises se sont
d'abord répétées
irrégulièrement
;elles surviennent maintenant toutes
les nuits. La malade s'endort
tranquillement
versdix heures; puis,
versuneheuredu malin, elle se
réveille brusquement
enpoussant de
grands cris;
elle
ala figure pâle, les yeux hagards, elle fait des con¬
torsions de tout le corps,
mais n'a
pasde convulsions véritables. Elle
répète qu'elle
souffre de l'estomac,
quece sont des brûlures épouvan¬
tablesetquecelte
douleur
vadéterminer la mort prochaine. Elle crie,
elle pleure, elle
demande l'extrème-onction. Cette agitation folle dure
une heureou deux,
puis la malade
secalme
un peuet vers six heures
du malin elle se rendort. Comme lacomédie se
reproduit toutes les
nuits depuis six
mois, le mari
commencejustement à s'inquiéter.
On a examiné les sécrétions
gastriques,
on aconstaté l'hypochlo-
rhydrie typique ;
l'absence complète d'HCl libre, une diminution
d'HCl combiné considérable, et une
hypopepsie à
peuprès complète.
Ce sont là des troubles qu'on
observe d'une manière banale chez
beaucoup de
neurasthéniques; suffisent-ils
pourexpliquer de sembla¬
bles crises '?
Cejour, ses préoccupations
sont dominées, masquées; mais la nuit,
pendant le sommeil, la résistanceest
moindre. Ses fermentations aci¬
des de la fin de la
digestion déterminent des brûlures, celles-ci amè¬
nent les rêves qui
multiplient
etgrossissent la sensation.
L'on remarque