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Contribution à l'étude des obsessions digestives · BabordNum

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(1)

FACULTÉ

DE

MEDECINE ET

DE PHARMACIE DE BORDEAUX

.A.ISr ISr E E 1902-1903 139

CONTRIBUTION

A L'KTUDK

THESE POUR LE DOCTORAT Ë:\ MED

présentée

et soutenue

publiquement le 17 Juillet 1933

Robert-Etienne-Emile BLANCHEREAU

à Paris(Seine),le 6juin 1877.

iMM. PITRES, professeur...

MOMACHE, professeur...

l'réside ni.

CABANNES, agrégé }Juges.

RÉGIS, ch. decours.

Le Candidat répondra aux questions qui lui seront faites sur les diverses parties de l'Enseignement médical.

BORDEAUX

IMPRIMERIE Y. CADORE

17, RUE POQUEtlN-MOLlKRE, 17 1903

(2)

FACULTÉ DE MEISECIM ET DE PHARMACIE DE BOItilËAUX

M. de NABIAS Doyen. | M. PITRES Doyen honoraire.

PROFESSEURS

MM. MICE !

DU PU Y Professeurs honoraires.

M> USSOUS. )

Clinique interne.

MM.

PICOT.

PITRES.

. , DEMONS.

Cliniqueexterne

j

LANIÎL0NGUE.

Pathologieetthérapeu¬

tiquegénérales VERGELY.

Thérapeutique ARNOZAN.

Médecineopératoire... MASSE.

Clinique d'accouchements

LEFOUR.

Anatoiniepathologique GO Y NE.

Anatoinie CANNIEU.

Anatoinie générale et

histologie VIAU ET.

Physiologie JOEYET.

Hygiène UAYET.

Médecinelégale MORACHE.

MM.

Physique biologique et

électricitémédicale... BERGONIE.

Chimie BLAREZ.

Histoirenaturelle GUILLAUD.

Pharmacie FIGUIER.

Matière médicale deNABIAS.

Médecineexpérimentale. FERRE.

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des enfants PIECHAUD.

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Clinique médicale des

maladies des enfants. A.MOUSSOUS Chimiebiologique DEN1GES.

Physique pharmaceutique.

Pathologieexotique.

SIGALAS.

LE DANTEC AGREGES EN EXERCICE :

section dk médecine (Pathologie interneetMédecine légale).

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SABRAZES.

II0 BBS.

CABANNES.

section llfl chirurgie et accouchements

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MM.D EN U CE.

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Anatoinie.

section des sciences anatomiqijiss et hhysioi.ogiques

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section des sciences physiques

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Clinique des maladies cutanéesetsyphilitiques Clinique des maladies des voies urinâmes Maladies du larynx,desoreilles et dunez Maladies mentales

Pathologie externe

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Physiologie Embryologie Ophtalmologie

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MM. DUBREUILH.

POUSSON.

MOURE.

REGIS.

DENUCE.

RONDOT.

ANDERODIAS.

PACHON.

PRINCETEAU.

LAGIUNGE.

CARLES.

l.e Secrétairede la Faculté : LEMAIRE.

l'ardélibération du 5 aoûtls"9, la Facultéaarrèié t|iie les opinions émises dans les Thèses ui

sont présentées doivenl être considéréescomme propres à leursauteurs, et qu'elle n'entend leur donner ni approbation ni impnDation.

(3)

A mon Président de

thèse,

Monsieur le Docteur PITRES Doyen honorairedelaFaculté de MédecinedeBordeaux, ProfesseurdeCliniquemédicale, Chevalierde laLégion d'honneur,

Membre correspondant de l'Académie de Médecine, Membrecorrespondant de la SociétédeBiologie,

Officierde l'Instruction publique.

Blanchereau r

(4)

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- -

Bïilq sb î'ïSYf

, ' . sr- msaB-y & ■; ; . ;

(5)

CONTIUBU T10 N A

l/ÉTUDE

DES

OBSESSIONS DIGESTIVES

Durant le xix®

siècle, l'étude des maladies mentales, après

un

développement de plus

en

plus intense, et la psychologie, naguère

encore

du domaine de la philosophie, tendent de jour

en

jour

à.passer

dans celui de la médecine.

A côté des troubles cérébraux constatés de

temps immémo¬

riaux,

comme la

folie, l'idiotie,

sont venus

progressivement

se

ranger

de

nouveaux

phénomènes psychiques, tels

que

les états épileptiques, hystériques, puis les états mentaux

en

rapport

avec certaines maladies infectieuses amenant une intoxication

passagère, permanente

ou

progressive,

comme

la

grossesse,

les

fièvres

typhoïde, scarlatine, les empoisonnements

par

l'alcool, l'opium, le plomb, etc.

Tout

spécialement

ces

dernières années

ont vu

naître toute

une série

d'études,

très

intéressantes

et très

approfondies,

con¬

cernant des troubles

psychologiques plus

ou

moins liés à des

troubles

physiologiques.

Les deux

principaux travaux publiés

en

France à

ce

sujet sont,

(6)

8 -

d'une

part, celui de MM. Pitres et Régis

«

Obsessions et impul¬

sions »,

d'autre part, celui de M. Pierre Janet

«

Les obsessions

et la

psychasthénie

».

C'est là

que se

trouvent étudiées, dans

leurs moindres nuances,

les formes multiples de

ces

troubles psychiques, dans

une

certaine

mesure «

compatibles

avec

la

raison ».

Parmi les nombreuses idées obsédantes

qui

y

sont étudiées,

il estune

catégorie qui

nous a

frappé tout particulièrement, tant

par

la fréquence

que par

le

«

contenu

»

de

ses

obsessions. C'est

le groupe

des

«

obsessions

»

digestives auxquelles

nous

allons

borner notre étude.

Dans un

premier chapitre,

nous

essaierons de montrer le mé¬

canisme des centres

psychiques

par

lequel les idées obsédantes peuvent arriver à s'imposer à

un

malade; puis les

causes

pré¬

disposantes et occasionnelles qui donneront de préférence nais¬

sance à une obsession

digestive; enfin le mécanisme

par

lequel s'objectivera chaque obsession.

Nous

présenterons ensuite

un

certain nombre d'observations groupées suivant l'ordre qui

nous a paru

le plus simple et le plus naturel, d'après les divers territoires de l'appareil digestif qui peuvent devenir le siège d'une obsession.

C'est à M. le

professeur Pitres

que nous

devons le sujet de

ce travail. Nous tenons à le remercier ici de la bienveillance

qu'il

nous a

toujours témoignée, et de l'honneur qu'il

nous

fait

en

acceptant la présidence de notre thèse.

Nous

garderons de notre

passage

dans

son

service de clinique

médicale le souvenir le meilleur de nos études à

l'hôpital.

M. le Dr Abadie nous a

toujours traité moins

en

élève qu'en

camarade;

il

nous a

prodigué

avec une

grande patience

ses conseils et sa science. Nous lui

exprimons toute notre sympathie

et toute notre cordiale reconnaissance.

(7)

I

La vie de l'homme est le résultat harmonieux de tout un

ensemble de fonctions

multiples et variées qui

se

retrouvent, à

des

degrés divers de développement, chez tous les animaux.

Parmi toutes ces

fonctions, il

en est un

certain nombre qui

se

développent

par

l'éducation chez chaque individu. Elles sont comprises

sous

le

110m

général de fonctions de relation;

par

exemple, la marche, la parole, les gestes, etc... Elles sont

sou¬

mises

plus

ou

moins directement à la volonté du sujet.

Examinons par

exemple l'ensemble des mouvements néces¬

saires à la translation de l'individu d'un endroit à un autre : la marche. Cette

fonction, si simple

en apparence,

qui, chez l'homme, devient rapidement automatique, est le résultat de

toute une série d'efforts soutenuspar une

grande attention de la part de l'enfant qui exécute

ses

premiers

pas.

Le nouveau-né ne sait faire

agir

aucun

de

ses

muscles,

sa volonté n'existe pas,

et les quelques mouvements qu'il exécute

sont de purs

réflexes.

D'autre

part, il existe chez le fœtus même

un

certain nombre d'organes qui fonctionnent, soit avant la naissance,

comme

le

cœur et même l'intestin, soit à

partir du moment même de l'expulsion du fœtus,

comme

le

poumon

et les muscles respira¬

toires.

Ces fonctions ainsi « amorcées » se modifieront fort peu

dans

le courant de la vie de

l'individu; il semble qu'elles ont atteint,

presque

dès le début, leur

état

parfait de développement. Elles

sont au nombre de trois

principales

:

la circulation, la digestion,

la

respiration.

Leur ensemble constitue la vie

rudimentaire, celle qu'on

a

(8)

10 -

appelée la vie végétative. Ce sont,

en

quelque sorte, les trois

fonctions nécessaires et suffisantes de la vie de l'individu. Elles sont sous la

dépendance d'une quatrième fonction, celle qui régit toutes les autres

:

la fonction

nerveuse.

Tous les organes

de la vie sont soumis à l'influence du

sys¬

tème nerveux. Chez les êtres

rudimentaires,

ce

système est

réduit à

quelques ganglions; mais, à

mesure que

la vie

se com¬

plique dans la série des êtres,

on

voit

ces

ganglions

se

multi¬

plier,

se grouper, pour

aboutir à la formation, chez les êtres supérieurs, d'une chaîne ininterrompue

:

l'axe cérébro-spinal,

dont le

type le plus parfait de développement existe dans l'espèce humaine. Toutefois cette continuité des ganglions n'est

nullement une

fusion,

on

pourrait même dire

«

confusion

»,

de

tous en un seul. S'il est

impossible de distinguer

au

premier

abord des démarcations dans cette substance nerveuse,

les expériences physiologiques et cliniques ont permis d'établir des

divisions

multiples dans les fonctions de Taxe

nerveux.

A

chaque

organe,

à chaque fonction

ou

partie constituante

de

fonction, correspond

un

endroit déterminé de cet

axe ner¬

veux, un groupe

de cellules spéciales,

que

Ton désigne

sous

le

nomde « centres». C'est ainsi que nous

considérerons le système cérébro-spinal dans

ses

rapports

avec

les fonctions vitales.

La division en

quelque sorte la plus grossière du système

nerveux consiste à

distinguer deux parties essentielles

:

d'une part le

cerveau,

de l'autre la moelle.

La différence existe entre ces deux groupes

de centres,

non seulement au

point de

vue

morphologique, mais

encore

et

sur¬

tout au

point de

vue

de la fonction

nerveuse.

Nous avons vuque

les fonctions de la vie végétative précèdent

de

beaucoup les fonctions de la vie de relation

; nous

devons

induire de là que

les centres correspondant

aux

premières apparaissent avant les centres correspondant

aux

secondes. C'est

ce que

Ton trouve chez le fœtus, où la moelle

est

formée avant l'encéphale.

Celui-ci n'a aucun rôle actif durant toute la vie intra-utérine et ce n'est

qu'après la naissance

que

le

cerveau commencera sa

(9)

11

vie propre, pour

ainsi dire, sa vie de volonté, de conscience, de

mouvement.

Les fonctions

indispensables, élémentaires de la vie (circula¬

tion,

respiration, digestion) sont les premières éveillées-; et une

fois commencées

elles continuent à s'accomplir

sans

arrêt, sans

trêve. La

respiration,

par

exemple, a un début brusque, une

sorte de déclanchement, au

moment de l'expulsion du fœtus,

elle continuera,

toujours la même

ou

à

peu

près jusqu'à la mort

de l'individu.

Mais si la moelle est

chronologiquement la première partie

du

système

nerveux

mise en fonction chez l'individu, elle ne

larde pas

à prendre

une

place effacée à mesure que l'être se développe, surtout

un

être aussi complexe que l'homme.

De sorte que

les centres médullaires qui, au déhut, ont présidé

seuls aux fonctions

essentielles de la vie, suffiront, dans la vie

normale, à

entretenir le mouvement commencé. Et la moelle,

chargée du travail de la vie végétative, laissera au cerveau toute

liberté pour

accomplir les fonctions, chronologiquement secon¬

daires et factices pour

ainsi dire de la vie de relations (le mot

relation étant

pris dans

son

acception la plus large).

C'est alors que

l'encéphale commence sa vie propre, si active,

si

complexe, si variée et

encore

si mystérieuse pour nous.

L'enfant

reçoit d'une façon constante des sensations répétées,

multiples, qui éveillent et attirent

son

attention.

Rapidement,

une

division

se

fait dans le cerveau, d'ailleurs

préparé

par

l'atavisme; les centres sensoriels s'organisent, cen¬

tres de

l'audition, de la

vue,

du goût, du toucher, etc.

Puis les

impressions, les vibrations perçues sont élaborées,

transformées,

transmises à divers

groupes

de cellules nerveuses plus nouvellement formées et qui constituent des centres moteurs

destinés à traduire par

du mouvement la sensation reçue.

Les mouvements sont d'abord de

faibles ébauches, puis ils se

coordonnent, se

précisent,

se

compliquent et deviennent un

geste,

une

parole, etc.

Et

toujours la vie végétative s'accomplit, muette mais régu¬

lière; le

cœur

envoie le

sang aux

artères, les muscles respira-

(10)

12

toires font alterner

l'inspiration et l'expiration, les muscles

lisses de l'intestin et des

glandes continuent

leurs mouvements

régu¬

liers d'assimilation et de désassimilation.

Mais

voici,

tout à coup, au

milieu de

cette

indifférence,

que les

occupations supérieures

cessent

brusquement, disparaissent,

mises en

déroute..., c'est qu'une des fonctions

essentielles vient

d'être,

non pas

interrompue (ce serait la mort), mais gênée,

menacée dans son

accomplissement

et aussitôt le sentiment de cette fonction menacée envahit le

champ de la conscience,

accapare

toute l'attention

de l'individu.

C'est que,

dans le système

nerveux,

rien

n'est

isolé,

tout se

tient,

tout

correspond; chaque cellule, chaque

groupe est

relié

à

plusieurs autres,

et par ces autres à toutes les autres

cellules;

c'est ainsi que

la moelle

est en communication directe et cons¬

tante avec le cerveau. Celui-ci contient donc des centres

supé¬

rieurs de la vie

végétative qui,

à

l'état

normal de bon fonction¬

nement, exercent

simplement

un

contrôle,

une surveillance des centres médullaires

correspondants,

«

homologues

».

Qu'un

caillot s'arrête dans une

artère, qu'un calcul

écorche la muqueuse

du canal cvstique, qu'une poussière chatouille

la

glotte, le

cerveau est immédiatement averti et les centres

supé¬

rieurs cessent

brusquement

et totalement leur fonction

pendant

que

l'organisme entier

se défend contre la cause

qui pourrait suspendre la fonction végétative

menacée. Mais tout rentre dans l'ordre et chacun

reprend

son travail;

le système

nerveux

supé¬

rieur oubliera son auxiliaire.

Si,

à

l'état

devienormale considérée chez unindividu au

point

de vue purement

animal,

nous voyons

les

centres

végétatifs

occuper une

place secondaire, effacée,

combien doivent-ils être

relégués loin chez l'homme,

en rapportconstant avec ses sem¬

blables, assailli d'occupations

et des

préoccupations de la vie

sociale!

La société crée à l'homme des devoirs

multiples qui occupent

d'une

façon ininterrompue les journées

et une

partie des

nuits de l'individu. Ce sont les devoirs

professionnels d'abord, puis

les devoirs de l'homme en tant que

chef de

famille. A ce

titre,

(11)

- 13

ilsubitun autre ensemble

d'occupations, de préoccupations

car, cette

fois, il faut

non

seulement vivre, mais faire vivre; il faut prévoir.

Si l'on

ajoute à cela les distractions nécessaires, les besoins,

les

habitudes,

on

voit combien les fonctions végétatives

sont

reléguées, dissimulées derrière

ces

couches surajoutées de

fonctions artificielles sans

doute, mais de plus

en

plus impor¬

tantes à mesure que

l'homme

avance en

âge dans

une

société

de

plus

en

plus compliquée.

Est-ceà dire que

le rôle des centres de la vie végétative

en

soi^

amoindri? Nullement. Les fonctions de

digestion, de circulation,

de

respiration

sont

indispensables à la vie même de l'être.

Elles sont solidaires les unes des autres;

l'arrêt d'une

seule d'entre elles entraîne fatalement l'arrêt de toutes les autres, et par

conséquent la mort de l'individu.

De

plus, si leur travail

est

plus effacé, plus silencieux, il n'en

est pas

moins incessant. Leur accomplissement nécessite même

des actes

journaliers répétés à heure fixe, indispensables.

Tandis que

le

cerveau,

considéré

comme centre

général de la

vie de

relations,

de lavie

sociale,

a besoin

de

repos,

et

un

besoin impérieux, les

organes

de la vie végélative, et

par

conséquent

leurs centres médullaires ne se

reposent jamais. Ils continuent

leur fonction

régulière pendant le sommeil, réparant ainsi

pen¬

dant la nuit les

dépenses faites

par

le

cerveau

pendant le jour.

Ainsi,

d'une

part

nous avons

des fonctions régulières, inces¬

santes,

indispensables, dont l'arrêt

entraîne

la

mort.

D'autre part,

des fonctions multiples, factices, intermittentes, impérieuses

mais

pouvant

cesser

d'un instant à l'autre

sans entraîner la mort de l'individu.

Maisla cessation

brusque de

ces

fonctions secondaires n'atteint

pas

la

vie dans son essence même, elle

peut

y

apporter des troubles,

des

perturbations

graves,

menaçantes, et pouvant

même entraîner la déchéance morale ou

physique de l'homme.

Il se crée en

effet,

chez un être normal, une sorte

d'équilibre

entre les différentes fonctions

vitales, Mais il faut bien

remar¬

quer que

plus il

y aura

disproportion entre les fonctions natu-

(12)

14

relies et les fonctions

artificielles, plus cet équilibre

sera

rendu

instable,

et

plus il

aura

de chances d'être rompu.

C'est ainsi que

chez des

gens

qui, du fait même de leur pro¬

fession,

hypertrophient

en

quelque sorte le centre de vie sociale,

il suffira d'une cause minime pjur

apporter

un

trouble grave

dans

l'équilibre des fonctions cérébrales.

Parmi les hommes les

plus exposés,

se

placent tous les tra¬

vailleurs intellectuels :

poètes, écrivains, professeurs, composi¬

teurs,

musiciens, hommes politiques, etc. Il est

presque

superflu

de dire que

l'hérédité jouera

1111

rôle prépondérant. A côté de

ces causes

prédisposantes

se

trouvent les causes occasionnelles

à la faveur

desquelles

se

produira le déclanchement, la rup¬

ture

d'équilibre.

Parmi ces causes,

la principale est naturellement

une

maladie

quelconque, plus

ou

moins

grave,

venant interrompre le cours normal, journalier de la vie d'un individu : comme une fièvre

infectieuse,

une

chute

avec

fracture d'un membre, etc...

Mais ici la cause est tellement

flagrante, tellement évidente,

que

la perturbation psychique qu'elle amène en est la consé¬

quence

fatale, logique

;

à tel point

que non

seulement le ma¬

lade, mais

encore

et à juste titre,

son

entourage,

ses

parents,

ses

amis,

ensont

préoccupés.

Aussi ne nous arrêterons-nous pas

à cette première catégorie

de faits.

A côté de la maladie grave,

évidente,

se

trouvent d'autres

causes

pathologiques de beaucoup moindre importance, qui dif¬

féreront de la

précédente

par

divers caractères

que

nous allons

essayer

de mettre

en

relief.

Ce

qui frappe tout d'abord le médecin à qui viennent se con¬

fier certains malades c'estla

disproportion qui existe entre les

phénomènes pathologiques d'une part, généralement insigni¬

fiants, accusés par

le malade, et, d'autre part, la perturbation

énorme

apportée dans l'esprit du malade

; une cause

matérielle

minima occasionnant un trouble maximum. Il

semble

que

le

malade voie sonmal à travers les lentilles

grossissantes de son

imagination.

(13)

15

Un autre caractère de ce genre

de maladie, c'est l'incrédulité

souvent

ironique, parfois brutale,

que

le malheureux rencontre

chez les gens

à qui il

se

confie, surtout dans sa famille, et quel¬

quefois même, il faut l'avouer, auprès de quelques médecins.

Certes,

cela n'est point fait

pour

guérir le malade, au contraire.

Celui-ci se

replie

en

lui même, il

«

rumine

»

son mal plus ou

moins

patiemment, il s'y complaît amèrement, et devenu mé¬

fiant,

ne

livre qu'avec peine

ou

après de nombreuses réticences

sa

longue

«

auto-observation

»,

de préférence même il l'écrit :

c'est « la feuille de

papier légendaire du neurasthénique »,

comme dit le

professeur Pierre Janet.

De sorte que

le malade est seul à comprendre qu'il est ma¬

lade et c'est là le troisième caractère

principal de celte maladie.

Ainsi,

une

lésion presqu'insignifiante, masquée par les occu¬

pations, la vie courante, prendra

une

place prépondérante dès

qu'une habitude régulière, constante,

«

remplissant la vie du

sujet

»,

viendra à

cesser

brusquement,

comme

par exemple la

mise àla retraite du fonctionnaire.

Une cause moindre encore

peut avoir le même résultat.

11 suffit que

l'attention soit attirée

sur

tel ou tel organe et

les maladies dont il

peut être le siège;

une

conversation enten¬

due à propos

d'un malade, la

vue

d'une opération, suffisent à

provoquer

la

peur

de telle

ou

telle maladie.

Enfin, il peut n'y avoir

aucune cause

efficiente connue. L'idée,

la peur,

l'obsession s'établit insidieusement,

comme

par degrés,

d'abord

insignifiante, puis

peu

à

peu

elle

en

arrive à envahir

complètement le champ de la pensée et forme (que l'on nous pardonne la hardiesse de la métaphore) à la façon d'un néo¬

plasme,

une sorte

de

« cancer

psychique

».

(14)

II

Une fois le trouble

porté dans le fonctionnement

cérébral d'un

individu, lorsque l'équilibre

se

trouve

rompu,

il

se

forme

en

quelque sorte

un

tourbillon parmi les idées, les fonctions

mentales et,

suivant

que

telle idée, tel

centre

de

fonction se trouveoccuper

(à l'insu de l'individu,

à

l'état normal)

une

place prépondérante c'est

sur

cette idée,

sur cette

fonction

que va se

porter toute l'attention du malade.

Les idéesobsédantes, les obsessions,

phobies, algies, angois¬

ses,

scrupules, etc... sont

en

nombre incalculable

et

d'ordres

si

divers, si variés,

que

leur classification n'a

pas,

jusqu'à présent,

été tentée, à notre

connaissance.

Il serait téméraire de notre

part de vouloir entreprendre

un

pareil travail. Aussi

nous contenterons-nous

d'apporter seule¬

ment une

légère contribution

à

l'étude des

obsessions.

Nous laisserons de côté toutes les idées obsédantes d'ordre

purement psychique, c'est-à-dire n'ayant

aucun caractère ma¬

tériel ou

organique,

comme

les manies d'interrogation

assez

fréquentes

sur

l'existence de Dieu,

de

l'infini,

de l'au

delà, les

obsessions de

crime,

les

scrupules religieux,

etc... etc...

Parmi le lot encore si nombreux des obsessions

ayant

une

manifestation,

une localisation

plus tangible, plus concrète,

nous pouvons

distinguer plusieurs

groupes : par

exemple les scrupules de la marche, de la respiration, les gestes répétés, plus

ou

moins coordonnés, les tics,

etc.

Mais il existe à notre avis deux groupes

principaux qui parais¬

sent se détacher par

leur importance

et se

placer

en

avant de

tous les autres : ce sont les obsessions

génitales

et

les obsessions

digestives.

(15)

17

Remarquons

en

passant

que ces

deux grandes fonctions, la génération et la nutrition,

ne

sont point aussi différentes qu'elles

le

paraissent. Elles sont toutes deux les éléments fondamentaux

de cette

grande loi naturelle qui veut

que

tout être vivant

une fois créé tende à

prolonger

son

existence,

non

seulement

comme individu,

mais aussi

comme

espèce. Le fameux instinct

«

de la

conservation » se

manifeste, chez l'individu,

par

la nutrition,

l'alimentation et, dans

l'espèce,

par

la génération, la reproduc¬

tion.

Toutefois,

cette

question des obsessions génitales, si intéres¬

sante et si grave par ses

conséquences morales et sociales, il

faudrait une main

plus autorisée et plus sûre

que

la nôtre

pour

la traiter comme il convient. Nous la laissons à

plus digne

que

nous.

Notre étude se trouvera donc bornée à la seule fonction de la nutrition et de la

digestion.

Nous allons nous efforcer de montrer comment les idées obsédantes se localisent à telle ou telle

partie de la fonction,

ou à la fonction tout entière et nous proposerons une

division

des obsessions suivant les territoires du tube

digestif qu'elles

intéressent.

(16)

III

La fonction del'alimentation et de la

digestion est assurément

celle

qui nécessite

pour son

accomplissement les actes les plus

variés,

les plus complexes, les plus fréquents, les plus impérieux.

Elle exerce chez tous lesêtres vivants, et surtout chez

l'homme,

une sorte de

tyrannie à

peu

près constante. Elle est la

cause

et

le

but, directement

ou

indirectement, de la majorité de

nos

actes,

de nos

industries, de

nos

rapports commerciaux.

Mais à ne considérer la fonction que

chez l'individu,

nous remarquons

quelle place elle tient dans

nos

habitudes, dans

nos besoins

quotidiens. Deux fois

par

jour,

au

moins, l'homme

cesse toute

occupation

pour

satisfaire

sa

faim,

son

besoin d'alimenta¬

tion. Pour

beaucoup, le

repas

est

une

préoccupation, et plus

encore la

digestion. Le nombre est incalculable des

gens

préoc¬

cupés,

avec

raison le plus souvent, du bon fonctionnement de

leur estomac ou de leur ventre.

Lesorganes

à qui incombe cette fonction sont fort compliqués

et, à

la façon d'une machine,

se

dérangent fréquemment, soit

parce que

très souvent

ou

les

a

surchargés de besogne inutile

ou

irrégulièrement distribuée, soit enfin et plus souvent peut-être

sans cause connue. Le mauvais estomac des

neurasthéniques est quasi-légendaire, et

nous ne

saurions mieux faire

que

de citer à

ce

sujet

un

des maîtres les plus compétents

en

cette matière,

M. le Professeur Janet.

« Les troubles

gastro-intestinaux

en

rapport

avec

l'obsession et

»

l'angoisse sont importants, mais difficiles

à

étudier. En effet il

» ne faut pas

oublier

que

tous

ces

malades

ont,au

suprême degré,

» l'état

neurasthénique dans lequel les troubles de l'estomac et

(17)

19

del'intestin sontfondamentaux.

Presque toujours leur alimen¬

tation,

leur digestion gastrique, leurs fonctions intestinales

sonttrès défectueuses, et

cela d'une manière constante... Chez

certains,

il

y aune

sorte d'alternance entre les troubles psychi¬

ques

et les troubles gastriques. Cependant on constate parfois

destroubles de l'alimentation etde la

digestion qui coïncident

avec

l'angoisse. La plupart des malades refusent de manger pendant leur angoisse. D'autres ont des crises de boulimie.

Parmiceux

qui continuent à

manger, un

grand nombre

se

plai¬

gnent

de nausées pénibles. Il faut noter aussi les crises de

diarrhée que

l'on observe de temps

en

temps.

»

L'aspect général des malades est

presque

toujours mauvais :

ils sont

maigres, ont

un

mauvais teint et changent de mine et d'aspect d'une façon très rapide et très fréquente.

» Le trouble

physiologique principal, dans la majorité des

malades,

est

constitué

par

les troubles de la digestion stoma¬

cale. Un

petit nombre présente de l'exagération de l'appétit,

unbesoin

perpétuel de nourriture.

» Mais en

général la grande majorité des psychasthéniques

mange

fort

peu.

Les malades sont plutôt dégoûtés de toute

alimentation.

» Les douleurs commencent presque

toujours dès

que

les

malades ont

mangé

: ce

sont des

crampes,

des brûlures... des

vomissements, mais

ce

phénomène n'est

pas

très fréquent. Ce

qui est

constant,

c'est

que

l'estomac est gonflé et pesant; les

malades

étouffent, ont des bâillements, sont forcés de

se

des¬

serrer... on constate du

clapotement de l'estomac distendu...

» Des modifications abdominales etintestinales

accompagnent

presque

toujours

ces

troubles gastriques... On note, dans

l'immense

majorité des

cas, une

constipation opiniâtre

avec selles

glaireuses

»

(1).

La fonction

digestive occupant

une

si grande place dans la vie

quotidienne, il

est donc tout

naturel qu'elle attire fréquemment

1attention du

malade, dès qu'une perturbation

se sera

produite

(1) P.Janet,Les obsessions etlapsychasthénie, I,p. 410 s.

(18)

dans

l'équilibre mental du sujet, et cela d'autant mieux

que

les

organes

intéressés

seront

atteints de lésions plus

ou

moins

pro¬

fondes, auxquelles les occupations et préoccupations de l'indi¬

vidu à l'état normal formaient comme un rideau.

Etant donné la

rupture de cet équilibre et la prédominance

d'un centre de la vie

végétative (centre digestif

en ce

qui

nous

concerne),comment

va

bien pouvoir

se

manifester,

se

matériali¬

ser le nouvel état

d'esprit du malade? Le mécanisme

nous

parait avoir

une

grande analogie

avec

le mécanisme de la loca¬

lisation des sensations dans le

système

nerveux

sensoriel.

Supposons,

pour

la clarté de l'explication,

une cause

occasion¬

nelle

d'origine digestive

: par

exemple

une

dent cariée, de la dyspepsie, etc.

Il

peut

se

produire

une

localisation de l'idée obsédante

au

point même d'où

est

partie la sensation de lésion

:

le malade

aura une obsession dentaire pour une

carie dentaire,

une

obses¬

sion

gastrique

pour

de la dyspepsie.

A une cause déterminée

correspondra

une

idée obsédante

«

homonyme

»

de même territoire.

Ou bien la même cause

produira

une

obsession localisée

à un

segment tout

autre du tube digestif

: par

exemple, l'avulsion

d'une dent provoquera une

obsession de défécation. A

unecause déterminée

correspondra

une

idée obsédante

«

hétéronyme

»

localisée à un territoire différent.

Ou bien encore, la même cause

toujours

pourra

produire

une

obsession,

non

plus localisée

à

telle

ou telle

partie du tube digestif, mais cette fois généralisée

à toute

la fonction

: ce sera

une sorte d'« irradiation ».

A une cause déterminée

correspondra

une

idée obsédante

« irradiée » à tout le territoire

digestif.

Toutefois, parmi les

causes

pouvant déterminer

une

localisa¬

tion d'obsession sur la fonction

digestive, il

en est

qui

ne

font point partie du territoire digestif,

par

exemple la honte du

corps, les

pactes faits

pour

mourir, etc... Nous

croyons

toutefois

pou¬

voir les faire entrer dans le cadre des obsessions

digestives.

Parmi les territoires

peuvent

se

localiser les obsessions,

(19)

- 21

nous en avons

distingué cinq principaux, correspondant

aux

cinq principaux temps de la digestion.

Nous les avons réunis de la

façon suivante

enun tableau :

dents langue l«r Tempsde la digestion :mastication, territoire correspondant:la bouche

j

» déglutition » lepharynx

l'œsophage

»

digestion gastrique » l'estomac » digestionintestinale » l'intestin

5e »

expulsion, défécation » rectumet

anus

C'est dans l'ordre

indiqué dans

ce

tableau

que nous

allons présenter les quelques observations d'obsessions digestives

que

nous avons recueillies.

Observation 1

PierreJanet, Les obsessions ellapsychasthénie,II,p. 162, obs. LXVIII.

Phobiede ladéglutition.

R..., femme de 29 ans, toujours

hypochondriaque

et inquiète, a eu

au mois dejuin 1902unecongestion pulmonaireplusoumoinssérieuse, toujours est-il

qu'elle

s'en préoccupe à propos desa respiration et est restée

inquiète

en pensant à des suffocations possibles. Plus tard,

quelques

douleurs d'estomac qui semblent s'être développées après

une chute de tramway, ont attiré également l'attentionsur l'alimen¬

tation.

Ces deux

inquiétudes

se sont réunies et une fonction particulière, dans

laquelle

la respirationetl'alimentation

jouent

unrôle,estdevenue difficile : c'est la déglutition, car on pourrait étouffer en avalant de travers. Au moment d'exécuter cetacte, les angoisses surviennent,ce qui rendla malade incapable d'avaler.Devant les médecins, elleava¬

lera tout ce qu'on voudra, car elle se sent rassurée.

Cette observation

présente

comme

principaux caractères

: Une cause

étrangère

au

tube digestif, déterminant

une

obses-

Blanchereau 2

(20)

22

sion

digestive; et surtout

une

association de deux phobies,

une

digestive, l'autre respiratoire, inséparables l'une de l'autre dans

le territoire,

siège de cette obsession.

Observation II

PierreJanet,Les obs. et lapsych., obs. LXIX.

Phobie de ladéglutition.

Fok..., femme de 41 ans, appartient à une famille où

l'on

compte

toutes les dégénérescences

possibles

:une

grand'mère bizarre

et

obsé¬

dée, une tante aliénée, une cousine aliénée, un cousin liqueur, un autre bec-de-lièvre avec rire spasmodique, etc. Elle fut

toujours très

intelligente et

d'un esprit

très

délicat. Depuis

son

enfance,

celte

dame

fut

hyponchondriaque, toujours maladroite dans les actions pratiques,

surtoutdans cellesqui

concernaient

son propre corps;

elle s'émolionnait

pour manger, pour

aller

à

la selle,

pour

avoir

ses

règles, etc. Par

une sorte de malechance, il arrive, en effet,que ces personnes

maladroites

ont tous les accidents: elle n'arrivait pasà prendre un lavementsans

se blesser.

Elle eut une infection énorme après un accouchement, par réten¬

tion d'une partie du placenta... puis

des

tics

(paramyoclonus multi¬

plex) puis elle

se

mit

à

redouter la

mort

subite, qui, disait-elle, était

justifiée par son état

de

santé.

Bientôt l'inquiétude s'étant

portée sur l'alimentation, l'idée de mort subite se précisa et devint la mort par suffocation. L'attention la plus grande fut dirigée sur toutes les actions

pouvaient

seproduire

les suffocations

eten particuliersur la

déglu¬

tition. Ce temps de l'alimentation devint d'abord difficile, puis l'effort

se dissipa en

dérivations diverses,

tics, grimaces, reniflements, cra¬

chements au moment d'avaler. Enfin les angoisses devinrent énormes

au moment la déglutition devait s'effectuer. Pour les diminuer, la malade étudia sa déglutition et en arriva à cette résolution singu¬

lière, c'est qu'elle

voulait

continuer à respirer et à respirer fortement pendant

qu'elle avalait. Bien

entendu,

elle

n'y parvientpas.

Quand Fok... a perdu une dizaine de kilos de son poids, déjà bien

(21)

faible, elle mange un peu mieux, el reprend quelque force. Puis la malade peut recommencer sans trop de danger.

Ici, l'idée

obsédante a évolué par

substitutions successives

d'obsessions et de

tics,

pour

arriver à l'association des deux phobies, respiratoire et digestive,

comme

dans l'observation précédente.

Observation III P.Janet, obs. LXX.

Phobiede ladéglutition.

Les..., hommede 40 ans, marche à petits pas, paraît très faible,

teintpâle, mauvaise mine, ayant d'abord fait penserà une tumeur.

Cet aspectmaladif provient de ce que

l'estomac

digère mal et de ce que le malade ne mange pas suffisamment.

Le malade ne souffre pas dans l'estomac au moment où il mange :

au contraire, il est plutôt soulagé par l'alimentation; mais deux

heures après,

l'épigaslre

se gonfle, le malade sent des gaz qui

s'agi¬

tent, qui montent, qui descendent. Les douleurs commencent, horri¬

blement pénibles. « Cela me ronge,cela me brûle, m'étouffe,un poids

me serre eu travers de la poitrine ». Ces douleurs durent plusieurs heures, jusqu'au repas suivant, souvent toute la nuit; le premier symptôme est donc constitué par des crises de douleurs gastriques tardives, survenant aprèsle repas.

Parmi les autres symptômes relatifs à l'estomac, la

région

épigas- trique est accessible à la pression, le creux

épigastrique

est

ballonné.

L'estomac est distendu, et l'on perçoit très facilement le

clapotage classique;

il semble qu'il y a un peu

d'augmentation du volume du

foie qui, en tout cas, est sensible à la pression.

Enfin, il

y aune

très

grande constipation, avec dureté de la région du cœcum.

Il s'agit

de spasmes du pylore, de fermentations acides, et

peut-être d'hyper- chlorhydrie.

Ce malade mange très peu, et se nourrit très

difficilement;

ce

n'est

pas uniquement à cause des souffrances de l'estomac : celles-ci ne

(22)

24

surviennent quedeux ou

trois

heures après le repas. La vérité,

c'est

que le malade ne peut avaler; les aliments ue peuvent pas pénétrer

dans l'estomac. Y a-t-il un spasme de

l'œsophage?

M.

Tuffier

asondé

le malade avec soin, sans rencontrer nulle part de

résistance; d'ail¬

leurs, le malade sait bien que les aliments ne

s'arrêtent

pas en

des¬

cendant. C'est dans la gorge, dans la bouche,

qu'il

y a une gêne pour avaler : cettegêne consiste en ce que le malade sent

qu'il étouffe,

ou

qu'il a peur d'étouffer pendant le passage

de l'aliment.

Il

s'arrête

tout

courtau momentd'avaler, il semblequ'il tomberaitsans connaissance

s'il continuait. La tête lui tourne, il a des saisissements, des terreurs de mourir, et il faut qu'il cesse de manger.

Aussi avale-t-il les ali¬

ments liquides par toutes petites gorgées en

respirant bien

entre chaque cuillerée.

Alors que

dans l'observation précédente la phobie primitive

était du

type respiratoire, ici, c'est l'obsession digestive qui précède l'obsession respiratoire. D'ailleurs, il faut

remarquer que

l'état de l'estomac est

une cause

suffisante

pour

motiver

cette

priorité. Toutefois, la

cause

gastrique

a

produit

une

loca¬

lisation «

hétéronyme

» au

pharynx, et dans

un sens

rétrograde

ou

négatif (de l'anus à la bouche).

Observation IV P. Janet, obs. GXVI.

Spasmeœsophagienettroubles de déglutition.

Ev..., femme de 38 ans, ne peut se nourrir qu'avec la sonde œso¬

phagienne

qu'elle s'introduit

d'ailleurs elle-même; il lui est

impossible

d'avaler autrement les aliments. Dès qu'ellemetquelque aliment dans

sa bouche, surtout s'il est liquide ou à demi-liquide, elle éprouve

toutes sortes de gêne dans la bouche et dans le pharynx; sa langue

remue irrégulièrement dans tous les sens et ne parvient pas à

faire

progresser les aliments. Quand ceux-ci parviennent au fond de la bouche, ils déterminent des secousses du voile du palais et du pha-

(23)

25

rynx.

La malade fait toutes sortes de grimaces sans parvenir à avaler.

Quand le mouvement

de déglutition s'est accompli, Ev... veut

que

les

aliments s'arrêtent dans sa gorge

au-dessus du

sternum :

elle sent à

ce

point

une

gêne croissante, et,

au

bout de quelques minutes, elle est

obligée de

vomir.

Il y a

simultanément des troubles de la déglutition et un spasme

de l'œsophage.

L'examen directnerévèle pas trace

de paralysie du voile du palais

qui se

relève bien

;

la malade peut parler et chanter

sans

articulation

nasonnée. Les réflexes sont normaux. Le spasme peut

être constaté

par la sonde : on rencontre une

petite résistance qui cède bien vite.

Il y a

dix-huit mois, la malade fut atteinte d'une sorte de grippe avec

coryza et

mal

à

la

gorge,

et c'est quinze jours après cette dernière

maladie que les spasmes ont

commencé.

Dans ce cas,

le point de départ est

une

infection, et la locali¬

sationest à peu

près homonyme,

avec

propagation à l'œsophage

dans le sens

positif (de la bouche à l'anus).

Observation V

P. Janet, p. 262.

Spasme de l'œsophage et vomissement.

Boui..., homme de 38 ans, a présenté

depuis

un an un

beau

spasme

de

l'œsophage

qui s'est

installé, prétend-il, à la suite de l'ingestion de

café trop chaud. Dès

qu'il absorbait des aliments, l'œsophage se res¬

serraitspasmodiquement, les

aliments restaient arrêtés avant d'arri¬

verà l'estomacet ne tardaient pas à être

rendus dans

un

vomisse¬

ment. On pouvait très bien, avec la sonde,

vérifier l'existence de ce

spasme. Il mangeait très difficilement, ne se

nourrissait

que

de liqui¬

des, et

quelquefois

ne pouvait rien

absorder.

A ce moment, notez bien

qu'il avait de l'appétit et qu'il aurait bien

mangé s'il avaitpu. Depuis

deux mois de traitement, il

a

avalé de

mieux en mieux graduellement. Les purées

d'abord, puis les viandes

(24)

ont passé très bien. Maintenant, sauf de temps en temps quand il est ému, il avale toutce qu'il veut. Est-il guéri ? Poiut du tout, car, de¬

puis qu'il peut manger,

il

n'a

plus

envie de manger ; le dégoût est sur¬

venu, il prétend éprouver des pesanteurs, des fatigues, avoir envie de dormir quand il a mangé.

Eu somme, ilneveut

plus

manger.

Il reste desjournées sans rien prendre. C'est tout à.fait le tableau de l'anorexie mentale en rapport avec des préoccupations hypocon¬

driaques.

Ici, le phénomène est

assez

bizarre, il

se

produit

en

quelque

sorte une « inversion » du trouble

primitif.

C'est un

exemple

assez

frappant,

nous

semble-t-il, du défaut d'équilibre du sujet. Il

y a

comme une «

oscillation

»

de la

fonction.

Observation YI P. Janet(obs.l).

Algie de l'œsophageet del'estomac.

Ja..., femme de 35 ans,est très riche en

algies

diverses; vers l'âge

de

dix-sept

ans, elle commença à présenter des troubles respiratoi¬

res...

Plus tard, la douleur fut dans

l'œsophage,

il y avait une constric-

tion qui ne rendait pas difficile, mais extrêmement douloureux le passage des aliments. A vingt ans, la douleur était dans l'estomac :

celui-ci, surtout au moment des digestions, devenait le point de dé¬

part d'atroces exacerbations qui ne diminuaient qu'après le vomisse¬

mentde quelques glaires blanchâtres. A vingt-trois ans, l'algie fut

dans l'utérus.

Cette observation montre bien le défaut

d'équilibre des fonc¬

tions viscérales de la malade. Cette

algie nomade,

errante,

est

la mêmeau

fond,

mais elle

change de place fréquemment, c'est

.une sorte

d'algie

«

Protée

».

(25)

Observation VII

P.Janet, obs. LI.

Algie del'estomac.

byx...,

femme de 28

ans,

fille d'une mère très nerveuse et insup¬

portable,

a

toujours été elle-même une nerveuse. Depuis l'âge de dix-

huit ans, elle avait des

douleurs de l'estomac et du ventre, elle s'en

plaignait

beaucoup; elle avait même quelques idées hypocondriaques

à ce sujet,

répétant qu'on allait l'opérer de l'appendicite.

Il y a

quelque temps, après un accouchement, elle a commencé h

avoirau milieu de la nuit des

crises singulières. Ces crises se sont

d'abord répétées

irrégulièrement

;

elles surviennent maintenant toutes

les nuits. La malade s'endort

tranquillement

vers

dix heures; puis,

versuneheuredu malin, elle se

réveille brusquement

en

poussant de

grands cris;

elle

a

la figure pâle, les yeux hagards, elle fait des con¬

torsions de tout le corps,

mais n'a

pas

de convulsions véritables. Elle

répète qu'elle

souffre de l'estomac,

que

ce sont des brûlures épouvan¬

tablesetquecelte

douleur

va

déterminer la mort prochaine. Elle crie,

elle pleure, elle

demande l'extrème-onction. Cette agitation folle dure

une heureou deux,

puis la malade

se

calme

un peu

et vers six heures

du malin elle se rendort. Comme lacomédie se

reproduit toutes les

nuits depuis six

mois, le mari

commence

justement à s'inquiéter.

On a examiné les sécrétions

gastriques,

on a

constaté l'hypochlo-

rhydrie typique ;

l'absence complète d'HCl libre, une diminution

d'HCl combiné considérable, et une

hypopepsie à

peu

près complète.

Ce sont là des troubles qu'on

observe d'une manière banale chez

beaucoup de

neurasthéniques; suffisent-ils

pour

expliquer de sembla¬

bles crises '?

Cejour, ses préoccupations

sont dominées, masquées; mais la nuit,

pendant le sommeil, la résistanceest

moindre. Ses fermentations aci¬

des de la fin de la

digestion déterminent des brûlures, celles-ci amè¬

nent les rêves qui

multiplient

et

grossissent la sensation.

L'on remarque

ici

une

localisation homonyme de l'obsession,

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