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Figures du “ réseautage en ligne ” sur les réseaux socionumériques professionnels : le cas d’un groupe
d’anciens sur LinkedIn
Julien Mesangeau
To cite this version:
Julien Mesangeau. Figures du “ réseautage en ligne ” sur les réseaux socionumériques professionnels : le cas d’un groupe d’anciens sur LinkedIn. Sociologie. Université Rennes 2, 2012. Français. �NNT : 2012REN20065�. �tel-00783392�
Figures du « réseautage en ligne » sur les réseaux
socionumériques professionnels
Le cas d’un groupe d’anciens sur LinkedIn
Thèse soutenue le 11 décembre 2012 devant le jury composé de :
Madeleine Akrich (Rapporteur)
Directrice de recherche, CSI-Mines Paris Tech – Paris Dominique Boullier (Directeur de thèse)
Professeur des universités, IEP – Paris Gerhard Krauss
Maitre de conférences, Université de Rennes 2 Emmanuel Lazega (Rapporteur)
Professeur des universités, IEP – Paris Alexandre Mallard
Maitre de recherche, CSI-Mines Paris Tech – Paris Pierre Musso (président)
Professeur des universités, Université de Rennes 2 Franck Rebillard
Professeur des universités, Université de Paris 3
JULIEN MESANGEAU
Préparée au CIAPHS EA 2241
Centre interdisciplinaire d’analyse des processus humains et sociaux
Préparée au Laboratoire SENSE (Orange Labs) Sociology and Economics of Network SErvices Université Européenne de Bretagne Rennes
2 sous le sceau de l’Université européenne de Bretagne
pour obtenir le titre de DOCTEUR DE l’Université Haute Bretagne Rennes 2 Mention : SOCIOLOGIE Ecole doctorale
«SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES »
S
OUS LE SCEAU DE L’
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École doctorale - Sciences Humaines et Sociales
Centre Interdisciplinaire d’Analyse des Processus Humains et Sociaux, EA 2441
Figures du réseautage en ligne sur les réseaux socionumériques professionnels : le cas d’un groupe d’anciens sur LinkedIn
Thèse de doctorat Discipline : Sociologie Présentée par Julien MESANGEAU
Directeur de thèse: M. Dominique BOULLIER, Soutenue le 11 décembre 2012, à l’Université Rennes 2
Jury composé de :
Madeleine AKRICH,Directrice de recherches, CSI - Mines ParisTech (Rapporteur) Dominique BOULLIER,Professeur des Universités, IEP - Paris (Directeur de thèse) Gerhard KRAUSS, Maître de conférences, Université Rennes 2
Emmanuel LAZEGA,Professeur des Universités, IEP – Paris (Rapporteur) Alexandre MALLARD, Maître de recherches, CSI - Mines ParisTech Pierre MUSSO, Professeur des Universités, Université Rennes 2 Franck REBILLARD,Professeur des Universités, Université Paris 3
Remerciements
Je tiens à remercier Dominique Boullier qui me donna de son temps, de son savoir et, surtout, me fit profiter de sa créativité théorique et méthodologique. Il me porta, à bouts de bras parfois, et je le remercie de ne pas avoir lâché prise. Rares sont les occasions de rencontrer des personnes qui s’engagent aussi intensément dans l’encadrement et, au-delà, dans la formation de l’esprit, des doctorants.
Je souhaite également remercier les membres du jury qui ont accepté de donner de leur temps afin d’évaluer et de sanctionner ce travail.
Je tiens à remercier Alexandre Mallard. Il a joué de trop nombreux rôles pour que ces derniers puissent être énoncés. Il y a des rencontres qui sont tout particulièrement déterminantes dans le chemin qu’un étudiant peut emprunter. Celle-ci en est une.
De nombreuses personnes du laboratoire SENSE (Orange Labs) consacrèrent de leur temps à me soutenir et à me conseiller. Un dispositif CIFRE est une expérience dont j’ai pu sortir grandi grâce à eux. Ils m’ont beaucoup appris et, par avance, je m’excuse pour les trop nombreux noms que je ne peux citer (faute de place). Merci à Frédérique Legrand qui permet aux doctorants CIFRE de pouvoir apprendre d’Orange tout en préservant une indépendance d’esprit nécessaire à la construction d’une recherche personnelle. Merci à Anca Boboc, qui m’a offert un soutien sans faille pendant et après mon passage par Orange, et a veillé à ce que j’arrive au jour de la soutenance sans encombre. Merci à Fabienne Gire et Julie Fen-Chong, qui m’ont offert de partager leurs savoirs et leurs amitiés. Merci à vous d’avoir été présentes dans certains moments difficiles. Merci à Erwan Le Quentrec pour ses nombreux conseils et sa disponibilité constante. Merci à Thomas Couronné pour son aide décisive. Sans son intervention, les résultats de cette thèse auraient été autrement moins intéressants. Merci à Maryse pour son zèle. Merci à Clément, Bruno, Martin, Jean-Samuel, Alan, Jean-Pierre, Kévin, et tous les autres pour votre présence.
Je remercie également Arnaud Povéda qui m’a offert un point de repère lors de mon arrivée à Lille 3, et a donné de son temps pour relire et m’offrir une critique constructive à de nombreuses étapes de la rédaction.
Je tiens à remercier l’ensemble des anciens de Sciences Po Paris qui ont rendu cette enquête possible. Merci aux membres du bureau de l’association des anciens, à Grégoire P. et, bien sûr, à l’ensemble des membres de SPPA qui m’ont donné de leur temps. Cette thèse est aussi la leur.
Je remercie l’équipe du Centre de Sociologie de l’Innovation de m’avoir accueilli durant une année dans les séminaires de leur école doctorale. Cette expérience fut passionnante et très formatrice.
Je remercie le CIAPHS de l’université de Rennes 2 ainsi que Josiane Fernandez, qui se démène pour permettre aux doctorants de soutenir dans les meilleures conditions. Enfin, pour leur aide continuelle, je remercie les membres de ma famille, Céline, Hugo Lefebvre,
Sommaire
Introduction ...11
Chapitre 1. Étudier le « réseautage en ligne » ; enquête exploratoire, prémices de la recherche et définition du terrain d’enquête... 18
1. Quel cadre théorique mobiliser pour approcher les pratiques de « réseautage en ligne » ? ..19
2. L’enquête exploratoire et son rôle dans la définition des grandes orientations de notre recherche ...27
3. Le groupe Sciences-Po Paris Alumni ...42
Chapitre 2. Sciences Po Paris Alumni : construction du dispositif d’enquête et recueil des données ... 50
2. Les caractéristiques du groupe Sciences Po Paris Alumni ...72
3. Les Contacts LinkedIn et les contacts SPPA ...76
Chapitre 3. NetMining, NetWorking, NetSticking ... 83
1. Les pratiques exploratoires de mise en contact ...84
2. Les pratiques stratégiques de sélection des relations ...112
3. Les pratiques de mise en relation avec des familiers ...139
Chapitre 4. Analyse comparative des catégories de NetMining, NetWorking et NetSticking avec différents modèles issus de la NSE et des Web studies... 168
1. L’analyse structurale et l’étude des pratiques relationnelles sur les RSN ...171
2. Web studies, réseaux socionumériques et capital social...188
3. Les approches pluralistes, quelles nouvelles motivations à l’entrée en relation? ...210
4. Les régimes d’engagement ...219
5. Conclusion chapitre...230
Chapitre 5. La configuration médiatique ... 232
1. La configuration médiatique ...233
2. Clément Maitre, consultant en ressources humaines, 94 contacts LinkedIn au moment de l’entretien ...258 3. Léon Antonowsky, consultant en ressources humaines, 242 contacts LinkedIn au moment de
4. Jérôme Pasteur, chef de projet spécialisé dans la gestion des ressources humaines ...204
contacts LinkedIn au moment de l’entretien...271
5. Boris Yvanof, chargé des relations de presse, 159 contacts LinkedIn au moment de l’entretien ...278
6. Conclusion...283
Conclusion ... 286
Sources... 291
Table des illustrations
Graphe 1 Répartition du nombre de contacts sur LinkedIn par classes ...76
Graphe 2 Répartition du nombre de contacts sur le réseau SPPA par classes ...77
Graphique 3 Nombre de contacts sur LinkedIn par secteur d’activité ...79
Graphique 4 Nombre de contacts sur SPPA par secteur d’activité...80
Graphe 5 La la configuration médiatique des cinq anciens du forum scpo.com rencontrés ...243
Graphe 6 Boris Yvanof dans la configuration médiatique des anciens du forum scpo.com244 Graphe 7 Configuration médiatique de Boris Yvanof ...245
Graphe 8 Barbara dans la configuration médiatique de Boris Yvanof...247
Graphe 9 Léon Antonowsky et Thomas dans la configuration médiatique de Boris Yvanof ...248
Graphe 10 Facebook dans la configuration médiatique de Boris Yvanof...249
Graphe 11 LinkedIn dans la configuration médiatique de Boris Yvanof...250
Graphe 12 Configuration médiatique d’Edouard Gaya...253
Graphe 13 Twitter dans la configuration médiatique d’Edouard Gaya ...254
Graphe 14 Facebook dans la configuration médiatique d’Edouard Gaya ...256
Graphe 15 Edouard Gaya et Clément Maitre dans la configuration médiatique des cinq anciens du forum scpo.com ...257
Graphe 16 Configuration médiatique de Clément Maitre...259
Graphe 17 Twitter et Facebook dans la configuration médiatique de Clément Maitre...261
Graphe 18 Clément Maitre et Léon Antonowsky dans la configuration médiatique des cinq anciens du forum scpo.com ...264
Graphe 19 Configuration médiatique de Léon Antonowsky...266
Graphe 20 Twitter dans la configuration médiatique des anciens du forum scpo.com...267
Graphe 21 Messagerie électronique privée et téléphone portable dans la configuration médiatique de Léon Antonowsky...268
Graphe 22 Léon Antonowsky et Jérôme Pasteur dans la configuration médiatique des cinq anciens du forum scpo.com ...271
Graphe 23 Configuration médiatique de Jérôme Pasteur ...273
Graphe 25 Twitter dans la configuration médiatique de Jérôme Pasteur...276
Graphe 26 Jérôme Pasteur et Boris Yvanof dans la configuration médiatique des cinq anciens du forum scpo.com ...278
Graphe 27 Facebook dans la configuration médiatique de Boris Yvanof...280
Graphe 28 Les anciens de la L.S.E et de l’ESSEC dans la configuration médiatique de Boris Yvanof...282
Table des tableaux
Tableau 1 localisation des membres de SPPA...73Tableau 2 secteur des membres de SPPA (codage avec 20 secteurs). ...74
Tableau 3 sexe et secteur des membres de SPPA...75
Tableau 4 répartition des membres de SPPA par sexe et promotion...75
Tableau 5 répartition des membres de SPPA selon leur nombre de contacts LinkedIn...76
Tableau 6 sexe et nombre de contacts LinkedIn...77
Tableau 7 sexe et nombre de contacts SPPA ...77
Tableau 8 nombre de contacts LinkedIn selon la promotion ...80
Tableau 9 nombre de contacts SPPA selon la promotion...81
Tableau 10 Répartition des échanges entre les interviewés et une fraction de leurs relations SPPA selon fréquence d'échange et l'intimité déclarée ...181
Tableau 11 Exemple de réseau égocentré ...239
Tableau 12 Exemple de réseau d'affiliation ...240
Introduction
Les réseaux socionumériques (RSN) se distinguent des autres sites Internet par leurs fonctionnalités. À l’instar de forums en ligne ou de sites de rencontres amoureuses, le RSN permet d’entrer en relation avec les autres utilisateurs, de construire un profil et de s’y décrire. D’après Danah Boyd et Judith Donath, deux fonctionnalités jusqu’alors inexistantes furent intégrées dans le premier RSN, créé en 1997, SixDegrees.com : d’une part, des listes répertoriant les contacts créés sur le site et d’autre part, la possibilité d’utiliser de consulter ces listes1.
Dans les années qui ont suivi, de nombreux services de l’Internet ont intégré ces fonctionnalités. Certains gagnèrent en popularité pour décliner par la suite, d’autres se sont développés de manière pérenne. C’est le cas du RSN non-professionnel Facebook et du RSN professionnel LinkedIn.
Les RSN seraient aujourd’hui devenu un outil commun, ils représenteraient un outil de gestion du « réseau » personnel, comptant collègues, clients potentiels et recruteurs. Selon le fondateur du site de réseau social français Viadeo, l’introduction des RSN n’aurait pas révolutionné les pratiques. Ces outils contribueraient en revanche à améliorer l’efficacité de pratiques communes : « Les informaticiens n’ont pas réinventé la roue… Le Web, c’est avant tout une « toile » qui relie des hommes à travers des machines. Les réseaux sociaux [numériques], c’est l’amélioration du système, l’utilisation de recettes qui fonctionnent dans
1 Donath, J., Boyd, D. (2004). Public display of connection. In: BT Technology Journal. Vol. 22, n°4.
la vie physique et transcrites dans la sphère Internet »2. Quelles sont ces « recettes » reportées dans la gestion des relations en ligne ?
Des documentations diverses, porteuses d’un discours d’accompagnement des usages, proposent une version planifiée et sélective de la mise en relation sur les RSN professionnels.
Les « bonnes pratiques » renvoient par exemple à un usage modéré de l’invitation à entrer en contact. Elles renvoient aussi à l’idée que le réseautage en ligne est un exercice réflexif, où l’utilisateur doit s’apparier sur un mode optimisé, comme nous pouvons le voir sur l’illustration ci-dessous, tirée de l’un de ces documents circulant sur Internet3.
Enfin, cet usage repose sur un principe d’économie caractérisé par une gestion planifiée du temps (contrer le caractère « chronophage » de l’Internet) et du lien (« le qualitatif prime toujours sur le quantitatif »).
La reconnaissance des RSN professionnels et de leurs usages se fait aussi à l’échelle d’établissements publics. La capture d’écran présentée ci-dessous montre un document accessible en ligne sur le site Internet du Pôle Emploi4. Ce document est intitulé « Trouver un emploi avec Internet ». Les prescriptions retrouvées dans ce dernier consistent, elles-aussi, à définir un cadre efficace des usages de ces outils.
2 Marty, A. (2011). Le guide du networking. Les clubs influents en France. Paris : Editions du Rocher, page 36
3 Vermeiren, J et Verdonck, B : « Développez votre réseau et communiquez sur LinkedIn ».
4 Pôle Emploi, Trouver un emploi avec Internet. Pôle Emploi, Trouver un emploi avec Internet. Accessible à l’adresse suivante : http://www.pole-emploi.fr/file/mmlelement/pj/c9/2a/f3/2e/guidepratiqueinternet49963.pdf
L’utilisateur doit par exemple veiller à ne « pas confondre qualité et quantité », c'est-à-dire choisir avec discernement les personnes qu’il invite. Cette capacité réflexive se caractérise par l’évaluation permanente des propositions de mise en relation. L’utilisateur ne doit pas
« accepter systématiquement les demandes de contacts, surtout si elles viennent de personnes [qu’il ne connait] pas ». Cet engagement est d’autant plus utile que, souligne ce document, les « réseaux sociaux représentent de plus en plus un marché parallèle de l’emploi ».
Partant de ces différents discours, nous pouvons constater que certains acteurs, de plus ou moins grande importance, interviennent dans la qualification des usages, en définissant ce à quoi doit correspondre le réseautage en ligne. Il peut être intéressant de se tourner vers les pratiques des utilisateurs pour interroger la portée de ces discours d’une part, et le processus de constitution de ces pratiques d’autre part. Les pratiques de réseautage en ligne sont-elles vraiment la continuation de « recettes » connues ? Sinon, à quoi
D’abord, nous pouvons supposer que la création de relations en ligne renvoie à divers critères de choix. Les motivations à l’origine de l’invitation à entrer en contact sont potentiellement nombreuses. Par ailleurs, la relation créée en ligne ne correspond pas nécessairement au lien décrit dans les discours d’accompagnement cités plus haut. Le lien médiatisé par un RSN professionnel n’est pas forcément un lien stratégique.
D’après Mallard et Ville Eber, l’étude des usages de cette catégorie de dispositifs requiert de prêter une attention toute particulière au rôle des technologies qui interviennent directement dans l’ « organisation du lien » 5. Si l’étude des pratiques de réseautage consiste à identifier comment les relations créées en ligne sont constituées puis mobilisées (pour un échange de service, de conseil, etc.), alors il est nécessaire d’être attentif au rôle de media.
Adopter cette posture nous conduit à interroger les conditions pratiques de mobilisation des informations relatives aux autres utilisateurs des RSN : comment les utilisateurs exploitent-ils les informations disponibles sur ces sites ? Comment définissent-ils leurs actions à partir de celles-ci ? L’étude de ce rapport impose donc d’aborder le lien créé en ligne comme un rapport médiatisé, c'est-à-dire comme un rapport étant transformé par le medium. Cette transformation implique notamment l’attribution de nouvelles propriétés. Par exemple, Caroline Haythornthwaite observe qu’une nouvelle catégorie de lien s’est développée sur Internet. Cette relation est appelée « lien latent », lequel a pour caractéristique principale d’être un lien activé techniquement (deux profils d’utilisateurs sont en contact) mais maintenu volontairement dans un état « inactif » d’un point de vue social (les propriétaires des profils n’ont entamé aucun échange)6.
L’étude des pratiques de réseautage en ligne chez les professionnels nécessite donc que nous portions notre attention sur les deux paramètres que nous venons d’évoquer : l’action de l’utilisateur peut être plurielle, le lien est transformé par le medium.
5 Mallard, Ville-Eber, Ibid., page 124.
6 Haythornthwaite, C. (2002). Strong, weak and latent ties and the impact of the new media. In: The Information Society, 18. Page 385.
Les trois premiers chapitres de la thèse sont ainsi consacrés à la définition d’un objet d’étude, à la construction d’une méthode d’enquête et à l’analyse de pratiques de réseautage en ligne.
Notre premier chapitre est un retour sur le travail préliminaire de problématisation du réseautage en ligne. Dans un premier temps, nous revenons sur un travail de définition de la catégorie de « réseautage en ligne ». Plutôt, nous cherchons à faire coïncider un phénomène particulier – la création de relation sur un RSN professionnel – avec un cadre théorique précis. Dans un second temps, nous exposons les différents enseignements tirés d’une enquête exploratoire conduite auprès d’utilisateurs de Viadeo. Enfin, dans un troisième temps, nous présentons la principale enquête de terrain de ce travail de recherche, menée sur un groupe d’anciens étudiants issus d’une même grande école et hébergé sur le RSN LinkedIn. Ce chapitre a également pour but d’illustrer notre changement de posture, entre la phase exploratoire et la définition de notre problématique. Compte tenu du fait que c’est uniquement au terme de cette enquête exploratoire que notre démarche a pu être définie, il nous semble nécessaire d’attendre ce moment précis pour proposer un plan détaillé. Seule cette étape nous permet en effet de disposer d’éléments de compréhension suffisants et ainsi de proposer une problématique de recherche acceptable. Ceci, toutefois, n’exclut pas de proposer dès maintenant un plan résumé de la construction de notre thèse.
Notre second chapitre décrit la manière dont nous avons construit notre enquête de terrain auprès de ce groupe d’utilisateurs. Nous cherchons à y détailler, le plus clairement possible, les principales caractéristiques des techniques d’enquête adoptées. Notre recherche a reposé sur l’utilisation conjointe d’entretiens semi-directifs, de questionnaires et de bases de données constituées à partir des pages des profils LinkedIn des utilisateurs.
Les entretiens constituent la principale matière de notre troisième chapitre. Ce dernier est consacré à l’analyse des pratiques de réseautage de notre groupe d’utilisateurs de LinkedIn.
Au fil de ce chapitre, nous identifierons différentes catégories de pratiques de réseautage en ligne et chercherons à proposer différents concepts afin de qualifier ces dernières.
Il est intéressant de noter que les discours d’accompagnement incorporent des éléments de réflexion et des concepts issus des sciences sociales. Des concepts tels que le « capital
dans celui des vulgarisateurs et accompagnateurs des RSN. Par exemple, dans un guide consacré aux usages professionnels de l’Internet et, secondairement, des RSN, nous pouvons lire que ; « Ce capital social a toujours existé et il régit les réseaux humains depuis toujours.
Ce qui bouleverse un peu l’ordre des choses, c’est le développement très rapide des moyens de communication » 7. Toutefois, les termes ne décrivent pas nécessairement les mêmes choses selon qu’ils renvoient à la prescription de « bonnes pratiques » du réseautage ou à la description de phénomènes sociologiques. Pour certains sociologues, la notion de capital social est par exemple utilisée pour « signifier que les individus ou les groupes peuvent trouver des ressources dans leurs connexions aux autres individus ou groupes »8.
Les travaux et concepts de l’analyse structurale des réseaux sociaux sont également appréciés de plusieurs chercheurs du domaine des Web studies. Des travaux consacrés à l’Internet, et plus spécifiquement aux RSN, mobilisent ainsi les théories de Mark Granovetter, Robert Putnam, Ronald Burt ou encore Nan Lin. Notre quatrième chapitre est consacré à ces concepts, que nous resituons dans leurs acceptions originelles ainsi que dans les versions adaptées à l’étude des usages des RSN. Ce chapitre visera, par ailleurs, à examiner les résultats de notre enquête de terrain à l’aune de thèses et conclusions avancées par plusieurs de ces auteurs.
Dans notre cinquième chapitre, nous cherchons à produire une technique d’enquête permettant de restituer l’hétérogénéité des pratiques de réseautage. Cette démarche expérimentale consiste à associer des techniques de représentation employées pour l’analyse de réseau, à partir d’éléments de récit recueillis lors des entretiens que nous avons menés.
Nous proposons une démarche permettant de faire figurer, sur un même plan d’analyse, ces corpus de données.
Notre recherche à pour but de contribuer au débat relatif aux usages des RSN professionnels.
Cette volonté de contribution s’exprime tout d’abord par notre entreprise de définition du
7 Ruiz, J-F. (2011). Réussir avec les réseaux sociaux. Paris : Express Roularta, Collection L’entreprise, page 74
8 Degenne A., Forsé M., (2004). Les Réseaux sociaux (2nde Edition). Paris: Armand Colin, page 123
phénomène réseautage en ligne. Elle s’exprime ensuite par des propositions d’ordre méthodologiques. Quel modèle adopter pour analyser et faire figurer ces pratiques ? L’outil statistique, l’analyse réseau ou des méthodes qualitatives telles que l’analyse d’entretiens ?
Chapitre 1. Étudier le « réseautage en ligne » ; enquête exploratoire, prémices de la recherche et définition du terrain d’enquête
L’étude des usages des réseaux socionumériques (RSN) s’est développée corrélativement à l’émergence de ces outils au début des années 2000. Dans ce champ particulier de la littérature scientifique, un terrain et un objet sont rarement abordés. Le terrain est celui des RSN professionnels, l’objet est la mise en relation. Les motivations à l’origine d’un choix, le processus de mise en relation ou les effets de ce dernier sur les pratiques des utilisateurs ne sont que rarement interrogés. Pourtant, comme nous avons pu le voir dans notre introduction, de nombreux organismes, privés comme publics, participent à la qualification de l’action des utilisateurs ainsi qu’à l’entreprise de prescription de normes d’usage.
La littérature consacrée aux RSN n’en a pas moins produit un nombre conséquent de travaux.
Ces derniers portent notamment sur les manières dont les utilisateurs élaborent leurs profils sur ces outils et adaptent leurs actes à un « public » particulier. Notre recherche ne portant pas sur le processus de construction du profil d’utilisateur, nous avons dû adopter une perspective différente, ce qui se traduit par la mobilisation de cadres théoriques particuliers.
Ces derniers permettent de déplacer l’analyse du RSN comme instance de « rapport à soi » (la métaphore du miroir est par exemple employée pour décrire le profil) au RSN medium d’une action mettant l’individu dans un rapport direct aux membres de son réseau de contacts. Toutefois, l’élaboration progressive de notre objet de recherche nous a conduits à emprunter un certain nombre de détours, dont plusieurs se sont avérés peu productifs. Aussi, durant les premiers temps de notre réflexion, nous avons développé un objet de recherche qui partage plusieurs points communs avec les travaux portant sur la construction du profil et la gestion de l’identité en ligne. Il est nécessaire de revenir sur cette étape exploratoire
puisque c’est lors de cette dernière que nous avons pu identifier trois pistes de recherches qui ont contribué au rendu final de cette thèse.
Dans ce chapitre, nous proposons dans un premier temps de revenir sur plusieurs recherches produites sur le thème de la construction du profil et de la gestion de l’identité en ligne sur les RSN. Elles sont représentatives des travaux que nous avons mobilisés afin de concevoir le cadre problématique de notre enquête exploratoire. À ce stade de l’enquête, nous concevions le « réseautage en ligne » comme une pratique de gestion des appartenances.
Dans une seconde partie, nous présentons le procédé et les résultats d’une enquête exploratoire, conduite auprès d’utilisateurs du RSN professionnel Viadeo. Enfin, dans une troisième partie, nous présentons le principal terrain d’enquête de cette thèse : un groupe d’anciens élèves de Sciences-Po Paris, hébergé sur le RSN LinkedIn. L’objet de cette thèse
— les pratiques relationnelles — ne s’est pas construit dès les débuts de notre recherche. En revanche, les récits des professionnels rencontrés lors de notre enquête exploratoire nous ont offert de nombreux enseignements. Ils ont contribué à définir notre orientation et attirèrent notre attention sur des dimensions souvent négligées dans les analyses portant sur les usages des RSN. Enfin, en conclusion de ce chapitre, nous énonçons le plan des quatre prochains chapitres de la thèse.
1. Quel cadre théorique mobiliser pour approcher les pratiques de
« réseautage en ligne » ?
Aujourd’hui, une partie conséquente des recherches portant sur les usages de RSN est consacrée au thème de la gestion de l’identité en ligne. Deux idées sont communes à ces approches. La première concerne l’utilisateur, dont l’action est approchée au travers de concepts synonymes de la notion goffmanienne de « représentation ». La seconde idée concerne les propriétés médiatiques des RSN, où la visibilité de l’action de l’utilisateur, de la mise en relation à la rédaction du profil, vient délimiter le cadre des problématiques de ces recherches.
Le thème d’une identité en ligne « fractionnée » devint populaire avec les travaux de Boyd qui, dès 2001, développa une approche Goffmanienne des usages de l’Internet9. Plus précisément, Boyd approche la construction de l’identité en ligne sous l’angle de la
« représentation » qui, chez Goffman, renvoie à « la présence continuelle de l’acteur en face d’un ensemble déterminé d’observateurs influencés par cette activité »10. Elle va plus particulièrement porter son attention sur « les mécanismes par lesquels les individus performent et négocient leurs identités en rapport à la pertinence d’un contexte qui va déterminer les formes d’interaction appropriées »11 .
L’une des propriétés les plus caractéristiques des RSN est qu’ils rendent visibles les actions de leurs utilisateurs. Boyd et Donath proposent de définir une problématique de la visibilité sur les RSN avec ce qu’elles nomment le « public display of connections » 12. Elles notent que la « mise en visibilité publique des connexions » fait office de « moyen implicite de vérification de l’identité » et assure « la fiabilité des revendications identitaires de l’utilisateur »13. En d’autres termes, la visibilité sur les RSN supporte une forme de contrôle social : les informations que l’utilisateur apporte à son profil, de même que les relations nouvellement créées, sont évaluées par son « public », ce dernier étant en mesure de le sanctionner en cas de mensonges ou d’omissions (par exemple lorsque l’utilisateur est entré en relation avec quelqu’un qu’il ne connaît pas, ou s’il invente des diplômes et expériences professionnelles qu’il ne possède pas).
La réunion de ces deux thèmes — l’identité en ligne comme produit d’une « représentation » et la visibilité publique des connexions — a fait émerger plusieurs des questions que nous pouvons retrouver périodiquement dans les recherches consacrées à ces outils : comment l’utilisateur gère-t-il sa « façade » ? Quelles sont ses techniques de gestion du « soi en ligne » ? Comment gère-t-il les impressions de son « public » ? Les travaux concernés par ces questions portent sur les usages des RSN non professionnels (Facebook, MySpace par
9 Boyd, D. (2001). Faceted ID/entity: managing representation in a digital world. Master Thesis.
10 Goffman, E. (1973). La mise en scène de la vie quotidienne. 1. la présentation de soi. Paris : Les éditions de minuit. Page 29.
11 Boyd, Ibid., page 17.
12 Donath, J., Boyd, D. (2004). Public display of connection. In: BT Technology Journal. Vol. 22, n°4. p.78.
13 Donath, Boyd, Ibid. p.73.
exemple) et, dans une moindre mesure, sur ceux relatifs aux RSN professionnels et autres Réseaux Sociaux d’Entreprise (RSE). Certaines recherches que nous allons citer prolongent efficacement les questions posées par Boyd et Donath, à l’instar de celles développées par Cardon, Stenger et Coutant.
D’autres recherches, quant à elles consacrées aux usages du monde professionnel, déplacent le questionnement. Elles conservent une posture centrée sur l’étude de la construction des profils, mais peuvent, à l’occasion, investir la problématique de la construction du lien. Ces recherches portent notamment sur les usages de « Réseaux Sociaux d’Entreprise » (RSE).
Les RSE sont des outils souvent éloignés des RSN grand public professionnels. Le RSE n’a pas les mêmes fonctions et n’intervient pas dans la médiation des mêmes types de relation.
Ces deux catégories d’outils partagent toutefois deux principes : l’utilisateur doit créer un profil et gérer une liste de contacts. Nous avons choisi d’intégrer ces études pour plusieurs raisons. D’une part, le nombre de travaux produits sur les usages professionnels des RSN est suffisamment réduit pour, à notre sens, justifier de se tourner vers les usages des RSE.
D’autre part, ce champ de la littérature est particulièrement attentif aux pratiques relationnelles telles que le « réseautage ». Comme le note Alexandre Mallard : « l’idée que le réseautage pourrait faire partie formellement du travail des salariés semble progresser à mesure que se développent des outils de communication qui vont dans ce sens »14. Nous aurons l’occasion de revenir sur plusieurs de ces études, dans ce chapitre ainsi que dans le quatrième chapitre de la thèse.
Enfin, nous sommes attentifs aux propositions des auteurs qui concernent directement notre objet d’étude : les pratiques relationnelles. Nous nous retrouvons dans certains cas cantonnés à analyser des questions situées à la périphérie des principales thèses défendues par les auteurs.
14 Mallard, A. Lʼencadrement face au développement des interactions en réseau. Quelques réflexions sur le travail des managers dans les organisations fortement marquées par les TIC. In : Riccio, P-M., Bonnet, D.
(2012). TIC et innovation organisationnelle. Journées d’étude MTO’2011. Paris: Presses des MINES. Page 15.
1. 1. Les RSN non professionnels et la « représentation » : les effets de la mise en visibilité des connexions
Existe-t-il un lien entre la construction du profil et les pratiques relationnelles des utilisateurs ? Donath15 ainsi que Lampe et al.16 publièrent la même année, deux études consacrées à ce qu’ils nomment la communication « silencieuse » des profils des utilisateurs de RSN. Pour ces deux auteurs, les « signaux » que le profil communique aux utilisateurs facilitent le processus de mise en relation.
1. 1. 1. Le profil et la mise en relation :
D’après Donath, les indices laissés par l’utilisateur sur son profil facilitent la mise en contact avec les inconnus qui partagent des références et des relations en ligne. Ces indices permettent plus précisément de « signaler le degré de confiance pouvant être accordé à une personne » : « La confiance est la croyance en la fiabilité de quelqu’un. Cette croyance est inférée à partir des indices et signaux; la croyance en la fiabilité de quelqu’un n’est pas quelque chose de perceptible (Bacharach & Gambetti, 2001). Les personnes ont confiance en la fiabilité d’une nouvelle information ou d’une nouvelle relation, telle qu’une connaissance, lorsque ces dernières leur viennent par l’intermédiaire de personnes en qui ils ont confiance ».
Quant à eux, Lampe et al. avancent que, dans le cas de Facebook, le degré d’explicitation des attributs du profil (la profession, le diplôme, les loisirs) est corrélé au nombre de relations créées en ligne. D’après eux, la richesse d’un profil impacterait fortement les dynamiques de mise en relation des utilisateurs. Leur principal constat est « que la quantité et les types d’information inclus dans les profils des utilisateurs affectent le nombre de relations dans une communauté en ligne ». Ainsi, selon Lampe et al., un profil détaillé incite
15 Donath, J. (2007). Signals in social supernets. In: Journal of Computer-Mediated Communication, vol. 13, n°1.
16 Lampe, C., Ellison, N., Steinfield, C. (2007). À familiar Face(book): Profile elements as signals in an online social network. In: Proceedings of the SIGCHI Conference on Human Factors in Computing Systems (pp. 435-444). New York: ACM Press.
à davantage d’interactions tandis qu’il réduit « les coûts de recherche pour les utilisateurs qui vont trouver plus facilement des contacts pertinents ».
Les outils d’entreprise
Cette corrélation entre description et mise en relation est également retrouvée dans le cas de RSE. L’étude de Dugan et al.17 porte sur les usages du RSE d’IBM BeeHive. Les auteurs reviennent sur plusieurs arguments et interprétations des travaux de Donath et Boyd.
Plus précisément, ils disent souhaiter « comprendre la valeur potentielle de la diversité […]
dans le soutien des impressions données aux autres ainsi que dans la formation de connexions ». Leur hypothèse, à l’instar de celle défendue par Lampe et al., est que « les profils des utilisateurs jouent un rôle vital dans la formation des impressions sur la personne ». Ainsi, d’après Dugan et al. : « Les profils peuvent être considérés comme le résultat d’action de « front stage », [c’est-à-dire] des actions qui sont publiquement visibles et visent à influencer les perceptions des autres individus ou d’un acteur organisationnel ».
Au terme de leur enquête, les auteurs corroborent leur hypothèse et rejoignent ainsi la thèse de Lampe et al. en affirmant que « la diversité des profils semble associée au nombre d’amis possédé, ce qui suggère que [cette diversité] peut aider les utilisateurs à créer des connexions ».
1. 1. 2. Identité fractionnée, gestion de la visibilité et hétérogénéité du « public »
Plusieurs travaux francophones ont, à leur tour, traité ces différentes questions. De manière générale, ces travaux sont essentiellement consacrés à l’étude des stratégies de gestion de l’identité numérique. Secondairement, elles abordent la question des pratiques relationnelles.
Dominique Cardon partage avec Boyd et Donath certaines intuitions qu’il étaye dans ses travaux consacrés à l’identité numérique et à la gestion de sa visibilité18. À l’instar de
17 Dugan, C., Geyer, W., Muller, M., DiMicco, J., Brownholtz, B., Millen, D. (2008). It’s All ‘About You’ – Diversity in Online Profiles. In: Proceedings of the CSCW’08, San Diego, California, USA.
18 Cardon, D. (2008). Le design de la visibilité. Un essai de cartographie du web 2.0. In : Réseaux, n°152.
Coutant et Stenger, Cardon construit une partie de sa réflexion sur un triptyque où nous retrouvons :
---- la gestion de l’identité en ligne. ;
---- le phénomène de visibilité des connexions ;
---- la superposition de différents « publics » au sein d’un même espace numérique – le réseau des contacts possédé sur les RSN.
C’est sur ce dernier point que la dimension relationnelle des pratiques des utilisateurs est évoquée. Cardon va ainsi discuter la thèse de l’identité « fractionnée », dont les facettes seraient dispersées sur des profils où l’utilisateur retrouve certains de ses réseaux personnels.
Cardon constate que « si l’identité se décompose en facettes plus ou moins étrangères les unes aux autres », pourtant, « les nouvelles pratiques sociales qui se développent sur les plateformes relationnelles font aussi apparaître des zones de l’espace relationnel dans lesquelles l’articulation entre des réseaux relationnels, autrefois isolés les uns des autres, se réalise avec plus d’évidence » 19. Cardon note également que « d’une certaine manière, Facebook est situé au cœur de cette recomposition dans la mesure où les utilisateurs, derrière leur nom propre, mêlent de plus en plus amis, collègues et inconnus, tout en pressentant aussi de plus en plus fortement les risques identitaires qu’ils prennent à provoquer un tel mélange »20.
L’identité « fractionnée » et les effets de la mise en visibilité publique des connexions constituent une grille de lecture intéressante des pratiques relationnelles des utilisateurs, dont les différents mondes sociaux ont tendance à se recouper sur un même espace. Alexandre Coutant et Thomas Stenger adoptent également cette grille dans une publication de 201021. Ils proposent une approche faisant principalement référence aux
19 Cardon, Ibid. page 127.
20 Cardon, Ibid.
21 Coutant, A., Stenger, T. (2010). Processus identitaire et ordre de l'interaction sur les réseaux socionumériques. Article non-publié. Disponible sur : http://w3.u-grenoble3.fr
théories de Goffman. Eux aussi s’interrogent sur cette multiplicité des appartenances mise en visibilité sur le profil des RSN. Ils notent que « la possibilité [d’un] décloisonnement des univers dans lesquels un individu évolue s’avère d’autant plus forte que les enquêtés témoignent d’une forte exclusivité à l’égard des RSN qu’ils fréquentent ».
Cardon, ainsi que Coutant et Stenger, précisent que si les individus ont tendance à utiliser plusieurs RSN afin de gérer cette identité fractionnée, l’essentiel des échanges se passe pourtant sur un outil particulier. Pour Cardon, « Facebook est situé au cœur » de cette recomposition des espaces relationnels tandis que Coutant et Stenger soulignent qu’« il n’y a finalement qu’un seul site qui aboutit à un usage régulier ».
L’étude de la gestion de la visibilité : des « publics » anonymes
L’objet de recherche de ces auteurs n’est pas la pratique du réseautage en ligne, mais bien les « techniques de soi » et autres « stratégies de visibilité » des utilisateurs. En conséquence, s’ils évoquent le « décloisonnement des réseaux » ou « l’articulation des réseaux relationnels autrefois séparés », ces « réseaux » n’en restent pas moins traités en tant que « publics ». Ces publics peuvent emprunter différentes figures (la « bande de potes » ou la relation amoureuse par exemple), mais ils ne sortent jamais du rôle de support réflexif nécessaire à l’entretien de la « façade » de l’utilisateur. Ainsi, la superposition des appartenances sociales en un même espace n’est pas appréciée du point de vue des effets qu’elle pourrait avoir sur les pratiques relationnelles, mais davantage du point de vue du
« risque identitaire », pour reprendre les mots de Cardon, que percevrait l’individu.
Aussi, lors de la phase exploratoire de notre recherche, nous avons souhaité consacrer notre réflexion à l’étude empirique de la gestion de l’entrelacement des réseaux personnels. Cet objet nous semblait être une qualification intéressante des pratiques de réseautage en ligne des professionnels.
Le tableau ci-dessous oppose les approches centrées sur l’étude de l’identité en ligne et celle que nous avons adoptée lors de notre enquête exploratoire. Nous pouvons voir que si elles partagent l’étude d’un contexte caractérisé par la mise en visibilité publique des connexions, elles abordent deux problèmes différents. Toutefois, l’objet que nous souhaitions étudier n’y
est pas précisé. Ce dernier a nécessité que nous mobilisions un cadre théorique adapté. Nous présentons celui-ci dans la seconde partie de ce chapitre.
1. 2. Conclusion
Les approches goffmaniennes offrent l’avantage de produire des questionnements riches sur les stratégies de constitution et de gestion des profils d’utilisateurs. En revanche, avec l’idée de « représentation de soi », et l’emprunt de la métaphore du théâtre pour approcher ces pratiques d’élaboration des profils, vient invariablement la notion de
« public ». Il nous semble que dans les différentes recherches que nous avons pu citer, cette notion impose une certaine idée, une place et des propriétés aux relations constituées en ligne. Elles font partie d’un « tout ». Certes, selon les travaux, ce « tout » peut être segmenté en diverses populations. Par exemple, les « liens forts » et les « liens faibles », la « bande de potes » et la « sphère publique ». Pour autant, ces catégories ne sont examinées qu’à l’aune du rôle qu’elles sont susceptibles d’endosser dans la stratégie consciente d’élaboration identitaire de l’utilisateur. Plusieurs des problématiques évoquées dans ces travaux n’en sont pas moins importantes au regard des pratiques de réseautage en ligne. Nous pouvons les résumer à la question suivante : comment les utilisateurs de RSN gèrent-ils la superposition de leurs multiples appartenances en un même espace, par ailleurs visible de tous ?
De nombreuses études portant directement sur les pratiques relationnelles des utilisateurs de RSN ont été sciemment évitées dans cette première partie. Il s’agit de travaux consacrés à l’étude du capital social constitué en ligne. Cette décision est motivée par le fait que ces
recherches n’ont pas été mobilisées lors de la préparation de notre enquête exploratoire. En revanche, elles ont constitué une pierre angulaire de notre réflexion dans une phase ultérieure de notre recherche. Elles seront, pour cette raison, largement étudiées dans le quatrième chapitre de notre thèse, lorsque nous comparerons les résultats de notre enquête de terrain à des concepts issus de différents cadres théoriques.
2. L’enquête exploratoire et son rôle dans la définition des grandes orientations de notre recherche
2. 1. L’enquête de terrain et les pistes de recherche
Dans cette enquête exploratoire, nous avons donc requalifié les termes de « pratiques de réseautage en ligne » en « gestion de l’entrelacement des réseaux professionnels ». Cette enquête fut conduite auprès d’utilisateurs du RSN Viadeo, dont onze utilisateurs furent rencontrés entre janvier et mars 2009.
2. 1. 1. Des « techniques de soi » à « l’encastrement »
Afin d’approcher cette gestion de l’entrelacement des réseaux personnels, nous nous sommes reposés sur deux auteurs. Le premier est Georg Simmel, le second est Harrison White.
Selon Georg Simmel, l’individu peut se définir comme le produit de l’entrelacement de ses appartenances sociales. Cet entrelacement produit une configuration (également dite constellation) qui va, d’une part, le définir et, d’autre part, lui offrir une liberté d’action :
« L’individu trouve pour chacun de ses penchants et des aspirations une communauté où il pourra facilement les satisfaire […] d’un autre côté la spécificité de l’individualité est
garantie par la combinaison des cercles, qui peut être différente selon chaque cas »22. L’autonomie de l’individu, pour Simmel, est due à l’exclusivité de ses différents cercles. Il précise ainsi que, puisque les nombreux cercles d’appartenances de l’individu « ne se recoupent pas en fait, ils ont avec le problème de l’individualité un rapport propre, distinct de ses constellations » 23.
Or, sur les RSN, les membres des différents cercles d’appartenance d’un individu semblent tous avoir un rapport direct avec sa constellation. Ces membres disposent d’une visibilité sur sa constellation, et ont le pouvoir de sanctionner certaines de ses actions. Traduite dans le cadre de notre étude, cette mise en rapport du phénomène décrit de mise en visibilité publique des connexions avec l’approche relationnelle de Simmel ouvrait sur une série de questions : comment l’utilisateur de Viadeo parvient-il à faire coïncider ses multiples appartenances sociales et leurs attentes parfois contradictoires sur un espace visible de tous ? Afin de préciser notre réflexion, il nous semblait que certains concepts issus des travaux d’Harrison White précisaient notre idée.
L’entrelacement des appartenances et l’encastrement :
White partage avec Simmel une réflexion aboutie sur les effets de l’entrecroisement des appartenances sociales.
Durant les dernières décennies, ce dernier a fait évoluer le vocabulaire de cette nouvelle sociologie économique24. Il mobilise, notamment, un concept de filiation polanyienne : l’encastrement. Plus précisément, l’encastrement correspond, dans cette approche, à l’environnement humain qui compose le cadre de l’action individuelle. L’individu y est doté d’un statut et agit selon un ensemble de normes prédéterminées. Il est unique, à l’image de la configuration décrite par Simmel25. Il est mouvant, instable et, de ce fait, source d’incertitudes permanentes. Dans la théorie de White, note Azarian, « en raison du caractère
22 Simmel G., (1999) Sociologie, Etudes sur les formes de la socialisation [1908]. Paris : PUF. p. 431.
23 Simmel, Ibid., page. 415.
24 Rème Pétronille, 2005, Harrison C. White : une théorie générale des marchés ?, Thèse de doctorat en science économique, Université Paris I Panthéon-Sorbonne.
25 Simmel, op. cit. p.415
unique de la topologie de la position de l’acteur, les contraintes qui pèsent sur ce dernier sont différentes de celles supportées par n’importe quel autre acteur. En d’autres termes, le caractère unique de l’encastrement de l’acteur signifie qu’il est à l’intersection d’un ensemble unique et hétérogène de forces exerçant une contrainte. Cela signifie que l’acteur doit continuellement gérer le fait d’être bombardé par un ensemble de flux de différents sentiments et attentes »26.
Dans cette situation « encastrée », l’action de l’individu est rendue possible par des relations qui vont, en retour, exercer certaines pressions. En effet, ces multiples relations supposent que l’individu adopte différentes attitudes qui, dans certaines circonstances, peuvent s’avérer incompatibles. Par exemple, dans le cadre des RSN, l’employé qui doit promouvoir son entreprise et assumer une gestion de la relation aux clients par son compte Viadeo peut éprouver le besoin de faire sa propre promotion, en suggérant aux chasseurs de têtes son désir de changement professionnel par exemple. Dans sa conduite, autant que dans les possibles conséquences de ces choix, qu’il privilégie l’une ou l’autre de ces alternatives, cet utilisateur aura défini quel « professionnel » il est : un employé loyal ou un candidat à la recherche d’un nouvel emploi. En temps normal, ces différentes identités seraient restées relativement indépendantes. D’après White, tant que l’individu agit dans un cadre social déterminé, et qu’aucun élément ne vient activer d’autres cadres, alors la perception que ses relations auront de lui restera stable27. Azarian résume ainsi l’idée de White : « Une identité émerge en fonction de la réussite d’un acteur qui développe et utilise un mode relativement stable de contrôle sur ce qui se passe autour de lui »28.
Ce type d’exemple a été donné à plusieurs reprises dans les anecdotes confiées par les différents utilisateurs de RSN rencontrés. La prise de position de l’individu, choisissant les engagements qu’il tiendra sur le long terme, délaissant par là même d’autres engagements, est l’une des dimensions du travail de White que nous souhaitions analyser sur
26 Azarian, R. (2005). The general sociology of Harrison C. White. Chaos and order in networks.
Basingstoke : Palgrave Macmillan. Page 61.
27 White, H., (2008). Identitiy & Control, How social formations emerge. Second Edition. Princeton: Princeton University Press. Page 56.
28 Azarian, op.cit., page 80.
ce domaine de l’Internet et des RSN. Ainsi, nous avons essayé de vérifier si Viadeo était le terrain de pratiques stratégiques où l’enjeu, pour l’utilisateur, serait de contrôler son environnement, de maîtriser une forme numérique, certes réduite, mais tout aussi contraignante, de son « encastrement ». L’étude de la gestion de cet encastrement s’est donc substituée à l’étude de la gestion de l’identité en ligne. Nous disposions, enfin, d’un cadre théorique.
2. 1. 2. Recrutement des interviewés
Nous avons cherché à atteindre une population d’utilisateurs aux profils professionnels hétérogènes. Ainsi, aucune sélection d’après l’âge, le nombre de contacts, le sexe ou le niveau d’étude ne fut appliquée. Cette enquête étant exploratoire, il nous semblait acceptable de ne pas réduire notre champ d’investigation au cas particulier d’une population définie a priori. Un tirage aléatoire fut donc appliqué afin de sélectionner nos différents interviewés. Dans ce but, nous avons choisi de partir des vingt-quatre catégories relatives à des secteurs d’activité alors disponibles. Par la suite, pour chaque catégorie, nous avons choisi la quatrième page des résultats. Nous ne connaissions pas les algorithmes utilisés par le moteur de recherche de Viadeo pour classer les profils. La liste des possibles (combinaisons de) critères est infinie. Ainsi, nous avons supposé que les premiers résultats proposés par Viadeo pouvaient contenir un biais au sens où ne seraient affichés que les profils d’utilisateurs partageant des caractéristiques dont nous ne savions rien (nombre d’heures passées sur Viadeo, argent investi dans des abonnements, etc.). Nous avons ainsi
opté, de manière arbitraire, pour la quatrième page de résultats, et avons supposé que l’effet de sélection inhérent au moteur de recherche de Viadeo serait moins présent.
Partant de cette quatrième page, nous avons contacté les deux premiers et deux derniers utilisateurs listés sur cette page. Au total, 96 invitations à participer à un entretien ont été envoyées lors du premier trimestre de l’année 2009. Onze des personnes contactées ont accepté de participer à notre enquête.
La préparation de ces entretiens consistait à relever certains aspects des profils des participants. Nous étions particulièrement attentifs au nombre de contacts possédé ainsi qu’à la présence de liens hypertextes renvoyant vers d’autres RSN (MySpace, Facebook, LinkedIn).
Le tableau ci-dessus regroupe certaines caractéristiques des utilisateurs de Viadeo que nous avons rencontrés. Les métiers, l’âge ainsi que le nombre de contacts correspondent aux informations dont nous disposions lors de la rencontre avec ces utilisateurs. À ce stade de la thèse, nous n’avions pas d’intuition précise quant aux différents rôles des attributs sociodémographiques, socioprofessionnels et relationnels des utilisateurs. Les principaux attributs des profils qui nous paraissaient alors importants étaient la profession, l’âge et le nombre de relations. Au fil des entretiens exploratoires, notre perception des usages a, nous le verrons dans la suite de ce chapitre, largement changé. En conclusion, si ce tableau peut paraître sommaire, il reflète cependant un stade de notre recherche exploratoire.
Des pratiques diversifiées
Pas un seul utilisateur ne mit en évidence une démarche de construction stratégique de ses réseaux de contacts. Plus précisément, l’entrelacement des réseaux professionnels ne constituait pas, pour eux, un réel problème. Notre hypothèse de départ était donc mal formulée. Certes, elle donnait un sens à des pratiques pouvant, par certains de leurs aspects, correspondre à une forme rationalisée et instrumentale du réseautage en ligne. Cependant, cette hypothèse nous forçait à requalifier un nombre important de faits en une catégorie d’usages « à part », réunissant les comportements déviants que l’on ne saurait véritablement expliquer. De manière plus réaliste, il aurait fallu faire abstraction de ces usages, non en les escamotant, mais, plus subtilement, en les requalifiant en anomalies trop marginales pour être évoquées dans le cadre d’une thèse consacrée au réseautage en ligne.
Les indices produits par les récits des utilisateurs
L’enquête exploratoire a fait évoluer notre représentation des pratiques de mise en relation. Nous pensions avoir affaire à des pratiques stratégiques, où le choix des contacts repose invariablement sur un calcul rigoureux consistant à évaluer l’utilité de chaque relation invitée en ligne. En réalité, les pratiques identifiées se sont avérées beaucoup plus nuancées. Certes, certains utilisateurs adoptent une conduite qui semble reposer sur une exploitation économiquement rationnelle de l’outil ; ils acceptent ou sollicitent un contact si une opportunité professionnelle s’offre à eux. Nous parlons d’exploitation économiquement rationnelle, car ces utilisateurs opèrent un calcul lorsqu’ils choisissent leurs contacts Viadeo, ou LinkedIn, en visant à bénéficier d’accès à des ressources qui leur seront professionnellement utiles. D’autres utilisateurs, cependant, considèrent le RSN comme un
carnet d’adresses d’appoint. Ils s’y lient avec des contacts déjà présents dans leurs divers répertoires, de celui du téléphone à celui de la messagerie électronique. Pour ces utilisateurs, le contact Viadeo est une relation qui doit se construire sur une confiance mutuelle, elle-même enracinée dans la fréquentation en face à face. Nous retrouvons ainsi des utilisateurs dont les listes de contacts reflètent l’environnement professionnel hors ligne. Ces utilisateurs retrouvent sur les RSN leurs clients, leurs collègues ainsi que leurs anciens camarades d’université. Pour ces derniers, le réseautage en ligne n’est pas né des possibilités techniques offertes par les RSN, car la création et l’entretien de leurs relations rappellent (et convoquent) d’autres dispositifs tels que la messagerie électronique ou le téléphone.
2. 2. Les grands thèmes issus de l’enquête exploratoire :
Au terme de cette enquête exploratoire, nous avons identifié différents thèmes qui ont contribué à faire évoluer notre réflexion. Le premier de ces thèmes, concerne une catégorie de contacts qui nous semblait particulièrement intéressante : les « contacts au cas où ».
Les autres thèmes que nous avons choisi d’explorer ne concernent pas, quant à eux, la nature des relations entretenues sur les RSN, mais ils permettent plutôt de confronter deux conceptions de la relation « en ligne ».
Notre second thème renvoie à un usage que l’on peut qualifier d’exploratoire. Cette exploration se manifeste, notamment, dans un cumul extensif de contacts dont la plupart n’ont jamais été fréquentés en face à face. Notre troisième thème porte quant à lui sur les listes de contacts qui, à l’opposé, sont principalement composées de personnes rencontrées en dehors du RSN. Les utilisateurs auxquels nous faisons référence précisent ne retrouver sur les RSN que les relations qu’ils fréquentent, ou ont fréquenté, hors-ligne.
Enfin, nous verrons que loin de circonscrire notre analyse aux usages des RSN professionnels, l’étude du réseautage en ligne requiert une approche plus large, intégrant le fait que la création de relations sur les RSN est contingente de cadres sociotechniques plus complexes.
2. 2. 1. Thème 1 : les contacts au cas où
Au moment où nous la rencontrons, Olivia est responsable marketing d’une société de services en ingénierie informatique basée à Paris. Elle est également une blogeuse reconnue dans son domaine, les RSE (Réseaux sociaux d’entreprises) et le Web Marketing.
Durant l’entretien, elle a confié avoir une représentation assez abstraite de sa liste de contacts Viadeo. En effet, elle perçoit cette liste comme une entité composée de trois épaisseurs. Ses 212 contacts se répartissent de la manière suivante : la première épaisseur réunit les intimes, ses meilleurs amis, les membres de sa famille. La deuxième, nous dit-elle, réunit les contacts forts, qu’elle retrouve fréquemment lors de conférences et rencontres entre professionnels consacrées à l’internet des entreprises. C’est par exemple le cas d’Éric P.
bloqueur, lui aussi spécialiste des services de l’Internet. La troisième épaisseur regroupe, et ceci est une expression qui revient dans de très nombreux échanges au fil de cette recherche, les contacts au cas où.
Au fil de nos échanges, la catégorie de contacts au cas où est revenue à de nombreuses reprises. Cette catégorie s’est avérée ontologiquement très instable. Nous ne pouvions, de fait, formuler d’hypothèse tranchée quant à la place qu’occupent ces contacts dans d’éventuelles stratégies de mise en relation. L’incertitude caractérisant le rôle du contact au cas où semble, aux dires des utilisateurs, propre aux RSN. En effet, Viadeo parait être un espace propice à la création de relations « exploratoires », c’est-à-dire non (ou faiblement) calculées, où l’utilisateur s’engage sur un temps plus ou moins long sans nécessairement identifier la nature de cet engagement (ce que le contact peut lui apporter et ce que cela peut supposer de la part de l’utilisateur).
Un exemple où l’on retrouve des contacts au cas où est évoqué par Émilie. Dans son cas, ces contacts sont des relations exclusivement médiatisées par les RSN (ils n’échangent pas par téléphone, par messages électroniques ou sur Facebook). Cependant, Olivia fréquente ces contacts en face à face, lors de séminaires et de colloques. Bien que ces derniers ne jouent pas de rôles précis dans sa carrière, ils font partie de son quotidien : « Il faut dire que c’est souvent des rencontres virtuelles qui se sont transformées en rencontres réelles, avec ensuite des échanges encore virtuels, c’est en général des personnes que j’ai rencontrées à plusieurs reprises. Un bon tiers de mes relations sur Viadeo ».