VALEUR COMPARÉE DES PHOSPHATES MINÉRAUX
COMME SOURCES DE PHOSPHORE POUR LES ANIMAUX
L. GUEGUEN Service de Bio(hi;iiie et de A’!<n<:6’);,
Ce;it-re llatiollal de Recherches
û ? ateclzreiqrses,
Juuv-erz-Josas (SeirzP et 0is; > .SOMMAIRE
L’utilisation du
phosphore
d’unphosphate
peut varier en fonction de divers facteurs propres ul’animal, au mode d’alimentation et au
produit
lui-même. 11 est donc difficiled’apprécier,
mêmepar
un choix convenable de critères, la valeur nutritionnelle d’un
phosphate.
Cette mise au
point
rassemble lesprincipaux
résultats concernant la valeur comparée des phos-phates
minéraux comme sources dephosphore
pour les animaux. Les nombreuses contradictions apparentes peuvent souvents’expliquer
par les différences entre les moyens et les méthodes mis en oeuvre pourapprécier
la valeur duproduit.
l b
utefois, il existe manifestement entre
phosphates
des différencesqui
ne peuvent être attri- buéesqu’à
la nature même duproduit :
finesse desparticules,
formechimique
et degré depolyméri-
sation, forme cristalline, traitement subi avant l’emploi et autres constituants duphosphate.
Le casdes
phosphates
contenant unegrande quantité
de fer et d’aluminium a étéparticulièrement
étudié.Il est également
possible
d’évaluerapproximativement
l’efficacitébiologique
d’unphosphate
par des méthodes in vitro.
Si les
orthophosphates
purs, sources classiques de phosphore, sonttoujours
bien utilisés par tous les animaux, en revanche l’efficacité desphosphates
naturels bruts ou défluorés est très varia- ble tandis que lesphosphates alumino-ferriques
sont engénéral
lesplus
mal utilisés, enparticulier
par les
monogastriqucs.
Parmi les
problèmes
que pose l’alimentation minérale desanimaux,
celui del’apport
duphosphore
est engénéral
leplus aigu,
non seulement parce que les rations de base sont souvent insuffisamment pourvues enphosphore
et que les carences ont desconséquences
graves, maisaussi,
parce que le coût ducomplément phosphaté
est très variable et en
général
assez élevé.Le besoin
impérieux
de réduire leprix
de revient ducomplément phosphaté
a conduit à la
multiplicité
actuelle desphosphates
du commerce. Cettegrande
variété
permet
enparticulier
de choisir desphosphates
pauvres encalcium,
cequi peut
être utile dans le cas des ruminants recevant des rations à base delégumineuses
(excédentaires
encalcium).
Il est bien connu que le
phosphore d’origine
minérale est aussibien,
et mêmeparfois
mieux utilisé par les animaux que lephosphore provenant
des aliments naturels(ceci
estparticulièrement
vrai pour lesmonogastriques qui
utilisent malle
phosphore phytique
descéréales).
Cependant,
la hiérarchiequi
existeprobablement
dans les efficacitésbiologiques
des différentes sources minérales de
phosphore
est mal connue et, bien que ces com-paraisons
aient faitl’objet
d’innombrables travaux, il existe encore dans ce domaine de nombreusescontradictions,
sinon des inconnues.I. - LES
MÉCANISMES
DEL’UTILISATION
DU PHOSPHOREI’AR
L’ORGANISME
Sans entrer dans le détail des processus du métabolisme du
phosphore,
ilimporte
de
rappeler
brièvement sesprincipales étapes
et de définir laterminologie adoptée
pour
apprécier
ledegré
d’utilisation duphosphore
par l’animal.La
digestibilité apparente,
ou coefficient d’utilisationdigestive apparent,
estla différence entre la
quantité
de Pingérée
et laquantité
totale de P excrétée par les fèces. Cette différence estrapportée
à 100parties
de Pingéré
et mesurel’absorption
relative
apparente.
I,e coefficient de rétention
apparent, particulièrement employé
chez les ani-maux en
croissance,
est la différence(rapportée
à 100parties
de Pingéré),
entre laquantité
de Pingérée
et laquantité
totale de P excrétée(fèces
—urine).
Notons dès à
présent
que chez les ruminants adultes l’excrétion urinaire de P est engénéral négligeable
et le coefficient de rétention est donc du même ordre que ladigestibilité apparente ; toutefois,
chez les femelleslaitières,
l’excrétion urinaire de Ppeut
atteindre io à 15p. 100de l’excrétion totale durant lespremières
semaines delactation
(B R OCHART, 1961).
Le bilan est la différence entre la
quantité
de Pingérée
et laquantité
totale de Pperdue
parl’organisme (fèces, urine, lait).
C’estpourquoi
cetteexpression
est leplus
souvent utilisée dans le cas des femelleslaitières,
car lephosphore préalablement
retenu pour la formation du lait constitue
cependant
uneperte
pourl’organisme.
Le
phosphore
absorbé par laparoi
intestinale serépartit
enplusieurs
fractions : P retenu(fixation
osseuse enparticulier),
P excrété dansl’urine,
éventuellement P sécrété dans le lait et enfin P réexcrété dans le tractusdigestif
et se retrouvant donc dans les fèces au même titre que le P nondigéré provenant
directement de l’aliment.Cette fraction du P des fèces
(provenant
enmajeure partie
deséchanges
effectuésau niveau de
l’os), déjà
utilisée à une finmétabolique,
estappelée
Pendogène
fécalet ne
peut
êtreappréciée
avec certitude que parl’emploi
desisotopes
radioactifs.Connaissant la
partie d’origine endogène
du P fécal il estpossible
de déterminer ladigestibilité
vraie ou coefficient d’utilisationdigestive
réel du Pingéré.
De
même,
en tenantcompte
duphosphore endogène
fécal(dont
lamajeure partie provient
deséchanges
au niveau del’os)
on obtient la rétention réelle duphosphore
alimentaire.Pour
interpréter
les résultats obtenus à l’aide des méthodes debilans,
il faut admettrel’hypothèse,
d’ailleursdiscutable,
de la dissociation des métabolismesexogène et endogène
duphosphore. Ainsi,
onpeut analyser
les variations de l’uti- lisation du P de la ration par l’étude deplusieurs
séries de facteurs bien distincts(ne pouvant
être dissociésexpérimentalement
avec certitude que parl’emploi
decomposés marqués
par32 P) agissant
soit surl’absorption (surtout
la solubilité dans les conditions del’intestin),
soit sur laréexcrétion,
ou soit encore sur la mobilisation des réserves osseuses.II. - LES
DIFFICULTÉS D’ÉVALUATION
DEL’EFFICACITE BIOLOGIQUE
DES PHOSPHATESLa mesure des différences entre les efficacités
biologiques
deplusieurs phosphates
est une
opération
très délicate. Ceci estdû,
d’unepart
à lamultiplicité
des facteurssusceptibles
d’influer sur l’utilisationphysiologique
duphosphore,
et d’autrepart
au choix des méthodes et critères d’évaluation.
W Les
facteuvs a ! !;issant
sur l’utihsation duphosphore par
les a?limaux.Facteurs
propres
à 1,’animal.Les besoins de
l’animal,
déterminés par son étatphysiologique (croissance, gestation, lactaction, entretien)
et sonâge,
influent bien entendu sur l’utilisation du P alimentaire. C’estpourquoi
lephosphore
d’une même ration est bien mieux retenu par unjeune
animal enpleine
croissance parexemple
que par un animal adulte à l’état d’entretien.L’état des réserves osseuses,
qui
traduit lepassé
nutritionnel del’animal,
influeégalement
sur ses besoins enphosphore. Ainsi,
un état dedéplétion préalable
de l’animal favorise l’utilisation du
phosphore
de laration ;
l’état des réserves osseusesagirait
surtout, selon HANSARD et al( 195-1 ),
sur la rétention duphosphore
absorbéet non pas sur
l’absorption
intestinale.Il existe en outre, comme nous le verrons
plus loin,
des différences considérables entreespèces,
et enparticulier
entre ruminants etmonogastriques,
pour cequi
concerne le métabolisme des éléments minéraux. Il n’est donc pas
possible
degéné-
raliser les résultats obtenus sur une
espèce.
Enfin,
les difficultés decomparaison
des efficacitésbiologiques
duphosphore
de
plusieurs
sources sont encore accrues par la variabilité descapacités
individuelles d’assimilation.Facteurs liés à la
composition
de la ration.Tout
d’abord,
l’utilisation duphosphore
de la ration varie en sens inverse de laquantité
totale dephosphore ingérée. L’adaptation
à des niveauxd’ingestion
variable,
bien étudiée dans le cas ducalcium,
où le rôlehoméostatique
de l’intestina été démontré par HARRISOX
( 1959 ),
sembleplus complexe
dans le cas duphosphore :
des variations de
l’ingestion
entraîneraient simultanément des modifications del’absorption intestinale,
de l’excrétion urinaire et de l’excrétionendogène
fécale.D’autre
part,
pourapprécier
l’utilisation duphosphore apporté
par lecomplé-
ment, il est souvent difficile de faire abstraction duphosphore apporté
par la ration debase ;
c’estpourquoi
les valeurs trouvées pour l’efficacité d’unphosphate
commesource de P
dépendent
de laproportion
de Papportée
par la ration de base dansl’expérience.
Les autres constituants de la ration
peuvent
influer considérablement surl’utilisation de P. Ainsi la vitamine D
agirait
defaçon
indirecte(action primaire
sur
l’absorption
intestinale ducalcium)
surl’absorption
de P etagirait
en outredirectement sur la fixation osseuse et l’excrétion urinaire de P
(W ASS E RMAN
étal.ig6o).
Quant
audéséquilibre phospho-calcique
de laration,
il semble que son effet néfaste ait souvent étéexagéré. Ainsi,
dans le cas desruminants,
lerapport Ca/P peut
varier entre i et f> sans que le métabolisme de P soitperturbé (I)owE
et al.1957 )
et sans
qu’il
y aitapparition
de troubles de fertilité(LITTI,EJOH!
et al.ig6o)
à condi-tion que
l’apport
de P soit conforme aux besoins. I,ul;,K!x et al.( 19 6 1 )
utilisant laméthode de dilution
isotopique
pour Ca et P sur des agneaux encroissance,
ont bienmontré
qu’une
variation durapport Ca/I’
entre0 ,8
et 6 n’avait aucune influencepropre sur
l’absorption
de ces deux éléments. Même chez lesmonogastriques,
destravaux récents sur rats
(H_!xRrs
1959, CACSERET et al.195 8)
conduisent à diminuerl’importance
attribuée à unrapport
Ca/P trop
élevé et à un excès de Ca dans laration,
sil’apport
de P est suffisant. Enrevanche,
unrapport Ca/P trop
faiblepeut
nuireà l’utilisation du
phosphore
dans la mesure oitl’apport
de calcium est insuffisant etne
permet
pas la fixation maximum dephosphore (les
fixations osseuses de Ca et Ps’effectuent simultanément et dans un
rapport
voisin de2 ).
Ceciexpliquerait
lesdifférences
enregistrées
sur porcs par COMBS et al.(ig6o)
pour desrapports Ca(’P
variant de o,g à 2. Il est
également
bien connu que laprésence
de vitamine D estnécessaire pour
l’adaptation
à undéséquilibre phospho-calcique
de la ration.Enfin,
tous les facteurssusceptibles
de modifier la vitesse du transit dans le tractusdigestif (teneur
en eau, teneur encellulose...)
doiventjouer
un rôleimportant
dans
l’absorption
de P.Factezrvs
propres
aitphosphate.
En réalisant des conditions
identiques d’utilisation, compte
tenu des facteursde variation énumérés
ci-dessus,
il existecependant
des différences entre les sourcesde P. Ces
différences, parfois importantes,
nepeuvent
être attribuéesqu’à
la naturemême du
produit,
et nous nous proposons de les étudier dans la discussion des résultats.2
°
Moyens
d’évaluationdu
coefficient
d’utilisation ctuphosphore
desphosphates.
Les
divergences qui
existent entre les résultats des nombreux travaux con-cernant l’efficacité
biologique
desphosphates
sont engénéral
dues aux différences entre les méthodes et les critères utilisés.Métlaodes utilisées
Pour
lacomparaison
desphosphates.
La
plupart
des essais de classification desphosphates
ont été effectuésd’après
des
expériences
invivo,
où l’on acomparé
les résultats obtenus surplusieurs
animauxrecevant divers
compléments. Toutefois,
certaines classifications résultent de com-paraisons
invitro,
parexemple
par latechnique
du rumen artificiel(A XDERSOX
et al.
io 5 6)
ouplus simplement
par des différences de solubilité dans des solvantsappropriés (H ILI ,
et al zg.!5, ELLISet al. Zc!!!, CAB!W , et al.ig5o).
Dans les
expériences
suranimaux,
les résultats obtenus diffèrent engénéral
suivant les
techniques
utilisées.Ainsi,
les animauxprésentant
de grosbesoins,
soità cause de leur état
physiologique (lactation, croissance),
soit à la suite d’unedéplétion préalable,
constituent le meilleur matériel pour lescomparaisons
entre les efficacitésbiologiques
deplusieurs phosphates.
D’autrepart,
le coefficient d’utilisation du P ducomplément
varie suivant laproportion
du P fourni par la ration de base dans le P totalingéré. Ainsi,
lesexpériences
utilisant desrégimes semi-purifiés,
dont laration de base est très pauvre en
P,
fournissent des différencesplus
fortes entrecompléments.
Deplus, lorsque
la ration de base fournit unequantité
de Ptrop proche
des besoins minima del’animal, l’appréciation
de la valeur ducomplément
est nécessairement fausse.
Enfin,
il est difficile de comparer desexpériences
utilisant desphosphates
demême nature et
apparemment identiques ;
selon leurorigine
ou leur traitement ilspeuvent
en effet être très différents : c’est le cas desphosphates
défluorés enparti-
culier.
Critères
d’a!!yéciatio!2
de l’utilisation duphosphore.
Les
principaux
critères utilisés dans les travaux sur l’utilisation desphosphates
sont les suivants : la vitesse de
croissance,
l’efficacitéalimentaire,
la teneur en P dusérum,
les teneurs en cendres et en P du fémur ou dutibia,
lepoids
du tibia secdégraissé rapporté
aupoids
du corps, l’examenradiographique
et l’étude de la résis- tance de certains os(fémur
ou os de lamâchoire),
etenfin,
la méthode des bilans.Par cette dernière méthode on
peut obtenir,
soit seulement la rétention nette etl’absorption apparente,
soitégalement
l’excrétion fécaleendogène
de P etl’absorption
vraie
(au
moyen detechniques
utilisant lesisotopes radioactifs).
Comme nous le verrons
plus loin,
les résultats et leurinterprétation
varientsuivant le groupe de critères choisis. D’autre
part,
certains critères n’ontqu’une
valeur limitée : ainsi le taux du P
sérique
nepeut
être un reflet valable de l’utilisation nette duphosphore,
celui-cipouvant
dans certains cas êtreabsorbé, puis
être réexcrétéet non retenu
(A MM E R MA N
et al.1957).
III. -
RÉSULTATS
Il est très difficile de rassembler et de comparer des résultats obtenus sur des
produits
si variés et par des méthodes souvent différentes. C’estpourquoi
nous divi-serons d’abord les travaux en
quatre
séries suivant lesespèces
ou groupesd’espèces
étudiés : les rats, les
volailles,
les porcs et les ruminants. D’autrepart,
dans un butde
simplification,
nous essayeronsd’apprécier
et de classerapproximativement
lesefficacités
biologiques
des différentsproduits
suivantcinq
groupes ainsi définis : très bon(T. B.),
Bon(B),
Assez bon(AB),
médiocre(1VI)
et pauvre(P).
Les coefficients dedigestibilité
et de rétentionayant
rarement été calculés dans lesexpériences effectuées,
nous devrons bien entenduprocéder
parcomparaison,
en admettantque le
phosphate bicalcique
parexemple
est très bien utilisé chez toutes lesespèces.
Ces
appréciations qualitatives
résultent de la confrontation aussiobjective
quepossi-
ble de tous les
résultats,
mais nepossèdent cependant qu’une
valeur relative.Il est bien difficile de
dégager
de cette série derésultats, parfois contradictoires,
un classement suivant les efficacités
biologiques,
ne tenantcompte
que des diffé-rences de
caractéristiques
ou decomposition
entre lesphosphates,
abstraction faite des différences entre les méthodes d’évaluation.Toutefois,
ilapparaît déjà
que l’accord entre les auteurs semble réalisé pource
qui
concerne lesorthophosphates
desodium, potassium,
calcium et pour la farined’os. Ces
produits
semblent être engénéral
bien utilisés par tous les animaux. Enrevanche,
lesphosphates bruts,
naturels outraités,
et lesphosphates
alumino-ferriques,
conduisent à des résultats trèsvariables, qu’il
n’est paspossible
degéné-
raliser.
IV. - DISCUSSION
Pour essayer
d’expliquer
lescontradictions, parfois apparentes,
relevées dans les tableaux derésultats,
nousreprendrons
l’étude des influencesrespectives
desméthodes et critères
d’appréciation
d’unepart,
et d’autrepart
de la nature même desphosphates
étudiés.W
Influenee
des méthodes et critèresd’ap!réciation
del’efficacité biologique
des
phosphates.
Les ayaimaux utilisés et leur mode d’ali.meaatafio!a. - 1>ans la
présentation
desrésultats nous avons
déjà
éliminé l’influence del’espèce
en considérant que les résultats obtenus sur uneespèce peuvent
difficilement êtregénéralisés
aux autres. D’autrepart,
nous avons
déjà
insisté sur la variabilité des résultats obtenus en fonction des besoinsen P des animaux utilisés.
Ainsi,
comme lesoulignent
AMMER1BLBX et al.( 1957 ) l’emploi
d’animauxjeunes
et à croissancerapide, préalablement
soumis à unrégime
de
déplétion
enP, permet
d’accentuer au maximum les différences entreplusieurs
phosphates.
Ceciexplique
les écarts observés par ces mêmes auteurs pour l’utilisationdu
phosphore
dans les mêmesproduits,
d’unepart
par des agneaux enpleine
crois-sance, et d’autre
part
par des taureaux à l’entretien.Cependant, plusieurs
travauxsur les
poulets (B IRD
et al. 1943, GExR!- et al.1947 )
semblent montrer que les ani-maux
âgés
seraient moins sensibles aux différences dedigestibilité
du P deplusieurs
sources.
Ainsi,
lephosphate
de rocheétudié,
mal utilisé avantl’âge
de 8semaines,
donne de bons résultatsaprès
16 semaines(G ERRY
et al.rg,!7).
Il semble néanmoinsdiflicile de conclure si les bons résultats obtenus chez des
sujets
adultes sont dûsà une meilleure
aptitude
de ces animaux à utiliser duphosphore
peuassimilable,
ou
plutôt simplement
au fait que leurs besoins en P sont faibles.La
proportion
du Papporté
par lecomplément
étudié parrapport
auphosphore
total de la ration est l’une des
principales
causes des controverses entre les auteurs.Ainsi TYLER
( 194 8) critique
la méthode desrégimes semi-purifiés,
consistant àfournir,
pour les
comparaisons
dephosphates,
une ration de base très pauvre en P. Dans cesconditions,
les différences obtenues entre deux sources de P sont certainement accentuées.Toutefois,
si ces résultatsprésentent
un certain intérêtbiochimique
et
physiologique,
ils sont de peud’importance
pourl’éleveur ;
eneffet,
si l’utilisation du P ducomplément
varie avec le taux de P de la ration debase,
ilimporte
d’effectuer lescomparaisons
enemployant
des rations de base courantes.Cependant,
il est bienévident que si la ration de base fournit une
quantité
de Ptrop proche
des besoins minima del’animal,
et si les critèresd’appréciation
ne considèrent que l’utilisationglobale
du P total de laration,
il ne faudra pas s’attendre à des différences entresources de
P,
lesupplément
n’étant pas nécessaire. Ceciexplique
sans doute lesrésultats de GOBBLEet al.
( 195 6)
sur lephosphate argileux
colloïdal pour les porcs,en contradiction avec ceux des autres auteurs.
C’est
pourquoi
PLUMLEE et al.( I g 5 8) recommandent,
pour de telles compa-raisons, d’employer
des rations de base suffisamment pauvres en P, tout en four- nissant par chacun descompléments
unequantité
suffisante de P pour couvrir les besoins minima de l’animal.La
technique
utilisée par LOFGRPE-N,( 19 6 0 ) permet
depallier
au mieux lesinconvénients
précédents
et de fournir les résultats lesplus
valables sur l’utilisation propre du P duphosphate.
Cet auteur utilise à cet effet des rations de base relative- ment pauvres en P(le supplément
doublel’apport
de P dans laration)
etemploie
la méthode de dilution
isotopique
d’unepart
avec la ration de baseseule,
d’autrepart
avec la ration de baseplus
lesupplément. Ainsi,
connaissant l’utilisationglobale
de P dans les deux cas, il
peut
en déduire ladigestibilité
vraie du P fourni par lesupplément.
Notons
également
que des taux élevés desuppléments phosphatés peuvent
dans certains cas(B IRD
et al.1945 )
provoquer un effetdépressif
malexpliqué,
etdonner ainsi des résultats inférieurs à ceux obtenus par des
ingestions
modérées.D’après
Tm!,Mnrr et al.( 1959 )
le taux de P dans la ration n’influe que faiblement surla
digestibilité
réelle et sur l’excrétion fécaleendogène
de P. L’effetdépressif
d’unexcès de certains
phosphates
serait donc dû à l’influence d’autres constituants de la ration.Les critèves
d’appréciation.
- Les résultats obtenus dansl’appréciation
desbesoins en P des animaux varient suivant les critères utilisés. Ainsi TWt,mw et al.
(ig 5
g)
trouventqu’un apport
de 4 g de P par ioohg
depoids
vif est insuffisant pour couvrir les besoins dejeunes
taureaux, si l’on considère comme critères lesgains
depoids
et les coefficients dedigestibilité
et de rétention duphosphore ;
enrevanche,
pour la croissance de l’os et le maintien du taux de P
sérique,
cetapport
semble suffisant.Donc,
encomparant
l’utilisation du P de deuxphosphates,
les différences de croissance de l’os et de taux de P du sérumapparaîtront plus
difficilement que les modifications de la courbe de croissance. D’autrepart,
les différences degains
depoids
ne se manifestentqu’après l’apparition
de différences très nettes dans la structure et lacomposition
des os, et,qui
mieux est, la teneur en cendres du fémuret sa résistance
peuvent
varier en sens inverse(C FIAI’MA -,
et al.1954 ).
Cecipourrait s’expliquer,
selon ces auteurs, par une influencespécifique
de certainsphosphates
sur la structure intime de
l’os,
par des modificationsphysiques
subies par les cristauxd’hydroxyapatite.
Comme les besoins pour le maintien du taux de P
sérique
sont lesplus faibles,
la mauvaise utilisation du P d’un
phosphate
sera doncplus
difficile à déceler si l’ons’appuie uniquement
sur les modifications de la teneur en P du sang. Il existe doncune hiérarchie certaine entre les critères et une
chronologie
dansl’apparition
dessymptômes.
Notons enfin que le test du P
sérique
donneparfois
une mauvaise indication de l’utilisation duphosphore.
Eneffet,
des travaux effectués sur desmétaphosphates
purs
(Tm,iMAw
et al.195 8)
et sur le ypyrophosphate (Â MM E RMAN
et al.1957 ),
montrent
qu’une partie importante
du Pabsorbé, permettant
de maintenir untaux de P
sérique normal,
est ensuite réexcrétée dans les fèces. L’accroissement de l’excrétionendogène
fécale entraîne donc une mauvaise rétention duphosphore,
bien que son
absorption
intestinale soit normale.Malgré
les difficultésd’interprétation qui
résultent d’une telle diversité de méthodes et de critèresd’appréciation,
il estcependant possible
dedégager
desdifférences entre certaines formes de
phosphates.
2
Ó
Influence propre
de la natuve duPhosphate.
De nombreux
facteurs,
propres auproduit même,
influent sur l’utilisation du P par les animaux.La
finesse
desparticules
semble avoir une influencenégligeable
sur l’assimi-labilité du
phosphore.
Des essais surpoussins (G ILLIS
et al.1951 ), employant cinq
de-grés
de moûture pour lephosphate tricalcique,
montrent que seul lephosphate
leplus grossier
estlégèrement
moins bien utilisé que les autres.Toutefois,
lesproduits
finement divisés et
amorphes
sont engénéral plus
solubles que lesproduits grossiers
et bien cristallisés
(H ILL
et al.1 945 ).
La
forme chimique
et ledegré
depolymérisation
semblent exercer une influenceprépondérante
sur ladisponibilité
du P pour les animaux.Ainsi,
enrègle générale,
et
quelle
que soitl’espèce animale,
lesorthophosphates
purs(calciques, sodiques, potassiques)
sont très bien utilisés. Enrevanche,
lesmétaphosphates
et les formespolymérisées (polyphosphates,
enparticulier
lespyrophosphates)
sont engénéral
moins utilisables. Nous avons
déjà signalé
que lephosphore
des méta etpyrophos- phates,
bien queparfois
absorbé sous cetteforme,
était ensuite réexcrété dans le tractusdigestif.
La faible utilisation du P de cesphosphates
serait doncdue,
outreune faible
digestibilité,
à une mauvaise rétention du P absorbé. C’est ainsi que AMM E
RMAN et al.
( 1957 )
trouvent, dans des essais sur agneaux, des coefficients de rétention du P variant de 26 p. 100 pour unorthophosphate (phosphate
mono-calcique),
à o p. 100 pour unmétaphosphate (métaphosphate
de calciumvitreux)
et à - 21 p. 100 pour un
pyrophosphate (y pyrophosphate
deCa).
Deplus,
encalculant les coefficients de
digestibilité
réelle du P ducomplément (le
P de la rationde base étant
exclu),
ils trouventrespectivement
40p. 100, 10p. 100et - 22 p. 100 pour les formesortho,
méta vitreux et pyro, enadoptant
un taux normal d’excrétionendogène
duphosphore (calculé d’après
un essaipréliminaire).
Si lepyrophosphate
était totalement
inassimilable,
sans accroître l’excrétionendogène
de P parl’agneau,
on aurait une
absorption
vraie de o au lieu de - 22 p. 100 ; donc lepyrophosphate
accroît le
phosphore métabolique
desfèces,
cequi
rend l’utilisation de ces formes dephosphates
nocive pour l’animal.Des essais sur rats, utilisant des formes
complexes
depolyphosphates,
semblenttoutefois prouver
qu’une partie
du P fourni seraithydrolysée
dans l’intestin et absorbée sous forme ortho(S CHR E I E R
et al. ig55, LAN& et al.zg 55 ).
Enfin,
ces derniers auteurs trouvent quel’hexamétaphosphate
est malutilisé,
tandis que DYMSZA et al.( 1959 ), également
sur rats, trouvent une rétention de38
à 43 p. 100 pourl’hexamétaphosphate
de Na.La
forme
cristalline influe considérablement sur ladigestibilité
du P au sein dechacun des groupes
ortho,
méta oupyrophosphates.
Ainsi les différences observéesentre les
phosphates bicalciques anhydre
ethydraté
seraient vraisemblablement dues à une solubilité moindre de la formeanhydre (E DWARDS
et al.zg58).
Tous lesessais effectués sur le
phosphate tricalcique
montrent que les formes ocet !,
c’est-à-direhydratée
etanhydre (x désignant également
la forme cristalline stable aupoint
defusion)
sontégalement
utilisées par les animaux. Enrevanche,
la forme y du pyro-phosphate
sembleparfois
mieux utilisée que laforme (ELLIS
et al.1945 )
tandisque, par
rapport
autnétaphosphate amorphe,
soluble etgénéralement assimilable,
les deux formes cristallines x
et sont
de très mauvaises sources de P pour les ani-maux. Cette moindre
digestibilité
de certainsphosphates
cristalliséss’expliquerait
par la formation dans l’intestin de
polymères
delongueur variable, gênant l’absorption (H
R :Œ
RICKS
, 1944).
L’influence
du traitemmt subi par lesphosphates,
enparticulier
lors de la défluo-ration,
sur ladisponibilité
du P, résulte donc des modifications éventuelles dans leurdegré
depolymérisation
ou dans leur formeallotropique.
Ceciexplique parfaitement
les différences considérables
qui
existent entre les efficacitésbiologiques
deplusieurs superphosphates
ouphosphates
naturels défluorés de mêmeorigine (B ARRENTH Œ
et al. 1944, REINACHet al. ig5o, ELLIS et al. 1945, ALMERMAN et al. 1957, W’mcoz 1954, GILLIS et al. 1954, BIRD et al.
ig 45 ).
Ces différences seraient donc dues àl’appa- rition,
au cours du traitementthermique,
de formes relativement insolubles de métaou de
pyrophosphates.
Des essais ont été effectués sur
plusieurs phosphates
défluorés à destempé-
ratures variables.
Ainsi, d’après
les travaux de HILL et al.( 1945 )
sur desphosphates
de
calcium,
la solubilité du Paugmente
considérablement de 6oo°C à i ooo°C.Ceci
correspond
au passage du stade méta au stade pyro,puis
à la formetricalcique.
Au-delà de i ooo°C il se forme de
l’apatite.
ELLIS et al.( 1945 )
ontcomparé,
dansdes essais sur rats, l’efficacité
biologique
deplusieurs superphosphates
défluorés àdes
températures
variables :300 °C, 6oo°C, 7 6 0 °C,
et i oiooc.Seuls les
phosphates
défluorés à i oio°C donnent de bons résultats sur ratsLe traitement à
300 °C
donne des résultats moyens, tandis que les traitements à 6oo°C et à7 6o°C
conduisent à la formation dephosphates inutilisables,
sans douteà cause de la
présence
abondante des formes intermédiaires méta et pyro insolubles.Il
importe donc, semble-t-il,
de veiller toutparticulièrement
au choix destempératures employées
pour les traitementsthermiques
subis par desphosphates
destinés aux
animaux,
ou d’associer à la calcination un traitement acideapproprié permettant
d’éviter lapolymérisation (Gui L icKso-.B
et al.194 6,
AMMERMAN et al.I9!7) !
Les autres constituants du
phosphate
influentégalement
sur l’utilisation du P par les animaux. Nous avonsdéjà
discutél’importance
attribuéeau rapport phospho- calcique
et à l’excès de calcium dans la ration.Toutefois,
sachant que lepremier objectif
d’une alimentation minérale rationnelle est d’assurer unapport
convenablede P et de
Ca,
nous ne tiendrons pascompte
dudéséquilibre phosphocalcique
decertains
phosphates, puisqu’il peut
êtrecorrigé
par d’autres constituants de la ration.Le
problème
du fluor estégalement
bien connu, et nous savonsqu’il
intervientpar sa toxicité propre. C’est
pourquoi
il est nécessaire dedéfluorer,
avec lesrisques
d’insolubilisation du
phosphore
que celacomporte,
lesphosphates trop
riches en fluor(teneur
en Fsupérieure
à 2 p.100 ).
L’influence souvent néfaste d’autres
métaux,
tels que lefer,
l’aluminium et le zinc est en revanche moins connue. Des essais sur agneaux(T HOMPSO x
et al.1959 )
recevant du sulfate de zinc à des taux de o,5 et i p. 100de la
ration,
montrent que les taux élevés de Zn diminuent la rétention nette de P sans influer sur lespertes
endo-gènes.
Donc desquantités importantes
de Zn diminueraientl’absorption
du P dela ration.
BuT2u!x et al.
(ig 5 o)
montrentégalement qu’un
excès de fer dans lerégime
contribue à la formation de
phosphates
insolubles au niveau del’absorption,
etnuit ainsi à l’utilisation du fer et du
phosphore. Cependant,
enajoutant
del’oxyde
de fer à du
phosphate monocalcique,
MOTZOK et al.( 195 6)
n’observent pas d’effetdépressif
surpoulets ;
enfait, l’oxyde
de fer étantinsoluble,
il nepeut
se combinerau
phosphore
pour former desphosphates.
De très nombreux travaux sur
petits
mammifères(ST R EET
m!!2,JoxES 193 8,
MACKENZIE rg3r, Cox et al. 1931, Me COLLUMet al.
192 8)
et surpoulets (D!oBnt,n
et al. 1935, Cox et al.
z g 3 i) prouvent
que desquantités importantes d’aluminium,
en
particulier
sous forme desulfate,
nuisent à l’utilisationdigestive
duphosphore.
Eneffet,
l’Al étantpratiquement inassimilable,
son effet néfaste se sittierait au niveau del’absorption.
Des travaux récents sur agneaux(T HOMPSOK
et al.ig5g)
donnentdes résultats contraires : en distribuant des rations contenant du sulfate d’alumi- nium à des taux de o,5 et i p. 100, ces auteurs n’observent
qu’un
effetdépressif négligeable
sur la rétention nette de P, sans modification de l’excrétion fécale endo-gène.
Pour ces mêmes teneurs en Al ladigestibilité
réelle de P était de 77et 80 p. zooau lieu de 88 p. 100.
Il semble que le
comportement
du fer et de l’aluminium vis-à-vis duphosphore
varie selon
l’espèce, monogastrique
ou ruminant. Eneffet,
STRUTHERS et al.(ig5o)
ont montré que la
présence
d’anionsorganiques
modifie les conditions deprécipitation
des
phosphates
de fer et d’aluminium. Lephosphate
d’Alprécipite
normalement dans des conditions depH
variantde à g . Toutefois,
enprésence
d’anionsorgani-
ques, et en
particulier
d’acidesorganiques
très abondants dans le rumen, l’aluminium estcomplexé
et laprécipitation
enphosphate
ne s’effectue pas. Cettehypothèse paraît valable,
et enfait,
aucun travailexpérimental
ne prouve l’effet néfaste de Al sur le métabolisme duphosphore
chez les ruminants.Cas
particulier
desphosphates alumino-jerriques et
desPhosphates
nnttrrelsa y gileua
ou colloïdrtux. - De nombreux travaux,
précédemment cités,
montrent la mauvaiseutilisation par les animaux de certains
phosphates
contenant desquantités impor-
tantes de Fe et d’ Al. La
plupart
des auteurs attribuent la cause de cette mauvaise utilisation à laprésence
de ces élémentsétrangers.
Enfait,
même dans lephosphate colloïdal,
Al et Fe se trouvent enquantités
suffisantes pour combiner tout le P sous forme dephosphates
insolubles.Toutefois,
lamajeure partie
de ces éléments setrouve sous forme
d’oxy-des
insolubles nepouvant
se combiner auphosphore (A MMER -
M
AN et al.
1957 ).
MoTZOx et al.(rg 5 6)
montrent que duphosphate monocalcique surchargé d’oxydes
de fer et d’aluminiunt ne donne pas les mêmes effets que lephosphate
colloïdal.1/1
plupart
des essais effectués sur lesphosphates
contenant du Fe ou de l’Alconcernent les