PROGRAMME
DE PROTECTION
DES HIBERNACUIA
DE CHAUVES-SOURIS
AU
QUEBEC
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Ministère de l'Environnement et de la Faune Direction de la faune et des habitats
Janvier 1996
Québec
Direction de la faune et des habitats
PROGRAMME DE PROTECTION DES hibernacula DES CHAUVES-SOURIS AU QUÉBEC
Ministère de l'Environnement et de la Faune Janvier 1996
Dépôt légal - Bibliothèque nationale du Québec, 1996 ISBN : 2-550-30197-8
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION 1 1. PROBLÉMATIQUE 3 1.1 Contraintes physiologiques reliées à l'hibernation 4 1.2 Déplacements 5 1.2.1 Déplacements annuels , , 5 1.2.2 Déplacements hivernaux 5 1.3 Les facteurs de dérangement en période d'hibernation 6 1.4 Les cavités naturelles au Québec 7 1.5 Problématique de la fermeture des mines désaffectées 10 1.6 Combien d'hibernacula faut-il protéger? 11 1.7 Protéger les mines désaffectées ou les cavités naturelles? . . . 13 2. BUT DU PROGRAMME DE PROTECTION 14 3. OBJECTIFS DU PROGRAMME 14 4. MISE EN OEUVRE DU PROGRAMME 15 4.1 Aménagement des hibernacula 15 4.1.1 Préparation des prescriptions d'aménagement . . 15 4.1.2 Signature d'ententes avec les propriétaires 15 4.1.3 Réalisation des aménagements 15 4.2 Prescription d'aménagements lors d'abandon d'exploitation
minière 18 4.3 Développement d'un système de suivi des tendances des
populations résidentes de chauves-souris . . 18 CONCLUSION 21 BIBLIOGRAPHIE 23
INTRODUCTION
Les orientations que le ministère de l'Environnement et de la Faune a prises à l'égard de la biodiversité et des espèces menacées l'ont incité à s'intéresser de plus en plus aux espèces non prélevées. En 1993, la fermeture d'une mine désaffectée en Estrie, où hibernait une importante colonie de chauves-souris, a incité le MEF à entreprendre une recherche sur la problématique de la fermeture des sites miniers abandonnés. Cette étude nous a démontré l'ampleur des problèmes auxquels sont confrontées les chauves-souris en période hivernale et l'importance de protéger leurs lieux d'hibemement. Le ministère de l'Environnement et de la Faune (MEF) a donc amorcé en 1994 un programme de protection des hibernacula de chauves-souris auquel est associé un objectif secondaire de suivi des populations de chiroptères.
Le présent document a pour but de décrire la problématique, les buts et les objectifs du programme ainsi que les ressources et les échéanciers nécessaires à sa mise en oeuvre.
1. PROBLÉMATIQUE
L'aire de répartition de nos espèces de chauves-souris varie durant l'année. Les individus des différentes espèces se déplacent sur des distances plus ou moins grandes, entre les lieux où ils passent l'été et ceux où ils passent l'hiver. Parmi les huit espèces que compte le Québec, cinq s'y retrouvent toute l'année et sont dites résidantes. Il s'agit de la petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus), de la chauve-souris nordique (Myotis septentrionalis), de la chauve- souris pygmée {Myotis leibiï), de la pipistrelle de l'est (Pipistrellus subflavus) et de la grande chauve-souris brune (Eptesicus fuscus). Le qualificatif de résidant n'exclut cependant pas qu'une proportion plus ou moins importante des populations estivales de ces espèces puisse se retrouver au sud de nos frontières durant l'hiver.
Pour leur part, les effectifs de nos trois autres espèces migrent plus loin au sud pour passer l'hiver. Ces espèces sont ainsi dites migratrices. Il s'agit de la chauve-souris argentée (Lasionycteris noctivagans), de la chauve-souris rousse {Lasiurus borealis) et de la chauve- souris cendrée (Lasiurus cinereus). À cause des habitats qu'elles fréquentent, les espèces migratrices sont également qualifiées d'arboricoles (tree bats) alors que l'on qualifie la plupart des espèces résidantes de cavernicoles (cave dweling bats). Toutes nos espèces font partie de la famille des vespertilionidés.
Nos connaissances sur la répartition spécifique des chauves-souris du Québec sont fort limitées et ne reposent souvent que sur quelques mentions, dont certaines très anciennes (Breton et Gauthier 1989). Aucune évaluation des effectifs de chauves-souris du Québec n'est disponible et peu de données permettent, pour l'instant, d'évaluer la tendance des populations.
Par contre, une espèce non-migratrice, la pipistrelle de l'Est, apparaît à la liste des espèces susceptibles d'être désignées menacées ou vulnérables.
Durant l'hiver, les chauves-souris doivent se réfugier à un endroit où la température ambiante est assez froide pour survivre sur leurs réserves lipidiques, mais suffisamment chaude pour ne pas geler. La température ambiante constitue donc un important facteur dans la sélection d'un hibernaculum car elle détermine l'activité métabolique des individus. Au Québec, ce sont
surtout les grottes et les mines qui procurent les conditions adéquates pour l'hibernation des espèces qui recherchent des températures proches du point de congélation. Ainsi, la température ambiante dans les sections les plus reculées des grottes et des mines, où il y a très peu de circulation d'air, demeure remarquablement constante tout au long de l'année et correspond sensiblement à la température annuelle moyenne qui prévaut à la surface (Gèze 1965). Bien que certaines espèces, comme la petite chauve-souris brune, hibernent aux endroits où la température ambiante est relativement proche du point de congélation, d'autres, comme la grande chauve-souris brune, pourront se satisfaire d'un endroit où la température est relativement plus chaude (Davis 1970).
1.1 Contraintes physiologiques reliées à l'hibernation
L'hibernation des chauves-souris des régions tempérées représente une adaptation à une période récurrente de rareté de nourriture. Ainsi, la plupart des chauves-souris hibernantes nord-américaines sont confrontées à des périodes de plus de six mois durant lesquelles elles ont peu ou pas accès à des sources d'énergie autres que leurs réserves lipidiques. Pour la petite chauve-souris brune ces réserves représentent environ 30 % de la masse corporelle au début de la période d'hibernation (Thomas et al. 19906) et ne sont normalement pas renouvelées de façon significative durant l'hiver. En conséquence, les chauves-souris doivent exercer un contrôle strict sur le taux d'utilisation de leurs réserves lipidiques. En réduisant considérablement les coûts de thermorégulation, l'abaissement de la température corporelle au niveau de la température ambiante peut résulter en une réduction des dépenses métaboliques de près de 99 % (Thomas et al. 1990a).
Cependant, comme tous les mammifères hibernants étudiés jusqu'ici, les chauves-souris doivent se réveiller périodiquement durant l'hibernation (Lyman et al., 1982). Ces réveils coûtent aux individus une quantité appréciable d'énergie qui augmente considérablement si ces derniers doivent voler. Une indication de ces importants coûts énergétiques est la corrélation positive observée entre la perte de poids des individus et la fréquence des réveils et des déplacements (Daan 1973). En fait, ces réveils périodiques compteraient pour 83 à 90 % des dépenses totales encourues durant l'hibernation (Kayser 1965; Thomas et al. 19906).
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Le coût et le nombre.de réveils hivernaux constituent ainsi deux facteurs déterminants dans le bilan énergétique des chauves-souris hibernantes.
Il semblerait, par ailleurs, que les pertes en eau soient un facteur déterminant dans le déclenchement des réveils (Speakman et Racey 1989; Thomas et Cloutier 1992). Ainsi, lorsque le taux d'humidité ambiante est faible, les individus perdraient rapidement leur eau corporelle et il leur deviendrait essentiel de se réveiller pour boire et compenser ces pertes (Fenton 1970).
L'importance de l'eau et de l'humidité expliquerait pourquoi la plupart des espèces hibernent à des endroits où l'eau est disponible et où l'humidité relative est supérieure à 90 % (Twente
1955; Rice 1957; Dulic 1961; Tinkle et Patterson 1965; Hassell 1967).
1.2 Déplacements
1.2.1 Déplacements annuels
Les sites choisis comme hibernacula doivent présenter des conditions environnementales particulièrement étroites. De tels sites sont relativement dispersés sur le territoire, amenant les individus à parcourir d'importantes distances pour y accéder. Fenton (1970) rapporte ainsi que des petites chauves-souris brunes baguées au Québec et en Ontario ont parcouru jusqu'à 160 km entre les gîtes d'été et d'hiver. La répartition et la disponibilité des gîtes joueraient donc un rôle déterminant dans les déplacements des individus. Fenton (1970) considère d'ailleurs que la disponibilité des gîtes serait le principal facteur limitant les populations de chauves- souris en Ontario.
1.2.2. Déplacements hivernaux
On rapporte souvent certains déplacements hivernaux à l'intérieur même des hibernacula.
Twente (1955) suggère ainsi que les sites les plus appropriés à l'hibernation sont trouvés par essais et erreurs et que les individus qui se trouvent aux endroits les moins propices se
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réveillent après être entrés en hibernation. Les individus sont également susceptibles de se déplacer d'un hibernaculum à un autre lorsque les conditions présentées par le premier ne répondent pas à celles recherchées (Moisan 1962). La familiarité avec un certain nombre d'hibernacula pourrait alors signifier la différence entre la mort et la survie des individus.
Les chauves-souris sont par ailleurs capables de coloniser assez rapidement un nouveau site, comme en témoigne l'occupation de la mine de-Bryson (45° 40' N., 76° 40' O.), où la population de petites chauves-souris brunes atteignait plus de 1 000 individus après 10 ans.
Il semblerait que la communication entre individus constitue un important facteur de la croissance rapide des populations dans les nouveaux gîtes (Fenton 1970).
1.3 Les facteurs de dérangement en période d'hibernation
Compte tenu de la grande vulnérabilité des individus hibernants, le dérangement des animaux dans les hibernacula apparaît de plus en plus comme un facteur majeur de mortalité. Le fait que des chauves-souris provenant de plusieurs milliers de kilomètres carrés convergent chaque automne vers certains sites rend en effet les populations résidantes extrêmement vulnérables.
Ainsi, compte tenu de la rareté relative des hibernacula et des grandes concentrations d'individus susceptibles de s'y abriter, une espèce commune comme la petite chauve-souris brune pourrait littéralement devenir menacée si ses principaux gîtes hivernaux ne sont pas adéquatement protégés. Turtle (1991) rapporte ainsi qu'en 1969, une des plus grandes concentrations de chauve-souris hibernantes au monde aurait été détruite, en l'espace d'un hiver, suite aux visites répétées d'un groupe de spéléologues dans une grotte de la Virginie.
Thomas (1995) a par ailleurs démontré que le seul fait de visiter un hibernaculum, sans même toucher aux chauves-souris, peut induire le réveil d'un grand nombre d'individus dans les heures qui suivent la visite. Il semble en effet que certains individus, plus sensibles au dérangement, peuvent être facilement réveillés par le passage des visiteurs. Les dérangements ultérieurs, générés par les activités des individus éveillés, produiraient ensuite une réaction en cascade qui stimulerait le réveil de nombreux autres individus durant les heures suivant le
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dérangement initial. Thomas est ainsi d'avis que les visites des hibernacula, même sans contact direct avec les chauves-souris, devraient être limitées au minimum pour assurer la survie des individus.
La rareté des grottes naturelles dans le nord-est de l'Amérique du Nord et leur haut taux de fréquentation par les spéléologues expliquent probablement pourquoi les hibernacula renfermant les plus grandes concentrations de chauves-souris sont maintenant les mines désaffectées.
Il existe finalement un autre type de perturbation indirecte qui est susceptible d'altérer gravement la survie des chauves-souris hibernantes. Il s'agit de la modification de la taille des entrées et de l'architecture des hibernacula qui, en altérant le régime de circulation de l'air, sont susceptibles de modifier considérablement le micro-climat qui y prévaut. L'entrée de plusieurs grottes naturelles au Québec a été agrandie afin de faciliter l'accès au public.
1.4 Les cavités naturelles au Québec
Le territoire du Québec n'est pas très bien pourvu en cavités naturelles. Les grottes de bonne dimension se forment généralement dans les zones de roche calcaire où les eaux souterraines réussissent à dissoudre la roche et à creuser des cavités. Les régions les plus riches sont l'Outaouais, le lac Saint-Jean et l'île d'Anticosti.
Une revue des données disponibles sur les cavités naturelles d'intérêt spéléologique a été réalisée en 1994 (Gauthier et al. 1995). Sur les, 99 sites répertoriés, 25 seulement ont un potentiel jugé élevé. Cependant aucun de ces sites n'abrite plus de 500 chauves-souris alors que certaines mines désaffectées en abritent plusieurs milliers. Pour la majorité des grottes, on rapporte une fréquentation hivernale importante par les spéléologues amateurs. Certaines grottes ont été spécialement aménagées pour faciliter l'accès du public (tableau 1). Par exemple, l'entrée du Trou de la Fée au lac Saint-Jean a été dynamitée pour l'élargir ce qui a eu pour effet de modifier le micro-climat à l'intérieur de la grotte.
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De toute évidence, toutes les grottes ayant une dimension intéressante pour la spéléologie sont visitées régulièrement par des spéléologues amateurs. Parmi les cavités naturelles connues, aucune ne semble offrir maintenant un gîte de qualité pour de grandes populations de chauves-souris compte tenu des dérangements en période hivernale. La fréquence des dérangements serait telle que les réserves énergétiques accumulées par les chauves-souris seraient insuffisantes pour leur permettre de survivre jusqu'au printemps.
Malheureusement, aucune donnée sur les populations de chauves-souris qu'abritaient les cavités naturelles au moment de leur découverte n'a pu être retracée.
Tableau 1. Perturbations rapportées dans quelques sites d'intérêt spéléologique au Québec (Caron 1985).
RÉGION
01
02
03
03 06 07
07 11
14 15
NOM
Spéos de la Fée
Trou de la Fée
Grotte de Boischatel
Trou du Diable (Saint- Casimir)
Grotte de Saint-Léonard Laflèche
Grotte de Lusk
Grotte de Saint-Elzéard
Grotte de Crabtree Grotte de la Maison de Pierre
NbDE CHAUVES-
SOURIS 5 à 10
200 à 300
?
20 Faible 200 à 500
Présence 0
200
?
PERTURBATIONS
Concrétions brisées ou souillées, excavation de sédiments.
Site d'initiation à la spéléologie.
Fréquentation humaine élevée.
Dynamitage pour élargir l'entrée et déplacement de blocs à l'intérieur.
Exploitation touristique en cours.
Urbanisation importante de la surface sus-jacente.
Visites guidées.
Fréquentation humaine très élevée en hiver.
Programme d'interprétation. Site très fréquenté.
Utilisation touristique inconsidérée impliquant des perturbations climatiques et fauniques sévères, du pillage, des graffitis, etc.
Fréquentation humaine importante en hiver.
Programme d'interprétation.
Pillage et échantillonnage inconsidérés.
Graffitis, introduction de détritus.
Fréquentation humaine élevée.
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1.5 Problématique de la fermeture des mines désaffectées
En 1993, l'obstruction des ouvertures de la mine Bolton en Estrie par le ministère des Ressources naturelles a soulevé un tollé, ce site étant reconnu pour abriter une colonie d'environ 3 000 chauves-souris.
La Loi sur les mines (L.R.Q. M-13.1, art. 231 et 232) stipule que, lorsque le titulaire de droit minier ou l'exploitant cesse temporairement ou définitivement ses activités minières, celui-ci doit se conformer aux mesures de sécurité prescrites par règlement pour prévenir tout dommage pouvant résulter de cette cessation. En vertu de la réglementation (Règlement sur les substances minérales autres que le pétrole, le gaz naturel et la saumure), les accès aux mines désaffectées doivent être clôturés ou obturés définitivement pour éviter les accidents.
L'exploitation de plusieurs mines a cessé bien avant l'adoption de cette réglementation. Il existerait encore de nombreux sites qui n'ont jamais été sécurisés de façon conforme à la réglementation. C'est principalement pour combler cette lacune que le ministère des Ressources naturelles a entrepris, depuis quelques années, de sécuriser ou de faire sécuriser toutes les mines désaffectées. Comme les mesures de fermeture répondent d'abord et avant tout à des critères de sécurité et de coût, et non à des soucis de conservation de la faune, la sécurisation des mines désaffectées se traduit souvent par l'obturation pure et simple des entrées, ce qui enlève au site toute valeur comme hibernaculum. La réglementation prévoit en effet que les orifices doivent être obturés au moyen de dalles de béton armé ou au moyen de remblais de pierre, de sable ou de gravier.
Il est clairement apparu que la poursuite du programme de sécurisation des mines tel qu'appliqué à l'heure actuelle peut mettre en danger certaines populations de chauves-souris et contribuer à une réduction de la biodiversité à l'échelle provinciale ou locale.
11 1.6 Combien d'hibernacula faut-il protéger?
Compte tenu de nos connaissances limitées des effectifs et de la répartition de nos populations de chauves-souris cavernicoles (Envirotel 1995), nous pouvons difficilement nous baser sur des critères démographiques pour évaluer le nombre et l'emplacement des hibernacula à protéger. Nous pouvons cependant obtenir une estimation raisonnable du nombre d'hibernacula nécessaire sur le territoire québécois. Ainsi, en prenant l'hypothèse qu'un hibernaculum accueillerait environ 5 000 individus (Don Thomas, comm. pers.) et qu'il y a 500 000 chauves-souris cavernicoles au Québec durant l'été, il faudrait une centaine d'hibernacula pour abriter ces individus durant l'hiver. Il s'agit là d'une estimation très conservatrice car, selon le professeur Thomas, on pourrait compter en été jusqu'à 20 chauves- souris par km2 dans le sud du Québec.
Comme la localisation et la protection d'une centaine d'hibernacula constitueraient un objectif difficilement réalisable à court terme, il nous apparaît essentiel de cibler les hibernacula dont la protection assurerait la survie du plus grand nombre d'individus. Si nous ne pouvons aménager tous les sites, il importe que ceux sélectionnés soient répartis de façon à assurer, à un maximum d'individus, un lieu d'hibernation situé à une distance raisonnable des lieux de résidence estivale. Il semble qu'il ne soit pas rare que les gîtes d'été et d'hiver soient distants de plus de 100 km. Un objectif réaliste serait donc d'assurer la présence d'un hibernaculum accessible à moins de 100 km de tout point situé dans l'aire de répartition estivale de nos populations de chauves-souris cavernicoles.
Nous savons qu'il pourrait difficilement y avoir des hibernacula au-delà de l'isotherme correspondant à la température annuelle moyenne de 0°C. Ceci nous laisse donc une superficie d'environ 420 000 km2, sur laquelle l'ensemble des hibernacula devrait être réparti.
Si nous fixons à 100 km le rayon d'action de chaque hibernacula et que ceux-ci sont uniformément distribués, il faudrait en protéger 13,4 pour que ce territoire de 420 000 km2
soit entièrement couvert. Compte tenu de la difficulté de répartir uniformément les hibernacula à être protégés, un objectif de 15 sites aménagés semble tout à fait compatible avec les besoins probables de nos chauves-souris cavernicoles (figure 1).
44°
6 4 °
Figure 1. Répartition hypothétique de 15 hibernacula aménagés et protégés. Les cercles concentriques indiquent un rayon de 50 et 100 km autour des hibemacula. La zone hachurée représente la région où la température annuelle moyenne est supérieure à 0°C (Gauthier et al. 1995)
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II s'agit cependant d'un objectif minimal qui ne doit surtout pas être considéré comme une fin en soi. Nous ne pouvons en effet présumer que, suite à la disparition d'un hibernaculum non protégé, les individus en quête d'un nouveau gîte réussiront à atteindre un des sites aménagés dans un rayon de 100 km.
1.7 Protéger les mines désaffectées ou les cavités naturelles?
Les populations de chauves-souris qui hivernent au Québec sont maintenant concentrées dans les mines désaffectées. Cependant celles-ci sont menacées par l'obturation permanente des lieux. Dans le cas des cavités naturelles, ce sont surtout les dérangements associés à la forte fréquentation humaine qui mettent en péril la survie des chauves-souris. La fréquentation maximale des grottes et des cavernes coïncide souvent avec la période d'activité scolaire durant laquelle les spéléo-clubs sont particulièrement actifs. Malheureusement cette période correspond à celle où les chauves-souris hibernantes sont le plus vulnérables. La protection des cavités naturelles est une avenue à privilégier mais qui est complexe vu les conflits anticipés avec les spéléo-clubs. De plus, ces sites ayant été désertés par les chauves-souris, leur recolonisation pourrait difficilement se faire à une vitesse suffisamment grande pour compenser les pertes d'habitat causés par l'obturation des mines désaffectées. C'est pourquoi la stratégie de conservation des hibernacula proposée par le ministère de l'Environnement et de la Faune est principalement orientée vers les mines désaffectées plutôt que la sécurisation des cavités naturelles bien que des interventions ponctuelles au niveau de certaines cavités naturelles ne soient pas totalement exclues.
14 2. BUT DU PROGRAMME DE PROTECTION
Le programme de protection des hibernacula de chauves-souris a trois buts, tous dans la visée des orientations du ministère de l'Environnement et de la Faune:
1° Maintenir la biodiversité régionale et provinciale des populations de chiroptères au Québec.
2° Protéger les espèces menacées ou vulnérables.
3° Développer des indices de populations permettant de suivre les tendances des populations de chiroptères au Québec.
3. OBJECTIFS DU PROGRAMME
Trois objectifs ont été définis, lesquels permettront d'atteindre les buts fixés.
1° Aménagement d'ici l'an 2001 de 15 hibernacula répartis dans 13 des régions administratives du Québec.
L'aménagement de ces hibernacula et leur distribution permettra d'assurer l'accès à un minimum de sites bien distribués, favorisant non seulement le maintien des populations, mais aussi de la diversité faunique régionale.
2° Préparation de prescriptions d'aménagement pour chaque mine fermée dans le futur et qui présente un bon potentiel pour les chauves-souris.
Outre la protection d'un minimum d'hibernacula par l'atteinte de l'objectif 1, la création de nouveaux sites d'hivemement permettra une expansion des populations si celles-ci se voient réduites par la fermeture de certaines mines abandonnées.
15
3° Développer d'ici l'an 2000 un système de suivi des tendances des populations résidentes de chauves-souris basé sur le dénombrement des chauves-souris en hibernation dans 10 hibernacula protégés.
4. MISE EN OEUVRE DU PROGRAMME
4.1 Aménagement des hibernacula
L'aménagement des hibernacula comporte trois phases : la préparation des prescriptions d'aménagement, la signature d'ententes avec le ou les propriétaires et la réalisation des aménagements.
4.1.1 Préparation des prescriptions d'aménagement
Les hibernacula doivent présenter une température stable et légèrement au-dessus du point de congélation, une humidité relative élevée, des courants d'air réduits et une certaine disponibilité en eau. La détermination de l'écoulement des flux d'air dans les galeries, du nombre et de l'agencement des ouvertures sur l'extérieur est essentielle pour la prescription des aménagements.
4.1.2 Signature d'ententes avec les propriétaires
Pour chaque site aménagé, une entente doit être établie entre le ou les propriétaires et le ministère de l'Environnement et de la Faune, afin de protéger le site, d'y garantir un accès à des fins de gestion de la faune et pour y établir la responsabilité des parties.
4.1.3 Réalisation des aménagements
La réalisation des aménagements suivra la signature des ententes avec les propriétaires et aura lieu au cours de l'année qui suit celle de la préparation des prescriptions d'aménagement. Des démarches sont présentement en cours auprès du ministère des Ressources naturelles pour que soit modifié le Règlement sur les substances minérales autres que le pétrole, le gaz naturel
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et la saumure pour que le système de fermeture avec grillage proposé par Envirotel (1995) soit autorisé comme système de fermeture conforme à la réglementation (figure 2). Ce type de grillage a l'avantage d'être très sécuritaire pour le public tout en permettant le passage des chauves-souris. Des aménagements tels que l'obstruction de conduites d'aération ou de certaines galeries pourront être complémentaires à l'installation des grilles.
17,
Plan général de construction des grilles
Grille pour entrée de mine
Matériaux principaux:
Ponceau 5' x 10" x 2.8 mm Fer-angles 2" x 2" x 1/4"
Fer-angles 1" x 1" x 1/4"
Ponceau 5 pi 2,8 mm épais
± 8,8 po
Figure 2. Grille installée à l'entrée des mines désaffectées pour laisser entrer les chauves-souris tout en étant sécuritaire pour le public (Envirotel 1995)
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4.2 Prescription d'aménagements lors d'abandon d'exploitation minière
La Loi sur les mines prévoit que le ministère de l'Environnement et de la Faune est avisé lorsqu'une compagnie minière cesse d'exploiter une mine. Il est alors possible d'évaluer le potentiel du site pour les chauves-souris et de préparer des prescriptions d'aménagement. Ces aménagements seront réalisés par la compagnie minière. Cependant une aide financière devrait être consentie aux compagnies minières en fonction des coûts additionnels associés à l'aménagement de Vhibernaculum.
Au cours des cinq premières années du programme, l'évaluation du potentiel des sites miniers pour lesquels des avis de fermeture seront donnés, pourra être intégrée à la phase 4.1.1 décrite plus haut. Si quelques-uns de ces sites sont retenus en raison de leur fort potentiel, ils seront comptabilisés dans l'objectif des 15 sites à aménager d'ici cinq ans. Par la suite, nous prévoyons devoir évaluer le potentiel d'environ 1 site par année. Étant donné que les plans de ces mines sont récents et disponibles, l'évaluation de leur potentiel sera plus rapide que dans le cas des mines abandonnées depuis plusieurs années. En prenant l'hypothèse qu'une mine abandonnée sur deux présentera un potentiel élevé, les besoins en ressources financières pour l'aménagement des mines qui seront fermées après l'an 2001 seront de l'ordre de 10 000 par année en dollars actuels. Habitat Faunique Canada, la Fondation de la Faune du Québec et les compagnies minières seront sollicités pour financer cette phase du programme.
4.3 Développement d'un système de suivi des tendances des populations résidentes de chauves-souris
La protection d'une quinzaine à'hibernacula fournira l'occasion d'obtenir des indications sur les tendances des populations résidentes. Si les dénombrements directs à l'intérieur des cavités souterraines sont un excellent moyen d'obtenir des données sur la taille des populations en hibernation, ils présentent plusieurs inconvénients comme le dérangement des individus, la sécurité des équipes d'inventaire et le temps-personne pour les réaliser. Différentes avenues1
seront analysées pour développer une méthode efficiente, par exemple l'utilisation d'appareils de détection électronique lors de l'entrée des chauves-souris dans les cavités, l'aide de bénévoles, etc.
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Le ministère de l'Environnement et de la Faune sera responsable du développement et de la réalisation des suivis. En 1996 et 1997, la méthodologie du suivi sera développée. Le suivi des populations pourra être amorcé dès 1998 sur quelques-uns des sites aménagés et s'étendre à une dizaine de sites bien distribués lorsque le programme de protection du noyau de base de 15 sites aura pris fin.
21 CONCLUSION
Avant la colonisation du Québec par les Européens, les chauves-souris résidentes hibernaient dans les grottes et les cavernes. Par la suite, la fréquentation des cavités naturelles par l'homme s'est accrue considérablement. Maintenant, elles sont majoritairement du domaine privé et plusieurs d'entre elles sont aménagées pour les visites du public. Ces interventions font en sorte que les chauves-souris se sont déplacées vers les mines désaffectées. Cependant la fermeture définitive de l'entrée des mines à des fins de sécurité publique se fait par enrochement ou dallage de béton. Ceci présente une menace sérieuse pour le maintien de la diversité des espèces de chiroptères du Québec. La réalisation du présent programme de protection des hibernacula de chauves-souris permettra de rencontrer l'objectif de rendre les mines désaffectées sécuritaires pour le public tout en préservant l'habitat hivernal des chauves-souris. La préservation et l'aménagement de 15 hibernacula sont considérés comme des interventions minimales pour le maintien de la biodiversité des chiroptères à l'échelle provinciale. Ces sites protégés permettront la mise en place d'un système de suivi des populations résidentes de chauves-souris.
23 BIBLIOGRAPHIE
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