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(1)

N° 41 2002

RECHE CHE

FOR TION

pour les professions de l'éducation

Les dynamiques identitaires

Questions pour la recherche et la formation

INSTITUT NATIONAL

ffc/OO

DE RECHERCHIE

PÉDAGOGIQUE

f / V i%.l

Département"Politiques, pratiques etacteurs del'éducation"

N° 41 2002

RECHE CHE

FOR TION

pour les professions de l'éducation

Les dynamiques identitaires

Questions pour la recherche et la formation

INSTITUT NATIONAL

ffc/OO

DE RECHERCHIE

PÉDAGOGIQUE

f / V i%.l

Département"Politiques, pratiques etacteurs del'éducation"

(2)

RECHERCHE ET FORMATION

TROISNUMÉROS PARAN

NUMEROS

A

VENIR

THEMESRETENUS

-N°

-N"

-N°

42- 47 - 44^

L'ANAlySE dEl'ACTiviTÉ :AppROckïSSJTUÉES Le

tutorat

MrrkodoLoqiQUEen UNivtRsiTÉ La pRofEssioNNAliTÉ en miliEt diFFiciU

Vous pouvez proposer des articles dans Recherche et Formafion.Ceux-ci ne pourront dépasser10pages(35000signes).Veuillezjoindre 3exemplaires,une disquetteet un résuméde10lignes enfrançaiset sipossibleenanglais.Lesfaire parveniràRechercheetFormation,ô l'attention de RaymondBourdoncle, INRP, 29, rue d'Ulm,75230Pariscedex05.

Pourtousrenseignementscomplémentaires:01463491 40

Vouspouvez consulterlessommairesdela revuesurle siteInternetde l'INRP:

www.inrp.fr

RevueÉdÎTÉE

par l'INRP

INRP-Paris 29,rued'Ulm 75230ParisCedex05

INRP-Lyon Centre LéonBlum PlaceduPentacle-BP17

69195Saint-FonsCedex

INRP-Rouen 39,rue delaCroix-Vaubois

76130Mont-Saint-Aignan

@ INRP,2002 ISSN:0988-1824 ISBN:2-7742-0912-8

Mistenp«qi:NicolePrllitux-0160276127

iMpKESsioN : iMpiMMCitiEMAimySA,MilUu

RECHERCHEet FORMATION 41 - 2002

RECHERCHE ET FORMATION

TROISNUMÉROS PARAN

NUMEROS

A

VENIR

THEMESRETENUS

-N°

-N"

-N°

42- 47 - 44^

L'ANAlySE dEl'ACTiviTÉ :AppROckïSSJTUÉES Le

tutorat

MrrkodoLoqiQUEen UNivtRsiTÉ La pRofEssioNNAliTÉ en miliEt diFFiciU

Vous pouvez proposer des articles dans Recherche et Formafion.Ceux-ci ne pourront dépasser10pages(35000signes).Veuillezjoindre 3exemplaires,une disquetteet un résuméde10lignes enfrançaiset sipossibleenanglais.Lesfaire parveniràRechercheetFormation,ô l'attention de RaymondBourdoncle, INRP, 29, rue d'Ulm,75230Pariscedex05.

Pourtousrenseignementscomplémentaires:01463491 40

Vouspouvez consulterlessommairesdela revuesurle siteInternetde l'INRP:

www.inrp.fr

RevueÉdÎTÉE

par l'INRP

INRP-Paris 29,rued'Ulm 75230ParisCedex05

INRP-Lyon Centre LéonBlum PlaceduPentacle-BP17

69195Saint-FonsCedex

INRP-Rouen 39,rue delaCroix-Vaubois

76130Mont-Saint-Aignan

@ INRP,2002 ISSN:0988-1824 ISBN:2-7742-0912-8

Mistenp«qi:NicolePrllitux-0160276127

iMpKESsioN : iMpiMMCitiEMAimySA,MilUu

RECHERCHEet FORMATION 41 - 2002

(3)

SOMMAIRE IM° 41

LES DYNAMIQUES IDENTITAIRES

QUESTJONS pOUR

U

RECHERCHE ET

U foRMAîioN

(MokhtarKaddouri, rédacteur enchef invité]

Editorial

deMokhtarKaddouri 5

Edmond Marc Lipiansky: Le soi entrecognitivisme etphénoménologie:

réflexions épistémologiques 11

MokhtarKADDOURI: Le projet desoi entreassignation et authenticité

...

31 FlorenceGlUST-DESPRAIRIES: Approche psychosociale cliniquedel'identité . .

49

Simone BAILLAUQUÈS: Identitéetresponsabilité ou commentla responsabilité

vient aux enseignants débutants

65

Marie-LaureChaix: Du technicien à l'ingénieur: les transitionsidentitaires dans lesNouvelles Formations d'Ingénieurs (NFI)

83

NoëlleMONIN etGeneviève COGÉRINO: Desenseignantsface

aux transformations de leur fonction au lycée:

uneidentité professoralemenacée 1

03

Autour

des mots« Stratégies identitaires», « dynamiques identitaires »

de FabriceGUTNIK

119

Entretiend'Annette Gonnin-Boloavec Claude Dubar 131

RECHERCHEet FORMATION 41 - 2002

SOMMAIRE IM° 41

LES DYNAMIQUES IDENTITAIRES

QUESTJONS pOUR

U

RECHERCHE ET

U foRMAîioN

(MokhtarKaddouri, rédacteur enchef invité]

Editorial

deMokhtarKaddouri 5

Edmond Marc Lipiansky: Le soi entrecognitivisme etphénoménologie:

réflexions épistémologiques 11

MokhtarKADDOURI: Le projet desoi entreassignation et authenticité

...

31 FlorenceGlUST-DESPRAIRIES: Approche psychosociale cliniquedel'identité . .

49

Simone BAILLAUQUÈS: Identitéetresponsabilité ou commentla responsabilité

vient aux enseignants débutants

65

Marie-LaureChaix: Du technicien à l'ingénieur: les transitionsidentitaires dans lesNouvelles Formations d'Ingénieurs (NFI)

83

NoëlleMONIN etGeneviève COGÉRINO: Desenseignantsface

aux transformations de leur fonction au lycée:

uneidentité professoralemenacée 1

03

Autour

des mots« Stratégies identitaires», « dynamiques identitaires »

de FabriceGUTNIK

119

Entretiend'Annette Gonnin-Boloavec Claude Dubar 131

RECHERCHEet FORMATION 41 - 2002

(4)

Sommaire

AnneBARRÈRE:Topographie croisée dutravail scolaire

139

Odile

Devos-Prieuret Elisabeth Loubet-Gauthier: Incidencedesmodes de partenariatà l'écoleélémentaire sur la polyvalencedes maîtres

et surles représentations desélèves

153

Lectures

BibliographiedeMadoMAILLEBOUIS: Regardssur lesproblématiques identitaires: analyses, réflexions, démarches et outils pour mieux

décrypter l'identité desenseignants et des formateurs 171

NOUSAVONS REÇU 1

78

RECHERCHEetFORMATION 41 - 2002 Sommaire

AnneBARRÈRE:Topographie croisée dutravail scolaire

139

Odile

Devos-Prieuret Elisabeth Loubet-Gauthier: Incidencedesmodes de partenariatà l'écoleélémentaire sur la polyvalencedes maîtres

et surles représentations desélèves

153

Lectures

BibliographiedeMadoMAILLEBOUIS: Regardssur lesproblématiques identitaires: analyses, réflexions, démarches et outils pour mieux

décrypter l'identité desenseignants et des formateurs 171

NOUSAVONS REÇU 1

78

RECHERCHEetFORMATION 41 - 2002

(5)

EDITORIAL

LES DYNAMIQUES IDENTITAIRES

CoNsidÉRATÏONS

ÉpisTÉMoloqiouES, MÉTkodoLoqiouEs

ET

pRoftSsioNNEllES

Eh oui, c'est encore et toujours le thème de l'identité: problématique inépuisable qu'aucune approchen'apuentièrementsaisir,dompteretfinalement banaliser. Prise pourobjet d'analyse pardes chercheurs appartenant à des disciplinesdifférentes, instrumentalisée (commeoutil de mobilisation individuelleetcollective) parles ges¬

tionnaires et les intervenants socioculturels, l'identité demeure « insaisissable ».

Décomposée dans ses différentes formesd'expression etde manifestation (identité sociale, personnelle, professionnelle, politique, culturelle, sexuelle...), l'identité résisteets'érigeentotalité indécomposableetirréductibleà l'une ou l'autrede ses dimensions.

Cenuméro deRechercheetFormationn'apaspour ambitiond'accomplircettetâche dedomptage impossible.Son ambitionestbeaucouppluslimitéeaue cela:aborder uncertain nombre de questionsd'ordreépistémologique,méthodologique etprofes¬

sionnelqueposel'aborddesidentitésaux chercheursetpraticiensagissant dansdif¬

férents champs depratiques sociales ouscientifiques. D'où letitre que nousavons donnéàlathématique decenuméro. Lesauteurs descontributionsquilecomposent ontpourpoint commun de refuser la vision fixistede certainesapprochesqui finis¬

sentpar stigmatiserlessujetsqu'elles sont sensées étudierouaccompagner. Abor¬

dant l'identité danssesaspectsprocessuels etdynamiques,lesauteurs insistentsurle rôle des rapports sociaux, des contextes et des situationsd'interactions sociales à l'ceuvre danslesprocessus identitaires. Parcetteapproche, ils signifient dans leurs contributions, que l'identité n'est pas une donnée figée, constituée une fois pour toute, mais un« étant » en perpétuel deveniret enconstantereconstruction. C'est pourquoi,noussemble-t-il,lesdémarches synchroniques,malgré leur utilité, ontdes limites dans l'approche des phénomènes identitaires. D'où l'importance de leur associerdesdémarchesdiachroniques qui prennentencomptelerapport étroitentre lesidentités etlestemporalitésde leur expression.

RECHERCHEet FORMATION 41 - 2002

EDITORIAL

LES DYNAMIQUES IDENTITAIRES

CoNsidÉRATÏONS

ÉpisTÉMoloqiouES, MÉTkodoLoqiouEs

ET

pRoftSsioNNEllES

Eh oui, c'est encore et toujours le thème de l'identité: problématique inépuisable qu'aucune approchen'apuentièrementsaisir,dompteretfinalement banaliser. Prise pourobjet d'analyse pardes chercheurs appartenant à des disciplinesdifférentes, instrumentalisée (commeoutil de mobilisation individuelleetcollective) parles ges¬

tionnaires et les intervenants socioculturels, l'identité demeure « insaisissable ».

Décomposée dans ses différentes formesd'expression etde manifestation (identité sociale, personnelle, professionnelle, politique, culturelle, sexuelle...), l'identité résisteets'érigeentotalité indécomposableetirréductibleà l'une ou l'autrede ses dimensions.

Cenuméro deRechercheetFormationn'apaspour ambitiond'accomplircettetâche dedomptage impossible.Son ambitionestbeaucouppluslimitéeaue cela:aborder uncertain nombre de questionsd'ordreépistémologique,méthodologique etprofes¬

sionnelqueposel'aborddesidentitésaux chercheursetpraticiensagissant dansdif¬

férents champs depratiques sociales ouscientifiques. D'où letitre que nousavons donnéàlathématique decenuméro. Lesauteurs descontributionsquilecomposent ontpourpoint commun de refuser la vision fixistede certainesapprochesqui finis¬

sentpar stigmatiserlessujetsqu'elles sont sensées étudierouaccompagner. Abor¬

dant l'identité danssesaspectsprocessuels etdynamiques,lesauteurs insistentsurle rôle des rapports sociaux, des contextes et des situationsd'interactions sociales à l'ceuvre danslesprocessus identitaires. Parcetteapproche, ils signifient dans leurs contributions, que l'identité n'est pas une donnée figée, constituée une fois pour toute, mais un« étant » en perpétuel deveniret enconstantereconstruction. C'est pourquoi,noussemble-t-il,lesdémarches synchroniques,malgré leur utilité, ontdes limites dans l'approche des phénomènes identitaires. D'où l'importance de leur associerdesdémarchesdiachroniques qui prennentencomptelerapport étroitentre lesidentités etlestemporalitésde leur expression.

RECHERCHEet FORMATION 41 - 2002

(6)

Editorial

La conception de l'identité que nous défendons ici, nous conduit à structurer ce numéroautour de trois principales interrogations traitées de manière transversale à traversneuf articles, quenousavonsregroupéesensixentrées(regards croiséspor¬

téssurlesproblématiques identitaires).

Trois

interrogations

La premièreseréfère,d'unepart, aucadrethéorique mobilisablepour l'appré¬

hensiondel'identité,d'autrepart, àl'intentionnalitédusujet etlaconsciencedeson Soi. Elle réactualise laquestion del'inférence et de la conscience: l'identitéest-elle une inference du chercheur, une expression et une conscience du sujet, ou bien émerge-t-elle deetdansl'interaction entrelesdeux?Lesmouvementsethniques,reli¬

gieuxet culturels organiséspourdéfendrede façon affichée leur identité etleursspé¬

cificitésn'expriment-ils pas l'existenced'uneconscienced'unSoicollectif conscient?

Accolerstratégie à identité (dans l'expression « stratégieidentitaire ») n'est-il pas uneopération paradoxale?Eneffet,silesactesstratégiquesposésparun individu sontdel'ordredu conscient etmêmeducalculé,l'identiténel'estpasforcément dans toutessescomposantes etdans tousses aspects. Une stratégieidentitaire explicite nécessite, nonseulementl'existenced'uneconscience subjectivedela partde l'ac¬

teur-auteur decettestratégie, maiségalement unecertaine formalisation etmiseen place de façon consciente, volontaire et intentionnelle, demoyens etd'actesvisant la réduction desestensionsidentitaires. Or, dans la réalité, raressontlesfois oùl'on rencontreunindividu conscient deceprocessus.

La deuxièmeinterrogation portesurles démarches et techniquesqui permettent derepérer et de saisir les dynamiques etlesstratégies identitaires. Sur quels types de données peut-on sebaserpourlesanalyser?Avec quelstypesd'outils peut-on produire ces données? Peut-on recueillir les actes identitaires directement et« de façon frontale » ou bien faut-il les appréhenderdefaçon indirecte, par l'intermé¬

diaired'autres données qui, parleuranalyse et leur mise en relation, permettront desinferencesenla matière?

Cecinousconduit à interrogerlestatutdu discours dans laproduction dusavoirsur l'identité(etplusgénéralementsurlesconceptsdeSoietde dynamiques identitaires).

Ilnousconduit, également, à interroger la pertinencedesoutilset dumatériauqu'ils permettentde recueillir, letype decadrethéoriqueà mobiliserpourles interpréter.

L'interrogation, sinon même la démangeaisonidentitaire quinoustravailletous,mais qui est poussée à son comble chez ceuxqui la théorisent, ne risque-t-elle pas de conduirecertains à voirde l'identitairepartout, ycompris, peut-être, là où il n'est pas?Onne lesaitquetrop:deux chercheurs faceauxmêmesmatériaux,vont l'ana¬

lyserde façon différenteenfonction deleurschoix théoriques, qui comme onlesou¬

ligne si bien auprès des étudiants, vont leur permettre de construire leur objet, c'est-à-diredeproduiresouventcequiestenfaitunartefact théorique.

RECHERCHEetFORMATION 41 - 2002 Editorial

La conception de l'identité que nous défendons ici, nous conduit à structurer ce numéroautour de trois principales interrogations traitées de manière transversale à traversneuf articles, quenousavonsregroupéesensixentrées(regards croiséspor¬

téssurlesproblématiques identitaires).

Trois

interrogations

La premièreseréfère,d'unepart, aucadrethéorique mobilisablepour l'appré¬

hensiondel'identité,d'autrepart, àl'intentionnalitédusujet etlaconsciencedeson Soi. Elle réactualise laquestion del'inférence et de la conscience: l'identitéest-elle une inference du chercheur, une expression et une conscience du sujet, ou bien émerge-t-elle deetdansl'interaction entrelesdeux?Lesmouvementsethniques,reli¬

gieuxet culturels organiséspourdéfendrede façon affichée leur identité etleursspé¬

cificitésn'expriment-ils pas l'existenced'uneconscienced'unSoicollectif conscient?

Accolerstratégie à identité (dans l'expression « stratégieidentitaire ») n'est-il pas uneopération paradoxale?Eneffet,silesactesstratégiquesposésparun individu sontdel'ordredu conscient etmêmeducalculé,l'identiténel'estpasforcément dans toutessescomposantes etdans tousses aspects. Une stratégieidentitaire explicite nécessite, nonseulementl'existenced'uneconscience subjectivedela partde l'ac¬

teur-auteur decettestratégie, maiségalement unecertaine formalisation etmiseen place de façon consciente, volontaire et intentionnelle, demoyens etd'actesvisant la réduction desestensionsidentitaires. Or, dans la réalité, raressontlesfois oùl'on rencontreunindividu conscient deceprocessus.

La deuxièmeinterrogation portesurles démarches et techniquesqui permettent derepérer et de saisir les dynamiques etlesstratégies identitaires. Sur quels types de données peut-on sebaserpourlesanalyser?Avec quelstypesd'outils peut-on produire ces données? Peut-on recueillir les actes identitaires directement et« de façon frontale » ou bien faut-il les appréhenderdefaçon indirecte, par l'intermé¬

diaired'autres données qui, parleuranalyse et leur mise en relation, permettront desinferencesenla matière?

Cecinousconduit à interrogerlestatutdu discours dans laproduction dusavoirsur l'identité(etplusgénéralementsurlesconceptsdeSoietde dynamiques identitaires).

Ilnousconduit, également, à interroger la pertinencedesoutilset dumatériauqu'ils permettentde recueillir, letype decadrethéoriqueà mobiliserpourles interpréter.

L'interrogation, sinon même la démangeaisonidentitaire quinoustravailletous,mais qui est poussée à son comble chez ceuxqui la théorisent, ne risque-t-elle pas de conduirecertains à voirde l'identitairepartout, ycompris, peut-être, là où il n'est pas?Onne lesaitquetrop:deux chercheurs faceauxmêmesmatériaux,vont l'ana¬

lyserde façon différenteenfonction deleurschoix théoriques, qui comme onlesou¬

ligne si bien auprès des étudiants, vont leur permettre de construire leur objet, c'est-à-diredeproduiresouventcequiestenfaitunartefact théorique.

RECHERCHEetFORMATION 41 - 2002

(7)

Editorial

Latroisièmeinterrogation concernelesdifférentsmodesetprocessusde produc¬

tiondesidentitésprofessionnelles etcomporteuncertainnombre de questions: Peut- on construireson identité etenavoirconscience,danslajoie et le bonheur, ou bien est-ce un processusqui émerge dansles seuls momentsde profondes crises etde changementsqui chamboulent tous repèresmatériels, idéels etsymboliques? Est-il possibled'établirdes liensentre momentsde crise etprocessus deconstructionde l'identité?Peut-on accompagner le« travail identitaire » (1) queles individus, les groupesetlesorganisations sontamenés àeffectuer?Peut-onaccéderauxbesoins identitaires etconstruiredesdispositifs deformation àl'identité?Quelsrôlespeuvent jouerles pratiquesd'accompagnementetdeformationdansla prise encharge de cesbesoins,qu'ils soient individuels ou collectifs?

Ces trois interrogations sontabordées de manière diverse dans les neuf contribu¬

tions.Commentlesclasser? Comptantsurlatolérancedesauteursetlecteurs, nous tenterons de les organiseren six entréesrépondant chacune de façon dominante mais nonexclusiveàl'undescritèressuivants:naturedel'identité ou le statut du Soi, accompagnement dutravail identitaire, analyse de stratégies identitaires, clarifica¬

tion notionnelle, expressiond'un pointdevue,repèresbibliographiques.

Six entrées dansles

problématiques identitaires

La première entréeestconstituéede deuxarticles. Celui d'EdmondMarcLipiansky (2) qui critique de façon argumentée les postulats de base qui sous-tendent les notions du Soi dans les différents courants cognitivistes auxquels il reproche la conception substantialisteetfixistedu Soi.

À

partir d'uneperspectivephénoménolo¬

gique,illeuropposeunevisiondynamique et processuelle. Ilrécuse,ainsi,le postu¬

lat du Soi commeobjet et substanceet le traite comme processus dynamique de totalisation.Analysant ainsi les rapportsentre identité, connaissance, expérience et consciencedu Soi, illesituedansunespaceintersubjectif oùautrui,parsonregard, constitueune présencedans la conscienceduSoi. S'interrogeantsurlesaspectsdu Soiqui échappent à la conscience,ilconclutàlanécessité

a

unedémarcheplurielle etmulti-référentiellepourl'approcheduSoi.

MokhtarKaddouri,quant à lui, traiteduprojet deSoiqu'il définitcomme uneinten¬

tionderéduire unedouble distance identitaire:celleduprojetd'avoirquelque chose etduprojetd'être quelqu'un, puis celleduprojetd'autruisur Soi et leprojet deSoi sur Soi. Se référantaux modalités du projet de Soi, il présente unetypologie de

1 - Nousempruntons l'expression à Marie-JosepheGiletti-Abou, Questions identitaireset ressourcesculturelles: l'exempledes referentsrefigieuxdans des discours d'enseignantsen Guadeloupeparaître).

2 - C'estla seulecontribution qui netraitepas desquestionsdeformation, maissesituebien danslecadre de laproblématiqueglobaledunuméro.

RECHERCHEet FORMATION N"41 - 2002 Editorial

Latroisièmeinterrogation concernelesdifférentsmodesetprocessusde produc¬

tiondesidentitésprofessionnelles etcomporteuncertainnombre de questions: Peut- on construireson identité etenavoirconscience,danslajoie et le bonheur, ou bien est-ce un processusqui émerge dansles seuls momentsde profondes crises etde changementsqui chamboulent tous repèresmatériels, idéels etsymboliques? Est-il possibled'établirdes liensentre momentsde crise etprocessus deconstructionde l'identité?Peut-on accompagner le« travail identitaire » (1) queles individus, les groupesetlesorganisations sontamenés àeffectuer?Peut-onaccéderauxbesoins identitaires etconstruiredesdispositifs deformation àl'identité?Quelsrôlespeuvent jouerles pratiquesd'accompagnementetdeformationdansla prise encharge de cesbesoins,qu'ils soient individuels ou collectifs?

Ces trois interrogations sontabordées de manière diverse dans les neuf contribu¬

tions.Commentlesclasser? Comptantsurlatolérancedesauteursetlecteurs, nous tenterons de les organiseren six entréesrépondant chacune de façon dominante mais nonexclusiveàl'undescritèressuivants:naturedel'identité ou le statut du Soi, accompagnement dutravail identitaire, analyse de stratégies identitaires, clarifica¬

tion notionnelle, expressiond'un pointdevue,repèresbibliographiques.

Six entrées dansles

problématiques identitaires

La première entréeestconstituéede deuxarticles. Celui d'EdmondMarcLipiansky (2) qui critique de façon argumentée les postulats de base qui sous-tendent les notions du Soi dans les différents courants cognitivistes auxquels il reproche la conception substantialisteetfixistedu Soi.

À

partir d'uneperspectivephénoménolo¬

gique,illeuropposeunevisiondynamique et processuelle. Ilrécuse,ainsi,le postu¬

lat du Soi commeobjet et substanceet le traite comme processus dynamique de totalisation.Analysant ainsi les rapportsentre identité, connaissance, expérience et consciencedu Soi, illesituedansunespaceintersubjectif oùautrui,parsonregard, constitueune présencedans la conscienceduSoi. S'interrogeantsurlesaspectsdu Soiqui échappent à la conscience,ilconclutàlanécessité

a

unedémarcheplurielle etmulti-référentiellepourl'approcheduSoi.

MokhtarKaddouri,quant à lui, traiteduprojet deSoiqu'il définitcomme uneinten¬

tionderéduire unedouble distance identitaire:celleduprojetd'avoirquelque chose etduprojetd'être quelqu'un, puis celleduprojetd'autruisur Soi et leprojet deSoi sur Soi. Se référantaux modalités du projet de Soi, il présente unetypologie de

1 - Nousempruntons l'expression à Marie-JosepheGiletti-Abou, Questions identitaireset ressourcesculturelles: l'exempledes referentsrefigieuxdans des discours d'enseignantsen Guadeloupeparaître).

2 - C'estla seulecontribution qui netraitepas desquestionsdeformation, maissesituebien danslecadre de laproblématiqueglobaledunuméro.

RECHERCHEet FORMATION N"41 - 2002

(8)

Editorial

quatre dynamiques identitairessous-tendues par l'hypothèse suivante: l'identitéest unetotalité, etsichaque sujetn'aqu'uneseule, uniqueetsingulière identité, celle-ci estcomposéededifférentes dimensionsauxquellescorrespondentdesprojetsdeSoi dimensionnelsinscritsdanscettetotalitéquilesdépasse etlesenglobe dansun pro¬

jetdeSoi global. Partant decesconsidérations, ilaboutit à l'analyse de la forma¬

tiondesadultescomme espace detransaction identitairedontl'issueconditionne le typederapportquelesadultes établissent avec laformation.

Ladeuxièmeentréeestcentréesurlesprocessusidentitaires accompagnés. Florence Giust-Desprairiesymetenévidenceleseffetsdesmutations,deschangements bru¬

taux etlesconséquencesde ladéfaillancede la fonction de contenanceetd'étayage au sein desstructures sociales. Elleanalyse leurs effetsconjugués surlesprocessus de déconstruction et de dislocationdesliens « indémêlables » du psychique et du socialà la base de l'identité, contribuant,parlà même,à lafragilisation dusujet et àsavulnérabilité. C'estenréférenceàceseffets et àcesobservations danslemilieu scolaire dont elle nous présente deux vignettes cliniques, que l'auteur analyse la fonctiond'un dispositif derécitsde vie dans letravailidentitaireet lafaçondontl'ac¬

compagnement, par un psychosociologue clinicien, en l'occurrence elle-même, conduit à la construction,parle sujet,dusensdesévénementsdesatrajectoire.

Latroisièmeentréeregroupe trois articles. Celui de Simone Baillauquès qui traite du lienentre identité etresponsabilité dansle casdes professeurs débutants nouvelle¬

menttitularisés. Repérant la fonction d'analyseurs des dysfonctionnements institu¬

tionnels que jouent lesdébutants dans le métier, elle analyseles processus deleur construction identitaire dansdes situations conflictuelles, exigeantes etvariées. Elle porte une attentionparticulière au rôle de l'exercice de laresponsabilitéattribuéeet assumée, efanalysesaplace danslesconstructionsidentitaires,qu'ellesitueen inter¬

action avec leregard portéparautrui, ici la communauté éducative.

Lacontribution de Marie-Laure Chaixmet en lien lathéorie de la socialisation de Claude Dubar et un matériau empirique recueilli dans le cadred'observations et d'interviews de stagiaires engagésdans undispositifdeformationparalternancedit NFI (Nouvelles Formations d'Ingénieurs). Elle analyseles stratégies mises en place parlesformés,envuede la gestiondestensionsidentitairesquirésultentdeleursta¬

tuttransitoire de stagiaires.Cesstratégiessontmises en perspectiveparrapportaux attitudes des entreprises (hiérarchie et collègues) vis-à-vis du devenir de ces sta¬

giaires techniciensfutursingénieurs.

Noëlle Monin et Geneviève Cogérino, de leurcôté, repèrentlesévolutions du sys¬

tème éducatif. Elles analysent leurs répercussions sur le métier d'enseignant et la remiseencause des assiseshistoriquesdel'identitéprofessorale. Enréférenceàces répercussions,ellesanalysentlesstratégiesidentitairesmises enplaceparles ensei¬

gnants pour faire face aux menaces qui pèsent sur leur identité. Selon les deux

RECHERCHEelFORMATION 41 - 2002 Editorial

quatre dynamiques identitairessous-tendues par l'hypothèse suivante: l'identitéest unetotalité, etsichaque sujetn'aqu'uneseule, uniqueetsingulière identité, celle-ci estcomposéededifférentes dimensionsauxquellescorrespondentdesprojetsdeSoi dimensionnelsinscritsdanscettetotalitéquilesdépasse etlesenglobe dansun pro¬

jetdeSoi global. Partant decesconsidérations, ilaboutit à l'analyse de la forma¬

tiondesadultescomme espace detransaction identitairedontl'issueconditionne le typederapportquelesadultes établissent avec laformation.

Ladeuxièmeentréeestcentréesurlesprocessusidentitaires accompagnés. Florence Giust-Desprairiesymetenévidenceleseffetsdesmutations,deschangements bru¬

taux etlesconséquencesde ladéfaillancede la fonction de contenanceetd'étayage au sein desstructures sociales. Elleanalyse leurs effetsconjugués surlesprocessus de déconstruction et de dislocationdesliens « indémêlables » du psychique et du socialà la base de l'identité, contribuant,parlà même,à lafragilisation dusujet et àsavulnérabilité. C'estenréférenceàceseffets et àcesobservations danslemilieu scolaire dont elle nous présente deux vignettes cliniques, que l'auteur analyse la fonctiond'un dispositif derécitsde vie dans letravailidentitaireet lafaçondontl'ac¬

compagnement, par un psychosociologue clinicien, en l'occurrence elle-même, conduit à la construction,parle sujet,dusensdesévénementsdesatrajectoire.

Latroisièmeentréeregroupe trois articles. Celui de Simone Baillauquès qui traite du lienentre identité etresponsabilité dansle casdes professeurs débutants nouvelle¬

menttitularisés. Repérant la fonction d'analyseurs des dysfonctionnements institu¬

tionnels que jouent lesdébutants dans le métier, elle analyseles processus deleur construction identitaire dansdes situations conflictuelles, exigeantes etvariées. Elle porte une attentionparticulière au rôle de l'exercice de laresponsabilitéattribuéeet assumée, efanalysesaplace danslesconstructionsidentitaires,qu'ellesitueen inter¬

action avec leregard portéparautrui, ici la communauté éducative.

Lacontribution de Marie-Laure Chaixmet en lien lathéorie de la socialisation de Claude Dubar et un matériau empirique recueilli dans le cadred'observations et d'interviews de stagiaires engagésdans undispositifdeformationparalternancedit NFI (Nouvelles Formations d'Ingénieurs). Elle analyseles stratégies mises en place parlesformés,envuede la gestiondestensionsidentitairesquirésultentdeleursta¬

tuttransitoire de stagiaires.Cesstratégiessontmises en perspectiveparrapportaux attitudes des entreprises (hiérarchie et collègues) vis-à-vis du devenir de ces sta¬

giaires techniciensfutursingénieurs.

Noëlle Monin et Geneviève Cogérino, de leurcôté, repèrentlesévolutions du sys¬

tème éducatif. Elles analysent leurs répercussions sur le métier d'enseignant et la remiseencause des assiseshistoriquesdel'identitéprofessorale. Enréférenceàces répercussions,ellesanalysentlesstratégiesidentitairesmises enplaceparles ensei¬

gnants pour faire face aux menaces qui pèsent sur leur identité. Selon les deux

RECHERCHEelFORMATION 41 - 2002

(9)

Editorial

auteurs, l'engagement dans des dispositifs et des pratiques d'innovation pédago¬

giquesconstituel'unedesstratégiesde préservation etd'affirmationidentitaire chez lesenseignants enquêtes.

Dansla quatrième entréeAutourdes mots»),FabriceGutnikfaitlepointsur dif¬

férentesdéfinitions ettypologiesde la notion de«stratégies identitaires»qu'ilpré¬

sentedansleursdeuxaspects,interactionnisteetdéveloppemental.

À

cetteoccasion, il metl'accentsurles limites, ouplutôt surles lacunesdans laconceptualisation de la notion de« dynamiques identitaires » à laquelle recourent leschercheurs pour analyser l'engagementdesadultesdanslespratiques, dispositifsetprocessusdefor¬

mation. Ilconclutsurquelques considérations épistémologiquesetméthodologiques relativesaux rapports entre stratégie etidentité.

Lacinquième entréeestconçueàpartirdel'entretien accordéparClaudeDubar à Annette Gonnin-Bolo. L'auteurrevientsursonmodèlede la doubletransactioniden¬

titaire. Il attire notre attention, chercheurs etpraticiens, sur un certain nombre de dérives dans l'usage fait du modèle en question et plus globalement contre les dérivesdans l'usage de la notion d'identité. Il revient, plus particulièrement sur les rapportsdepouvoir,deconflit,de coopérationetde négociation inhérentsauxpro¬

cessusdeconstructionetde reconnaissancedes identités. Situant sonapprochepar rapportàlapsychanalyseetauxdémarchescliniques, ilabordelaquestiondulan¬

gage danslesprocessus identitairesetsoulignel'importancedes entretiens biogra¬

phiqueset récitsdevie danslesdémarches de recherche.

Lasixième entrée (que l'on trouvera danslarubrique«Lectures»),estconsacréeau travail derecherche bibliographiqueeffectuéparMadoMaillebouis. Conçu autour de trois sections, ce travail témoigne de la diversité et de la multiplicité des approchesdesproblématiques identitaires.Iltémoigne, également,de laprofondeur desinterrogationsqui traversentlesdifférentschampsdepratiques socialeset scien¬

tifiques. Celles-ciconcernentlesdifférents publics,lesdifférents âges et momentsde lavie, etinterpellentlesdifférentes approches disciplinaires.

Telles sont les troisquestionnementsetles six entrées qui constituentce numéro de Recherche et Formation. Nous espérons qu'il constituera un véritable outil de réflexion etd'échange au servicedeschercheurs etdes praticiens. Nous pensons, notamment,à cellesetceuxqui

uvrent

dans lechamp éducatifetdeformationdes adultes. S'il en estainsi, cela constituera levéritable remerciement que nous puis¬

sionsadresseraux contributrices et contributeurs decenuméro.

MokhtarKADDOURI Rédacteur enchefinvité ConservatoireNationaldesArts et Métiers CentredeRecherchesur la Formation ChairedeFormationdesAdultes

RECHERCHEet FORMATION 41 - 2002 Editorial

auteurs, l'engagement dans des dispositifs et des pratiques d'innovation pédago¬

giquesconstituel'unedesstratégiesde préservation etd'affirmationidentitaire chez lesenseignants enquêtes.

Dansla quatrième entréeAutourdes mots»),FabriceGutnikfaitlepointsur dif¬

férentesdéfinitions ettypologiesde la notion de«stratégies identitaires»qu'ilpré¬

sentedansleursdeuxaspects,interactionnisteetdéveloppemental.

À

cetteoccasion, il metl'accentsurles limites, ouplutôt surles lacunesdans laconceptualisation de la notion de« dynamiques identitaires » à laquelle recourent leschercheurs pour analyser l'engagementdesadultesdanslespratiques, dispositifsetprocessusdefor¬

mation. Ilconclutsurquelques considérations épistémologiquesetméthodologiques relativesaux rapports entre stratégie etidentité.

Lacinquième entréeestconçueàpartirdel'entretien accordéparClaudeDubar à Annette Gonnin-Bolo. L'auteurrevientsursonmodèlede la doubletransactioniden¬

titaire. Il attire notre attention, chercheurs etpraticiens, sur un certain nombre de dérives dans l'usage fait du modèle en question et plus globalement contre les dérivesdans l'usage de la notion d'identité. Il revient, plus particulièrement sur les rapportsdepouvoir,deconflit,de coopérationetde négociation inhérentsauxpro¬

cessusdeconstructionetde reconnaissancedes identités. Situant sonapprochepar rapportàlapsychanalyseetauxdémarchescliniques, ilabordelaquestiondulan¬

gage danslesprocessus identitairesetsoulignel'importancedes entretiens biogra¬

phiqueset récitsdevie danslesdémarches de recherche.

Lasixième entrée (que l'on trouvera danslarubrique«Lectures»),estconsacréeau travail derecherche bibliographiqueeffectuéparMadoMaillebouis. Conçu autour de trois sections, ce travail témoigne de la diversité et de la multiplicité des approchesdesproblématiques identitaires.Iltémoigne, également,de laprofondeur desinterrogationsqui traversentlesdifférentschampsdepratiques socialeset scien¬

tifiques. Celles-ciconcernentlesdifférents publics,lesdifférents âges et momentsde lavie, etinterpellentlesdifférentes approches disciplinaires.

Telles sont les troisquestionnementsetles six entrées qui constituentce numéro de Recherche et Formation. Nous espérons qu'il constituera un véritable outil de réflexion etd'échange au servicedeschercheurs etdes praticiens. Nous pensons, notamment,à cellesetceuxqui

uvrent

dans lechamp éducatifetdeformationdes adultes. S'il en estainsi, cela constituera levéritable remerciement que nous puis¬

sionsadresseraux contributrices et contributeurs decenuméro.

MokhtarKADDOURI Rédacteur enchefinvité ConservatoireNationaldesArts et Métiers CentredeRecherchesur la Formation ChairedeFormationdesAdultes

RECHERCHEet FORMATION 41 - 2002

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LE SOI ENTRE COGNITIVISME

ET PHÉNOMÉNOLOGIE RÉfUxioNS ÉpisTÉMoloqiouES

EdMONd Marc

LIPIANSKY*

Résumé Lavoguedu cognitivisme astimulélesrecherchessur leSoi;mais elle a en même temps étouffé quelquepeu la réflexion conceptuelle et épistémologiquesurce thèmeau

profit

dela technicité expérimentale quitendà devenirl'unique critère de scientificité.

L'objectif de cet articleestde questionner les postulats de base de l'approchecognitivisteduSoietd'enproposerunexamencritiqueà

partir

despositionsdu courantphénoménologique et existentiel. Est discutéenotammentlaproposition que « leSoiestun objetcomme un

aute

»,

taité

cognitivement

par

les mêmesmécanismes que les

autes informations.

L'approche phénoménologique postule au contraire que la consciencedesoiexclut radicalement touteobjedivitéet constitueun phénomènespécifiquedanslequel leSoin'estjamaisunobjetcomme lesautes.

Abstact

Thevogueforcognitivismhasstimulatedtheresearchon the

Self;

yet, at the same time,

it

has somewhat stilled the conceptual and epistemologicalreflexionon thisthemetothebenefit

of

experimental technicalskillswhich tendtobecome theonlycriterion

of

a scientific nature.

The aim

of

this paper is to question the basic postulates

of

the cognitivistapproach

of

theSelfandtopropose acritical examination starting from the positions

of

thephenomenologicalandexistential movement. Whatis moreparticularlydiscussedistheidea that "the Selfisanobjectlikeanyother" whichisdealtwith ina cognitiveway through thesamemechanisms asany otherinformation.

11

EdmondMarcLipiansky,UniversitéParisX,Nanterre.

Pages1 1-30 RECHERCHEetFORMATION 41 - 2002

LE SOI ENTRE COGNITIVISME

ET PHÉNOMÉNOLOGIE RÉfUxioNS ÉpisTÉMoloqiouES

EdMONd Marc

LIPIANSKY*

Résumé Lavoguedu cognitivisme astimulélesrecherchessur leSoi;mais elle a en même temps étouffé quelquepeu la réflexion conceptuelle et épistémologiquesurce thèmeau

profit

dela technicité expérimentale quitendà devenirl'unique critère de scientificité.

L'objectif de cet articleestde questionner les postulats de base de l'approchecognitivisteduSoietd'enproposerunexamencritiqueà

partir

despositionsdu courantphénoménologique et existentiel. Est discutéenotammentlaproposition que « leSoiestun objetcomme un

aute

»,

taité

cognitivement

par

les mêmesmécanismes que les

autes informations.

L'approche phénoménologique postule au contraire que la consciencedesoiexclut radicalement touteobjedivitéet constitueun phénomènespécifiquedanslequel leSoin'estjamaisunobjetcomme lesautes.

Abstact

Thevogueforcognitivismhasstimulatedtheresearchon the

Self;

yet, at the same time,

it

has somewhat stilled the conceptual and epistemologicalreflexionon thisthemetothebenefit

of

experimental technicalskillswhich tendtobecome theonlycriterion

of

a scientific nature.

The aim

of

this paper is to question the basic postulates

of

the cognitivistapproach

of

theSelfandtopropose acritical examination starting from the positions

of

thephenomenologicalandexistential movement. Whatis moreparticularlydiscussedistheidea that "the Selfisanobjectlikeanyother" whichisdealtwith ina cognitiveway through thesamemechanisms asany otherinformation.

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EdmondMarcLipiansky,UniversitéParisX,Nanterre.

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Lesoientre cognitivisme etphénoménologie

12

Tfiephenomenologicalapproachpostulates on thecontrary,thatHie consciousness

of

the Self radically excludes any objectivity and constitutesaspecificphenomenon inwhichtheSelfisnever anobject like the others.

LeSoi (1)est unthèmetrèsanciende la psychologie. S'il a surtoutétéélaborépar divers courantsde la psychanalyse(Freud,Jung, Scnilder,Winnicott, Spitz,Erickson, Kohut...) (2), il a aussi été étudié dès la fin du XIXe siècle (avec les travaux de W.James)pardespsychologues quiont cherché à montrer la dimension socialeet culturelle de la consciencedesoi(Baldwin, Cooley,Mead...).Maispeu àpeu,dans la première moitié du XXe siècle, le behaviorisme triomphant a étouffé ce champ d'étude,etlapsychologiequ'ila inspirée,portantlediscréditsurlesphénomènesde conscience,s'estdétournée decethèmeestimé non scientifique.

Il afallu attendreleremplacementauxEtats-Unispuis en Europedurègnedubeha¬

viorismeparceluiducognitivismepour queleconceptdeSoiretrouveunelégitimité dans le champ de la psychologie expérimentale.Aujourd'hui c'est unthèmemajeur de recherchesetdepublicationsen psychologie cognitive.

Ona tendance àoublierqu'entretemps, en Francenotamment,uncouranta conti¬

nuéàétudierlesphénomènesd'identité dansuneperspectivedynamiqueet interac¬

tionnisteet,notamment, danslechampdel'interculturalité (Camilleri,Tap,Lipiansky, Malewska...)(3).

Il estfaibledeparleraujourd'hui d'unevogueetd'une vaguecognitivistes. Il s'agit plutôtd'une«déferlante»quialaminéetengloutilesdifférentscourantsde lapsy¬

chologieetcontribuéà créeruneuniformitésouventappauvrissante(4). Cecourant s'est, danssa grandemajorité, alignésurcequi se fait auxÉtats-Unis, aussi bien danssonorientation épistémologique(lepositivismescientiste)quedanslesmodèles et les problématiques qu'ilétudie. La vogue du cognitivismeestplus qu'un phéno-

1 - La notion de Soi est d'un usage relativement récent en français; ellecorrespond à lanotion de Self qui désignedans la psychologieanglo-saxonne laconsciencequ'unsujet a de lui-même, desonindividualitéet,notamment, la conscienced'êtrela mêmepersonne dans l'espaceet letemps;c'est cequ'onadésignétrèslongtempsenfrançaisparlanotion d'identité.

2 - Cf. E.M. Lipiansky, « LeSoi en psychanalyse », in L'identité,ouvrage collectif, Editions Scienceshumaines,1998.

3 - Cf. notammentC. Camillerietal.,Stratégiesidentitaires,Paris,PUF, 1990.

4 - La multiplication des manuels de psychologie cognitive en France depuis quelques années enestunindice;manuels souventrépétitifs,nedifférant que parquelquesnuances.

RECHERCHEetFORMATION 41 - 2002 Lesoientre cognitivisme etphénoménologie

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Tfiephenomenologicalapproachpostulates on thecontrary,thatHie consciousness

of

the Self radically excludes any objectivity and constitutesaspecificphenomenon inwhichtheSelfisnever anobject like the others.

LeSoi (1)est unthèmetrèsanciende la psychologie. S'il a surtoutétéélaborépar divers courantsde la psychanalyse(Freud,Jung, Scnilder,Winnicott, Spitz,Erickson, Kohut...) (2), il a aussi été étudié dès la fin du XIXe siècle (avec les travaux de W.James)pardespsychologues quiont cherché à montrer la dimension socialeet culturelle de la consciencedesoi(Baldwin, Cooley,Mead...).Maispeu àpeu,dans la première moitié du XXe siècle, le behaviorisme triomphant a étouffé ce champ d'étude,etlapsychologiequ'ila inspirée,portantlediscréditsurlesphénomènesde conscience,s'estdétournée decethèmeestimé non scientifique.

Il afallu attendreleremplacementauxEtats-Unispuis en Europedurègnedubeha¬

viorismeparceluiducognitivismepour queleconceptdeSoiretrouveunelégitimité dans le champ de la psychologie expérimentale.Aujourd'hui c'est unthèmemajeur de recherchesetdepublicationsen psychologie cognitive.

Ona tendance àoublierqu'entretemps, en Francenotamment,uncouranta conti¬

nuéàétudierlesphénomènesd'identité dansuneperspectivedynamiqueet interac¬

tionnisteet,notamment, danslechampdel'interculturalité (Camilleri,Tap,Lipiansky, Malewska...)(3).

Il estfaibledeparleraujourd'hui d'unevogueetd'une vaguecognitivistes. Il s'agit plutôtd'une«déferlante»quialaminéetengloutilesdifférentscourantsde lapsy¬

chologieetcontribuéà créeruneuniformitésouventappauvrissante(4). Cecourant s'est, danssa grandemajorité, alignésurcequi se fait auxÉtats-Unis, aussi bien danssonorientation épistémologique(lepositivismescientiste)quedanslesmodèles et les problématiques qu'ilétudie. La vogue du cognitivismeestplus qu'un phéno-

1 - La notion de Soi est d'un usage relativement récent en français; ellecorrespond à lanotion de Self qui désignedans la psychologieanglo-saxonne laconsciencequ'unsujet a de lui-même, desonindividualitéet,notamment, la conscienced'êtrela mêmepersonne dans l'espaceet letemps;c'est cequ'onadésignétrèslongtempsenfrançaisparlanotion d'identité.

2 - Cf. E.M. Lipiansky, « LeSoi en psychanalyse », in L'identité,ouvrage collectif, Editions Scienceshumaines,1998.

3 - Cf. notammentC. Camillerietal.,Stratégiesidentitaires,Paris,PUF, 1990.

4 - La multiplication des manuels de psychologie cognitive en France depuis quelques années enestunindice;manuels souventrépétitifs,nedifférant que parquelquesnuances.

RECHERCHEetFORMATION 41 - 2002

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EdmondMarcLIPIANSKY

mènedemode; c'est devenuaujourd'huiune idéologiemassivequetout le monde invoque (hors du bastion psychanalytique) et qui ne laisse pratiquement aucune place à d'autres tendances(5).Cette(ormedeconformisme constitue une sorte d'al¬

légeanceobligéeetde«servitudevolontaire»quin'impliqued'ailleurs aucuneréci¬

procité (car logiquement,l'Europe s'étantmiseà la remorquedesÉtats-Unis,ceux-ci ontpeu de raisonsde s'intéresserà la copie plutôtqu'à l'original).

Cettevogue aaussi étouffé la réflexion épistémologique au profitde la technicité expérimentalequi tend àdevenirl'unique critère de scientificité.

On sait que la psychologie, justement par souci de rigueur scientifique, a voulu rompre avec la tradition philosophique à laquelle elle s'est longtemps rattachée.

Maiscefaisant, elleasouventperduuneouvertureculturelle et uneréflexionépisté¬

mologiqueetconceptuelle que la philosophie a inspiréesetsoutenues plus que la psychologie elle-même. La psychologie cognitive, notamment, s'est rarement pen¬

chéesurles présupposés qui sontles siens pour les interroger ou les remettre en cause.

Mon objectif danscette étude n'est pas de présenter etd'analyser les différentes conceptions du Soi (6). C'est plutôt de questionner les postulats de base de l'ap¬

proche cognitiviste et d'en proposerun examen critique à partirdes positions du courantphénoménologiqueetexistentiel.

LES

POSTULATS DU COGNITIVISME

Lesrecherchescognitivessur leSoisont très nombreuses et sontloin de constituer une théorie homogène. Il nes'agit pasd'en offrirune synthèse (7), mais de mettre en lumière les présupposés de Dasecommuns qui les sous-tendent, au-delà de leurs différences.

5 - EnFrance,cognitivismeetpsychanalysesesontpartagésleterrain de la psychologieuni¬

versitaire, étouffanttous lesautrescourantsoulesrepoussant dans lamarginalité.

6 - Comme j'ai pu le faire dans d'autres travaux (cf. notamment l'introduction de mon ouvrageIdentitéetcommunication, 1992).Pourpartircependantd'une définition minimale, on peutdire queleconceptdeSoirenvoie àlaconsciencequelesujetadeluimêmeetde cequifaitsonindividualitéet sonidentité.

7 - Onpourra trouverun«étatde laquestion»dansdesouvragescomme ceuxdeM.Pio¬

latet al.(1992),LeSoi. Recherchesdans ledomainede la cognitionsociale,deD.Martinot

(1995),LeSoi.Lesapproches psychosocialesoudeJ.-M.Monteil(1993),leSotet le contexte.

RECHERCHEet FORMATION 41 - 2002 1?

EdmondMarcLIPIANSKY

mènedemode; c'est devenuaujourd'huiune idéologiemassivequetout le monde invoque (hors du bastion psychanalytique) et qui ne laisse pratiquement aucune place à d'autres tendances(5).Cette(ormedeconformisme constitue une sorte d'al¬

légeanceobligéeetde«servitudevolontaire»quin'impliqued'ailleurs aucuneréci¬

procité (car logiquement,l'Europe s'étantmiseà la remorquedesÉtats-Unis,ceux-ci ontpeu de raisonsde s'intéresserà la copie plutôtqu'à l'original).

Cettevogue aaussi étouffé la réflexion épistémologique au profitde la technicité expérimentalequi tend àdevenirl'unique critère de scientificité.

On sait que la psychologie, justement par souci de rigueur scientifique, a voulu rompre avec la tradition philosophique à laquelle elle s'est longtemps rattachée.

Maiscefaisant, elleasouventperduuneouvertureculturelle et uneréflexionépisté¬

mologiqueetconceptuelle que la philosophie a inspiréesetsoutenues plus que la psychologie elle-même. La psychologie cognitive, notamment, s'est rarement pen¬

chéesurles présupposés qui sontles siens pour les interroger ou les remettre en cause.

Mon objectif danscette étude n'est pas de présenter etd'analyser les différentes conceptions du Soi (6). C'est plutôt de questionner les postulats de base de l'ap¬

proche cognitiviste et d'en proposerun examen critique à partirdes positions du courantphénoménologiqueetexistentiel.

LES

POSTULATS DU COGNITIVISME

Lesrecherchescognitivessur leSoisont très nombreuses et sontloin de constituer une théorie homogène. Il nes'agit pasd'en offrirune synthèse (7), mais de mettre en lumière les présupposés de Dasecommuns qui les sous-tendent, au-delà de leurs différences.

5 - EnFrance,cognitivismeetpsychanalysesesontpartagésleterrain de la psychologieuni¬

versitaire, étouffanttous lesautrescourantsoulesrepoussant dans lamarginalité.

6 - Comme j'ai pu le faire dans d'autres travaux (cf. notamment l'introduction de mon ouvrageIdentitéetcommunication, 1992).Pourpartircependantd'une définition minimale, on peutdire queleconceptdeSoirenvoie àlaconsciencequelesujetadeluimêmeetde cequifaitsonindividualitéet sonidentité.

7 - Onpourra trouverun«étatde laquestion»dansdesouvragescomme ceuxdeM.Pio¬

latet al.(1992),LeSoi. Recherchesdans ledomainede la cognitionsociale,deD.Martinot

(1995),LeSoi.Lesapproches psychosocialesoudeJ.-M.Monteil(1993),leSotet le contexte.

RECHERCHEet FORMATION 41 - 2002 1?

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14

Lesoientrecognitivisme etphénoménologie

Le Soi comme structure cognitive

Unpremier postulatestquele Soiestune « structurecognitive». Cettestructure est constituéed'unitésd'informationsreliées les unesauxautrespardesinterconnexions stables. Cetteidée sous-tend les conceptionsduSoi comme « prototypecognitif»

(IB.

Rogers, N.A. Kruper...) activélorsque les individusont à traiterdes informa¬

tionslesconcernant; on la retrouve dans la notion de«schémadesoi»(self-sche- masdeH.R. Markus...),ensembledeconnaissancesgénériquessursoi,organisant letraitementdes informationsrelativesà soi;ou encoredans la conception duSoi comme« réseauassociatifen mémoire» (G.H. Power,S.G. Gillyan...)reliant à la fois des « connaissances épisodiques » (relatives à l'enregistrement d'événements autobiographiques)etdes «connaissancessémantiques»(relativesaux attributs que lesujetconsidère comme«auto-descriptifs»).

Cesdifférentes notions tendent à concevoir le Soi comme une structurecognitive, mais qui plus est, ramènent généralement celle-ci à un ensemble de traits auto¬

descriptifs, àunesortede«structuredeliste »énumérantlestraitsconsidéréscomme caractéristiques desoi. Cela débouche sur une conception substantialiste etfixiste du Soi à laquelle j'opposerai toutà l'heure une conception processuelleetdyna¬

mique permettant à la foisde rendre comptedes aspectsde stabilitémais aussi de changement.

Lematérielexpérimentalimplique d'ailleurstrès souvent des listes detraitspréétablis parmi lesquels le sujet doit choisir ceux qui lui semblent auto-descriptifs; cette méthodeestfortementinductiveetamèneà trouver àl'arrivéecequiétait implicite¬

mentposéaudépart à traverslematériel utilisé(8). On peutsedemandersion ne construit pas ainsi des artefacts, cequi expliquerait d'ailleurs l'inconsistance des résultats constatésquivarientfortementselon lestâchesexpérimentales.

Ainsi, par exemple,

IB.

Rogers acru mettreenévidenceun «effetde référence à soi », montrantqu'il ya uneplusgrande mémorisationetévocabilitédes connais¬

sancesrelativesàsoi.Maiscette thèseaétécontestée et, enutilisantdestâches expé¬

rimentales différentes, d'autres recherches ont prétendu établirqu'il n'y a pas de spécificité detraitement desinformations relatives à soi (cequi semble pourtanten contradiction avecl'expérience quotidienne laplusévidente, horslaboratoire).

8 - Ilrègnesouventàcetégardunerelativeconfusion:ainsiD.Martinot(1995,p.133)pro¬

posededistinguerun«concept deSoispontané»(celuiquedonnespontanément le sujet) et un«conceptdeSoiobjectif»(celuiquiestmesuré sur desdimensionspréalablesfixéespar lechercheuretproposéesausujet);maison nevoitpas enquoirépondreà unquestionnaire ouchoisirdes listesde traitsseraitplus«objectif»que desedécrire spontanément;lesdeux démarches relèventdel'introspection: l'une étant « non-structurée» (plusquespontanée), l'autre«pré-structurée».

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Lesoientrecognitivisme etphénoménologie

Le Soi comme structure cognitive

Unpremier postulatestquele Soiestune « structurecognitive». Cettestructure est constituéed'unitésd'informationsreliées les unesauxautrespardesinterconnexions stables. Cetteidée sous-tend les conceptionsduSoi comme « prototypecognitif»

(IB.

Rogers, N.A. Kruper...) activélorsque les individusont à traiterdes informa¬

tionslesconcernant; on la retrouve dans la notion de«schémadesoi»(self-sche- masdeH.R. Markus...),ensembledeconnaissancesgénériquessursoi,organisant letraitementdes informationsrelativesà soi;ou encoredans la conception duSoi comme« réseauassociatifen mémoire» (G.H. Power,S.G. Gillyan...)reliant à la fois des « connaissances épisodiques » (relatives à l'enregistrement d'événements autobiographiques)etdes «connaissancessémantiques»(relativesaux attributs que lesujetconsidère comme«auto-descriptifs»).

Cesdifférentes notions tendent à concevoir le Soi comme une structurecognitive, mais qui plus est, ramènent généralement celle-ci à un ensemble de traits auto¬

descriptifs, àunesortede«structuredeliste »énumérantlestraitsconsidéréscomme caractéristiques desoi. Cela débouche sur une conception substantialiste etfixiste du Soi à laquelle j'opposerai toutà l'heure une conception processuelleetdyna¬

mique permettant à la foisde rendre comptedes aspectsde stabilitémais aussi de changement.

Lematérielexpérimentalimplique d'ailleurstrès souvent des listes detraitspréétablis parmi lesquels le sujet doit choisir ceux qui lui semblent auto-descriptifs; cette méthodeestfortementinductiveetamèneà trouver àl'arrivéecequiétait implicite¬

mentposéaudépart à traverslematériel utilisé(8). On peutsedemandersion ne construit pas ainsi des artefacts, cequi expliquerait d'ailleurs l'inconsistance des résultats constatésquivarientfortementselon lestâchesexpérimentales.

Ainsi, par exemple,

IB.

Rogers acru mettreenévidenceun «effetde référence à soi », montrantqu'il ya uneplusgrande mémorisationetévocabilitédes connais¬

sancesrelativesàsoi.Maiscette thèseaétécontestée et, enutilisantdestâches expé¬

rimentales différentes, d'autres recherches ont prétendu établirqu'il n'y a pas de spécificité detraitement desinformations relatives à soi (cequi semble pourtanten contradiction avecl'expérience quotidienne laplusévidente, horslaboratoire).

8 - Ilrègnesouventàcetégardunerelativeconfusion:ainsiD.Martinot(1995,p.133)pro¬

posededistinguerun«concept deSoispontané»(celuiquedonnespontanément le sujet) et un«conceptdeSoiobjectif»(celuiquiestmesuré sur desdimensionspréalablesfixéespar lechercheuretproposéesausujet);maison nevoitpas enquoirépondreà unquestionnaire ouchoisirdes listesde traitsseraitplus«objectif»que desedécrire spontanément;lesdeux démarches relèventdel'introspection: l'une étant « non-structurée» (plusquespontanée), l'autre«pré-structurée».

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