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Texte intégral

(1)

l'ORGANISATION DU TRAVAil AGRICOLE

EN NUl/EU SERER al

TOME 1 TEXTE

OFPICE DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE OUTRE-MER

CENTRE lIE DAKAR-HANN

Jean-Marc GASTEllU

"lovembre 1969

(2)

Jean-Marc GASTELLU - Novembre 1969-

L'O R GAN l S A T ION DUT R A V AIL A G RIe 0 L E E N MIL lEU S E RER

o

L

Avec la collaboration technique de : Ernest FAYE Mamadou DIOUF

Les relevés quotidiens d'emplois du temps ont été effectués par Gérard DIOB Hichel DIOB Blaise DIONE Gi lIes DIONE

"

(3)

- TABLE DES NATIERES

INTRODUCTION : Approche anthropologique et analyse économique .. p. 2 Chapitre 1 : Les détermini~cs exercés sur l'organisation du

travail agricole •.•.•.•...••...•...•... p. 9 Section 1 L'action déterminante du régime climatique ••.. p. 12 Section II Le cadre contraignant de l'exploitation agricole.P. 21 Chapitre 2 : L'organisation du travail agricole au niveau du NGAK. P.

Section l La signification économique et sociale du NGAK•• P.

27 29

Section II L'organisation coopérative du travail des mils .• P. 43 Section III: L'organisation inégalitaire du travail de

l'arachide li'• • " " , , ' . P. 55 Section IV : L'organisation du travail des cultures d'appoint P. 65 Chapitre 3 : L'organisation du travail agricole au niveau du· .

IŒNTAND •••••••••••••••••••••••••••••••••• "•• "•••~•••~ P...- 71 Section 1 La norme de la réciprocité dans l'organisation

d'ASIM . . . • . . . • . . . • . . o • • • • • • P.~ ; 76 Section II

Section

nI

L'apparition d'une différenciation dans les

offres de repas .•lI'''''''''''0"""""""""""""""""""" 0""" P. 95 L'affirmation d'une subordination dans les

échanges de travail •.•••••••••••••••••.•..•••.•• Il. 111 CONCLUSION

ANNEXES

DOCUMENTATION :

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" """ """ """ "" """ P.' 116 p."U9 P.·· 167

(4)

T OM E l TEXTE

(5)

INTRODUCTION Approche anthropologique et analyse économique

L'étude de l'organisation du travail agricole en milieu Sérer 01 ayant nécessité une approche anthropologique, il est nécessaire de Justi'fier·

cette approche vis-à-vis de la méthode générale de la science économique, de la définition du système économique et de la notion d'équilibre ~conomique.

1°) Approche anthropologique et science économique:

Il s'agit ici de défendre l'intérêt que présente une approche anthro-

~ologique des faits économiques lorsqu'elle est exercée par un économiste:

cet intérêt peut être prouvé aussi bien quant à l'objet que quant à la méthode de son étude.

On peut considérer la science économique comme une branche de la science écologique, l'écologie étant "l'étude des procédés d'adaptation des êtres vivants à leur milieu naturel", et l'économie étant "l'étude des procédés d'adaptation des ressources aux besoins des hommes" : une telle conception de l'économie, en ralation avec l'écologie, est destinée ~ accorder une large place à l'étude des "sociétés traditionnelles" ou de "transition", où, juste- ment, le détour productif entre l'homme et la nature est réduit, si ce n'est

parfois inexistant ; les déterminismes exercés par le milieu naturel y sont donc plus sensibles que dans les sociétés industrialisées.

Mais, la théorie économique a été élaborée ~ partir de la seule

expérience économique des pays occidentaux ; or, cette expérience même a déter- miné le contenu de la théorie, puisque, comme le souligne M. GODELIER (1):

"Plus l'économie d'une société est complexe,. plus elle semble fonc- tionner comme un champ d'activité autonome gouverné par ses lois propres, et

..

/

..

(1) M. GODELIER (1966), p. 239 -

(6)

- 3 -

plus l'économiste aura tendance ~ privilégier cette autonomie et à traiter en simple "données extérieures" les autres éléments. du"système social"."

La méthode classique de la science économique sera donc d'expliquer des faits économiques par d'autres faits économiques: par eJ:emple, la prise de décision d'un entrepreneur sera expliquée par un calcul économique.

Une approche anthropologique nécessite, quant à elle, de tenir

compte de toutes les données sociales qui sont en relation avec des phénomènes économiques :

"La perspective anthropologique ••• interdit au contraire de décrire l'économique sans montrer en même temps sa relation avec les autres éléments du système social" (1).

Cette approche anthropologique est indispensable à un écononiist'e., travaillant sur des "sociétés traditionnelles" ou de "transition", puisque'~'i':;':;';\..

dans de telles sociêtés, les activités économiques sont englobées dans un

"phénomène social total", où données sociales et variables économiques sont en ·interrelation constante beaucoup plus qu'en rapport de causalité, et que

la "rationalité économique" occidentale y a fait place à une Ifrati01:'-:lJ.jt6 sociale" beaucoup plus diffuse (2).

La pratique d'une approche anthropologique par des économistes revêt un double intérêt : du point de vue de la théorie économique et du point de vue des techniques du développement.

Du point de vue de la théorie économique, on peut espérer obtenir de la connaissar. e des "sociétés traditionnelles" ou de "transition" un é1ar- gissement des lois économiques élaborées à partir de la seule expérience économique occidentale: c'est ainsi que cette loi fondamentale, et qui nous parait universelle, de la formation des priJ~ par comparaison d'une offre et d'une demande, nécessite l'existence d'un marché or, il peut exister des systèmes économiques pour lesquels il n'y a pas de marché, ou qui ne sont que très partiellement atteints par l'économie de marché; il faudra donc rechercher des 101s de 1 '''échange général" qui pourront s'appliquer à ces types de systèmes économiques.

. ./ ..

(1) M. GODELIER (2) M. GODELIER

(1966), ~. 239 - (1966), p. 279 et sq.

(7)

Il est nécessaire que ce travail de mise en question et d'élargisse- ment de la théorie économique grâce aux apports d'une approche anthropologique soit effectué aussi par des économistes, et que ces derniers ne soient pas les seuls à ne pas poser le problème de la finalité de leur science. D'ailleurs, une amélioration de la théorie économique pourra éventuellement conduire à une amé-

lioration de la politique économique.

Du point de vue des techniques du développement, il semblerait que les

écono~istes chargés d'élaborer des programmes économiques aient une certaine tendance à considérer les "structures sociales" ou les "structures mentales"

comme une donnée extérieure globale, dont la seule existence suffit à e"pliquer certains échecs, sans que l'on ait cherché suffisamment à décomposer ces "struc- tures s",cia les" ou "mentales" pour mesurer la relation exacte qui existé. entre ces données sociales et les variables économiques. Dès lors, il deviént intéres- sant qu'un économiste recherche le niveau d'interrelation de ces deux ordres de faits, et puisse démontrer le fonctionnement de certains' mécanismes écon6miques en relation avec des données sociales : parlant un langage commun ,et ayant des préoccupations cormnunes avec l'économiste planificateur, il sera à même de mieux guider ce dernier vers les secteurs où il lui semble urgent de faire porter

l'effort j loin de se refermer dans une science ésotérique et inutile, l'écono- miste de formation anthropologique, pour peu qu'il ait une connaissance satis-

faisante de son terrain, peut ~tre la charnière nécessaire entre, d'une part, une réalité complexe, et, d'autre part, un centre de décision qui, s'il veut agir, doit trancher au mieux et au plus vite.

2°) Approche anthropologique et système économique

A propos de toute société, l'analyse du système économique est la première étape qui, ayant mis à jour les mécanismes de fonctionnement, doit mener à l'étude des conséquences de ce système, telles que les problèmes de la réussite économique ; de plus, à notre avis, une comparaison économique entre deux ethnies différentes ne peut être menée qu'au niveau des systèmes économi ques (1).•

Les définitions du "système économique" mettent l'accent tantôt sur le fonctionnement du système

..

/

..

(1) Nous pensons ici à toute la problématique de J. COPANS (Mai 1969) ct aux problèmes soulevés par la comparaison entre ethnie Sérer et ethnie Wolof.

(8)

- 5 -

"Un système est un ensemble cohérent, pouvant être expliqué dans son fonctionnement d'unè manière si,-.1p1e et homogène".

(définition d~ M. le doyen GARRIGOU-LAGRANGE) (1), tant8t Gur la co~ércnce ct ln totalité du système~:

"Le système économique e:.,t un ense,'1b1e cohérent et spécifique de struc- . tures et de comportements à propos de la lutte contre la rareté".

(définition de M. le professeur NICOLAÏ) - (2)

Une approche anthropologique se doit de définir la dimension du

système étudié ct dans l'espace et dans le temps. La dimension spatiale retenue a été celle de la monographie villageoise. La démarche monographique semble de plus en plus être "mise en question" (3) ['arroi les études socio1ogiq~es ; cependant, et inversement, l'analyse micro-économique semble connaître un regain de faveur ces derniers temps, après la vogue de l'analyse macro-écono- mique de ces dernières décennies : nous étions donc justifié, en tant qu'éco- nomiste, à choisir la monographie villageoise comme cadre d'étude. De plus, l'appréhension affinée de l'interrelation entre certaines données sociales (système de parenté, appartenance religieuse, stru~ture en groupes d'âge, ••• ) et certains comportements économiques nécessitait une étude minutieuse et

"pointilliste" : l'analyse zonale ou résionale, qui n'aurait pu être menée que selon une "méthode statistique", n'aurait en rien éclairci ce problème à notre avis. A une méthode statistique, nous avons donc préféré une approche anthropologique.

Il s'est donc agi, au sein du système économique villageois ainsi délimité dans l'espace, de mettre à jour les unités pertinentes d'organisation du système, afin d'en expliquer le fonctionnement. - C'est le village de NGOHE-MBAYAR, représentatif de la tribu des Sérer 01, qui a été retenu : nous avons pensé que l'étude micro-économique de ce village pourrait nous conduire ~ dégager certaines lois économiques valables pour l'ensemble des Sérer 01, et peut-être même, grâce ~ des comparaisons avec d'autres études dans le temps et dans l'espace, pour l'ensemble de l'ethnie Sérère, quoique cet ensemble, du fait même de son ampleur (595 000 en 1950-61) (4) paraisse excessivement hétérogène du point de vue du comportement économique~

..

/

..

"(1)

K:

GARRIGOÜ=-LAGRANGË-:--(1965f;-p~--2·6B---·---­

(2) A. NICOLAÏ (1960}.

(3) J. COPANS (Mai 1969)

(4). Louis VERRIERE: (1965), p. 51 - Total de la population africaine pour la même durée d'observation: 3 349 000 habitants.

(9)

- 6 _

La dimension temporelle de l'étude a légèrement dépassé le cadre d'une année agricole complète (Janvier 1967 - Août 1968). Toutefois, les relevés effectués n'ont porté que sur une seule saison agricole (Juin 1967 Mai 1968) : les comportements économiques observés par ce procédé ne forment donc qu'une très mince couche de temps dans l'histoire du village; conscient de l'importance du poids du passé dans l'explication des comportements actuels, nous avons, chaque fois que possible, essayé de déborder le cadre strict de notre étude pour recueillir des renseignements sur l'histoire économique du village, soit récente, soit à plus iong terme; dans ce dernier cas, il s'agira, généralement, beaucoup plus d'hypothèses que d'affirmations, l'écheveau des déclarations contradictoires des "anciens" du village étant particulièrement difficile ~ débrouiller.

La finalité d'un système économique tel que celui qui a retenu notre attention est un problème d'équilibre : celui de l'ajusteme·:.t des ressources

au~~ besoins des hommes (1).

3°) Approche anthropologique et équilibre économique.

La notion d "'équilibre économique" contient une idée d' égali té, une idée de neutralisation des forces et l'absence de mouvement (2). L'ltude des phénomènes d'équilibre ou de déséqu~libre économique dans le système retenu nécessitera une approche anthropologique.

En effet, cette "société de transition" que constitue NGOHE-MBAYAR n'a été que partiellement perturbée par la pénétration de l'économie de marché elle n'est plus tout-.?t-fait une "soèiété traditionnelle", mais elle n'est pas encore une "économie marchande" (3). Dans une telle société, la "sphère de l'économique" n'a pas encore atteint sa pleine autonomie; aussi l'analyse

du processus d'atteinte de l'équilibre ne se pose pas en purs termes économiques (exemple: loi de l'offre et de la d~mande) : il faudra tenir compte de l'in~

terrelation de données sociales sur les phénomènes économiques; c'est ainsi

que certains clivages sociaux, tels que la séparation entre "anciens" et "jeunes",

"ainés" et "cadets" d'un lignage, "hommes" et "femmes", seront les facteurs constitutifs du processus d'atteinte de l'équilibre économique •

. .

/

..

(1) Cf : notre définition de 1 "'économie" comme branche de 1 "'écologie" - (2) BRODSKY-ROCHER : (1949), p. 231.

(3) Cf : la problématique du "secteur intermédiaire" dans P\:l.. COUTY (196B).

(10)

- 7 -

I l nous a semblé que l'organisation du travail agricole était l'objet qui devait nous conduire à la compréhension de ce processus d'atteinte de

l'équilibre économique. En effet, le travail ~grico1e est la ~~~?-~tion commune de tous les habitants de NGOHE-MBAYAR ; de p}.us, la production agricole est de très loin la production principale du système économique villageois : en sus de leur activité agricole, une minorité d'habitants se livrent à des activités commerciales ou artisanales. Enfin, le travail agricole est révê1ateur, à1a fois, des rapports des hommes avec le milieu naturel et des rapports des hommes entre eux (1). Dans notre esprit, l'étude de l'organisation du travail agricole doit nous révê1er les termes dans lesquels se pose le problème de l'adaptation des ressources aux besoins dans une société de transition, et comrlent l'ajuste- ment de ces deux quantités globales est atteint.

Le système économique idéal serait celui où 18 producteur travaille- rait en vue de sa propre conso~nation le produit de son travail pourrait directement être auto-consommé, échangé ou vendu ; un certain équilibre écono- mique serait ainsi directement atteint, le producteur adaptant lui-même ses

ressources à ses besoins. Or le producteur n'est j~mais un individu isolé, mais au contraire, un être social, une personne (2) dès lors, les systèmes réels de production agricole sont plus complexes que ce schéma idéç1, puisqu'une certaine distorsion va s'introduire entre Il.'emr qui travaillent" et "ceux qui bénéficient du produit de ce travail'; ; cette division semble universelle, quel que soit le type de société et quelles que soient les intentions phi1oso-

phi~ues qui conduisent à la mettre en évidence elle semble devoir même carac- tériser l'existence de tout système social.

Dès lors, il convient d'étudier les règles de'la répartition des tâches et de l'affectation du produit pour rechercher les déséquilibres partiels qui exis teront au sein du système économique, et pour savoir comment, finalement, ils pourront se résoudre en un équilibre général. La distinction entre les règles de l'or_anisation du. travail agricole, telles qu'elles sont énoncées par les

individus participant au fonctionnement du système, et les lois, telles qu'elles sont observées par l'économiste extérieur au système, contribuera à mettre à jour

..

/

..

(1) G. GOSSELIN : (1963 ) -

(2) Dans le sens où une per~ est définie par sa relation avec autrui.

(11)

les tensions causées dans le système économique par l'existence de ces déséqui- libres partiels et les justifications qui voilent l'existence de ces tensions.

Dans le cas de NGOHE-MBAYAR, l'existence de ces déséquilibres partiels sera due à .une donnée sociale d'importance le fonctionnement d'un système de parenté de type à double descendance, mais à prédominance matrilinéaire. L'in- terrelation entre cette donnée sociale et les comportements économiques devrait nous conduire à dessiner les traits d'un système économique différent de ceux

jusqu'ici élaborés à propos des sociétés caractérisées par une descendance de type patrilinéaire.

En définitive, l'étude de l'organisation du travail agricole à NGOHE- MBAYAR doit nous amener'à la compréhension du fonctionnement d'un système écono- mique villageois en milieu Sérer 01, caractérisé par un système de parenté à prédominance matrilinéaire. La distinction entre répartition des tâches et affectation du produit nous révêlera quels sont les déséquilibres partiels du système économique, et la distinction entre règles et lois nous fournira les justifications apportées à ces déséquilibres ; pour savoir comment ces déséqui- libres partiels se résoudront en un équilibre 3éné~al, nous devrons étudier l'organisation du travail agricole aux deux niveaux pertinents de fonctionne- ment du système économique villageois : la "cuisine" (NGAK) et le "voisinage"

(KENTAND). Mais, il faudra analyser, au préalable, les déterminismes qui s'exer- cent sur l'organisation du travail agricole.

(12)

CAR T E D E

SI TUATION

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(13)

- 9 -

Chapitre 1 : Les déterminismes exercés sUr l'organisation du travail agricole Il importe de situer le village de NGOYE-MBAYAR, cadre de notre étude, d'un point de vue. géographique, administratif et ethnique, afin de bien cerner les déterminismes du milieu au~tquels il pourra être soumis.

1°) La situation géographique:

NGOHE-MBAYAR se situe à 6 km.,à vol d'oiseau, au sud-ouest de la ville de DIOURBEL,et donc à environ 150 km en plein est de DAKAR (1).

Selon la "carte de végétation de l'A. O. F., feuille de THIES" (2), l'altitude du terroir de NGOYE-MBAYAR serait entre 10 et 20 mètres au-dessus du niveau de la mer, et la co,!che géologique affleurant dans ce terroir serait du

"lutétien inférieur", composé de marnes et de calcaires.

Le village se présente sous la forme d'une vaste nébuleuse "dis- tendue", ell,e-même composée d'une dizaine de "villages primaires". Selon le recensement des vulgarisateurs de la S. A. T. E. C., la population totale de NGOHE-MBAtAR était de 3 524 habitants en 1967, dont 1 046 hommes et 1 217 femmes. Si l'on applique à ce recensement le taux de correction de 10 %en sus.q'e nous avons obtenu à partir du comptage de trois villages de la nébu- 'leuse, on peut avancer que la population derNGOHE-MBAYAR devait s'élever à

près de 3 900 personnes en Juin-Juillet 1967 (3). Cette population avait à sa disposition un terroir cultivable disposé en triangle rectangule, dont le centr? 'est le village lui-même, et dont l'un des côtés serait orienté selon la direction est-ouest, et l'autre côté selon la direction nord-sud; la

base de ce triangle serait déterminée par différents "pint-a-kop", ou villages d'émigration, constitués ~ partir de NGOHE-MBAYAR, et qui marquent les limites du terroir du village d'origine. Ce terroir est donc très étendu, puisque certains champs peuvent se trouver à plus de huit kilomètres du centre;

on peut en calculer une surface approchée, à partir de la carte de situation B : on obtient une superficie de 49 k~, à la disposition des 3 900 habitants de NGOHE-MBAYAR, ce qui nous donne une densité de 79,6 habi- tants au kilomètre carr~ ; c~ chiffre nous pnratt fort plausible, puis~ue les enquêtes du LOcteur GANTRELLE sur l'arrondissement voisin de NIAKHAR nous indiquent une densité ~oyenne de 85,0 habitants nu kilomètre carr~ (4) - NGOHE-MBAYAR trouve donc sa place dans les terroirs Sérer fortement peuplés

..

/

..

(1) cf les deux cartes de situation jointes au texte (2) G. ROBERTY, H. GAUSSEN, J. TROCHAIN. 1950.

(3) J. M. GASTELLU (1967), p. 7-13 • (4) P. CANTRELLE : (1966), p. 19 -

carte A et carte B -

(14)

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(15)

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il est d'ailleurs connu pour être un village traditionnel (TrOSAN), foyer d'émigration, notamment en direction des terres-neuves.

2°) La situation administrative:

Au sujet de la situation administrative de NGOHE-MBAYAR à l'époque pré-coloniale, il fout distinguer deux périodes: celle du régime lamanal (1) et c~lle du régime monarchique. Sans émettre aucune hypothèse quant ~ la nature du régime politico- administratif antérieur à l'arrivée des Sérer dans cette région, il semblerait que NGOHE oit d'abord constitué le centre d'une unité politique autonome, le MBAYAR, où la seule autorité reèonnue

aurait été celle des "chefs de terre" ("lamanes");puis, cette entité politique Sérer aurait été rattachée au royaume du Baol, dont les dynasties furent suc- cessivement Socé, puis Wolof.

Sur la 'carte, des Etats Sér·?rcs"· dressée en 1865 sous la direction de PINET-LAPRADE, l'ensemble de points rep~ésentant l'actuel NGOHE est désigné

sous le seul terme de "BAYAR". : cet ensemble est repérable par la représenta- tion de villag·'.s voisins (NDOMB" , "DANI<H"), ou même par celle de certains villages actuels de NGOHE : "NDOFENE", NI<HOILLE" (pour: NGODILEME).

Avec la colonisation et le démantèlement du royaume du Baol, le MBAYAR a, d'abord, été rattaché au "cercle de THIES", créé par arrêté du 24 moi 1862 ; puis,étant donné les dimensions de ce cercle et l'impossibilité de contrôler une effervescence due ~ la naissance de la confrérie musulmane des mourides, il a fallu partager le cercle de TRIES : c'est ainsi qu'a été créé le "cercle du Baol" par arrêté du 17 mars 1908. Le MBAYAR se trouvait ainsi inclus dans ln partie orientale et sud de ce cercle. Il était érigé en "canton du MBAYAR", division inter.·e des "cercles coloniaux", en ayant pour capita le l'acr tue11e ville de DIOURBEL, au détriment de NGOHE, aux dires des anciens de ce village. Un recensement administratif eff.ectué en Juin 1908 donne 20 259 habitants au canton du MBAYAR, sur un total de 166.195 personnes pour l'en- semble du cercle du BAOL.

Depuis l'indépendance, NGOHE-tmhYAR relève de l'arrondissement de NDOULO, lui-même englobé dans le département de DIOURBEL, faisant partie de la

"Rég~on de DIOURBEL".

. ./ ..

(1) Bxpression empruntée à Pathé DlAGNE (1967)

(16)

- 11 -

3°) La situation ethna-historique :

Beaucoup de légendes circulent sur les premiers occupants du MBAYAR l'une des plus tenaces serait que ces premiers occupants fussent des "Nones", chassés vers l'ouest par la double vague d'immigration Sérer, provenant du royaume du Tékrour et du mythique NGABU (1).

L'actuel village de NGOHE doit son origine à la rencontre de plusieurs matriclans Sére~de provenances géographiques diverses, sur son terroir. Etabli sur la frange septentrionale du pays Sérer, il a toujours été en contact constant avec les Wolof, d'autant plus qu'il a été longuement rattaché au royaume du Baol : aussi, les habitants de NGOHE-MBAYAR relèvent- ils de la tribu des "Sérer OL".

De plus, pour le R. P. MARTIN (2), NGOHE-MBAYAR constituerait à lui seul l'un des trente et un groupes Sérer qu'il distingue, selon le cri- tère de la taille de l'unité d'habitation et des critères d'ordre historique.

Ayant ainsi situé NGOHE-MBAYAR d'un triple point de vue géographi- que, historique et administratif, nous pouvons analyser les déterminismes qui s'exercent sur l'organisation du travail agricole; ils sont de deux ordres : le régime climatique semble exercer une action déterminante, tandis que le cadre de l'exploitation agricole soumet le travail à certaines con- traintes.

(1) cf. R. P. GRAVRAND : (~ paraître) - (2) R. P. MARTIN: (février 1969), p. 5 -

(17)

- 12 -

Section 1 : ~'action déterminante du régime climatiqu~ -

L'organisation du travail agricole peut être interprêtée comme une réponse aux contraintes du milieu et une adaptation ~ ces contraintes : en effet, dans les sociétés de subsistance, le "détour productif" entre l'homme et le milieu est e~ccessivementréduit, si ce n'est parfois inexistant (exemple de la cueillette) ; dans ce cas, l'activité productive de l'horœme subit directe-

°ment les rythmes imposés par la nature: ainsi, l'accroissement du détour de production et tout processus de capitalisation pourrait apparaître comme un

"tampon", interposé entre l'honnne et les rythmes 'naturels, et de plus en plus efficace au fur et à mesure de son importance ; ce "tampon" jouerait pleine- ment dans le "secteur secondaire" où les déterminismes du mi lieu pourraient être ainsi totalement éliminés.

, '

./,'.

Dans le cas de NGOHE-MBAYAR, le régime climatique nous parait être l'un des facteurs dominants de l'organisation du travail agricole: il n'est pas questi~n de voir apparaître quelque différence que ce soit entre les différents cultivateurs du village, tous étant soumis aux mêmes lois inflexi~

bles ; il nous faut donc décrire ce ré3ime climatique, avant d'en êtudier l'influence.

§

1 : La description du régime climatique

La description d'un régime climatique et sa définition nous paraissent devoir être conduites ~ partir de l'étude d'indices quantitatifs et de celle du couvert végétal.

1°) L'indice pluviothermigue

Les statistiques à t'aide desquelles sera construit l'indice pluvio- thermique' ont été recueillies ~ DIOURBEL, chef-lieu de l'ancien cercle du BAOL NGOHE étant situé à 6 km \ vol d'oiseau au sud-ouest de DIOURBEL, nous considé-

rons que la description du régime climatique de la zone de DIOURBEL englobe, de fait, celui de NGOHE (1).

.

./

..

Tout au long de cette analyse, nous ferons référence constante ouvrage de : J. G. ADAMS, F. BRIGAUD, Cl. CHARREAU, R. FAUCK Sénégalaises, nO 9 : Connaissance du Sénégal : Climat - Sols - C. R. D. S., SAINT-LOUIS, 1965.

à l'excellent

"Etudes Végéta tian",

(18)

- 13 -

a) Les températures

Les moyennes des températures mensuelles observées ~ DIOURBEL entre 1930 et 1965 sont les suivantes, en degrés centi- grades' (1) :

..

r

=i

l

Maximum Maximum

1

1

Mois Moyenne

,

1 1

1 Moyen Moyen 1

i

1

1

1 1

j

J

1 1 1

1 33° 9 . 10° 4 22° 2 1

Janvier

i

1

Février 1 352 7 142 3 252 0

1

~----_·_--t--- 1-' --_.

Mars 382 7 162 0 272 3

---

,..---

----_.- 1

Avril 382 8 182 0 282 4

-- _.

i

Mai 392 9 182 9 292 4

Juin 382 4 212 5 292 9" 1

Juillet 352 6 229 9 292 2. 1

1

Août 1 329 7 222 272 7 '.,

~

8 1

Septembre 332 3 222 2 272 B

1

Octobre 362 1 212 4 282 7

Novembre 372 2 162 7 262 9

Décembre 342 0 142 5 242 2

Année 362 2 182 3 272 2 i

1 1

1

(

D'après ce tableau, 0;: peut distinguer deu}c maxima de 'température: les mois de mai-juin, et les mois d'octobre - novembre, qui correspondent respective~

ment g l'annonce et ~ la fin de la saison des pluies.

Par rappor~ au reste du Sén~gal, DIOURBEL est ainsi situé entre les isothermes 272

et

282 •

. ./ .

,

(1) J. G. ADAMS, etc ••• p. 33 -

(19)

b) - Les pluies~

Les moyennes des précipitations mensuelles observées à

DIOURBEL, en millimètres, entre 1918 et 1965 sont les suivantes (1)

1 1

--

Janvier 2,0 Septembre 159,6

--- ---

' - - - -

-

Février 0,4 Octobre 48,3

1--- -

--- - - - - -

Mars 0,1 Novembre 3,3

--- .

Avril 0,2 Décembre 3,6

-

-

-

Mai 4,2 Année 629,4 mm.

Juin 43,4 Nombre de jours 44,1 j.

Juillet 125,6

-

Mois d'août en 37,9 %

~ total

Août 238,7

Sur ce tableau apparaît très nettement la coupure entre une "saison des pluies" de cinq mois, (juin, juillet, août, septembre, octobre), dont le maximum est marqué en août, et une ·"saison sèche", formée par le restant.

DIOURBEL est situé, en règle générale sur l'isohyète 700 mm.

Les vents au sol viennent du Nord-Est en saison sèche, de l'ruest, du Nord-Ouest ou du Sud-Ouest en saison des pluies.

L'indice pluviothermique annuel, qui est le rapport des pluies annuelles q la température moyenne annuelle, est pour DIOURBEL :

[ ---:---1

.1 == 0,940--.J

Or, l'indice l

=

1 indique la limite entre l'humidité et la sécheresse.

DIOURBEL peut donc être classé dans la "zone subhumide" d'un "climat nord- soudanien", défini de la manière suivante(2)

"L'harmattan souffle pendant six mois tandis que l'hivernage, plus marqué par des grains orageux que par des pluies de mousson, devient plus court, ~~ec_des~~~ipitationsirrégulières variant. d'une année sur l'autre, dans la pro~ortion de un à trois"

(1) J. G. ADAMS, etc ••• p. 44 (2) J. G. ADAMS, •.• p. 71

(20)

- 15 -

Il est nécessaire de confirmer ce résultat par l'analyse du couvert végéta1.

2°) Le couvert végétal

L'étude du couvert végétal doit, d'abord, comprendre celle des Bols sur lesquels est implanté ce couvert végétal. D'après la "carte pédolo- gique du Sénégal au 1/1 OOOOOOème" (1), NGOHE-MBAYAR est englobé dans l'en- semble des "sols beiges" du Sine; ces sols constituent, géographiquement, une zone de transition entre des sôls faiblement lessivés en fer, plus au nord, et des sols ferralitiques, c'est-~-dire fortement lessivés en fer, plus au sud.

Ces zones de sols paraissent correspondre à différents climats régionaux (2), et, peut-être, à des I:ifférences d'implan"tation ethnique. Les caractéri.stiques physiques de ces sols (lessivage en fer et en argile) sont plus importantes, pour la mise en valeur, que les caractéristiques chimiques (pauvreté en potasse, phosphore et soufre) : en effet, s'il est aisé de remédier à la carence des secondes par des engrais et des amendements, le lessivage en argile, notamment, pose des problèmes quant ~ la rétention d'eau dans ces sols. Mais, dans ce

type de sols, la couche géologique (marnes) affleure par endroits, fournissant ainsi les "terres noires à sorgho", tandis Qu'elle est ailleurs, recouverte d'une pellicule sablonneuse. En définitive, les distinctions fondées sur les termes vernaculaires et utilisées par les habitants de NGOHE-NBAYAR recoupent str~c%~rnent les classifications scientifiques, puisqu'elles font le partage

entr~':

les "te::res noires" et les "sols durs", réservés, de préférence, aux cultures d~ sorgho (BASSI) et de mil MATYE ;

- les sols "semi-sablonneux" ,

- les "sols sablonneux", réservés, de préférence, à l'arachide et au mil POD.

Les habitants du village ont conscience, d'ailleurs d'une trans- formation des sols en fonction du produit cultivé, en dehors des impératifs d'une rotation des cultures; c'est ainsi qu'en longue période, la culture des sorghos sur les terres noires rendrait ce sol accessible aux cultures de mil MATYE ; puis, la culture de cette variété de mil rendràit le sol plus meuble, facilitant ainsi l'extension de la culture du mil

pon

sur ces mêmes

sols ; en dernier ressort, ces terres, devenues totalement sablonneuses,

•• 1•.

-(1) R. MAIGNIEN, (1965) .

(2) Communicqtion personnelle de M. l~Y1'mRn, Directeur de Recherches au Centre O. R: S. T. O. M. de DAKAR-HANN.

.,

.'.~..

(21)

deviendraient finalement accessibles à l'arachide. Ces différents types de sol sont en relation très étroite avec le couvert végétal.

Selon la "carte de végétation de l'A. O. F., feuille de THIES", NGOHE-MBAYAR fait partie du secteur "soudano-sahélien occidental", c'est-à- dire du même ensemble que le BAOL et le plateau de THIES ; trois types de paysages se conjuguent sur ce terroir : "garennes à néou"," brousses et friches à nguer", "garennes et friches à khat" ; ces trois types de paysages sont représentatifs de sols dégradés par une culture abusive et par un déboisement facilitant l'action combinée du vent et du soleil.

Cependant, cette action dégradante e.~t compensée par l'implantation d'''Acacia Albida", dont le rôle bénéfique a été récemment mis en lumière, tant du point de vue de la régénération des sols que de lnur fértilité (1).

En définitive, le couvert végétal de NGOYE-MBAYAR est très représen- tatif de celui du BAOL~SUD (2) :

"Le Kad (ou Acacia Albida) est l'élément arboré domi<ant avec que~.ç'~0S

baobabs, et des arbres conservés pour leur utilité (Ficus, Sterculia setagira).

Les jachères très courtes se couvrent d'herbes annuelles qui donnent au paysage un aspect de prairie estivale arborée .•• La fertilité des sols sous les Kads (ou : Acacia Albida) est encore p us grande que dans le BAOL-NORD, ces derniers

étant p lus vigourem~lI.

Ayant précisé le régime climatique de NGOHE-MBAYAR et par l'étude de l'indice pluviothermique et par celle du·couvert végétal~ nous devons voir quelle en est l'influence.

§

2 : ~'influence du régime climatiqu~.

Le régime climatique agit de dem~ manières sur l'organisation du travail agricole: il détermine d'une part le calendrier des travaux agricoles, et, d'autre part, le niveau de la production agricole.

. ./ ..

(1) Cl. CHARREAU et P. VIDAL : "Influence de l'Acacia Albida sur ·le sol, la nutrition minérale et les rendements des mils Pennisetum au Sénégal", cités par PELISSIER, p. 266.

Cl. aussi : G. JUNG : "Influence de l'Acacia Albida sur la biologie des sols dior", O. R. S. T. O. M., DAKAR, 1967.

(2) J. G. ADAMS, ••• : p. 180 -

(22)

- 17 -

1°) Influence sur le calendrier des travaux agricoles.

Les Bérer de NGOHE-MBAYAR distinguent quatre saisons : deux saisons

"longues" de quatre mois chacune, et deux sa1sons"courtestl de deux mois (1).

Cette répa~titlon en quatre saisons est fondée sur une observation très stricte des variations climatiques. ~a première saison lopgue (DYID) est la véritable

"saison sèche", qui comprend les mois d:.; janvier) février, mars et avril c'est la période de Jlanage et de vente de l'arachide, période la plus creuse du point de vue de l'activité purement agricole.

A cette longue saison sèche, succède une saison de deux mois

(A SARADAM), pendant laquelle l'indice hygrométrique et la température montent

.

progressivement (mois de mai et de juin) ; c'est la période de préparation des champs (débroussaillement) et du semis des mils.

Puis, vient la "saison des pluies" (NDIG), qui dure quatre mois

(juil~et, août, septembre, octobre) ; c'est la période la plus intense du

u6 vue •

poindde l'activité agricol~ car le sol est amolli par les pluies, ce qui permet d'effectuer un certain nombre de travaux ~ semis de l'arachide, sarcla- ges des mils et de l'arachide, récolte du mil POD.

Pour clôre l'année, arrive SEGODEP, saison de deux mois, (novembre et décembre) au cours de laquelle l'humidité et la température baissent progressivement c'est la saison de la récolte de l'arachide, avec tous les travaux que cette opération entraîne (entassage, battage, vanage), ainsi que celles du sorgho et du mil MATYE.

Donc, la période de travail agricole est excessivement limitée dans le temps, puisque liée ~ la chute des pluies qui amollissent le sol et renèent les différents travau,c praticables ; dans ces conditions, il paraît difficile de voir apparaître quelque différence que ce soit entre les cultivateurs de NGOHE-MBAYAR, tous étant soumis au même déterùinisme, qui ne leur laisse

pratiquement aucune marge d'initiative; il semblerait donc que l'organisation sociale du travail agricole mobilise au mieux les énergies de chacun, selon des règles pré-établies, afin de ne laisser se produire aucun gaspillage de forces de travail, étant donné la concentration des travaux en un temps très limité.

.

./

..

(1) J. M. GASTELLU (Août 1968), p.o 7.

(23)

Mais, le régime climatique détermine non seulement le calendrier des travaux agricoles, mais aussi le niveau de la product~on agricole.

Il ne semble pas y avoir de r8lation étroite entre le total des

précipitations annuelles et un indice de production agricole, tel que le tonnage de production d'arachides, pour l'ensemble de l'arrondissement de NDOULO (1) :

-_._---

ipita- Production d'arachides

s en en tonnes

BEL) 21 115 T.

Il ) 24 057 T.

Il ) 7 013 T.

E) 17 500 T.

496,7 (DIOUR

664,3 ( 605,2 (

808,8 (NGOH Total des préc tions annuelle

(mm)

1966 1965

1967 Années

Moyenne 1962-63-64

- - - f-,.-.---

/---

- - - , - - -

---._.---- --- 1---+---

Ainsi, l'année 1966 accuse une très forte baisse de production, alors que le total des précipitations annuelles est supérieur à celui- de l'année 1965 et à celui de la moyenne des années 1962 - 63 ~ 64.

Il semblerait que, beaucoup plus que le total des précipitations an- nuelles, ce soit la répartition de ces précipitations au cours d'une même saison des pluies qui importe, comme nous l'indique le tableau suivant, qui explique la chute de la production arachidière en 1966 par le déficit en pluies accusé en cette période cruciale pour l'activité agricole que constituent les mois de

juillet et d'aoGt (semis de l'arachide; sarclages divers) (2) •

. .

/

..

(1) Tableaux extrai~ d'un rapport de M. de la Mettrie, Assistant technique de ' la S. A. T. E. C. , que nous tenons à remercier ici de ses ~récieux conseils.

(2)Statistiques pluviométriques aimablement communiquées par l'agence régionale

de la S. A. T. E. C., ~ DIOURBEL. .

(24)

- 19 -

-

Années Juin Juillet Août Septembre Octobre TOTAL

- -1---

1962-63-64 42,5 117,0 228,0 109,2

-

496,7

1965 40,6 118,2 222,5 190,9 33,0 605,2

1966 44,4 31,0 131,0 333,0 124,6 664,3

---_._-

- - - ~ _..

-

..1------~._-

---- _._--- ---

1967 32,5 117,8 28l~,2 333,2 77,1 808,8

- 1--- --- --- --

---

---

'--

A partir de l'étude de ces variations climatiques, il nous est permis de reconstituer une histoire économique de NGOHE-MBAYAR, en très courte période, de 1964 à 1968, afin de mieux situer notr~ année d'observation (Juin 1967-

Août 1968) (1).

En 1964, les activités agricoles paraissent s'être déroulées normale- ment. Par contre, en 1965, il Y a eu un déficit en pluies pour les villages voi-

sins de NGOHE et de 80MB ; il en r~sultait une perte de 30 %à 40 %de la produc- tion arachidière de ces deux vi1lases, et le fait que les mils étaient resemés deux et même trois fois. Les apports en main-d'oeuvre extérieure étaient en régression pour len travaux agricoles, du fait de la généralisation du déterrage mécanique et de l'importance des aides collectives. D'ores et déj~, les respon- sables du programme d'accroissement de la production arachidière prévoyaient:

"Du fait de la prépondérance Sérère, le mi 1 tiendra tête à l'arachide.• Une augmentation de la surface arachidière ne parait pas possible sur NDOULO".

L'année 1966 fut caractérisée par la mauvaise répartition générale des pluies pour l'ensemble de l'arrondissement de NDOULO,et,notarnrnent, par un

déficit en pluies pour les mois de juillet et d'août. Ce déséquilihre dans la répartition des pluies a entratné une très forte diminution des surfaces culti- vées en arachide pour l'ensemble de l'arrondissement, et, inversement, une hausse spectaculaire des superficies cultivées en sorgho, semé aux environs du 15 août comme culture de substitution à l'arachide.

En 1967, le régime pluviométrique fut "normal", et, par conséquent, les récoltes bonnes. Cependant, la conséquence des mauvaises récoltes précé- dentes se fit sentir tout au long de la saison des pluies 1967 par la hausse

..

/

..

(1) RapQorts annuels des Assistants Techniques de la S. A. T. E. C. pour l'ar- rondissement de NDOULO : 1964, 1965, 1966, 1967, 1968.

(25)

- 20 -

du prix des denrées de première nécessité (riz, mil, pommes de terre), et par l'accroissement du nombre de mises en gage.

Malheureusement, il Yeut encore mauvaise répartition des pluies en . 1968, avec, notamment, une très forte sécheresse au mois d'aoOt à NGOHE-MBAYAR, il n'est tombé que 255,4 mm de précipitations annuelles, répartis de la manière suivante

255,4 TOTAL

496,7

19,9 , octobre

!1

-+---+-.---i

!1 1

' i -

1 i

!

1 1 - - - , - ' - - - - : !

i Années '1 Juin : Juillet i Août : Septembre

1 1 1

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,_1 1_, .__

L_ - - -

; 1 1 1 1

: Moyenne 1

I I !

!

1962-63-64 t 42,5 1 117,0

!

228,0 i 109,2

r-:~:;:e~~-- --- :~~ ;-- t--

83

~--ll----~:-11----1-0-3

-,8-

1 1 1 1

. /.':.

époque cruciale pour l'ensemble des travaux agricoles, est très marqué et p~:lUr-

tant la moyenne de référence choisie (1962-63-64) pour DIOURBEL est nettement insuffisante, quant au total des précipitations annuelles, par rapport à la moyenne observée, pour la m@me zone, entre 1918 et 1965 (629,4 mm). Les consé-

quences d'une telle sécheresse furent un déterrage prématuré des arachides et l'insignifiance de la récolte de mil MATYE.

Ainsi, l'année d'observation (juin 1967 - août 1968) se p1ace-t-elle dans un contexte général de régression de la production arachidière du fait de

l'incertitude du régime climatique: signe d'une tendance à long terme des Sérer ~ retourner vers les cultures de subsistance ou adaptation momentanée aux aléas de la conjoncture ? Une réponse ne peut être fournie par le seul écono- miste une étude de l'évolution du régime climatique à long terme indiquera

quelles seront les contraintes auxquelles s'adapteront les comportements des hommes.

Finalement, on peut conclure à une liaison intime entre le climat, les sols et l'état de la végétation pour définir le déterminisme qui s'exerce de la part du milieu naturel sur l'organisation du travail agricole. Mais, ~

côté de ce déterminisme du milieu naturel, il existe certaines contraintes du seul fait de l'existence des hommes.

fi1.•

(26)

- 21 -

Section I I : Le cadre contraiünnnt da l'mtploit~tionagricole

---

. .

L'intérêt d'une étude de l'organisation du travail agricole à NGOHE- MBAYAR réside dans le fait que les secteurs de production agricole y sont peu nombreu)t : deux productions principales (mils et arachides) et deux productions d'appoint (haricots et manioc). Les variables économiques étant strictement

limitées, il devient dès lors plus aisé de mettre en valeur l'interaction de données sociales (système de parenté, appartenance religieuse, ••• ) sur ces variables économiques.

Si la culture commerciale de l'arachide est d'introduction récente à NGOHE-~mAYAR (entre 1910 et 1914, vraisemblablement), l'ancienneté de la culture des mils est attestée par l'une des légendes de fondation du village, telle qu'elle a été recuei Pie auprès d'un "ancien" par l'un de nos enquêteurs (1)

liOn dit qu'il y a très longtemps de jeunes bergers, qui migraient avec leurs vaches, quittèrent NGOHE-NDOFONGOR (2), l'ancien pays Sérer, pays natal, et vinrent s'installer pour la première fois à Djiga (3) ; en ce temps-

là, tous les environs étaient boisés d'arbres de genres très variés. Comme ces

homm~s sans femmes étaient restés là pendant quelques mois sans revenir à

NGOHE-NDOFONGOR, leurs parents et amis vinrent leur rendre visite ; en arrivant, ils découvrirent que les bergers avaient fait un

"MBAR"

(case) avec des tiges de mil; aussi, les visiteurs dirent: c'est ce que nous appellerons: 'lNGOHE-lYmAR"

ouINGOHE-MBAYAR". Il

La culture des mils serait donc vraisemblablement antérieure à l'oc- cupation du terroir par les Sérer. Cultures de mil et cultures d'arachides nous permettront de définir la structure de l'exploitation agricole.

de

Du point de vue/l'oreanisation du travail agricole, nous retiendrons la "cuisine" (NGAK), découpage interne de l'''habitation'' (MBIND), conune unité pertinente. Toutefois, 1 "'unité d'habitation" (MBIND) demeure l'organisation

sociale de base en milieu Sérer de ce point de vue, le rôle du "chef de l'unité d'habitation" (YAL MBIND) reste fondamental: c'est lui qui représente tous les membres de l'unité d'habitation vis-à-vis de l'extérieur; comme le pré- cise A. LERICOLLAIS

..

/

..

(1) Journal d"ênqü@t";-Jè-Michel DIOB, 18 août-1967.

(2) Village du Sine.

(3) L'un des villages de NGOHE-MBAYAR~ actuell€rnent~

(27)

'~ue1 que soit le nombre de personnes et le nombre de foyers com- posant un MBIND, l'unité de celui-ci reste forte; seul, le chef du MBIND peut or@ter de la terre i l'extérieu~' (1).

4 - - ... _

En dehors des déterminismes exercés par le milieu naturel, l'organisa- tion du travail agricole au sein de la cuisine est soumise à des contraintes dues 3 la densité et à l'ancienneté du peuplement humain: les parcelles cul- tivables sont e~:isut!s et sont dispersées.

§

1 : L'exigu!té des parce1~~~.

Le parcel1ement excessif du terroir exerce une contrainte sur l'or- ganisation du travail agricole et est un obstacle .~ la mise en valeur.·Avant de mesurer la dimension moyenne de la parcelle cultivée, il faut nous entendte~sûr

le terme même de "parcelle".

a) La définition de la parcelle

Les cultivateurs de NGOHE-MBAYAR distinguent eux-mêmes le "champI!

(0 KOL) de 1a"parcelle"(DADAA'T). Le "champ" semble être l'unité de base du système foncier, celle qui est acquise par voie d'héritage, par location, par emprunt, ou par échange ; la "parcelle" sera donc une fraction de cette unité de base du système foncier, grâce à un partage provisoire, effectué pour la durée d'une saison agricole: tandis que la division en "champs" est maintenue,la division en parcelles change à chaque saison agricole. D'une manière 3énéra1e, nous parlerons de "champ" pour les superficies cultivées en mil et de "parcelles"

pour celles cultivées en arachides, car, d'après nos propres enquêtes, il semblerait que l'unité foncière soit beaucoup plus respectée pour les mils que pour les arachides, sans que cette règle revête un caractère absolu.

Il faut distinguer trois "rôles" concourant ?t la mise en exploitation d'un champ ou d'une parcelle le "maitre du champ", le "responsable du champ"

et "celui qui travaille sur ce champ". Le "rnaitre du champ" (0 YAL 0 KOL) est celui qui a acquis le champ soit par voie d'héritage, soit par emprunt, soit par location, soit par don; ce "maître du champ" exerce un "droit de culture", sans avoir pour autant la propriété éminente du sol, qui relève des seuls

"lamanes" (2) ; il distribue les champs qu'il a ainsi acquis à ses proches parents et épouses.

• •1..

(1) A. LERICOLLAIS : (janvier 1969), p. 52 (soulign~ par nous)

(2) Une étude interdisciplinaire sur le système foncier Sérer est en cours, avec la participation de Melle M. DUPIRE, MM. A. LERICOLLAIS, B. DELPECH et nous-même -

(28)

- 23 -

Le "responsable d'un champ" (0 OlEG

..

0 KOL) est la personne à qui le "mattre d'un champ" a affecté soit un champ (mil), soit une parcelle (arachides), pour la durée d'une saison agri"ole; le produit du champ ainsi affecté va à celui qui en est nominalement le "responsable", et non au

"mattre du champ".

Quant au travail à effectuer sur un champ ou sur une parcelle, il n'est pas obligatoirement fourni par le seul responsable de ce champ ou de

~ ~

cette parcelle : celui qui travaille sur une parcelle (0 TYEOYE

a

KOL) peut être autre que le "responsable" de cette parcelle, soit du seul fait de la division sexuelle des tâches, soit parce qu'il est dans une situation de dépendance vis-à-vis du responsable de la parcelle.

b) La dimension de la parcelle

Ayant défini ce que nous entendions par "champ" et "parcelle", nous pouvons procéder à leur mesure.

Le procédé adopté a été le levé direct de soixante-dix champs de mil et de soixante parcelles d'arachides, répartis entre dix-neuf "cuisines"

(NGAK) des villages de NGOOlLEMEet de lQ\LOM, grâce à une boussole à alidade et un cordeau 1e seize mètres de long; il s'agissait d'un levé par contour des limites du cl1a"1p plutôt que par triangulation, nettement moins précis sur des superfies aussi réduites. Seule, la superficie cultivée d'un champ ou d'une parcelle a été levée.

Ce procédé a petit mil hâtif (pan) ,

POO : 0,51 ha MATYE 0,79 ha BASSl 0,08 ha.

permis de mesurer la dimension moyenne du champ de de petit mil tardif (MATYE) et de sorgho (BASSI) (1)

On peut en conclure ~ l'exigutté de ces champs face aux impératifs de l'auto-consommation, si l'on tient compte des rendements 3 l'hectare par homme dégagés dans le village voisin de SOB par A. LERICOLLAIS (2) :

..

/

..

(1) Tableau de l'annexe l -

(2) A. LERlCOLLAlS : (janvier 1969h p. 82 -

(29)

1965 309 kgs/ha 1966 2 0 8 " "

1967 5 4 0 " "

De même, la parcelle d'arachides cultivée à NGOHE·MBAYAR en 1967 est très réduite, comme nous l'indiquent les chiffres suivants de superficie moyenne (1) :

superficie moyenne d'une parcelle cultivée par un hormne 0,44 ha

-

superficie moyenne d'une parcelle cultivée par une femme 0,33 ha

superficie moyenne d'une_ parcelle 0,39 ha~

Etant donné l'ancienneté du peuplement et la densité de la popula- tion, les superficies disponibles sont exigu~s : c'est vraisemblablement là que réside l'e}~licationde la forte émigration des habitants de NGOHE vers les terres-neuves. L'exigutté des champs de mil et des parcelles d'ara,hides aplanit toutes les différences et empêche l'émergence de toute "individualité économique" : en ce sens, elle est un frein au dynamisme économique et une contrainte exercée sur le travail agricole, au même titre que la dispersion des parcelles.

Le mode d'acquisition premier des champs est l'héritage; mais, le nombre de champs acquis par héritage est réduit, du fait du fractionnement des héritages à la suite du fractionnement des lignages. De plus, les champs reçus en héritage ont une destination culturale précise selon leur type de sol ; aussi, chaque année, en fonction des rotations pratiquées, faudra-t-il recouwit' à 1Ll location, ~ l'emprunt, au don ou à l'échange de champs, de

façon ~ avoir une superficie minimale dans chacun des r>roduits cultivés.

Comme le terroir est vaste (près de 49 km2) et étendu (de 8 ~ 10 kms de long), toutes ces opérations conduisent ~ une dispersion extrême des parcelles et des champs relevant d'une même unité d'exploitation; il en résulte, par conséquent, un morcellement et une dispersi'll. de l'effort agricole.

En définitive, la mesure des champs et parcelles de dix-neuf exploi- tations agricoles nous permet de présenter la "structure moyenne" d'une exploita- tion agricole (1). La superficie moyenne cultivée en 1967 dans chaque exp1oi-

..

/

..

(1) Tableau de l'annexe 1

(30)

- 25 -

tation était de 3,33 hectares pour l'ensemble des cultures de mil et d'ara- chides. Ces 3,33 hectares se répartissaient de la manière suivante entre les différentes cultures,:

Mils 63,6 %. dont POD

MATYE BASSI

18,l~ %

L~3,9 % 1,3 10

--- _...0.--- _..---- .__ ._. -- --- ---.---

- - - 1

Arachides : 36,3 %

--_._---'---_._---'

On peut donc avancer que la répartition des superficies culti.vées au sein d'une eJtplo.itation agricole se fait dans la proportion d'un tiers en faveur de l'arachide pour deux tiers en faveur du mil; les proportions sont juste l'inverse de ce qui a été observé en pays Wolof (1).-.

Action déterminante du régime climatique et cadre contraignant de l'exploitation inscrivent.le travail aGricole dans des limites étroites, qu'il est impossible de transgresser: il en résulte un "effort global annuel", qu'il a été possible de mesurer pour neuf cuisines (2). Si l'on compare, pour chacune de ces cuisines, la répartition des surfaces cultivées en mils et en arachides en 1967, d'une part, et la répartition des heures de travail fournies entre mil et arachides entre juin 1967 et mars 1968, d'autre part (2)~ on peut en conclure que l'effort en travail consenti aux cultures d'arachides est 1égérement plus que proportionnel aux surfaces consacrées à l'arachide, tandis que l'effort en travail consenti auX' cultures de mil est légèrement moins que proportionnel aux surfaces

..

/

..

(1) J. ROCH (Décembre 1968) (2) Tableau de l'annexe Il -

(31)

Rapport des surfaces cultivées Rapport du total annuel d'heures de travail

Mils Arachides Mils Arachides

En valeur absolue 15,15 ha 9,62 ha 10 213,0 7 904,5

En % 61,2 '70 38,8 % 56,4 '70 43,6 '70

Mais, cette mesure globale de l'effort agricole reste insuffisante:

il faut décomposer ces chiffres selon les destinataires de cet effort - C'est

.'

ce à qUQi doit nous conduire l'analyse de l'organisation du travail agricole au niveau du NGAK et au niveau du KENTAJJO.

(32)

CHAPITRE 2 : L'organisation du travail agricole au niveau du NGAK.-

- 27 -

"NGAK" peut littéralement se traduire par 'lc uisine" : en effet, ce terme désigne la communauté des personnes qui "r,langent ensemble", c'est-à-dire pour la nourriture desquelles le mil a été puisé dans un même grenier. Ainsi, la "cuisine" apparaît à l'économiste comme le niveau le plus pertinent d'organisa.

tion économique, la cellu·'.e de base, à la foislmité de production et unité de consommation, dont l'analyse en profondeur permettra, du même coup, de saisir le fonctionnement de l'ensemble du système économique.

Mais, la "cuisine" doit être distinguée d'autres niveaux d'organisa- tion très proches, quoique différents. C'est ainsi que, tout d'abord, il ne faut pas confondre la "cuisine" avec le "ménage", si par ménage on entend une

"famille élémentaire" composée du père, de la mère, et des enfants. En effet, pourront faire partie d'une même cuisine d'autres personnes ayant des relations, de parenté avec les personnes ci-dessus, sans toutefois entrer dans la catégorie étroite du"ménage". La cuisine sera donc une catégorie plus extensive que le

"ménage".

Inversement, l~ cuisine sera une catégorie beaucoup moins extensive que le MBIND, ou "unité d'habitation". En effet, le MBIND, unité géographique de repérage des personnes et des biens, peut regrouper des parents en ligne paternelle ou en ligne maternelle, ou les deux à la fois, ainsi que leurs alliés

(1). Dans la vie sociale du village, le MBIND constitue l'unité par rapport à laquelle sera situé chaque habitant du village, sous la dépendance d'un YAL- MBIND (ou 'chef d'habitation"). Bien souvent, il y aura identité complète entre

la "cuisine" et l"'habitation" ; mais, il arrivera non moins fréquennnent qu'une même habitation puisse être scindée en plusieurs cuisines, chacune de ces

cuisines se comportant conune une cellule autonome de production et de consom- mation. C'est pourquoi, d'un point de vue économique, le niveau d'organisation que constitue la "cuisine" nous a paru plus pertinent que celui que constitue 1!l'habitation", et même dans le cas d'identité totale entre la cuisine et l'habitation, c'est la catégorie "cuisine" qui nous retiendra.

Plus difficile à préèiser pourra apparaître la différence qui existe entre la cuisine (ou NGAK) et l'AKAO (2). En effet, l'AKAO ne constitue pas un nouveau niveau d'organisation économique ; il traduit simplement un phénomène

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(1) R. P. GRAVRAND 1966, p. 107.

(2) Nous n'avons pas trouvé d'équivalent français à ce terme Sérer.

(33)

de scission qui sc ryroduit à l'intérieur d'une unité d'habitation, ct qui se perçoit grâce à des indices dénotant une volonté certaine de repli : cases tournées les unes vers les autres au lieu 9'être ordonnées tout autour du centre du tffiIND, palissades intérieures narquant une nette individualisation des différents "AKAO" ••• GénérnlCTilcnt, la scission en "A7-AO" De n1J!?er~ose à la division en "cuisines" : chaque cuisine a voulu faire montre cl'autonomie vis-à-vis dU reste de 1 'hai:>itation par rapport aœ{ habitants du villa3e ; mais, nous avons pu observer aussi den cas où un AKAO pouvait être divisé Cil plusieurs cuisines.

Ainsi distinguée du "nénage", de l'''hahitation'' ou de l'"AKAO", la cuisine reste pour nous l'unité fondamentale de la vie éconordque à NGOHE-

~mAYAR : c'est Grâce à l'étude du fonctionnement de cette cellule de base que nous pourrons dé3a2;er la notion d'~conomie de 3roupe" qui 110US paratt être la caractéristique de cc système économique. Pour arriver à déIja8er cette ccinclu--_

sion, il nous faudra éclaircir successivement les points suivants : - la si2nification économique et sociale du NGAK

- l'organisation cocpérative du travail des mils

- l'organisation inégalitaire du travail de l'arachide - l'organisation du travail des cultures d'appoint •

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(34)

Section 1

- 29 -

La si3nification économique et sociale du NGAK

La signification économique et sociale du NGAK ne pourra être perçue

.

que par une référence constante au système de parenté des Sérer de NGOHE-MBAYAR~

Cettè référence au fonctionnement du système de parenté doit amener deux préci- sions

1°) !!_~~_~~~~!~_E~~!_~~~~_~~~~~!~!_~~_E!~~~~~~:_!=_~~~~~~~_~~_E~:=~~~

~~~:_~~~!:_~~e!!~~~!~~_~~_~~~~~!~~~~~~~~_~~_~~~~~~:_§:~~~~!9~='mais il semble- rait que le spécialiste en Sciences Humaines se trouve enfermé, vis-à-vis des différents types de causalités qu'il recherche, comme au centre d'un certain nombre de cercles concentriques, dont les plus proches sont des explications

foùrnie~ par des disciplines voisines de la sienne (e::plication de type socio- logiqù~'paurun économiste, par e,:emple) et donc relevant sinon de sa compétence, du moins de sa compréhension, tandis que les cercles les plus lointains,et donc les moins à sa portée, lui fournissent des explications relevant de disciplines à l'égard desquelles il se sent de plus en plus incom~étent, au fur et à mesure qu'elles deviennent plus déterminantes: agronomie, écologie, etc ••• Il est donc normal d'essayer de faire une synthèse partielle des seuls éléments qui ont fait l'objet d'une étude approfondie: à ce propos, nous avons pu bénéficier des travau:: de B. DELPEC& sur le système de parenté des Sérer aL.

2°) !!_~:_~:~~!~_e~~!_~~~_2!~~!_~=_:=:~:::~=:_~~:_:~~~~!!~~_~_~=~~_~~~9~:~

~:~~~~~~_e!~:_g~=_~~~~_~~~:~_!~~!~=~=~~_e=:~~~~~_~=_!:~~:~!~:_!~~:!:~~!~~_~=

~~~~_!:~_~~~::~~_~:_!~_~!=_:~:!~!:_:~_~!!!=~_~~:=:(vie religieuse, vie politique, vie économique, etc ... ) ; mais, pour les facilités de l'analyse, nous sonrrùes

obligé, en tant qu'économiste, de consi érer le système Ge parenté comme u~e

donné~ (ou variable exogène), tandis que les échanges de travail sur lesquels

sera attirée notre attention devront être considéré comme des variables endo8ène~.

Quant au problème de l'interaction de ces deux variables, il ne pourra sans doute qu'être esquissé à la fin de notre recherche.

Ce système de parenté des Sérer

B~ DELPECH, de la qualifier de "système à matri linéaire'! (communication personnelle)

aL, no'us avons convenu, en accord avec double descendance, à prédominance

:.1

(1) Le rapport CINAM de 1960 qualifiait en ces termes l'ensemble du système

Sérèr (p~ 1-4 (1): •••"d'après le mode d'héritage, la société sérère apparaît comme du type à double "descendance, mais à prédominance matrilinéaire"~

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