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Collaboration entre le médecin de premier recours et l’ergothérapeute

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I. Coin

L. Di Pollina

N. Drezet-Munch A. Maringue

introduction

Dans sa pratique, le médecin de premier recours fait souvent appel à différentes disciplines paramédicales. Si la collabora- tion avec les infirmières ou les physiothérapeutes est très fré- quente, il n’en est pas de même avec les ergothérapeutes. Pour- tant nombre de nos patients pourraient bénéficier d’une prise en charge spécifique en ergothérapie et ainsi améliorer leur degré d’autonomie et leur qualité de vie. Lors d’une hospita- lisation ou de l’apparition d’un handicap, chaque patient bénéficie d’une prise en charge paramédicale spécifique (physiothérapie, logopédie, ergothérapie, psy- chothérapie…). L’ergothérapeute, par sa spécificité, a pour objectif de conserver ou de retrouver une autonomie maximale dans l’ensemble des activités de la vie quotidienne. Il agit sur les situations de handicap en tenant compte des habi- tudes de vie et de l’environnement de la personne traitée. Pour ces raisons, il est souvent l’interface entre l’hôpital et le domicile, le travail ou l’école.

Mais qu’est-ce qu’un ergothérapeute ?

définition

Le mot «Ergothérapie» vient du grec «ergon» (travail, activité) et «therapia»

(traitement).

Selon la définition de l’Association suisse des ergothérapeutes (ASE) :

«L’ergothérapie est une mesure médico-thérapeutique dont les bases sont mé- dicales, psychosociales et pédagogiques. L’ergothérapeute qualifié évalue le pa- tient et le traite au moyen d’activités spécifiquement choisies. Le traitement est conçu et exécuté en collaboration avec les patients. Ceux-ci peuvent souffrir d’un handicap passager ou définitif dû à un accident, à une maladie physique ou psy- chique, à des troubles sociaux ou du développement. Le but de l’ergothérapie est de contribuer à diminuer le handicap et ses conséquences en soutenant le malade afin qu’il maintienne ou développe ses possibilités dans les domaines personnels, sociaux et professionnels.»

Il existe en Suisse trois écoles HES (Haute école de santé), une dans chaque territoire linguistique, qui forment sur quatre ans des futurs Bachelor of science.

indications

L’ergothérapeute vise à réduire les situations de handicap et contribue à l’amé- lioration de la qualité de vie et de la participation sociale. Il intervient à tous les Collaboration between the primary care

physician and the occupational therapist If the collaboration with nurses and physical therapists is frequent for primary care physi- cians, it is not the case with occupational the- rapists. This article will describe and contri- bute to develop interactions between primary care physicians and occupational therapists in the outpatient and home care settings. We will explore the indications for referral to oc- cupational therapy, available techniques and the best appropriate ways to prescribe it.

Rev Med Suisse 2011 ; 7 : 1858-61

Si la collaboration avec les infirmières ou les physiothérapeutes est très fréquente pour le médecin de premier recours, il n’en est pas de même avec les ergothérapeutes. Cet article a pour but de décrire et contribuer à développer les collaborations entre les médecins de premier recours et les ergothérapeutes intervenants à domicile ou en cabinet. Seront abordées : les indications et les techniques ergothérapeutiques ; la manière de les prescrire par le médecin de premier recours.

Collaboration entre le médecin de premier recours et l’ergothérapeute

le point sur…

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âges de la vie et dans les domaines personnels, familiaux, professionnels (scolaires), et socioculturels.

Il s’adresse aussi bien aux patients présentant un handi- cap physique, que cognitif ou psychique.

En tant que professionnel paramédical, il fait partie d’une équipe pluridisciplinaire et apporte son savoir-faire dans dif- férentes spécialités : neurologie,1 traumatologie, rhumato- logie,2 orthopédie, gériatrie,3 pédiatrie4 et psychiatrie.

Néanmoins, de nombreuses demandes concernent la population âgée. En effet, le vieillissement est associé à de multiples maladies chroniques (ostéoarthrose, accident vasculaire cérébral (AVC), démence, troubles sensoriels…) avec un impact important sur les capacités fonctionnelles, sur la qualité de vie et sur les coûts de la santé.

efficacité

Il existe relativement peu d’études de bonne qualité dans la littérature sur l’efficacité de l’ergothérapie dans la popu- lation âgée.

Dans une revue systématique de 2004,3 six études ran- domisées contrôlées montrent des issues positives pour

des conseils sur l’utilisation des moyens auxiliaires dans le con texte des évaluations environnementales à domicile.

Une étude randomisée contrôlée de 20065 de 135 pa- tients avec un diagnostic de démence montre qu’avec dix sessions d’ergothérapie sur cinq semaines, on objective une amélioration significative dans le fonctionnement quotidien, une diminution du fardeau de l’aidant ainsi qu’une persis- tance des effets positifs à trois mois. Une suite de cette étude, publiée en 2007 par le même auteur,6 montre que ces interventions sont rentables car elles réduisent aussi les coûts en soins informels.

Une revue systématique d’études randomisées (neuf études avec 1258 patients), publiée en 2007 7 sur l’efficacité des interventions ergothérapeutiques suite à un AVC dans l’amélioration des activités de la vie quotidienne, montre un effet positif sur les scores de performance avec une di- minution des risques de détérioration fonctionnelle ou de décès.

Le Cochrane Stroke groupe Trials Register de 2010 8 a sélec- tionné 1639 articles concernant des études randomisées et semi-randomisées ayant comme objectif de déterminer l’efficacité de l’ergothérapie sur les activités de la vie quo-

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Tableau 1. Techniques et moyens utilisés par l’ergothérapeute

Vignette clinique. Retour à domicile d’une patiente de 75 ans auparavant autonome, suite à un AVC entraînant une hémiplégie sensitivo-motrice partielle du membre supérieur et inférieur droit. Patiente seule à domicile souffrant de légers troubles cognitifs.

AVC : accident vasculaire cérébral ; AI : assurance invalidité ; AVS : assurance-vieillesse et survivants.

1. Déficience Techniques Moyens

2. Incapacité 3. Handicap

1. AVC : hémiparésie droite 1. Elaboration d’un diagnostic ergothéra- • Evaluation sensitive, de la motricité volontaire et peutique : il est le prérequis indispensable involontaire, de l’équilibre, des préhensions de la

à toute prise en charge thérapeutique dextérité manuelle…

• Evaluation des fonctions cognitives en situation réelle

• Evaluation de l’environnement

• Evaluation des situations de handicap dans les activités

de la vie quotidienne

2. Troubles de la marche 2. Rééducation visant à réduire les incapacités • Rééducation de l’équilibre statique et dynamique

Trouble de la préhension • Rééducation des transferts

• Réeducation des préhensions et de la dextérité manuelle

• Rééducation cognitive

• Confection et adaptation d’orthèses

3. Difficultés pour effectuer les activités 3. Réadaptation visant à réduire les situations • Apprentissage de compensations des incapacités de la vie quotidienne, y compris les de handicap (toilette/habillage, repas)

déplacements • Aménagement du domicile pour répondre

aux situations de handicap, à la prévention des chutes

• Conseil dans le choix et l’apprentissage d’un moyen

auxiliaire avec adaptation éventuelle

• Confection et adaptation d’orthèses

• Comparaison des devis, démarches administratives

auprès de l’AI/AVS

1. AVC et démence • Mise en situation réelle et réentraînement (cuisine,

transport en commun, téléphone…)

2. Perte d’autonomie 2 et 3. Réadaptation cognitive et sociale • Participation à des activités thérapeutiques (individuelle

et/ou en groupe) dans un hôpital de jour gériatrique

3. Perte du rôle social • Evaluation dans le cadre d’expertise AVS et AI

(rente d’impotence, calcul de l’invalidité)

1. AVC • Education thérapeutique : apprentissage aux aidants

des techniques et moyens utilisés

3. Besoins de tierce personne, aides à 3. Analyse les besoins en aides humaines • Promotion de la santé

domicile pour un maintien à domicile de qualité • Accompagnement dans le projet de vie, et conseil

Collaboration avec la famille, le centre de l’entourage formel et informel

de soins à domicile, le médecin de • Rapport écrits de l’évaluation

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Les prestations sont prises en charge par les assurances à 90%, selon des tarifs fixés par conventions avec les assu- reurs. Le 10% restant est à la charge du bénéficiaire. Le pa- tient peut ensuite choisir un ergothérapeute soit en consul- tant l’annuaire téléphonique, soit sur le site de l’Associa- tion suisse des ergothérapeutes : www.ergotherapie.ch. On peut aussi faire appel aux centres de soins à domicile des communes qui ont engagé, pour la plupart d’entre elles, des ergothérapeutes qui exercent à domicile. L’exercice à titre dépendant de cette profession est soumis à autorisa- tion dans certains cantons.

commentcollaborer

?

Pour permettre une collaboration optimale, il est perti- nent que le prescripteur, c’est-à-dire le médecin de premier recours, fournisse le détail des antécédents, des patholo- gies et l’histoire de vie du patient en rapport avec l’affection traitée, soit en annexant un rapport écrit, soit en contactant personnellement l’ergothérapeute. Un échange oral d’in- formations est toujours bénéfique en cours de traitement pour adapter la prise en charge ergothérapeutique.

L’ergothérapeute, quant à lui, documente les résultats, rédige des rapports intermédiaires et finaux qu’il présente par écrit.

tidienne et les performances cognitives chez des patients post-AVC. Après analyse, seule une étude avec 33 partici- pants était retenue :9 la faible taille du collectif n’a pas permis d’en tirer des conclusions ni pour ni contre la pres- cription de l’ergothérapie chez ces patients.

Finalement pour les patients déments,10 l’ergothéra- peute permet d’évaluer les capacités préservées et la per- formance fonctionnelle et de déterminer le type d’assis- tance nécessaire, de stratégies compensatrices, ainsi que l’adaptation environnementale requise pour effectuer des activités sécuritaires avec succès. Ils offrent une formation aux aidants sur la résolution de problèmes, la simplifica- tion de tâches, la communication et les techniques de ré- duction du stress afin d’alléger leur fardeau. Cette prise en charge non pharmacologique est aussi efficace, voire plus que l’administration d’un traitement médicamenteux.

techniquesetmoyensmisen œuvre Tout d’abord rappelons certaines définitions :

Déficience : altération d’une structure ou d’une fonction psychologique, physiologique ou anatomique. Cela repré- sente l’expression clinique de la maladie. Exemple : AVC : trouble d’équilibre, paralysie du membre supérieur et/ou du membre inférieur, trouble du langage…

Incapacité : réduction (résultant d’une déficience), par- tielle ou totale d’accomplir une activité. Cela représente l’expression fonctionnelle de la maladie. Exemple : incapa- cité de se tenir debout, marcher, problèmes de communi- cation…

Désavantage/handicap : préjudice pour un individu qui ré- sulte de sa déficience, et incapacité limitant ou interdisant l’accomplissement d’un rôle. Représente l’expression so- ciale de la maladie. Exemple : désavantage au travail, loi- sirs, famille.

L’ergothérapeute offre à chaque patient une prise en charge unique et adaptée à ses déficiences, ses incapacités, ses situations de handicap et selon ses habitudes de vie.

Le tableau 1 et la vignette clinique associée illustrent les techniques et moyens utilisés par l’ergothérapeute.

prescriptionetremboursement

Selon l’article 123 de la loi du 29 mai 1985 sur la santé publique, l’ergothérapeute intervient uniquement sur pres- cription médicale. Une ordonnance préétablie (figure 1) est disponible sur le site de l’Association suisse des ergothé- rapeutes (ASE) : www.ergotherapie.ch ou par courrier à : EVS/ASE, Postgasse 17, case postale 686, 3000 Bern 8.

La prescription sur ordonnance fixe les objectifs globaux.

Les évaluations initiales vont permettre à l’ergothérapeute l’élaboration d’un diagnostic ergothérapeutique qui fixera les objectifs, les moyens et le cadre de prise en charge.

Pour l’assurance-accident et l’assurance militaire, un maxi- mum de douze séances par ordonnance est accepté. Pour les caisses maladie un maximum de neuf traitements peut être prescrit par ordonnance. On peut toutefois annoncer sur la même ordonnance qu’une deuxième série de traite- ments est nécessaire. Un maximum de 36 séances peut être prescrit par année sans rapport médical.

Figure 1. Ordonnance préétablie pour séances d’ergo- thérapie

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conclusion

L’ergothérapeute propose un savoir-faire spécifique qui est complémentaire de la prise en charge médicale. Il a pour objectif de prévenir, réduire ou supprimer les situa- tions de handicap (physique, cognitif, psychique) et d’amé- liorer la qualité de vie, en tenant compte des habitudes de vie et de l’environnement des personnes. Une prise en charge basée sur une collaboration étroite entre les parte- naires permet de maintenir, d’acquérir ou de retrouver une autonomie maximale dans un climat de confiance et d’échange mutuel d’informations. Dans le cadre de patients âgés et/

ou déments, il a été démontré que la participation des ergo- thérapeutes permettait un maintien à domicile plus long avec une meilleure qualité de vie.

Drs Isabelle Coin et Laura Di Pollina Nathalie Drezet-Munch et Anne Maringue Ergothérapeutes

Unité de gériatrie communautaire Service de médecine de premier recours

Département de médecine communautaire de premier recours et des urgences

HUG, 1211 Genève 14 [email protected] [email protected] [email protected] [email protected]

Adresse

Implications pratiques

L’ergothérapeute est un professionnel paramédical qui fait partie d’une équipe pluridisciplinaire et qui doit être intégré à la prise en charge des patients présentant des situations de handicap

Pour les caisses maladie, un maximum de neuf traitements peut être prescrit par ordonnance. Un maximum de 36 séances peut être prescrit par année sans rapport médical La diversité des techniques ergothérapeutiques permet une prise en charge spécifique à chaque patient afin de prévenir, réduire ou supprimer les situations de handicap en amélio- rant l’autonomie

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1 Steultjens EMJ, Dekker J, Bouter LM, et al. Occupa- tional therapy for stroke patients : A systematic review occupational therapy for stroke patients : When, where, and how ? Stroke 2003;34:676-87.

2 Steultjens EMJ, Dekker J, Bouter LM, et al. Occupa- tional therapy for rheumatoid arthritis : A systematic review. Arthritis Rheum 2002;47:672-85.

3 ** Steultjens EMJ, Dekker J, Bouter LM, et al. Occu- pational therapy for community dwelling elderly people : A systematic review. Age Ageing 2004;33:453-60.

4 Steultjens EMJ, Dekker J, Bouter LM, et al. Occu- pational therapy for children with cerebral palsy : A systematic review. Clin Rehabil 2004;18:1-14.

5 Graff MJL, Vernooij-Dassen JM, Thijseen M, et al.

Community based occupational therapy for patients

with dementia and their caregivers : Randomised con- trolled trial. BMJ, doi: 10.1136.bmj.39001.688843.BE.

Nov 2006.

6 * Graff MJL, Adang EMM, Vernooij-Dassen, et al.

Community occupational therapy for older patients with dementia and their caregivers : Cost effectiveness study.

BMJ, doi: 10.1136.bmj.39408.481898.BE. Nov 2007.

7 Legg L, Drummond A, Leonardi-Bee J, et al. Occu- pational therapy for patients with problems in personal activities of daily living after stroke : Systematic review of randomised trials. BMJ doi:10.1136/bmj.39343.

466863.55. Nov 2007.

8 The Cochrane collaboration. Hoffmann T, Bennett S, Koh CL, McKenna KT. Occupational therapy for co- gnitive impairment in stroke patients (review) 2010.

9 Carter LT, Howard BE, O’Neeill WA. Effective ness of cognitive skills remediation in acute stroke patients.

Am J Occup Ther 1983;37:320-6.

10 ** Gitlin LN, Vause Earland T. Dementia (Impro- ving quality of life in individuals with dementia : The role of nonpharmacologic approaches in rehabilitation) in : Stone JH, Blouin M (Editors), International Ency- clopedia of Rehabilitation, 2008.

* à lire

** à lire absolument Références internet : www.ergotherapie.ch www.anfe.fr

Bibliographie

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Références

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