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Rien ne va plus avec le Ginkgo biloba

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2316 Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 23 novembre 2011

actualité, info

Rien ne va plus avec le Ginkgo biloba

C’était il y aura bientôt deux ans. Nous an­

noncions alors que les produits pharmaceu­

tiques à base de Ginkgo biloba étaient «sans effet sur la mémoire» (Rev Med Suisse 2010;

6:158-9). Telle était du moins alors la conclu­

sion, résumée à l’extrême, d’une publication du Journal of the American Medical Association (JAMA) 1 daté du 23/30 décembre 2009. Une première conclusion dans ce domaine avait été fournie l’année précédente avec la publi­

cation (dans le JAMA, déjà) d’une étude fi­

nancée par le National center for complemen­

tary and alternative medicine et le National institute on aging.2 Ce travail randomisé contre placebo portait sur 3069 personnes et avait duré six ans. Conclusion, là encore : démonstration de l’absence totale d’effet sur l’évolution de la maladie d’Alzheimer en par­

ticulier, de la démence en général.

Fin 2009, l’étude du JAMA prolongeait et élargissait les conclusions de la précédente : la simple prévention des troubles de la mé­

moire, une indication qui correspond à une large part de la consommation internatio­

nale. «Des extraits de Ginkgo biloba sont largement commercialisés et utilisés avec l’espoir d’améliorer, de prévenir ou de retar­

der des troubles cognitifs associés au vieillis­

sement et aux maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, écrivaient les auteurs de ce travail. Aux Etats­Unis et en Europe, Ginkgo biloba est peut­être le plus utilisé des traitements par les plantes pour empêcher ce phénomène.»

Fin 2011 : une nouvelle étape est franchie avec la toute récente décision de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Cette dernière va très prochainement informer l’ensemble des mé­

decins français de sa décision concernant tous les médicaments fabriqués à partir du Gink­

go biloba, médicaments toujours pris en charge par la collectivité à hauteur de 15%.

La Commission d’autorisation de mise sur le marché de l’Afssaps estime désormais dis­

poser de preuves lui permettant de con clure que le rapport «bénéfice/risque» de ces spé­

cialités est, tout bien pesé, «défavorable».

L’Afssaps va donc «adresser dans quel­

ques jours une information aux profession­

nels de santé». Elle leur fera part des conclu­

sions auxquelles elle vient d’aboutir et leur demandera «de revoir de façon individuel le, lors d’une prochaine consultation et sans urgence, le rapport bénéfice/risque de ces médicaments en tenant compte du fait que leur efficacité a été jugée insuffisante dans toutes leurs indications».

En France, le temps semble ainsi révolu où l’on pouvait – pour diverses raisons – laisser sur le marché (et prendre en charge par la collectivité) des spécialités pharma­

ceutiques qui n’avaient jamais véritablement fait la preuve de leur efficacité ; ou plus pré­

cisément pour lesquelles aucune réévalua­

tion de l’efficacité n’avait été demandée.

L’affaire Ginkgo biloba marque donc, de manière à la fois concrète et symbolique, la fin d’une époque ; et ce même si la question du déremboursement des médicaments (voire du maintien de la commercialisation) n’est pas encore tranchée. Les spécialités concer­

nées (Tanakan, Tramisal, Vitalogink, Ginko­

gink, Ginkgo Biogaran, Ginkmongo) étaient

«préconisées» comme «traitement d’appoint»

dans de nombreuses et différentes indica­

tions concernant les personnes âgées : déficit pathologique cognitif et neurosensoriel chro­

nique du sujet âgé (officiellement à l’exclu­

sion des démences), certaines artériopathies chroniques des membres inférieurs, baisses d’acuité ou auditives, syndromes vertigi­

neux et/ou acouphènes «présumés d’origine vasculaire». Les fabricants voulaient encore, point de vue

Arrêt involontaire de traitements suite à une hospitalisation : un problème fréquent

Cepolina photo

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Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 23 novembre 2011 2317 ces derniers temps, élargir ces indications.

Ce sera sans suite.

L’une des questions soulevées est celle du délai (ici près de quarante ans) qu’il aura fallu pour prendre la mesure de l’inefficaci­

té d’un même principe actif dans les nom­

breuses indications thérapeutiques qui lui étaient associées. La question est d’autant plus intéressante qu’elle concerne le Ginkgo biloba, plante mythique, arbre aux (quarante ou mille) écus. «Quarante» parce qu’un bo­

taniste français en aurait acheté cinq plants à un collègue anglais en 1788 pour la somme de quarante écus d’or ; «mille» à cause de l’aspect de ses feuilles prenant une teinte mordorée à l’automne avant de former un tapis d’or sous les ramures.

Domestiqué dans le sud­est de la Chine, le Ginkgo biloba semble arriver en Corée et au Japon vers le XIIe siècle. Un demi­mil­

lénaire plus tard un médecin et botaniste

allemand le découvre, le décrit, le classe et l’importe. Les premiers plants européens grandissent au jardin botanique d’Utrecht vers le milieu du XVIIIe siècle. On en verra plus tard au jardin botanique de Montpel­

lier puis au Jardin des plantes de Paris où, assure­t­on, ils sont toujours vivants.

Ginkgo biloba. Ses seuls congénères con­

nus, au nombre de sept, ont été retrouvés sous la forme de fossiles. C’est aussi la plus ancienne famille d’arbres ayant existé sur

la terre apparue, dit­on, il y a plus de 300 millions d’années soit – environ – quarante millions d’années avant que les dinosaures commencent à établir leur règne. On rap­

porte que cet arbre fut le premier à avoir re­

poussé dans la zone radioactive créée par l’explosion de la bombe nucléaire américaine sur Hiroshima ; une forme de sacralisation moderne, le dou­

ble symbole de la longévité et de la résistance à la folie hu­

maine. A ce titre, il peut légitimement nour­

rir bien des mythes, à commencer par la possible restauration de la mémoire des hommes.

Au fil du temps, on a trouvé des applica­

tions médicales dans de très nombreux do­

maines – des applications d’ailleurs plus ou moins justifiées ces dernières décennies par une série de résultats scientifiques. C’est ainsi que l’on a découvert que ses feuilles étaient particulièrement riches en flavonoï des, sub s­

tances aux intéressantes propriétés anti­

oxydantes. On a proposé l’utilisation phar­

maceutique d’extraits à des fins préventives ou thérapeutiques dans le domaine derma­

tologique, vasculaire (varices, hémorroïdes,

«jambes lourdes», syndrome de Raynaud) ou neurologique (sénilité, démences, maladie d’Alzheimer, troubles cognitifs). Les conclu­

sions de la médecine «basée sur les preuves»

et la décision, en France, de l’Afssaps auront­

elles ou non raison de ces croyances ?

Jean-Yves Nau jeanyves.nau@gmail.com

… Les fabricants voulaient encore élargir ces indications. Ce sera sans suite …

1 Snitz BE, O’Meara ES, Carlson MC, et al. Ginkgo biloba for preventing cognitive decline in older adults. A rando- mized trial. JAMA 2009;302:2663-70.

2 DeKosky JT, Williamson JD, Fitzpatrick AC, et al. Ginkgo biloba for prevention of dementia. A randomized control- led trial. JAMA 2008;300:2253-62.

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