J OURNAL DE LA SOCIÉTÉ STATISTIQUE DE P ARIS
JSFS
Bibliographie. Le chômage et la profession
Journal de la société statistique de Paris, tome 50 (1909), p. 414-416
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B I B L I O G R A P H I E
1° Le Chômage et la profession, contribution à Vétude statistique du chômage
et de son coefficient professionnel,
par Max LAZARD
L'idée que l'on peut assurer les ouvriers contre le risque de chômage, comme on les assure contre le risque de mort, de maladie ou d'invalidité a conquis aujourd'hui de nom- breux esprits. Personne ne se dissimule cependant le caractère tout spécial du risque de chômage ; ce risque semble, plus que ceux des autres accidents, susceptible d'être influencé par la volonté. Mais une réglementation convenable écarterait peut-être cette influence.
Pour pouvoir assurer contre le chômage, il importe avant tout de savoir si le chômage obéit à des lois, si l'on peut fonder des prévisions sur les observations passées. A cette question l'étude de M. Max Lazard apporte une très importante contribution en nous mon- trant des régularités et des différences spécifiques, et par conséquent, en laissant entrevoir le moment où l'on pourra calculer des tarifs d'assurance contre le chômage comme on calcule des tarifs d'assurance contre l'invalidité.
Dans son travail très documenté, Fauteur si signalé d'abord les sources d'information : recensements, enquêtes, rapports, dans lesquels on trouve des éléments de la statistique du chômage. Ayant à choisir dans ces éléments ceux qu'il pouvait le plus commodément utiliser posr la détermination des coefficients professionnels de chômage, il s'est arrêté aux recensements généraux. Ce sont en effet les recensements généraux qui peuvent, pour chaque profession, mettre en présence, d'une part le nombre total des individus susceptibles d'être atteints par le chômage, d'autre part le nombre total des individus effectivement atteints et permettre de déterminer le coefficient de chômage spécial à la profession. Les recensements français de 4896 et de 1901, les deux recensements allemands de 1895 (été et hiver) fournissent les éléments détaillés de semblables rapports.
M. Lazard ne s'est point borné à emprunter à ces recensements les chiffres dont il avait besoin ; il a en même temps critiqué leurs méthodes et discuté soigneusement la possibilité de déduire de leurs résultats des taux corrects de chômage professionnel. La principale difficulté est, qu'aujourd'hui, l'ouvrier sans emploi ne se rattache souvent plus à une industrie ou à une profession déterminée, puisqu'il est susceptible d'être employé dans diverses industries ou professions. Son classement sous la rubrique d'une industrie ou d'une profession particulière est donc souvent arbitraire, à l'exception de certaines pro- fessions bien caractérisées que l'ouvrier en chômage n'abandonne pas.
Aussi est-il prudent de n'essayer le calcul de coefficients de chômage que pour des groupes professionnels un peu étendus.
L'auteur a calculé ces taux de chômage, d'abord pour 165 groupes des recensements français de 1896 et de 1901, puis pour 102 groupes plus étendus des deux recensements allemands de 1895 et, enfin, il a comparé les taux allemands aux taux français, après avoir fait rentrer les classes de professions françaises dans les groupes allemands, ce que lui a permis la publication détaillée du recensement français.
L'activité professionnelle est assurément différente suivant les époques; elle peut également varier, d'une manière générale, suivant les pays, aussi M. Lazard a-t-il eu soin de ne comparer que les valeurs relatives de chômage dans les diverses industries par rapport au niveau moyen que Ton peut déterminer pour l'ensemble des industries, à chaque époque ou dans chaque pays. La comparaison lui a paru démontrer :
1° Que le nombre proportionnel des ouvriers sans emploi, varie suivant les industries et dépend avant tout de la nature de l'industrie;
2° Que la situation relative des diverses industries, au point de vue de la valeur du coefficient de chôrnage, est semblable aux différentes époques, et dans les pjys considérés.
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Si cette impression pouvait prendre une forme plus précise, le calcul des coefficients professionnels de chômage aurait des bases plus solides; aussi M. Lazard a-t-il d'abord construit des graphiques qui la rendent sensible aux yeux; puis il a cherché à mesurer la ressemblance des courbes statistiques qui représentent les séries de coefficients pro- fessionnels de chômage. Il a été ainsi amené à examiner les méthodes qui permettent de calculer des indice* de ressemblance de séries statistiques. Et, bien que non préparé au mouvement de l'analyse mathématique, il a critiqué d'une façon souvent très judicieuse les indices proposés par divers auteurs, notamment ceux qui dépendent de moyenues un peu plus complexes que la simple moyenne arithmétique.
M. Max Lazard a signalé la tentative faite au sein de la Société de statistique de Paris (I) pour généraliser et faciliter l'emploi d'indices dont les premières détermi- nations reposaient sur la décomposition d'un fait accidentel complexe en éléments soumis à la loi des erreurs. Il a remarqué justement que cette généralisation était fondée sur la possibilité d'obtenir ces indices indépendamment de toute hypothèse sur le mode de distribution des éléments associés dans la comparaison.
Mais il n'a peut-être point porté une attention suffisante sur les différentes manières dont peut s'entendre la ressemblance de deux ou plusieurs séries statistiques et sur le rôle différent qui appartient, dans l'appréciation de cette ressemblance, soit à la moyenne arithmétique, soit à la moyenne géométrique.
Cette remarque est d'ailleurs de peu d'importance pour l'objet même du travail de M. Lazard. Peut-être doit-on regretter davantage que les caractères propres des différentes industries à l'égard du risque chômage soient étudiés un peu sommairement. L'auteur a constitué vingt-trois classes professionnelles qui auraient pu être fondées sur la conformité des risques de chômage, chacune de ces classes composée d'industries dont les coefficients de chômage seraient à peu près les mêmes. Il a préféré fondre les classifications alle- mande et française, qui n'ont point été dressées spécialement en vue de la statistique du chômage, et dont les principes sont d'ailleurs assez différents.
Après avoir calculé les coefficients de chômage dans les vingt-trois groupes et comparé ces coefficients à l'importance des industries qui composent ces groupes, l'auteur a cons- taté une sorte de ce rapport inverse J> entre le taux de chômage et l'importance des établis- sements industriels : en général, le chômage est moins intense dans la grande que dans la moyenne et la petite industrie. « On ne voit pas, dit-il, entre les deux phénomènes, de lien logiquement nécessaire. » Et il cherche un rapport indirect, qui, pour lui, est simple- ment l'étendue des débouchés commerciaux.
Il semble, au contraire, que l'ensemble des conditions qui accompagnent la formation des grandes entreprises, a pour conséquence naturelle une plus grande stabilité de travail.
La possibilité de débouchés étendus est une de ces conditions, mais il y en a d'autres, notam- ment la nécessité d'importants capitaux et le souci de ne point les laisser inactifs. D'ail- leurs, la technique industrielle joue ici encore un rôle important ; et aussi l'état professionnel des masses ouvrières agrégées dans les grandes entreprises. M. Max Lazard se défend, au surplus, d'avoir donné une explication définitive^, il appelle de nouvelles études sur ce point.
Nous dirons aussi que, d'une manière générale, son travail constitue une bonne intro- duction — mais seulement une introduction — à l'étude scientifique de ce problème du chômage qui se présente aujourd'hui comme le plus important des problèmes sociaux.
Notre collègue paraît décidé à consacrer à cette question le meilleur de son activité. Gela nous fait espérer qu'il nous communiquera de temps à autre les résultats statistiques de ses travaux.
L. M.
(1) Lucien MARCH, « Les Représentations graphiques et la statistique comparative », V, numéros d'août et de septembre 1903 du présent Journal.
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2° Les Expropriations et le prix des terrains à Paris (1860-1900) par xWaurice HALBWACHS
Les expropriations et les grands travaux d'édilité qu'elles accompagnent semblent à première vue devoir exercer une influence considérable sur le mouvement de la popula- tion, sur les constructions et démolitions d'immeubles, sur les prix des terrains.
Mais il serait inexact de les regarder comme des actes plus ou moins capricieux, pro- voqués par des administrateurs plus ou moins audacieux ou intelligents. Les décisions qui les provoquent, constate M. Halbwachs, sont la conséquence d'un plan d'ensemble fondé sur les nécessités économiques qui gouvernent l'ensemble des opérations foncières d'une grande ville.
Les grands travaux sont inspirés par les besoins latents de la population ; le rôle des administrations éclairées est de mesurer ces besoins. Il semble, d'après l'auteur, que l'administration parisienne est généralement à la hauteur de sa mission, par exemple, aussi bien dans l'exécution hâtive du boulevard Voltaire que dans son peu d'empres- sement à achever le boulevard Haussmann. Quelque opinion qu'on ait sur ce point, on lira avec grand intérêt les développements donnés par l'auteur à l'étude du peuplement des divers quartiers de la capitale et des mouvements de population que les grands travaux ont facilités. La distinction entre les voies servant à la circulation et les voies correspondant à un besoin de peuplement est ingénieuse et paraît fondée sur de judicieuses observations.
De l'examen minutieux auquel s'est livré M. Halbwachs, quant à l'effet des adjudications sur le mouvement des constructions et des ventes immobilières, sur le prix des terrains, il ne ressort pas d'indications bien nettes. Les phénomènes sont ici assez variables et peut-être l'auteur n'a-t-il point suffisamment utilisé les ressources de la méthode statis- tique. Nous en dirons autant des relations qu'il a cherché à découvrir entre les prix des terrains, les quantités de terrains vendues, le mouvement général des prix et certains indices de l'activité économique, tel que le mouvement des recettes des chemins de 1er.
k son avis, les quantités de terrains vendues ont eu peu d'influence sur les prix ; il y a, au contraire, une relation appréciable entre le mouvement général des prix et le mouve- ment des prix des terrains, parce que « les confirmations de ce rapport l'emportent sur les infirmations » (p. 283), et une répercussion, sinon immédiate, du moins prochaine, des adjudications sur les prix des terrains (p. 319).
Ces rapports sont-ils exactement observés? Nous ne pouvons en être sûrs sans une étude statistique plus complète de la concordance des changements. A première vue, l'in- fluence des quantités de terrains vendues sur les prix semble plus décisive que ne l'indique l'auteur et les autres relations moins caractéristiques.
Mais on peut lui accorder que dans l'étude du problème foncier, l'expropriation est peut-être « le fait initial qui se laisse le mieux remarquer et décrire » et l'on doit le féliciter d'avoir analysé, avec un souci scrupuleux des détails, le mouvement des expropriations à Paris.
Les statisticiens sauront gré aussi à M. Halbwachs d'avoir relevé un grand nombre de prix de terrains et d'avoir pu tracer des courbes des prix moyens des terrains vendus dans un certain nombre de quartiers depuis 1860.
Sans doute, ces prix ne s'appliquent malheureusement pas à des terrains identiques aux différentes époques — et l'on sait de combien de circonstances divergentes dépend le prix d'un terrain. — A cet égard, il est fâcheux que l'auteur n'ait pu reproduire les éléments des moyennes qui entrent dans la composition de ses tableaux. Il a cependant indiqué, pour chaque année, à quelle superficie totale s'applique la moyenne et donner l'impres- sion que d'assez grands nombres interviennent dans ses tableaux.
Le sujet était nouveau ; il est traité avec beaucoup de soin.
L. M.
Le Gérant : G. IMHAUS.